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Full text of "Mycènes : récit des recherches et découvertes faites à Mycènes et à Tirynthe"

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MYCÈNES 


’Ett'i  ô’  eyôoTJTirjaav  ’A6-/ivaiY]  ve  xa\  "Hp-/] , 
Ti[xtocrai  pacriV?ia  Tzo'Xvxp'Jcyoïo  Muxr^vv)?. 

Homère,  Iliade,  XI,  45-46 


Ilpbç  -^[xtov 

v.â.TiTztaz,  xdcTÔave,  xot  xaxaOà'l'op-sv 
OU)(  ÛTTO  x)va'j6p.fbv  TOJV  oîxwv. 

Eschyle,  Agamemnon,  1552-1554. 


TOU  (TTpaT-/)yv](7avToç  £V  Tpota  ttote 
’Aya[j.é[Ji.vovoi;  tzoX,  vOv  Ixeîv’  e^eaTt  cot 
r.apbvTi  Xeuaaetv,  oôv  Tip66u[xoç  -^crô’  àst. 

Tb  yàp  TraXatbv  "Apyoç  ou7ï68etç  ToSe, 

Triç  otaTpo7i>.rjyoc  aXrro;  'Iva^ou  xbp-/]ç  ‘ 
aux-/)  ô’,  ’Opsaxa,  xoO  Xuxoxxovou  GeoO 
ayopà  Auxetoç  ' ou^  àptaxepaç  ô’  bSs 
"Hpaç  O xXeivbç  vaoç  ' oi  o’  !xàvo[X£V,  _ 

^acrxstv  Muxrjvaç  xà;  7toXu'/pu(TOUç  bpav  ‘ 

TToXuïpOopoV  X£  OCO[J(.a  ITeXoTütûCÔV  x6û£. 

Sophocle,  Electre,  1-10. 


PARIS. 


MPRIMERIE  E.  MARTINET,  RUE  MIGNON,  2 


Le  Trésor  près  de  la  porte  des  Lions. 


HENRY  SCHLIEMANN 


MYCÈNES 


RÉCIT 

DES  RECHERCHES  ET  DÉCOUVERTES  FAITES  A MYCÈNES  ET  A TIRYNTHE 

Avec  une  Préface  de  M!.  GtIjADSTONE 


OUVRAGE 

TRADUIT  DE  L’ANGLAIS  AVEC  L’AUTORISATION  DE  L’AUTEUR 


PAR  J.  GIRARDm 

Professeui’  au  Lycée  de  Versailles 


ACCOMPAGNÉ  DE  8 CARTES  ET  PLANS,  ET  ILLUSTRÉ  DE  GRAVURES  SUR  BOIS  REPRÉSENTANT 
PLUS  DE  700  OBJETS  TROUVÉS  PENDANT  LES  FOUILLES 


PARIS 

LIBRAIRIE  HACHETTE  ET  C' 

79,  BOULEVARD  S A I N T - G E R M A I N,  7 0 

1871) 


Tous  droits  réservés 


JE  DÉDIE  A MA  FEMME 


SOPHIE 


Ce  récit  de  nos  travaux  communs  à Mycènes  et  à Tirynthe 
comme  une  faible  preuve  de  mon  admiration  pour  ses  études 
homériques,  de  ma  reconnaissance  pour  son  dévouement  et  son 
zèle,  et  pour  l’énergie  avec  laquelle  elle  a su  soutenir  mon  courage 
dans  les  temps  de  nos  rudes  épreuves. 


H.  SCHLIEMANN. 


PRÉFACE 


C’est  k mon  corps  défeiidant  et  sur  les  pressantes  instances 
du  D"  Schliemann  que  j’ai  entrepris  d’écrire  une  Préface  pour  ce 
volume  consacré  k Mycènes.  Peut-être  ai-je  réussi,  malgré  les 
longues  interruptions  qu’a  dù  subir  un  commerce  plein  de 
charmes,  k ne  point  me  sentir  trop  dépaysé  au  milieu  du  texte 
d’Homère  ; et  le  but  principal  d’un  commentaire  sur  l’ouvrage 
du  D"  Schliemann  est,  sans  contredit,  d’établir  nettement  les 
points  de  contact  entre  le  texte  d’Homère  et  les  découvertes  faites  k 
Mycènes.  Mais  j’ai  en  horreur  tout  spécialisme  qui  se  hasarde  k 
voyager  en  dehors  de  son  domaine  légitime  ; or,  en  cette  matière, 
je  ne  suis,  k tout  prendre,  rien  déplus  qu’un  spécialiste;  peut- 
être  même  un  spécialiste  sans  grande  autorité.  Ce  qui  me  manque, 
c’est  cette  habileté  que  donne  la  pratique,  c’est  ce  coup  d’œil  qui 
embrasse  dans  son  ensemble  toute  l’archéologie  hellénique  et 
qui  même  s’étend  bien  au  delk  des  limites  de  l’archéologie  hellé- 
nique, ce  sont  en  un  mot  les  qualités  qui  ont  valu  k M.  Newton 
une  réputation  si  bien  méritée.  Comme  conclusion  logique  de  ces 
prémisses,  j’aurais  dû,  ce  semble,  me  dérober  au  lardeau  quod 
ferre  récusent  himerl  *.  Mais  il  y avait,  dans  la  poésie  antique,  une 

1.  Hor.,  Ars  poet., 

MYCKNKS.  I 


2 


PRÉFACE. 


destinée  plus  forte  que  la  volonté  des  dieux.  Pour  moi,  dans  la 
circonstance  présente,  le  D'  Schliemann  est  le  représentant  et  le 
ministre  de  cette  destinée.  Quand  je  considère  les  services  écla- 
tants qu’il  a rendus  à la  science  classique,  une  puissance  contre 
laquelle  il  n’y  a point  de  recours  me  force  à comprendre  que  je 
ne  puis  me  dispenser  de  cédera  son  désir.  Voilà  le  lecteur  bien 
prévenu  ; il  sait  où  et  pourquoi  il  se  doit  tenir  sur  ses  gardes  ; autant 
que  possible,  je  me  servirai,  pour  me  guider,  des  jalons  qu’ont 
déjà  plantés  MM.  Newton  et  Gardner;  le  premier,  dans  un  compte 
rendu  qu’il  a publié  dans  le  Times  à\\  20  avril  1877,  après  avoir 
vu  de  ses  yeux  les  ruines  de  Mycènes  ; le  second,  dans  de  remar- 
quables articles  insérés  dans  V Académie  (21  et  28  avril).  Je  crois 
que  les  savants  adonnés  à la  lecture  des  classiques  ne  sont  pas 
les  seuls  chez  qui  les  découvertes  du  D"  Schliemann  aient  excité 
de  l’intérêt.  Aussi  j’essayerai  d’être  aussi  peu  technique  que  pos- 
sible et  d’écrire,  autant  qu’il  sera  en  moi,  pour  un  cercle  plus 
étendu  que  le  cercle  des  personnes  qui,  chez  nous,  sont  en  état 
de  lire  le  grec. 

Quand  les  découvertes  de  Tirynthe  et  de  Mycènes  furent 
annoncées  en  Angleterre,  ma  première  impression  fut  celle  d’une 
admiration  extraordinaire  qui  allait  jusqu’au  ravissement  ; j’étais 
porté  à croire  et,  malgré  moi,  plus  porté  à ne  pas  croire  que 
l’auteur  pût  avoir  raison  dans  la  question  capitale  qui  domine 
toutes  les  autres,  celle  des  tombeaux  de  l’Agora.  Il  est  de  mon 
devoir  de  dire  que^la  réflexion  et  une  connaissance  plus  complète 
du  sujet  ont  eu  bien  vite  raison' de  mon  scepticisme.  Certes,  il  y a 
non-seulement  des  lacunes  à combler,  mais  encore  des  difficultés 
à attaquer,  soit  pour  les  expliquer,  soit  pour  laisser  à l’avenir  le 
soin  de  les  résoudre.  En  mettant  dans  la  balance,  je  ne  dis  pas 
l’évidence,  mais  au  moins  une  présomption  raisonnable,  il  semble 
qu’on  pourra  finir  par  incliner  à croire  que  cet  éminent  explorateur 
a exposé  à la  lumière  du  jour,  après  trois  mille  ans,  les  monuments 
et  les  restes  d’Agamemnon  et  de  ceux  qui  l’accompagnaient  à son 
retour  de  Troie.  Nous  allons  tâter  te  terrain  pas  à pas  pour 
trouver  le  chemin  qui  doit  nous  conduire  à aborder  la  question  ; 


PRÉFACE. 


3 


avançons-nous  gTaduellement,  avec  précaution,  comme  un  ?jon 
général  pousse  ses  approches  vers  une  forteresse  formidable. 

En  lisant  le  volume  du  D'  Schliemann,  je  trouve  les  preuves  qui 
rattachent  d’une  manière  générale  ses  découvertes  aux  poèmes 
homériques  plus  nombreuses  que  je  ne  l’avais  soupçonné  d’après 
la  rapide  esquisse  dont  il  nous  avait  donné  connaissance  lorsqu’il 
visita  l’Angleterre  au  printemps. 

i . 11  met  sous  nos  yeux  de  grossières  figures  de  vache  et,  sur  une 
bague  à cachet  (fig.  531)  et  ailleurs  encore,  des  têtes  de  vache  qu’il 
est  impossible  de  ne  pas  reconnaître  pour  ce  qu’elles  sont  réelle- 
ment. Alors  il  nous  montre  le  culte,  traditionnel  dès  la  plus  haute 
antiquité,  de  Hèra  en  Argolide,  et  il  nous  demande  de  rapprocher 
ces  deux  faits  de  l’emploi  de  hoôpis  (aux  yeux  de  vache)  comme 
épithète  ordinaire  de  cette  déesse  dans  les  Poèmes  ; il  pourrait 
ajouter  : et  de  son  rôle  de  protectrice  spéciale  d’Agamemnon,  qu’il 
s’agisse  de  ses  intérêts  ou  de  sa  sûreté  personnelle  (//.,  1, 194-222). 

Cette  demande  me  paraît  raisonnable.  Nous  savons  que  sur  quel- 
ques monuments  égyptiens  la  déesse  Isis,  la  compagne  d’Osiris,  est 
représentée  sous  la  forme  humaine  avec  une  tête  de  vache.  C’était 
une  manière  de  représenter  la  divinité  conforme  à l’esprit  d’une 
immigration  égyj:)tienne * et  compatible  avec  le  texte  d’Homère; 
cette  immigration  pourrait  avoir  eu  lieu  quelques  générations 
avant  les  Troïka.  D’autre  part,  c’était  un  mode  de  représentation 
contre  lequel  protestait  le  génie  tout  entier  de  l’hellénisme,  si  l’on 
se  reporte  au  type  authentique  de  ce  génie,  tel  que  nous  le  repré- 
sentent les  Poèmes.  Nous  trouvons  dans  ces  Poèmes  une  Ilèra  qui 
portait,  pour  ainsi  dire,  le  manteau  d’Isis,  sans  compter  qu’elle  se 
parait  des  dépouilles  d’un  ou  même  de  plusieurs  des  personnages 
inscrits  au  Livre  d’or  des  vieilles  dynasties  pélasgiqnes.  Rien  de 
plus  naturel  pour  des  Grecs  que  de  décapiter  Isis,  non  pour  la 
punir,  mais  pour  lui  faire  honneur.  Elle  pouvait  donc  apparaître 

1.  Depuis  que  cette  Préface  a été  mise  sous  presse,  on  a analysé  les  fragments  d'un  o?uf 
d’autruche  qui  avait  été  considéré  à tort  comme  un  vase  d’albàtre,  et  on  en  a constaté  la  nature; 
l’extérieur  de  cet  œuf  est  orné  de  six  dauphins  en  porcelaine  égyptienne  de  couleur  verte.  La 
présence  de  cet  objet  semble  fournir  de  nouvelles  indications  sur  les  relations  préhistoriques  entre 
Mycènes  et  l’Égypte.  Je  rappelle  ici  que,  selon  Pausanias  (III,  16),  dans  le  temple  d’Hilaira  et  de 
Phœbè  à Sparte  était  suspendu  un  des  œufs  de  Léda.  Probablement  c'était  aussi  un  œuf  d'autruchc. 


4 


PRÉFACE. 


chez  eux  avec  une  tête  humaine;  seulement,  pour  ne  pas  rompre 
brusquement  avec  les  traditions  populaires,  la  tête  de  vache  et 
même  la  forme  complète  de  la  vache  pouvaient  être  conservées 
comme  des  symboles  religieux.  Et  le  grand  poète,  qui  tient  tou- 
jours ces  symboles  à distance,  pour  les  empêcher  de  déshonorer  la 
foi  dont  il  était  le  grand  docteur,  pouvait  cependant  choisir,  entre 
les  traits  caractéristiques  de  la  vache,  celui  qui  convenait  le  mieux 
à son  dessein  et  donner  à sa  Hèra,  qui  n’a  jamais  passé  pour  une 
divinité  bien  intelligente,  le  grand  œil  tranquille  de  la  vache.  Il  est 
certain  que,  dans  Homère,  l’emploi  de  cette  épithète  appliquée  à 
Hèra  n’a  rien  d’exclusif,  et  j’admets  qu’Homère  n’en  soit  pas  l’in- 
venteur et  qu’il  l’ait  reçue  de  quelque  devancier.  Mais,  sans  être 
exclusive,  l’épithète  est  très-spéciale,  et  cela  seul  suffit  pour  donner 
une  certaine  autorité  à la  doctrine  de  notre  célèbre  explorateur. 

2.  Il  y a longtemps  que  l’on  connaît  plus  ou  moins  l’existence 
dans  l’Argolide  des  constructions  appelées  improprement  cyclo- 
péennes  et  encore  plus  improprement  pélasgiques,  en  faisant  de 
cette  seconde  épithète  un  synonyme  de  la  première;  mais  le 
D’’  Schliemann  a jeté  quelque  lumière  sur  ce  qu’il  me  sera  peut- 
être  permis  d’appeler  la  distinction  des  styles.  Il  a trouvé  et  il 
admet  trois  types  de  ce  genre  de  constructions.  J’ai  fait  des  objec- 
tions contre  les  noms  généralement  en  usage  : contre  le  premier, 
parce  qu’il  n’apprend  rien  ; contre  le  second,  parce  qu’il  enseigne 
une  erreur , car  ces  constructions  n’ont  aucun  rapport  réel  avec  les 
tribus  pélasgiques.  Ce  qu’ils  désignent,  c’est  la  main-d’œuvre  de 
la  race  des  constructeurs  par  excellence,  de  cette  race  composée 
de  plusieurs  éléments,  qui,  venant  du  Sud  et  de  l’Est,  émigra  en 
Grèce  et  sur  d’autres  points  du  littoral  méditerranéen. 

Cette  race  paraît,  non  pas  invariablement,  mais  le  plus  ordinai- 
rement, associée  au  culte  de  Poséidon.  Or  ce  culte,  dans  V Odyssée, 
a des  rapports  très-faciles  à saisir  avec  le  nom  des  Gyclopes,  et  il 
est,  comme  j’en  suis  depuis  longtemps  persuadé,  une  des  princi- 
palesclefspour  l’éclaircissement  futur  des  mystères  de  l’antiquité 
dans  les  régions  helléniques  et  homériques.  Les  murs  de  Troie 
furent  bâtis  par  Poséidon,  c’est-à-dire  par  une  race  qui  pratiquait 


PRÉFACE. 


O 


le  culte  de  ce  dieu.  Jusqu’à  quel  point  ces  murs  sont-ils  conformes 
à quelques-uns  des  détails  minutieux  de  la  description  que  fait  le 
D'  Schliemann  de  l’architecture  cyclopéenne  (ch.  ii  et  y),  c’est  ce 
que  je  ne  puis  dire.  Mais,  s’il  a raison,  comme  cela  semble  pro- 
bable, de  placer  Troie  à Hissarlik,  il  importe  de  remarquer  que 
cette  œuvre  de  Poséidon  était  assez  solide  pour  avoir  peu  souffert 
de  la  rage  de  l’incendie  et  pour  être  demeurée  inébranlable  au 
milieu  de  tous  les  changements  qui  l’ont  ensevelie  sous  une  colline 
de  décombres  et  de  ruines  de  toute  espèce.  Naturellement,  le  mode 
de  construction,  chez  la  même  race,  devait  changer  avec  les  cir- 
constances particulières  et  surtout  avec  les  matériaux  que  l’on 
avait  sous  la  main.  Je  suis  tenté,  du  moins  jusqu’à  ce  que  l’on  ait 
imaginé  un  meilleur  nom,  d’appeler  ce  mode  de  construction 
architecture  poseïdonienne.  Dans  tous  les  cas,  et  quelque  nom 
qu’on  lui  donne,  je  note  cette  architecture  comme  un  nouveau  lien 
entre  les  Poèmes  et  les  découvertes;  j’admets  en  meme  temps 
que  le  sujet  n’est  pas  assez  développé  pour  que  je  me  croie  auto- 
risé à y attacher  une  trop  grande  importance  . 

3.  L’édifice  en  forme  de  ruche  désigné,  sans  raisons  bien  vala- 
bles, sous  le  nom  de  Trésor  d’Atrée,  nous  montre,  au-dessus  de  la 
porte  (pl.  IV),  un  linteau  composé  de  deux  énormes  blocs,  dont 
l’un  pèse,  à ce  que  l’on  suppose,  de  130  à 135  tonnes.  Si  je  parle 
de  ce  linteau,  c’est  uniquement  pour  rappeler  au  lecteur  que,  selon 
moi,  nous  devons  être  prêts  à reconnaître  franchement,  dans  ce  cas 
comme  dans  bien  d’autres,  la  main  et  le  travail  d’une  population 
d’étrangers  qui  ont  apporté  avec  eux,  en  Grèce,  des  éléments  de 
civilisation  matérielle  qui  ne  sont  pas  à mépriser.  Je  désire  plus 
particulièrement  insister  sur  ce  fait  que,  dans  rintérienrdu  Trésor, 
à partir  de  la  quatrième  assise  de  pierres,  en  remontant,  on  voit 
encore  (p.  100)  deux  trous  percés  dans  chaque  pierre  et,  dans 
beaucoup  de  ces  trous,  des  restes  de  clous  en  « bronze  ».  On  trouve 
(p.  101),  paraît-il,  des  trous  semblables  dans  le  Trésor  de  Minyas, 
àOrchomène.  Selon  notre  auteur,  ces  clous  ne  pouvaient  servir 
qu’à  fixer  le  long  du  mur  des  plaques  d’un  métal  qu’il  appelle  tan- 
tôt de  ((  l’airain  » et  tantôt  du  « bronze  »,  et  dont  tonte  la  paroi 


G 


PRÉFACE. 


intérieure  aurait  été  autrefois  décorée.  Sur  la  question  secondaire, 
à savoir  quel  était  exactement  le  métal  employé  à la  décoration,  je 
ferai  observer  qu’à  cette  époque  on  ne  connaissait  pas  l’airain,  et 
que  le  bronze,  particulièrement  au  point  où  en  était  alors  le  déve- 
loppement matériel,  était  tout  à fait  impropre  à faire  des  revête- 
ments. Mais,  si  l’on  se  borne  à la  question  d’architecture,  on  trouve 
ici  un  remarquable  rapprochement  avec  le  texte  homérique.  En 
effet,  dans  le  palais  d’Alkinoos,  roi  des  Phaïakès,  l’œil  était  ébloui 
d’un  éclat  comparable  à celui  du  soleil  et  de  la  lune,  parce  que 
les  murs  étaient  en  khalkos  (OcL,  VII,  86),  mot  que  je  crois 
désormais  pouvoir  traduire  hardiment  par  car:  P il  s’agit 

d’un  métal  qui,  à la  différence  du  bronze,  est  facilement  mal- 
léable ; 2°  tout  le  long  des  Poèmes,  on  parle  habituellement  de 
son  éclat,  et  c’est  un  caractère  que  je  ne  crois  pas  qu’on  puisse 
assigner  au  bronze.  D’un  autre  côté,  justement  parce  que  le  cuivre 
était  comparativement  doux  et  malléable,  on  ne  pouvait  en  fabri- 
quer des  clous,  et  voilà  pourquoi  les  clous  étaient  en  bronze.  D’ail- 
leurs, la  réunion  des  deux  métaux,  cuivre  pur  et  bronze  formé 
d’un  alliage  de  cuivre,  dans  la  même  œuvre  d’art,  ne  nous  éloigne 
pas  du  texte  d’Homère.  Car,  à Skhériè,  le  revêtement  des  plaques 
de  cuivre  est  surmonté  d’une  corniche  faite  du  sombre  kuanos, 
qui,  selon  moi,  est  le  bronze.  Ce  revêtement  de  plaques  de  cuivre 
est  un  des  caractères  du  palais  suprême,  celui  de  l’Olympe  {IL,  I, 
426;  0(L,  VIII,  321)  construit  par  Hèphaïstos,  l’habile  artiste.  Je 
crois  que  je  pourrais  montrer  aussi  que  le  cuivre  ornait  également 
les  palais  de  Ménélaos  et  d’Odysseus  ; je  pourrais  faire  voir,  de  plus, 
pourquoi  toutes  ces  circonstances  concordent  avec  le  caractère 
manifestement  étranger  et  oriental  de  ce  genre  de  décoration.  Mais 
je  m’attarderais  trop  à déduire  mes  preuves;  je  note  seulement, 
en  vue  du  but  que  je  me  propose  aujourd’hui,  la  remarquable 
concordance  de  l’archéologie  et  des  Poèmes. 

4.  Passant  de  l’architecture  aux  objets  meubles,  je  remarque 
que  le  D‘’  Schliemann  a trouvé  à Mycènes  des  couteaux  et  des  clefs 
en  fei',  mais  que,  d’après  leur  forme,  il  les  rapporte  à une  époque 
postérieure  et  strictement  historique.  Ainsi  donc,  l’ancienne 


PRÉFACE. 


7 


Mycèiies,  en  cela  semblable  à Hissarlik,  ne  nous  a fourni  jusqu’ici 
aucun  débris  de  fer.  Les  Poèmes  en  parlent  couramment,  mais 
comme  d’un  métal  rare  et  précieux,  employé  seulement  pour  les 
objets  qui  exigent  une  grande  dureté  et  qui  sont  comparativement 
petits  et  faciles  à transporter;  il  n’y  a qu’une  exception  à cette 
règle,  c’est  quand  il  s’agit  des  portes  du  Tartaros  (//.,  VIII,  15), 
pour  lesquelles  le  poète  pouvait  disposer,  dans  sa  fiction,  d’autant 
de  fer  qu’il  lui  plaisait.  Il  ne  pouvait  donc  y avoir  qu’une  petite 
quantité  de  fer,  et  il  est  vraisemblable  que  l’on  emportait  les  instru- 
ments de  fer  avec  soi  quand  on  abandonnait  une  cité  ou  qu’elle 
venait  à être  détruite.  L’absence  du  fer  s’explique  donc  en  partie 
par  la  valeur  même  de  ce  métal,  ensuite,  plus  particulièrement, 
par  la  facilité  avec  laquelle  il  se  corrode  L Par  conséquent,  sans 
pouvoir  établir  ici  une  concordance  positive,  nous  n’avons  pas 
lieu  non  plus  d’admettre  un  désaccord. 

5.  Nous  n’avons  pas  non  plus,  je  crois,  à supposer  un  désaccord 
entre  le  char  que  notre  auteur  a trouvé  sur  la  seconde  stèle  de 
l’Acropole  (fig.  140)  et  la  description  homérique.  La  roue,  il  est 
vrai,  n’a  que  quatre  rayons  dans  le  char  de  Mycènes,  et  la  roue  du 
char  olympien  de  Hèra  en  avait  huit  (//.,  V,  723)  ; mais  le  poète  a 
probablement  introduit  cette  différence  dans  la  construction, 
comme  il  en  avait  introduit  une  dans  les  matériaux,  uniquement 
pour  distinguer  les  dieux  des  hommes  et  pour  montrer  que  le 
char  de  la  déesse  était  travaillé  avec  plus  de  soin  et  de  solidité  h 

6.  Agora  ou  lieu  d’assemblée  de  Mycènes  est  en  concordance 
parfaite  avec  les  Poèmes  sur  deux  points:  d’abord,  elle  est  circu- 
laire (ch.  x)  ; ensuite , le  banc  circulaire  sur  lequel  siégeaient 


1.  Dans  le  remarquable  musée  de  l’Académie  royale  d’Irlande,  il  y a deux  épées  que  l'on  fait 
rcmonLcr  à la  période  danoise  et  qui  ont  été  retirées  d’un  lit  de  boue.  Après  y avoir  été  enfouies 
pendant  peut-être  un  millier  d’années,  elles  ne  présentent  à l’œil  aucune  trace  de  corrosion. 
Mais  on  est  ici  en  présence  d’un  cas  exceptionnel,  du  moins  en  ce  qui  concerne  le  métal  ; et 
l’Irlande,  dans  ses  marais  et  ailleurs,  fournit  de  remarquables  exemples  de  propriétés  anti- 
septiques. 

2.  Je  ne  regarde  pas  comme  démontré,  comme  le  D"  Scbliemann  semble  le  croire  (cli.  iii  ad 
/tn.),  que  l’on  enlevait  le  coffre  du  char  et  qu’on  le  remettait  chaque  fois  qu'on  a^aità  s’en  servir. 
Les  passages  de  VlUade  (XXIV,  190  et  267)  se  rapportent  au  pe'irins  de  la  charrette.  Dans 
VOdyssée  (XV,  131),  on  en  parle  seulement  comme  de  l’une  des  parties  du  char,  sans  dire  qu'il 
fût  d’usage  de  le  détacher. 


8 


PRÉFACE. 


les  Anciens  est  maintenu  par  des  dalles  horizontales  et  lisses.  Je 
ne  m’arrête  pas  sur  ces  deux  points  qui  sont  l’objet  d’un  développe- 
ment complet  dans  le  texte  ; mais  je  reviendrai  sur  ce  sujet  à propos 
do  remplacement  choisi  pour  les  tombeaux  et  des  conséquences 
que  l’on  peut  tirer  de  cette  importante  circonstance. 

Je  hasarderai  maintenant,  avant  de  poursuivre  mon  énumération, 
une  ou  deux  remarques  générales  sur  les  objets  d’art  et  d’orne- 
mentation , en  me  reportant  encore  aux  comptes  rendus  de 
MM.  Newton  et  Gardner,  qui  sont  les  commentaires  les  plus  aiito- 
risés  de  la  partie  du  texte  de  l’auteur  qui  est  consacrée  à ces  objets. 

J’ai  d’abord  à présenter  quelques  réflexions  sur  le  caractère 
général  des  découvertes  et  sur  sa  relation  avec  l’état  de  l’art  tel  que 
nous  le  montrent  les  Poèmes.  11  semble  raisonnable  de  penser,  sur- 
tout après  ce  qu’a  démontré  M.  Gardner  à propos  des  quatre  stèles 
funéraires,  que  ces  stèles  étaient  comme  le  sceau  de  l’époque  même 
apposé  sur  un  grand  dépôt.  Il  résulte,  je  crois,  des  témoignages  que 
nous  avons  sous  les  yeux  qu’il  est  impossible  de  rapporter  à une 
seule  école,  à un  même  style  ou  h une  même  période  de  l’art  tous 
les  objets  qui  ont  été  exhumés.  Mais,  sur  ce  point,  je  voudrais  faire 
observer  d’abord  que,  déposés  simultanément  dans  les  tombeaux, 
en  riionneur  des  morts,  ils  pouvaient  être  cependant  les  productions 
de  plus  d’une  génération  ; ensuite  que,  bien  loin  d’être  forcés  de 
les  rapporter  dans  leur  ensemble  à une  origine  nationale,  nous  y 
serons  à peine  autorisés  si  nous  étudions  la  question  à la  lumière 
des  poèmes  homériques. 

Je  conclus  du  compte  rendu  de  M.  Gardner  que  l’art  qui  apparaît 
dans  la  décoration  de  la  poterie  est  généralement  moins  avancé 
que  celui  que  l’on  constate  sur  les  objets  de  métal.  Faite  au  tour  ou 
modelée  à la  main,  cette  poterie,  où  l’on  reconnaît  une  fabrication 
d’une  période  primitive,  était  beaucoup  plus  vraisemblablement 
nationale;  tandis  que  les  objets  d’art  en  métaux  précieux  pouvaient 
être  d’importation  étrangère,  ou  bien  encore  ils  pouvaient  être  les 
œuvres  d’artistes  étrangers  attirés  à la  cour  d’Agamemnon.  C’est 
ainsi  que  nous  voyons  Daïdalos,  dont  le  nom,  tout  mythologique 
qu’il  est,  représente  une  influence  étrangère,  exécuter  en  Crète 


PRÉFACE.  9 

pour  Ariadne  la  représentation  d’une  danse,  sur  métal.  Etudions 
ce  sujet  un  peu  plus  à fond. 

La  découverte  ou  l’examen  des  ouvrages  doit,  sans  aucun  doute, 
suggérer  tout  d’abord  l’idée  de  les  rapporter  à une  école  locale 
d’orfévres.  Mais,  considérant  les  nombreux  points  de  contact  qu’il 
y a entre  les  découvertes  du  D'  Schliemann  et  les  Poèmes  homé- 
riques, il  est  important  de  savoir  si  les  Poèmes  sont  favorables  à 
l’hypothèse  d’une  école  locale  et  dans  quelle  mesure  ils  y sont  réel- 
lement favorables.  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  d’examiner  en  détail 
toutes  les  œuvres  d’art  mentionnées  par  Homère.  Je  doute  qu’il  y 
en  ait  une  seule  dont  on  puisse  prouver  l’origine  purement  grecque 
par  des  preuves  tirées  du  texte,  tandis  qu’il  y est  souvent  fait 
mention  d’objets  fabriqués  au  dehors  et  importés.  En  même  temps, 
il  y a certaines  considérations  qui  tendent  à prouver  que  s’il  y avait 
quelque  part  en  Grèce  des  artistes  indigènes  capables  de  produire 
des  œuvres  comme  celles  qui  viennent  d’être  exhumées,  c’est  à 
Mycènes  que  l’on  devrait  s’attendre  à les  trouver.  Premièrement,  à 
cause  de  l’opulence  de  cette  cité  et  de  sa  situation  comme  capitale 
du  pays  ; deuxièmement,  à cause  de  la  richesse  personnelle  d’Aga- 
memnon,  de  cette  ardeur  à acquérir,  pour  ne  pas  dire  cette  avarice, 
qui  le  rendait  toujours  si  empressé  à dépouiller  ceux  qu’avait 
tués  sa  lance,  trait  de  caractère  auquel  il  est  fait  plusieurs  fois 
allusion  dans  Ylliade.  Il  faut  se  souvenir  qu’à  cette  époque  les 
œuvres  d’art  n’étaient  pas  de  purs  ornements,  mais,  comme  l’in- 
dique leur  nom  {liéimèlia) , la  forme  sous  laquelle  on  se  plaisait  à 
accumuler  la  richesse;  Agamemnon,  même  dans  la  Troade,  possé- 
dait une  grande  quantité  de  ces  œuvres  d’art  (//.,  IX,  330)  ; troi- 
sièmement, onpeuttirer  une  indication  peut-être  plus  significative 
du  remarquable  passage  du  onzième  livre  (15-46)  où  Homère  décrit 
l’armement  d’Agamemnon  au  moment  où  il  va  partir  pour  le  champ 
de  bataille.  La  première  partie  de  l’armure  qui  attire  rattention, 
c’est  la  cuirasse  artistement  travaillée;  or  celte  cuirasse  a été 
importée  de  Gypre,  qui  est  une  colonie  phénicienne.  Vient  ensuite 
l’épée,  que  je  décrirai  plus  loin.  Elle  est  suivie  du  bouclier,  orné 
de  plusieurs  bosses  de  métal,  de  l’image  de  la  Gorgone  et  des  têtes 


10 


PRÉFACE. 


OU  figures  de  la  Peur  et  de  la  Panique.  Ce  bouclier  doit  être  consi- 
déré comme  une  véritable  œuvre  d’art;  on  en  peut  dire  autant  de 
sa  bande  ou  courroie,  qui  portait  la  figure  d’un  serpent  à trois  têtes. 
Homère  ne  dit  rien  qui  puisse  faire  attribuer  ces  objets  à des  artistes 
étrangers.  La  famille  d’Agamemnon  était  certainement  d’origine 
étrangère,  et  son  apparition  en  Grèce  était  comparativement 
récente  ; mais  on  peut  laisser  pendante  la  question  de  savoir  si,  par 
présomption,  ces  armes  doivent  être  attribuées,  oui  ou  non,  à 
un  artiste  indigène.  ^ 

Les  objets  contenus  dans  les  dépôts  semblent,  je  le  répète, 
d’une  valeur  artistique  très-différente.  Je  mets  à part  les  objets 
purement  symboliques,  parce  que  partout  où  la  religion  ou  l’ido- 
lâtrie est  en  jeu  le  mérite  artistique  n’est  que  secondaire,  et  l’on 
cesse  même  d’y  tenir.  Parmi  les  autres  objets,  je  mets  en  fait  que 
pas  un  seul  ne  montre  des  qualités  tecbniques  d’un  ordre  bien 
relevé.  Mais,  autant  qu’on  en  peut  juger  d’après  des  images  photo- 
graphiques, on  y découvre  de  la  vie,  de  la  force,  du  mouvement, 
même  quelques  éléments  de  noblesse  et  de  beauté,  et  une  certaine 
fertilité  d’invention  ; cela  est  particulièrement  vrai  de  l’ornemen- 
tation, en  tant  qu’on  la  distingue  de  la  représentation  de  la  vie, 
soit  animale,  soit  végétale.  Cette  différence  de  mérite  doit  tenir  en 
partie  à une  différence  de  dates,  en  partie  aussi,  et  beaucoup 
peut-être,  à la  supériorité  de  l’artiste  immigrant  ou  des  ouvrages 
importés.  Qu’il  y ait  eu  des  étrangers  fixés  en  Grèce  à l’époque  des 
Troiha,  nous  avons  toutes  sortes  de  raisons  de  le  croire  d’après  un 
exemple  frappant,  celui  d’Ékhépôlos,  fils  d’Aiikhisès , lequel  fut 
autorisé  â présenter  à Agamemnon  la  jument  Aïthè,  pour  se 
racheter  de  l’obligation  de  servir  contre  Troie  (IL,  XXIII,  296).  S’il 
y a quelque  part  dans  les  Poèmes  une  œuvre  d’art  qui  ait  été 
exécutée  en  Grèce  ou  par  un  Grec,  c’est  le  lit  d’Odysseus^  qu’il 
façonna  lui-même  (Or/.,  XXIII,  190-201);  or,  après  mûre  réflexion, 
je  suis  porté  à croire  qu’Odysseus  se  rattachait  de  très-près  â la 

1.  Il  est  fait  mention  dans  VOdijssée  (XIX,  57)  d’un  Ikmalios  qui  avait  fabriqué  un  siège 
incrusté  d’or  et  d’ivoire.  Je  ne  puis  douter  que  ce  siège  n’eiit  été  fabriqué  à l’étranger,  car  il  est 
indiqué  comme  l’œuvre  d’un  autre  âge  : yjv  ttots  xéxTWv  7rotY]a’  ’lxp.à)aoç,  « fabriqué  autrefois  par 
Ikmalios  à la  main  artistique.  » 


PRÉFACE. 


11 


souche  immigrante  ou  phénicienne.  D’ailleurs,  on  pourrait  lui 
avoir  attribué  ce  genre  de  talent,  uniquement  à cause  de  son  incom- 
parable habileté  et  de  l’universalité  de  ses  connaissances.  Il  y avait 
certainement  un  kJirysokhoos  ou  doreur  à la  cour  de  Nestor 
(Or/.,  111,425);  mais  on  retrouve  le  même  personnage  désigné  sous 
le  nom  de  khalkeus  ou  chaudronnier  {ibid.,  III,  432).  Il  semblerait 
même  que  le  travail  des  métaux  n’ait  pas  été  un  art  bien  relevé 
ni  bien  considéré  dans  une  société  achéenne  ; en  effet,  aucun 
artiste  en  ce  genre  n’est  nommé  dans  le  remarquable  passage  de 
YOdîjssée  (XVII,  384)  qui  contient  une  espèce  de  catalogue  où  l’on 
trouve  l’ouvrier  en  bois  ou  charpentier. 

Le  catalogue  de  ces  objets  précieux  de  Mycènes  et  de  leurs  orne- 
ments est,  dans  son  ensemble,  plus  riche  et  plus  varié  que  les 
Poèmes,  en  mettant  à part  le  fameux  bouclier  d’Achille,  ne  nous 
auraient  donné  lieu  de  nous  y attendre.  Il  se  peut  que  la  connais- 
sance des  trésors  de  Mycènes  ait  aidé  et  excité  une  vigoureuse  ima- 
gination et  lui  ait  fait  deviner,  par  une  merveilleuse  intuition,  des 
perfections  qui  n’avaient  pas  encore  été  atteintes  dans  la  pratique. 
Le  trait  le  plus  remarquable,  à mon  avis,  de  toutes  les  descriptions 
homériques  d’œuvres  d’art,  c’est  de  donner  la  vie  aux  choses  inani- 
mées avec  une  force  et  une  réalité  incomparables.  Et  peut-être  sera- 
t-on  frappé,  en  examinant  les  illustrations  du  livre  du  D‘’  Schlie- 
mann,  de  l’intensité  de  vie  et  de  mouvement  qui  se  manifeste  dans 
un  très-grand  nombre  des  œuvres  mycéniennes,  alors  même  que  le 
dessin  est  le  plus  imparfait  au  point  de  vue  technique.  Mais  nous 
ne  pouvons  pas  nous  contenter  de  mettre  le  texte  en  regard  de  ces 
objets  seulement;  nous  sommes  tenus  aussi  de  nous  éclairer  de 
toutes  les  lumières  que  nous  pourrons  tirer  des  fouilles  d’Hissarlik, 
quelque  influence  qu’elles  puissent  exercer  sur  nos  préoccupations 
et  sur  nos  arguments.  Quant  à moi,  je  suis  frappé  de  la  richesse 
de  Mycènes  et  de  la  pauvreté  relative  de  la  ville  que  nous  pouvons 
raisonnablement  supposer  avoir  été  Troie  ; je  ne  veux  pas  parler 
seulement  du  petit  nombre  d’objets  précieux  qii’oii  a retrouvés, 
car  c’est  peut-être  simplement  un  effet  du  hasard,  quoique,  en 
vérité,  la  fortune,  renonçant  pour  une  fois  à ses  caprices,  semble. 


PRÉFACE. 


n 

dans  les  deux  cas,  avoir  obéi  aux  arrêts  de  la  justice  archéologique 
et  avoir  traité  en  enfants  gâtés  le  D'  et  M"'"  Schliemann.  Ce  que 
je  veux  dire,  c’est  qu’il  y a beaucoup  moins  de  luxe  dans  l’orne- 
mentation  des  ouvrages  d’Hissarlik;  je  pourrais  même  ajouter 
qu’ils  n’olfrent  aucune  représentation  de  la  vie,  sinon  sous  la 
forme  la  plus  rude  et  la  plus  barbare.  Les  formes  des  objets  d’or 
et  d’argent  d’Hissarlik  sont  souvent  très-bonnes,  mais  les  objets 
eux-mêmes  sont  toujours  d’un  travail  tout  uni  ; on  n’y  trouve 
aucune  représentation  d’animaux  ou  de  plantes  qui  mérite  d’être 
citée  au  point  de  vue  où  nous  nous  plaçons  ; point  d’objets  au  re- 
poussé,rien  qui  ressemble  au  cylindre  qui  paraît  si  beau  (fig.  451), 
ou  encore  aux  anneaux  d’un  travail  si  soigné,  reproduits  dans  le 
volume  d’après  des  photographies.  Comment  expliquer  cette  infé- 
riorité? Y trouverons-nous  la  preuve  que  les  ruines  d’Hissarlik 
appartiennent  à une  époque  qui  diffère  de  celle  des  ouvrages  de 
Mycènes  et  qui  l’a  précédée  ? Pour  rendre  aussi  péremptoire 
que  possible  la  réponse  négative  à cette  question,  souvenons-nous 
qu’Homère,  pendant  qu’il  indique  Orchomène  et  surtout  Thèbes 
d’Égypte  comme  les  plus  riches  cités  de  son  petit  univers,  semble 
assigner  à dessein  à Troie  exactement  le  même  degré  d’opulence 
qu’à  Mycènes,  car  il  applique  une  seule  et  même  épithète,  celle  de 
polljkhrysos,  qui  signifie  (c  abondante  en  or»,  à ces  deux  cités,  et  à 
elles  seules.  Il  la  donne  à Troie  dans  V Iliade  {Wlll,  289).  Pour 
Mycènes,  c’est  presque  une  formule  (voy.  //.,  VH,  180;  XI,  46; 
0(L,  ni,  305). 

Nous  avons  maintenant  sous  les  yeux,  c’est  assez  probable,  les 
objets  de  premier  choix  parmi  les  trésors  dont  les  deux  cités  pou- 
vaient s’enorgueillir;  la  question  est  de  savoir  si  nous  sommes  en 
mesure  d’expliquer  en  quoi  elles  différaient  pour  la  richesse  et  le 
degré  de  perfection  dans  l’art?  J’ai  dans  l’idée  que  nous  le  pou- 
vons, du  moins  dans  une  très-large  mesure  ; seulement  il  faut 
admettre,  ce  que  bien  des  gens  ne  sont  pas  encore  disposés  à faire, 
qu’il  y a une  large  veine  de  réalité  historique  dans  les  peintures  de 
y Iliade  et  de  V Odyssée. 

Trois  passages  de  V Iliade,  en  particulier,  nous  montrent  la  ville 


PRÉFACE. 


13 


de  Troie  considérablement  appauvrie  par  la  guerre.  A coup  sûr, 
s’il  y a un  grain  de  vérité  dans  la  légende  de  cette  guerre,  il  n’en 
pouvait  être  autrement.  Pour  trouver  moyen  de  résister  à l’attaque 
vraiment  nationale  des  Achéens,  elle  ne  pouvait  compter  ni  sur  la 
justice  de  sa  cause  ni  sur  une  force  militaire  comparable  à la 
leur.  Il  lui  fallait  chercher  des  appuis  au  dehors,  d’abord  dans 
l’alliance  de  la  Dardanie,  jalouse  de  sa  puissance,  ensuite  parmi 
les  tribus  voisines  d’Europe  et  d’Asie.  On  pourrait  même  inférer 
du  texte  que  les  neuf  dixièmes  de  ses  défenseurs  (//.,  II,  123-33)  ne 
faisaient  point  strictement  partie  de  sa  population.  Mais  cet  appui 
du  dehors,  elle  ne  pouvait  se  l’assurer  qu’à  prix  d’argent.  Aussi, 
Hector , dans  le  dix-septième  livre , parle-t-il  avec  l’autorité 
(220-32)  d’un  général  qui  s’adresse  à des  alliés  dont  les  services 
sont  convenablement  rétribués.  De  même  aussi,  nous  savons  que  le 
grand  Eurypylos,  et  ses  Kèteïens  ‘ ou  Hittites  {Od.,  XI,  520)  suc- 
combent dans  les  plaines  de  Troie  (c  en  se  battant  pour  des 
présents  ».  ((  J’épuise  les  Troyens,  dit  Hector,  pour  vous  faire  des 
présents  et  vous  procurer  des  vivres.  » D’un  autre  côté,  dans  le 
vingt-quatrième  livre,  Achille,  adressant  à Priam  des  paroles  de 
compassion,  lui  dit  : a Nous  savons  que  vous  étiez  autrefois  prospères 
et  que  vous  surpassiez  toutes  les  contrées  voisines  par  vos  richesses 
et  par  le  nombre  de  vos  fds  (543-6).  » La  conclusion  est  évidente  : 
c’est  que,  à cette  époque,  bien  que  la  ville  ne  fût  pas  encore  prise, 
elle  devenait  relativement  pauvre.  Mais  le  témoignage  le  plus 
formel  est  celui  qu’on  trouve  dans  V Iliade  (XVHI,  288-92),  quand 
Hector  excite  ses  concitoyens  à faire  une  sortie  en  leur  rappelant 
qu’ils  sont  déjà  presque  ruinés.  Autrefois,  dit-il,  tous  les  hommes 
avaient  l’habitude  de  célébrer  la  richesse  de  Troie,  (c  mais  mainte- 
nant les  beaux  trésors  ont  entièrement  disparu  de  nos  maisons.  » 

Nüv  5' Y)  è^zTTo'XwXa  (5'oy.Mv  5Cîtu,rj>.'.a  x.Y.Àâ* 


Puis,  pendant  toute  la  durée  de  la  colère  de  Zeus,  une  grande 
quantité  de  leurs  biens  avaient  été  échangés  en  Phrygie  et  en 

1.  Synchronisme  homérique,  p.  171  et  suivantes.  Je  ii’aborJc  pas  ici  la  curieuse  question  de 
savoir  quel  est  le  sens  exact  de  l’expression  yuvaia  otopa. 


14 


PRÉFACE. 


Méonie  ; je  suppose  qu’on  les  avait  échangés  contre  des  objets  de 
première  nécessité.  Le  grand  dépôt  mycénien,  au  contraire,  si  le 
D‘'  Schliemann  ne  se  trompe  pas,  avait  été  fait  avant  que  la  cité  fût 
mise  h sac  et  dépeuplée.  Dans  un  cas  de  vie  ou  de  mort  comme 
celui  où  se  trouvaient  les  Troyens,  ils  devaient  tout  naturellement 
se  séparer  de  leurs  objets  les  plus  précieux,  puisque  c’étaient  ceux 
dont  ils  pouvaient  tirer  le  plus  de  ressources  dans  leur  pressant 
besoin  (voy.  Iliade,  XXIV,  234-7)  ; de  sorte  que  si  nous  voulons 
absolument  comparer  Troie  à Mycènes,  nous  comparons  Troie 
ruinée  à Mycènes  en  pleine  prospérité. 

Parmi  les  métaux  précieux  qui  proviennent  d’Hissarlik,  nous  ne 
trouvons,  je  crois,  la  représentation  d’aucun  animal,  soit  gravée, 
soit  en  ronde  bosse.  Mais  les  Poèmes  nous  offrent  plusieurs  exem- 
ples d’ouvrages  de  ce  genre  qui  étaient  en  la  possession  des  Grecs; 
cependant,  d’une  manière  générale,  il  y a lieu  de  présumer  que 
c’étaient  des  productions  étrangères,  comme  il  serait  facile  de  le 
montrer. 

Troie,  il  est  vrai,  en  contact  immédiat  avec  les  régions  vastes  et 
fertiles  de  l’Asie  Mineure,  pouvait  accroître  sa  richesse  matérielle 
par  le  commerce  de  terre  ; la  Grèce  ne  le  pouvait  pas,  divisée 
qu’elle  était  par  ses  chaînes  de  montagnes  en  districts  étroits  où  il 
y avait  peu  de  terres  à cultiver.  En  revanche,  il  semble  que,  même 
à cette  époque,  le  commerce  maritime,  stimulé  par  les  navires  et 
les  établissements  des  Phéniciens,  peut  avoir  compensé,  et  plus 
que  compensé,  ce  désavantage.  Les  Poèmes  nous  donnent  des  ren- 
seignements très-précis  sur  le  commerce  des  métaux  et  du  blé  au- 
quel se  livrait  la  race  phénicienne  {OcL,  I,  183-4;  XIV,  333-5).  Il 
est  très-vraisemblable  que  les  Grecs  avaient  suivi  les  Phéniciens 
dans  cette  voie.  Le  voyage  du  navire  Argo  semble  avoir  eu  un  ca- 
ractère mixte.  Les  vaisseaux  de  l’expédition  contre  Troie  n’auraient 
guère  pu  être  fournis  par  un  peuple  qui  n’aurait  pas  eu  déjà  fait 
un  apprentissage  sérieux  du  commerce  maritime.  La  navigation  le 
long  des  côtes,  à des  fins  autres  que  celles  de  la  guerre,  est  évidem- 
ment une  idée  familière  dans  Y Odyssée.  Dans  V Iliade,  au  contraire, 
la  construction  des  navires  de  Paris  est  citée  comme  l’œuvre 


PRÉFACE. 


15 


remarquable  d’un  homme  qui  était  remarquable  lui-même  (//.,  V, 
59-64)  ; excepté  dans  cette  occasion,  qui  devint  si  fatale  à Troie, 
nous  u’euteudous  jamais  parler  d’une  marine  troyenne. 

Voici  un  autre  point  de  comparaison.  On  nous  donne  à 
entendre  ^ qu’on  a découvert  à Hissarlik  des  traces  de  l’art  d’écrire, 
tandis  que  le  nouveau  volume  ne  nous  offre  rien  de  semblable  à 
propos  de  Mycènes.  Mais  j’ai  bien  peur  que  l’on  ne  puisse  affirmer 
que  cet  art  ait  existé,  soit  en  Grèce,  soit  dans  la  Troade,  à l’époque 
homérique,  sinon  comme  le  secret  de  quelques' initiés.  En  Grèce, 
l’art  d’écrire  était  évidemment  d’importation  étrangère,  et  peut- 
être  en  a-t-il  été  de  même  à Troie.  Tant  que  les  témoignages 
demeurent  aussi  indécis,  nous  n’en  pouvons  tirer  avec  confiance 
aucune  conclusion  importante  pour  comparer  entre  elles  les  deux 
civilisations. 

Je  reprends  l’énumération  des  points  de  contact  entre  les  décou- 
vertes faites  à Mycènes  et  le  texte  des  Poèmes,  en  notant  ceux  que 
l’on  trouve  dans  les  objets  autres  que  les  monuments  d’architec- 
ture. 

1 . Le  premier  de  ces  points,  c’est  l’usage  courant  du  cuivre  pour 
les  ustensiles  de  grande  dimension  (fig.  436-440). Nous  avons  aussi 
l’analyse  qu’a  faite  le  docteur  Percy  d’une  épée  et  d’une  anse  de 
vase  en  bronze  A mon  avis,  rien  dans  les  Poèmes  ne  nous 
signale  l’art  de  fondre  ensemble  les  métaux  comme  une  industrie 
indigène,  tandis  que  nous  y trouvons  des  preuves  abondantes  que  les 
œuvres  d’art  et  les  ustensiles  de  bronze  se  fabriquaient  au  dehors 
et  étaient  d’importation  étrangère.  Le  vase  en  question,  par  exem- 
ple, peut  avoir  été  importé  du  dehors.  Il  en  est  vraisemblablement 
de  même  pour  l’épée.  Nous  savons  qu’il  y avait  importation  et 
exportation  d’épées  entre  différents  pays.  LaTbrace  était  un  centre 
de  fabrication  tout  à la  fois  pour  les  objets  d’art  proprement  dits 
(//.,  XXIV,  234)  et  pour  les  armes  (//.,  XXIII,  808)  ; nous  trouvons 
une  épée  « longue  et  belle  »,  de  fabrication  thrace,  en  la  posses- 
sion du  prince  troyen  Hélénos  (//.,  XIII,  577).  D’ailleurs,  si  le 

1 . Troie  et  ses  Ruines,  p.  369,  37 1 . 

2.  Voyez,  à la  fin  du  volume,  les  n°®  IV  et  V des  Analyses  du  D"  Percy. 


16 


PRÉFACE. 


cuivre  était  alors  un  métal  abondant,  l’étain  était  rare  : il  en  résulte 
que  les  armes  de  bronze  devaientcoûter  très-cher.  Par  conséquent, 
les  épées  de  bronze  trouvées  dans  les  tombeaux,  avec  tant  d’autres 
objets  précieux,  sont  juste  à l’endroit  où  nous  devions  nous  atten- 
dre à les  trouver.  Il  en  est  de  même  de  deux  haches  d’armes  trou- 
vées à Hissarlik  dans  le  Trésor;  elles  devaient  probablement  avoir 
appartenu  à des  personnages  d’un  rang  élevé,  et  elles  étaient  en 
bronze  b Mais  on  peut  voir  au  musée  de  l’Académie  irlandaise  des 
haches  en  cuivre  pur,  et  la  couche  épaisse  de  scories  de  cuivre  sans 
aucun  mélange  d’étain  qui  a été  découverte  à Hissarlik  est,  ce 
semble,  une  preuve  matérielle  que  le  cuivre  était  le  métal  ordinaire 
de  la  période  héroïque.  Peut-être  un  jour  nos  archéologues  auront- 
ils  à intercaler  dans  leur  liste  un  âge  de  cuivre  entre  leur  âge 
de  pierre  et  leur  âge  de  bronze.  Si  l’on  venait  à constater  la  pré- 
sence d’armes  de  cuivre  dans  les  tombeaux  de  Mycènes,  rien  ne 
pourrait  donner  plus  d’autorité  aux  passages  des  Poèmes  où  l’on 
voit  que  l’usage  du  cuivre  était  général  ; car  les  armes  trouvées  dans 
les  tombeaux  ont  appartenu  aux  personnages  vraisemblablement 
les  mieux  en  état  de  se  permettre  l’usage  du  bronze.  J’espère  que 
l’analyse  déjà  commencée  portera  sur  un  nombre  d’objets  beau- 
coup plus  grand.  En  attendant,  je  trouve  déjà  un  lien  étroit  entre 
les  découvertes  et  les  Poèmes,  pour  tout  ce  qui  concerne  les  usten- 
siles de  grande  dimension. 

2.  Parmi  les  objets  trouvés  à Hissarlik,  les  plus  remarquables 
par  eux-mêmes  sont  peut-être  les  deux  coifïures  en  or,  d’un  travail 
très-soigné,  qui  nous  ont  permis  d’expliquer  pour  la  première  fois 
dans  son  entier  avec  quelque  confiance  le  passage  de  V Iliade  (XXH, 
468-72)  où  Homère  décrit  la  coiffure  que  rejette  Andromakliè  dans 
l’excès  de  sa  douleur.  On  n’a  pas  oublié  la  gravure  qui  reproduit  la 
plektè  anadesmè^\  C’était  une  série  de  tresses  d’or  qui  pendaient  sur 
le  front  et  sur  les  oreilles,  attachées  à une  large  bande  (âpriv^)  qui 
faisait  le  tour  de  la  tête  et  qui  formait  comme  la  base  de  l’orne- 

1.  Troie  et  ses  Ruines,  p.  361.  Une  de  ces  haches  ne  contenait  que  quatre  pour  cent  environ^ 
d’étain.  Ne  se  pourrait-il  pas  que  le  métal  fût  tout  simplement  un  mélange  naturel? 

2.  Troie  et  ses  Ruines,  p.  335. 


PRËFACEc 


17 


meut.  Le  D'"  Seliliemaim  rapproche,  avec  raison  selon  toute  appa- 
rence, CCS  objets  de  rornement  représenté  figure  357  ; cet  objet 
est  un  bandeau  ou  diadème,  «décoré  de  rosaces  et  de  croix.  11  a 
deux  trous  dans  le  bord,  à quelque  distance  de  chacune  des  deux 
extrémités;  de  chacun  de  ces  trous  pend  encore  le  fragment  d’une 
chaîne  très-fine  ».  La  seule  différence  de  forme  qu’il  y ait  entre 
ce  dernier  objet  et  les  précédents,  c’est  que  la  série  de  tresses  (ou 
chaînes)  n’a  pas  été  continuée  jusqu’au-dessus  du  front. 

3.  Les  fouilles  d’Hissarlik  n’avaient  jeté  aucune  lumière,  pour 
nous,  sur  l’ornement  appelé  Urédemnon;  c’était  une  parure  que 
portaient  sur  la  tête  beaucoup  de  femmes,  ou  du  moins  un  certain 
nombre  de  femmes  de  l’àge  héroïque,  qui  ne  pouvaient  pas  y ajou- 
ter les  magnifiques  ornements  alors  réservés  aux  princesses.  Nous 
trouvons  dans  les  Poèmes  des  descriptions  de  cette  parure  ; il  est 
vrai  que  les  détails  en  sont  épars  ça  et  là;  néanmoins,  nous  en 
pouvons  tirer  une  idée  assez  nette.  D’abord  cette  parure  couron- 
nait la  tête,  comme  les  créneaux  couronnent  les  murs  d’une  place 
fortifiée,  car  Homère  dit  de  la  destruction  des  murs  de  Troie  que 
c’est  comme  la  ruine  de  ses  krédemna  sacrés  (//.,  XVI,  100).  Ce 
n’était  pas  cependant  un  objet  métallique  ou  solide,  car  Ino,  deve- 
nue déesse,  pour  sauver  Odysseus  de  la  fureur  de  la  tempête,  lui 
jette  son  propre  krédemnon  et  lui  recommande  de  se  l’attacher 
autour  de  la  poitrine  (Or/.,  V,  346).  Il  était  fait  habituellement 
d’une  matière  délicate  et  brillante  (Or/.,  I,  334),  et  il  était  assez 
précieux  pour  qu’Aphroditè  l’offrît  comme  présent  nuptial  à la 
fiancée  d’Hector  (//.,  XXH,  470).  Enfin  il  avait  en  plus  un  orne- 
ment que  j’appellerai  une -aile  allongée,  ou  une  queue,  ou  une 
barbe,  faute  de  connaître  assez  à fond  ce  vocabulaire  spécial  pour 
être  sùr  de  l’expression  propre  ; cette  aile,  queue  ou  barbe,  descen- 
dait par  derrière  ; il  se  peut  même  qu’il  y en  eût  pins  d’une.  Le  fait 
est  prouvé,  sinon  directement,  du  moins  d’une  façon  conclnante, 
parmi  détail  de  XOd^jssée  (VI,  100)  : les  suivantes  de  Naiisicaa, 
an  moment  de  jouer  à la  balle;  commencent  par  ôter  leurs  hvc- 
denina , évidemment  pour  avoir  les  mouvemenls  des  bras  pins 
libres  et  ne  point  se  les  embarrasser  dans  les  longues  barbes  des 


MVCENES. 


18 


PUÉ  FACE. 


krédenma.y oid  une  autre  preuve  : lorsque  Pénélopè  se  sert  de  ses 
krédemna  pour  se  couvrir  la  face,  elle  doit  ramener  les  barbes  en 
avant  pour  s’en  faire  un  voile  ; toute  autre  interprétation  rendrait 
l’emploi  du  pluriel  à peu  près  inexplicable  {Od.,l,  334).  Voilà  donc 
cette  partie  de  la  toilette  de  la  dame  préhistorique  aussi  complète 
qu’il  m’est  possible  de  la  reconstituer  d’après  le  texte  des  Poèmes. 

Je  reviens  au  volume  du  D""  Schlieniann  et  j’appelle  l’atten- 
tion du  lecteur  sur  la  bague  à cachet  représentée  figure  530.  Si  elle 
n’est  pas  le  produit  d’un  art  bien  avancé,  elle  est  intéressante  pour 
bien  d’autres  raisons.  A l’extrémité  gauche  du  tableau  se  tient  un 
personnage,  enfant  ou  petite  femme,  qui  cueille  des  fruits  aux 
branches  d’un  arbre.  Derrière  son  dos  pendent  deux  ornements 
qui  ressemblent  à de  longues  tresses  de  cheveux.  Et  si,  par  hasard, 
ces  prétendues  tresses,  après  un  examen  approfondi,  se  trou- 
vaient être  les  barbes  d’une  coiffure  que  le  personnage  semble 
porter  sur  la  tête?  A la  droite  de  l’arbre,  nous  trouvons  une  grande 
femme  assise,  coiffée  d’un  turban;  cette  femme,  selon  notre 
auteur,  porte  un  diadème  sur  le  front  et,  par  derrière,  (c  une  tresse 
de  cheveux  » qui  descend  de  la  pointe  du  turban.  Je  ne  puis 
m’empêcher  de  supposer  que  cette  ((  tresse  de  cheveux  » est  la 
barbe  du  krédemnon.  La  femme  offre  des  pavots  à une  autre  grande 
femme,  coiffée  également  d’un  turban  qui  se  termine  aussi  en 
une  pointe  ce  d’où  un  long  ornement  lui  pend  derrière  le  dos  ))  ; 
c’est  encore  cette  fois,  selon  toute  vraisemblance,  la  barbe  du 
krédemuoîi.  Sous  son  bras  droit  étendu  nous  voyons  encore  une 
petite  figure,  probablement  celle  d’une  petite  fille,  encore  coiffée 
d’un  turban  ((  avec  une  longue  tresse  de  cheveux  ou  un  ornement 
qui  lui  pend  derrière  le  dos  ». 

C’est,  je  conjecture,  un  quatrième  exemple  de  la  barbe  du  kré- 
demnon indiqué  par  Homère.  Il  y en  a un  cinquième  : en  effet, 
nous  avons  encore  la  figure  qui  est  à la  droite  du  tableau  ; elle 
aussi,  elle  porte  un  turban  qui  se  termine  en  pointe,  et  de  cette 
pointe  descend  un  long  ornement  en  forme  de  ruban  qui  lui  pend 
aussi  derrière  le  dos.  Remontons  dans  le  champ  du  tableau,  et  nous 
y remarquerons  une  petite  figure  sur  la  droite.  Cette  figure,  le 


IMIÊFACE. 


W) 

ly  Schliemaiiii  la  décrit  coiiime  une  figure  de  leuirnc,  à cause  Vies 
deux  mamelles  qui  sont  marquées  sur  le  buste;  et  encore  ici  (c  du 
dos  se  projettent  deux  longues  bandes  ».  Ainsi,  dans  ces  six 
exemples,  il  semble  que  nous  retrouvions,  comme  partie  principale 
de  la  coiffure  féminine,  le  même  objet  d’une  forme  si  remarquable, 
qui  nous  est  aussi  donné  par  Homère. 

Cependant,  si  l’on  considère  le  caractère  et  le  costume  des  six 
figures  de  femme  de  cet  anneau,  on  peut  dire  qu’elles  sont  étran- 
gères bien  plutôt  qu’belléniques.  Mais  justement,  d’après  le  témoi- 
gnage même  des  Poèmes,  il  est  surabondamment  prouvé  que  le 
Jiredemnon  était  plus  usité  chez  les  étrangers  que  chez  les  Grecs. 
Sans  doute  Homère  nous  parle  des  dePénélopè  ; et  Hèra, 

quand  elle  songe  à séduire  Zeus,  se  pare  du  krédemnon  {IL,  XIV, 
184).  Mais,  comme  nous  l’avons  vu,  le  krédemnon  est  porté  par 
Andromakhè  à Troie,  par  Ino,  une  divinité  d’origine  phénicienne, 
et  par  les  suivantes  de  Nausicaa  à Skhériè. 

4.  Dans  la  région  supérieure,  dans  le  ciel  du  tableau  pour  ainsi 
dire , il  y a une  esquisse  assez  grossière  du  soleil  et  du  mince 
croissant  de  la  lunef  Au-dessous  des  deux  astres,  il  y a une 
bande  ondulée  qui  forme  un  grossier  arc  de  cercle.  Cette  bande, 
tout  me  porte  à le  supposer,  est  une  indication  de  la  terre,  avec 
son  sol  inégal  et  sa  mer  à la  surface  ondulée,  représentée  à sa  vraie 
place,  c’est-à-dire  au-dessous  du  soleil  et  de  la  lime.  S’il  en  est 
ainsi,  la  conjecture  de  M.  Newton,  à propos  des  six  objets  qui  sont 
sur  le  bord  du  tableau  à droite,  se  Trouve  justifiée.  M.  Newton,  en 
effet,  se  demande  si  ce  ne  seraient  pas  là  les  télréa  (7/.,  XVHI,  485), 
les  étoiles  du  ciel,  qui,  dans  la  description  d’Homère,  se  trouvent 

1.  Voici  un  point  sur  lequel  je  désire  appeler  l’allentiou  : sur  cet  anneau,  comme  sur  tous 
les  monuments  égyptiens  et  assyriens  (du  moins  à ce  que  je  crois),  la  lune  se  distingue  du  soleil 
non  pas  par  sa  dimension,  mais  par  sa  forme,  qui  est  celle  d'un  croissant.  En  réalité,  à Eœil  nu, 
la  différence  de  grandeur  entre  le  soleil  et  la  lune  est  variable,  et  parfois  la  lune  paraît  plus 
grande  que  le  soleil.  Deux  globes  d’un  égal  diamètre  auraient  présenté  un  tableau  dont  la  com- 
position eût  été  défectueuse  et  le  sens  obscur  ; et  l’art  ancien,  bien  loin  d’accepter  ce  mode  de 
représentation,  s’est  emparé,  avec  un  sentiment  plus  poétique,  à mon  sens,  du  caractère  indivi- 
duel de  chacun  des  deux  astres.  Homère,  je  le  soutiens,  s’est  servi  de  ce  mode  de  représentation, 
quand  il  a dit  : xs  Tc>.r,0o'j(Tav.  J’ose  espérer  que  désormais  on  ne  traduira  plus,  comme 

on  a fait  jusqu’à  présent,  « la  lune  dans  son  plein  »,  mais  a la  lune  dans  la  période  où  elle  grandit, 
se  remplit,  s’accroît  » ; en  un  mot,  « le  croissant  de  la  lune  ».  {II.,  XVlll,  dSi.i 


20 


PUÉFACE. 


placées  sur  le  bouclier  d’Achille , avec  le  soleil , la  lune,  le  ciel,  la  terre 
et  la  mer.  Le  D"  Schliemann  attribue  à ces  six  objets  des  têtes  et  des 
yeux.  M.  Newton  dit  qu’on  pense  que  ce  sont  des  têtes  de  lion. 
L’hypothèse  qui  en  fait  des  êtres  animés  n’est  pas,  j’imagine,  en 
contradiction  avec  la  conjecture  qui  les  représente  comme  des 
étoiles.  L’esprit  de  l’hellénisme  avait  transformé  l’ancien  culte  de 
la  nature  et  avait  tout  personnifié;  nous  avons  dans  Homère  un 
exemple  de  cette  transformation  : c’est  Orion,  qui  est  à la  fois  une 
personne  et  un  astre  (//.,  XVÏII,  486  ; Oc/.,  XI,  572).  Si  ces  conjec- 
tures se  confirmaient,  le  sujet  qui  nous  occupe  offrirait  un  intérêt 
tout  particulier,  car  alors  nous  aurions  sous  les  yeux,  réunis  non 
dans  une  description  mais  dans  une  reproduction  réelle,  les  objets 
mêmes  qui  remplissent  le  premier  compartiment  du  bouclier 
d’Achille,  cette  œuvre  d’un  dieu  : la  terre,  comprenant  la  terre 
proprement  dite  et  la  mer,  le  soleil,  la  lune  et  toutes  les  étoiles 
du  ciel.  IJouranos^  le  ciel  lui-même,  que  le  poète  comprend  dans 
sa  description,  est  très-vraisemblablement  représenté  ici  par  la 
courbure  du  tableau. 

5.  La  coupe  représentée  dans  le  volume,  ligure  346,  a,  nous 
dit-on,  une  colombe  d’or  ciselée  sur  chacune  de  ses  deux  anses.  Le 
]y  Scbliemann  fait  remarquer  que  cette  coupe  ressemble  à celle  de 
Nestor  (I/.,  XI,  632-635).  Il  n’est  pas  dit  que  cette  dernière  fut  en  or, 
il  est  même  probable  qu’elle  était  d’une  autre  matière,  puisque 
Homère  ne  fait  mention  de  l’or  que  pour  les  ornements  de  détail. 
Mais  la  coupe  de  Nestor  avait  quatre  anses  et  sur  chacune  de  ces 
anses  deux  colombes.  Nous  savons  aussi  que  ce  n’est  pas  h Troie 
([lie  Nestor  se  l’était  procurée;  ce  qui  fait  tout  de  suite  penser  à 
rargunient  que  nous  avons  déjà  présenté.  Il  l’avait  apportée  de 
son  pays;  c’était  probablement  une  œuvre  d’art  d’origine  étrangère, 
car  Nestor  devait  avoir  du  sang  phénicien  dans  les  veines,  puisqu’il 
descendait  de  Poséidon  (Od.,  XI,  254).  C’est  un  point  qu’on  a le 
droit  de  noter;  c’est  un  exemple  par  où  l’on  voit  que  les  découvertes 
et  les  Poèmes  nous  montrent  l’art  arrivé  au  même  degré  de  déve- 
loppement. 

6.  Nous  entendons  souvent  parler  dans  les  Poèmes  des  objets 


PRÉFACE. 


‘21 


d’or  cil  forme  de  boutons  qu’on  employait  comme  ornements.  En 
maint  passage,  nous  trouvons  l’épée  aux  boutons  d’argent,  xiphos 
(OU  phasganon)  argijroèlon  (IL,  II,  45;  III,  334  et  ailleurs).  C’est, 
je  le  répète,  une  chose  ordinaire.  Nous  voyons  aussi  des  boutons  ou 
bosses  d’or  sur  le  sceptre  d’Acbille  (7/.,  I,  246),  sur  la  coupe  de 
Nestor  (//.,  XI,  632-635)  et  sur  une  épée  ; il  est  vrai  que  pour  l’épée 
l’exemple  est  unique,  mais  il  faut  dire  aussi  qu’il  s’agit  de  l’épée 
d’Agamemnon,  roi  de  Mycènes,  la  ville  où  l’or  abondait  (//.,  XI,  29). 
Sur  cette  épée,  dit  le  poète,  il  y avait  des  bosses  en  or  ou  dorées; 
l’expression  (pamphaïnon)  dont  il  se  sert  pour  les  désigner  vaut  la 
peine  d’être  notée.  Il  nous  serait  difficile  de  la  traduire  par  un  seul 
mot  : elle  ne  signifie  pas  seulement  (c  qui  brille  d’un  vif  éclat  )),  mais 
((  qui  brille  de  partout  »,  c’est-à-dire,  probablement,  tout  le  long 
du  fourreau  sur  lequel  ces  bosses  étaient  fixées  et  de  manière  que 
ce  fourreau  parût  former  une  seule  masse  brillante.  N’esl-ce  pas 
précisément  l’effet  que  devait  produire  la  rangée  de  boutons  d’or  qui 
a été  trouvée  le  long  de  l’épée  représentée  figure  460?  En  effet,  très- 
rapprochés  l’iin  de  l’autre,  ils  sont  plus  larges  que  la  lame  de  l’épée 
et  couvraient  probablement  d’un  bout  à l’autre  toute  la  surface  du 
fourreau  de  bois  qui  est  tombé  en  poussière.  N’est-ce  pas  aujourd’bui 
une  sensation  solennelle,  que  de  descendre  au  fond  des  tombeaux 
avec  le  D" Schliemann  et  d’y  trouver,  dans  le  silence  de  la  mort, 
encore  disposés  par  rangées,  ces  boutons  ou  bosses  d’or,  quand  les 
fourreaux  de  bois  auxquels  ils  étaient  fixés  sont  presque  entièrement 
tombés  en  poussière  ; mais,  à côté  meme  des  épées  dont  ils  formaient 
la  parure,  comme  la  reliure  fait  celle  du  livre,  àcôlé  aussi  de  la 
cendre  légère  des  guerriers  dont  la  main  avait  manié  ces  épées? 

Expende  AnniJjalem  : quoi  libras  in  duce  summo 

luveniesi? 

Ces  boutons  ou  bosses  se  retrouvent  encore  sur  les  pommeaux 
d’épée.  Généralement  on  traduit  le  Iièlos  d’Homère  par  clou  ou 
bouton  à petite  tète  ; mais  il  est  probable  que  le  même  mot  désigne 
encore  les  boutons  plus  larges  et  les  bosses  que  fou  retiHuive  eu 


l . Jnvénal,  Sat.,  X,  147, 


PRÉFACE. 


lignes  le  long  de  quelques  épées  (voyez,  h ce  sujet,  les  figures  445, 
446,  460,  46^2  et  466). 

Je  n’essayerai  pas  de  poursuivre  plus  loin  une  énumération  qui 
deviendrait  fastidieuse  à force  de  minutie.  Si  l’on  a trouvé  des  objets 
en  verre  ou  en  porcelaine,  je  devrais  leur  assigner  tout  de  suite  une 
origine  étrangère.  L’art  de  mouler  des  objets  et  de  les  polir,  dont 
les  exemples  sont  fort  rares,  d’après  notre  auteur  et  d’après 
M.  Newton,  devrait  probablement  aussi  être  rapporté  à une  source 
semblable.  Les  seuls  outils  que  semble  connaître  Homère,  pour  la 
manipulation  des  métaux,  sont  le  marteau  et  les  pinces  (//.,  XVIII, 
477  ; 0^.,  III,  434-5).  Pour  ce  qui  regarde  la  poterie  mentionnée  par 
notre  auteur,  si  quelques-uns  des  gobelets  d’argile  étaient  d’un  vert 
clair,  c’est  une  couleur  dont  Homère  n’avait  certainement  pas  une 
idée  bien  nette,  parce  qu’elle  est  le  résultat  d’un  progrès  (posté- 
rieur à lui)  dans  la  fabrication.  Encore  peut-on  supposer,  sans 
invraisemblance,  que,  dans  des  œuvres  d’art  aussi  bien  que  dans 
des  objets  naturels,  cette  couleur  a pu  frapper  ses  regards. 

A propos  des  balances  recueillies  dans  le  troisième  tombeau,  il 
n’y  a aucune  raison  plausible  de  douter  que  nous  ne  trouvions 
rinterprétation  de  ce  symbole  en  nous  reportant  aux  idées  et  aux 
doctrines  égyptiennes  sur  la^vie  future  (fig.  301  et  302).  Dans  les 
Livres  des  Morts,  nous  avons  une  représentation  détaillée  de  la 
salle  du  Jugement,  où  est  citée  h comparaître  l’ame  qui  vient  de 
quitter  le  corps.  Ici  la  balance  forme  un  objet  très-important  \ 
et  il  paraît  très-possible  que  le  poète,  qui,  sur  la  vie  future,  avait  les 
idées  d’un  Grec  et  non  pas  d’un  Égyptien,  ait  emprunté  à l’Égypte 
et  transplanté  du  Iladès  (égyptien)  au  Ciel  (grec)  l’image  de  la 
balance,  dont  il  tire  de  si  beaux  effets  dans  quelques  circonstances 
décisives  de  V Iliade. 

En  ce  qui  concerne  l’emblème  de  la  double  hache  ou  hache  à 
deux  tranchants,  j’oserai  me  dispenser  de  la  réserve  et  de  la  cir- 
conspection du  D"  Scbliemann.  Sur  la  forme  ordinaire  d’une  arme 
en  usage  a l époque,  il  ne  semble  pas  qu’il  y ait  lieu  de  donner  une 


1.  par  rxomple,  dans  la  Terre  défi  Pharaons  do  Manning-,  la  gravure  de  la  page  129. 


PRÉFACE. 


23 


explication  spéciale  (fig.  368).  Mais,  lorsque  nous  la  trouvons  jointe 
à la  tète  de  vache  (fig.  329  et  330),  ou  bien,  comme  sur  la  grande 
bague  à cachet,  rapprochée  d’une  figure  qui  représente  évidemment 
une  divinité,  je  n’hésite  pas  à la  regarder  comme  un  symbole  de 
sacrifice.  Nous  n’avons  qu’à  nous  rappeler  le  passage  du  troisième 
livre  de  V Odyssée,  où  est  décrit  l’appareil  du  sacrifice;  Thrasy- 
médès,  qui  devait  frapper  la  victime,  apportait  la  hache  (III,  442)  : 

nî'X£-.c’jv  p.svs-irT&'Xsao;  ©pacuar.cî'r,; 
o^'jv  I//OV  £v  7,£pcFt  T:ap:aTaro,  p;ùv 

Les  dents  de  sanglier  offrent  un  point  de  concordance  clair 
et  significatif,  encore  qu’il  ne  soit  que  d’une  importance  secon- 
daire : nous  pouvons  donc  l’ajouter  à notre  liste  (//.,X,  263-264). 
Il  y en  a un  autre  à noter  dans  la  manière  d’attacher  avec  nn  fil  de 
métal  les  couvercles  des  vases  et  des  boîtes  ou  coffres.  Sur  ces 
deux  points,  je  renvoie  le  lecteur  au  texte  même  du  volume. 

Si  je  suis  entré  dans  le  détail  qui  précède,  c’est  pour  essayer  de 
montrer  qu’aucun  obstacle  préliminaire  ne  nous  interdit  d’aborder 
la  thèse  capitale  du  livre  : les  tombeaux  récemment  découverts  et 
les  restes  exposés  à nos  regards,  avec  des  masques  d’or  qui  leur  voi- 
lent la  face  et  des  plastrons  d’or  qui  couvrent  la  poitrine  d’un  ou 
de  plusieurs  des  morts,  sont-ils  réellement  les  tombeaux  et  les 
restes  du  grand  Agamemnon  et  de  ses  compagnons  qui,  grâce  à 
l’intervention  d’Homère,  ont  joui  d’une  gloire  si  durable. 

A propos  du  caractère  général  des  trésors  de  Mycèiies,  je  m’en 
tiens  provisoirement  aux  conclusions  deM.  Newton  (appuyées  par 
M.  Gardner),  à savoir  que,  dans  son  opinion,  ces  trésors  remontent 
à l’âge  préhistorique  ou  héroïque,  époque  qui  précède  sa  période 
gréco-phénicienne;  et,  dans  d’importantes  esquisses  de  détail,  j’ai 
essayé  de  montrer  que  ces  trésors  ont  beaucoup  de  points  de  con- 
cordance avec  les  Poèmes  homériques  et  avec  les  découvertes 
d’IIissarlik.  Mais  cette  Préface  n’a  nullement  la  prétention  de  don- 
ner un  catalogue  complet  des  objets  ou  d’accompagner  chacun 
d’entre  eux  d’une  interprétation.  Nous  rencontrons,  en  etfet,  un 
certain  nombre  de  faits  embarrassants  : par  exemple,  la  présence  de 


24 


PRÉFACE. 


plusieurs  objets  qui  ressemblent  h des  visières.  Nous  désirerions  h 
ce  sujet  des  explications  plus  satisfaisantes  que  celles  du  D'  Scblie- 
mann,  qui  les  représente  comme  analogues  aux  masques  des 
tombeaux  et  croit  pouvoir  prouver  non-seulement  que  ces  objets 
étaient  portés  par  les  vivants,  mais  qu’ils  étaient  aussi  imposés 
aux  morts  (ch.  xi). 

Sans  aucun  doute,  à mon  avis,  ces  masques  sont  pour  nous  une 
grande  énigme,  quand  nous  avons  à nous  demander  quels  sont  les 
personnages  qui  occupaient  les  tombeaux  maintenant  ouverts? 
Peut-être  M.  Newton  a-t-il  raison  ; peut-être,  en  somme,  devons- 
nous  nous  en  tenir  ce  sagement  à présumer  » que  les  quatre  tom- 
beaux contenaient  des  personnages  royaux  et  laisser  pendante  la 
question  de  savoir  si  ce  sont  bien  là  les  tombeaux  que  la  tradition 
locale  signalait  à Pausanias,  du  moins  jusqu’à  ce  que  les  ruines  de 
Mycènes  aient  été  plus  complètement  explorées,  conformément  à 
l’intention  que  l’on  prête  au  gouvernement  de  la  Grèce. 

D’un  autre  côté,  le  cas  qui  nous  occupe  est  tel,  que,  s’il  est 
hasardeux  de  creuser  le  problème,  il  est  en  même  temps  difficile 
de  le  laisser  de  côté. 

Il  est  évidemment  difficile  de  trouver  une  explication  simple, 
claire  et  logique  de  l’étrange  inhumation  que  nous  ont  révélée  les 
fouilles  du  D'’  Scliliemann.  On  pourra  peut-être  la  trouver  plus 
tard  : pour  le  moment,  elle  ne  semble  pas  s’offrir  d’elle-même. 
Le  chemin  pour  y arriver  ne  peut  être  frayé  que  par  une  soigneuse 
et  minutieuse  exposition  des  faits  et  par  une  comparaison  circon- 
specte de  ces  faits  avec  tous  les  faits  analogues  fournis  par  d’autres 
époques  ef  par  d’autres  pays,  et  qui  pourraient  sembler  de  nature 
à les  éclaircir.  Quant  à moi,  comme  j’ai  abordé  la  question  sans 
aucune  prédisposition  à croire,  j’éprouve  d’autant  moins  de  scru- 
pules à avouer  que  l’évidence  me  porte,  me  force  même  à tirer  cer- 
taines conclusions  et  m’amène  à certaines  conjectures  qui  me  sont 
suggérées  par  ces  conclusions.  La  première  conclusion,  c’est  que 
nous  ne  pouvons  rapporter  les  cinq  sépultures  de  l’agora  de  Mycè- 
nes à aucune  période  de  l’âge  historique.  La  deuxième,  c’est  que  ce 
sont  là  des  sépultures  de  grands  personnages  et  presque  certaine- 


PRÉFACE. 


^5 


ment,  en  partie  du  moins,  de  personnes  royales.  La  troisième,  c’est 
qn'on  reconnaît  à des  signes  certains  que  les  rites  de  l’ensevelisse- 
ment ont  été  pratiqués  dans  des  conditions  anormales,  à raison  de 
circonstances  qui  leur  ont  imprimé  un  caractère  irrégulier  et  inu- 
sité. La  conjecture,  c’est  que  ces  tombeaux  pourraient  très-bien 
être  ceux  d’Agamemnon  et  de  ses  compagnons.  Cette  conjecture  a 
pour  elle  d’abord  un  certain  nombre  de  présomptions,  mais  prin- 
cipalement la  difficulté,  pour  ne  pas  dire  l’impossibilité,  de  trouver 
une  autre  hypothèse  aussi  plausible  que  celle-là. 

Les  principaux  faits  que  nous  avons  à noter  sont  les  suivants  : 

1°  L’emplacement  choisi  pour  les  sépultures; 

Le  nombre  des  personnes  enterrées  simultanément; 

Les  dimensions  et  le  caractère  des  tombeaux; 

4'’  L’application  partielle  du  feu  aux  corps  ; 

5^"  L’emploi  des  masques  et  aussi  des  plaques  métalliques,  pour 
orner  ou  protéger  les  corps,  ou  peut-être  pour  servir  aux  deux 
usages  à la  fois  ; 

6"  Le  dépôt  considérable  d’objets  caractéristiques  et  précieux 
sur  les  corps  et  auprès  d’eux. 

1.  Sur  la  question  d’emplacement,  le  D‘’  Schliemann  pense  que 
les  tombeaux  n’étaient  pas  primitivement  dans  l’agora,  mais  que 
l’agora  a été  construite  postérieurement  autour  des  tombeaux 
(ch.  x).  Voici  les  raisons  qu’il  donne  : le  mur  sur  lequel  se  dres- 
sent, sur  une  double  rangée,  les  dalles  qui  sont  debout,  autrefois 
recouvertes  de  dalles  horizontales  qui  formaient  des  sièges  pour  les 
Anciens,  et  dont  six  encore  sont  en  place,  est  d’un  travail  négligé  et 
inférieur  sous  ce  rapport  au  mur  d’enceinte  de  l’acropole.  Mais  si 
c’était  un  simple  mur  de  soutènement,  quel  motif  avail-on  pour 
prendre  la  peine  de  lui  donner  la  solidité  nécessaire  à un  ouvrage 
de  défense  militaire?  De  plus,  le  docteur  trouve  dans  l’entre-deux 
des  rangées  de  dalles,  aux  endroits  où  elles  ne  sont  plus  couvertes, 
des  fragments  de  poterie  de  la  période  préhistorique  postérieure  à 
celle  des  tombeaux.  Mais  cette  poterie  n’aurait  jamais  pu  être  pla- 
cée là  au  temps  de  la  construction;  avec  les  antres  décombres  aux- 
quels elle  se  trouve  mêlée,  elle  aurait  compromis  la  solidité  de  la 


26 


PRÉFACE. 


clôture  au  lieu  de  raccroître.  Et,  d’un  autre  côté,  on  se  figure 
malaisément  comment  elle  aurait  pu  y venir  avant  que  la  con- 
struction eût  été  ruinée  par  la  disparition  des  dalles  supérieures. 
Dans  ce  cas,  elle  serait  naturellement  d’une  date  postérieure  à 
celle  des  dalles. 

Un  puissant  argument  contre  l’hypothèse  que  l’agora  aurait  été 
construite  autour  des  tombes  après  avoir  eu  précédemment  un 
autre  emplacement,  c’est  que  le  fait  n’est  pas  probable.  L’espace 
semble  très-limité  dans  l’intérieur  de  l’acropole.  Tout  autour  des 
clôtures  de  l’agora  se  trouvent  des  maisons  et  des  citernes  cyclo- 
péennes  ; quand  des  ouvrages  de  cette  nature  ont  été  une  fois  con- 
struits, ce  serait  un  travail  très-difficile  que  de  les  changer  déplacé; 
et,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  les  architectes  primitifs  ont  eu  pour 
successeurs  des  hommes  dont  les  constructions  étaient  en  déca- 
dence plutôt  qu’en  progrès  sous  le  rapport  de  la  solidité.  Outre  ces 
raisons,  il  y avait  un  lien  entre  l’agora  et  la  religion  du  pays,  et  elle 
se  trouvait,  comme  on  le  montrera,  dans  le  voisinage  immédiat  du 
palais.  Mais,  à côté  de  ces  avantages  et  de  ces  attraits  matériels, 
toutes  sortes  d’associations  d’idées  d’un  ordre  plus  élevé  devaient 
naître  et  prendre  racine  autour  de  l’agora. 

On  peut  montrer  clairement  que  l’agora,  chez  les  anciens,  était 
fixée  à la  place  qu’elle  occupait  par  des  liens  de  toute  espèce,  en 
dehors  de  la  question  de  la  solidité  de  sa  construction.  A Mycè- 
nes,  dit  notre  auteur  (ch.  x),  l’agora  est  à l’endroit  le  plus  beau 
et  le  plus  imposant  de  la  cité,  d’où  l’on  apercevait  la  ville  tout 
entière.  C’était  sur  les  hauts  lieux  que  les  hommes  des  âges  préhis- 
toriques érigeaient  des  édifices  d’un  caractère  simple,  dans  bien 
des  cas  probablement  sans  toit,  et  qui,  avec  les  autels,  servaient 
au  culte  des  dieux.  A Skhériè,  l’agora  avait  été  construite  autour  de 
ce  que  l’on  pourrait  appeler  le  temple  de  Poséidon  iOd.,  VI,  266). 
Dans  le  camp  des  Grecs,  sous  les  murs  de  Troie,  l’agora  était  au 
milieu  de  la  ligne  des  vaisseaux  (//.,  XI,  5-9,  806-8).  C’est  là 
que  l’on  administrait  la  justice,  et  c’est  là  qu’  cc  avaient  été  con- 
struits les  autels  des  dieux  ».  De  plus,  il  ressort  clairement  d’un 
grand  nombre  de  passages  d’Homère  que  la  place  des  assemblées 


PRÉFACE. 


-27 


était  toujours  voisine  du  palais  des  rois.  A propos  de  Troie,  par 
exemple,  il  est  dit  expressément  que  l’assemblée  se  tenait  aux 
portes  de  Priam  (//.,  II,  788;  VII,  345-6).  A Skhériè,  le  palais 
d’Alkinoos  était  près  du  bois  sacré  d’Athènè  (Of/.,  YI,  291-3);  et 
nous  ne  pouvons  guère  douter  que  ce  bois  sacré  ne  fut  dans  le  voi- 
sinage immédiat  du  Posideïon,  qui  était  lui-même  dans  l’enceinte 
de  l’agora.  A Ithaque  {Od.,  XXIV,  415  et  suiv.),  le  peuple  s’assem- 
blait devant  le  palais  d’Odysseus  et  ensuite  se  rendait  en  masse  à 
l’agora.  L’agora  était  donc  matériellement  attachée  aux  points  de 
la  cité  qui  avaient  au  plus  haut  degré  le  caractère  de  l’immobilité 
et  de  la  stabilité.  En  effet,  quand  on  considère  la  vie  politique  de  la 
Grèce  primitive,  l’agora , ce  n’est  pas  trop  dire,  a dû  devenir,  dans 
le  cours  naturel  des  choses,  un  centre  auquel  se  rattachaient  les 
souvenirs  les  plus  chers  et  les  traditions  historiques  du  peuple.  Je 
ne  me  crois  pas  tenu  d’aborder  la  question  secondaire  de  savoir  si 
les  dalles  du  pourtour  sont  ou  ne  sont  pas  une  partie  originale  de 
la  construction  primitive. 

Mon  opinion  est  que  l’agora  n’a  pas  changé  de  place  ; l’opinion 
contraire  fût-elle  vraie,  l’honneur  qu’on  a rendu  aux  morts  qui 
reposent  dans  son  enceiide  n’en  serait  pas  diminué,  il  n’y  aurait 
de  changé  que  l’époque  oû  on  leur  a rendu  cet  honneur.  Si  nous 
avons  bien  sous  les  yeux  l’agora  primitive,  on  les  a honorés  en  les 
y ensevelissant  ; si  elle  est  d’une  époque  postérieure  à leur  enseve- 
lissement, on  les  a honorés  en  la  déplaçant  pour  la  reconstruire 
autour  de  leurs  tombeaux.  Reste  à savoir  si  on  l’a  fait  en  connais- 
sance de  cause.  Gomment  en  pourrait-il  être  autrement,  lorsque 
nous  constatons  que  les  cinq  tombeaux  occupent  pins  de  la  moitié 
de  la  superficie  totale?  Nous  savons,  par  des  témoignages  de  fage 
historique,  que  c’était  rendre  un  hommage  public  aux  morts  que 
de  les  enterrer  dans  l’agora;  nous  ne  pouvons  douter,  ayant  ces 
cinq  tombeaux  sous  les  yeux,  qu’il  n’eu  ait  été  de  même  dans  les 
temps  préhistoriques. 

Si  donc  ces  personnages  ont  été  enterrés  tout  d’abord  dans 
l’agora,  c’est  un  hommage  public  qifon  leur  rendait.  Si  nous 
admettons  l’hypothèse,  bien  moins  probable,  que  l'agora  a été 


28 


PRÉFACE. 


transférée  et  construite  autour  d’eux,  par  la  raison  qu’ils  étaient 
déjà  en  cet  endroit,  l’hommage  public  prend,  ce  me  semble,  un 
caractère  encore  plus  solennel. 

2.  Le  nombre  des  personnes  enterrées  simultanément,  si  l’on 
rapproche  de  ce  fait  les  autres  particularités  de  l’inhumation,  est 
un  nouveau  problème  à creuser.  L’argumentation  du  docteur 
(ch.  x),  pour  prouver  que  les  inhumations  ont  eu  lieu  simulta- 
nément, semble  absolument  irréfutable.  Le  nombre  des  personnes 
inhumées  {ibid.)  était  de  seize  ou  dix-sept.  Parmi  les  corps, ^1  y en 
a un  qui  semble  désigné,  avec  une  probabilité  qui  approche  de  la 
certitude,  comme  celui  du  principal  personnage.  Ce  personnage  a 
deux  compagnons  reposant  avec  lui  dans  le  tombeau  qui  porte  le 
n^"  i . Or  Agamernnon  avait  deux  maréchaux  ou  hérauts  (//.,  I,  320) 
à qui  leur  charge  conférait  un  caractère  sacré.  Il  n’y  aurait 
donc  rien  d’étonnant  qu’on  les  eût  déposés , en  supposant  qu’il 
s’agisse  ici  de  ces  deux  personnages,  côte  à côte  avec  leur  maître. 
Des  trois  corps,  celui  qui  attire  le  plus  l’attention  c’est  celui  qui 
est  au  nord  des  deux  autres,  tous  les  trois  ayant  la  tête  à l’est  et 
les  pieds  à l’ouest.  Il  était  en  meilleur  état  de  conservation  : cela 
peut  tenir,  et  cette  supposition  n’a  rien  d’invraisemblable,  à ce 
qu’on  aurait  pris,  au  moment  de  l’enterrement,  des  précau- 
tions pour  le  préserver  de  la  corruption.  Outre  un  masque  d’or, 
il  portait  un  grand  plastron  d’or  de  15  pouces  | (0'”,39)  sur 
9 pouces  J (0™, 23  I);  et  on  a retrouvé  des  feuilles  d’or  sur  diffé- 
rentes parties  de  sa  personne  ; un  bandeau  d’or  de  4 pieds  (i"',20) 
de  long  sur  1 pouce  | (0'”,04  ~)  de  large,  lui  entourait  les  reins.  A 
côté  de  lui  il  y avait  deux  épées  qui,  selon  la  constatation  du 
D'  Schliernann,  étaient  en  bronze  (fig.  460)  ; la  décoration  de  l’ime 
de  ces  épées  rappelle  d’une  manière  frappante  la  description  de 
l’épée  d’Agamemnon  dans  VIliade  {IL,  XI,  29-31).  Al  pied  (0“, 30) 
du  corps,  il  y avait  onze  autres  épées;  mais  ce  dernier  détail  ne 
serait  pas  caractéristique,  car  le  corps  du  côté  sud  avait  quinze 
épées,  dont  dix  gisaient  à ses  pieds;  et  l’on  trouva  un  grand  amas 
d’épées  à l’extrémité  ouest,  entre  ce  corps  et  celui  du  milieu. 

Le  nombre  total  des  corps  dans  les  cinq  tombeaux,  qui  est 


l‘UEFACE. 


!29 


évalué  à seize  ou  dix-sept,  semble  avoir  compris  trois  lemmes 
et  deux  ou  trois  enfants.  La  tradition  locale,  rappelée  par  Pausa- 
nias  (II,  XYi,  6),  parle  d’une  escorte  d’hommes  qui  accompa- 
gnaient Agamemnon,  et  de  Gassandra,  avec  deux  enfants,  dont 
elle  aurait  été,  dit-on,  la  mère.  Cette  tradition  n’a  pas  grande 
valeur,  cependant  elle  témoigne  que  l’on  croyait  très-anciennement 
qu’il  y avait  des  enfants  enterrés  dans  ces  tombeaux  ; car  Gassandra 
ne  peut  être  devenue  captive  qu’au  moment  de  la  prise  et  du  sac 
de  Troie,  et  le  meurtre  suivit  immédiatement  l’arrivée  en  Grèce 
d’Agamemnon  et  de  son  escorte.  Mais  il  est  aussi  probable  que  ces 
enfants  pouvaient  être  nés  d’une  autre  concubine,  mise  par  Aga- 
memnon à la  place  qu’avait  dù  occuper  Briséis.  Naturellement  ce 
ne  sont  là  que  de  pures  suppositions;  mais  ce  que  je  veux  dire, 
c’est  qu’il  n’y  a rien  dans  ces  indications  qui  soit  de  nature  à 
amoindrir  la  valeur  des  présomptions  légitimes  que  les  décou- 
vertes peuvent  faire  naître  sous  d’autres  rapports. 

3.  De  même  que  le  choix  de  l’agora  comme  emplacement,  le 
caractère  des  stèles  funéraires  qui  concorde  si  bien  avec  le  style  de 
beaucoup  des  ornements  ’ , et  la  profondeur  même  des  fosses, 
témoignent  unanimement  que  l’on  a voulu  rendre  un  hommage 
aux  morts.  Si  je  comprends  bien  les  plans,  ils  accusent  une  pro- 
fondeur maxima  de  25  à 33  pieds  (7“V50  à I0“)  au-dessous  de 
la  surface,  dont  la  plus  grande  partie  a été  creusée  dans  le  roc 
vif.  Mais  voici  que  nous  nous  trouvons  en  face  d’un  fait  de  nature 
à ébranler  quelque  peu  l’opinion  que  nous  avions  pu  nous  former 
jusque-là  : des  cadavres  d’hommes  faits,  et  qui  semblent  avoir 
été  d’une  grande  taille,  ont  été  introduits  de  force  dans  un 
espace  qui  n’a  que  5 pieds  6 pouces  (P, 65)  de  long;  car  il  a 
fallu  recourir  à une  violence  telle,  qn’il  en  est  résullé  une  sorte 
de  mutilation. 

Nous  voici  donc,  ce  semble,  en  présence  de  circonstances  qui 
se  contredisent.  L’em])lacement  des  tombeaux,  leur  profondeur, 
les  stèles  qui  les  recouvrent,  nous  conduisent  dans  une  direction  ; 


1.  JI.  rci'cy  Gaidiier,  dans  l'Acadeuiy,  avril  1877. 


30 


PP.ÉFACE. 


remploi  de  la  violence  et  la  mutilation  des  cadavres  nous  ramènent 
dans  une  direction  opposée.  Mais,  en  outre,  ce  qu’il  y a de  bien 
plus  étrange,  c’est  qu’on  ne  voit  pas  qu’il  y ait  eu  la  moindre 
nécessité  de  soumettre  les  cadavres  à cette  compression  indécente 
et  révoltante.  Les  dimensions  premières  de  la  tombe  étaient 
de  21  pieds  6 pouces  (6”, 45)  sur  il  pieds  6 pouces  (3“,45). 
Elles  ont  été  réduites  dans  tous  les  sens , d’abord  par  un  mur 
intérieur  de  2 pieds  (0“,60)  d’épaisseur  et,  en  second  lieu,  par 
une  saillie  oblique  de  1 pied  (0“,30)  d’épaisseur  (au  fond  du 
tombeau),  de  sorte  que  le  tombeau  n’a  plus  que  5 pieds  6 pouces 
(i*%65)  sur  15  pieds  6 pouces  (4™, 65).  Pourquoi  alors  n’avoir  pas 
déposé  les  corps  dans  le  sens  de  la  longueur,  au  lieu  de  les  avoir 
placés  en  travers?  Le  parti  auquel  on  s’est  arrêté  n’est-il  pas  aussi 
inutile  que  barbare?  Quel  motif  donc  peut-on  assigner  à une 
barbarie  qui  semble  aussi  évidente  qu’inutile?  Il  y a un  fait  que 
j’ose  à peine  mentionner  et  sur  lequel  j’ose  encore  moins  insister, 
parce  que  la  preuve  à en  tirer  est  trop  insignifiante;  ce  fait,  c’est 
que  les  corps  sont  orientés  à l’ouest,  et  que  c’est  aussi  dans  cette 
direction  qu’était  orienté  le  Hadès  des  Égyptiens  L Le  conflit  d’ap- 
parences où  nous  sommes  arrivés  semble  indiquer,  ou  bien  que 
ceux  qui  ont  procédé  à l’enterrement  obéissaient  à deux  mobiles 
différents,  ou  bien  qu’il  y avait  eu  dans  la  façon  de  procéder 
quelque  chose  d’incomplet  et  d’incohérent  que  l’on  s’était  plus  tard 
efforcé  de  corriger,  ou  bien  encore  que  ces  deux  suppositions 
pourraient  être  vraies  à la  fois.  Mais  jetons  un  coup  d’œil  sur  les 
autres  particularités  de  ces  découvertes. 

4.  Nous  avons  à remarquer  ensuite  : P que  ces  restes  humains 
ont  été  soumis  à l’action  du  feu;  2°  que  la  crémation  n’a  été  que 
partielle;  3°  que  les  objets  de  métal  déposés  portent,  dit-on,  des 
traces^  de  ce  feu;  il  en  est  de  même  pour  les  cailloux.  Nous  voyons 
donc  que  les  objets  furent  déposés  au  moment  même  où  l’on 
allumait  le  feu,  ou  plus  probablement,  je  suppose,  avant  qu’il  fût 
complètement  éteint. 


1.  Sijnchronlsme  homérique,  p.  240. 

2.  Le  D'’  Schliemann  me  fait  savoir  que  ces  traces  se  retrouvent  sur  tous  les  objets. 


PRÉFACE. 


31 


Ce  tait,  que  la  crémation  ne  fut  que  partielle,  mérite  un  examen 
plus  détaillé.  Dans  les  cérémonies  funèbres  d’Homère,  la  crémation 
est  d’un  usage  général.  C’était,  d’après  les  Poèmes,  la  coutume 
alors  régnante  chez  les  Achéens  toutes  les  fois  qu’une  inhumation 
se  faisait  dans  des  conditions  régulières.  Quant  à la  cérémonie  de 
rinhumation,  il  y avait,  pour  qu’on  l’accomplit,  une  raison  d’une 
importance  particulière;  car,  lorsqu’elle  n’avait  pas  lieu,  l’ombre 
du  mort  ne  pouvait  se  mêler  aux  autres  ombres.  Aussi  Elpénor,  qui 
n’avait  pas  reçu  les  honneurs  de  la  sépulture,  fut-il  le  premier 
à venir  à la  rencontre  d’Odysseus  (Of/.,  XI,  51),  quand  le  héros 
pénétra  dans  le  monde  souterrain;  l’ombre  de  Patroklos  supplie 
Achille  d’inhumer  son  corps  le  plus  tôt  possible , pour  lui  per- 
niettre  de  franchir  les  portes  d’Aïdès  (//.,  XXIII,  71).  Je  regarde 
comme  prouvé  d’une  façon  décisive  qu’à  cette  époque  on  brûlait 
toujours  les  morts  dans  les  funérailles  célébrées  selon  les  rites. 
Cela  se  passe  ainsi  non-seulement  dans  les  grandes  funérailles  du 
septième  livre  (429-32),  dans  celles  de  Patroklos  (XXIII,  177) 
et  d’Hector  (XXIY,  785-800),  mais  encore  dans  le  cas  particulier 
d’Elpénor  {Od.,  XH,  ii-I3).  Ses  compagnons  l’avaient  d’abord 
laissé  sans  sépulture;  quand  ils  le  brûlèrent  enfin  sur  un  bûcher, 
nous  devons  supposer  qu’ils  ne  firent  rien  de  plus  que  ce  que 
demandait  impérieusement  l’usage  établi.  Une  comparaison  d’Ho- 
mère rendra  peut-être  la  preuve  encore  plus  concluante.  Achille, 
nous  dit-il,  pleura  pendant  que  le  bûcher  qu’il  avait  fait  dresser 
consumait,  tant  que  dura  la  nuit,  les  os  de  Patroklos,  ((  comme 
pleure  un  père  quand  il  brûle  les  os  de  son  jeune  fils  d (XXHI, 
222-5).  Cette  comparaison  témoigne  d’une  coutume  générale. 

Quand  les  morts  étaient  des  personnages  distingués,  la  créma- 
tion n’était  pas  complète;  car  on  recueillait  avec  soin,  non  pas 
seulement  les  cendres,  mais  encore  les  os.  Ceux  de  Patroklos,  par 
exemple,  sont  enveloppés  de  graisse  et  j)lacés  dans  un  vase  ou 
coupe  découverte  {fhialè)  ; on  les  y garde  iirovisoirement  (XXHI, 
239-44)  jusqu’aux  funérailles  d’Achille;  alors,  avec  ceux  d’Achille 
lui-même,  enveloppés  aussi  de  graisse  et  lavés  dans  le  vin,  ils  sont 
déposés  dans  une  urne  d’or  (0^/.,  XXIV,  73-7).  Les  os  d’Hector 


32 


]‘RÉFACE. 


sont  pareillement  recneillis  et  placés  dans  une  cassette  d’or,  la 
cassette  est  déposée  dans  une  fosse,  et  l’on  entasse  par-dessus  une 
masse  de  pierres  (//.,  XXIV,  793-8).  Nous  trouvons  donc  des 
exemples  de  crémation  incomplète  à la  fois  dans  Homère  et  dans 
les  tombeaux  de  Mycènes.  Seulement,  dans  le  premier  tombeau  de 
Mycènes,  non-seulement  on  n’avait  pas  recueilli  les  os  pour  les 
déposer  dans  une  urne,  mais  on  n’y  avait  même  pas  touché  ; il  faut 
excepter  les  os  du  corps  du  milieu  ; encore  les  avait-on  simplement 
déplacés,  probablement  pour  voler  les  objets  précieux,  puisque, 
avec  le  corps,  on  n’a  presque  rien  trouvé  qui  eût  quelque  valeur. 
Quant  au  corps  du  côté  du  nord,  la  chair  de  la  face  n'avait  même 
pas  été  consumée. 

Mais,  si  l’usage  du  feu  était  universel  pour  les  funérailles,  les 
funérailles  elles-mêmes  n’étaient  pas  un  honneur  que  l’on  accordât 
à tout  le  monde.  Généralement  on  le  refusait  à ses  ennemis.  Aussi 
voyons-nous  dès  le  début  de  Vlliade  que  beaucoup  de  héros 
devinrent  la  proie  des  chiens  et  des  oiseaux  {IL,  I,  4).  Ce  traite- 
ment, Priam,  avant  la  lutte  d’Achille  et  d’Hector,  déclare  qu’il  le 
ferait  subir  à Achille  si  cela  était  en  son  pouvoir  (//.,  XXII,  42),  et  il 
prévoit  pour  lui-même  une  destinée  aussi  cruelle(XXII,  66  etsuiv.). 
Hans  V Odyssée,  on  laisse  aux  amis  des  prétendants  le  soin  d’en- 
lever leurs  cadavres  (XXH,  448  ; XXIV,  4i7).  Achille,  il  est  vrai, 
ensevelit  Èétion,  roi  de  la  Thèbes  d’Asie,  avec  ses  armes,  en 
accomplissant  les  cérémonies  habituelles.  ((  Une  crainte  religieuse 
l’empêcha  d’enlever  ses  dépouilles»  {IL,  VI,  417);  et  sa  conduite 
n’a  rien  qui  doive  nous  surprendre.  En  effet  Èétion,  roi  des  Kilikès, 
n’était  pas  un  ennemi,  car  le  nom  des  Kilikès  n’est  pas  mentionné 
dans  le  catalogue  des  alliés  de  Troie.  On  voit  donc  que  la  coutume 
n’était  pas  toujours  strictement  observée,  et  il  a pu  se  présenter  tel 
cas  exceptionnel  où  l’on  aura  choisi  une  sorte  de  traitement  inter- 
médiaire entre  les  deux  extrêmes,  qui  consistent,  d’une  part,  l\ 
accorder  au  mort  tous  les  honneurs  de  la  sépulture,  de  l’autre, 
à rahandonner  aux  chiens. 

5.  Quant  à l’habitude  de  recouvrir  de  masques  d’or  les  visages 
des  morts,  j’espère  que  les  découvertes  de  Mycènes  jetteront  un  jour 


PRÉFACE. 


33 


complet  sur  cet  usage  rare  et  curieux.  Pour  le  moment,  je  me 
borne  aux  observations  suivantes  : 

P Puisque  le  D"  Schliemann  a découvert  jusqu’à  sept  masques 
d’or  à Mycènes,  l’usage  des  masques  dans  ces  sépultures  n’était 
pas  limité  aux  personnes  de  sang  royal  ; car  il  est  impossible  de 
prouver  que  ces  tombeaux  en  contiennent  un  si  grand  nombre. 

^2^  Je  ne  sache  pas  que  nous  ayons  pour  le  moment  aucune 
preuve  que  l’usage  de  masques  semblables  pour  les  morts  ait  été, 
je  ne  dis  pas  général,  mais  simplement  connu  en  Grèce.  La  litté- 
rature grecque,  dans  les  œuvres  d’Homère  et  dans  celles  des 
écrivains  postérieurs,  est  pleine  de  renseignements  sur  les  rites 
funéraires  ; néanmoins,  pendant  une  période  de  plus  de  douze 
cents  ans,  nous  ne  trouvons  pas  une  seule  allusion  à la  coutume 
de  mettre  des  masques  aux  morts.  Il  y a un  passage  sur  les  masques 
dans  les  œuvres  de  Lucien,  qui,  comme  on  le  sait,  tlorissait  dans 
la  seconde  moitié  du  deuxième  siècle  ; mais  on  semble  s’accorder 
à penser  que  ce  passage  n’a  aucun  rapport  avec  les  masques  de 
cette  espèce.  Nous  pourrions  donc  être  amenés  à formuler  la 
conjecture  suivante  : partout  où  cet  usage  a pu  être  constalé, 
c’était  un  reste  de  coutumes  étrangères,  un  souvenir  d’immi- 
gration. 

On  a trouvé  des  masques  dans  les  tombeaux,  non  pas  en 
Grèce,  mais  en  Crimée,  en  Campanie,  en  Mésopotamie.  Le  dernier 
renseignement,  je  crois,  que  nous  ayons  sur  cette  question  se 
trouve  dans  un  compte  rendu  du  D"  Schliemann,  daté  d’Athènes, 
et  où  il  nous  parle  (p.  45)  d’un  masque  d’or  trouvé  sur  la  côte  de 
Phénicie,  juste  en  face  de  l’ile  d’Arados;  ce  masque  est  si  petit, 
qu’il  n’a  pu  s’appliquer  que  sur  la  figure  d’un  enfant  nouveau-né. 
Il  est  bon  de  se  souvenir  que  la  Grèce  héroïque  porte  des  traces 
nombreuses  de  ce  que  je  me  permettrai  d’appeler  le  pliénicia- 
nisnie;  beaucoup  d’usages  phéniciens  devinrent  ceux  du  pays  et 
contribuèrent  à former  comme  la  base  de  la  vie  hellénique.  Il  n’est 
pas  improbable  que  l’usage  des  masques  de  métal  ait  été  une  simple 
appropriation  pliénicienne  de  l’habitude  égyptienne  de  reproduire 
sur  l’envelopjie  de  la  momie  les  traits  du  mort  ; et,  encore  une  fois. 


myckxes. 


34 


PRÉFACE. 


nous  ne  devons  jamais  perdre  de  vue  que  Mycènes  avait  reçu  de 
fréquentes  immigrations  étrangères. 

4""  Dans  le  cas  qui  nous  occupe,  ce  ne  sont  pas  seulement  les 
masques  qui  doivent  solliciter  notre  attention,  mais  encore  le 
plastron  d’or,  qui  évidemment  n’avait  jamais  été  destiné  à servir 
à la  guerre.  Enfin  nous  avons  à tenir  compte  des  autres  feuilles  ou 
plaques  d’or  destinées  à parer  certaines  autres  parties  du  corps, 
soit  qu’on  les  ait  trouvées  sur  ces  parties,  soit  qu’on  les  ait 
recueillies  ailleurs. 

6.  Enfin,  à propos  du  dépôt  d’objets  si  caractéristiques  pour  l’ar- 
chéologue et  d’une  si  grande  valeur  intrinsèque,  je  me  bornerai  à 
faire  observer  combien  ce  dépôt  est  considérable.  Il  est,  j’imagine, 
de  nature  à donner  à ces  objets,  et  surtout  à ceux  du  premier  tom- 
beau, un  rang  exceptionnel  parmi  les  dépôts  funéraires  de  l’anti- 
quité. J’apprends  que  le  poids  de  l’or  s’élève  à 100  livres  environ, 
ce  qui  est  presque  le  poids  de  cinq  mille  souverains  anglais.  On  se 
figure  difficilement  qu’il  ait  été  d’usage  de  faire  des  dépôts  aussi 
considérables,  même  dans  le  tombeau  d’un  roi;  aussi,  sur  ce  point, 
je  suis  forcé,  pour  ma  part,  de  rejeter  décidément  et  absolument 
l’hypothèse  en  vertu  de  laquelle  cette  grande  sépulture,  dans  l’état 
où  l’a  trouvée  le  D‘’  Schliemann,  serait  celle  d’Agamemnon  et  de 
sa  suite,  telle  que  l’auraient  fait  établir  Égisthe  et  Clytemnestre, 
leurs  meurtriers. 

Jusqu’ici  je  me  suis  borné,  presque  sans  discuter,  à établir 
nettement  les  faits.  Je  veux  maintenant  réunir  en  un  faisceau 
les  fils  épars  du  sujet  et  aborder  la  question  capitale:  Oui  ou 
non,  ces  débris,  à moitié  mutilés,  à moitié  brûlés,  sont-ils  les  ceii- 
dres  d’Agamemnon  et  de  ses  compagnons  ? Véritablement,  c’est 
le  cas  de  dire  a l’investigateur,  au  propre  comme  au  figuré, 

Incedis  per  ignés 
Sujtposilos  ciiieri  doloso  C 

Relisons  avec  soin  le  passage  du  onzième  livre  de  VOdyssée 


1.  Hoi-.,  üiL,  11,  I,  8. 


PRÉFACE. 


35 


(405-434),  où  l’ombre  crAgamemnon  raconte  comment  ce  prince 
a été  mis  à mort.  Il  est  impossible  d’imaginer  une  peinture  plus 
sombre.  On  y voit  à la  fois  tous  les  raffinements  de  la  cruauté  et  tous 
ceux  de  la  perfidie  : à la  table  hospitalière,  parmi  les  coupes  écu- 
mantes,  Agamemnon  fut  tué  comme  un  bœuf  devant  sa  crèche,  et 
ses  compagnons  furent  assassinés  comme  les  pourceaux  que  l’on 
égorge  pour  le  banquet  d’un  homme  riche;  ce  sont  des  morts  plus 
tragiques  qu’il  n’en  avait  jamais  vu  dans  les  combats  singuliers  ou 
dans  le  choc  des  armées.  La  mort  la  plus  lamentable  de  toutes  est 
celle  de  Kassandra,  que  la  cruelle  Glytemnestre  acheva  de  sa  propre 
main,  pendant  qu’elle  s’attachait  à Agamemnon  ; Glytemnestre  ne 
rendit  même  pas  à son  mari  le  dernier  devoir  que  lui  imposaient 
la  pitié  et  la  compassion  ; elle  ne  lui  ferma  ni  les  yeux  ni  la  bouche 
quand  il  fut  mort. 

Voici  un  détail  assez  singulier.  Le  D"  Schliemann  m’affirme  que 
l’œil  droit,  le  seul  que  l’on  pût  clairement  distinguer,  n’était 
pas  complètement  fermé  (voy.  fig.  454),  et  que  les  dents  de  la 
mâchoire  supérieure  ne  touchaient  pas  complètement  celles  de 
la  mâchoire  inférieure  (ihid.).  Gette  dernière  circonstance,  selon 
lui,  peut  tenir  au  poids  de  la  masse  qui  a pesé  sur  le  cadavre. 
Mais,  si  c’était  le  poids  qui  eût  fait  ouvrir  les  mâchoires,  ne 
seraient-elles  pas  alors  plus  largement  ouvertes  ? 

Maintenant,  comme  nous  savons  qu’Egisthe  régna  jusqu’à 
l’époque  où  Oreste  atteignit  l’âge  viril,  nous  pouvons  présumer 
que  le  massacre  fut  de  tous  points  un  triomphe  pour  les  meurtriers. 
Gependant  on  ne  peut  guère  admettre  qu’il  n’y  eût  pas  dans  le 
peuple  un  parti  favorable  au  roi  qui  revenait  après  avoir  couvert 
sa  patrie  d’une  gloire  sans  égale.  On  pourrait  donc  trouver  dans 
les  circonstances  un  certain  antagonisme,  une  raison  suffisante 
pour  un  compromis,  ce  qui  pourrait  contribuer  singulièrement  à 
expliquer  le  désaccord  des  tendances  que  nous  trouvons  dans 
les  inhumations. 

Gette  division  de  sentiments  existait  parmi  les  citoyens  dans  le 
seul  cas  où,  à notre  connaissance,  le  retour  d’un  prince  qui  reve- 
nait de  Troie  fut  le  signal  d’une  crise  ou  conflit,  je  veux  parler  de 


36 


JMIÉFACE. 


ce  qui  se  passa  à Ithaque.  Les  assassins  accomplirent  leur  crime 
dans  des  circonstances  telles,  que,  pour  être  jusqu’au  bout  d’accord 
avec  eux-mêmes,  ils  auraient  dû  jeter  à la  voirie,  comme  des 
cadavres  d’ennemis,  les  corps  de  leurs  victimes.  Mais  la  prudence 
peut  le  leur  avoir  interdit.  Dans  le  Jules  César  de.  Shakespeare, 
Brutus  dit  (III,  i)  : « Nous  sommes  contents  que  César  soit  inhumé 
avec  les  rites  consacrés  et  les  cérémonies  légitimes.  Nous  y pouvons 
plutôt  gagner  que  perdre.  » 

Égisthe  n’était  pas  un  Brutus.  Aussi  bien  les  moindres  incidents 
du  meurtre  témoignent-ils  d’une  sorte  de  fureur.  Mais  il  peut  se  faire 
qu’après  coup  on  ait  désiré  sauver  les  apparences,  en  accordant  aux 
victimes  un  semblant  d’inhumation  décente.  Si  nous  admettons 
l’idée  d’un  double  procédé,  notre  hypothèse  sera  corroborée  par  une 
circonstance  toute  spéciale,  c’est  qu’il  est  facile  ici  de  trouver 
les  auteurs  des  deux  manières  de  procéder  : en  premier  lieu,  les 
meurtriers,  contraints  par  la  nécessité  et  par  la  prudence  à maî- 
triser leur  haine  ; en  second  lieu,  Oreste,  qui,  à son  retour,  était 
poussé  par  des  motifs  de  piété  filiale  et  de  vengeance. 

Nous  sommes  maintenant  dans  le  chemin  non  pas  de  l’histoire, 
mais  d’une  conjecture  raisonnable.  Je  cherche  à expliquer  une 
inhumation  qui,  selon  les  présomptions  les  plus  raisonnables, 
appartient  à l’époque  héroïque  et  concerne  des  personnages 
royaux  et  célèbres,  mais  une  inhumation  qui  présente  des  carac- 
tères contradictoires  d’honneur  et  d’infamie.  L’absence  d’une  autre 
hypothèse  plausible  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  déterminer 
une  adhésion  précipitée  à riiypothèse  que  nous  pouvons  appeler 
((  Agamemnonienne  ». 

Toute  conjecture,  pour  être  admissible,  doit  ne  pas  se  démentir 
elle-même  ; elle  doit  concourir,  sur  les  points  principaux,  avec  les 
faits  connus  et  n’offrir  aucun  trait  qui  soit  en  contradiction  flagrante 
avec  eux.  C’est  en  conformité  avec  ces  exigences  que  je  présente 
l’hypothèse  d’un  double  procédé  suivi  par  des  auteurs  différents, 
et  je  fais  observer  qu’il  n’y  a rien  de  déraisonnable  dans  la  chaîne 
de  suppositions  qui  suit,  à propos  du  premier  tombeau,  tandis  que 
le  même  argument  peut  probablement  s’appliquer  h tous  les  autres. 


PRÉFACE. 


37 


Les  assassins  usurpateurs,  par  déférence  pour  l’opinion  publique, 
auraient  accordé  à leurs  victimes  l’honneur  d’être  ensevelies  dans 
l’Agora  ; ils  auraient  fait  tailler  dans  le  roc  une  fosse  large  et  pro- 
fonde, et  auraient  bâti  tout  autour  le  mur  intérieur.  En  fait  d’hon- 
neurs, ils  s’en  seraient  tenus  à la  préparation  de  la  fosse  ; le  reste, 
qui  échappait  aux  regards  du  public,  aurait  été  abandonné  à la  ran- 
cune et  accompli  avec  précipitation.  En  conséquence,  les  corps 
auraient  été  déposés  probablement  de  la  façon  étrange  et  indécente 
que  l’on  a constatée  en  ouvrant  le  tombeau.  Protégés  par  les 
parois  de  rocher  et  par  la  profondeur  du  tombeau,  ou  par  d’autres 
causes  physiques,  les  corps  ne  se  seraient  décomposés  que  lente- 
ment. Oreste,  à son  retour,  n’aurait  pas  manqué  d’être  instruit  de 
ces  circonstances  et,  pour  accomplir  la  mission  qu’il  avait  reçue 
des  dieux,  il  aurait  décidé  de  faire  réparation  aux  morts.  Il  aurait 
fait  ouvrir  les  tombeaux  et  disposer  des  bûchers  pour  la  crémation 
des  corps. 

A cause  de  la  profondeur  des  fosses,  la  crémation  aurait  été 
incomplète,  faute  d’une  ventilation  suffisante;  rappelons-nous  en 
effet  que,  quand  il  s’agit  de  brûler  le  corps  de  Patroklos,  les  vents 
personnifiés  sont  particulièrement  priés  de  favoriser  l’opération 
(IL,  XXIII,  192-218).  Quand  je  dis  que  la  crémation  fut  imparfaite, 
j’entends  que  l’opération  s’arrêta  avant  que  les  os  fussent  brûlés, 
aussi  demeurèrent-ils  en  place.  Les  masques,  les  plastrons  et  les 
autres  feuilles  d’or  auraient  probablement  servi  à deux  fins  : 
d’abord,  peut-être,  les  avait-on  employés  pour  se  conformer  à la 
coutume;  ensuite,  tous  les  autres  ornements,  à l’exception  des 
masques,  comme  moyens  de  rendre  aux  cadavres  la  bienséance  et 
la  majesté  delà  nature  et  pour  en  déguiser  l’altération.  Les  armes 
et  les  objets  précieux  déposés  â profusion  auraient  été  une  marque 
de  piété  filiale.  Le  même  sentiment  aurait  présidé  à l’œuvre  de 
réparation  tout  entière,  même  au  soin  que  l’on  mit  à sculpter 
les  quatre  stèles  (on  en  a trouvé  d’autres  (fig.  143  à I5th,mais  sans 
sculptures)  ; on  aurait  cherché,  en  érigeant  ces  stèles,  à désigner 
à l’admiration  et  au  respect  le  lieu  oû  reposaient  les  morts  et  à le 
mettre  à l’abri  d’une  rapacité  sacrilège. 


38 


PRÉFACE. 


Voilà  sans  doute  une  solution  bien  complexe  ; du  moins  a-t-elle 
le  mérite  d’expliquer  des  faits  complexes  et  de  reposer  sur  ces  faits 
mêmes.  Si  je  l’offre,  pour  contribuera  faire  la  lumière  dans  une 
enquête  très-intéressante,  je  n’ai  nullement  la  prétention  de  la 
soutenir  contre  toute  autre  solution  qui  semblerait  avoir  plus  de 
titres  à remplir  la  place  vacante. 


AV.-E.  Gladstone. 

r 


Hawardeii,  novembre  1877. 


Depuis  que  cette  Préface  a été  mise  sous  presse,  le  D‘’  Schlie- 
mann  m’a  donné  communication  d’une  lettre  qu’il  a reçue  de 
M.  Léonidas  Deligeorges,  frère  de  M.  Épaminondas  Deligeorges, 
ancien  premier  ministre  de  Grèce.  Dans  cette  lettre,  M.  Deligeorges 
informe  le  docteur  qu’il  a passé,  l’année  dernière,  deux  mois  dans 
l’île  de  Kytbnos,  une  des  Gyclades,  et  que  les  femmes  du  pays  y 
portent,  de  nos  jours,  des  masques  et  des  gants  pour  préserver  la 
blancheur  de  leur  visage  et  de  leurs  mains  des  atteintes  du  soleil. 
Masques  et  gants  sont  d’une  grosse  étoffe;  les  masques  se  com- 
posent de  deux  parties  : une  partie  supérieure,  avec  des  trous 
pour  les  yeux,  qui  couvre  le  haut  du  visage  jusqu’au  nez;  cette 
partie  rappelle  la  visière  de  la  grande  femme  qui  est  debout  à la 
droite  du  spectateur  sur  la  bague  à cachet  de  la  figure  530  ; l’autre 
partie  du  masque  protège  le  bas  du  visage  et  le  cou. 


W.-E.  G. 


DESCRIPTION  FAITE  PAR  LE  DOCTEUR  SCHLIEMANN 


d’un  tombeau  découvert  a spata,  en  attique 


Athènes,  U''  octobre  1877. 

Depuis  plusieurs  mois,  des  voyageurs  ont  souvent  répété  dans  les 
journaux  qu’il  y a une  grande  ressemblance  entre  les  antiquités  de 
Mycènes  et  celles  que  l’on  a découvertes  récemment  dans  un  tom- 
beau h Spata,  en  Attique.  Après  avoir  visité  ce  tombeau  avec  mon 
honorable  ami  le  professeur  Castorches,  de  l’université  d’Athènes, 
et  avec  son  intelligente  fille  Hélène,  après  avoir  examiné  avec  soin 
les  objets  qu’on  y a découverts,  je  crois  agir  dans  l’intérêt  de  la 
science  en  présentant  les  observations  suivantes.  Le  village  de 
Spata,  exclusivement  habité  par  des  Albanais,  est  situé  à l’est 
d’Athènes,  sur  l’autre  versant  du  mont  Hymette,  à environ  9 milles 
de  la  capitale,  sur  la  route  de  Marathon.  Près  de  ce  village,  il  y a 
un  monticule  dont  le  sommet  circulaire  a été  évidemment  nivelé 
de  main  d’homme  ; il  est  recouvert  d’une  couche  de  décombres 
d’environ  3 pieds  (O"", 90)  ; on  trouve  çà  et  là,  dans  ces  décombres, 
des  fragments  de  vases  archaïques,  où  sont  peintes  des  bandes 
horizontales  parallèles.  Les  gens  du  village  affirment  qu’il  n’y  a 
pas  encore  bien  longtemps  le  sommet  du  monticule  était  entouré  de 
murs  en  ruines,  débris  d’une  forteresse;  mais  ces  ruines,  aujour- 
d’hui, ont  absolument  disparu,  parce  qu’on  en  a pris  les  pierres 
pour  bâtir  le  nouveau  village.  Quel  était  le  nom  de  l’établissement 
qui  existait  en  cet  endroit  dans  l’antiquité?  On  n’en  sait  absolu- 
ment rien.  Le  colonel  Leake  ‘ regarde  le  nom  actuel,  Spata,  comme 


1.  Les  Dèmes  (Je  l’ Attique,  p.  125. 


40 


LA  TOMBE  DE  SP  A TA. 


line  corruption  du  nom  de  rancien  dèmos  de  Sphettos  (I(p7ÎTTog 
ou  icprjrzog),  meutioiiiié  par  Aristophane  \ Strabon  Pausanias% 
Étienne  de  Byzance  ^ et  autres  auteurs. 

Sur  le  côté  S.-O.  de  ce  monticule,  dont  la  pente  forme  un  angle 
de  52  degrés,  il  s’est  produit  sur  un  point,  l’hiver  dernier,  un  ébou- 
lement  ; dans  le  creux  qui  en  est  résulté,  on  a découvert  un  tom- 
beau taillé  dans  le  rocher  de  grès.  La  Société  archéologique  a fait 
explorer  le  terrain,  et  l’on  a constaté  qu’un  chemin  en  pente  de 
74  pieds  (22"h20)  de  long,  taillé  dans  le  roc,  donnait  accès  au  tom- 
beau. Ce  chemin  a 8 pieds  J (2“, 48)  de  large  jusqu’à  l’entrée  du 
tombeau  ; l’entrée  a 10  pieds  (3  mètres)  de  long  sur  3 pieds|  (1™,05) 
de  large.  Cette  sépulture  se  compose  de  trois  chambres  quadran- 
gulaires,  reliées  entre  elles  par  deux  passages  qui  ont  6 pieds  ^ 
(i”h95)  de  long  sur  3 pieds  | (1  mètre)  de  large  ; les  plafonds  de  ces 
chambres,  taillés  dans  le  roc,  affectent  la  forme  de  toits  à double 
pente.  L’architecte  primitif  avait  évidemment  l’intention  de  don- 
ner à chacune  de  ces  trois  chambres  la  forme  exacte  d’une  maison  ; 
en  effet,  les  deux  pentes  du  plafond,  au  lieu  de  se  terminer  au  mur 
vertical,  plongent  au  delà  dans  le  roc  et  y forment  un  enfoncement 
à angle  aigu  qui  présente  la  figure  d’un  larmier  en  creux  ; l’ouver- 
ture de  l’angle  est  de  8 pouces  (0™,20)  au-dessus  du  mur  vertical. 
La  première  chambre  a 16  pieds  I (4™, 95)  de  haut,  15  pieds  (4™, 50) 
de  large  et  20  pieds  (6  mètres)  de  long;  les  deux  autres  ont 
12  pieds  i (3'", 75)  de  haut,  12  pieds  (3™, 60)  de  long  et  11  pieds  | 
(3'", 45)  de  large.  Il  n’y  a pas  trace  de  portes  en  bois,  excepté  dans 
le  passage  qui  mène  de  la  première  chambre  à la  seconde.  Vue  de 
l’extrémité  du  dromos,  cette  tombe  nous  rappelle  les  sépultui^s 
égyptiennes 

Dans  chacune  des  trois  chambres  on  a trouvé  un  squelette 
humain  avec  une  grande  quantité  de  cendres  et  de  charbon,  ce  qui 
semble  prouver  que  chacun  des  corps  a été  brûlé  sur  son  bûcher  à 

1.  Plutus,  720. 

2.  IX,  p.  397. 

3.  II,  XXX,  8. 

4.  Page  627. 

T).  Si  parva  Uc.el  componere  magnis. 


1>A  TOMBE  DE  SPATA. 


41 


reiidroit  même  où  on  l’a  trouvé,  mais  si  superficiellement,  que  les 
os  se  sont  conservés.  Ces  corps  brûlés  imparfaitement,  et  brûlés 
dans  le  tombeau  même,  rappellent  aussitôt  le  mode  d’inhumation 
qui  a été  employé  dans  les  cinq  tombes  royales  de  Mycènes.  Mais,  à 
Spata,  les  os  sont  tombés  en  poussière  au  contact  de  l’air.  Ce  tom- 
beau évidemment  avait  été  déjà  pillé  dans  l’antiquité,  car  on  n’a 
retrouvé  que  fort  peu  d’objets  avec  les  corps;  la  plupart  même  de 
ces  objets  étaient  dispersés  au  milieu  des  décombres,  soit  dans  le 
passage  d’entrée,  soit  devant  l’entrée.  C’étaient  des  objets  en  os  ou 
en  ivoire,  en  verre,  en  bronze,  en  pierre  et  en  terre  cuite.  Comme 
on  n’a  recueilli  que  quelques  fleurs  formées  de  feuilles  d’or  très- 
minces,  dont  le  poids  total  ne  doit  pas  dépasser  un  huitième  de 
livre,  il  est  évident  que  les  pilleurs  de  tombeaux  n’en  voulaient 
qu’aux  ornements  d’or  et  qu’ils  ont  jeté  tout  le  reste. 

Les  quelques  vases  de  terre  cuite  trouvés  à Spata  sont  tous  faits 
au  tour.  Dans  le  nombre,  il  y en  a un  qui  ressemble  tout  à fait  au 
vase  que  représente  la  figure  25;  il  est  décoré  de  bandes  circu- 
laires rouges  et  noires,  il  a la  forme  d’un  globe  et  repose  sur  un 
pied  plat;  la  partie  supérieure  se  termine  par  un  cou  très-étroit  et 
très-élégant.  Ce  cou  n’est  pas  percé,  et  deux  anses  d’une  belle 
forme,  l’une  à droite  et  l’autre  à gauche,  le  relient  au  corps  du 
vase.  L’orifice  véritable  du  vase,  qui  est  en  forme  d’entonnoir,  se 
trouve  tout  près  du  cou  non  percé.  On  a trouvé  aussi  la  partie 
supérieure  d’un  second  vase  semblable  au  premier.  Je  rappelle  au 
lecteur  que  quarante-trois  vases  exactement  de  la  même  forme  oiû 
été  trouvés  dans  un  tombeau  à lalysos  (lie  de  Rhodes)  et  sont 
maintenant  au  Musée  Britannique;  que  quelquefois,  mais  rare- 
ment, on  en  rencontre  de  pareils  en  Attique  et  qu’on  en  a trouvé 
quelques  spécimens  dans  les  tombeaux  égyptiens  et  à Chypre. 

Un  autre  vase,  trouvé  dans  le  tombeau  de  Spata,  est  décoré  de 
spirales  noires. 

Je  mentionnerai  aussi  parmi  les  objets  découverts  à Spata  une 
grande  quantité  de  petits  ornements  qui  sont  composés,  comme 
l’a  prouvé  l’analyse  du  professeur  Landerer,  d’une  pâte  de  verre 
mélangée  de  beaucoup  de  protoxyde  de  plomb;  or,  eetfe  dernière 


42 


LA  TOMBE  DE  SPATA. 


substance  ayant  la  propriété  de  briser  les  rayons  de  la  lumière,  les 
ornements  ont  un  éclat  argenté  et  miroitant.  Landerer  fait  obser- 
ver que  c’est  du  verre  de  soude  (en  allemand  Natnm-Glas),  et  que 
cette  substance  a la  propriété  de  se  diviser  en  petites  feuilles  ou 
éclats.  Circonstance  très-digne  de  remarque  : fous  ces  ornements 
de  verre  ont  été  évidemment  moulés  ; beaucoup  d’entre  eux 
ressemblent  plus  ou  moins  aux  types  que  nous  voyons  gravés  dans 
les  moules  mycéniens  (fig.  162  et  163).  Au  revers  de  la  plupart 
de  ces  objets,  il  y a un,  deux  ou  trois  petits  trous,  ou  des  anneaux 
tubulaires,  pour  les  fixer  sur  d’autres  objets,  probablement  sur 
des  vêtements. 

Un  objet  qui  revient  fréquemment  à Spata  est  celui  que  nous 
retrouvons  dans  le  dessin  gravé  au  bas  de  la  figure  162.  On  ren- 
contre enfin  de  petits  cônes  d’un  verre  très-altéré  ; ils  se  rapprochent 
considérablement  du  type  que  nous  voyons  sur  le  côté  de  la 
figure  163,  dans  la  rangée  supérieure,  à la  droite  du  spectateur; 
ils  ressemblent  aussi  beaucoup  au  petit  cône  de  la  figure  164,  dont 
un  grand  nombre  d’exemplaires  ont  été  recueillis  à Mycènes  ; la 
seule  différence  consiste  en  ce  que,  sur  les  cônes  de  Spata,  c’est 
une  ligne  spirale  qui  est  imprimée,  tandis  que  ce  sont  des  cercles 
concentriques  sur  les  cônes  de  Mycènes.  Cependant  il  est  à remar- 
quer que  le  moule  de  la  figure  163  offre  l’empreinte  d’un  cône  de 
cette  nature  avec  une  ligne  spirale.  Mais,  d’un  autre  côté,  la  diffé- 
rence est  grande  entre  les  substances  qui  entrent  dans  la  composi- 
tion de  ces  cônes  ; tandis  qu’à  Spata  les  petits  ornements  sont  en 
verre,  les  cônes  et  les  autres  objets  de  Mycènes  (voy.  fig.  164, 165, 
166  et  167)  sont  d’une  argile  très-cuite  et  enduite  d’un  vernis  de 
plomb  ; on  n’a  pas  trouvé  trace  de  verre  à Mycènes,  sauf  quelques 
petites  perles  de  verre,  le  petit  objet  représenté  figure  177  et  les 
tubes  presque  microscopiques  de  verre  de  cobalt  décrits  dans  les 
pages  suivantes.  Gomme,  d’un  autre  côté,  on  a recueilli  une 
grande  quantité  de  petits  ornements  en  argile  très-cuite,  enduits 
d’un  vernis  de  plomb,  nous  pouvons  être  sûrs  qu’à  Mycènes  la 
fabrication  du  verre  était  dans  l’enfance;  que  jusqu’à  la  prise  de 
la  ville  (468  av.  J. -G.)  elle  n’y  fit  aucun  progrès,  et  que  tous  les 


LA  TOMBE  DE  SPATA. 


43 


types  gravés  dans  les  moules  de  Mycènes  servaient  uniquement 
à mouler  des  ornements  semblables  en  argile  cuite,  enduits  d’un 
vernis  de  plomb. 

Mais  on  rencontre  aussi  dans  la  tombe  de  Spata  des  objets  en 
verre  de  cobalt  bleu,  dont  quelques-uns  ont  la  même  forme  que 
l’objet  de  pierre  représenté  par  la  figure  172. 

La  présence  de  tous  ces  objets  de  verre  nous  mène  à la  con- 
clusion que  le  tombeau  de  Spata  est  de  beaucoup  postérieur  aux 
tombes  royales  d€  Mycènes.  Nous  en  trouvons  une  preuve  encore 
bien  plus  frappante  dans  les  objets  sculptés  découverts  dans  le 
tombeau  de  Spata  ; on  pense  généralement  qu’ils  sont  en  ivoire, 
mais  les  recherches  du  professeur  Landerer  démontrent  qu’ils  sont 
en  os  ordinaire.  Tous  ces  objets  semblent  appartenir  à une  période 
relativement  récente  de  l’art  assyrien.  Le  plus  remarquable  de  ces 
objets  est  peut-être  une  tête  d’homme  sans  barbe,  coiffée  d’une 
mitre  assyrienne  très-élevée  ; la  partie  inférieure  de  cette  mitre  est 
décorée  d’un  diadème  qui  en  fait  le  tour  ; la  partie  supérieure  est 
divisée  par  trois  doubles  bandes  en  quatre  compartiments.  Gomme 
il  est  d’usage  dans  les  coiffures  assyriennes,  la  chevelure  pend  sur 
la  nuque  en  trois  tresses  qui  se  recouvrent  Tune  l’autre.  Je  citerai 
aussi  un  peigne  de  5 pouces  (0'“,  14 1)  de  long  et  de  3 pouces  ^ 
(0"',08  ~)  de  large  ; la  partie  supérieure  est  divisée  par  des  bandes 
étroites  en  deux  compartiments  ; le  compartiment  supérieur  con- 
tient au  milieu  une  üeur  accostée  de  deux  sphinx  femelles;  le 
compartiment  inférieur  contient  trois  sphinx  femelles.  Il  y a aussi 
deux  plaques  en  os  portant  des  sphinx  femelles.  Tous  ces  sphinx 
ont  les  ailes  longues  et  larges  et  d’un  excellent  style  d’art  assyrien. 
Si  on  les  compare  aux  sphinx  d’or  des  tombeaux  de  Mycènes 
(voyez  un  de  ces  sphinx  à la  figure  277),  on  verra  que  ces  derniers 
sont  d’un  style  tout  à fait  archaïque  et  dénotent  un  art  très-primitif. 

Parmi  les  objets  sculptés  recueillis  à Sjiata,  il  y en  a un  qui 
mérite  une  attention  particulière  : c’est  une  plaque  d’os  où  fou 
voit  un  lion  dévorant  un  bœuf;  le  corps  tout  entier  du  lion  semlile 
planer  en  l’air  et  ses  jambes  de  derrière  étendues  dans  toute  leur 
longueur  nous  rappellent  très-nettement  les  lions  représentés  sur  les 


U 


LA  TOMBE  i)E  SPATA. 


coupes  et  sur  les  plaques  d’or  de  Mycèues.  D’un  autre  côté,  la  tête 
du  lion  et  le  bœuf  qu’il  dévore  rappellent  très-certainement  le  style 
de  l’art  assyrien. 

Je  n’ai  trouvé  à Mycènes  aucun  objet  semblable  soit  en  ivoire, 
soit  en  os. 

On  remarquera  encore  parmi  les  objets  provenant  du  tombeau 
de  Spata  un  disque  en  os  de  4 pouces  ^ (0'",  DU)  de  diamètre  ; 
avec  une  bordure  formée  par  deux  lignes  doubles  ; tout  l’espace 
intérieur  présente  l’apparence  d’un  réseau  dont  les  mailles  seraient 
de  petits  triangles  formés  par  de  triples  lignes  ondulées. 

Selon  l’opinion  formelle  du  professeur  Landerer,  ces  grandes 
plaques  d’os  et  les  disques  prouvent  jusqu’à  l’évidence  que  l’art 
d’amollir  les  os  dans  l’eau  et  de  les  mettre  ensuite  en  presse,  pour 
obtenir  de  larges  ^^surfaces,  était  connu  en  Attique  dans  une  anti- 
quité reculée. 

Remarquons  encore,  parmi  les  objets  trouvés  à Spata,  les  petits 
disques  de  pierre  qui  ont  un  petit  tube  au  centre  d’une  des  faces 
et  ont  peut-être  servi  d’ornement  pour  les  portes  des  maisons.  Ils 
ressemblent  beaucoup  aux  objets  que  j’ai  découverts  à Mycènes’; 
d’ailleurs,  on  en  a trouvé  de  pareils  dans  le  tombeau  d’Ialysos, 
qui  sont  visibles  au  Musée  Britannique. 

On  a trouvé  à Spata  différents  modèles  de  pointes  de  flèche 
en  bronze,  tandis  qu’il  n’y  en  avait  pas  trace  dans  les  tombeaux 
de  Mycènes.  Au  contraire,  dans  un  de  ces  derniers  tombeaux,  j’ai 
recueilli  les  trente-cinq  pointes  de  flèche  en  obsidienne  repré- 
sentées figure  435,  et  des  pointes  de  flèche  de  la  même  pierre 
dans  les  décombres  qui  recouvraient  les  tombeaux;  c’est  seule- 
ment dans  les  couches  supérieures  des  décombres,  à Mycènes,  que 
j’ai  trouvé  quelques  pointes  de  flèche  en  bronze. 

Il  faut  citer  encore  le  fragment  d’un  vase  de  granit  noir  recueilli 
à Spata  ; ce  fragment  est  percé  de  deux  trous  qui  servaient  pour 
suspendre  le  vase  ; on  a rencontré  des  vases  semblables  à Mycènes. 

Tout  près  de  ce  tombeau,  on  en  a découvert  un  second,  composé 


1.  Voyez  la  figure  126,  dans  la  rangée  supérieure,  à «Iroite  et  à gauche. 


J. A TOiMlŒ  UE  SPATA. 


45 


d’ulie  seule  chambre  ; on  y accède  par  un  dromos  ({m  n’a  que  la 
moitié  de  la  longueur  de  celui  du  grand  tombeau.  Dans  ce  petit 
tombeau  on  a trouvé  le  squelette  d’un  homme  qui  avait  été  brûlé 
sur  un  bûcher,  évidemment  à l’endroit  même  oû  il  reposait.  On  y 
a trouvé  aussi  le  squelette  d’un  cerf,  mais  pas  autre  chose. 

Selon  toute  probabilité,  le  colonel  Leake  a raison  de  voir  dans 
Spata  l’ancien  dème  de  Sphettos  {^(^rixxoç,  ou  iffixxôq).  Or,  selon 
Plutarque  ‘,  les  cinquante  Pallantides,  fds  de  Pallas,  le  frère 
d’Égée,  partirent  de  Sphettos  pour  marcher  contre  Athènes;  d’un 
antre  côté,  le  colonel  Leake,  s’autorisant  d’une  inscription  publiée 
par  Finlay,  place  le  dème  de  Pallenæ,  habité  par  les  Pallantides, 
sur  un  éperon  du  mont  Hymette,  qui  ferme  la  route  de  Probalinthos 
et  de  Marathon,  par  conséquent  dans  le  voisinage  immédiat  de 
Sphettos;  toutes  ces  raisons  ont  fait  supposer  que  les  tombeaux 
de  Spata  pourraient  être  ceux  des  Pallantides  mis  à moid  par 
Thésée.  Mais  cette  opinion  est  contredite  par  les  objets  mêmes  que 
l’on  a découverts;  en  les  étudiant  avec  soin,  il  nous  est  impossible 
de  faire  remonter  le  grand  tombeau  plus  haut  que  le  huitième 
siècle  avant  J. -G.,  tandis  que  les  rois  d’Athènes  appartiennent 
à une  antiquité  très-reculée  et  doivent  être  contemporains  des 
rois  de  Mycènes. 

La  question  des  masques  dans  l’antiquité  est  si  importante  pour 
l’archéologie,  que  je  ne  puis  terminer  sans  dire  que  mon  honorable 
ami  le  professeur  A.  Rhousopoulos,  de  l’université  d’Athènes,  me 
rai)pelle  un  tout  petit  masque  d’or,  trouvé  au  printemps  dernier 
dans  un  tombeau,  sur  la  côte  de  Phénicie,  juste  en  face  de  l’ile 
d’Arados.  Il  avait  été  acheté  dans  le  pays  par  un  mairhand  d’anti- 
({uités,  qui  le  porta  d’abord  à Athènes;  il  me  l’a  montré  de|)uis 
à Boulogne-sur-Mer,  en  se  rendant  à Londres,  oû  il  avait  rintention 
de  le  vendre.  Il  est  fait  d’une  mince  plaque  d’or,  et  si  petit,  qu’on  ne 
pourrait  l’appliquer  que  sur  le  visage  d’un  nouveau-né.  Il  représente 
une  figure  humaine  qui  a les  yeux  clos;  il  est  travaillé  au  repoussé, 
mais  d’une  façon  grossière. 

1.  Thésée,  13. 


LA  CHUTE  DE  MYCÈNES 


RACONTÉE  PAR  DIODORE  DE  SICILE  ^ 


Je  donne  ici  une  traduction  littérale  du  récit  de  Diodore  de 
Sicile  (XI,  65)  touchant  la  fin  tragique  de  Mycènes. 

((  La  soixante-dix-huitième  Olympiade  (468  avant  J.-C.)  éclata 
entre  les  Argiens  et  les  Mycéniens  une  guerre  dont  voici  la  cause. 
Les  Mycéniens,  fiers  de  l’ancienne  gloire  de  leur  patrie,  refusaient 
de  se  soumettre  aux  iVrgiens  comme  les  autres  cités  de  l’Argolide  ; 
ils  se  gouvernaient  par  leurs  propres  lois  sans  dépendre  en  rien 
des  Argiens.  Ils  avaient  avec  eux  des  disputes  sur  le  service  du  culte 
de  la  déesse  Hèra  et  prétendaient  aussi  revendiquer  pour  eux  la 
direction  et  radministration  des  jeux  Néméens.  Déplus,  ils  étaient 
en  dissentiment  avec  eux,  parce  que,  quand  les  Argiens  décrétèrent 
de  ne  pas  envoyer  de  secours  aux  Lacédémoniens  campés  aux 
Thermopyles,  à moins  de  partager  le  commandement,  les  Mycé- 
niens, seuls  de  tous  les  habitants  de  l’Argolide,  avaient  envoyé  des 
troupes  aux  Lacédémoniens.  En  outre,  les  Argiens  craignaient 
d’une  manière  générale  de  voir  leurs  rivaux  devenir  un  jour  trop 
puissants  et  leur  disputer  l’hégémonie,  en  faisant  valoir  la  grandeur 
passée  de  leur  cité.  Voilà  ce  qui  poussa  les  Argiens  à commencer 
les  hostilités  ; aussi  depuis  longtemps  cherchaient-ils  une  occasion 
de  prendre  et  de  raser  Mycènes;  ils  crurent  que  le  moment  était 
enfin  arrivé;  en  effet  les  Lacédémoniens,  à la  suite  de  leurs 
malheurs,  étaient  hors  d’état  de  secourir  la  ville.  Ils  rassemblèrent 
donc  une  armée  considérable,  composée  d’ Argiens  et  d’alliés,  et 
la  conduisirent  contre  Mycènes.  Les  Mycéniens  furent  battus, 
contraints  de  se  réfugier  derrière  leurs  remparts,  et  assiégés. 


LA  CHUTE  DE  MYCÈNES. 


47 

Pendant  quelque  temps,  les  Mycéniens  se  défendirent  avec  énergie; 
mais  à la  longue,  affaiblie  par  ses  défaites  précédentes,  ne  pouvant 
compter  sur  les  Lacédémoniens,  qui  avaient  à faire  la  guerre  pour 
leur  propre  compte,  éprouvée  par  plusieurs  tremblements  de 
terre  et  n’ayant  pas  d’autres  alliés,  Mycènes  fut  prise  d’assaut, 
faute  d’avoir  été  secourue  du  dehors.  Les  Mycéniens  furent  réduits 
en  esclavage  par  les  Argiens  ; la  dîme  du  butin  fut  consacrée  au 
service  du  culte  religieux,  et  la  ville  fut  rasée.  Ainsi  périt  à jamais 
une  ville  qui  avait  été  autrefois  riche  et  puissante,  qui  avait 
produit  quantité  d’hommes  illustres  et  accompli  tant  de  glorieux 
exploits.  Depuis  lors  elle  est  demeurée  déserte  jusqu’à  notre 
époque  ))  (c’est-à-dire  jusqu’à  l’époque  d’Auguste). 


Fig.  1.  — Carte  de  l'Argolidc. 


CHAPITRE  PREMIER 

FOUILLES  A T I U V N T II  E 


Position  de  Tiryiithe.  — Description  de  Pausanias.  — Murs  cyclopéciis  ; ce  que  siguiiie  celle 
épithète.  — La  carrière.  — Le  rocher  de  Tiryntlie  et  le  mur  qui  l’entoure.  — Galeries,  porte 
et  tour.  — Murs  et  terrasses  de  l’acropole.  — Traditions  mythologiques  et  histoire  de 
Tirynlhe.  — Tiryntlie  détruite  par  les  Argiens.  — Rôle  que  joue  dans  son  histoire  le  mythe 
d’Hercule.  — Marécages  de  la  plaine  d’Argos.  — Les  murs  de  Tiryntlie  sont  le  plus  ancien 
monument  de  la  Grèce.  — Poterie,  preuve  d’antiquité.  Commencement  des  fouilles.  — Murs 
de  maisons  et  conduites  d’eau  de  construction  - cyclopéenne.  — Objets  découverts.  — Vaches 
de  terre  cuite,  et  idoles  féminines  à cornes  de  vache  ; ce  sont  des  représentations  de  la 
déesse  Hèra  BoüPIS.  — Idole  à tête  d’oiseau.  — Figure  de  bronze;  c’est  le  seul  objet  qui 
soit  d’un  métal  autre  que  le  plomb,  à Tiryntlie.  — On  n'y  trouve  aucun  ustensile  de  pierre. 
— ■ Poterie.  — Débris  helléniques  en  dehors  de  la  citadelle,  qui  était  la  cité  lu’imitive. 

— Preuves  que  la  ville  a été  habitée  à différentes  époques.  — La  dernière  cité  de  Tiryntlie. 

— La  poterie  archaïque  de  Tiryntlie  ressemble  à celle  de  Mycènes.  — Comme  formes  et  comme 

décoration,  elle  dénote  une  civilisation  plus  avancée  qu’on  ne  s’y  attendrait  en  considérant  la 

grossièreté  des  murs.  — Poterie  plus  ancienne  sur  le  sol  vierge,  mais  on  n'y  trouve  ni 

i 


MVCÈNES. 


50 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


vaches  ni  idoles.  — Date  probable  de  l’époque  où  la  seconde  nation  habita  Tii  ynthe,  envi- 
ron 1000  ou  800  avant  J.-C.  — Date  probable  de  la  construction  des  murs  cyclopéens 
environ  1800  ou  1600  avant  J.-C.  — Rien  qui  ressemble  à la  poterie  des  strata  d’Hissarlik, 
excepté  les  coupes.  — Découverte  d’un  squelette  humain.  — Fusaïoles.  — Quantité  de  ter- 
rain qu’il  faudra  remuer  à ïirynthe.  — Importance  supérieure  de  Mycènes. 


Tirynthe,  6 août  1876. 

Dans  rangle  S.-E.  de  la  plaine  d’Argos,  un  groupe  de  collines 
pierreuses  se  dressent  comme  des  îles  au  milieu  du  pays  maré- 
cageux. C’est  sur  la  plus  basse  et  la  plus  plate  de  ces  collines,  à 
8 stades  (i  mille)  seulement  du  golfe  d’Argos,  qu’était  située  l’an- 
cienne  citadelle  de  Tirynthe,  appelée  aujourd’hui  Palœocastron* . 
Tirynthe  était  célèbre  comme  patrie  d’Hercule  et  renommée 
h cause  de  ses  gigantesques  murailles  cyclopéennes.  Voici  ce  qu’en 
dit  Pausanias-  : ce  Le  mur  d’enceinte,  seul  débris  qui  reste  (de 
Tirynthe),  fut  construit  par  les  Gyclopes.  Il  se  compose  de  pierres 
non  taillées  ; ces  pierres  sont  si  grosses,  qu’un  attelage  de  mules 
ne  suffirait  pas  pour  faire  bouger  seulement  la  plus  petite  d’entre 
elles  ; on  a intercalé  de  petites  pierres  entre  les  grosses  pour  les 
consolider.  » 

Le  plus  ordinairement  les  grosses  pierres  mesurent  7 pieds 

1.  Voyez  le  plan  A et  la  planche  1.  11  est  difficile  d’expliquer  l’étymologie  du  nom  de  Tiryn- 
the, qui  est  probablement  un  mot  pélasgique.  Il  est  très-probable  qu’à  l’origine  cette  cité 
s’appelait  Likymna;  Strabon  (VIII,  p.  373)  dit  qu’il  y avait  une  citadelle  de  ce  nom  à douze  stades 
de  Nauplie  ; c’est  bien  la  distance  qui  sépare  Tirynthe  de  Nauplie.  Il  est  vrai  qu’il  ne  dit  pas 
expressément  que  c’est  à Tirynthe  qu’il  fait  allusion  ; c’est  cependant  très-probable,  puisque 
Pindare  dit  (Olymp.,  VU,  47)  ; 

xai  yàp  ’AXxp.rjVaç  v.cir^^y'rr^xov  voôov  axocTCTip  Ôevwv, 
crxX'/ipaç  IXai'aç  ’sxxav’  èv  Ti- 
p'jvOi  Aixyp,vtov,  eXÔovt’  £x  6aXd[xo)v  Mioéx?, 
xaeôé  Tioxe  “/ôov'oç  ocxuix^p  ^oXwôst;. 

((  Jadis,  dans  sa  colère,  le  fondateur  de  ce  peuple  (Tlépolème),  armé  d’un  rameau  de  noueuk 
olivier,  fit  périr  dans  Tirynthe  Likymnios,  frère  bâtard  d’Alcmène,  sorti  de  la  couche  de  Midée.  » 
(Trad.  Sommer).  Apollodore  (II,  viii,  2)  confirme  le  fait,  mais  il  dit  que  Likymnios  fut  tué  par 
accident  : TX-/]7i6X£p.o;  oOv,  xxeivaç  oO*/  Ixwv  Atxu[Jt,v'.ov  xy)  [îiaxxr,pia  yàp  aoxoO  ôepaTreéovxa 
7rXr,(7(7ovxo;  •julôpap.s.  « Tlépolème  tua  involontairement  Likymnios,  qui  s’était  approché  de  lui 
pendant  qu’il  cliàtiait  un  esclave  à coups  de  bâton.  » 

Eustathe  (ad  toc.)  dit  que  le  nom  primitif  de  Tirynthe  était  Haliis  ou  Haleis,  parce  que  les 
premiers  habitants  de  ce  rocher  avaient  été  des  pécheurs.  Le  fait  est  confirmé  par  Étienne  de 
Byzance  (v.  ïtpuvç).  Pausanias  (II,  xxv,  8)  dit  que  la  cité  reçut  son  nom  du  héros  Tiryns,  fils 
d’Argos. 

2.  Pausanias  (II,  xxv,  8)  : Tb  o-)]  X£txoÇ>  ô o-i]  p-ovov  xcov  spsiTitwv  Xetirexat,  KuxXcotiwv  p,év  laxiv 
epyov,  TtsTiotrjXac  oè  aoycov  XîOwv,  p,éye6oç  s'/wv  â'xaffxo;  Xtôo;  (3;  àu’  avxtov  p,-riS’  av  ocpxV^ 
x'.v/i6r,vat  xbv  p.txpoxaxov  utco  î^euyou;  riaiovcov  XtOia  ôà  £vr|p[j,oc7xai  TiaXai  to;  p.àXi<7xa  aOx&v 
âxao-xov  âpp.oviav  xoîç  [JLeyâXo;;  XiOot;  slvai- 


LES  MÜUS  LVCLOLÉENS. 


51 


environ  (^^'“,10)  de  long  sur  d pieds  (0“\90)  d’épaisseur.  J’en  ai 
eependant  mesuré  un  certain  nombre  qui  ont  10  pieds  (3  mètres) 
de  long  sur  4 pieds  (i“,20)  d’épaisseur.  A en  juger  par  la  quantité 
des  pierres  qui  sont  tombées,  il  est  probable  que  les  murs,  quand 
ils  étaient  dans  leur  entier,  ne  devaient  pas  avoir  moins  de  60  pieds 
(18  mètres)  de  hauteur.  Si  l’appareil  du  mur  d’enceinte  avait  été 
composé  de  pierres  taillées,  il  est  certain  qu’il  aurait  disparu  depuis 
longtemps  : on  se  serait  servi  des  pierres  dans  les  constructions  des 
villes  voisines,  Nauplie  et  Argos.  Ce  qui  a sauvé  la  muraille  d’une 
entière  destruction,  c’est  justement  que  les  blocs  qui  la  composent 
sont  énormes  ; les  populations  qui  ont  eu  à construire  à des  époques 
plus  récentes  ont  trouvé  plus  aisé  et  plus  commode  d’extraire  les 
matériaux  dont  elles  avaient  besoin  du  pied  meme  des  rochers, 
que  de  renverser  la  muraille  et  d’en  débiter  les  pierres. 

Je  dois  faire  observer  ici  que  l’expression  de  murs  ((  cyclopéens  )) 
repose  sur  une  erreur;  son  seul  fondement  est  la  légende  fabu- 
leuse qui  représente  les  Gyclopes  comme  d’excellents  architectes. 
Selon  Strabon  (VIII,  vi),  les  Gyclopes,  au  nombre  de  sept,  vinrent 
de  la  Lycie  et  élevèrent  en  Argolide  des  murs  et  autres  construc- 
tions qui  reçurent  la  dénomination  de  ((  murs  cyclopéens  )).  Selon 
Apollodore  (II,  ii,  1)  et  Pausanias  (II,  xvi,  4),  ce  sont  eux  qui  ont 
bâti  les  murs  de  Tirynthe  et  de  Mycènes.  G’est  probablement  pour 
cela  que  l’Argolide  tout  entière  est  appelée  ((  terre  cyclopéenne  » h 
Il  n’y  a,  bien  entendu,  aucune  raison  historique  d’appeler  ((  cyclo- 
péens ))  ces  murs  de  pierres  non  taillées,  du  nom  de  la  race  fabu- 
leuse des  géants  nommés  Gyclopes.  Mais,  comme  le  mot  est  devenu 
d’un  usage  général,  je  ne  puis  me  dispenser  de  l’employer. 

Il  est  bien  entendu,  d’ailleurs,  que  l’on  ne  peut  donner  le  nom  de 
cyclopéens  a tous  les  murs  construits  en  pierres  sans  mortier  et 
sans  ciment.  Sous  cette  dénomination  ne  peuvent  être  compris  que 
les  suivants  : P les  murs  formés  d’énormes  blocs  non  taillés,  dont 
les  interstices  sont  remplis  de  pierres  plus  petites  ; 2^'  les  murs 
composés  d’énormes  pierres  polygonales  bien  ajustées  ensemble  ; 


1.  râ  xuxXœuia  (Euripide,  Oreste,  965). 


52 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


les  murs  très-anciens  (comme  nous  les  voyons  à côté  de  la  porte 
aux  Lions  de  Mycènes)  composés  d’énormes  blocs  quadrangulaires, 
grossièrement  taillés,  posés  par  assises  horizontales,  mais  dont  les 
joints  ne  sont  pas  tout  à fait  droits,  de  sorte  qu’il  reste  de  petits  inter- 
stices entre  les  pierres.  Les  murs  de  maisons  ou  de  forteresses 
construits  de  pierres  quadrangulaires  bien  taillées  et  ajustées  avec 
précision,  sans  mortier,  ne  peuvent  être  appelés  ((  cyclopéens  ». 
Par  exemple,  les  grands  trésors  souterrains  de  Mycènes  et  d’Orcho- 
mène  n’ont  aucun  titre  à cette  dénomination,  encore  qu’ils  puissent 
remonter  à la  plus  haute  antiquité*. 

Ou  reconnaît  facilement,  à 1 mille  de  là,  au  pied  d’un  rocher 
surmonté  d’une  chapelle  dédiée  au  prophète  Élie,  la  carrière  d’où 
ont  été  tirés  les  matériaux  de  ces  murailles.  Mais  cette  carrière  ne 
forme  pas  un  grand  creux,  comme  celles  que  l’on  voit  à Syracuse, 
à Baalbek  ou  à Corinthe.  A Tirynthe  et  à Mycènes,  les  constructeurs 
cyclopéens  se  sont  contentés  de  détacher  les  blocs  à fleur  de 
rocher. 

Le  rocher  à plate-forme  de  Tirynthe  a 900  pieds  (270  mètres) 
de  long,  sur  200  ou  250  pieds  (60  ou  75  mètres)  de  large,  et  de 
30  à 50  pieds  (9  à 15  mètres)  de  hauteur.  Il  s’étend  en  droite  ligne 
du  nord  au  sud  ; il  est  bordé  par  le  mur  d’euceinte  cyclopéen 
dont  nous  avons  parlé.  Ce  mur  a de  25  à 50  pieds  (de  7'“,50  à 
i5  mètres)  d’épaisseur;  il  est  dans  un  très-bon  état  de  conser- 
vation. Seulement  il  n’est  pas  plein  dans  toutes  ses  parties  ; 
mais  il  est  traversé  par  des  passages  intérieurs  ou  galeries  à voûtes 
ogivales;  il  y en  a quatre  que  l’on  distingue  facilement.  Dans  une 
de  ces  galeries,  longue  de  90  pieds  (27  mètres),  haute  et  large  de 
7 pieds  10 pouces  (2‘",35),  et  qui  n’est  point  obstruée  de  décombres, 

1.  Cf.  ch.  Il,  p.  71).  11  faut  observer  aussi  que  l’emploi  de  ces  différents  modes  de  construction 
ne  correspond  pas  toujours  à une  suite  régulière  dans  l’ordre  des  tem|is  ni  à un  progrès  continu 
dans  l’art  de  bâtir.  Des  constructeurs  très-capables  de  mettre  en  œuvre  des  blocs  quadrangulaires 
ont  souvent  employé,  pour  leur  convenance,  des  fragments  de  rocher,  des  pierres  telles  qu’elles 
sortaient  de  la  carrière,  sans  être  dégrossies,  et  d’autres  pierres  qui  présentaient  naturellement 
une  forme  polygonale;  on  peut  citer  comme  exemples  des  murs  où  le  plus  ancien  appareil  se 
trouve  employé  par-dessus  l’appareil  le  plus  récent.  Voyez  Les  Débris  cyclopéens  de  l'Italie 
centrale,  de  M.  E.  II.  Bunbury,  dans  le  Musée  classique,  1845,  vol.  II,  p.  147  et  suivantes. 
Voyez  aussi  l’article  Mürus,  dans  le  Dictionnaire  des  Antiquités  grecques  et  romaines  du 
l)>-  Smith. 


LA  CITADELLE  DE  TIIIYNTHE. 


53 


la  paroi  extérieure  est  percée  de  six  enfoncements  que  l’on  peut 
comparer  soit  à des  portes,  soit  à des  fenêtres  qui  descendent 
jusqu’au  niveau  du  sol  de  la  galerie.  Les  voûtes  de  ces  baies  sont 
ogivales  comme  celles  de  la  galerie  elle-même  et  construites  par 
le  même  procédé,  chaque  assise  de  pierres  s’avançant  en  encor- 
bellement au-dessus  de  l’assise  inférieure  b 
Très-probablement  ces  niches  étaient  destinées  aux  archers; 
quant  aux  galeries,  elles  doivent  avoir  servi  de  communications 
couvertes  avec  les  arsenaux,  les  salles  de  gardes  ou  les  tours.  Deux 
des  trois  autres  galeries  sont  dans  l’angle  S.-E.  et  suivent  une 
direction  parallèle  ; la  troisième,  qui  traverse  le  mur  de  l’ouest 
semble  avoir  servi  de  porte  de  sortie  ; elle  était  probablement 
dissimulée  d’une  manière  ou  d’une  autreL 

Du  côté  de  l’est  est  la  seule  porte,  qui  a 15  pieds  (4"", 50)  de 
large.  On  y accède  par  une  rampe  de  20  pieds  (6  mètres)  de  large, 
soutenue  par  un  mur  de  construction  cyclopéenneL  A droite,  cette 
porte  est  flanquée  d’une  tour  de  43  pieds  (12'", 90)  de  haut  et 
de  33  pieds  (Tl  mètres)  de  large  ; c’est  peut-être  cette  tour  qui  a 
valu  aux  Tirynthiens  la  réputation  d’avoir  été  les  premiers  à con- 
struire des  toursL  C’est  à cet  endroit  que  les  murs  sont  le  mieux 
conservés.  Ils  s’élèvent  de  beaucoup  au-dessus  de  la  plate-forme 
de  la  colline,  à l’intérieur  de  l’acropole  ou  citadelle. 

La  citadelle  se  compose  d’une  enceinte  supérieure,  au  sud,  et 
d’une  enceinte  inférieure,  au  nord.  Ces  deux  enceintes  sont  à peu 
près  d’égale  dimension  et  séparées  par  une  pente  abrupte  de 
14  pieds  (4‘",20)  de  haut,  qui  était  fortifiée  d’un  mur  cyclopéen 
de  moindres  dimensions.  Dans  ce  mur  je  distingue  des  pierres 


1.  Voyez  la  marge  du  plan  A. 

2.  DodweW  ( Voyage  classique  et  archéologique  â travers  la  Grèce)  et  Ernst  Curthm Péloponnèse) 
considèrent  cette  galerie  comme  une  seconde  porte  ; je  crois  que  e’est  impossible,  par  la  raison 
qu’elle  débouche  directement  dans  la  plaine. 

3.  W.  M.  Leake  dit  (Voyages  en  Morée,  vol.  11,  p.  351)  que  la  principale  entrée  de  Tiryntlie 
est  du  côté  sud,  tout  près  de  l’angle  S.-E.  11  a raison,  s’il  ne  parle  que  de  l’état  présent  des 
choses  ; en  eflét,  dans  les  temps  modernes,  on  a pratiqué  dans  cet  endroit  une  route  eu  lacet, 
qui  conduit  au  sommet  de  cette  pente  escarpée;  mais,  dans  l’antiquité,  il  n’y  avait  certainement 
ni  porte  ni  entrée  d’aucune  espèce  en  cet  endroit. 

4.  Aristote  et  Théophraste,  dans  Pline,  Ilist.  nat.,  VII,  56.  Selon  Pline,  Aristote  fait  remonter 
l’art  de  construire  des  tours  aux  Cyclopes,  et  Théopliraste  aux  Tirynthiens. 


54. 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


travaillées,  quelques-unes  sont  même  rectangulaires.  Cette  cir- 
constance me  porte  à croire  que  ce  mur  est  d’une  époque 
postérieure  aux  murs  cyclopéens  de  l’enceinte.  L’enceinte  supé- 
rieure contient  un  certain  nombre  de  terrasses,  soutenues  par 
des  murs  cyclopéens. 

A travers  toute  l’antiquité,  les  Grecs  eux-mêmes  ont  regardé  les 
murs  de  Tirynthe  comme  l’œuvre  des  démons.  Pausanias^  les 
regarde  comme  une  œuvre  d’architecture  aussi  étonnante  que  les 
pyramides  d’Égypte.  Homère  exprime  toute  l’admiration  qu’ils  lui 
inspirent  en  appliquant  à Tirynthe  l’épithète  de 

Selon  l’antique  tradition,  Tirynthe  fut  fondée  (environ  1400 
avant  J.-C.)  par  Prœtos,  qui  en  fut  le  premier  roi,  et  dont  le  fds 
Mégapenthès  céda  la  ville  à Persée,  le  fondateur  de  Mycènes. 
Persée  la  donna  à Électryon.  Alcmène,  fdle  d’Électryon  et  mère 
d’Hercule,  épousa  Amphitryon  qui  fut  chassé  par  Sthénélos,  roi  de 
Mycènes  et  d’Argos.  Hercule  conquit  Tirynthe  et  habita  longtemps 
cette  ville,  ce  qui  fait  qu’on  l’appelle  souvent  le  Tirynthien^  Au 
retour  des  Héraclides  (80  ans  après  la  guerre  de  Troie),  Mycènes 
elle-même,  aussi  bien  que  Tirynthe,  Hysiæ,  Mideïa  et  plusieurs 
autres  cités,  fut  forcée  de  concourir  à l’agrandissement  du 
pouvoir  d’Argos  et  réduite  à la  condition  de  ville  dépendante. 
Tirynthe,  néanmoins,  demeura  aux  mains  de  sa  population 
achéenne,  et,  de  concert  avec  Mycènes,  prit  part  à la  bataille  de 
Platées,  où  ces  deux  villes  envoyèrent  quatre  cents  combattants  L 
En  souvenir  de  cet  événement,  le  nom  de  Tirynthe  avec  celui  des 
autres  cités  grecques  qui  avaient  pris  part  à la  bataille  fut  gravé 
sur  la  colonne  de  bronze  que  les  Spartiates  consacrèrent,  en  même 
temps  que  le  trépied  d’or,  à Apollon  Pythien  de  Delphes,  comme 
dîme  du  butin.  La  gloire  que  Tirynthe  venait  d’acquérir  excita  la 
jalousie  des  Argiens,  qui  n’avaient  pas  pris  part  à la  guerre 
médique,  et  qui  commencèrent  à trouver  que  cette  ville  était  une 
voisine  dangereuse,  surtout  quand  elle  tomba  aux  mains  des 

1.  Pansa n.,  IX,  xxxvi. 

2.  Iliade,  11,  559  : 01'  6’  "Apyo?  r’  el^ov  Ttpuv6a  xs  Tet^ioeiTcrav. 

Pind.,  OL,  XI,  40;  Ovid.,  MéL,  VU.  410;  Viro.,  Énéide,  Vil,  062. 

4.  Hérodote,  IX,  28. 


AciiOIMH.E  DK  ÏIIIYMIIK. 


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HISTOIRE  DE  TIDYNTHE. 


esclaves  insurgés  d’Argos  qui  se  maintinrent  longtemps 

derrière  ses  murailles  cyclopéennes  et  furent  pendant  tout  ce 
temps  maîtres  du  pays^  Les  insurgés  furent  enfin  forcés  de  se 
soumettre;  mais,  peu  de  temps  après  (01.  78,  1 ; 468  avant  J. -G.), 
les  Argiens  détruisirent  la  cité,  démolirent  une  partie  de  ses 
murailles  cyclopéennes  et  forcèrent  les  Tirynthiens  à émigrer  h 
Al  ’gos^.  Mais,  d’après  Strabon^,  ils  s’enfuirent  à Épidaure.  Paii- 
sanias^  signale,  entre  Tirynthe  et  le  golfe,  les  ce  Oakaiioi  )>  des  filles 
insensées  de  Prœtos;  on  n’en  trouve  pins  trace  aujourd’hui  ; on  ne 
peut  supposer  que  ces  (c  Oakaixoi  » aient  été  des  constructions 
souterraines,  le  terrain  est  trop  marécageux  pour  cela.  Théo- 
phraste^ parle  des  Tirynthiens  comme  d’un  peuple  si  porté  à rire, 
qu’il  était  incapable  de  s’attacher  à aucun  ouvrage  sérieux*^. 

Le  mythe  de  la  naissance  d’Iiercule  à Tirynthe  et  des  douze 
travaux  qu’il  accomplit  pour  Eurysthée,  roi  de  Mycènes,  qui  était 
voisine,  peut,  je  crois,  s’expliquer  facilement  par  sa  double  nature 
de  héros  et  de  dieu-soleiF.  N’est-il  pas  naturel  que  la*  fable  fasse 
naître  le  plus  puissant  des  héros  derrière  les  plus  puissantes 
murailles  du  monde,  que  l’on  considérait  comme  l’œuvre  d’une 
race  de  géants  surnaturels?  Gomme  dieu-soleil,  il  devait  néces- 
sairement avoir  de  nombreux  sanctuaires  dans  la  plaine  d’Argos 
et  un  culte  célèbre  à Tirynthe.  En  effet,  les  plaines  marécageuses 
qui  entourent  Tirynthe  et  qui,  même  aujourd’hui,  sont  à peu  près 
improductives  faute  d’être  desséchées,  n’étaient,  dans  une  hante 
antiquité,  que  des  marais  et  des  bourhiers  profonds.  Gomme  ces 

1.  Hérod.,  VI,  83. 

2.  Paus.,  II,  XVII,  5 ; VIIl,  xxvii,  I. 

3.  VI,  p.  373. 

4.  II,  XV,  9. 

5.  Dans  Atliénée,  VI,  261. 

G.  Théophraste  ajoute  que,  voulant  se  délivrer  de  leur  propension  à rire,  les  Tirynthiens 
consultèrent  l’oracle  de  Delphes.  Le  dieu  leur  répondit  que  s’ils  pouvaient  sacrifier  un  taureau 
à Neptune  et  le  Jeter  à la  mer  sans  rire,  ils  seraient  immédiatement  guéris  de  leur  maladie. 
Craignant  d’échouer  dans  l’accomplissement  des  prescriptions  du  dieu,  les  Tirynthiens  décidèrent 
qu’aucun  enfant  ne  pourrait  assister  au  sacrifice.  Un  enfant  qui  avait  entendu  parler  de  cette 
défense  se  mêla  à la  foule.  On  se  mit  à crier  après  lui  pour  le  renvoyer.  « Comment  ! s'éeria 
l’enfant,  craignez-vous  que  je  renverse  votre  sacrifice?  » Cette  réponse  excita  un  rire  universel, 
et  les  Tirynthiens  furent  convaincus  que  le  dieu  avait  voulu  leur  montrer  par  expérience  que, 
quand  une  mauvaise  habitude  est  aussi  invétérée,  il  n’y  a pas  de  remède. 

7.  Max  Millier,  Rssais,  11,  79. 


58 


FOUIIJÆS  A TIRYNTHE, 


bourbiers  et  ces  marais  s’étendaient  jusque  dans  l’intérieur  des 
terres,  ils  engendraient  des  fièvres  pestilentielles  ; or  ils  ne 
pouvaient  disparaître  que  graduellement  sous  l’effort  incessant 
du  travail  de  l’homme  et  la  bienfaisante  influence  du  soleil. 

L’existence  de  marécages  immenses  dans  la  plaine  d’Argos  nous 
est  attestée  par  Aristote  lui-même,  qui  dit‘  : « A l’époque  de  la 
guerre  de  Troie,  le  sol  d’Argos,  qui  était  marécageux,  ne  pouvait 
nourrir  qu’une  population  restreinte  ; au  contraire,  le  sol  de 
Mycènes  était  fertile  et,  par  conséquent,  très-estimé.  C’est  aujour- 
d’hui le  contraire  : le  sol  de  Mycènes  est  devenu  trop  sec  et 
demeure  sans  culture,  tandis  que  le  sol  d’Argos,  autrefois  maré- 
cageux et  par  conséquent  inculte,  est  devenu  une  bonne  terre 
arable.  ))  Il  paraîtra  donc  tout  naturel  que  la  fable  ait  attribué  à 
Hercule  dieu-soleil  les  douze  travaux  qu’il  accomplit  au  profit 
d’Eurysthée,  roi  de  Mycènes  et  possesseur  de  toute  la  plaine 
d’Argos  ; pendant  longtemps,  ces  douze  travaux  ont  été  considérés 
uniquement  comme  le  symbole  des  douze  signes  du  zodiaque,  que 
semble  traverser  le  soleil  dans  la  révolution  annuelle  de  notre 
globe. 

Il  ne  semble  pas  que  la  topographie  de  la  plaine  qui  est  au  sud 
de  Tirynthe  ait  changé  depuis  l’époque  d’Aristote  : le  rivage,  au 
nord  du  golfe,  se  compose  de  profonds  marécages  qui  s’étendent, 
meme  aujourd’hui,  à pins  d’un  mille  dans  l’intérieur  des  terres. 

Je  partage  complètement  l’opinion  généralement  admise  qui 
considère  les  murs  cyclopéens  de  Tirynthe  comme  le  plus  ancien 
monument  de  la  Grèce.  D’un  autre  côté,  convaincu  qu’aucun  mur 
de  cité  ou  de  forteresse  ne  peut  être  antérieur  aux  plus  anciennes 
poteries  du  lieu  qu’il  entoure,  j’avais  un  très-vif  désir  de  contrôler 
la  chronologie  des  murs  de  Tirynthe  par  des  fouilles  systématiques. 
Je  me  rendis  donc  à Tirynthe  le  31  juillet  dernier,  en  compagnie 
de  M”'"'  Schliemann  et  de  mes  honorables  amis,  MM.  Kastorkhès, 
Pbendiklès  et  Pappadakès,  professeurs  d’archéologie  à l’université 
d’Athènes. 


I.  Aristote,  MétéoroJ.,  l,  lA. 


COMMENCEMENT  DES  TDAVAUX  A TÏRYNTHE. 


59 


Arrivé  à Tiryiithe,  j’engageai  cinquante  et  un  travailleurs,  et  je 
fis  ouvrir,  dans  la  partie  la  plus  élevée  de  la  citadelle,  une  longue 
tranchée,  à la  fois  large  et  profonde;  de  plus,  j’y  fis  percer  treize 
puits  de  6 pieds  (r’,80)  de  diamètre’ . Je  fis  percer  en  outre  trois 
puits  dans  la  partie  basse  de  la  forteresse,  et  quatre  autres  puits 
à une  distance  de  100  pieds  (33  mètres)  en  dehors  des  murs.  Dans 
la  partie  haute  de  la  citadelle,  j’atteignis  le  roc  vif  à une  profon- 
deur qui  varie  entre  11  pieds  I (3“,45)  et  16  pieds  ’ (4*", 95)  ; dans  la 


Fig.  2.  — Vaclie  de  terre  cuite,  trouvée  à Tiryiithe  (à  grandeur  réelle 


partie  basse,  à une  profondeur  qui  varie  entre  5 et  8 pieds  (l'",50  et 
"2"',40)  ; à l’extérieur  de  la  citadelle,  je  touchai  le  sol  vierge  à une 
|)rofondeur  qui  va  de  3 à 4 pieds  (O"', 90  à 1"‘,20). 

Dans  sept  ou  huit  puits  de  la  partie  haute  de  la  citadell(\  ji^ 
découvris  des  murs  de  maisons  cyclopéens  bâtis  sur  le  roc  vif;  dans 
trois  autres  puits,  je  trouvai  des  conduites  d’eau  cyclopéennes  d’nn 
travail  primitif,  composées  de  pierres  non  travaillées,  sans  aucun 
lien  de  ciment  ou  de  mortier.  O^ioique  ces  conduites  reposent  sur 
le  roc,  je  ne  puis  néanmoins  me  figurer  comment  l’ean  a pu  les 
suivre  sans  se  perdre  à travers  les  interstices  des  pierres. 

Je  ne  trouvai  pas  une  seule  pierre,  soit  dans  la  grande  tranchée, 

1.  Les  profondeurs  exactes  sont  indiquées  par  des  nombres  proportionnel  annexés  anx  coupes 
des  fouilles,  à la  marge  du  plan  A. 


60 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


soit  dans  les  douze  ou  treize  autres  puits,  malgré  leur  profondeur. 


Fig.  7.  — (à  3 met.). 


Fig.  g.  — (à  2“, 50). 


Fig.  3,  4,  5,  6,  7.  — Vaches  do  terre  cuite,  trouvées  à Tirynthe.  Grandeur  réelle. 


J’en  conclus  qu’une  partie  des  maisons  étaient  bâties  en  briques 


IDOLES  EN  TERRE  CUITE. 


61 


crues,  comme  le  sont  encore  anjonrcriiui  la  plupart  des  villages  de 
l’Argolide.  Vu  les  énormes  masses  de  cendres  de  bois,  je  suppose 
qu’il  y a en  ici  aussi  beaucoup  de  maisons  en  bois,  et  que  même 


Fio.  9.  — (à  2™, 50).  Fig.  11.  — (à  1 met.). 

Fig.  8,  9,  10,  11.  -—  Idoles  de  terre  cuite,  trouvées  à Tiryathe.  Grandeur  réelle. 


les  murs  de  maisons  cyclopéens  n’étaient  que  des  substruc lions 
d’édifices  en  bois.  Toutes  mes  fouilles  à Tyriutbe  demeurent,  bien 
entendu,  ouvertes,  et  les  visiteurs  sont  invités  à les  inspecter. 

Parmi  les  objets  découverts,  je  dois  meulioniiei’  d’abord  les 
petites  vaches  de  terre  cuite,  parce  qu’elles  semblent  résoudre  un 
grand  problème  et  sont,  dans  tous  les  cas,  d’une  importance  capi- 
tale pour  la  science.  J’en  ai  recueilli  ouzeb  Presque  toutes  sont 


I.  Voyez  les  ligures  'i,  3,  i,  5,  G cl  7, 


62 


FOUILLES  A TlllVNTHE. 


couvertes  crornements  peints  de  couleur  rouge  ; une  seule  a des 
ornements  noirs. 

En  meme  temps  je  trouvai  neuf  idoles  féminines  ; sept  de  ces 
idoles  sont  peintes  en  rouge  et  deux  ont  des  ornements  de  couleur 
noire  ou  d’un  jaune  foncé L La  face  en  est  très-comprimée;  elles 
n’ont  pas  de  bouche  et  portent  un  polos  sur  la  tête.  La  tête  de  l’idole 
de  la  figure  8 manque.  L’idole  de  la  figure  10  a la  face  moins  com- 
primée et  la  tête  nue.  Les  mamelles  de  toutes  ces  idoles  sont  d’un 
haut  relief;  au-dessous  et  de  chaque  côté  il  y a une  longue  corne 
en  saillie.  L’ensemble  de  ces  deux  cornes  était  peut-être  destiné 
à représenter  le  croissant  de  la  lune,  ou  des  cornes  de  vache,  ou 
les  deux  choses  à la  fois.  J’ai  trouvé,  il  y a trois  ans,  dans  les  trente- 
quatre  puits  qu€  je  fis  percer  dans  l’Acropole  de  Mycènes,  des 
vaches  et  des  idoles  qui  offrent  avec  celles-ci  une  frappante  ana- 
logie. Or  Mycènes  se  trouvait  tout  près  du  grand  Hèræon  et  était 
renommée  pour  son  culte  de  Hèra.  J’ai  déjà  suffisamment  prouvé 
que  la  vache  est  la  représentation  symbolique  de  Hèra,  et  que 
cette  divinité  est  identiquement  la  même  que  la  déesse  lunaire 
pélasgique  lo  sous  forme  de  vache,  que  la  déesse  béotienne  Dèmèter 
Mykalessia  etque  la  déesse  lunaire  des  Égyptiens,  IsisL  Mon  opinion 
est  aussi  celle  d’une  haute  autorité,  riionorable  W.-E.  Gladstone, 
([ui  dit  dans  son  célèbre  ouvrage  intitulé  Synchronisme  homé- 
rique (p.  249)  : ((  La  déesse  Isis,  la  compagne  d’Osiris,  est 
représentée  avec  une  tête  de  vache  sur  quelques  monuments 
égyptiens^.  Hérodote  établit  son  identité  avec  Dèmèter  ; mais  il  y a 
bien  des  rapports  entre  Dèmèter  et  Hèrè,  et  Hèrè  semble  être  dans 
Homère  la  forme  hellénique  qui  avait  largement  dépouillé  Dèmèter 
de  beaucoup  de  ses  traditions  et  l’avait  réduite  à l’état  d’insigni- 
liaiice  où  nous  la  voyons  dans  les  Poèmes.  Il  est  par  conséquent 

L Voyez  les  figüi'es  8,  9,  10  et  IL 

2.  Voyez  la  note  A,  « Hèra  Boüpis,  » à la  fin  du  chapitre. 

3.  On  peut  ajouter  à cette  énumération  l’Ashtoreth  des  Syriens  et  des  Phéniciens  ; 

» Astarté,  veine  des  deux,  aux  cornes  en  croissant^ 

A son  image  brillante,  la  nuit,  au  clair  de  lune, 

Les  vierges  Phéniciennes  offraient  Phommage  de  leurs  vœux  et  de  leurs  chants.  » 
(Milton,  Paradis  perdu,  livre  I,  vers  439441.) 

i Voyez  Ÿl£(jijple  de  Bunsen,  vol.  I,  p.  420.  (Trad.j 


IDOLES  DE  HEUA. 


63 


pos^sible  que  répithète  boopis  indique  une  manière  de  représentei* 
Hère,  empruntée  aux  Égyptiens  et  raffinée  par  le  goût  hellénique. 

Ki  II  faut  cependant  se  bien  pénétrer  de  l’idée  que  la  représen- 
tation égyptienne  de  cette  divinité  consistait  à lui  donner,  non  pas 
seulement  les  yeux,  mais  toute  la  physionomie  et  la  tête  d’un  bœuf 
ou  d’une  vache;  de  plus,  que  l’épithète  homérique  ne  s’applique 
pas  seulement  à lièrè,  mais  aussi  à Klyménè,  une  des  suivantes 
d’Hélène  b et  à Philomédousa,  femme  d’Areïthoos On  la  donne 
aussi  à Haliè,  l’une  des  nymphes  néréides ^ On  pourrait,  ce  semble, 
en  s’appuyant  sur  la  probabilité  a défaut  de  démonstration  posi- 
tive, inférer  de  là  que,  du  temps  d’Homère,  cette  épithète  de  boopis 
avait  fini  par  prendre  sa  signification  postérieure  d’une  extension 
1)1  us  générale  qui  avait  supprimé  le  souvenir  de  la  vache.  )> 

En  conséquence,  je  n’hésite  pas  à déclarer  que  les  vaches  et 
les  figures  féminines  à cornes  de  vache  trouvées  à Mycènes  et  à 
Tirynthe  doivent  être  nécessairement  des  idoles  de  Hèra  , divinité 
tutélaire  des  deux  cités. 

Tous  les  objets  mentionnés  plus  haut,  soit  vaches,  soit  idoles 
féminines  à cornes  de  vache,  ont  été  découverts  à une  profondeur 
qui  varie  de  3 pieds  à 11  pieds  ; (de  0'",90  à 3“', 45)  au-dessous  de  la 
surface  du  sol , aucun  à une  plus  grande  profondeur. 

J’ai  trouvé  plusieurs  idoles  de  terre  cuite  d’une  forme  différente  : 
l’une  d’elles  à 8 pieds  (^2"f40)  au-dessous  du  sol.  Celle-là  aussi 
semble  être  du  sexe  féminin;  elle  a les  deux  mains  jointes  sur  la 
poitrine,  peut-être  comme  symbole  d’abondance.  La  tête,  qui  est 
nue,  ressemble  exactement  à une  tête  d’oiseau.  Au  premier  coiq) 
d’œil,  on  est  involontairement  frappé  de  la  ressemblance  de  cette 
idole  avec  une  des  nombreuses  figures  peintes  sur  les  vases 
attiques  à dessins  géométriques  que  l’on  conserve  dans  la  petite 
collection  d’antiquités  du  Ministère  de  rinstrnction  pnbli(|ne,  à 
Athènes ^ et  que  l’on  a considérés  jiisitn’ici  comme  la  pins 

1.  Iliade,  III,  144. 

2.  Iliade,  VII,  10. 

0.  Iliade,  XVIII,  40. 

4.  Publiée  par  le  D"  G,  Hirschfeld  (Vasi  arcaici  Ateniesi,  o^l ratio  dagli  Aiiiiali  dclT  Isli- 
liilo  di  Corr.  ArcheoL,  1872.  lloma). 


64 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


ancienne  poterie  de  la  Grèce.  Mais  j’espère  prouver,  dans  les  pages 
qui  vont  suivre,  que  c’est  là  une  grande  erreur  et  que  ces  vases 
doivent  appartenir  à une  période  plus  récente. 

De  l’idole  (fig.  il)  il  ne  reste  que  le  cou  et  la  tête,  qui  ressemble 
beaucoup  à une  tête  de  chouette. 

Si  l’on  en  excepte  le  plomb,  le  seul  objet  de  métal  trouvé  à 
Tirynthe  est  une  belle  ligure  d’homme  en 
bronze,  d’un  travail  archaïque.  Elle  porte  le 
bonnet  phrygien  et  semble  dans  l’attitude  de 
brandir  une  lance  (fig.  12).  Néanmoins,  on 
ne  peut  douter  que  le  cuivre  ou  le  bronze, 
sinon  le  1er,  n’aient  été  d’un  usage  très- 
répandu  à Tirynthe,  puisque  je  n’y  ai  pas 
trouvé  un  seul  ustensile  de  pierre. 

De  rares  tessons  du  moyen  âge  jonchent 
la  surface  de  la  citadelle.  Ces  débris  remon- 
tent probablement  à l’époque  de  la  domina- 
tion franque;  cette  période  semble,  en  effet, 
indiquée  par  les  aires  de  terre  battue  et  de 
chaux  d’une  villa  et  de  ses  dépendances.  Ces 
tessons,  aussi  bien  que  des  vases  entiers  de 
même  fabrication,  se  trouvent  quelquefois 
jusqu’à  3 pieds  (0"',90)  de  profondeur; 
mais  immédiatement  au-dessous  viennent 
Fig.  12. - l ionne  de  bronze,  des  tessoiis  arcliaïques,  qui  d’ordinaire  se 

Tirynllie  (à  3 iiièt.).  Grandeur 

réelle.  reiicoiitrent  a quelques  pouces  au-dessous  de 

la  surface;  il  est  donc  évident  que  rempla- 
cement de  la  citadelle  de  Tirynthe  n’a  jamais  été  habité  depuis  la 
prise  de  la  ville  par  les  Argiens  (468  av.  J.-C.)  jusqu’à  l’an  1200 
environ  après  Jésns-Christ. 

^lais,  dans  les  quatre  puits  que  j’ai  fait  creuser  en  dehors  de  la 
citadelle,  je  n’ai  rien  trouvé  que  des  débris  helléniques  de  vaisselle 
domestique;  à en  juger  par  les  tessons,  j’incline  à faire  remonter 
cette  vaisselle  aux  deuxième,  troisième  et  quatrième  siècles  avant 
Jésus-Christ.  Ce  qui  me  confirme  dans  cette  conjecture,  c’est  qn’on 


POTEIUES  ET  MONNAIES  TROUVÉES  A TlRYNTllE. 


65 


a trouvé,  il  y a quelques  années,  au  pied  de  la  eitadelle,  un  véri- 
table trésor  de  petites  monnaies  tirynthiennes  en  cuivre,  qui  sont 
évidemment  de  l’époque  macédonienne.  Ces  médailles,  qui  sont 
d’un  très-beau  travail,  portent  d’un  côté  la  tête  d’Apollon  avec  un 
diadème,  et,  de  l’autre,  un  palmier,  avec  l’exergue  TIPÏN2.  Ainsi, 
il  est  hors  de  doute  que  la  plus  ancienne  cité  de  Tirynthe  était  ren- 
fermée dans  le  petit  espace  compris  entre  les  murs  de  la  citadelle, 
et  qu’une  nouvelle  cité,  portant  le  même  nom,  fut  bâtie  en  dehors 
de  la  citadelle  quelque  temps  après  que  les  Argien§  s’en  furent 
emparés,  probablement  au  commencement  du  quatrième  siècle 
avant  Jésus-Christ.  Cette  cité  nouvelle  semble  s’être  étendue  prin- 
cipalement à l’est  et  encore  plus  au  nord  de  la  citadelle  ; car  on  y 
peut  voir  un  certain  nombre  de  murs  de  maisons,  sur  la  route  de 
Mycènes.  Comme  ou  n’y  trouve  point  de  poteries  d’une  époque  pos- 
térieure, j’en  conclus  que  la  nouvelle  ville  était  déjà  abandonnée 
avant  l’époque  de  la  domination  romaine  en  Grèce.  Elle  paraît 
avoir  été  absolument  insignifiante,  car  aucun  auteur  ancien  n’en 
fait  mention. 

La  poterie  archaïque  de  Tirynthe  est  absolument  de  la  même 
fabrication  que  celle  de  Mycènes,  et  elle  est  décorée  de  peintures 
qui  représentent  la  même  ornementation.  Ce  sont  les  mêmes  tré- 
pieds, avec  des  trous  dont  le  nombre  varie  de  un  à cinq  à chaque 
pied  ; les  mêmes  grands  vases , avec  des  anses  percées  et  des  trous 
au  rebord  du  fond,  où  l’on  passait  une  ficelle  pour  les  suspendre  ; 
les  mêmes  petits  vases,  aux  formes  fantastiques,  cruches,  pots, 
plats  et  coupes.  Tous  faits  au  tour,  généralement,  sur  un  fond 
rouge  clair,  ils  présentent  l’ornementation  la  plus  variée,  peinte 
d’un  rouge  vif,  et  qui  semble  absolument  inaltérable.  Les  milliers 
de  tessons  dont  est  jonché  le  sol  de  Mycènes  n’ont  rien  perdu  de  la 
fraîcheur  de  leur  coloris,  et  pourtant  ils  ont  été  exposés  au  soleil 
et  à la  pluie  pendant  plus  de  deux  mille  trois  cents  ans. 

J’ai  déterré  à Tirynthe  une  grande  quantité  de  fragments  de  cou- 
pes en  terre  cuite.  Comme  celles  que  j’ai  trouvées  à Mycènes,  elles 
sont  d’une  argile  blanche,  sans  aucune  ornementation  peinte  G 

1.  Par  cxciiiplo,  la  coupc  représentée  ligure  83. 


MYCKNF.S. 


G(> 


FOUILLES  A TlUYA’TIlE. 


mais  011  ne  les  trouve  pas  à plus  de  8 pieds  (^2"’, 40)  au-dessous  de  la 
surface.  Entre  8 et  10  pieds  (2"\40  et  3 mètres)  de  profondeur,  je 
n’ai  plus  trouvé  que  des  coupes  verdâtres  ou  d’un  rouge  foncé. 
Elles  ont  toutes  la  forme  de  nos  grands  verres  à bordeaux. 

La  beauté  de  cette  poterie  dénote  un  degré  de  civilisation  au- 
quel ont  pu  difficilement  atteindre  les  hommes  qui  ont  construit  les 
murailles  cyclopéennes  de  la  cité.  En  conséquence,  ou  bien  toute 
cette  belle  poterie  a été  importée  du  dehors,  ou  bien  (ce  qui  semble 
plus  vraisemblable),  elle  a été  fabriquée  par  la  nation  quia  succédé 
auxconstructeurscyclopéens.  On  peut  attribuer  à ces  derniers  toute 
la  poterie  monoclirome,  fabriquée  à la  main,  que  j’ai  trouvée  à 
Tirynthe  sur  le  sol  vierge  ou  un  peu  au-dessus.  La  couleur  de  cette 
poterie  est  celle  de  l’argile  meme.  Cette  argile,  dans  la  plupart  des 
vases  de  petite  dimension,  a été  polie  à la  main,  et  la  surface  en 
est  luisante;  presque  tous  les  vases  noirs  ont  été  polis  aussi  bien 
â l’intérieur  qu’à  l’extérieur  et  sont  très-jolis.  Toutes  les  grandes 
jarres  sont  grossièrement  faites,  comme  aussi  la  plupart  des  autres 
vases  de  grande  dimension.  Beaucoup  de  ces  vases  ont,  de  chaque 
côté,  une  poignée  très-courte,  placée  horizontalement  et  percée 
d’un  large  trou,  où  l’on  passait  probablement  une  ficelle  pour  les 
suspendre.  Dans  cette  couche  de  terrain,  je  n’ai  pas  trouvé  d’idoles 
sous  forme  de  vache  ou  de  femme.  Outre  des  centaines  de  frag- 
ments de  cette  poterie  fabriquée  à la  main,  j’ai  été  assez  heureux 
pour  recueillir  deux  vases  entiers  (voy.  fig.  13  et  14)  b 

Quant  à la  chronologie  de  la  poterie  de  Tirynthe,  si  la  date 
approximative  de  1400-1200  avant  Jésus-Christ,  généralement  attri- 
buée aux  vases  attiques  les  plus  anciens,  était  exacte,  nous  pour- 
rions peut-être  assigner  une  date  analogue  â l’établissement  de 
la  seconde  nation  dans  les  murs  de  Tirynthe  ; car  on  doit  rap- 
porter à la  même  période  l’idole  â tête  d’oiseau  précédemment 

1.  Sous  chaque  dessin,  on  trouvera  un  chiffre  qui  indique,  en  mètres,  avec  une  scrupuleuse 
exactitude,  â quelle  profoiideur  l'objet  a été  découvert;  ainsi,  par  exemple,  3"’-j  signifie  3'", 50 
de  profondeur  ; le  mètre  aS  pieds  J’appelle  avec  insistance  l’attention  du  lecteur  sur  ce  point. 
Pour  conserver  aux  nombres  toute  leur  précision,  pour  épargner  au  lecteur  toute  peine  et  toute 
chance  de  sc  tromper  en  convertissant  les  mètres  en  pieds  et  en  pouces,  nous  avons  placé  en  tète 
de  ce  livre  un  tableau  comparatif  des  mesures  anglaises  et  françaises. 


DATE  DUODADIÆ  DES  POTERIES. 


67 


décrite  (p.63)  et  une  grande  quantité  de  fragments  de  très-anciens 
vases  peints  dont  les  dessins  sont  semblables.  Mais,  pour  plusieurs 


Fig,  13.  — Vase  de  terre  cuite,  Tirynlhe  (à  3 met.).  A la  moitié  environ  de  la  grandeur  réelle. 


raisons  qui  seront  déduites  plus  loin,  il  m’est  impossible  de  faire 
remonter  ces  vases  plus  haut  que  huit  cents  ou  mille  ans  avant 


Fig.  14.  — Vase  de  terre  cuite,  Tiryuthe  (à  3“,50).  Au.v  deux  tiers  environ 
de  la  grandeur  réelle. 


Jésus-Christ;  je  ne  puis  donc  admettre  que  la  seconde  nation  se 
soit  établie  à Tirynthe  h une  époque  antérieure.  Il  est  probable 
qu’on  en  sera  toujours  réduit  aux  conjectures  quant  a la  date  de  la 
couche  de  poteries  fabriquées  à la  main  que  l’on  trouve  sur  le  sol 
vierge  ou  très-peu  au-dessus.  Mais  si  nous  supposons  que  les 


68 


FOUILLES  A THIYNTHE. 


plus  anciens  échantillons  de  cette  poterie  sont  de  800  ans  ante- 
rieurs aux  plus  anciens  vases  peints  de  la  seconde  nation,  et  que, 
par  conséquentt,les  murs  cyclopéensdeTirynthe  furent  bâtis  entre 
1800  ou  1600  avant  Jésus-Christ,  je  crois  que  nous  nous  rappro- 
cherons beaucoup  de  la  vraie  date.  J’ai  vainement  essayé  de  cons- 
tater une  affinité  entre  la  poterie  tirynthienne  primitive  et  celle 
d’une  des  quatre  cités  préhistoriques  de  Troie.  Après  mure  ré- 
flexion, je  trouve  qu’il  n’y  a absolument  aucune  ressemblance, 
excepté  pour  les  coupes  dont  la  forme  se  retrouve  dans  la  plus 
ancienne  cité  préhistorique  du  mont  Hissarlik. 

Un  des  objets  les  plus  intéressants  quej’aie  découverts  àTirynthe, 
c’est  le  squelette  d’un  homme,  à une  profondeur  de  5 mètres. 
Les  os  sont  pétrifiés,  mais  j’attribue  ce  phénomène  uniquement  à la 
nature  du  sol  dans  lequel  le  squelette  s’est  trouvé  incrusté.  Quel- 
ques-uns des  os  se  sont  considérablement  gonflés  sous  l’action  de 
l’humidité:  c’est  probablement  ce  qui  est  arrivé  à la  mâchoire  infé- 
rieure, qui  est  d’une  épaisseur  énorme.  Malheureusement  je  n’ai 
pu  conserver  qu’une  partie  du  crâne. 

Je  dois  ajouter  que,  dans  la  couche  préhistorique,  j’ai  trouvé  de 
très-petits  couteaux  d’obsidienne;  mais,  comme  je  fai  déjà  dit,  pas 
une  arme  ou  un  ustensile  de  pierre.  Dans  la  couche  qui  corres- 
pond à l’existence  de  la  seconde  nation,  il  y avait  une  grande, 
quantité  de  petites  fusaïoles  en  pierre  bleue  ou  verte ‘ et  deux 
seulement,  d’un  travail  très-grossier,  en  argile  cuite. 


riG.  15.  — Fusaïolc  en  pierre,  trouvée  à Mycènes  (à  5 met.).  Grandeur  réelle. 

En  admettant  que  la  profondeur  moyenne  du  sol  vierge,  dans  la 
haute  et  dans  la  basse  citadelle,  comme  je  l’ai  constaté  en  perçant 


1.  Elles  sont  absolument  semblables  aux  fusaïoles  trouvées  à Mycènes. 


NOTE  son  HÈÜA  r.OOPIS. 


09 


les  seize  puits,  soit  de  pieds  (3*", 50),  je  trouve,  par  les  calculs 
les  plus  exacts,  qu’il  faudra  déblayer  à Tirynthe  bien  près  de 
30  000  mètres  cubes  dé  débris.  Il  en  faut  déduire  cependant  la  ca- 
pacité cubique  des  murs  de  maisons  de  construction  cyclopéenne, 
des  curieuses  conduites  d’eaux  et  d’une  couple  de  citernes.  (Je  n’ai 
pu  encore  en  découvrir  qu’une  seule  du  côté  sud.)  J’espère  bien 
accomplir  quelque  jour  ce  travail  ; mais  il  me  faut  d’abord  mener  à 
bonne  fin  les  fouilles  plus  importantes  de  l’acropole  de  Mycènes  et 
du  trésor  qui  est  près  de  la  porte  des  Lions.  J’ai  l’intention  de  les 
commencer  tout  de  suite.  Je  sais  qu’après  avoir  exploré  Troie,  je  ne 
saurais  rendre  de  plus  grand  service  à la  science  que  de  pratiquer 
des  fouilles  à Mycènes.  En  effet,  si,  comme  cela  est  probable,  les 
murs  cyclopéens  de  son  acropole  remontent  à une  antiquité  aussi 
reculée  que  les  murs  de  Tirynthe,  l’architecture  de  ses  trésors  est 
certainement  plus  moderne  ; et  l’on  ne  peut  douter  que  ce  ne  fut 
l’architecture  généralement  en  usage  du  temps  d’Homère,  qui  la 
caractérise  par  l’expression  Oakaiioi  '^bgtoïg  ItSoio  (chambres  de 
pierre  taillée  et  polie). 

Mes  honorables  amis,  les  professeurs  Kastorkhès,  Phendiklès  et 
Pappadakès  retournent  aujourd’hui  à Athènes. 


NOTE  A.  — ((  HÉRA  BOOPÎS  )> , 

J’extrais  ce  qui  suit  de  mon  discours  sur  Troie,  prononcé  le 
24  juin  1875  devant  la  Société  des  Antiquaires  de  Londres  : 

((Un  grand  savant  ‘ a dit  que,  quel  que  soit  le  sens  que  l’on  at- 
tache à l’épithète  homérique  , elle  ne  peut  pas  signifier  : 

((  à tête  de  chouette  »;  si  l’on  admettait  ce  sens,  il  faudrait  ad- 
mettre aussi  que  était  représentée  sous  la  forme  d’un 

monstre  à tète  de  vache.  J’ai  trouvé  dans  mes  fouilles  à Troie  trois 
magnifiques  têtes  de  vache,  à longues  cornes,  en  terre  cuite-;  je 
crois  qu’elles  proviennent  d’idoles  de  Hèra  ; seulement  je  n’en  ai 


l.  Le  professeur  Max  Millier,  dans  le  journal  The  Academij  du  10  janvier  187-i. 
^2.  Voyez  Troie  et  sen  ruines,  p. 


70 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


pas  la  preuve.  Mais  il  n’est  pas  difficile  de  prouver  que  cette  déesse 
avait,  dans  l’origine,  une  figure  de  vache;  c’est  ce  fait  qui  a donné 
naissance  à l’épithète  Lorsque,  dans  la  bataille  entre  les 

dieux  et  les  géants,  les  dieux  se  métamorphosèrent  en  animaux, 
Hèrapritla  forme  d’une  vache  blanche,  nivea  Satiirnia  vaccci  ^.  Nous 
voyons  une  tête  de  vache  sur  les  monnaies  de  file  de  Samos  ; or 
Samos  possédait  le  plus  ancien  temple  de  Hèra  et  était  célèbre  pour 
le  culte  qu’elle  rendait  à cette  déesse^.  Nous  trouvons  encore  la  tête 
de  vache  sur  les  monnaies  de  Messène,  colonie  de  Samos,  en  Sicilef 
Les  rapports  entre  Hèra  et  la  vache  sont  encore  démontrés  par 
le  mot  Eù'êota,  qui  était  tout  à la  fois  une  des  épithètes  de  Hèra'f 
le  nom  d’une  de  ses  nourrices^,  celui  de  l’île  où  elle  fut  élevée  et 
le  nom  de  la  montagne  au  pied  de  laquelle  était  situé  son  temple  le 
plus  célèbre,  le  Hèræon’.  Or  entre  dans  la  composition  du 
mot  Eù'êota.  Hèra  portait  à Corinthe  l’épithète  de  où  l’on 

retrouve  également  le  mot  ^ovg.  On  sacrifiait  des  vaches  blanches 
à Hèra  La  prêtresse  montait  dans  un  char  traîné  par  des  tau- 
reaux blancs  pour  se  rendre  au  temple  de  Hèra  l’Argienne^^.  lo, 
fille  d’Inakhos,  premier  roi  d’Argos,  fut  changée  en  vache  par 
Hèra^L  lo  était  prêtresse  de  Hèra^^,  et  elle  est  représentée  comme  la 
déesse-vache  Hèra  Eschyle  confirme  ce  fait  qu’Io  avait  la  forme 
d’une  vache La  déesse  égyptienne  Isis  était  née  à Argos,  et  on 
la  confondait  avec  lo,  représentée  sous  la  forme  d’une  vache 


1.  Ovid,,  Mélam.,  V,  330. 

2.  Mionnct,  üescript.  des  méd.  ant.,  pl.  LXl,  G. 

3.  Millingen,  Ane.  monnaies  des  cités  grecques,  lab.  II,  12 
i.  Paiisanias,  II,  xxii,  1,  2. 

5.  Plut.,  Quæst.  conviu.,  III,  9,  2;  Etijm.  mag.,  388,  56. 

G.  Plut.,  Fr.  Dædal,  3. 

7.  Paus.,  II,  xvn,  1. 

8.  Pans.,  II.  IV,  7. 

9.  Paus.,  IX,  III,  4;  Ilcsych,  s.  v.  xyav  ^(aXxeîoç. 

10.  Hérod.,  I,  31. 

11.  Lucien,  Oeiov  Mil.,  3 ; Diod.  de  Sic.,  I,  21,  25;  Hérod.,  II,  41. 

12.  Esch.,  Suppl,  299  ; Apollod.,  II,  i,  3 : 

KXrjOoO'/ov  "llpaç  çaat  ûa)[ji,àTa)v  tcots 
’lfb  ysvicrôat  xrio’  sv  ’Apysi'a  '/Oovu... 

13.  Creuzer,  Symbolique,  II,  576. 

14.  Prorn.,  573  et  suivants,  et  llygin.,  Fab.,  145. 

15.  Diud.de  Sic.,  I,  2i,  25;  Apollod.,  II,  i,  3;  llygin.,  115 


.NOTE  SUPx  HÈRA  DOOPJS. 


7i 


En  Égypte,  on  représentait  Isis  comme  une  femme  à cornes  de 
vache,  de  même  qu’Io  en  Grèce*. 

))  lo,  sous  la  forme  d’une  vache,  était  gardée  dans  le  bosquet  sacré 
de  Hèra,  à Mycènes,  par  Argus  aux  cent  yeux,  qui  fut  tué  par  Her- 
mès sur  l’ordre  de  Zeus  ; ensuite  Hèra  fit  tourmenter  lo  par  un 
taon,  qui  la  força  d’errer  de  place  en  place  ^ Ainsi  Prométhée  dit  : 
((  Gomment  n’entendrais-je  pas  la  fille  d’Inakhos  pourchassée  par 
le  taon  ? » Mais  les  courses  errantes  d’Io  ne  sont  pas  autre  chose 
que  le  symbole  du  cours  de  la  lune  qui  se  meut  dans  son  orbite  sans 
jamais  se  reposer.  Cette  interprétation  est  confirmée  par  le  nom 
même  d’Io  (’lw),  qui  est  dérivé  de  la  racine  i je  vais) . 

Même  dans  l’antiquité  classique,  lo  est  fréquemment  représentée 
comme  une  vache,  par  exemple  à iVmyclæ''^.  On  continua  à donner 
à la  lune  le  nom  d’Io  dans  les  mystères  religieux  à Argosh  Apis,  roi 
du  royaume  Argien,  était  fils  de  Phorôneus,  par  conséquent  petit- 
fils  d’Inakhos  et  neveu  d’Io.  Du  nomd’Apis,le  Péloponnèse  et  aussi 
Argos  furent  appelés  Apia  ; après  sa  mort.  Apis  fut  adoré  sous  le 
nom  de  Sérapis^.  Suivant  une  autre  tradition.  Apis  céda  à son  frère 
sa  souveraineté  en  Grèce  et  devint  roi  d’Égypte^;  là,  il  fut  adoré 
sous  le  nom  de  Sérapis  et  sous  la  forme  d’un  bœuf.  Eschyle  fait 
cesser  en  Égypte  les  courses  errantes  d’Io  ; c’est  là  que  Jupiter  lui 
rend  sa  forme  première:  elle  met  au  monde  Épaphos  ; Épaphos  est 
un  second  nom  du  dieu-bœuf  Apis.  Les  cornes  de  vache  d’Io,  la 
déesse-lune  pélasgique,  qui  devint  plus  tard  l’Argienne  Hèra  et  ne 
forme  qu’un  avec  elle,  ainsi  que  les  cornes  de  vache  d’Isis,  provien- 
nent des  cornes  symboliques  du  croissant  qui  représente  la  lune 
Sans  aucun  doute,  lo,  devenue  plus  tard  Hèra,  avait  primitivement, 

1.  Hérod.,  II,  41. 

'î.  Apollocl.,  II,  I,  3 ; FjScliyle,  Prom.,  585  : moc  o’ou  x)^u(o  xr];;  oiTxpoSivriXO’j  xoprjç  xr,: 
’lvocyji'aç. 

3.  Pausan.,  III,  xviii,  13. 

4.  Euslathe,  dans  Denys  Périég.,  92,  94:  ’Iw  yàp  r,  asXiqvY)  xaxà  x^  ’Apyiiwv  StâXsxxov  ; 
à propos  de  ce  passage  Heyne,  sur  Apollod.,  p.  100,  dit  : « Je  soupçonne  que  ce  nom  et  que 
cette  tête  de  femme  à cornes  de  vache  a dû  être  un  symbole  très-ancien  de  la  lune,  chez  les 
Argiens.  » Voyez  aussi  Jablensky,  Pantli.,  II,  p.  4,  IT. 

5.  Apollod.,  II,  I,  1 ; Schol.  Lykophr.,  177  ; Schol.  Apoll.  Rhod.,  IV,  2G3  ; Étienne  de  Byzance. 

0.  Eusèbe,  Cliron.,  Pars  I,  pp.96, 127,  130,  éd.  Aucher  ; Saint  Augustin, de  Civit.  Dei,WUl,  5. 

7.  Diod.  de  Sicile,!,  II;  Plut.,  r/e  ïs.  et  Os.,  52,  comparez,  c.  39  ; Macrob.,  Sat..  T,  xix  : Élien. 

Ilist.  des  anim.,  X,  27. 


72 


FOUILLES  A TIRYNTHE. 


lion  pas  seulement  les  cornes,  mais  encore  la  figure  d’une  vache. 
Hèra,  sous  son  nom  d’Io  ou  déesse-lune,  avait  un  temple  célèbre  à 
Byzance,  et  l’on  disait  que  cette  cité  avait  été  fondée  par  sa  fille 
Kéroessa,  autrement  dit  ce  celle  qui  porte  des  cornes  ))h  Le  crois- 
sant, symbole  de  Byzance  dans  l’antiquité  et  pendant  tout  le  moyen 
Age  et  qui  est  maintenant  le  symbole  de  l’empire  turc,  est  un  héri- 
tage direct  du  personnage  mythique  qui  fonda  Byzance,  Kéroessa, 
fille  de  la  déesse-lune  lo  (Hèra)  ; car  il  est  certain  que  les  Turcs 
n’ont  pas  apporté  le  croissant  d’Asie,  mais  qu’ils  l’ont  trouvé  déjà 
existant  comme  emblème  de  Byzance.  Hèra,  lo  et  Isis  doivent, 
dans  tous  les  cas,  être  identifiées  aussi  avec  Dèmèter-Mycalessia. 
Cette  épithète,  qui  signifie  « beuglante  )),  provient  de  ce  qu’elle 
était  représentée  sous  la  forme  d’une  vache  ; son  temple  était  à My- 
calessos,  en  Béotie.  Elle  avait  pour  gardien  de  sa  porte  Hercule, 
dont  la  fonction  était  de  fermer  son  temple  le  soir  et  de  le  rouvrir 
le  matin-.  Sa  fonction  est  donc  la  meme  que  celle  d’Argus,  qui  le 
matin  détachait  la  vache  lo,  et  le  soir  la  rattachait  à l’olivier^  qui 
était  dans  le  bosquet  sacré  de  Mycènes,  tout  près  du 
L’Argienne  Hèra  avait,  comme  symbole  de  fertilité,  une  grenade  ; 
cette  grenade,  avec  les  fleurs  dont  sa  couronne  était  ornée,  lui  don- 
nait le  caractère  d’une  déesse  protectrice  de  la  terre 

» De  meme  qu’en  Béotie,  l’épithète  Mycalessia  ((  la  beuglante  », 
dérivée  de  ixvxôcGOai,  était  appliquée  à Dèmèter,  parce  qu’elle  était 
représentée  sous  la  forme  d’une  vache  ; de  même,  dans  la  plaine 
d’Argos,  le  nom  de  Mux-^vaj,  dérivé  du  même  verbe,  était  donné  à 
la  cité  la  plus  célèbre  pour  son  culte  de  Hèra;  et  cela  ne  peut 
s’expliquer  que  parce  qu’on  lui  attribuait  la  forme  d’une  vache.  Je 
puis  ajouter  ce  fait,  c’est  que  Mvy.oc'kri  était  le  nom  de  la  montagne 
et  du  promontoire  qui  faisaient  directement  face  à file  de  Samos, 
et  qui  en  étaient  très-rapprochés.  Or  l’île  de  Samos  était  célèbre 
pour  son  culte  de  Hèra. 

1.  O.  Millier,  Dorier,\,  121  ; Ét.  de  Byz.,  s.v.  B'jî^dvriov. 

2.  Pausan.,  IX,  xix,  4. 

3.  Ovide,  Métam.,  I,  C30. 

4.  Apollod.,  II,  I,  3. 

5.  Panofka,  Argos  Panoptes,  tab.  II,  4;  Cadalvène,  Recueil  de  Méd.  gr.,\A.  IIl,  i ; Millier, 
DenkmiiJer,  XXX.  132;  duc  de  Luynes,  Étudea  7iumismat.,\).  22-25. 


NOTE  SUE  IIÈUA  15001‘IS. 


73 


» En  tenant  compte  de  ce  long  enchahiement  de  preuves,  on  ne 
pourra  pas  douter  un  instant  que  l’épithète  homérique 
appliquée  à Hèra,  ne  prouve  que  la  déesse  a été  représentée  à une 
certaine  époque  avec  une  figure  de  vache;  de  meme  que  l’épithète 
homérique  7 Xaoy/Timg,  appliquée  à Athènè,  montre  que  cette  déesse 
fut  à une  certaine  époque  représentée  avec  une  figure  de  chouette. 
Mais,  dans  l’histoire  de  ces  épithètes,  il  y eut  évidemment  trois 
périodes  différentes  où  elles  ont  eu  des  sens  également  différents. 

Dans  la  première  période  se  placent  la  conception  idéale  et  la 
désignation  de  la  déesse  par  un  nom,  et,  dans  cette  désignation, 
comme  me  l’a  fait  justement  observer  mon  honorable  ami  le  pro- 
fesseur Max  Millier,  les  épithètes  étaient  figuratives  ou  idéales, 
c’est-à-dire  naturelles.  Hèra  (lo),  comme  divinité  de  la  lune,  rece- 
vait l’épithète  de  poôonîg,  à cause  des  cornes  symboliques  du  crois- 
sant de  la  lune  et  des  taches  sombres  de  cet  astre  qui  le  font 
ressembler  à une  figure  avec  de  grands  yeux  ; de  même,  il  est  hors 
de  doute  que  c’est  comme  déesse  de  l’aube  qu’ Athènè  a reçu 
l’épithète  de  qui  indique  la  lumière  du  jour  naissant. 

» Dans  la  seconde  période  de  l’histoire  de  ces  épithètes,  les  divi- 
nités étaient  représentées  par  des  idoles  dans  lesquelles  la  pre- 
mière intention  figurative  avait  été  oubliée,  et  les  épithètes  étaient 
traduites  par  des  formes  matérielles,  la  figure  d’une  vache  pour 
représenter  Hèra  et  celle  d’une  chouette  pour  représenter  Athènè. 
J’affirme  sans  la  moindre  hésitation  qu’il  n’est  pas  possible  de 
décrire  de  semblables  personnages  féminins  à figures  de  vache 
ou  de  chouette  en  se  servant  d’une  autre  épithète  que  [^o'^rug  et 
ylc/jjyy^nig.  Le  mot  npÔ7c^nov^  dans  le  sens  de  figure,  si  souvent 
employé  dans  Homère,  et  probablement  antérienr  an  poète  de 
plusieurs  milliers  d’années,  ne  se  retrouve  jamais  dans  aucun  com- 
posé, tandis  que  les  mots  terminés  par  le  suffixe  sionç  marquent 
l’expression  ou  la  ressemblance  en  général  ; de  sorte  (pie  si  nous 
avions  trouvé  l’épithète  de  appliquée  à Hèra  et  celle  de 

ylc/.vyoEi^og  à Athènè,  nous  n’aurions  pu  comprendre  autre  chose, 
sinon  que  la  première  avait  la  forme  et  la  figui'e  d’une  vache,  et  la 
seeonde  eelles  d’une  chouette. 


74 


FOUILLES  A TJIIYNTHE. 


))  A cette  deuxième  période  se  rattachent  toutes  les  ruines 
préhistoriques  d’Hissarlik,  de  Tirynthe  et  de  Mycènes. 

))  Troisième  période  de  l’histoire  des  deux  épithètes  : Hèra  et 
Athènè  ne  sont  plus  représentées  avec  des  figures  de  vache  ou  de 
chouette , on  leur  a donné  des  figures  de  femme  ; la  vache  et  la 
chouette  sont  devenues  des  attributs  de  ces  déesses,  et  comme 
telles,  placées  à leurs  côtés  ; et  ^/'kocvy.ùmg  continuent  à être 

employés  comme  des  épithètes  consacrées  par  l’usage  des  siècles, 
et  probablement  avec  le  sens  : « déesse  aux  grands  yeux  » et 
((  déesse  aux  yeux  de  chouette  ».  A cette  troisième  période  appar- 
tiennent les  rhapsodies  homériques.  » 


Fig.  16.  — Ruines  du  pont  cyclopden,  à Myccnes  . 


CHAPITRE  II 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÉNES. 

PORTE  DES  LIONS  ET  TRÉSOR  d’aTRÉE, 


La  route  d’Argos  à Mycènes.  — La  plaine  d’Argos  ; rivières  et  collines,  chevaux  et  végétation. 

— Mythe  relatif  à l’aridité  de  son  sol.  — Marais  dons  le  sud  et  fable  de  l’hydre  de  Lcrne. — Le 
développement  social  y commence  de  bonne  heure.  — Légende  de  Phoroneus.  — L’Argos 
pélasgique.  — Les  États  achéens  d’Argos  et  de  Mycènes.  — Situation  de  Mycènes.  — La 
citadelle  et  ses  murs  cyclopéens.  — Définition  de  ce  terme.  — « Porte  des  Lions  ».  - La 
poterne.  — Citernes.  — Confusion  poétique  entre  Argos  et  Mycènes. 

La  hanse  ville:  murs  de  maisons,  pont,  trésors  et  poterie.  — Mur  qui  ne  l’entoure  qu’en  partie. 

— Le  faubourg  non  fortifié  et  ses  grands  édifices.  — Son  étendue.  — Les  deux  seuls  puits  de 


1.  A l’arrière-plan  se  trouve  le  second  pic  du  mont  Eubœa,  2000  pieds  (000  mètres  de  haut), 
qui  s’élève  immédiatement  au  sud  de  l’acropole  de  Mycènes. 


TOPOGRAPHIE  HE  MYCÈNES. 


7() 

Mycènes.  — Trois  trésors  dans  le  faubourg.  — Trésors  dans  la  basse  ville.  — Description  du 
« trésor  d’Atrée  ».  — Argumentation  de  Dodwell  pour  prouver  que  cet  édifice  doit  être 
regardé  comme  un  trésor.  — Ces  édifices  sont  d’une  construction  dont  on  ne  retrouve  pas 
d’exemple.  — Fouilles  exécutées  dans  le  trésor  par  Véli-Pacha. 

Mycènes,  19  août  1876. 

Je  suis  arrivé  ici  le  7 courant  par  la  même  route  que  décrit  Pau- 
sauias‘.  La  ville  est  seulement  à 50  stades  d’Argos,  ou  5 milles 
mesure  anglaise.  Pausanias  vit,  du  côté  d’Argos  qui  regardait  vers 
Mycènes,  le  temple  de  Lucine  {^lldOviv)  et,  tout  près,  un  autel  du 
Soleil,  qui  semble  avoir  été  sur  la  rive  de  l’Inakhos.  Après  avoir 
passé  cette  rivière,  il  vit,  à sa  droite,  le  temple  de  la  Dèmèter 
Mysienne,  et  plus  loin,  à sa  gauche,  le  mausolée  de  Thyeste,  frère 
d’Atrée  et  oncle  d’Agamemnon.  Ce  monument  était  surmonté  d’un 
bélier  de  pierre,  en  commémoration  de  l’adultère  de  Thyeste  avec 
la  femme  de  son  frère.  Plus  loin  encore,  il  vit,  à sa  droite,  le  temple 
de  Persée,  fondateur  de  Mycènes.  Mais  de  tous  ces  monu- 
ments, il  ne  reste  pas  un  vestige. 

La  première  rivière  que  je  traversai,  en  venant  d’Argos,  fut  l’an- 
cienXo'pd^pog,  aujourd’hui  Rema^  un  des  affluents  de  l’Inakhos,  sur 
les  bords  duquel,  comme  nous  l’apprend  Thucydide  ",  les  Argiens 
avaient  l’habitude  de  tenir  une  cour  martiale,  quand  leurs  troupes 
revenaient  du  dehors,  avant  de  leur  permettre  d’entrer  dans  la  cité. 
Bientôt  après,  je  passai  le  fameux  Inakhos  (aujourd’hui 
dont  le  lit  est  très-large  et  qui  traverse  la  plaine  d’Argos  dans  toute 
sa  longueur.  Les  lits  de  ces  deux  rivières  sont  à sec,  excepté  quand 
il  tombe  de  grosses  pluies  dans  les  montagnes  ; il  en  était  probable- 
ment de  même  du  temps  de  Pausianas  qui  dit  avoir  trouvé  les 
sources  de  rinaklios  sur  le  mont  Artémision,  en  ajoutant  que 
l’eau  était  en  quantité  insignifiante  et  que  le  cours  en  était  tari  à 
peu  de  distance  de  la  source.  Ce  fait  prouve  clairement  que  déjà,  à 
cette  époque,  les  montagnes  de  l’Arcadie  étaient  aussi  complète- 
ment dépouillées  d’arbres  qu’elles  le  sont  aujourd’hui. 

1 II,  xviii.  Voyez  la  carte-croquis,  p.  4-9. 

2.  V,  60. 

3,  II,  XXV,  3. 


ROUTE  Ü’AUGOS  A MYUENES. 


77 

11  est  hors  de  doute  que,  dans  les  temps  préhistoriques,  Tliiakhos 
a été  une  rivière  de  quelque  iuiportauee,  si  l’on  considère  le 
rôle  qu’il  joue  dans  les  légendes  mythiques  de  l’Argolidc  ; car- 
ies légendes  fout  de  lui  l’époux  de  Mélia,  le  père  de  Phorôneus, 
premier  roi  d’Argos,  et  delà  déesse-lune  lo  (plus  tard  Hèra). 
Mais,  pour  admettre  cette  importance,  il  faut  supposer  que  les 
moiitaa'ues  de  l’Arcadie  étaient  alors  couvertes  de  forets.  Que 
riiiakhos  ait  été  autrefois  et  pendant  des  siècles  une  rivière  con- 
sidérable, c’est  ce  qui  est  encore  prouvé  par  ce  fait  que  toute  la 
plaine  d’Argos  a été  formée  par  les  alluvions  de  ses  rivières,  et 
principalemeut  par  celles  de  l’Inakhos. 

Plus  loin,  sur  la  route  d’Argos  à Mycèues,  je  traversai  le  lit  d’une 
autre  rivière  plus  petite,  qui  semble  être  le  Géplnse,  men  tionné  par 
Pausanias  h Puisque  je  parle  des  rivières  de  la  plaine  d’Argos,  je 
dois  mentionner  encore  deux  cours  d’eau,  l’Eleuthérion  et  l’Asté- 
rion,  entre  lesquels  était  situé  le  célèbre  IIèræon,sur  les  dernières 
pentes  du  mont  Eubœa.  Tous  les  deux  sont  maintenant  à sec  et 
n’ont  d’eau  que  quand  les  pluies  sont  abondantes  et  prolongées  ; 
mais  il  semblerait  que  tous  les  deux,  dans  l’antiquité  classique, 
avaient  encore  de  l’eau  en  abondance  tout  le  long  de  l’année,  car 
c’est  dans  rÉleutbérion  que  l’on  puisait  l’eau  sacrée,  employée  dans 
le  temple, pour  les  cérémonies  religieuses;  quant  à l’eau  de  l’Asté- 
rion,  elle  nourrissait  Vastérion  (espèce  (ï aster) ^ plante  consacrée  a 
Hèra.  iVvec  les  feuilles  de  cette  plante,  on  tressait  des  couronnes  et 
des  festons  pour  la  déesse.  Le  nom  meme  du  mont  Eubœa  semble 
indiquer  qu’il  abondait  autrefois  en  pâturages,  tandis  que  de  nos 
jours  il  est  absolument  dépouillé  de  toute  végétation,  comme  les 
lits  et  les  bords  des  deux  rivières. 

La  plaine  d’Argos  est  fermée  à l’ouest  et  au  nord  par  les  hauteurs 
de  l’Artémision  ; à l’est,  par  celles  de  rAraclmæon.  Partant  de 
l’Artémision,  plusieurs  chaînes  de  collines  parallèles  s’avancent  à 
une  certaine  distance  dans  la  plaine  ; la  plus  septentrionale  est  le 
mont  Lycônè,  qui  se  termine  par  le  mont  Larissa  (900  pieds, 

1.  Ko^ktoç,  II,  XV,  5 ; la  carte-croquis  de  la  page  19  ne  reproduit  pas  les  petits  cours 
d’eau. 


1 


78  TOPOGRAPHIE  HE  AlYGÈNES. 

270  mètres  d’élévation),  surmonté  de  l’acropole  d’Argos;  la  ville 
elle-même  est  située  au  pied  de  la  montagne',  en  plaine.  La  seconde 
chaîne  est  le  Khaon,  du  pied  de  laquelle  sort  FErasinos,  cours 
d’eau  abondant  qui  se  jette  dans  le  golfe  Argolique,  après  avoir  mis 
en  mouvement  un  grand  nombre  de  moulins.  Dans  toute  l’anti- 
quité, on  a fait  une  seule  et  même  rivière  de  FErasinos  et  du  Stym- 
phale,  qui  disparaît  par  deux  canaux  souterrains  sous  le  mont  Apé- 
laiiros,  en  Arcadie.  La  troisième  chaîne  parallèle  est  le  Pontinos. 
A l’est,  des  collines  beaucoup  moins  importantes  et  plus  détachées 
viennent,  par  des  pentes  douces,  se  confondre  avec  la  plaine.  Au 
nord,  les  montagnes  sont  très-rudes  et  très-abruptes.  Au  nord  et 
au  siid~est  de  Facropole  de  Mycènes  sont  les  deux  pics  les  plus  éle- 
vés du  mont  Eubœa  ‘ : celui  du  nord,  couronné  par  une  chapelle 
ouverte  du  prophète  Élie,  a 2500  pieds  de  haut  (750  mètres). 

Dans  toute  l’antiquité,  la  plaine  d’Argos  fut  renommée  pour  les 
chevaux  qu’on  y élevait,  et  Homère  sept  fois  dans  V Iliade,  fait 
Féloge  de  ses  magnifiques  pâturages  en  lui  appliquant  l’épithète 
innô^GTOç. 

La  terre  y est  aujourd’hui  si  sèche,  qu’on  ne  récolte  du  vin  etdu 
coton  que  dans  les  parties  basses  et  fertiles  de  la  plaine  ; les  terrains 
plus  élevés  ne  produisent  qu’un  peu  de  blé  et  de  tabac.  Sans  remon- 
ter plus  haut  que  la  guerre  de  Fliidépeiidaiice  de  la  Grèce  (1821), 
le  pays  devait  être  plus  humide.  En  effet,  à cette  époque,  la  plaine 
tout  entière  et  même  une  grande  partie  des  hauteurs  étaient  cou- 
vertes d’abondantes  plantations  de  mûriers,  d’orangers  et  d’oli- 
viers, qui  ont  aujourd’hui  complètement  disparu. 

L’épithète  « très-altérée  »,  qu’Homère  applique  à la 

plaine  d’Argos,  concorde  parfaitement  avec  son  état  présent  et 
aussi  avec  le  mythe  raconté  par  Pausanias^  : « Poséidon  et  Hèrase 
disputaient  la  possession  de  cette  terre  (la  plaine  d’Argos)  ; Phorô- 

1.  Paiisanias  confirme  la  justesse  de  ce  nom  (II,  xxîi,  2). 

2.  7/.,  II,  287;  III,  75  et  258;  VI,  152;  IX,  246;  XV,  30,  et  XIX,  329.  Cf.  Horace,  Carm. 
I,  VII,  8,  9 : 


3,  11,  XV. 


((  Pluriimis,  in  Jimonis  honorcm 
Aptnm  dicet  equis  Argos,  ditesque  Mycenas.  » 


I.A  PI. AINE  Ü’APvGOS. 


79 


nous,  lils  du  neuve  luakhos,  Géphisc,  Astériou  etluakhos  liii-uieuie, 
étaient  chargés  de  décider  entre  eux;  ils  adjugèrent  la  plaine  à 
Hèra  ; là-dessus  Poséidon  fit  disparaître  toutes  les  eaux.  Depuis 
lors,  riuakhos  et  les  autres  rivières  dont  nous  venons  de  parler 
ii’outplus  d’eau  que  quand  Jupiter  envoie  de  la  pluie  (Zcig  vu)  ; eu 
été,  toutes  les  rivières  sont  à sec,  excepté  (les  sources  de)  Lerne.  » 
Cependant,  l’épithète  est  en  contradiction  avec  le  passage 

précédemment  cité  d’Aristote^qui  affirme  qu’au  temps  de  la  guerre 
de  Troie  la  terre  d’Argos  était  marécageuse,  tandis  que  celle  de 
My  cènes  était  bonne. 

La  partie  la  plus  méridionale  de  la  plaine  d’Argos  a toujours  eu 
de  l’eau  en  grande  abondance,  mais  l’agriculture  en  tire  peu  ou 
point  de  profit.  La  côte  est  bordée  de  vastes  marécages  presque 
impraticables,  et  la  rivière  Erasinos,  qui  descend  du  mont  Khaon, 
se  jette  presque  tout  de  suite  dans  le  golfe  de  Nauplie.  En  outre,  les 
sources  qui  sortent  du  pied  du  mont  Pontinos  forment  les  fameux 
marais  de  Lerne,  où,  selon  la  fable,  Hercule  tua  l’hydre.  Proba- 
blement ce  mythe  est  un  souvenir  symbolique  de  quelque  tentative 
faite  anciennement  pour  dessécher  les  marais  et  les  transformer  en 
terres  labourables. 

Grâce  à son  exubérante  fertilité  et  à sa  situation  exceptionnelle 
sur  ce  golfe  magnifique,  cette  plaine  a été  le  centre  naturel  et  le 
point  de  départ  de  tout  le  développement  politique  et  social  de  la 
contrée,  et  mérite  pour  cette  raison  d’être  appelée  cc  l’antique  Ar- 
gos  » L C’est  là  que  Phorôneus,  fils  du  fleuve  Inakhos  et  de  la 
nymphe  Mélia,  avec  son  épouse  Niobè,  réunit,  dit-on,  dans  nue 
seule  communauté  les  habitants  jusque-là  dispersés  et  fonda  nue 
ville  qu’il  appela  aoro  4>opwvr/ov^;  Argos , son  petit-fils,  donna 
son  nom  à cette  ville,  qui  devint  le  centre  d’un  puissant  Etat 
pélasgiqueL  On  trouve  des  preuves  irréfutables  de  cetétablissenient 
pélasgique  dans  les  deux  noms  d’Argos  et  de  Larissa,  qui  sont  pé- 
lasgiques,  et  signifient  le  premier  ((plaine  » et  le  second  ((  forte- 

1.  MéléorùL,  i,  14. 

2.  Sophocle,  Electre,  4. 

0.  raus.,  II,  XV,  5 ; cf.  Platon,  Timèe. 

1.  Cf.  Eschyle,  Suppl,  “250. 


81) 


TOl’OGllAPlllE  UE  MYCÈNES. 


resse  » ; en  outre,  dans  le  mythe  de  rancienne  lune  et  déesse-vache 
pélasgiqne  lo,  qui,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  était  née  du 
fleuve  Inakhos,  dans  cette  plaine  même.  Cet  État  pélasgiqne  passe 
ensuite  sous  la  domination  des  Pélopides,  sous  lesquels  le  pays  se 
partage  en  deux  États,  et  c’est  ainsi  que  nous  le  trouvons  encore 
dans  V Iliade;  la  partie  nord,  avec  Mycènes  pour  capitale,  est  sous 
la  sceptre  d’Agamemnon;  la  partie  sud,  dont  la  capitale  est  x\rgos, 
est  sous  la  domination  de  Diomède,  qui  n’était  d’ailleurs  qu’un 
vassal  du  premier.  Quoi  qu’il  en  soit,  à l’époque  de  l’invasion  des 
Doriens  dans  le  Péloponnèse,  Argos  était  le  plus  puissant  État  de 
la  péninsule  ; aussi  la  tradition  rapporte-t-elle  que  ce  fut  le  lot  de 
l’héraclide  Téménos,  fds  aîné  d’Aristomakhos. 

Homère  donne  une  description  exacte  de  la  situation  de  My- 
cènes \ (c  dans  renfoncement  d’Argos  où  l’on  élève  des  chevaux  »; 
en  effet,  elle  est  dans  l’angle  nord  de  la  plaine  d’Argos,  dans  un 
enfoncement  entre  les  deux  pics  majestueux  du  mont  Eubœa,  d’où 
elle  commandait  la  partie  supérieure  de  la  grande  plaine  et  ce  pas- 
sage resserré  qui  avait  tant  d’importance  parce  qu’il  était  traversé 
par  les  routes  de  Phlioute,  de  Kléônès  et  de  Corinthe.  L’acropole 
occupait  une  forte  position  sur  un  rocher  élevé,  qui  se  détache  du 
pied  de  la  montagne,  derrière  elle.  Ce  rocher  a la  forme  d’un 
triangle  irrégulier  qui  descend  en  pente  vers  l’ouestL  La  partie 
escarpée  domine  une  gorge  profonde,  qui  défend  tout  le  flanc  sud 
de  la  citadelle.  A travers  cet  abîme  serpente  le  lit  d’un  torrent, 
généralement  presque  à sec,  car  il  n’est  alimenté  que  par  l’eau  de 
rabondante  foidaine  Perseia,  qui  esta  environ  un  demi-mille  au 
sud  de  la  forteresse.  Cette  gorge  s’étend  d’abord  de  l’est  à l’ouest, 
et  prend  ensuite  la  direction  du  sud-ouest.  Du  côté  nord  aussi  le 
rocher  tombe  presque  à pic  dans  un  vallon  qui  s’étend  en  droite 
ligne  de  l’est  à l’ouest.  C’est  entre  ces  deux  gorges  que  s’étendait 
la  basse  ville.  Le  rocher  de  la  citadelle  est  aussi  plus  ou  moins 
escarpé  du  côté  de  l’est  et  de  l’ouest,  où  il  forme  cinq  ou  six  ter- 
rasses naturelles  ou  artificielles. 


I.  0(/.,  III,  263  : ’'Apy£OÇ  IJITloêoTOtO. 

2 Voyez  la  grande  planche  II,  et  les  plans  B,  C,  D de  l’acropole. 


. >5 


IM.  Il 


■UKUPOtt  UL  iCJlt  Ot£ST). 


SITUATION  DE  MYCÊNES. 


81 


L’acropole  est  entourée  de  murs  cyclopéens,  dont  la  hauteur 
varie  de  i3  h 35  pieds  (3“h90  à i0'”,50),  et  qui  ont  en  moyenne 
16  pieds  (4"h80)  d’épaisseur.  Ils  existent  encore  dans  tout  le  pour- 
tour, mais  il  est  évident  qu’ils  ont  perdu  beaucoup  de  leur  éléva- 
tion. Ils  sont  formés  d’une  belle  brèche  dure,  qui  abonde  dans  les 
montagnes  voisines.  Ils  suivent  les  sinuosités  du  roc,  et  on  y 


Fig.  17.  — Murs  delà  première  pe'riode. 


remarque  trois  modes  de  construction  différents.  La  partie  de 
beaucoup  la  plus  considérable  est  d’une  architecture  exactement 
semblable  à celle  des  murs  de  Tiryntbe,  mais  moins  massive. 
Comme  l’opinion  générale  est  que  ce  mode  de  construction  est  le 
pins  ancien,  je  l’ai  désigné  dans  la  figure  17  sous  le  nom  de  ce  murs 


Fig.  18.  — Murs  de  la  seconde  période. 


de  la  première  période  ».  Dans  la  figure  18,  j’ai  reproduit  un 
pan  considérable  du  mur  de  l’ouest  sous  la  désignation  de  ce  murs 
de  la  deuxième  période  »,  parce  que  ce  pan  de  muraille  se  compose 
de  polygones  ajustés  avec  un  si  grand  art,  qn’en  dépit  de  la 
variété  desjoints,  cespolygonesformaient,pourainsi  dire,  une  paroi 
de  rocher  parfaitement  unie  et  lisse;  or  ce  mode  de  construction, 
dont  on  peut  voir  de  nombreux  échantillons  en  beaucoup  d’en- 

MYCÈNES.  0 


82  TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 

droits  de  la  Grèce  et  de  l’Italie  méridionale,  est  considéré  univer- 
sellement comme  appartenant  en  général  à une  période  plus 
récente  que  le  premier.  J’ai  appelé  (fig.  19)  ce  murs  de  la  troisième 
période  » les  murs  qui  se  trouvent  à droite  et  à gauche  de  la  grande 
porte;  ils  se  composent  de  blocs  à peu  près  quadrangulaires,  dis- 
posés par  assises  horizontales  ; mais  les  joints  ne  sont  pas  tout  à 
fait  verticaux  et  présentent  des  lignes  plus  ou  moins  obliques. 

Si  j’ai  établi  cette  division  en  trois  périodes,  c’est  uniquement 
pour  montrer  les  différents  modes  de  construction  des  murailles  ; 
mais  je  n’ai  nullement  l’intention  d’établir  que  l’un  de  ces  modes 


Fig.  19.  — Murs  de  la  troisième  période. 


de  construction  soit  plus  ancien  que  l’autre.  Au  contraire,  après 
mûre  réflexion,  je  ne  puis  penser  qu’un  des  genres  d’architecture 
soit  plus  ancien  que  l’autre;  une  fois  les  murs  d’enceinte  bâtis  en 
énormes  pierres  brutes,  il  n’est  guère  possible  que,  dans  la  suite, 
on  en  eût  détruit  une  partie  pour  la  remplacer  par  des  murs  d’un 
autre  type.  Ou  bien,  à supposer  qu’une  partie  des  murs  primitifs 
eût  été  rasée  par  l’ennemi,  il  n’y  aurait  pas  eu  de  raison  de  ne  pas 
les  reconstruire  dans  le  même  style,  car  il  était  aussi  solide  que 
l’autre;  il  était,  en  outre,  beaucoup  plus  commode  etmoins  coûteux. 
En  effet,  en  détruisant  les  murs,  l’ennemi  n’aurait  pas  détruit  les 
pierres,  que  l’on  aurait  eues  toutes  prêtes  sous  la  main  pour  refaire 
le  mur.  On  remarque  aussi  que  les  constructeurs  primitifs  avaient 
l’habitude  de  se  préoccuper  un  peu  plus  de  la  symétrie  et  de  la 
régularité  dans  les  parties  les  plus  monumentales  de  leur  œuvre. 
En  conséquence,  et  comme  conclusion,  les  trois  modes  de  con- 
struction ont  existé  simultanément  à l’époque  reculée  oû  furent 


TROIS  SORTES  DE  MURS  PRIMITIFS. 


83 


bâtis  les  murs  de  Mycènes;  mais,  plus  tard,  le  style  d’architecture, 
dit  ((  style  de  la  première  période  »,  tomba  en  désuétude,  et  les  deux 
autres  seuls  demeurèrent  en  usage.  On  continua,  en  Grèce,  à élever 
des  murs  de  pierres  polygonales  jusqu’à  l’époque  de  la  domination 
macédonienne  ; on  en  peut  citer  comme  preuves,  par  exemple, 
la  maçonnerie  des  sépulcres  qui  sont  près  de  la  Sainte-Trinité  à 
Athènes,  aussi  bien  que  les  fortifications  que  l’on  voit  dans  l’île  de 
Salamine;  or  nous  savons  avec  certitude  que  ces  constructions 
sont  du  quatrième  et  du  cinquième  siècle  avant  Jésus-Christ  h 
Depuis  les  seize  dernières  années,  les  murs  de  pierres  poly- 
gonales sont  devenus  d’un  usage  très-fréquent  en  Suède  et  en 
Norwége,  particulièrement  pour  les  substructions  des  ponts  de 
chemins  de  fer. 

La  première  terrasse  de  l’ouest  est  bordée,  sur  son  côté  ouest, 
sur  une  longueur  de  166  pieds  (50  mètres),  d’un  mur  cyclopéen  de 
30  pieds  (9  mètres)  de  haut.  Ce  mur  est  couronné  par  les  ruines 
d’une  tour  et  suit  une  direction  parallèle  à celle  du  grand  mur 
d’enceinte  ; il  n’est  pas  douteux  qu’il  n’appartienne  à une 
seconde  enceinte^.  On  voit  encore  les  restes  de  plusieurs  autres 
enceintes,  un  peu  plus  haut  sur  la  montagne,  à gauche,  et  aussi  du 
côté  de  l’est.  Il  semble  qu’il  y a eu  une  seconde  tour  intérieure  à 
l’angle  sud-ouest  du  sommet. 

Près  de  l’angle  nord-ouest,  le  mur  d’enceinte  est  traversé  par 
un  passage  voûté  en  ogive,  de  16  pieds  I (5  mètres)  de  long,  sem- 
blable à ceux  de  Tirynthe  (voy.  fig.  20).  On  peut  voir  des  traces 
de  murs  de  maisons  cyclopéens  et  des  fondations  de  même  nature 
sur  toutes  les  terrasses,  excepté  les  premières  de  l’est  et  de  l’ouest. 

Malgré  la  haute  antiquité  de  Mycènes,  ses  ruines  sont  en  bien 
meilleur  état  de  conservation  que  celles  de  toutes  les  villes 
grecques  visitées  par  Pausanias  au  moment  où  elles  étaient  llo- 
rissantes,  et  dont  il  décrit  les  somptueux  monuments  (environ  vers 
170  après  Jésus-Christ).  Si  l’on  considère  que  Mycènes  est  dans 


I.  Voyez  Émile  Burnouf,  la  Ville  el  l'acropole  crAthènes. 

On  a une  bonne  vue  de  ce  mur  admirable  à l’arrièrc-plan  de  la  idanchc  Vl,  qui  reproduit 
l’ichnograpliic  des  tombes  decouvertes  dans  l’acropole  (voyez  au  chapitre  V). 


84 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


1111  site  retiré  et  solitaire,  si  l’on  tient  compte  de  la  dureté,  de  la 
grandeur  et  de  la  solidité  de  ses  mines,  on  se  figure  malaisément 
qu’il  ait  pu  se  produire  des  changements  dans  l’aspect  de  cette 
ville,  depuis  la  visite  de  Pausanias. 

Dans  l’angle  nord-ouest  du  mur  d’enceinte  est  la  grande  «porte 


des  Lions  )),qui  est  construite  en  belle  brèche  dureb  L’ouverture, 
qui  va  en  s’élargissant  à partir  du  linteau  jusqu’au  seuil,  a 10  pieds 
8 pouces  (3"’, 20)  de  haut,  9 pieds  6 pouces  (2’“,85)  de  large  au 


Fig.  âi.  — Porte  des  Lions. 


sommet  et  10  pieds  3 pouces  (3"g07)^  à la  base.  Dans  le  linteau 
(15  pieds  (4‘“,50)  de  long  sur  8 pieds  (2"', 40)  de  large),  il  y a des 
trous  ronds  de  0 pouces  (0"5i5)  de  profondeur  pour  les  gonds, 
et,  dans  les  deux  montants  ({u’il  recouvre,  il  y a quatre  trous 
(juadrangulaires  pour  les  verrous.  Au-dessus  du  linteau  de  la  porte. 


I.  Vovez  le  plan  C,  planche  111,  et  les  ligures  21,  22, 


11! 


Porte  des  Lions.  — Entrée  PH!NEir.\LE  de  l’acropole  de  Mycènes. 


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PORTE  DES  LIONS. 


87 


il  y a dans  la  maçonnerie  du  mur  une  niche  triangulaire  formée 
par  les  assises  de  pierres  qui  se  recouvrent  en  encorbellement. 
Cette  disposition  architecturale  avait  pour  objet  de  détourner  du 
linteau  plat  la  pression  de  la  partie  de  la  muraille  qui  est 
au-dessus. 

Cette  niche  est  remplie  par  une  plaque  triangulaire  d’un  beau 
basalte;  elle  a 10  pieds  (3  mètres)  de  haut,  12  pieds  (3"", 60)  de 
long  à la  base,  et  2 pieds  (O"™, 60)  d’épaisseur.  Sur  cette  plaque  sont 
représentés  deux  lions  en  relief,  debout,  en  face  l’un  de  l’autre,  sur 
leurs  jambes  de  derrière  étendues  dans  toute  leur  longueur;  ils 
appuient  leurs  pattes  de  devant  sur  les  deux  côtés  de  la  table  d’un 
autel.  Du  milieu  de  l’autel  s’élève  une  colonne,  dont  le  chapiteau 
se  compose  de  quatre  cercles  séparés  par  des  fdets  horizontaux. 
On  croit  généralement,  et  c’est  à tort,  que  si  les  têtes  des  lions 
ont  disparu,  c’est  parce  qu’elles  ont  été  brisées;  en  y regardant 
de  près,  je  remarque  qu’elles  n’étaient  pas  taillées  dans  la 
même  pierre  que  le  reste  du  corps  ; elles  avaient  été  exécutées  à 
part,  et  ajustées  sur  le  cou  avec  des  chevilles.  En  effet,  les  cous 
étant  coupés  net  et  percés  de  trous,  il  ne  peut  rester  aucun 
doute  sur  ce  point.  Comme  l’espace  est  très-étroit,  ces  têtes 
devaient  être  très-petites;  elles  étaient  probablement  en  saillie, 
faisant  face  au  spectateur.  Je  suis  porté  à croire  qu’elles  étaient 
en  bronze  doré.  Les  queues  des  lions,  au  lieu  d’être  grosses 
et  terminées  par  des  touffes  de  poil  , sont  minces  comme 
celles  que  l’on  rencontre  dans  les  plus  anciennes  sculptures 
égyptiennes. 

On  pense  généralement  que  cette  sculpture  a un  sens  symbo- 
lique ; mais  quel  est  ce  sens  ? On  a fait  sur  ce  point  bien  des  conjec- 
tures. Les  uns  pensent  que  la  colonne  fait  allusion  au  culte  que 
les  Perses  rendaient  au  Soleil  ; les  autres  y voient  le  symbole  du 
feu  sacré,  un  ou  Sutel  du  feu,  dont  les  lions  sont 

les  gardiens  ; d’autres  conjecturent  qu’elle  représente  Apollon 
Agyieus,  c’est-à-dire  Apollon  « gardien  de  la  porte  ».  Je  partage 
cette  dernière  opinion,  et  je  crois  fermement  que  c’est  là  justement 
le  symbole  qu’invoquent,  dans  Sophocle,  Oreste  et  Electre,  quand 


88 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


ils  entrent  dans  la  maison  de  leur  père‘.  En  ce  qui  concerne  les 
lions,  l’explication  est  encore  plus  simple.  Pélops,  fds  du  roi  phry- 
gien Tantale^,  quand  il  émigra  à Mycènes,  venait  de  la  Phrygie, 
où  l’on  rendait  un  culte  célèbre  à la  mère  des  dieux,  Rhéa,  dont 
l’animal  sacré  est  le  lion.  Donc,  selon  toute  probabilité,  Pélops 
apporta  avec  lui  le  culte  de  la  divinité  protectrice  de  sa  première 
patrie,  et  fit  de  son  animal  sacré  le  symbole  des  Pélopides.  Eschyle 

•r 


(a)  Mur  de  l’acropole  (coté  de  l’est).  — {b)  Façade  de  maçonnerie  en  saillie  (côté  de  l’ouest). 

(c)  Entrée  et  loge  du  gardien.  — (d)  Porte  intérieure. 

r 

compare  Agamemnon  lui-même  à un  lioiP;  dans  un  autre  endroit, 
il  compare  encore  Agamemnon  à im  lion  et  Égistbe  à un  loup  b 
Ainsi,  au-dessus  de  la  porte,  les  deux  lions,  qu’on  les  considère 
comme  les  animaux  sacrés  de  Rhéa  ou  comme  le  symbole  de  la 
puissante  dynastie  des  Pélopides,  ont  été  unis  au  symbole  d’Apollon 
Agyieus,  gardien  de  la  porte.  A gauche  des  deux  lions  sculptés,  il  y 
a dans  la  muraille  une  grande  fenêtre' quadrangulaire. 

La  grande  porte  est  à angle  droit  avec  le  mur  de  la  citadelle  qui 
y est  attenant;  on  y accède  par  un  passage  de  50  pieds  (15  mètres) 

1.  Sophocle,  Electre,  1374. 

2.  Schol.  d’Eurip.,  Oreste,  5;  Apollod.,  III,  v,  G ; Soph.,  Anfig.,  818. 

3.  Agnin.,  1259  : 'kiovToç  S'jysvoOç  à.Tzo'jmot.. 

4.  fhid.,  1258. 


LA  PORTE  DE  DERRIÈRE. 


89 


- 

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Fig.  22rt.  — Los  deaxmonlaïUs  de  droite  et  de  gniiclio 
de  la  porte  des  Lions. 


de  long  sur  30  pieds  (9  mètres)  de  large,  formé  par  ce  premier  mur 
et  par  uu  autre  mur  extérieur,  presque  parallèle  au  premier. 
Ce  mur  extérieur  appartient  lui- 
méme  à nue  grande  tour  qua- 
draiigulaire,  élevée  pour  défen- 
dre l’entrée'.  Entre  ces  deux 
murs,  les  euuemis  ne  pouvaient 
guère  s’avancer  plus  de  sept  de 
front,  et  ils  étaient  exposés  de 
trois  côtés  aux  flèches  et  aux 
pierres  des  assiégés.  Une  route 
eu  zigzag,  soutenue  par  d’énor- 
mes substructious  cyclopéeuues,  donnait  accès  à l’entrée  de  la 
porte  ; elle  est  maintenant  couverte 
de  gros  blocs  qui  se  sont  détachés  du 
mur.  Leake  dit  avec  raison  que  les 
premiers  constructeurs  de  citadelles 
prodiguaient,  plus  que  ne  l’ont  fait 
leurs  successeurs,  les  travaux  aux 
approches  des  portes,  et  s’ingéniaient 
h trouver  des  moyens  de  prolonger  la 
défense  à l’intérieur,  en  multipliant 
les  clôtures  et  en  compliquant  les 
communications. 

La  poterne  - se  compose  également 
de  trois  grandes  dalles,  deux  qui 
servent  de  montants  et  une  troisième 
qui  les  couvre  et  forme  le  linteau 
(fig.  23).  La  baie  de  cette  poterne 

s’élargit  de  meme  de  liant  en  bas;  au  linteau,  la  largeur  est  de 
5 pieds  4 pouces  (l'“,60)  et  de  5 pieds  1 1 pouces  à la 

base.  Sur  le  linteau,  il  y a une  pierre  ti'iaugnlaire  ; en  la  compre- 


Li 


Fig.  23.  — Elévation  et  plan  do  la  polorno. 


1.  Voyez,  au  chapitre  V,  le  compte  rendu  des  travaux  oxéiMilés  pour  mettre  à découvert  la  hase 
et  l'énorme  seuil  de  la  porte  des  Lions. 

2,  Voyez  le  plan  C et  la  figure  23, 


1 


90  TOPOGHAPHIE  DE  MYCÈNES. 

luinL  dans  la  mesure,  la  porte  a 14  pieds  (4"\20)  de  haut.  Les  trous 
pratiqués  pour  les  verrous  dans  les  jambages  sont  carrés  et  de 
grande  dimension.  Cette  porte  était  mal  placée,  car  les  ennemis 
qui  l’auraient  attaquée  auraient  eu  le  côté  gauche,  celui  que  couvre 
le  bouclier,  tourné  du  côté  de  l’acropole.  Sur  la  pente  ouest,  il  y a 
plusieurs  citernes  souterraines. 

Selon  Plutarque,  le  premier  nom  de  la  montagne  où  est  située  la 
citadelle  fut  Argion‘.  C’est  un  fait  significatif  que  cette  citadelle 
n’ait  jamais  été  désignée  sous  le  nom  à' acropole \}diV  aucun  tuteur 
de  l’antiquité.  Sophocle  {Electre,  iO)  l’appelle  n£);07rî^ô5v  ou 
((  résidence  des  Pélopides  »,  et  ailleurs  oùpivia  a murailles 

célestes  ».  Euripide  l’appelle  aussi  « murailles  de  pierre  cyclo- 
péennes,  élevées  jusqu’aux  deux  »^,  et  encore  « murailles  cyclo- 
péennes  célestes  »^;  ces  expressions  font  sans  doute  allusion  à 
l’énorme  hauteur  des  murs  et  des  tours.  Strabon fait  justement 
observer  qu’à  cause  du  voisinage  des  deux  villes,  les  poètes  tra- 
giques ont  très-souvent  confondu  les  noms  d’Argos  et  de  Mycènes, 
et  les  ont  continuellement  employés  l’un  pour  l’autre.  Mais  cette 
confusion  est  excusable,  parce  que  dans  l’antiquité  les  voyages 
étaient  à la  fois  difficiles  et  très-dangereux.  D’ailleurs  les  anciens 
n’étaient  point  archéologues,  et  quoique  chaque  Grec  prît  un  très- 
sérieux  intérêt  à l’histoire  de  son  pays,  aucun  d’eux  n’était  disposé 
à subir  des  dérangements  et  des  difficultés,  ou  à affronter  des 
dangers,  pour  visiter  meme  les  lieux  qui  avaient  été  le  théâtre 
des  exploits  les  plus  glorieux  pour  la  Grèce.  Pden  ne  le  prouve 
mieux  que  ce  fait  que  pas  un  seul  auteur  ancien  ne  mentionne  la 
reconstruction  de  Mycènes,  après  qu’elle  eut  été  prise  et  détruite 
en  468  avant  Jésus-Christ. 

Homère  lui-même  semble  s’être  rendu  coupable  d’une  pareille 
confusion,  relativement  aux  noms  d’Argos  et  de  Mycènes,  lors- 
qu’il place  dans  la  bouche  d’Agamemnon  les  paroles  suivantes  au 
sujet  de  Chryséis  : rc  Je  ne  te  rendrai  point  ta  fdle  qu’elle  n’ait 

1.  De  Fliiv.  : t'o  oooç,  18,  7. 

2.  Troyennes,  1088  : XâVva  KuxXwtii’  oùpavia. 

3.  Electre,  1158  : KuxXcoTreià  t’  oùpavia  T£i)(ea. 

i.  Vin,  p.  377. 


MYCÈNES  ET  ARGOS. 


91 


vieilli  loin  de  sa  patrie,  clans  mon  palais  en  Argos,  où  elle  tis- 
sera ma  toile  et  partagera  ma  couche  » 

Mais,  par  le  mot  Argos,  Homère  entend  ici  le  territoire  de  l’Ar- 
golide,  peut-être  même  le  Péloponnèse  tout  entier;  c’est  un  sens 
sur  lequel  le  passage  suivant  ne  peut  laisser  aucune  hésitation-  : 
c(  Afin  qu’il  gouvernât  de  nombreuses  îles  et  l’Argolide  entière.  » 
Les  tragiques  qui  vinrent  après  lui  peuvent  se  trouver  plus  ou 
moins  dans  le  même  cas  ; cela  ne  fait  pas  l’ombre  d’un  doute  pour 
Euripide  : il  connaissait  trop  bien  Mycènes  pour  la  confondre  avec 
Argos.  Ainsi  il  appelle  Mycènes^  « les  autels  des  Cyclopes  », 
((  Mycènes  la  Cyclopéenne ''  » et  « l’œuvre  des  Cyclopes  •’  » : 
((  Appelles-tu  la  cité  de  Persée  l’œuvre  des  Cyclopes?  » 

Dans  d’autres  passages,  il  dit  : ce  O demeures  des  Cyclopes,  ô mon 
pays,  ô ma  chère  Mycènes  î » Ailleurs  : (c  Debout,  sur  les  degrés 
de  pierre  (ou  yrès  des  degrés  de  pierre),  le  héraut  crie  h haute  voix  : 
((A  V agora!  à V agora!  vous,  peuple  de  Mycènes,  pour  voir  les  pré- 
sages et  les  signes  effrayants  des  rois  bienheureux’^.  » Ailleurs  : 
((  O ma  patrie,  ô Pélasgie,  ô ma  demeure,  Mycènes^!  » Ailleurs  : 
((  Chères  femmes  de  Mycènes,  vous  qui  occupez  le  premier 


1.  Iliade,  I,  29-31. 

Tr|V  ô'  eyo)  o-j  Xvirw  Trpiv  [jLtv  xa  yTipot;  £7ts'.7iv 
r,tx£Tlpt{)  è'A  olxa)  lv’'Apy£V  T-/]X66t  Tiarp/jç, 

WtOV  STlOt'/OIxfVYjV  xat  £[xbv  Xl/QÇ  àvTtOWTXV. 

2.  IL,  II,  108:  uoXX^'Tiv  vrio-otat  xot  "ApyeV  7ravx\  àvdcacrstv. 

3.  Iphigénie  à Aulia,  152  : K’jxXwttwv  0u[xiXau 

4.  Ibid.,  265  : Muxr|Va;  ..  Ta;  KuxXwTii'aç. 

5.  Ibid.,  1500-1501  : 

KaXetç  7iôXi<Tjxa  nepalwç, 

K'jxXwtciwv  7:6vov  ‘/sptbv  ; 

0.  Iphig.  en  Tauride,  845  : 

~s.}  KuxXwTitos;  laTiat,  w Traxpfç, 

Muxv^va  çi'Xa. 

7.  Electre,  710: 

USTpiVOt;  ô’  ETTt'TTàç 

xapu?  ia'/£V  pdcOpot;' 
àyopàv  àyopâv,  MuxYjvaioi, 
aTsr/STî,  p-axoepîtov  b'l'op.evot  Tupavvo) 
«pàajxaTa  Ô£i'p.aTa. 

8.  Iph.  à Aulis,  1498-99. 

’Ioj  ya  (xarsp  w llsXaayta, 

M'jx';va:ai'  t’  sfxai  6spc<7ïvat 


1 


92  TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


rang  dans  rétablissement  pélasgique  des  Argiensb  » Ailleurs: 
((  Je  vais  à Mycènes  ; il  faut  que  je  prenne  des  leviers  et  des  pioches 
pour  détruire  avec  le  fer  recourbé  la  ville,  les  constructions  des 
Cyclopes  si  bien  ajustées  ensemble  avec  la  règle  rouge  et  le 
ciseau^  » 

Cette  description  ne  peut  se  rapporter  qu’aux  murailles  cyelo- 
péennes  construites  avec  des  polygones  bien  ajustés,  appareil  que 
nous  voyons  dans  la  partie  ouest  des  grands  murs  d’enceinte^ 
D’ailleurs  Euripide  savait  parfaitement  bien  que  l’agora,  avec  les 
tombes  royales,  était  dans  l’acropole;  il  paraît  donc  certain  qu’il 
avait  visité  Mycènes,  et  que  les  grands  murs  cyclopéens  de 
l’acropole,  aussi  bien  que  l’enceinte  sacrée  de  l’agora  circulaire, 
avec  les  tombeaux  mystérieux  des  plus  glorieux  héros  de  l’antiquité, 
avaient  produit  sur  son  esprit  une  profonde  impression.  Autrement 
nous  ne  pourrions  nous  expliquer  qu’il  parle  si  souvent  des  gigan- 
tesques murailles  cyclopéennes,  qu’il  en  décrive  jusqu’à  la  struc- 
ture et  qu’il  fasse  même  mention  de  l’agora  située  dans  l’acropole 
(voyez  chapitre  V) . 

Sénèque  dit  des  murs  de  Mycènes  : 

Majus  mihi 

Dellura  Mycenis  restât,  ut  cyclopea 
Eversa  manibus  saxa  nostra  concidaiit. 

Et  ailleurs  : 


Cerno  Cycloputii  sacras 
Turres,  labore  majus  liumano  decus. 

Et  dans  un  autre  passage"*  : 

Ulixes  ad  Ithacæ  suæ  saxa  sic  properat,  quemadmodum 
Agamemnoii  ad  Myceiiarum  nobiles  muros. 


Sur  un  espace  d’environ  un  mille  carré  à l’ouest-sud-ouest  et  au 


1.  Oreste,  12IG-l“2i7: 

M'j/w/'jN'toeç  CO  9tXia'., 

Ta  TiponoL  xatà  UsXaaybv  iooç  ’Apysicov. 

2.  Hercule  furieux,  9i3-9d6  : 

Upoç  xàç  MuxTjVaç  eljxf  Xaî^uaOai  ypscbv 
[j-ox)'oùç  ùv/.i'Kkaç  6’,  cio ç Ta  KuxXcoucov  [SaOpa 
9otvixt  xavovt  xa\  tuxoiç  vipfxo'jp.sva 

o-TpsTtTfo  crtov^pw  cr'jVTptatVfoaoo  TiaXiv 

3.  Voyez  planche  U. 

4.  Hpistol.  mnr.,  cxvf,  2(». 


I.A  15ASSE  VILLE. 


93 


sud  de  Tacropole,  juste  entre  les  deux  ravins  profonds  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut,  s’étendait  la  ville  basse  b L’emplacement  en 
est  distinctement  marqué  par  les  restes  d’un  grand  nombre  de 
substructions  de  maisons  de  construction  cyclopéenne,  par  un  pont 
cvclopéen,  par  cinq  trésors,  et  enfin  par  les  fragments  d’une 
poterie  archaïque  ornée  de  belles  peintures  dont  le  sol  est  jonché. 
L’emplacement  de  la  basse  ville  est  traversé  dans  toute  sa  lon- 
gueur par  une  colline  qui,  du  côté  droit,  s’abaisse  graduellement 
jusqu’au  niveau  de  la  plaine,  et,  du  côté  gauche,  plonge  plus  brus- 
quement dans  la  profonde  ravine  qui  prend  naissance  entre  l’ex- 
trémité sud  du  rocher  à pic  de  la  citadelle  et  le  second  pic  du  mont 
Eubœa.  Il  est  certain  que  le  sommet  de  cette  colline  a été  nivelé 
artificiellement  et  cela  à deux  fins  : premièrement,  pour  rétablis- 
sement de  la  principale  rue  de  la  ville,  qui  commençait  à la  porte 
des  Lions  et  finissait  au  pont  cyclopéen  que  reproduit  la  figure 
placée  en  tête  de  ce  chapitre;  et,  en  second  lieu,  pour  la  construc- 
tion du  mur  de  la  cité,  qui,  à droite  de  la  rue,  suivait  la  môme 
direction  et  aboutissait,  comme  elle,  au  pont  cyclopéen,  qu’il 
reliait  certainement  avec  l’acropole,  à son  angle  nord-ouest,  près 
de  la  porte  des  Lions. 

Un  autre  embranchement  de  ce  mur  s’étendait  tout  le  long  de  la 
riveouestdu  torrent  que  traversait lepontet reliait  cepont  à l’angle 
sud-ouest  de  l’acropole.  Il  reste  des  traces  nombreuses  de  ces 
deux  embranchements,  quoiqu’il  soit  assez  difficile  de  les  aperce- 
voir. Ainsi,  une  partie  de  la  ville  basse,  le  tiers  à peine,  était  close 
par  un  mur  d’enceinte.  Ce  mur  était  insignifiant,  car  il  n’avait  que 
6 pieds  (I"b80)  d’épaisseur  sur  la  colline  et  encore  moins  sur  la 
rive  du  torrent.  Vu  son  peu  d’épaisseur,  il  n’a  pas  pu  être  bien 
élevé;  il  n’avait  probablement  pas  d’autre  destination  que  de  ren- 
forcer les  grands  murs  cyclopéens  de  l’acropole  et  d’empêcher  que 
la  porte  des  Lions  ne  débouchât  directement  eu  pleine  campagne. 
Après  avoir  examiné  avec  soin  les  restes  de  ce  mur  en  beaucoup 
d’endroits  et  en  tenant  compte  de  sa  faiblesse,  je  ne  vois  pas  d’ob- 


1.  Voyez  le  plan  D. 


94 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


jection  sérieuse  à admettre  qu’il  est  d’une  date  plus  récente  que 
les  murailles  de  la  citadelle. 

Le  reste  de  la  ville,  comme  le  montrent  les  ruines  des  murs  des 
maisons,  a été  un  vaste  faubourg  bien  bâti.  Les  habitants,  quand 
ils  étaient  attaqués  par  un  ennemi  contre  lequel  leurs  propres 
moyens  de  défense  étaient  insuffisants,  pouvaient  se  retirer  dans  la 
partie  fortifiée  de  la  ville  et  dans  la  citadelle.  Quelques-uns  des 
édifices  de  ce  faubourg  sont  très-grands  et  d’une  très-belle  con- 
struction cyclopéenne.  J’appelle  tout  particulièrement  l’attention 
sur  le  bâtiment  qui  est  sur  le  bord  même  de  la  profonde  ravine,  à 
l’ouest  de  la  porte  des  Lions,  et  dont  les  quatre  murs  sont  encore 
visibles.  Il  a 93  pieds  (27"',90)  de  long  sur  60  (18  mètres)  de  large  ; 
c’était  peut-être  un  temple.  J’appelle  aussi  l’attention  sur  les  fon- 
dations d’un  grand  édifice  cyclopéen  qui  fut  peut-être  aussi  un 
temple  ; il  est  sur  la  crête  d’une  colline,  au  sud-sud-ouest  de 
l’acropole  et  au  nord  du  village  de  Charvati.  Cette  colline  semble 
avoir  été,  dans  cette  direction,  à la  limite  du  faubourg  ; car,  au  delà, 
on  ne  trouve  plus  de  tessons  de  poterie  mycénienne.  J’y  ai  trouvé 
deux  haches  de  diorite  d’un  beau  poli. 

Dans  deux  vallons  à proximité  de  cette  colline  sont  les  deux  seuls 
puits  de  Mycènes.  Les  ruines  d’édifices  cyclopéens  qui  les  avoi- 
sinent et  les  tessons  de  poterie  mycénienne  que  l’on  rencontre  au 
delà  de  ces  puits  prouvent  clairement  qu’ils  étaient  dans  l’enceinte 
du  faubourg.  Chose  étrange,  le  professeur  E.  Curtius  a pris  l’an- 
cienne carrière  de  Charvati  pour  des  ruines  du  mur  de  la  cité,  et, 
en  conséquence,  a placé  ce  village  sur  sa  carte,  dans  l’enceinte  de 
Mycènes;  or  c’est  une  grave  erreur  : jamais  la  ville  ne  s’est  éten- 
due aussi  loin. 

Mais  tous  les  murs  cyclopéens  du  faubourg  ne  sont  pas  des  murs 
de  maisons  ; un  grand  nombre  sont  des  murs  de  soutènement 
pour  les  terrasses. 

De  tous  les  édifices  du  faubourg,  les  plus  intéressants  sont 
les  trésors.  Comme  ils  ressemblent  singulièrement  à des  fours, 
les  paysans  d’aujourd’hui  les  appellent  (^ovp^joi.  L’un  d’entre  eux 
est  juste  en  dehors  de  la  ligne  du  mur  d’enceinte,  sur  la  pente 


TRÉSORS  DANS  LE  FAUBOURG. 


95 


de  la  colline,  près  de  la  porte  des  Lions.  L’entrée  en  est  visible, 
mais  presque  entièrement  obstruée  ; le  plafond  du  passage  d’entrée 
est  formé  de  trois  grandes  dalles  d’une  épaisseur  considérable;  ce 
passage  a 18  pieds  (5"', 40)  de  long  sur  7 pieds  9 pouces  (2"", 33)  de 
de  large.  Dans  cet  édifice,  bâti  en  forme  de  dôme,  on  ne  peut  plus 
voir  aujourd’hui  que  la  partie  inférieure  du  mur  circulaire,  qui  est 
peu  de  chose  ; la  partie  supérieure  s’est  écroulée  il  y a probable- 
ment des  siècles  L 

En  descendant  la  pente  dans  la  direction  du  sud-ouest,  nous 
arrivons  à un  trésorpluspetit  ; le  passage  de  l’entrée  a 15  pieds  et 
demi  (4‘",65)  de  long  ; il  est,  comme  le  précédent,  couvert  par  trois 
grandes  dalles.  Largeur  de  la  porte,  7 pieds  et  demi  (2"',25)  ; l’édi- 
fice est  aussi  bâti  en  forme  de  dôme  ; comme  dans  le  précédent,  la 
partie  inférieure  du  mur  circulaire  est  au-dessus  du  sol  ; à la  hau- 
teur du  linteau  de  l’entrée,  le  cercle  qu’il  forme  a un  diamètre  de 
25  pieds  (7™,50),  de  sorte  que  le  diamètre  doit  être  de  32  pieds 
(9"',60)  au  plancher.  En  prenant  vers  le  sud  et  en  montant  la  pente, 
nous  arrivons,  près  de  la  crête  de  la  colline,  à un  troisième  trésor, 
dont  il  ne  reste  plus  que  le  passage  d’entrée.  Ce  passage  a 20  pieds 
(6  mètres)  de  long,  et  seulement  5 pieds  3 pouces  (l"b57)  de  large  ; 
le  plafond  est  formé  de  cinq  grandes  dalles. 

Comme  l’emplacement  de  ce  vaste  faubourg  comprend  surtout 
des  terrains  en  pente,  et  que  les  habitations  y ont  été  clair-seméesâ 
cause  de  son  étendue  considérable,  les  décombres  ne  s’y  sont  pas 
accumulés  en  grande  abondance  ; la  couche  ne  dépasse  pas  l’épais- 
seur de  1 pied  et  demi  (45  centimètres).  L’épaisseur  ne  devient 
beaucoup  plus  considérable  que  sur  les  terrasses,  immédiatement 
à l’ouest  et  au  nord-ouest  de  la  porte  des  Lions. 

Quoique  l’emplacement  de  la  cité  fortifiée  se  compose  aussi  de 
pentes  ; néanmoins,  comme  il  ne  présente  pas  une  surface  très- 
étendue,  et  que  les  habitations  ont  du  de  tout  temps  y être  plus 
serrées,  l’accumulation  de  décombres  y est  en  général  plus  grande, 
et  principalement  du  côté  ouest  et  sud-ouest  de  l’acropole. 
Mais,  sur  les  points  plus  éloignés  de  l’acropole,  particulièrement 


1.  Tous  ces  trésors  sont  indiqués  sur  le  plan  D. 


96 


TOPOGRAPHIE  DE  MYGÈNES. 


sur  les  pentes  rapides  d’où  les  décombres  des  maisons  ont  été 
balayés  par  les  pluies,  l’épaisseur  de  la  couche  de  débris  ne  dé- 
passe pas  celle  que  l’on  rencontre  en  général  dans  le  faubourg. 
Voici  un  fait  qui  mérite  une  attention  particulière  : excepté  près  du 
mur  d’enceinte  ouest  de  la  citadelle,  l’emplacement  de  la  cité  for- 
tifiée est  beaucoup  moins  riche  que  le  faubourg  en  substructions 
cyclopéennes  et  en  restes  de  murs  de  maisons.  Mais,  immédia- 
tement après  le  pont  cyclopéen,  sur  le  bord  opposé  du  ravin,  on 
trouve  les  ruines  de  deux  vastes  édifices  qui  peuvent  avoir  été  des 
forts  et  avoir  servi  à la  défense  du  pont.  Je  puis  mentionner  ici  ce 
fait,  que  des  traces  de  l’ancienne  route  cyclopéenne  de  Mycènes  à 
Tirynthe  sont  encore  visibles  jusqu’à  une  certaine  distance  au  delà 
du  pont. 

C’est  sur  l’emplacement  de  la  cité  fortifiée  que  se  trouvent  les 
deux  plus  grands  trésors.  L’un  des  deux  est  le  fameux  trésor  que 
la  tradition  attribue  à Atrée  ; l’autre,  qui  est  près  de  la  porte  des 
Lions,  semble  avoir  été  entièrement  souterrain,  et  fut  par  consé- 
quent inconnu  dans  les  temps  historiques  ; la  partie  supérieure  du 
dôme  s’est  écroulée  dans  l’édifice,  mais  je  n’ai  pas  pu  savoir  au 
juste  si,  comme  quelques  habitants  de  l’Argolide  l’affirment,  cet 
écroulement  a été  accidentel,  ou  si,  comme  d’autres  le  soutiennent, 
c’est  l’œuvre  sacrilège  de  Véli-Pacha,  fils  du  fameux  Ali-Pacha, 
qui,  vers  la  fin  de  l’année  1820,  essaya  de  pénétrer  par  ce  moyen 
dans  le  trésor,  et  qui  aurait  été  empêché  de  pousser  plus  loin  son 
entreprise  par  l’explosion  de  la  révolution  grecque. 

Le  trésor  (V Atrée  ^ qui  est  à environ  400  yards  (360  mètres) 
plus  au  sud,  était  entièrement  souterrain,  puisqu’il  était  construit 
sous  la  pente  est  de  la  colline  qui  traverse  la  cité,  et  du  côté  de  la 
ravine  du  lueme  torrent  qui  passe  devant  la  partie  sud  du  rocher 
escarpé  de  la  citadelle.  Sur  la  pente,  au-dessous  du  trésor,  il  y a 
une  grande  plate-forme  de  construction  cyclopéenne  qui  forme  un 
carré  de  36  mètres  de  côté.  De  cette  plate-forme,  le  dromos  ou  che-  • 
min  d’approche,  qui  a 20 pieds  7pouces(6'“,18)delarge  et  36mètres 
de  long,  et  qui  est  bordé  de  murs  en  pierre  taillée,  conduit  à 
l’entrée  de  l’édifice*  Cette  entrée  a 8 pieds  6 pouces  (2™, 55) 


-MYCEXES. 


1 


TuÉsou  D’Athée. 


LE  TPxÉSOR  D’ATRÉE. 


99 


de  largeur  eu  haut  et  9 pieds  2 pouces  (2"\76)  eu  bas;  sa  hauteur 
est  de  18  pieds  (5’'h40)  ; le  plafond  se  compose  de  deux  énormes 
dalles,  bien  travaillées  et  polies  ; la  dalle  intérieure  mesure  3 pieds 
9 pouces  (l”hl3)  d’épaisseur;  la  face  inférieure  est  longue  de 
^27  pieds  I (8'“,25),  la  face  supérieure  de  29  (8‘",70)  ; elle  a 17  pieds 
(5“,i0)  de  large,  et  l’on  a constaté  par  un  calcul  approximatif 
quelle  doit  peser  300  000  livres  anglaisesh 

La  grande  chambre,  qui  a la  forme  d’un  dôme  ou  d’une  ruche 
immense,  a 50  pieds  (15  mètres)  de  haut  et  50  pieds  (15  mètres)  de 
diamètre.  Elle  est  bâtie  en  blocs  de  brèche  dure  bien  travaillés, 
placés  par  assises  régulières  et  jointes  avec  la  plus  grande  préci- 
sion sans  ciment  ni  mortier.  Les  pierres,  dont  la  face  intérieure 
est  lisse  et  bien  ajustée,  sont  très-irrégulières  à l’extérieur  ; con- 
trairement à l’opinion  généralement  reçue,  elles  ne  sont  pas  immé- 
diatement couvertes  de  terre,  mais  d’énormes  masses  de  pierres, 
dont  le  poids  a pour  effet  de  maintenir  en  place  toutes  les  pierres 
des  assises  circulaires.  Ainsi,  selon  la  remarque  judicieuse  du  colo- 
nel Leake,  le  principe  de  cette  construction  est  celui  d’un  mur  en 
voûte,  qui  a à supporter  le  poids  d’une  grande  masse  superposée, 
et  qui  doit  sa  force  et  sa  cohésion  à l’énormité  même  de  ce  poids. 
Le  même  principe  qui  suggéra  à l’architecte  cyclopéeii  l’idée  de  la 
forme  circulaire  le  conduisit  aussi  à courber  les  côtés  verticale- 
ment, parce  que  ce  mode  de  construction  augmentait  la  force 
de  résistance  des  côtés  contre  la  pression  latérale. 

Les  blocs  des  assises  inférieures  ont  1 pied  10  pouces  (55  centi- 
mètres) de  haut  sur  4 à 7 pieds (l™,20à  2‘“,10)  de  long;  mais,  vers 
le  haut  du  dôme,  les  assises  deviennent  graduellemeut  plus  étroites. 
Le  plancher  de  la  grande  chambre,  qui  est  entièremeut  déblayé, 
est  formé  par  le  roc  vif.  Gomme  il  est  resté  dans  le  trésor  une  cer- 
taine quantité  de  grosses  pierres,  les  voyageurs  s’imaginent  à tort 
qu’il  y a encore  une  grande  quantité  de  décombres  à enlever. 

A partir  de  la  quatrième  assise,  en  remontant,  on  voit  dans 
chaque  pierre  deux  trous  forés;  dans  beaucoup  de  ces  trous 


1.  Voyez  planche  IV,  Trésor  d'Alrée. 


100 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


on  distingue  encore  des  restes  de  clous  de  bronze,  qui,  selon 
sir  W.  Gell  {Arcjolide),  contiennent  88  pour  100  de  cuivre  et 
pour  100  d’étain.  Ces  clous,  dont  quelques-uns  ont  été  retrou- 
vés entiers,  avaient  de  larges  têtes  plates,  et  ils  ne  pouvaient  avoir 
d’autre  destination  que  de  maintenir  les  plaques  de  bronze,  dont 
tout  l’intérieur  de  l’édifice  était  autrefois  décoré.  Nous  savons  par 
le  témoignage  des  auteurs  anciens  que  les  Grecs,  dans  une  antiquité 
reculée,  avaient  l’habitude  d’appliquer  à leurs  édifices  ce  genre  de 
décoration  ; car  nous  ne  saurions  expliquer  autrement  les  maisons 
et  les  chambres  de  bronze  dont  ils  font  mention'. 

1.  Ainsi,  nous  lisons  dans  Homère  {Od.,  VII,  8i-87)  ; 

"lia  Tô  yàp  -/jsXto'j  aiyX-/]  tteXsv  r,à  aù:r\vr^c, 
ôcb[j.a  xa6’  u^pepeepEç  [AEyaÀrTopoç  ’A)^xiv6oto. 

XâXxEot  [XEV  yàp  xor/ot  sà-ziAEOax’  £v6a  xat  £v6a, 
e;  £^  o'jooO,  TTEp'i  û£  6piyxoç  x'jccvcao. 

« De  même  que  le  soleil  et  la  lune  brillent  d’un  vif  éclat,  ainsi  brillait  le  palais  élevé  du 
magnanime  Alcinoüs;  car  les  murs  d’airain  s’étendaient  depuis  le  seuil  de  la  porte  jusqu’au 
fond  de  l’édifice  ; l’entablement  était  d’acier  bleuâtre.  » 

En  outre,  il  faut  qu’on  se  soit  figuré  aussi  les  palais  des  dieux  immortels  sur  l’Olympe  ornés 
de  plaques  de  bronze,  puisque  Homère  dit  {Iliade,  I,  426)  : At'oç  Troi't x^^^.xopaxÈç  5to,  « vers  le 
palais  d’airain  de  Jupiter.  » 

Nous  lisons  aussi  dans  Pausanias  (H,  xxiii)  ; 

’'AAàa  oi  Ècrxiv  ’ApyEtoeç  Géaç  à^'.a’  xaxàyEwv  oîxoô6[j!.r,p.a,  ett’  aoxfp  oà  fp;  o xaT'V-oOç  GàÀapo?, 
bv  ’Axpia-ioç  TTOXE  sm  9po'jpà  x-pç  Ooyaxpbç  etioitjO-e’  UEptAaoç  ÔExaÔEîàEV  aoxbv  X'jpavv/ia-aç’  xoOxo 
x£  obv  xb  rj[xoo6[jL-/]p,à  Èaxt.  « A Argos,  il  y a encore  d’autres  objets  remarquables  : une  voûte 
souterraine,  au-dessus  de  laquelle  était  la  chambre  d’airain  dont  Acrisius  fit  une  prison  pour  sa 
fille  (Danaé)  ; elle  fut  détruite  sous  la  domination  de  Perilaüs , mais  l’édifice  subsiste  encore.  » 
En  outre,  dans  Horace  {Carrn.,  III:,  xvi,  1-4)  ; 

Inclusam  Danaën  turris  ahenea 
Piobustæque  fores  et  vigilum  canum 
Tristes  excubiæ  munierant  satis 
Nocturnis  ab  adulleris. 

« Une  tour  de  bronze,  des  portes  solides,  et  la  sévère  surveillance  des  chiens  vigilants, 
avaient  été  pour  Danaé  emprisonnée  une  protection  suffisante  contre  les  amants  nocturnes,  » 
Autre  exemple  : le  temple  û' Athéna  Chalciœces  à Sparte,  où  le  roi  Pausanias  fut  mis  à mort. 
Naturellement,  le  nom  de  ce  sanctuaire  ne  peut  faire  allusion  qu’aux  plaques  d’airain  dont  les 
murs  étaient  décorés. 

Mon  honorable  ami,  M.  Chas.  T.  Newton,  du  British  Muséum,  appelle  mon  attention  sur  un 
article  du  colonel  Mure,  publié  dans  le  Wieinisches  Muséum,  VIII,  272.  L’auteur  y déclare  tenir 
du  général  Gordon  qu’il  avait  dans  sa  collection,  en  Écosse,  des  fragments  non-seulement 
des  clous  de  brouze,  mais  encore  des  plaques  d’airain  du  trésor  d’Atrée.  En  même  temps  le 
colonel  Mure  cite  le  passage  suivant  de  Sophocle  (Antigone,  944-947)  : 

’'ExAa  xa\  Aavàaç  oopàvtov  epû; 
àbXà^ac  5É[xaç  £v  aobaî?' 

xp'j7rxop.Éva  ô’  Iv  xup.ê‘/^p£t  Gabàpxp  xavECsox^''!* 

« Le  corps  de  Danaé  aussi  endura  le  supplice  d’échanger  la  lumière  du  ciel  contre  les  ténèbres 
dans  une  chambre  couverte  de  plaques  d’airain  ; cachée  dans  une  chambre  sépulcrale,  elle  fut 
chargée  de  chaînes.  » 


LE  TRÉSOR  A ORCHOMÈNE. 


101 


Le  seul  autre  exemple  qui  subsiste  de  murs  qui  aient  reçu  autre- 
fois ce  genre  de  décoration,  c’est  le  trésor  de  Miiiyas  à Orchomèrie. 
Il  est  bâti  d’uii  beau  marbre  blanc;  mais,  sous  d’autres  rapports,  il 
a une  très-grande  ressemblance  avec  le  trésor  d’Atrée.  Il  est  con- 
struit d’après  le  même  principe;  il  semble  être  de  la  même  époque 
et  avoir  été  bâti  pour  le  même  usage.  Chaque  pierre  de  ce  trésor 
montre  également  deux  ou  plusieurs  trous  avec  des  restes  nom- 
breux des  clous  de  bronze  qui  décoraient  la  paroi  intérieure  de 
rédifice'.  Ainsi  il  est  certain  que  dans  une  antiquité  reculée,  quand 
la  sculpture  et  la  peinture  n’étaient  pas  encore  en  usage  pour  la 
décoration  des  murs,  on  employait  des  plaques  de  métal  poli  pour 
donner  à la  fois  de  la  splendeur  et  de  la  dignité  aux  habitations  des 
riches. 

Dans  le  trésor  d’Atrée,  le  linteau  de  la  porte  est  orné  à l’extérieur 
de  deux  moulures  parallèles  qui  descendent  ensuite  jusqu’au  bas 
des  jambages.  Au-dessus  du  linteau  on  peut  discerner  des  trous 
nombreux  qui  ont  dù  servir  à fixer  des  ornements  de  bronze.  Il  y a 
encore  beaucoup  de  ces  trous  sur  le  mur  plat,  au-dessus  de  l’en- 
trée, preuve  du  soin  particulier  que  l’on  avait  mis  à la  décoration 
extérieure  de  l’édifice.  Au-dessus  de  l’entrée  il  y a une  niche  en 
forme  de  triangle  équilatéral  ; chacun  des  côtés  de  ce  triangle  a 

10  pieds  (3  mètres).  Cette  niche  est  construite  comme  la  niche 
triangulaire  qui  surmonte  la  porte  des  Lions.  C’est  la  disposition 
des  assises  en  encorbellement  qui  forme  la  niche,  et  cette  disposi- 
tion ne  peut  avoir  été  adoptée  que  pour  opposer  une  résistance  à la 
masse  du  mur  et  l’empêcher  de  peser  sur  le  linteau. 

A l’extérieur,  devant  chacun  des  deux  jambages,  il  y avait  autre- 
fois une  demi-colonne,  dont  la  base  et  le  chapiteau  étaient  ornés 
de  sculptures  fantastiques  dans  le  style  persépolilaiii.  Au  milieu  de 
la  baie  on  peut  voir  les  trous  destinés  à recevoir  les  gonds  et  les 
verrous  des  portes;  sur  la  même  ligne  il  y a une  certaine  ipiantité 
de  trous  ronds  de  ^ pouces  (0"',05)  de  diamètre  et  de-!  pouce 

1.  Pausanias  (IX,  xxxviii)  dit  de  ce  trésor  : « I.e  trésor  de  Minyas  est  le  plus  merveilleux 
édifice  de  la  Grèce,  et  ne  le  cède  à aiicuue  œuvre  d’art  d’aucun  autre  pays.  Voici  comment 

11  est  construit  ; il  est  en  pierre  et  il  a une  forme  circulaire  ; l’ouverture  de  la  voûte  n'est  ]ias 
très-allongée;  on  dit  que  la  clef  de  voûte  maintient  ensemble  toutes  les  parties  de  l'édifice.  » 


102 


TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES. 


de  profondeur.  Dans  chacun  de  ces  trous  il  y en  a deux  autres  petits 
destinés  à recevoir  des  clous  de  bronze,  dont  il  existe  encore  des 
fragments,  et  qui  fixaient  des  ornements  de  forme  circulaire. 

A droite  de  la  grande  salle  circulaire,  une  porte  de  9 pieds  l 
(‘^"',85)  de  haut  sur  4 pieds  7 pouces  (D'",38)  de  large  conduit  à 
une  seconde  chambre  obscure,  qui  forme  à peu  près  le  carré;  elle  a 
27  pieds  (8“',  10)  de  long  sur  27  pieds  (8™,i0)  de  large  et  19  pieds 
(5™, 7)  de  haut.  Cette  chambre  est  entièrement  taillée  dans  le  roc. 
Au-dessus  de  la  porte  il  y a une  niche  triangulaire  destinée,  comme 
les  autres,  à empêcher  la  maçonnerie  de  peser  de  tout  son  poids  sur 
le  linteau.  Il  y a dans  cette  chambre  une  accumulation  d’immon- 
dices de  3 pieds  1(1  ”',05)  à 4 pieds  (1”',20)  d’épaisseur,  composée 
surtout  du  détritus  des  fientes  de  chauves-souris.  En  pratiquant,  il 
y a trois  ans,  deux  tranchées  dans  cette  chambre,  j’ai  découvert  au 
centre  une  dépression  circulaire,  en  forme  de  grande  cuvette,  de 
1 pied  9 pouces  (0“,53)  de  profondeur  et  de  3 pieds  4 pouces 
(1  mètre)  de  diamètre. 

Près  de  cette  cuvette  je  trouvai  quelques  grosses  pierres  calcaires 
travaillées,  ce  qui  semble  indiquer  qu’il  y avait  autrefois  un  monu- 
ment dans  cette  chambre;  s’il  en  était  autrement,  la  présence  de 
ces  pierres  serait  inexplicable. 

Ce  trésor  est  le  monument  le  plus  important  et  le  seul  complet 
des  temps  préhistoriques  de  la  Grèce,  ecrintérét  qui  s’y  attache  est 
d’autant  plus  grand,  que  la  tradition  l’attribue  à Atrée,  père 
d’Agamemnon,  le  roi  des  hommes. 

DodwelP,  en  parlant  de  ce  trésor  et  des  autres  qui  sont  plus  . 
petits,  dit  : «r  II  est  en  outre  parfaitement  évidentque  ces  construc- 
tions s’appelaient  et  appartiennent  à une  époque  anté- 

rieure à ce  genre  d’architecture  qui  a en  pour  couronnement 
rinvention  du  tenqile  dorique  en  Europe  et  du  temple  ionique  en 
Asie.  A mesure  que  cette  dernière  architecture  fit  des  progrès,  ce 
furent  les  temples  qui  servirent  de  trésors;  ou  bien,  si  l’on  élevait 
des  édifices  spéciaux  pour  servir  de  trésors,  ils  empruntaient  leurs 


1.  VoiififjecIas!^i(iue  et  topnfirapliifpie  à traver?^  la  Orece. 


HYPOTHÈSE  AU  SUJET  DU  TRÉSOH. 


103 


formes  ail  nouveau  style  d’architecture,  comme  nous  l’apprenons 
par  la  description  que  fait  Pausanias  des  trésors  d’Olympie  et  de 
Delphes  h Néanmoins  les  édifices  souterrains  d’une  construction 
analogue  à celle  des  trésors  des  âges  héroïques  continuaient  à 
servir  pour  conserver  l’huile,  le  blé  ou  l’eau,  et  quand  ils  dépen- 
daient d’une  maison  particulière,  ils  devaient  servir  de  lieu  de 
dépôt  pour  toutes  sortes  d’objets  de  valeur.  Ils  sont  très-nombreux 
en  Grèce  ; mais,  dans  aucun  cas,  l’entrée  n’est  placée  sur  le  côté. 
Le  plus  grand  que  je  connaisse  est  celui  de  l’acropole  de  Pharsale. 
Mais  la  meilleure  raison  pour  désigner  ces  constructions  de 
Mycènes  comme  des  trésors,  c’est  le  témoignage  de  Pausanias^; 
â moins  que  l’on  ne  conteste  que  ce  soient  bien  ces  édifices  qu’il 
désigne  par  l’expression  vnoyaia  et  ce  serait  bien 

difficile,  car  sa  description  s’applique  trop  bien  à ces  ruines  pour 
que  l’on  puisse  raisonnablement  admettre  une  telle  supposition. 

((  Donc,  il  y a dix-sept  cents  ans,  ces  édifices  étaient  considérés 
comme  les  trésors  d’Atrée  et  de  ses  fils.  Rien,  à cette  époque,  n’était 
venu  rompre  le  fil  de  la  tradition  mythologique  ou  historique  de  la 
Grèce  telle  qu’elle  avait  été  transmise  aux  Grecs  par  leurs  ancêtres. 
Il  est  vrai  que  dans  bien  des  cas  les  renseignements  fournis  à Pau- 
sanias par  les  ont  pu  être  des  inventions  de  date  compara- 

tivement récente;  mais  on  ne  peut  rien  soupçonner  de  pareil  quand 
il  s’agit  des  principales  traditions  de  Mycènes,  car  elles  sont  con- 
formes â tout  ce  que  les  poètes  et  les  prosateurs  nous  ont  transmis 
concernant  cette  cité.  L’édifice  qui  reste  était  le  plus  grand  de  ces 
trésors;  tout,  même  dans  son  état  actuel,  prouve  que  c’était  un 
somptueux  édifice,  avec  de  magnifiques  décorations  h l’entrée  et 
une  ornementation  de  plaques  métalliques  â l’intérieur.  Donc, 
selon  toute  probabilité,  c’est  â Atrée  lui-même,  le  plus  riche  et  le 
plus  puissant  des  rois  de  la  nolûyjvGog  que  l’on  peut  attri- 

buer le  plus  grand  des  trésors  qui  subsistent,  et  non  pas  â fun  ou 
â l’autre  de  ses  fils.  Agamemnon  dissipa  les  richesses  d'Atrée  dans 
son  expédition  en  Asie  et  passa  la  plus  grande  partie  de  son  règne 


1.  Pausanias,  VI,  xix,  1 ; X,  xi,  I , 

2.  n,  XVI,  6.  Voyez  le  passage  cité  dans  son  entier,  cliap.  lU,  p.  lU),  n"  (>. 


101 


TOPOGRAPHIE  DE  MYGÈNES. 


en  pays  étranger.  Quand  il  revint  dans  sa  patrie,  il  n’avait  plus  ni 
richesses  ni  puissance;  et  Mycènes,  après  lui,  descendit  au  second 
rang  parmi  les  cités  de  l’Argolide.  Aussi  n’est-il  guère  vraisem- 
blable que,  dans  de  pareilles  conditions,  le  tombeau  d’Agamemnon 
ait  pu  être  un  monument  d’une  grande  magnificence.  Pausanias, 
qui  l’a  vu,  n’en  parle  pas  en  ce  sens;  mais  il  nous  donne  clairement 
à entendre  que  le  trésor  et  la  porte  de  la  citadelle  étaient  les  deux 
plus  remarquables  antiquités  de  Mycènes.  ))  ^ 

Selon  moi,  rien  ne  pourrait  mieux  prouver  la  haute  antiquité  de 
ce  majestueux  trésor  souterrain  et  des  autres  trésors  de  Mycènes 
que  leur  caractère  absolument  original  qui  les  distingue  de  toutes 
les  autres  constructions  antiques  de  la  Grèce  et  de  l’Asie  Mineure; 
d’ailleurs  la  méthode  barbare  qui  consiste  à enfouir  les  trésors 
pour  les  mettre  en  sûreté  témoigne  d’un  état  social  tout  à fait 
primitif. 

Ce  qui  prouve  une  fois  de  plus  que  ces  constructions  souter- 
raines servaient  de  trésors,  c’est  que  Mycènes  et  Orchomène  sont 
les  seules  cités  de  la  Grèce  qui  puissent  se  vanter  de  posséder  de 
pareils  édifices  ; et  ce  sont  en  meme  temps  les  seules  auxquelles 
Homère  applique  l’épithète  ou  auxquelles  il  attribue 

de  grandes  richesses. 

M.  Johannes  P.  Pyrlas,  professeur  de  médecine  à Athènes,  a eu 
l’obligeance  d’appeler  mon  attention  sur  un  article  qu’il  a publié 
dans  le  journal  de  Tripolis  (B£XTdW7iç  du  19  novembre  1857),  sur 
les  premières  fouilles  du  trésor  d’Atrée  (communément  appelé  en 
Argolide  le  Tomheciii  (V Agamemnon).  Voici,  sous  toutes  réserves, 
la  traduction  de  cet  article  : 

((  LE  TOMBEAU  d’AGAMEMNOX,  A MYCÈNES. 

(c  En  1808,  au  dire  des  anciens  du  pays,  au  mois  d’avril,  un 
mahométan  de  Nauplie  se  présenta  devant  Véli-Pacba,  alors  gou- 
verneur du  Péloponnèse,  et  lui  dit  qu’il  y avait,  à sa  connaissance, 
plusieurs  statues  cachées  dans  le  tombeau  d’Agamemnon.  Véli- 
Pacba,  qid  était  énergique  et  ambitieux,  commença  immédiate- 


FOUILLES  PAR  VÉLI-PACHA. 


105 


ment  à faire  déblayer  le  terrain  devant  l’entrée  du  tombeau,  en 
employant  à ce  travail  des  hommes  de  corvée.  Api’ès  avoir  creusé 
jusqu’à  une  profondeur  de  3 toises,  les  travailleurs  descendirent  par 
une  échelle  dans  l’intérieur  du  dôme;  ils  y trouvèrent  une  grande 
quantité  de  tombes  anciennes  ; après  les  avoir  ouvertes,  ils  y décou- 
vrirent des  ossements  couverts  d’or  : cet  or  provenait,  sans  nul 
doute,  des  broderies  d’or  des  draperies.  Ils  y trouvèrent  enfin 
d’autres  ornements  d’or  et  d’argent,  et  de  plus  des  pierres  pré- 
cieuses ayant  la  forme  de  celles  qu’on  appelle  antiques  (gemmes)  ; 
mais  aucune  de  ces  pierres  n’était  gravée.  En  dehors  des  tombes, 
ils  trouvèrent  vingt-cinq  statues  colossales  et  une  table  de  marbre. 
Véli-Pacha  fit  transporter  le  tout  au  lac  de  Lerne(lesMoulins)  ; il  fit 
laver  et  nettoyer  les  statues,  les  fit  envelopper  dans  des  nattes  et  les 
envoya  à ïripolis,  où  il  les  vendit  à des  voyageurs;  il  en  tira  envi- 
ron 80  000  gros  (qui  équivalaient  alors  à 20  000  francs).  Ayant  fait 
ramasser  les  ossements  et  tous  les  décombres  contenus  dans  les 
tombes,  il  les  fit  transporter  aussi  à Tripolis  et  les  confia  aux  orfèvres 
les  plus  en  renom,  D.  Kontonikolakos  et  P.  Skouras.  Après  avoir 
nettoyé  les  décombres  et  gratté  les  os,  les  orfèvres  recueillirent  envi- 
ron 4 okes  (4800  grammes)  d’or  et  d’argent.  Les  os  et  les  gemmes 
furent  jetés.  J’ai  eu  ces  renseignements  des  deux  orfèvres,  que  j’ai 
connus  de  leur  vivant,  et  de  mon  père,  qui  vit  les  statues  aux 
Moulins.  )) 

Maintenant,  non-seulement  il  est  improbable  qu’on  ait  décou- 
vert des  statues  de  l’âge  héroïque,  mais  encore  le  récit  qui  pré- 
cède n’est  nullement  confirmé  par  les  vieillards  de  Kharvati,  le  vil- 
lage le  plus  voisin  de  l’emplacement  de  Mycènes,  ni  par  ceux  des 
autres  villages  de  la  plaine  d’Argos.  Tous  s’accordent  à dire  que 
les  fouilles  eurent  lieu  en  1810,  et  que  les  seuls  objets  découverls 
dans  le  trésor  étaient  quelques  demi-colonnes  et  des  frises,  une 
table  de  marbre  et  une  longue  chaîne  de  bronze  qui  descendail  du 
sommet  du  dôme,  et  à laquelle  était  suspendu  uu  candélabre  de 
bronze  f 

1.  Il  ne  faut  pas  confondre  ces  fouilles  avec  la  tentative  que  lit  Véli-l'acha  pour  piller  l'antre 
trésor  en  18“20.  Il  en  a été  parlé  p.  90. 


lOG 


TOPOGIIAPHIE  DE  MYCÈAES. 


J’ai  entendu  répéter  si  souvent  ce  récit  aux  vieillards  de 
l’Argolide,  que  je  le  crois  très-exact,  excepté  cependant  en  ce  qui 
concerne  le  candélabre.  En  effet,  les  chandelles  et  les  lampes 
étaient  absolument  inconnues  d’Homère.  Je  n’en  ai  jamais  ren- 
contré, soit  à Troie,  soit  à Tirynthe  ou  à Mycènes,  dans  les 
décombres  des  maisons  préhistoriques.  Il  ne  semble  pas  qu’il 
y ait  eu  de  lampes  à Tirynthe  ou  à Mycènes  avant  la  prise  de  ces 
deux  villes  par  les  Argiens  en  468  avant  Jésus-Christ;  car,  h 
Mycènes,  je  n’en  ai  trouvé  que  dans  les  décombres  de  la  cité 
plus  moderne,  et  pas  une  seule  à Tirynthe.  Il  faut  donc  de  toute 
nécessité  que  ce  qui  est  désigné  par  les  villageois  comme  un  can- 
délabre ait  été  quelque  autre  objet.  En  outre  tout  ce  récit  des 
fouilles  de  Véli-Pacha  paraît  se  rapporter  h une  spoliation  de  ce 
trésor  qui  doit  avoir  eu  lieu  à une  époque  beaucoup  plus  reculée  ; 
car  déjà  Dodwell,  qui  commença  ses  voyages  en  Grèce  en  1801  et 
les  termina  dans  tous  les  cas  avant  1806,  nous  donne  la  description 
et  les  dessins  de  la  grande  chambre,  tant  à l’extérieur  qu’à  l’inté- 
rieur. Gell  {ArfjoUdé)  aussi,  qui  visita  Mycènes  vers  l’année  1805, 
nous  donne  des  dessins  exacts  du  trésor,  tant  à l’intérieur  qu’à 
l’extérieur.  ÇA‘àY\æ  {Voyages)  ^ qui  visita  Mycènes  à la  même  époque, 
dit,  à propos  du  trésor  d’Atrée  (VI,  492)  : ce  Évidemment  cette 
chambre  a été  ouverte  depuis  sa  construction,  et  ainsi  l’intérieur 
en  a été  mis  à jour  ; mais  on  ne  sait  absolument  rien  de  certain  sur 
l’époque  où  cet  événement  pourrait  avoir  eu  lieu.  A en  juger 
d’après  l’apparence  actuelle  de  l’édifice,  l’événement  doit  avoir  eu 
lieu  à une  époque  très-reculée.  » Dodwell,  le  colonel  Leake  et 
Ernest  Curtius  parlent  aussi  des  fouilles  faites  par  lord  Elgin  dans 
le  trésor  d’Atrée.  Mais,  dans  la  collection  de  dessins  de  lord 
Elgin,  que  l’on  conserve  au  British  Muséum,  on  ne  trouve  rien  qui 
se  rapporte  à ces  fouilles  ou  au  trésor  d’Atrée. 

Selon  le  professeur  E.  Curtius^,  les  fragments  d’ornements  dont 
rémunération  suit  furent  trouvés  devant  l’entrée  du  trésor:  — 
((  La  base  d’une  demi-colonne  de  marbre  verdâtre,  avec  bandes 


I.  Péloponnèse,  U,  p.  4-08. 


107 


or, JETS  TIlOtlVÉS  A l.’ENTISÉE. 

entrohieées  en  relief;  le  Iraginenl  d’une  demi -colonne  ronde, 
avec  décoration  en  zigzag;  des  tables  de  pierre,  l’une  verdâtre, 
l’autre  d’un  rouge  brillant,  la  troisième  de  marbre  blanc  ; toutes 
ces  tables  portaient  une  ornementation  en  relief,  en  forme  de 
coquilles,  d’éventail  ou  en  lignes  spirales,  vivement  indiquées  pai' 
des  contours  ciselés  avec  une  grande  vigueur  et  une  grande  netteté  ; 
enfin  une  dalle  de  marbre  rouge,  que  Gell  trouva  dans  une  cba- 
pelle  voisine.  » 


Fin.  23  a.  — Vaso  jlo  torro  niite  (à  3 nièt  ).  rirandmir  riM'Ilo. 


Fig.  — La  première  des  stèles  fiméraires  trouve'es  sur  les  tombeaux  de  l’acropole. 
Aux  8/100  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  III 


HISTOIRE  DE  MYCÉNES  ET  DE  LA  FAMILLE  DE  PÉLOPS. 

LES  TOMBEAUX  d’AGAMEMNON  ET  DE  SES  COMPAGNONS. 


La  tradition  attribue  à Persée  la  fondation  de  Mycènes.  — Sa  dynastie  remplacée  par  celle  des 
Pélopides.  — La  légende  de  leurs  crimes  inconnue  dTIomère  et  d’Hésiode.  — Histoire  homé- 
rique du  meurtre  d’Agamemnon  par  Égistlie  et  par  Cdytemncstrc  et  de  la  vengeance  qu'en 
tire  Oreste.  — Cycle  de  crimes  imaginé  par  les  aèdes  postérieurs.  — Empire  d'Agamem- 
non.  — Fin  de  la  dynastie  des  Pélopides  à Mycènes  avec  Égisthe.  — Oreste  et  ses  fils.  — 
L’invasion  dorienne.  — Part  que  prit  Mycènes  aux  guerres  médiques.  — Les  Argiens  assiè- 
gent et  prennent  Mycènes.  — Les  murs  de  la  citadelle  épargnés  par  respect  religieux.  — 
Épithètes  homériques  de  Mycènes.  — Sa  « richesse  en  or  »,  confirmée  par  Thucydide.  — Les 
trésors  des  Pélopides  mentionnés  par  Pausanias.  — Trésor  du  Hèræou  près  de  Mycènes.  — 
Existence  probable  d’un  autre  trésor  à Mycènes. 


110 


HISTOIRE  DE  MYOÈNES. 


Les  tombes  royales  décrites  par  Pausanias.  — Ce  passage  est  généralement  mal  interprété. 
— Puits  d’essai  creusés  à Mycènes  en  février  1874.  — Commencement  des  fouilles,  7 août 
1876.  — Loge  de  gardien  à la  porte  des  Lions.  — La  cité  habitée  de  nouveau  après  l’an  468 
av.  J.-C.  — On  ne  connaît  pas  de  monnaies  mycéniennes.  — Ce  qu’on  trouve  au-dessous  de 
la  première  couche.  — Vases  archaïques  peints  comme  ceux  de  Tirynthe.  — Les  vases  sont 
presque  tous  faits  au  tour.  — Idoles  féminines  et  vaches  en  terre  cuite.  — Autres  idoles  et 
animaux.  — Couteaux  de  fer  et  clefs  curieuses  d’une  période  postérieure.  — Couteaux  et 
pointes  de  flèche  en  bronze.  — Ustensiles  de  pierre  et  autres  objets.  — Découverte  d’un  peu 
d’or  et  d’une  grande  quantité  de  plomb.  — Fragments  d’une  lyre  et  d’une  flûte.  — Plaques 
de  terre  cuite  ornementée,  destinées  à la  décoration  des  parois  des  murs.  — Murs  de  maisons 
de  construction  cyclopéenne.  — Une  remarquable  conduite  d’eau.  — Douze  réservoirs  en 
forme  de  tombe.  — Deux  stèles  funéraires  avec  bas-reliefs,  probablement  contemporains  du 
bas-relief  qui  est  au-dessus  de  la  porte  des  Lions. 

r 

Mycènes,  19  août  1876. 

La  tradition  attribue  la  fonda  tion  de  Mycènes  à Persée,  fils  de 
Danaé  et  de  Jupiter.  Persée  eut  d’Andromède  un  fils,  Sthénélos,  à 
qui  il  laissa  son  royaume.  Sthénélos  épousa  Nikippè,  fille  de  Pélops, 
dont  il  eut  un  fils,  Eurysthée,  qui  lui  succéda.  La  dynastie  de 
Persée  finit  avec  Eurysthée,  qui  eut  pour  successeur  son  oncle 
Atrée,filsdePélops.  Atrée  laissa  son  royaume  à son  frère  Thyeste, 
qui  le  laissa  à Agamemnon,  fils  d’ Atrée. 

Selon  la  tradition,  Atrée  et  son  frère  Thyeste  se  disputèrent  la 
domination  de  Mycènes.  Atrée  avait  pour  femme  Aéropè,  qui  fut 
séduite  par  son  frère  Thyeste.  Atrée,  dans  sa  fureur,  pour  se  ven- 
ger de  cet  afifont,  massacra  les  deux  (ou  trois)  fils  de  Thyeste,  et 
les  fit  servir  à leur  père  dans  un  banquet.  Lorsque  Thyeste  le  sut, 
dans  son  horreur  il  renversa  la  table,  vomit  l’horrible  repas  et 
s’enfuit  au  loin,  en  maudissant  la  race  tout  entière  des  PélopidesL 
Aéropé  est  jetée  à la  mer.  Thyeste  demande  à l’oracle  les  moyens 
de  se  venger  de  son  frère  ; l’oracle  lui  répond  que  s’il  a un  fils 
de  sa  propre  fille,  Pélopia,  ce  fils  sera  son  vengeur.  Pour  éviter 
l’inceste,  il  forma  le  projet  de  quitter  la  Grèce  et  de  se  retirer  en 
Lydie  ; mais,  une  nuit  qu’il  faisait,  à Sicyone,  un  sacrifice  en  l’hon- 
neur d’Athènè,  sa  fille  le  rejoignit.  Il  eut  d’elle,  ou  à son  insu  ou 
en  connaissance  de  cause,  son  futur  vengeur,  Égisthe.  Exposé  par 
sa  mère  immédiatement  après  sa  naissance,  Égisthe  fut  trouvé  par 
des  bergers  et  nourri  par  une  chèvre;  c’est  de  là  que  lui  vient  son 


1.  llor.,  EpocL,  V,  86. 


LES  PEUSÉIDES  ET  LES  ATUIDES. 


111 


nom  \ Dans  la  suite,  Atréc  le  fit  chercher  et  l’éleva  comme  son  fils; 
car  Atrée  avait  épousé  Pélopia  au  début  meme  de  sa  grossesse,  et 
il  crut  que  renfant  était  de  lui.  Mais  Égisthe  tua  Atrée,  un  jour 
qu’il  sacrifiait  sur  le  bord  de  la  mer,  parce  qu’Atrée,  se  figurant 
qu’il  était  son  fils,  lui  avait  donné  l’ordre  de  tuer  son  frère  Thyeste. 
Alors  Égisthe  prit,  avec  Thyeste,  possession  du  royaume. 

Mais  Homère  ne  connaît  pas  le  premier  mot  de  ces  sanglantes 
querelles  de  la  maison  des  Pélopides  ; car,  selon  lui  % Jupiter 
envoya,  par  Hermès,  le  sceptre  royal  à Pélops,  comme  symbole  de 
domination.  Pélops  le  donna  à Atrée,  qui,  en  mourant,  le  laissa  à 
Thyeste  ; Thyeste  le  laissa  à Agamemnon  ; et  dans  tout  cela  il  n’y  a 
pas  même  une  allusion  à la  moindre  dispute  ou  à la  moindre  vio- 
lence. Hésiode  parle  de  la  richesse  proverbiale  et  de  la  royale 
majesté  des  Atrides,  mais  il  ne  connaît  rien  de  leurs  crimes.  Homère 
ne  connaît  que  le  crime  d’Égisthe  et  de  Glytemnestre.  Pendant 
qu’Agamemnon  était  absent,  sous  les  murs  de  Troie,  Égisthe  avait 
réussi  à séduire  sa  femme  Glytemnestre,  et  il  eut  l’insolence  de 
faire  aux  dieux  des  offrandes  d’actions  de  grâces  pour  avoir  réussi^. 
Afin  de  n’être  pas  pris  au  dépourvu  par  le  retour  d’ Agamemnon,  il 
établit  un  homme  de  garde  sur  le  bord  de  la  mer;  lorsque  enfin  il 
apprit  l’arrivée  du  roi,  il  l’invita  â un  banquet  et  le  tua  â table,  de 
concert  avec  Glytemnestre  Egisthe  alors  régna  sept  ans  sur 
Mycènes.  La  huitième  année,  comme  les  dieux  le  lui  avaient 
prédit^,  Oreste  apparut  et  vengea  son  père  en  tuant  Égisthe  et  sa 
propre  mère  Glytemnestre 

Selon  toute  apparence,  ce  sont  les  poètes  homériques  i)Oslé- 
rieurs,  suivis  par  les  tragiques,  qui  ont  inventé  les  mythes  des 
crimes  affreux  d’Atrée  et  de  Thyeste,  en  faisant  remonter  d’une 
génération  les  horreurs  de  la  maison  d’Agamemnon.  Mettant  en 
œuvre  d’autres  traditions,  et  particulièrement  riiistoire  de  Thèbes, 


1.  Du  mot  (racine  aly^  chèvre. 

± Il  , II,  loi. 

3.  Hom.,  Od.,  III,  263-^275. 

L Od.,  IV,  524-535  ; cf.  I,  35;  III,  231;  IV,  01  ; IX,  387  ; XXIV,  20,  07. 
5.  Od..  I,  36. 

0.  Od.,  III,  305-310. 


1 


11-2  HISTOIRE  DE  MYCÈNES. 

ils  imaginèrent  un  enchaînement  de  crimes  et  de  scélératesses,  qui 
avait  son  origine  dans  le  meurtre  de  Myrtile  ou  dans  celui  de 
Chrysippeh 

Il  paraît,  d’après  le  témoignage  d’Homère^,  qu’Agamemnon 
avait  réuni  sous  son  sceptre  presque  tout  le  Péloponnèse.  Mais,  si 
l’on  s’en  rapporte  à un  autre  passage^,  il  semblerait  qu’il  régna 
seulement  sur  toute  la  partie  septentrionale  du  Péloponnèse.  La 
dynastie  des  Pélopides  semble  avoir  pris  fin  à Mycènes,  à la  mort 
d’Égisthe;  car  la  tradition  dit  qu’Oreste,  fils  d’Agamemnon,  régna 
en  Arcadie  et  à Sparte,  mais  non  qu’il  succéda  à son  père.  Selon 
Strabon  il  mourut  en  Arcadie.  Pausanias  rapporte  ^ que  son  tom- 
beau était  d’abord  sur  la  route  de  Sparte,  à Tégée;  plus  tard  ses 
os  furent  ensevelis  à Sparte®.  Il  ne  semble  pas  qu’aucun  des 
deux  fils  d’Oreste,  Penthilos  et  Tisamène,  ait  régné  à Mycènes. 
Strabon’  dit  qu’ils  restèrent  dans  les  colonies  éoliennes  d’Asie 
Mineure  fondées  par  leur  père.  Selon  Pausanias  l’invasion  des 
Doriens  avait  déjà  eu  lieu  au  temps  d’Oreste;  Thucydide  la 
place quatre-vingts  ans  après  la  guerre  de  Troie. 

Il  est  probable  que  c’est  Pausanias  qui  est  dans  le  vrai  ; en  effet, 
il  n’y  a qu’une  terrible  révolution  politique  et  une  grande  cata- 
strophe qui  aient  pu  empêcher  Oreste  de  devenir  roi  de  Mycènes,' 
l’Etat  le  plus  riche  et  le  plus  puissant  de  la  Grèce,  et  qui  lui  reve- 
nait de  droit,  comme  fils  unique  dn  glorieux  Agamemnon,  objet 
de  regrets  univei'sels. 

Strabon  confirme  ce  fait,  que  le  point  de  départ  de  la  décadence 
de  Mycènes  est  la  mort  d’Agamemnon  et  principalement  le  retour 
des  Héraclides.  Mais,  quoique  la  cité  eût  beaucoup  perdu  en  puis- 
sance et  en  population,  quoiqu’elle  fût  tombée  au  rang  d’une 

1.  Weicker,  Gr.  Trag.,  I,  358. 

± IL,  IX,  U9-15I. 

3.  IL,  U,  569. 

i.  XIII,  p.  582. 

5.  ni,  Tii,  6. 

G.  Pans.,  III,  XI,  10. 

7.  IX,  p.  401. 

8.  VIII,  V,  1. 

9.  I,  12. 

10.  VIII,  p.  372 


!Æ  ROYAUME  Ü ’ AG AMEMNON. 


113 


petite  ville  de  pruviiice,  cependant  elle  conservait  encore  une  cer- 
taine indépendance.  Inspirée  par  le  souvenir  de  son  glorieux  passé, 
elle  équipa  quatre-vingts  hommes,  qui  furent  son  contingent  aux 
ïhermopyles  ‘ ; un  an  plus  tard,  de  concert  avec  Tiryntlic,  elle 
envoya  quatre  cents  hommes  à Platées\  Le  nom  de  Mycènes  fut 
gravé,  avec  ceux  des  autres  cités  qui  avaient  pris  part  à cette  glo- 
rieuse campagne,  sur  la  colonne  d’airain  où  étaient  représentés 
trois  serpents  soutenant  un  trépied  d’or,  que  les  Spartiates 
dédièrent  à Apollon  delphien,  comme  la  dîme  du  butin  enlevé  aux 
Perses.  Cette  colonne  d’airain  est  aujourd’hui  dans  l’ancien  hippo- 
drome (le  Maidan)  à Constantinople,  où  elle  fut  probablement 
apportée  par  Constantin  le  Grand.  Les  Argiens,  qui  étaient  restés 
neutres,  envièrent  aux  Mycéniens  l’honneur  d’avoir  pris  part  à ces 
batailles;  ils  craignirent  en  outre,  en  considérant  l’ancienne  gloire 
de  cette  cité,  de  voir  Mycènes  usurper  la  domination  de  toute 
l’Argolide. 


Pour  ces  raisons,  ligués  avec  les  habitants  de  Cléonée  et  de  Tégée, 
ils  assiégèrent  Mycènes  dans  la  TS""  olympiade  (468  av.  J.-C.). 
Les  puissantes  murailles  de  la  citadelle,  derrière  lesquelles  les 
habitants  s’étaient  retirés,  résistèrent  à tous  les  assauts  de  rennemi  ; 
mais,  à la  fin,  la  famine  força  les  Mycéniens  à se  rendre.  Il  paraît 
qu’en  considération  de  la  gloire  passée  de  la  cité,  les  vainqueurs 
traitèrent  les  Mycéniens  avec  clémence,  car  ils  leur  permirent 
d’émigrer  où  ils  voudraient  ; les  uns  s’établirent  à Cléonée,  les  antres 
à Kérynia  en  Achaïe,la  plus  grande  partie  en  Macédoine  ]\Iais  ce 
récit  n’est  pas  confirmé  de  tout  point  parDiodore  de  Sicile  qui 
dit  que,  lorsque  Mycènes  se  rendit,  les  Argiens  réduisirent  tons  les 
habitants  en  esclavage.  Si  cette  tradition  est  vraie,  il  est  à supposer 
que  les  Argiens  forcèrent  les  Mycéniens  à s’établir  à Argos,  car  il 
était  très-important  pour  eux,  à cette  époque,  d’accroître  la  popu- 
lation de  leur  ville.  Quoi  qu’il  en  soit,  comme  le  (ht  Podwell,  il 
semble  qu’une  crainte  religieuse  ait  empeebé  les  Argiens  de  détruiie 


1.  Hérod.,  VII,  “20^2. 

2.  Hérorl.,  IX,  28. 

d.  Paus.,  VU,  XXV,  T). 
i.  XI.  Po. 


MYCÈNES. 


8 


lU 


HISTOIRE  DE  MYCÈNES. 


les  énormes  murailles  cyclopéennes  de  Tirynthe  et  de  Mycènes, 
parce  quelles  étaient  considérées  comme  des  enceintes  sacrées,  et 
révérées  comme  des  sanctuaires  de  Hèra  ; or  Hèra  était  adorée  avec 
une  ferveur  égale  par  tous  les  habitants  de  l’Argolide.  Les  Argiens 
se  contentèrent  donc  de  démanteler  une  très-petite  partie  des  murs 
de  la  citadelle,  tandis  qu’ils  rasèrent  à fleur  de  terre  ceux  de  la 
basse  ville. 

Homère  applique  à Mycènes  les  épithètes  de  c(  cité  bien  bâtie  \ 
cité  aux  larges  rues^,  cité  riche  en  or^».  La  seconde  de  ces  épithètes 
ne  peut  s’appliquer  qu’à  la  large  rue  qui  conduisait  de  la  porte  des 
Lions,  tout  le  long  de  la  colline,  à travers  la  ville  close  de  murs,  au 
pont  qui  était  jeté  sur  le  torrent  de  la  ravine  ; en  effet,  comme  tout 
le  reste  de  la  ville,  aussi  bien  que  le  faubourg,  était  bâti  sur  des 
pentes,  les  autres  rues  doivent  avoir  été  plus  ou  moins  montantes, 
et  ce  n’est  pas  à elles  que  pouvait  faire  allusion  l’épithète  svpvi^/via. 
En  ce  qui  concerne  l’épithète  nGlvy^pvcjoç,  une  autorité  importante, 
Thucydide'^,  nous  apprend  que  Mycènes  avait  de  grandes  richesses 
sous  la  domination  des  Pélopides;  voici  ce  qu’il  dit:  (c  Pélops, 
ayant  apporté  d’Asie  de  grands  trésors  aux  populations  pauvres 
(de  la  péninsule),  établit  son  autorité  parmi  elles,  et,  quoiqu’il 
ne  fût  qii’im  étranger,  donna  son  nom  à la  contrée;  ses  descen- 
dants (les  Pélopides,  Atrée  et  Agamemnon)  devinrent  encore  plus 
puissants.  » Thucydide  ajoute  (|u’il  lui  semble  « que  les  autres 
Grecs  se  joignirent  à Agamemnon  dans  son  expédition  contre  Troie, 
moins  par  dévouement  que  par  crainte  de  sa  puissance;  car  non- 
seulement  c’est  lui  qui  arma  le  plus  grand  nombre  de  vaisseaux, 
mais  encore  il  fournit  des  navires  aux  Arcadiens,  comme  le  dit 
Homère,  si  Homère  peut  être  considéré  comme  une  autorité  digne 
de  foi.  Mais  en  parlant  du  sceptre  qu’ Agamemnon  reçoit  en  héri- 
tage, il  dit  que  ce  prince  régnait  sur  beaucoup  d’îles  et  sur  l’Argo- 
lide  tout  entière  (ttoXX-^^îv  v^ocjolgl  xaï  Apyet  navzl  àviaaiiv)  ; comme 
il  habitait  sur  le  continent,  à moins  d’avoir  une  flotte,  il  ne  pon- 

1.  IL,  II,  569  : £'JXTl[JL£VOV  7IToXt£fjpOV. 

i2.  IL,  IV,  52  : £'jpuày\jia  MuxrjV/;. 

3.  IL,  VII,  180;  OcL,  III,  305  : MuxtiV/;;:. 

4.  I,  9. 


ÉPITHÈTES  H031ÉR1QUES  DE  MYCÈNES. 


115 


vait  avoir  régné  sur  des  îles,  excepté  sur  celles  qui  étaient  dans  le 
voisinage  de  la  côte  et  qui  ne  pouvaient  être  nombreuses.  D’après 
cette  expédition  (celle  de  Troie),  nous  pouvons  donc  nous  imaginer 
ce  que  durent  être  celles  qui  la  précédèrent.  Si  Mycènes  était  petite, 
et  si  plusieurs  autres  cités  de  cette  époque  nous  paraissent  aujour- 
d’hui peu  considérables,  nous  ne  pourrions  déduire  de  ce  fait  une 
raison  suffisante  de  douter  que  l’expédition  n’ait  été  aussi  impor- 
tante que  les  poètes  nous  la  représentent  et  que  la  tradition  le  con- 
firme. » 

Déport  de  Mycènes  n’était  pas  Nauplie,  mais  Eïones  (’Hîovsg), 
qui  était  située  également  sur  le  golfe  Argolique,  au  sud-est  de 
Nauplie.  Il  y a apparence  que  la  destruction  de  cette  ville  remonte 
à l’invasion  dorienne.  StraboiE  dit  qu’elle  avait  été  entièrement 
détruite,  et  que,  de  son  temps,  ce  n’était  plus  un  port.  Selon 
Homère  -,  ’htdvsç  prit  part  à la  guerre  de  Troie  ; elle  appartenait  à 
Diomède,  roi  d’Argos  et  vassal  d’Agamemnon. 

De  la  puissance  et  de  la  richesse  des  Pélopides,  nous  avons 
autant  de  preuves  palpables  et  certaines  dans  cette  quantité  de 
vastes  constructions  souterraines  que  Pausanias^,  appuyé  sur  la 
tradition,  appelle  leurs  trésors,  et  qui  ne  peuvent  avoir  servi  h 
autre  chose  qu’à  entasser  les  richesses  royales. 

Je  dois  faire  remarquer  ici  qu’outre  les  trésors  précédemment 
décrits  qui  sont  dans  la  ville  de  Mycènes  proprement  dite  ou  dans 
son  faubourg,  il  y a encore  un  autre  trésor  près  du  grand  Hèræon, 
qui  est  à 10  stades  de  Mycènes  suivant  Strabon à 15  selon  Pansa- 
nias  En  outre  la  conformation  des  pentes  entre  le  trésor  d’Atrée 
et  la  porte  des  Lions  me  fait  croire  qu’il  y a encore  un  trésor  pins 
considérable  caché  à mi-chemin,  à peu  près,  entre  ces  deux  points. 

Pausanias  dit^  : (c  Parmi  d’autres  restes  de  la  muraille  est  la  porte 
au-dessus  de  laquelle  il  y a des  lions.  Ce  sont  (les  murs  et  la  porte) 

1.  VHI,p.  373. 

2.  IL,  11,  561. 

3.  II,  XVI,  6. 

4.  VIII,  p.  368. 

5.  II,  XVII. 

6.  Il, XVI,  5-7  : AeiTTStat  Se  op-W;;  ïxi  xaiaX).a  xoO TispiêoXo'J  xa\  rj  ti'jXy]  ' 'Xsovtsç  os  sçsaTrjXa- 
o-'.v  ri'jxry  KuxXcoutov  ôà  xa\  xauxa  spya  sîvai  Xéyo'jtTiv,  o't  llpoixo)  xb  xsr/o;  STTOtr^o-av  xb  sv 


116 


HISTOIRE  DE  MYCÊNES. 


des  ouvrages  des  Cyclopes,  qui  bâtirent  pour  Prœtos  la  muraille 
de  Tiryntlie.  Dans  les  ruines  de  Myeènes  se  trouvent  la  fontaine 
nommée  Perséia  et  les  constructions  souterraines  d’Atrée  et  de  ses 
fds  dans  lesquelles  ils  accumulaient  leurs  trésors.  Il  y a le  tombeau 
d’Atrée  et  ceux  des  compagnons  d’Agamemnon,  qui  furent  tués 
dans  un  banquet  par  Égisthe,  à leur  retour  d’Ilion.  Les  Lacédémo- 
niens d’Amyclées  mettent  en  question  rauthenticité  du  tombeau 
de  Gassandre.  Il  y a le  tombeau  d’Agamenmon,  celui  d’Eurymédon, 
conducteur  de  son  cbaiq  et  celui  d’Électre.  Télédamus  et  Pélops 
furent  ensevelis  dans  le  même  tombeau  ; car  on  dit  que  Gassandre 
était  la  mère  de  ces  deux  jumeaux,  et  que,  quand  iis  étaient  encore 
enfants,  ils  furent  tués  par  Égisthe  avec  leurs  parents.  Ilellanikos 
(495-411  av.  J. -G.)  écrit  que  I^ylade  ayant  épousé  Electre,  du  con- 
sentement d’Oreste,  eut  d’elle  deux  fils,  Médon  et  Strophios.  Gly- 
temnestre  et  Égisthe  furent  enterrés  à une  petite  distance  en  dehors 
du  mur,  parce  qu’on  les  jugea  indignes  d’avoir  leurs  tombeaux 
dans  son  enceinte,  où  reposaient  Agamemnon  et  ceux  qui  avaient 
été  tués  avec  lui.  » 

Il  est  étrange  que  le  colonel  Leake‘,  DodwelP,  ProkesclP,  Ernest 
Gurtius'*  et  tous  les  autres  auteurs  qui  ont  écrit  sur  le  Péloponnèse 
se  soient  trompés  dans  l’interprétation  de  ce  passage  dePausanias; 
en  effet,  ils  ont  pensé  qu’en  parlant  du  mur,  il  désignait  le  mur  de 
la  cité  et  non  pas  la  grande  muraille  de  l’acropole.  Ils  ont  donc 
compris  que  Pausanias  fixait  l’emplacement  des  cinq  tombeaux 
dans  la  basse  ville  et  celui  des  tombeaux  d’Égisthe  et  de  Glytem- 


TtpUvO'.  M'JXTjV&V  Û£  £V  TOÎÇ  EpStTItOlÇ  Xp/jV/)  T£  £f7Tl  XaAOU[JL£V n£pO-£''a,  Xa\  ’ÀTpÉWÇ  Xai  Tc6V7:at5o)V 
'JTcoyaia  otxooo[J.r,[xaTa,  £v0a  ot  Or,cra'jpot  acfiai  xcov  "/pr,[xaT0)v  Tàcpoç  Ô£  ecttc  [xàv  ’Arpito;-, 

z\a\  ôà  xat  oaou;  aùv  ’Aya[X£[j.vovt  STiavrjxovTa;  l'i  Taco'j  &£i7uvta-aç  xaT£cp6v£'j(7£V  AîytaÔQç.  ToO 
[X£V  or\  Kaaaàvûpaç  [jLvr,[j,aTo;  à[xcpi(7g-/]ToO(Tt  Aaxsoaip-ovtwv  o\  Tiôp'i  ’AjA'jxAaç  ocxoOvteç  • £T£pov 
0£  laivi  ’ Aya[X£[AVovoç,  x'o  Sà  Eùpufxlôovxoç  xoO  r^vibyoM,  xai  T£X£oa[xou,  xb  aùxb  xai  IIIXottoç, 
xo’jxouç  yàp  X£X£Îv  ôi5'J[ao'jç  KacrcravSpav  v/]ucouç  ôà  £Xt  ovx^;  £7rixax£(7:pa|£  xoîç  yovîjoriv 

AlytafJo;,  xat  ’HXâxxpa?  • IT'jXào-/]  yàp  trv'Mxqa-zv  ’OpÉcrxo’j  oovxoç.  'EXXàvtxoç  ôà  xat  xàoî 
Eypa'I^E,  Mlbovxa  xa't  Ilxpbçtov  yEVÉcrOat  lluXàSY)  Traîôaç  £^  ’HXéxxpaç.  KX'jxat[j.vr,(7Xpa  §£  zroccp-q 
xa't  Atytaôo?  oAtyov  àTïcoxépco  xoO  x£t-/0'jç  Ivxbç  oà  àTryj^ttAByiaav,  £vOa  ’Aya[xfp.vwv  x£  a-jxb; 
£X£txo  xat  oi  crùv  IxEtvo)  çove’jOIvxe;. 

1.  Peloponnesiaca,  t.  II,  p.  365, 

2.  Voyage  classique  et  topographique  en  Grèce,  t.  II,  p.  236. 

3.  Denkiuïirdigkeiten  und Eïinnerungen,  t.  II,  p.  276. 

■i.  Péloponnèse,  t.  II,  pp  il  1-113. 


CITATIONS  DE  PAÜSANIAS  SUD  LES  TOMBES  ROYALES.  117 


nestre  en  dehors  de  son  enceinte.  Mais  ce  qui  prouve  bien  que  telle 
n’était  pas  son  intention  et  qu’il  avait  seulement  en  vue  les  murs 
de  la  citadelle,  c’est  qu’il  dit  que  la  porte  des  Lions  est  pratiquée 
dans  ce  mur.  Il  est  vrai  qu’il  parle  plus  loin  des  ruines  de  Mycènes, 
parmi  lesquelles  il  vit  la  fontaine  Perséia  et  les  trésors  d’Atrée  et 
de  ses  fils,  ce  qui  ne  peut  s’appliquer  qu’au  grand  trésor  décrit 
ci-dessiis,  lequel  se  trouve  en  effet  dans  la  basse  ville  et  peut-être 
à quelques-uns  des  petits  trésors  du  faubourg.  Mais,  quand  il  dit 
ensuite  que  les  tombeaux  d’Égisthe  et  de  Clytemuestre  sont  à une 
petite  distance  eu  dehors  du  mur,  parce  que  ces  personnages 
étaient  jugés  indignes  d’être  ensevelis  dans  son  enceinte,  où  repo- 
saient Agamemuou  et  ses  compagnons,  il  n’est  pas  douteux  qu’il 
n’ait  en  uniquement  en  vue  que  les  énormes  murs  cyclopéens  de  la 
citadelle.  D’ailleurs  Pausaniasnepouvaitparler  que  des  murs  qu’il 
avait  vus  et  non  de  ceux  qu’il  n’avait  pas  vus.  Il  vit  les  énormes 
murailles  de  la  citadelle,  parce  qu’elles  subsistaient  de  sou  temps 
dans  le  même  état  où  nous  les  voyous  aujourd’hui;  mais  il  ne  put 
voir  le  mur  de  la  basse  ville,  parce  que  ce  mur,  qui  avait  toujours 
été  de  peu  d’épaisseur,  avait  été  démoli  six  cent  trente-huit  ans 
auparavant.  Pausauias  n’était  pas  un  archéologue  curieux  de 
rechercher  les  traces  de  ce  mur  et  encore  moins  de  faire  des 
fouilles  pour  les  retrouver. 

Du  temps  de  Pausauias,  l’emplacement  de  Mycènes  présentait 
juste  la  même  solitude,  la  même  nudité  et  la  même  âpreté  d’aspect, 
les  mêmes  pâturages  entremêlés  de  pentes  douces  et  de  rochers 
abrupts  qu’il  présente  aujourd’hui.  Il  est  impossible  qu’il  s’y  soit 
produit  le  moindre  changement,  et  les  restes  de  la  basse  ville 
devaient  être  alors  aussi  iusiguitlauts  qu’ils  le  soûl  aujourd’hui. 
Cette  iusigiiifiauce  est  telle,  que  les  voyageurs  semblent  ii’avoir 
remarqué  que  les  traces  du  mur  construit  sur  la  colline;  personne, 
avant  moi,  ne  paraît  avoir  recoiiuu  les  traces  du  mur  situé  à 
l’opposite,  qui  court  le  long  du  bord  de  la  ravine  du  torrent. 

Pour  toutes  ces  raisons,  j’ai  toujours  interprété  le  passage  de 
Pausnuias  eu  ce  sens  que  les  cinq  tombes  étaient  dans  l’acropole. 
J’ai  démontré  ce  point  dans  mou  ouvrage  intitulé  Jfl/afjuu,  lu  Pvio- 


118 


HISTOIRE  DE  MYCÈNES. 


ponnèse  et  Troie  (p.97),  que  j’ai  publié  au  commencement  de  1869. 
En  février  1874  donc,  j’y  creusai  trente-quatre  puits  en  différents 
endroits,  afin  de  sonder  le  terrain  et  de  découvrir  l’endroit  où  je 
devais  fouiller.  Les  six  puits  que  je  pratiquai  sur  la  première 
terrasse  ouest  et  sud-ouest  donnèrent  des  résultats  très-encou- 
rageants, surtout  les  deux  que  je  perçai  à 100  yards  (88  mètres) 
au  sud  de  la  porte  des  Lions.  Non-seulement  j’atteignis  deux  murs 
de  maisons  de  construction  cyclopéenne,  mais  encore  je  décou- 
vris une  dalle  sans  sculptures  qui  ressemblait  à une  stèle  funéraire, 
et  quantité  d’idoles  féminines  et  de  petites  vaches  en  terre  cuite. 
Je  résolus  donc  de  faire  immédiatement  des  fouilles  considé- 
rables en  cet  endroit;  mais  j’en  fus  empêché  par  diverses  cir- 
constances qu’il  est  inutile  d’expliquer  ici  ; ce  n’est  que  récemment 
qu’il  m’a  été  possible  d’exécuter  mon  plan. 

Je  commençai  ce  grand  travaille  7 août  1876,  avec  soixante- 
trois  travailleurs  que  je  partageai  en  trois  escouades.  Je  mis  douze 
hommes  à la  porte  des  Lions  pour  ouvrir  le  passage  qui  mène  dans 
l’acropole;  quarante-trois  autres  eurent  à creuser, à une  distance 
de  40  pieds  (12  mètres)  de  la  porte,  une  tranchée  de  113  pieds 
(33“*, 90)  de  long  sur  autant  de  large  ; les  huit  qui  restaient  reçurent 
l’ordre  de  creuser  une  tranchée  au  sud  du  trésor  de  la  basse  ville, 
près  de  la  porte  des  Lions,  pour  en  chercher  l’entrée.  Mais  le  sol 
en  cet  endroit  était  dur  comme  de  la  pierre  et  si  encombré 
d’énormes  blocs,  qu’il  me  fallut  deux  semaines  pour  arriver  seule- 
ment à la  partie  supérieure  de  l’espace  ouvert,  de  forme  triangu- 
laire, qui  est  au-dessus  de  la  porte  : je  pus  dès  lors  calculer  que  le 
seuil  de  la  porte  du  trésor  serait  à 33  pieds  (10  mètres)  plus  bas. 

J’eus  aussi  beaucoup  de  peine  à la  porte  des  Lions,  parce  que  le 
passage  était  obstrué  d’énormes  blocs,  qui  semblent  avoir  été  lan- 
cés du  haut  des  murs  voisins  sur  les  assaillants,  quand  la  citadelle 
fut  prise  par  les  Argiens  en  468  avant  Jésus-Christ.  L’encombre- 
ment de  l’entrée  doit  dater  de  cette  époque,  car  les  décombres  sous 
lesquels  les  blocs  sont  enfouis  n’ont  pas  été  formés  par  une  série 
d’habitations  successives;  ce  sont  évidemment  les  pluies  qui  les 
ont  apportés  graduellement  du  haut  des  terrasses  supérieures. 


RÉOCCUPATION  DE  MYGÈNES. 


119 


IniiDédiatement  à gauche  de  rentrée,  je  découvris  une  petite 
chambre  qui  avait  servi  certainement  d’habitation  à l’ancien 
gardien  de  la  porte  ; le  plafond  est  formé  d’une  grande  dalle. 
La  pièce  n’a  que  4 pieds  | (1“,35)  de  haut;  elle  ne  serait 
guère  du  goût  de  nos  portiers  d’aujourd’hui.  Mais,  dans  les 


Fin.  25.  — Vase  de  (erre  cuite  (à  3 met.).  Aux  trois-quarts  environ  do  la  grandeur  réelle. 


temps  héroïques,  le  comfort  était  inconnu,  particulièrement  des 
esclaves,  et  partant  l’on  n’en  sentait  pas  la  privation. 

Aucun  écrivain  ancien  ne  mentionne  ce  fait  que  Mycènes  fut 
de  nouveau  habitée  apiûs  qu’elle  eût  été  juase  par  les  Argiens  et 
que  les  habitants  en  eurent  été  chassés.  Au  contraire,  Diodore  de 
Sicile,  qui  vécut  du  temps  de  Jules  César  et  d’Auguste,  après  avoir 
décrit  le  sort  tragique  de  Mycènes,  ajoute  : « Cette  ville,  qui,  dans 
l’antiquité,  possédait  à la  fois  puissance  et  richesse,  qui  avait  pro- 
duit de  si  grands  hommes  et  accompli  des  exploits  si  importants. 


m 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


fut  alors  détruite  et  demeura  inhabitée  jusqu’à  nos  jours  h )) 
Que  Mycènes  ait  été  inhabitée  du  temps  de  Strabon  (c’est-à-dire 
sous  Auguste),  nous  devons  le  conclure  de  la  remarque  suivante  : 
((  De  sorte  qu’aujourd’bui  il  est  impossible  de  trouver  même  un 
vestige  de  la  cité  des  Mgcéniens  . )>  Pour  sûr,  elle  était  également 


Fiü.20.  — Cniclio  (11)  Ir'iTC  riiil(\  Font!  janno,  lignes  noires  (à  3 nièt.).  Aux  sopl-ncovièmi^s  de  la  grandeur  réelle. 


inhabitée  du  temps  de  Pausanias  (170  apr.  J. -G.),  qui  en  décrit 
les  ruines  b 

Mais  j’ai  mis  en  lumière  des  faits  qui  prouvent  très-positivement 
que  Mycènes  avait  été  habitée  de  nouveau,  et  que  la  nouvelle  ville 

1.  XI,  Gô  ; Ka\  (5ié[J.£iv£V  (xocxTjToç  [xé'/pi  twv  y.aO’  rjiJ-àç  '/povcov. 

2.  Slrabon,  VIII,  p.  372:  "üaTs  vOv  [xr,o’  i/yoç,  £jpta’X£'TÔat  Tr,ç  M'jxrp/aûov  tcoXecoç. 

3.  II  lions*  paraît  vraiment  falmlcux  qn’nn  géographe  comme  Strabon,  qui  était  à Corinthe, 
c’est-à-dire  à 5 lienes  seulement  de  Mycènes,  qu’nn  géograplic  dont  tons  les  efforts  ten- 
daient à faire  des  investigations  profondes  sur  la  géograpliie  homérique,  n’ait  jamais  enteiuln 
parler  des  mines  gigantesques  de  Mycènes,  et  qn’il  ait  crn  sur  onï-dire  que  cette  ville  avait 
disparu  sans  laisser  de  traces.  Le  fait  nous  paraît  d’antant  pins  surprenant  que  dans  l’anli- 
f.|nité  le  passé  glorieux  de  Mycènes  excitait  nn  enthousiasme  universel. 


ANCIENS  VASES  PEINTS. 


121 


avait  même  existé  pendant  une  longue  période,  probablement  pins 
de  deux  cents  ans;  en  effet,  il  y a à la  surface  de  l’acropole  une 
couche  de  décombres  de  l’époque  hellénique,  qui  a nue  épaisseur 
moyenne  de  1 inètre.  Quoiqu’il  me  soit  impossible  de  fixer,  en 
me  servant  des  fragments  de  poterie,  l’époque  précise  où  la  ville 
fut  occupée  de  nouveau,  néanmoins,  comme  la  poterie  peinte  de 
la  meilleure  période  hellénique  y fait  défaut,  comme  les  nom- 
breuses figures  de  terre  cuite  et  les  vases  cannelés  que  j’y  découvre 


Fig.  27.  — Va.se  de  terre  jaune  clair,  orne'  de  lig'iics  noires  et  jaunes  (à  3 met.).  Grandeur  réelle. 


sont  évidemment  de  l’époque  macédonienne,  en  descendant  jus- 
qu’au deuxième  siècle  avant  Jésus-Christ,  je  présume  que  la  nou- 
velle colonie  peut  avoir  été  fondée  an  commencemenl  du  quatrième 
siècle  avant  Jésus-Christ,  et  peut  avoir  été  abandonnée  an  commen- 
cement du  second.  L’exactitude  de  ces  deux  dates  extrêmes  semltle 
être  prouvée  par  la  découverte  de  médailles  de  bronze,  qui,  presque 
toutes,  portent  d’un  côté  une  tête  de  Ilèra  couronnée,  de  faiilre 
nue  colonne,  à gauche  de  laquelle  il  y a un  casque  et  adroite  uii  Q. 
On  suppose  généralement  que  ce  caraclère  esl  un©,  et  Ton  attri- 
bue eu  conséquence  ces  monnaies  à la  cité  argolique  de  Tbyréa. 
Mais  mes  honorables  amis  A,  Postolakkas  et  P.  Lampros,  dont  je 


122 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


partage  ropinion,  pensent  que  0 est  le  spiritus  asper,  et  appar- 


FIG.  28.  — Vase  de  terre  noire  et  jaune  (à  6 met.).  Aux  qiiatre-cinqnièmes  environ  de  la  grandeur  reelie. 


tient  an  mot  encore  inconnu  qui  désigne  la  valeur  de  la  monnaie. 


FiCr.  29.  — Vase  de  terre  cuite.  Bandes  jaunes  et  rougeâtres;  lignes  noires  (a  1™,  1d'.  Grandeur  reolle. 

Cette  monnaie  appartient  à la  cité  d’Argos,  elle  est  de  1 époque 


VASES  MYCÉNIENS  PEINTS.  'Iü3 

mnoédonienne,  ce  qui  détruit  l’iiypolhèse  qui  l'üit  du  .siguc  en 


Fig.  30  à 3i.  — Frngmoiits  do  vases  peints  de  Mycones.  Dimensions  réelles  et  dimensions  réduites. 


queslion  nu  ©,  rnsagc  do  donner  an  0 celle  valenv  ne  > t'iaiil 


124  FOUILLES  A MYCÈNES. 

établi  qu’à  l’époque  de  la  conquête  romaine.  Je  n’ai  trouvé  abso- 
lument aucune  monnaie  romaine  ou  byzantine.  Je  puis  faire  obser- 


Fig.  37  (à  4 met.) . 

Fig.  35  à 37.—  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes.  Dimensions  réelles  et  dimensions  réduites. 


ver  que  Mycènes  semble  n’avoir  jamais  de  son  chef  Irappé  aucune 
monnaie;  du  moins  on  n’en  a pas  encore  trouvé  une  seule  pièce. 
Au-dessous  de  la  cité  helléniqne,  qui  est  comparativement 


POTERIE  PEINTE  DE  MVCÈNES 


125 


niodtM’iie,  je  trouve  par  milliers  des  fragmeiils  de  ees  vases  arehaiVj  lies 
si  magnifiquemeut  peints,  dont  j’ai  déjà  fait  mention  en  paidant 


Fig.  38  à 4i.  — Fragments  de  vases  points  do  Mycènes.  Dimensions  rdollos  et  diimmsions  rodiiiles. 


de  Tirynthe.  Le  type  de  vase  rpie  je  rencontre  le  [iliis  fréquemment 
a la  forme  d’un  p^lobe,  soutenu  par  un  support  pial,  surmonlé  (rmi 
cou  éti’oit  et  très-élégant  qnin’esl  pas  [lercé;  rexinuuilé  snpérienre 


1“26 


FOUILLES  A MYCÈNES. 
de  ce  cou  est  reliée,  des  deux  côtés,  à la  partie  supérieure  du  corps 


Fig.  48  (à  4 met.). 


Fig.  49  (à  3 met. 


^ M,ca,es.  ai.e„si„„s  ..U.s  . .n.n.c.  ...U,Ues. 


par  une  anse 


d’un  beau  dessin.  L’ouverture  véritable  du  vase  est 


POTERIE  PEINTE  DE  31YCÈNES, 


ni 

en  tonne  de  tuyau,  et  toujours  voisine  du  cou  non  percé  \ Ces  vases 
présentent  toujours  une  ornementation  peinte  très-variée,  qui  con- 
siste en  bandes  circulaires  horizontales,  en  spirales  et  autres  déco- 
rations de  fantaisie  qui  varient  d’un  vase  à l’auti'e.  Le  cou  non 


Fig.  50  à 54,  — Fragments  de  vases  peints  de  Myccncs.  Dimensions  réelles  et  dimensions  réduites. 


percé  de  ces  vases  se  termine  par  une  surface  plane  ; an  centre  de 
cette  surface,  il  y a généralement  un  point  blanc,  entouré  de  trois, 
quatre,  six  cercles  rouges,  ou  même  davaidage  ; (pielquefois  c’esl 
une  croix  qui  est  peinte  an  niilieu-dc  ces  cercles. 

On  rencontre  quelquefois  des  vases  delà  même  forme  en  Alliqiu'  ; 
on  en  a même  découvert  ([uelques  spécimens  à Chypre,  aussi  bien 

1.  Duils  la  ligure  le  guulut  est  eu  partie  caché  par  iiiic  des  anses. 


m 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


que  dans  des  tombes  égyptiennes.  M.  Charles  T.  Newton  a appelé 


Fig.  57  (à  4 aièl.).  ^ met.). 


Fig.  55  à 61.  — Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes.  Dimensions  réelles  et  dimensions  rcdmles. 

mon  atlention  sur  qnaranie-trois  vases  de  la  meme  terme  absolu- 


POTERIE  PEINTE  DE  MYCENES, 


129 


ment;  (jiie  roii  a trouvés  dans  un  tombeau  à lalysos,  dans  bile  de 


Fig.  64  (à  6 met.). 


Fig.  66  (à  5 met.). 


Fig.  65  (à  4 met.). 


Fig.  67  0 5 met.). 


Fig.  62  à 67.  — Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes.  Dimensions  réelles  et  dimensions  réduites. 


Pdiodes,  en  même  temps  que  d’autres  objets  que  l’on  reneoutre 


MVCENKS. 


9* 


^30  FOUILLES  A MYCÈNES. 

aussi  à Mycèiies  ; mais  on  a trouvé  aussi  dans  le  même  tombeau  un 


Fig.  bS  (ù  2 met.) 


FlG.  G9  (à  6 met  ). 


Fig.  70  (à  5 met.). 


Fig.  71  et  72  (à  5 met.). 


Fia.  68  à 72  - Fragmeius  de  vase»  peiels  de  Mycèaes.  Dliuensio,.»  réelles  el  dimensions  réduiles. 


scarabée  égyptien,  avec  le  cartouche  d’Amounof  ou 


d’AinénophisIII, 


POTERIE  PEINTE  DE  MYCÈNES. 


131 


dont  le  règne,  selon  les  égyptologues,  remonte  au  moins  à 1400 


Fiü.  78  (à  5 mèl.). 

Fig.  /3  à /8.  Fragments  de  vases  jieints  de  Mycènes.  Dimensions  rdelles  et  dimensions  re'duites. 


avant  Jésus-Christ.  CommeàMycènes,  la  décoration  peinte  varie  avec 


m FOUILLES  A MYCÈNES. 

chaque  vase  ; vu  que,  dans  la  plupart  des  cas,  elle  est  des  plus  com- 
pliquées et  n’a  jamais  été  rencontrée  ailleurs,  j’essayerais  vainement 
de  la  décrire  ; je  renvoie  donc  tout  simplement  le  lecteur  aux  figures. 
Mais  je  puis  faire  observer  d’une  manière  générale  que  les  spirales 
sont  l’élément  principal  de  cette  décoration  ; que  les  fragments  des 
vases  dits  vases  attiques,  à dessins  géométriques,  sont  en  grand 
nombre  ; que  l’on  rencontre  par  occasion  des  fleurs,  des  branches 
et  des  leuilles  ; que  les  bandes  composées  de  signes  cunéiformes, 
qui  peuvent  être  imités  des  arêtes  du  poisson,  sont  fréquentes, 

ainsi  que  les  lignes  en  zigzag  et  les 
.bandes  circulaires  qui  entourent  le 
vase.  On  voit  souvent  la  croix  avec 
les  marques  de  quatre  clous,  ainsi 
que  le  signe  qui  est  générale- 
ment représenté  avec  quatre  points, 
indiquant  les  quatre  clous  Ces 
signes  ne  peuvent  représenter  que  le 
siiastilm^  formé  de  deux  morceaux 
de  bois  mis  en  croix  et  fixés  avec 
quatre  clous,  et  au  point  de  jonction 
desquels  on  produisait  par  frotte- 
ment le  feu  sacré  à l’aide  d’un 
troisième  morceau  de  boisfMais  lacroix  et  le  signe  FE  ne  se  ren- 
contrent le  plus  souvent  que  sur  des  vases  à dessins  géométriques. 

On  voit  quelquefois  sur  ces  vases  des  représentations  d’oi- 
seaux et  de  quadrupèdes  ; toutes  ces  images  sont  très-archaïques, 
particulièrement  celles  des  quadrupèdes  ; il  est  quelquefois  difficile 
de  découvrir  quel  animal  l’artiste  à eu  l’intenLion  de  représenter ^ 
Ainsi  l’on  rencontre  souvent  des  animaux  avec  des  jambes  très- 
longues,  un  corps  semblable  à celui  d’un  cheval,  une  tête  terminée 
en  bec  de  cigogne,  mais  avec  deux  cornes  semblables  à celles  de  la 
gazelle\  D’habitude,  ces  animaux  sont  d’une  couleur  rouge  unie  ; 

1.  Voyez  Troie  et  ses  ruines,  chap.  VI,  p.  103-104. 

2.  Voyez  les  figures  31,  35,  41,  40,  50  et  5:2. 

. Voyez  les  figures  31,  35,  50  et  52. 


Fig.  80. — Vase  peint.  Fond  jaune,  lignes  noires, 
boucliers  rougeâtres  (à  2 met.).  Grandeur 
re'elle. 


POTERIE  PEINTE  DE  MYCÈNES. 


quelquefois  ils  sont  ornés  de  spirales.  Dans  certains  cas,  les  ani- 
maux représentés  ressemblent  beaucoup  à des  gazelles  ou  à des 
boucs  b L’oiseau  que  l’artiste  mycénien  a le  mieux  réussi  à repré- 
senter est  le  cygneb  II  est  difficile  de  distinguer  à quelle  espèce 
appartiennent  les  autres  oiseaux  b On  peut  dire  que  l’artiste  a éga- 
lement réussi  dans  ses  représentations  défigurés  humaines;  mais 
les  vases  sont  brisés  en  tant  de  morceaux,  qu’il  y a très-peu  de 
ces  figures  qui  soient  complètes.  Le  petit  vase  (fig.  80)  montre 
des  guerriers  armés  de  grands  boucliers  ronds  ; et  sur  un  fragment 
(fig.  47)  est  représenté  un  homme  coiffé  d’un  casque,  conduisant  un 


Fig.  81.  — Tête  humaine  sur  l’orifice  d’une  cruche  Fig.  82.  — Tête  humaine  sur  un  fragment  de 


(à  5 mèt.).  Grandeur  réelle. 


cheval  de  la  main  droite  et  portant  une  lance  dans  la  main  gauche. 


Sur  d’autres  fragments,  il  n’y  a que  des  corps  sans  tête.  La 
figure  81  est  l’orifice  d’une  cruche  qui  porte  une  tête  humaine 
modelée.  Il  y a aussi  une  tête  humaine  peinte  sur  un  fragment  de 
poterie  (fig.  82)  ; l’œil  est  démesuré,  et  la  coiffure  a la  forme  d’un 
bonnet  phrygien.  Toutes  ces  images  sont  très-archaïques. 

La  plupart  des  vases  à large  orifice  sont  peints  à l’intérieur 
aussi  bien  qu’à  l’extérieur;  et, dans  bien  des  cas, les  peinlures  inté- 
rieures sont  de  beaucoup  supérieures  aux  autres  par  foriginalité 
et  la  profusion  des  couleurs.  Ainsi,  par  exemple,  j’ai  trouvé  un  frag- 
ment de  vase  qui  était  orné  à l’extérieur  de  dessins  représentant 
des  daims,  et  à l’intérieur  d’images  d’hommes  et  de  femmes. 


1.  Voyez  les  figures  41  et  48. 

2.  Voyez  les  figures  33,  40,42  et  45. 

3.  Voyez  les  figures  30,  43  et  44. 


134 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


Je  trouve  souvent  des  fragments  de  trépieds  en  terre  cuite  avec 
deux  grandes  anses;  les  trois  pieds,  comme  les  anses,  sont  percés 
de  deux,  trois,  quatre  et  même  cinq  trous,  qui  ne  peuvent  avoir 
servi  qu’à  suspendre  les  trépieds  avec  des  attaches.  Dans  beaucoup 
de  vases  sans  pied,  le  rebord  de  la  base  est  percé  des  deux  côtés 
d’autant  de  trous  que  les  anses. 

Je  n’ai  pas  trouvé  de  couvercles  percés  de  trous,  mais  je  ne  doute 
pas  qu’il  n’en  ait  existé  et  que,  comme  dans  presque  tous  ceux  que 


Ffg.  83.  — Coupe  de  terre  cuite  (à  3 met.).  Aux  5/8«®  environ  de  la  grandeur  re'elle. 


j’ai  trouvés  à Troie,  les  trous  des  vases  n’aient  servi  non-seulement 
pour  les  suspendre,  mais  encore  pour  fixer  les  couvercles,  afin  de 
mettre  en  sûreté  le  contenu  des  vases. 

Tous  les  vases  trouvés  jusqu’ici  ont  été  façonnés  au  tour,  excepté 
les  petits,  qui  ont  été  évidemment  modelés  à la  main.  J’ai  trouvé, 
il  est  vrai,  deux  fragments  d’une  grossière  poterie  façonnée  à la 
main,  que  l’on  ne  peut  comparer  qu’à  la  plus  grossière  poterie  des 
Kitchen-middens  danois  {Kjdkkenmoddinffe)  ; mais  il  est  évident 
qu’ils  avaient  été  apportés  d’ailleurs'. 

1.  Pendant  les  quatre  mois  qu’ont  duré  les  fouilles  de  Mycènes,  je  n’ai  trouvé  aucun 
autre  fragment  d’une  poterie  aussi  grossière. 


POTERIE  PEINTE  DE  MYCÈNES. 


m 


Comme  à Tirynthe,  les  coupes  sont  pour  la  plupart  d’une  argile 
blanche  en  forme  de  grands  verres  à bordeaux;  presque  toutes  ont 
une  anse  (voy.  fig.  83).  Mais  il  y a une  grande  quantité  d’autres 
coupes  de  même  forme  qui  sont  d’un  rouge  uni  brillant,  et  d’autres 
qui,  sur  un  fond  uni  d’un  rouge  clair,  sont  décorées  d’un  grand 
nombre  de  bandes  d’un  rouge  foncé,  circulaires  et  parallèles 
(voy.  fl  g.  84,  88). 

Ce  qui  mérite  d’attirer  particulièrement  l’attention,  c’est  que  j’ai 


Fig.  84  (à  4 met,),  85  (à  8 met.),  86  (à  5 met.),  87,  88  (à  4 met.),  89  (à  8 met.). 
Fig.  84-89.  — Fragments  de  poterie  peinte.  Demi-grandeur. 


trouvé  k Troie  des  coupes  qui  ont  absolument  la  même  forme,  à 
une  profondeur  de  50  pieds  (i5  mètres)  (voy.  mon  A//ûs  des  Aiui- 
quités  troyennes,  pl.  105,  n^'^Sii);  ensuite,  que  quatorze  coupes 
de  la  même  forme  exactement  ont  été  trouvées  à Rhodes,  dans  le 
tombeau  d’Ialysos  déjà  mentionné;  elles  sont  maintenant  au 


136 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


Musée  Britannique.  Il  n’y  a de  différent  dans  ces  dernières  coupes 
que  les  peintures  ; la  plupart  représentent  la  seiche  [sépia),  ou  bien 
des  spirales,  ou  bien  ce  curieux  animal  marin  que  l’on  rencontre  si 
fréquemment  sur  les  poteries  de  Mycènes  (voy.  fig.  213,  a,  h), 
mais  jamais  sur  les  coupes  mycéniennes. 

Depuis  le  7 août,  j’ai  pu  recueillir  plus  de  deux  cents  idoles 


Fie.  92  (à  6 met.).  Fio.  93  (à  S”, 50). 


Fig.  90  à 93.  — Idoles  de  terre  cuite.  Dimensions  réelles. 

de  Hèraen  terre  cuite,  plus  ou  moins  endommagées,  ayant  la  forme 
d’une  femme  ou  celle  d’une  vache. 

La  plupart  des  idoles  à figure  de  femme  portent  des  ornements 


IDOLES  DE  HÊRA  EN  TERRE  CUITE. 


137 


peints  eu  rouge  vif  sur  un  fond  uni,  rouge  clair,  deux  mamelles  en 
relief,  au-dessous  desquelles  se  dresse  de  chaque  côté  une  longue 


Fig.  94  (à  9 mot.).  Fig.  96  (à  5 met.). 


Fig.  95  (à  4 mot.).  Fig.  98  (à  met.). 


Fig.  94  à 93.  — Idoles  do  ten’c  cuite.  Dimensions  réelles. 


corne;  reusemble  des  deux  cornes  donne  la  figni'e  d’nndemi-cerole  : 
comme  je  l’ai  dit  relativement  aux  idoles  de  ïirvnlhe,  elles  doivent 


)3g  FOUILLES  A MYCÈNES. 

avoir  pour  objet  de  représenter  ou  des  cornes  de  vache,  ou  les 
cornes  symbolntues  du  croissant  de  la  lune,  ou  les  deux  choses  a 
la  fois.  La  tête  de  ces  idoles  est  d’une  forme  très-comprimée  et 


Fig.  102  (à  5“, 50). 

Fig.  99  à 102.  — Idoles  de  terre  cuite.  Dimensions  réelles. 


généraleiTieiit  coiffée  d’un  grand  polos.  La  partie  inférieure  a la 
forme  d’un  tube  qui  s’élargirait  graduellement.  Il  est  a remar- 
quer qu’une  idole  en  terre  cuite,  de  la  meme  lorme  exactement, 


IDOLES  DE  HÈRA  EN  TERRE  CUITE. 


139 


a été  trouvée  dans  le  tombeau  d’Ialysos,  déjà  mentionné;  elle 
est  maintenant  au  Musée  Britannique. 

J’ai  aussi  trouvé  des  idoles  de  cette  espèce  avec  un  polos  très- 


Fig.  103  (à  2 met.). 


Fig.  104  (à  7 mèt.). 


Fig.  105  (à  7 met.). 


Fig.  100  (à  3 mèt.). 


Fig.  107  (à  2 met.). 


Fig.  108  (à  7 met.). 


Fig.  103  à 108.  — Idoles  de  terre  cuite.  Dimensions  réelles. 


bas  (fig.  ili),  et  peut-être  une  douzaine  qui  n’ont  point  de  cornes; 
toute  la  partie  supérieure  du  corps  jusqu’au  cou  présente  la 
figure  d’un  disque  (fig.  90,  91,  9^2,  9d,  M2)  ; la  tête  est  nue, 
et  la  chevelure  est  souvent  indiquée  par  une  longue  tresse  qui 
pend  sur  le  dos.  J’ai  encore  rencontré  quelques  idoles  à tête 
d’oiseau,  avec  ou  sans  coiffure;  leurs  yeux  sont  grands,  elles 


140 


FOUILLES  A MYCÈNES. 


ii’ont  pas  de  cornes,  mais  deux  mains  bien  indiquées  et  croisées 
sur  la  poitrine  (fig.  99,  100,  101).  J’ai  recueilli  aussi  la  figure 


Fig.  109  (à  5 met.). 


Fig.  110  (à  2 met.). 


Fig.  109  et  110.  — Idoles  de  terre  cuite.  Dimensions  reelles. 


en  terre  cuite,  haute  de  6 pouces  (0‘'\15),  d’une  femme  vieille 


Fig.  111.  — Idole  de  terre  cuite  (à  4 met.).  Grandeur  reelle. 


et  laide,  probablement  une  prêtresse  (fig.  119);  les  traits  ne  sont 
certainement  ni  égyptiens  ni  assyriens;  les  mains  ont  été  brisées. 


IDOLES  DE  IIÈRA  EN  TEUDE  CUITE. 


l/il 


mais  elles  étaient  évidemment  en  saillie;  la  figure  a une  très- 
grossière  ornementation  de  lignes  noires  sur  im  fond  uni,  rouge 
foncé;  la  poitrine  est  ornée  d’une  certaine  quantité  de  lignes  en 
zigzag,  qui  représentent  peut-etre  le  feu.  Le  fragment  de  la 


Fig.  112.  — Idole  de  terre  cuite.  Fig.  113.  — Figure  de  terre  cuite 

Grandeur  réelle.  (à  1 met.).  Aux  5/6®®  de  la  grandeur  réelle. 


ligure  110,  d’après  son  attitude,  semble  avoir  représenté  un 
cavalier  à cheval. 

Quant  aux  idoles  à forme  de  vache,  il  en  a été  trouvé  des  cen- 
taines, mais  toutes  plus  ou  moins  brisées.  C’est  un  fait  très-digne 
de  remarque  que  dans  le  tombeau  d’Ialysos  on  a trouvé  encore 
deux  idoles  pareilles,  qui  sont  maintenant  au  Musée  Britannique  ; 
elles  sont  très-bien  conservées,  et  portent  la  même  oiTiemenlalion 
peinte  que  les  idoles  à forme  de  vache  de  Mycènes. 

Le  fer  était  déjà  connu  des  Mycéniens,  cai‘ j'ai  trouvé  |dnsieurs 
couteaux  de  fer;  de  plus  quelques  clefs  curieuses;  rime  de  ces 


FOUILLES  A MYGÈNES. 


14-2 

ciels  est  très-épaisse,  elle  a 5 pouces  | (O'”  ,14)  de  long,  quatre 
dents,  ayant  chacune  1 pouce  | (0‘'',03  |)  de  long,  et  un  anneau  de 


par  la  forme  de  ces  couteaux  et  de  ces  clefs,  je  n’hésite  pas 
à exprimer  l’opinion  que  ces  objets  appartiennent  à une  époque 


suspension  à l’autre  extrémité  (voy.  fig.  120).  Mais,  à en  juger 


Fig.  120.  — Objets  en  bronze,  en  }ilomb  et  en  fer,  à un  tiers  de  la  grandeur  réelle. 


USTENSILES  DE  BRONZE  *ET  DE  DIERRE. 


U3 


postérieure  de  Thistoire  de  Mycènes,  et  meme  qu’ils  datent  du 
commencement  du  cinquième  siècle  avant  Jésus-Christ.  Pour- 
tant je  dois  faire  remarquer  qu’une  clef  en  fer,  de  forme  parfaite- 


Fig,  121  Fig.  122  Fig.  123  Fig.  124  Fig.  125 

(àlmèl.).  (à  3 met.).  (à  3”, 50).  (à7mèü. 


Fig.  121  à 125.  — Couteaux  de  bronze.  Grandeur  reelle. 

ment  identique  avec  la  grande  clef  à quatre  dents,  se  trouve  dans 
la  salle  V de  la  collection  égyptienne  du  Louvre. 

J’ai  trouvé  aussi  un  grand  nombre  d’objets  en  forme  de  boutons, 
qui  semblent  avoir  servi  d’ornements  soit  sur  les  portes  des  mai- 
sons, soit  ailleurs  b Ces  objets  sont  d’une  couleur  noirâtre  et 
brillante.  D’après  l’analyse  de  mon  honorable  ami  M.  Xavier 


1.  Ces  objets  ressemblent  à ceux  qui  sont  représentés  aux  figures  137,  139  et  165. 


Ii4 


FOUILLES  A MYGÈNES. 


Laiiderer,  professeur  de  chimie  à Athènes,  ils  sont  d’une  argile 
Irès-cuite  et  couverts  d’un  vernis  de  plomb.  En  fait  d’objets  de 
bronze,  j’ai  découvert  plusieurs  couteaux  bien  conservés  ; l’un  de 
ces  couteaux  (tlg.  J 25)  a encore  une  partie  de  son  manche,  qui 
est  en  os;  deux  pointes  de  bêche,  qui  n’ont  pas  de  barbes 


Fig.  12G.  — Pointes  de  flèciie,  hachettes  et  autres  objets  de  pierre  (a  3 met  ).  Grandeur  re'elle. 


, comme  les  têtes  de  bêches  carthaginoises  que  j’ai 
recueillies  l’an  dernier  dans  mes  fouilles  à Motyè,  en  Sicile. 

En  fait  d’ustensiles  de  pierre,  j’ai  trouvé  deux  hachettes  de 
serpentine,  d’un  beau  poli  (voy.  fig.  126,  à la  seconde  rangée); 
quantité  de  poids  de  diorite  et  de  meules  à main  pour  moudre 
le  blé,  en  trachyte  ; elles  ont  8 pouces  (0”\20)  de  long  et 
5 pouces  J (0'",  13)  de  large , et  ressemblent  pour  la  forme  à des 
œufs  coupés  par  la  moitié,  dans  le  sens  de  la  longueur.  On 
broyait  le  grain  entre  les  faces  planes  de  deux  de  ces  meules  ; 


nSTUUMEXTS  DE  MUSJQUE. 


145 

mais  ce  procédé  de  mouture  uc  pouvait  douuer  qu’une  sorte  de 
gruau  et  iioii  pas  de  la  farine;  le  grain  ainsi  broyé  n’aurait  pu 
servir  à faire  du  pain.  Dans  Homère nous  le  voyons  employé 
à faire  une  sorte  de  potage  et  aussi  à saupoudrer  la  viande^. 
Nous  n’avons  découvert  qu’une  petite  parcelle  d’or;  pas  encore 
d’argent,  mais  du  plomb  en  grande  quantité. 

J’ai  trouvé  aussi  un  disque  de  terre  cuite,  petit  et  épais,  avec  une 
rainure  tout  autour  pour  qu’on  pût  le  suspendre  par  un  fil  ; un  des 
côtés,  qui  est  bien  poli  et  semble  avoir  été  couvert  de  cire,  porte 
gravé  un  certain  nombre  de  fois  le  signe  que  l’on  rencontre 
si  fréquemment  dans  les  ruines  de  Troie.  On  y trouve  les  fusaïoles 
par  centaines  ; presque  toutes  sont  d’une  belle  pierre  bleue,  sans 
aucun  ornement  (voy.  fig.  l5).  Le  tombeau  d’Ialysos  contenait  des 
fusaïoles  absolument  du  meme  genre.  Jusqu’ici,  je  n’ai  rencontré 
({lie  cinq  fusaïoles  de  terre  cuite  et  sans  ornements. 

Il  semble  que  les  Mycéniens  aient  été  musiciens,  car  j’ai  trouvé 
le  fragment  d’une  lyre  en  os,  avec  des  ornements  élégants 


Fig.  127.  — Fragment  d’une  Ijro  en  os  (à  3™, 50),  aux  7/8«s  environ  de  la  grandeur  réelle. 


(tig.  127),  et  une  flûte,  dont  nous  avons  les  trois  morceaux  (fig.  128, 
129,130  a),  qui  ont  été  découverts  au  meme  endroit,  ({uoique  à des 


1.  y/.,XVllI,  558-5G0: 

KriP'jy.eç  ô’  ànàveuOsv  utio  opui  oaîxa  ttévovto, 
poOv  û’  teps'JO'avTsç  p-lyav  apKpsTrov,  aï  Sà  yuvaixsç 

GStTîVOV  £p''0oi(7tv,  Asux’  «X^tTa  TioXXà  UaX’JVOV. 

« A l’écart,  des  hérauts  préparent  sous  un  chêne  un  abondant  repas  ; ils  ont  sacrifié  un 
énorme  taureau  qu’ils  apprêtent;  les  emmes  les  secondent  en  préparant  pour  le  repas  des 
travailleurs  un  potage  de  gruau  lilanc.  » 

2.  0(1.,  XIV,  76-77  : 

’Our/iO-a?  o’  apa  recevra  çipcov  7Tap£6r,x’  ’llouo-r/i' 

Ospp.’  a'jToî;  op£XoÎG-tV  o ô’  aXcpira  Xsuxà  TrdXovîv. 

« Lorsqu’elles  (les  chairs  de  porc)  sont  rôties,  sans  les  retirer  des  broches,  il  les  pose  brû- 
lantes devant  Ulysse  et  les  saupoudre  de  farine  blanche...» 

MYCÈNES.  10 


lie  FOUILLES  A MYCÈAES. 

profondeurs  différentes,  et  qui  évidemment  appartiennent  tous  les 


Fig.  m (à  3 met.).  Fig.  129  (à  G met.) 

Fig.  128  et  129.  — Extrémités  supérieure  et  inférieure  d’une  flûte.  Grandeur  réelle. 


trois  au  même  instrument.  La  figure  129,  ou  pièee  supérieure  de 
la  flûte,  ainsi  que  la  figure  128,  ou  pièee  inférieure,  est  en  ivoire  : 
ces  deux  pièces  portent  une  ornementation  très-symétrique,  gravée 
en  creux.  Le  fragment  du  cylindre  de  la  flûte  ffig.  130  a)  est  en 
pierre  ollaire,  le  lapis  ollaris  de  Pline  ; nous  avons  donc  au  complet 


130  (à  3", 60).  130  fl  (à  2 met.).  131  132  133  131  135  13G 

(aim.).  (à  3 m.).  (à  7 m.).  (à  3 m.).  (à  5 m.).  (à3iu.). 

Fig.  130-13G.  — Peigne  et  aiguilles  d’ivoire  aux  5/8''"*  euviron  de  la  grandeur  réelle. 

Not.v.  — La  ligure  130  a est  un  morceau  de  la  flûte  dont  font  partie  aussi  les  figures  128  et  129. 


une  merveilleuse  Ilûte  mycénienne,  composée  d’ivoire  et  de  pierre. 


OIIJETS  VARIES  DECOUVERTS.  147 

Mais  la  pierre  ollaire  semble  avoir  été  Iréquemmcnt  employée 
chez  les  anciens  dans  la  fabrication  des  flûtes,  car  je  possède  moi- 
inème  une  flûte  en  lapis  ollaris  trouvée  dans  un  tombeau  à Ithaque  ; 
elle  porte  rinscription  HIAP02  (forme  archaïque  d’ûy^oc)*,  et 
semble  remonter  au  sixième  ou 
au  septième  siècle  avant  Jésus- 
Christ.  J’ai  recueilli  encore  un  Irasf- 


a^/\pQM 


Inscription  de  la  ilùtc  d’Ithaqiic. 

ment  de  vase  en  cristal  et  un  peigne  (fig.  130)  ; ce  peigne  est  en 
ivoire.  Il  a été  trouvé  à 12  pieds  (3'“,60)  de  profondeur;  il  porte 
au  milieu  un  trou  qui  servait  à le  suspendre  par  un  fd. 

Je  trouve  fréquemment  ici  des  morceaux  de  terre  cuite  plats 
avec  des  ornements  peints  ou  imprimés  en  creux  ; ces  objets  oiiL 
dû  servir  à revêtir  les  murs  intérieurs  des  maisons  (fig.  137  et  139). 


F;g.  137  (à  5 nièt.). 


Fig.  138. 


FiG.  133  (à  3 iiicl.  j. 


Fig.  137  à 139.  — Ornements  en  erre  cuite,  grandeur  réelic.  La  ligure  138  est  un  bouton  d’or. 


A line  profondeur  qui  varie  lentre  10  et  11  pieds (3 mètres  ou  3'“,30), 
quelquefois  à 6 pieds  \ (1"‘,95)  seulement  au-dessous  de  la  surface, 
je  mets  au  jour  des  murs  de  maisons  cyclopéens,  bâtis  de  pierres  non 
travaillées,  ajustées  sans  mortier  ni  ciment,  et  dont  les  fondations 
reposent  sur  le  roc  meme,  â une  profondeur  au-dessous  de  la  sur- 
face, qui  varie  entre  20  et  24  pieds  (6  mètres  â 7‘",20).  Les  pieri’cs 
angulaires  de  ces  maisons  sont  remarquables  par  leur  grosseur. 

A l’extrémité  nord  de  ma  tranchée,  j’ai  mis  à découvert  une 
partie  d’une  conduite  d’eau  de  construclioii  cyclopéenne,  qui 
est  encore  plus  l’ennirqualile  que  cellt's  de  Tiryntbe;  car  ces  der- 


1.  Voyez  mon  ouvrage  : Ithaque,  le  Pélojwanése,  Troie. 


148 


FOUILLES  A MYCEAES. 


nièrcs,  au  moins,  reposent  sur  le  roc  vif,  tandis  qn’ici  la  condnite 
est  enterrée  dans  les  décombres,  et  les  pierres,  non  taillées,  sont 
ajustées  sans  ciment  ni  mortier:  on  se  demande  avec  étonnement 
eomment  une  ean  conrante  a pn  traverser  ce  conduit  sans  se 
perdre  à travers  les  interstices. 

Tout  près  de  cette  conduite  cyclopéenne,  il  y a douze  récipients 
formés  de  grandes  dalles  de  pierre  sablonneuse  et  recouvertes  de 
pierres  plus  petites;  dans  mon  opinion,  ces  récipients  ne  pemanit 
avoir  été  autre  chose  que  douze  petites  citernes. 

A quelques  mètres  au  sud  de  ces  réservoirs,  j’ai  découvert  deux 
stèles  funéraires  de  pierre  sablonneuse,  orientées  en  droite  ligne 
du  nord  au  sud  et  décorées  de  bas-reliefs  du  plus  haut  intérêt. 
Malheureusement  celle  du  nord  est  d’une  pierre  sablonneuse  peu 
résistante,  ce  qui  fait  qu’elle  est  brisée  en  plusieurs  endroits  et 
que  la  partie  supérieure  ne  s’est  pas  conservée.  Elle  a 6 pouces 
(0"Vl5)  d’épaisseur,  4 pieds  (l'",20)  de  haut,  4 pieds  2 pouces 
(i'",^i5)  de  large  à la  partie  inférieure  et  3 pieds  8 pouces  ^ (i*»/!!) 
a la  partie  supérieure.  La  décoration  se  compose  d’un  sujet  unique, 
entouré  en  dessous  et  sur  les  côtés  d’uue  large  bordure,  qui  forme 
un  encadrement  très-simple,  composé  de  fdets  parallèles.  Elle 
représente  un  sujet  de  chasse  L Sur  uu  char,  traîné  par  un  seul 
cheval,  le  chasseur  est  debout,  il  tient  les  rênes  dans  sa  main 
gauche,  et  dans  sa  main  droite  une  épée  longue  et  large.  A cause 
des  fractures  de  la  pierre,  on  ne  voit  pas  distinctement  la  partie 
su])érieure  du  char;  mais  on  distingue  bien  la  roue,  dont  les 
(juatre  rayons  forment  une  croix.  La  manière  dont  le  cheval 
allonge  les  jambes  de  devant  et  celles  de  derrière  semble  indiquer 
(|u’il  est  lancé  à toute  vitesse.  Au-dessous,  à gauche,  un  lion 
passablement  dessiné,  avec  une  queue  recourbée,  donne  la  chasse 
à un  animal  sauvage  qui  fuit,  probablement  un  chevreuil,  mais 
dont  la  queue  est  beaucoup  trop  longue.  Juste  au-dessus  du  dos 
du  chevreuil,  entre  les  jambes  du  cheval,  est  étendu  un  objet  que 
l’on  ne  peut  reconnaître  ; cet  objet  peut  être  aussi  bien  un  homme 


1.  Voyez  la  ligure  2i  eu  tèle  de  ce  chapitre. 


PIERRES  TOxMRALES  SCULPTÉES.  149 

renversé  qu'un  char  l\  deux  roues.  De  chaque  colé,  dans  la  lar^e 


Flo.  liO.  — Socoiide  siMo  fimcrairo  Inaivéo  aii-dossiis  dos  toml):'aiix  ilo  l’ai'ropolo  (à  i môlivsi, 

Eiiviroa  à 1 1:2'^  do  la  grandoiii’  rdollo. 

bordure  Ibruiée  par  deux  filels  jiaralléles,  soûl  irois  ovalis  ou 
carlouches,  couleuaul  une  oiaieiueulalioii  trés-eiu’ieuse,  qui,  à 


1 


Î50  FOUILLES  A MYCÈNES. 

première  vue,  semble  avoir  une  signification  symbolique  ; mais, 
en  y regardant  de  près,  on  trouve  que  ce  n’est  pas  autre  chose, 
qu’une  belle  décoration  composée  de  spirales.  A la  base,  il  y a 
trois  filets  horizontaux.  Derrière  le  char,  on  voit  une  rangée  de 
signes  qui  ressemblent  à des  lettres  ; mais  ces  signes  aussi  ne  sont 
probablement  pas  autre  chose  qu’une  ornementation. 

A i pied  (0'“,30)  seulement  de  cette  stèle  funéraire,  et  sur  la 
même  ligne,  se  dresse  l’autre  (fig.  140),  qui  est  d’une  pierre  sablon- 
neuse plus  dure  que  la  première,  et  par  conséquent  beaucoup  mieux 
conservée.  Elle  n’est  endommagée  qu’au  sommet,  où  il  peut  man- 
quer un  morceau  d’environ  6 ou  8 pouces  (0‘“,15  à 0‘",20)  de  haut; 
à la  base,ellea3  pieds  lOpouces  (l‘'',i5)  de  large  et  3pieds  7 pouces 
(1”',08)  au  sommet;  sa  hauteur  est  de  6 pieds  (l'“,80).  Elle  est 
divisée  en  deux  compartiments  superposés  et  séparés  par  un  fdet 
horizontal  et  encadrés  sur  trois  côtés  par  deux  bandes  parallèles. 
Le  compartiment  supérieur  représente  quatre  rangées  horizontales 
et  parallèles,  chacune  de  six  spirales,  dont  deux  sont  complètes  et 
les  deux  autres  incomplètes  ; il  y a donc  en  tout  vingt-quatre  spi- 
rales unies  les  unes  aux  autres  et  représentant  une  bande  en  relief 
qui  couvre  le  champ  tout  entier  d’une  sorte  de  réseau.  Selon  la 
remarque  judicieuse  du  D’’  Fr.  Schlie,  ce  dessin  est  le  même, 
en  principe,  que  celui  que  fou  obtiendrait  en  menant  des  tan- 
gentes horizontales  et  verticales,  et  qui  formerait  la  figure  appelée 
méandre  (voy.  fig.  140 

Dans  le  compartiment  inférieur  est  représenté  un  guerrier  sur 
son  char  ; il  semble  plutôt  assis  que  debout,  car  la  partie  inférieure 
du  corps  n’est  pas  visible;  tandis  que,  selon  les  procédés  de  l’art  le 
plus  primitif,  sa  tête  est  représentée  de  profil,  sa  poitrine  est  vue 
de  face,  sans  aucune  préoccupation  des  lois  de  la  perspective.  Il 
touche  de  sa  main  gauche  une  épée  qui  est  encore  au  fourreau  et 
dont  la  garde  se  termine  par  un  pommeau  volumineux.  Dans  la 
main  droite,  il  tient  un  objet  de  forme  allongée  qui  se  termine  à la 
bouche  du  cheval.  Cet  objet,  assez  épais  à la  hauteur  de  la  main,  va 
en  s’amincissant  graduellement  et  ressemble  beaucoup  plus  à une 
lance  qu’à  des  rênes;  il  est  difficile  de  dire  lequel  de  ces  deux 


151 


CHARIOTS  MYCÉNIENS  ET  HOMÉRIQUES. 

objets  l’artiste  a eu  riiiteiition  de  représenter.  Le  char  est  tiré  par 
un  étalon,  le  monvement  de  ses  jambes  semble  indiquer  qu’il  est 
lancé  au  galop  b La  queue  de  l’animal  est  dressée  et  ne  se  recourbe 
qu’à  l’extrémité.  Les  jambes  sont  si  trapues  et  la  queue  si  épaisse 
eu  proportion  du  corps,  que,  sans  la  forme  de  la  tête,  on  pourrait 
croire  que  le  sculpteur  a voulu  représenter  un  lion;  d’autre  part, 
les  oreilles  de  cet  étalon  ressemblent  plutôt  à des  cornes  qu’à  des 


Fro.  140  rt.  — Dessins  de  méandres  à lignes  droites  et  à lignes  courbes. 


oreilles  de  cheval.  Juste  devant  le  cheval  un  guerrier  est  debout  ; 
de  sa  main  droite  il  saisit  la  tête  du  cheval;  dans  sa  main  gauche, 
qui  est  levée,  il  tient  une  épée  à double  tranchant  ; il  semble  plein 
d’angoisse;  sa  tête  est  représentée  de  profil,  tandis  que  le  corps  est 
vu  de  face,  sans  aucun  souci  des  règles  de  la  perspective. 

Pour  remplir  l’espace  vide,  l’artiste,  au-dessous  de  cette 
figure  et  de  celle  du  cheval,  a sculpté  des  dessins  de  volutes,  dont 
la  deuxième,  la  troisième  et  la  quatrième  spirale  sont  plus  déve- 
loppées que  les  cinq  autres,  parce  qu’en  cet  endroit  l’ailiste  avait 
plus  d’espace. 


1.  Comme  on  n’entend  jamais  parler  de  chars  de  l’àge  héroïque  attelés  d’nn  seul  cheval,  peut- 
être  celui-ci,  dans  l’intention  de  l’artiste  inexpérimenté,  est-il  destiné  à en  représenter  deux, 
l’un  cachant  l’autre.  La  môme  remarque  s’applique  aux  deux  stèles  (lig.  il  et  141). 


152 


FOUILLES  A \1YCÈNES. 


M.  Postolakkas  me  fait  remarquer  que  le  eurieiix  rubau  eu  relief 
qui  est  au-dessus  du  cheval  ressemble  à la  pella  lunata  des  Ama- 
zoues,  telle  qu’elle  est  représentée  sur  les  aucieus  vases.  Ce  rubau 
eu  relief  se  compose  de  deux  spirales  liorizoutales  opposées  l’iiue 
à l’autre. 

Le  char  nous  offre  im  spécimen  unique  et  très-précieux  du  char 
homérique,  dont  ou  u’avait  jusqu’ici  qu’une  idée  confuse.  La  caisse 
du  char  {ndpivq)  ne  forme  pas  un  demi-cercle,  comme  ou  avait 
riiahitude  de  se  l’imaginer  d’après  les  sculptures  de  l’antiquité 
classique  et  d’après  le  char  antique  conservé  au  musée  de  Munich, 
mais  elle  est  qiiadraugulaire.  D’après  Vlliade^  (XXIV,  190  et  267), 
ou  voit  que  l’habitude  était  d’attacher  la  caisse  sur  le  char  toutes 
les  fois  que  l’on  voulait  s’eu  servir.  Sur  trois  côtés  de  la  caisse  nous 
voyons  une  bande  ou  lîlet  ; c’est  sans  aucun  doute  ce  qu’Uomère  “ 
désigne  par  le  mot  que  le  comte  de  Derby  a traduit  par 

rail  (barre). 

Différent  du  char  homérique  des  dieux,  dont  les  roues  (y.{jyly) 
avaient  huit  rayons,  les  roues  du  nôtre  u’eu  avaient  que  quatre, 
disposés  en  croix  autour  de  l’essieu  dpcplç)  L Juste  derrière 

le  guerrier  qui  est  sur  le  char,  il  y a un  signe  très-curieux,  dont 
la  pnrtie  inférieure  se  termine  par  un  long  crochet  et  la  partie 
supérieure  par  une  volute.  M.  Postolakkas  me  rappelle  que 
ce  même  signe  se  rencontre  fréquemment  sur  les  médailles  des 
familles  romaines,  par  exemple,  sur  celles  de  Jules  César,  de 


1.  Homère  se  sert  aussi  du  mot  7i£''ptv6a  (qui  ne  se  rencontre  qu’cà  l’accusatif)  pour  désigner 
la  corbeille  d’osier  qui  servait  à assujettir  la  charge  sur  la  charrette  (à'fjia^a)  ; ce  sens  du  mot, 
qui  est  le  sens  primitif,  peut  servir  à nous  faire  comprendre  par  induction  quelle  était  aussi 
la  forme  du  Tisîptvç  dans  le  char  (cf.  OcL,  XV,  131). 

2.  //.,  V,  727-728  : 

Ai'cppoç  Ô£  '/pucréoiat  xa\  àpyupsoiaiv  i[i.aa'.v 
ewéraxai  ’ ootai  oè  TrepiSpopoi  avxoylç  s’unv. 

« Le  char  était  suspendu  sur  des  bandes  d’or  et  d’argent,  et  tout  autour  courait  une  double 
bande  ou  filet.  « 

3.  Mon  ami,  M.  W.-S.-W.  Vaux,  appelle  mon  attention  sur  ce  fait  que  cette  roue  à quatre 
rayons,  ainsi  que  les  roues  à quatre  rayons  que  nous  voyons  dans  les  figures  2i  et  120  et  dans 
celles  des  intailles  mycéniennes  décrites  plus  loin,  est  un  caractère  particulier  aux  monnaies 
grecques  primitives.  Les  roues  primitives  ont  six  rayons  chez  les  Égyptiens,  les  Éthiopiens  et 
les  Assyriens.  Dans  les  sculptures  persanes  Akhéménides  , on  voit  des  chars  dont  les  roues  ont 
huit  rayons. 


CARACTÈRE  DE  LA  SCULPTURE. 


1 53 

^iarc  Anlohio,  etc.  ; dans  son  opinion,  ce  n’est  pas  antre  ciiose  qiie 
le  bâton  des  augures,  en  latin  Utmis. 

En  examinant  avec  soin  les  scnlptnres  de  ces  stèles  funéraires, 
je  Ironvc  une  symétrie  et  un  soin  si  merveilleux  dans  le  travail  des 
ornements  en  spirales,  que  je  suis  presque  tenté  de  croire  qn’nn 
pareil  travail  a pu  être  produit  seulement  par  une  école  de  sculp- 
teurs qui  avaient  depuis  des  siècles  travaillé  dans  un  style  ana- 
logue. D’un  autre  côté,  les  figures  d’hommes  et  d’animaux  sont  trai- 
tées d’une  façon  aussi  grossière  et  aussi  enfantine  que  si  elles 
étaient  le  premier  essai  d’un  artiste  primitif  pour  représenter  la 
nature  vivante.  Mais  pourtant  il  y a une  grande  ressemblance  entre 
les  corps  des  animaux  et  ceux  des  lions  qui  sont  au-dessus  de  la 
grande  porte;  ils  représentent  le  meme  style  artistique,  et  si  les 
animaux  des  stèles  funéraires  sont  plus  grossiers,  cela  tient  peut- 
être  à la  qualité  inférieure  de  la  pierre  sablonneuse.  Probablement 
l’artiste  primitif  qui  les  a sculptés  aurait  produit  quelque  chose 
de  meilleur  s’il  avait  eu  à travailler  le  beau  basalte  dur  où  sont 
taillées  les  sculptures  de  la  porte  des  Lions.  Je  n’ai  donc  pas  la 
moindre  raison  de  ne  pas  admettre  que  les  stèles  funéraires 
sculptées  peuvent  être  à peu  près  de  la  meme  époque  que  les 
lions  qui  sont  au-dessus  de  la  porte. 


1 1 


Fig.  lil.  — Troisième  slèlc funéraire  trouvée  au-dessus  des  tombeaux  de  Tacropole  (à  4 mètres). 
Environ  à J/10®  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  lY 


FOUILLES  DAXS  LA  CITADELLE  DE  MVCÉXES  {sUlite) 


Salaires  et  prix  du  travail  à Mycèiies. — Le  double  cercle  de  dalles.*—  Encore  deuKSlèdes  sculptées 

— Stèles  sans  sculptures.  — Cendres  et  ossements  près  des  stèles,  provenant  sans  doute  de  sacri- 
lices. — Fragments  d’autres  stèles  funéraires. — Le  style  de  ces  stèles  est  unique  en  son  genre. 

— Leur  date  probable  : environ  1500  avant  J.-C.  — Maison  cyclopéenne  remplie  de  cendres 
d’os,  etc.  — Objets  trouvés  en  cet  endroit  et  dans  les  douze  réservoirs.  — Importance  signi- 
ficative des  stèles  trouvées  dans  l’acropole.  — Elles  désignent  les  tombes  royales  que  Pansa- 


156 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


nias  n'a  mentionnées  que  d’après  la  tradition.  — Fouilles  dans  le  trésor  voisin  de  la  porte 
des  Lions  ; il  est  à peu  près  aussi  grand  que  celui  d’Atrée.  — Les  vases,  idoles  antiques,  etc., 
que  l’on  rencontre  dans  les  décombres  qui  le  recouvrent  montrent  qu’il  est  enfoui  depuis  une 
haute  antiquité.  — Idoles  de  Hèra  et  autres  trouvées  dans  le  dromos  et  dans  l’acropole  en 
grande  quantité.  — Tètes  de  vache  sur  des  anses  de  vases,  comme  à Troie.  — Moules  pour 
boucles  d’oreilles  et  autres  ornements  d’or  et  d’argent,  et  curieux  cônes  d’argile.  — Autres 
ornements  d’argile  vernie,  pierre  ollaire,  etc.  — Nombreux  objets  de  bronze.  — Roues 
curieuses.  — Coulants  de  diverses  pierres  pour  colliers,  avec  des  intailles  d’animaux,  et 
autres  objets  analogues  de  formes  différentes.  — Coupes  à deux  anses  ; le  oÉTiaç  à[j.9tx'jTT:e>.).ov 
d’Homère.  — Profondeur  des  décombres.  — Brèche  dans  le  mur  cyclopéen  ; elle  est  bouchée 
avec  un  mur  antique  de  petites  pierres.  — La  carrière  de  Mycènes. 


Mycènes,  9 septembre  1876. 

Depuis  le  19  août  j’ai  continué  les  fouilles  avec  un  nombre  moyen 
(le  cent  vingt-cinq  travailleurs  et  quatre  tombereaux  attelés  de 
cbevaux,  et  j’ai  obtenu  de  bons  résultats.  Je  dirai,  pour  le  lecteur 
curieux  de  connaître  le  prix  des  salaires  à Mycènes,  que  la  journée 
d’un  travailleur  ordinaire  est  de  2 drachmes  et  demie*,  celle  des 
surveillants,  de  5 ou  6 drachmes,  et  je  paye  chaque  tombereau 
8 drachmes.  Les  gens  de  ce  pays,  il  est  vrai,  travaillent  beaucoup 
mieux  et  sont  beaucoup  plus  honnêtes  que  ceux  de  la  Troade. 

Dans  la  tranchée  voisine  de  la  porte  des  Lions,  j’ai  été  obligé 
d’interrompre  le  travail  pendant  un  certain  temps,  la  Société  ar- 
chéologique d’Athènes  ayant  promis  d’envoyer  un  ingénieur  pour 
réparer  le  mur  cyclopéen  au-dessus  et  a côté  de  la  porte  et  assu- 
jettir avec  des  crampons  de  fer  la  sculpture  des  deux  lions,  qui  ne 
serait  pas  en  sûreté,  en  cas  de  tremblement  de  terre. 

Dans  la  seconde  grande  tranchée,  j’ai  découvert  un  second  mur 
de  12  pieds  (3™, 60)  de  haut,  construit  en  pierres  calcaires  plus 
petites,  jointes  sans  ciment;  il  court  parallèlement  au  grand  mur 
d’enceinte  et  forme  ainsi  une  courbe  d’environ  un  tiers  de  cercle. 
l\  pénètre  dans  le  champ  voisin,  que  l’on  fouille  en  ce  moment;  il 
semble  que  c’est  accidentellement  qu’on  lui  a fait  suivre  une 
direction  parallèle  à celle  du  grand  mur.  Il  n’est  pas  vertical,  mais 
sa  paroi  ouest  a une  inclinaison  de  75  degrés  sur  l’horizon,  comme 
la  grande  tour  d’Ilion.  Il  est  à remarquer  que  ce  mur  est  mal  bâti 
et  qu’on  y trouve  par  intervalles  des  dalles  plates  travaillées,  de  la 


1.  La  (Irachme  grecque  vaut  89  centimes  en  monnaie  française. 


LE  DOUBLE  CEliCLE  DE  DALLES. 


157 


iiièiiie  pierre  sablonneuse  que  les  stèles,  ce  qui  donnerait  à penser 
que  le  mur  est  d’une  époque  postérieure  h eelle  du  grand  mur 
d’eneeinte  eyclopéen.  Sur  ce  mur,  il  y a deux  rangées  jiarallèles 
de  grandes  dalles  qui  sont  encore  de  la  même  espèce  de  pierre 
sablonneuse,  étroitement  jointes  ; elles  ont  lamême  inclinaison  que 
le  mur  et  paraissent  former,  en  comprenant  la  partie  qui  est  encore 
enfouie  dans  le  champ  voisin,  un  cercle  complet.  Si  cette  supposi- 
tion est  exacte,  le  mur  sur  lequel  sont  dressées  ces  dalles  n’aurait 
été  bâti  que  pour  les  exhausser  dans  la  partie  basse  de  l’acropole 
et  les  mettre  au  niveau  de  celles  dont  les  rangées  se  prolongent  sur 
le  terrain  voisin  qui  est  beaucoup  plus  élevé.  Un  fait  particulière- 
ment digne  d’attention,  c’est  qu’à  l’intérieur  du  cercle,  dont  nous 
ne  faisons  que  supposer  l’existence,  et  du  côté  vers  lequel  s’incli- 
nent les  rangées  de  dalles  parallèles,  l’espace  vide  a étéévidemmenl 
comblé  avec  des  décombres  jusqu’à  la  crête  meme  du  mur,  aussitôt 
après  qu’il  a été  terminé*. 

En  cet  endroit,  j’ai  souvent  trouvé,  à une  profondeur  de  3 ou 
4 pieds  {0'”,90  àl”b20),  des  cendres  provenant  de  la  combus- 
tion de  matières  animales  et  des  quantités  d’os  d’animaux  ; mais 
je  n’ai  pu  constater  s’il  y avait  parmi  eux  des  os  humains,  aucun 
crâne  n’ayant  été  découvert.  L’espace  compris  entre  les  deux  ran- 
gées de  dalles  inclinées  était  rempli  de  décombres  mélangés  d’in- 
nombrables fragments  d’une  belle  poterie  archaïque  et  d’une 
grande  quantité  d’idoles  de  Hèra  ; mais  on  n’y  a point  trouvé  d’os. 
Dans  l’intérieur  de  la  courbe  et  tout  près  des  deux  rangées  de  dalles 
parallèles,  j’ai  trouvé  encore  deux  stèles  sculptées,  en  pierre 
sablonneuse  dure  (voy.  fig.  141,  14^2).  L’une  de  ces  pierres  est 
sur  la  môme  ligne  que  les  deux  stèles  sculptées  déjà  décrites,  et  elle 
n’est  que  de  1 pied  5 pouces  (0’“,43)  plus  au  sud.  Elle  a 3 pieds 
8 pouces  I de  largeur  à la  base,  et  3 })ieds  7 pouces  J ( 

au  sommet;  6 pouces  (0'“,15)  d’épaisseur  et  4 pieds  ^2  ponces 
(1"',25)  de  hauteur.  La  longueur  de  la  rangée  des  trois  stèles  est 


1.  Cette  enceinte  si  curieuse  sera  décrite  plus  en  détail  dans  le  cliapitre  V.  On  y trouvera 
une  discussion  sur  l’importante  question  de  savoir  à quoi  elle  était  destinée. 


158 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


donc  de  13  pieds  8 pouces  (4'‘\i0).  Semblable  aux  deux  autres 
stèles,  cette  troisième  pierre  tombale  que  je  viens  de  découvrir 
(voy.  fig.  141)  porte  sur  son  côté  ouest  une  sculpture  en  bas 
relief,  divisée  par  un  filet  en  deux  compartiments  et  encadrée 
des  quatre  côtés  par  deux  filets  parallèles.  Il  manque  à la  partie 
supérieure  un  morceau  que  j’évalue  àl  pied  (0''',30)  de  hauteur. 
Dans  le  compartiment  supérieur  est  représenté  un  guerrier,  dont  la 
tète  et  le  cou  ont  disparu  avec  la  partie  de  la  pierre  qui  a été 
brisée.  Il  est  représenté  debout  sur  un  char  tiré,  en  apparence, 
par  un  seul  cheval,  mais,  je  le  répète,  il  se  pourrait  que  ce  cheval 
fût  destiné  à en  représenter  deux,  l’un  cachant  l’autre.  Le  mou- 
vement des  jambes  et  celui  de  la  queue  du  cheval,  qui  est  levée 
en  l’air,  semblent  indiquer  qu’il  court  avec  une  grande  rapidité, 
absolument  comme  sur  les  deux  stèles  précédentes.  Les  deux 
jambes  de  devant  ne  sont  pas  séparées,  non  plus  que  celles  de 
derrière;  on  dirait  départ  et  d’autre  une  seule  jambe  très-large. 
Dans  cetle  sculpture,  les  renes  avec  lesquelles  le  guerrier  guide 
le  cheval  sont  nettement  indiquées  par  une  large  bande.  La 
queue  du  cheval  aussi  est  moins  touffue  et  mieux  propor- 
tionnée, mais  le  corps  même  de  l’animal  est  une  reproduction 
exacte  de  celui  du  bas-relief  précédent.  La  caisse  du  char  est 
excessivement  basse  et  très-petite,  en  comparaison  de  celle  du 
char  de  l’autre  stèle  ; mais  elle  n’est  pas  moins  remarquable, 
en  ce  qu’elle  est  entourée  d’un  fflet  ou  listel  (avraS)  qui  est  double 
à la  partie  inférieure.  Immédiatement  derrière  la  caisse  du  char 
on  voit  un  couteau  à deux  trancliants,  d’une  largeur  énorme  et 
dont  le  manche  se  termine  par  un  très-gros  pommeau.  Gomme  il 
ne  peut  pas  avoir  existé  de  couteaux  de  cette  dimension,  jè  présume 
({ue  l’artiste  a voulu  représenter  une  épée  à deux  trancliants  avec 
une  garde  terminée  par  un  gros  pommeau  ; mais  que,  n’ayant  pas  la 
place  nécessaire,  il  a fait  son  épée  très-courte,  sans  rien  diminuer 
toutefois  de  sa  largeur,  parce  que,  dans  ce  sens,  la  place  ne  lui 
faisait  pas  défaut.  La  seule  roue  qui  soit  visible  est  analogue  à 
celles  des  chars  représentés  dans  les  autres  bas-reliefs;  elle  n’a 
également  que  quatre  rayons  formant  la  croix  autour  de  l’essieu. 


LA  TROISIÈME  PIERRE  TOMRALE  SCULPTÉE.  J59 

L’adversaire  à pied,  visible  à droite,  et  dont  la  partie  supérieure  a 
également  disparu  par  suite  de  l’accident  arrivé  à la  pierre,  n’est 
pas  au  même  niveau  que  le  cheval  et  le  char  ; il  a l’air  de  planer  en 
l’air,  sur  le  même  niveau  que  l’homme  du  char.  Il  l’attaque  avec 
une  longue  lance  sur  laquelle  on  peut  voir  un  objet  d’une  forme 
particulière,  qui  ressemble  beaucoup  à une  des  idoles  rudimen- 
taires de  Troie  ^ et  devait  servir  à cTCcrocher  la  lance  sur  l’épaule. 

Dans  le  compartiment  inférieur,  nous  voyons  deux  grands  cercles 
dont  la  réunion  forme  comme  un  huit  couché  horizontalement,  et 
dans  chacun  des  deux  cercles  six  spirales,  dont  les  parties  adja- 
centes sont  reliées  ensemble  alternativement  à l’extérieur  et  à l’in- 
térieur par  des  bandes  en  relief.  Au-dessous  de  la  sculpture,  au 
pied  de  la  stèle,  nous  voyons  deux  spirales  imparfaitement  taillées 
dans  la  pierre.  On  dirait  que  l’artiste  avait  fait  une  esquisse  d’essai 
du  sujet  qu’il  allait  sculpter  sur  la  tablette.  Les  artistes  de  nos 
jours  font  leurs  esquisses  sur  papier,  mais  le  sculpteur  mycénien 
primitif  n’avait  ni  papier,  ni  crayon,  ni  plume,  ni  enci*e  à sa  dis- 
position: aussi  faisait-il  son  esquisse  d’essai  sur  la  pierre  même, 
mais  dans  la  partie  inférieure  qui  devait  être  enfoncée  sous  terre 
et  par  conséquent  cachée  aux  regards. 

A une  distance  de  10  pieds  (3  mètres)  seulement  de  cette  dernière 
stèle,  et  presque  en  ligne  droite  avec  les  trois  précédentes  est  une 
quatrième  stèle  funéraire  de  la  même  pierre  (fig.  i42)  décorée  d’un 
bas-relief  également  sur  la  face  qui  regarde  l’ouest.  Cette  stèle  est 
aussi  un  trapèze  qui  a 6 pouces  (0'",15)  d’épaisseur,  6 pieds  (i'“,80) 
de  hauteur,  4 pieds  (l'",20)  de  largeur  à la  base  et  3 pieds 
10 pouces^  (l'",16)  au  sommet.  Il  manque  à bipartie  supérieure  un 
morceau  qui  avait  probablement  un  pied  (0"‘,30)  de  haut.  Le  coté 
de  cette  stèle  qui  regarde  l’ouest  porte  une  large  bordure  à di’oile 
et  à gauche;  l’espace  compris  entre  ces  deux  bordures  se  divise  en 
trois  compartiments  verticaux  de  largeur  égale,  qui  descendenl 
])lus  bas  que  la  moitié  de  la  pierre.  A l’exception  de  deux  lignes 
verticales,  qui  forment  une  bordure  à sa  droite  et  à sa  gauche,  le 


1.  Voyez  mou  Atlas  des  antiquités  troyennes,  pi.  1“26,  n“  :2560. 


FOUILLP^S  DANS  LA  CITADELLE. 


1()0 

coinpartiineiit du  milieu  u’ofîre  auciiuc  sculpture;  il  était  proba- 


Kii;.  14:2.  — Quatrième  stèle  funéraire  trouvée  au-Jessus  des  tombeaux  de  l’acropole  (à  i nièlres). 
A 1/9®  à pou  près  de  la  grandeur  réelle. 


blemeiit  destiné  à ligurerpme  coluuue.  Les  deux  coiupartimeuts  de 


LA  UÜATRIÈME  LIERRE  T03IRALE  SCULPTÉE. 


J61 


droite  et  de  gauche  conticiiiicnt  un  dessin  ondulé  très-large,  qui 
représente  les  replis  d’un  serpent,  et  court  du  sommet  h la 
base  du  compartiment  en  suivant  la  direction  des  fdets.  Quoique 
ce  dessin  ne  soit  qu’en  bas-relief,  il  est  vigou- 
reusement sculpté.  Si,  comme  me  le  lait  observer 
le  D"  Fr.  Schlie,  nous  avions  à représenter  le 
dessin  a par  des  lignes  droites  brisées,  il  produi- 
rait l’effet  indiqué  par  le  dessin  h. 

Immédiatement  au  sud  de  cette  stèle,  sur  la 
même  ligne  qu’elle,  à 1 pied  (0”,30)  seulement  de  distance,  il  y 
en  a une  antre  qui  n’est  pas  sculptée.  Deux  autres  stèles  non 
sculptées  se  dressent  l’une  près  de  l’autre  à 23  pieds  (6'“q90)  vers 


Fig.  143.  — Fragmeiil  d’uiic  stcle  (à  4 luèlres).  Au  ciiiquiriuc  delà  grandeur  reelle. 

l’est  des  trois  premières  stèles  sculptées;  enlin  à 40pieds(i2niètres) 
directement  au  sud  des  deux  stèles  non  sculptées,  il  y a encore  deux 
stèles  non  sculptées,  séparées  l’imc  de  l’autre  par  une  distance 
de  4 pieds  (l“q20).  Toutes  ces  stèles  non  sculptées  sont  égalemenl 
debout  et  font  face  à l’ouest;  elles  sont  de  la  même  pierre  sablon- 

MYCÈNES.  I 1 


I 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


162 

neuse  que  les  autres  stèles  et  les  dalles  du  cercle,  et  toutes  ces 
pierres  proviennent  évidemment  des  anciennes  carrières  qu’on  voit 
sur  la  route  du  Tréton,  environ  à moitié  chemin  entre  Mycènes  et 
Némée. 

Au  pied  de  la  stèle  décrite  la  première,  j’ai  trouvé  une  poignée 


Fiü.  m.  — Fragment  d’une  stèle  funéraire  (à  4 mètres).  Au  septième  environ  de  la  grandeur  reelle. 


de  cendres  noires,  et  au  milieu  de  ces  cendres  un  grand  bouton 
d’os  recouvert  d’un  épaisse  feuille  d’or,  sur  laquelle  est  gravé  un 
cercle,  dans  ce  cercle  un  triangle,  et  dans  ce  triangle  un  dessin 
représentant  trois  larges  couteaux  dont  les  manches  sont  formés  de 
belles  spirales.  Je  découvris  également  au  pied  de  la  plupart  des 
pierres  tombales  des  cendres  grises  provenant  de  la  combustion 
de  matières  animales  ; je  crus  d’abord  que  c’étaient  des  cendres 
humaines;  mais  comme  j’y  rencontrais  des  os  que  je  reconnus,  en 


163 


FRAGM|ENTS  DE  STÈLES. 

y regardant  de  plus  près,  pour  des  os  d’animaux,  j’en  conclus  que 
ces  cendres  devaient  provenir  de  sacrifices.  Il  a dû  y avoir  certaine- 
ment en  cet  endroit  encore  d’autres  stèles  sculptées,  car  j’y  trouve, 
ainsi  que  dans  le  champ  voisin,  à une  profondeur  de  10  à 13  pieds 


(3  mètres  à 3“h90)  au-dessous  de  la  surface,  (luantitè  de  fragments 
de  stèles  funéraires. 

Le  plus  intéressant  de  ces  fragments  (lig.  143)  est  d’nne  pierre 
sablonneuse  dure  : il  a 15  pouces  (0'",375)  de  longueur,  11  pouces 
(0"h275)  de  largeur  et  6 pouces  I (O'^VlO)  d’épaisseur.  On  y voit  un 
jeune  garçon  qui  semble  nu;  sans  aucun  doute  il  était  représenté 
debout  sur  un  char,  car  il  tient  dans  sa  main  gauche  les  rênes 
indiquées  par  une  large  bande  ; sa  main  droite  est  aussi  étendue, 
mais  elle  ne  tient  rien  ; sa  coiffure  est  indiquée  par  deux  lignes 


164 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


courbes  tracées  sur  la  tête;  les  deux  ligues  verticales  qui  sont  à 
gauche  faisaient  partie  de  la  bordure  de  la  stèle.  Un  second 
fragment  de  22  pouces  (0'",55)  de  longueur,  sur  17  (0'”,43)  de 


Fig.  14G.  147,  148. — Trois  fragments  de  pierres  tombales  (3  a i mètres).  Au  sixième  environ  de  la  grandeur  réelle 

largeur  et  6 (0“Vl5)  d’épaisseur  provient  d’une  pierre  sablonneuse 
tendre  ; aussi  la  sculpture  en  est  détériorée  et  difficile  a distinguer. 

Le  troisième  fragment  (fig.  144)  a 2 pieds 6 pouces  (0'", 75)  de  lon- 
gueur, 2 pieds  (0“\60)  de  largeur,  et  6 pouces  (0'”,15)  d’épaisseur; 
c’est  évidemment  la  partie  supérieure  de  droite  d’une  stèle.  C’est 
également  une  pierre  sablonneuse  tendre,  aussi  la  sculpture  en  est- 
elle  très-détériorée.  Cette  pierre  est  divisée  par  deux  filets  en  trois 
compartiments  : le  compartiment  supérieur  et  celui  de  droite 
contiennent  des  spirales,  tandis  qu’on  aperçoit  la  partie  antérieure 
de  deux  chevaux  dans  le  compartiment  inférieur. 


FRAGMENTS  DE  STÈLES. 


165 


Uu  antre  fragment  (fig.  145)  est,  selon  tonte  apparence,  la  partie 
supérieure  de  gauche  d’nne  stèle  ; il  a 1 pied  8 ponces  (0“\50j  de 
largeur,  2 pieds  2 pouces  (0"h65)  de  hauteur  et  4 pouces  (0"VlO) 
d’épaisseur  ; il  provient  encore  d’une  pierre  sablonneuse  tendre.  Il 
porte  à gauche  une  bordure  composée  de  deux  filets  ; à la  partie 
supérieure  quelques  faibles  traces  d’un  filet  unique  ; un  filet  hori- 
zontal la  divise  en  deux  compartiments  ; le  compartiment  supé- 
rieur contient  de  belles  spirales  dont  le  dessin  est  le  même  que 
celui  de  la  figure  140;  il  ne  reste  du  compartiment  inferieur 
qu’une  petite  partie  où  la  sculpture  est  effacée. 

Voici  encore  trois  fragments  de  stèles  ; ils  sont  d’une  pierre 


Fig.  149-150.  — Fragment  de  stèles  funéraires  (3  à 4 mètres).  Au  douzième  environ  de  la  grandeur  réelle. 

sablonneuse  dure,  par  conséquent  mieux  conservés.  Le  fragment  de 
la  figure  146  al  pied  (0™,30)  de  hauteur,  10  pouces  | (0'",27)  de  lar- 
geur et  4 pouces  ^0’^\12)  d’épaisseur;  il  a une  bordure  formée  de 
deux  bandes  larges  et  de  trois  autres  plus  étroites;  au-dessus  de 
cette  bordure  il  n’y  a de  visible  que  le  pied  d’un  cheval.  Les  frag- 
ments inférieurs  (fig.  147, 148)  sont  ornés  de  spirales;  le  premier  a 
10  pouces  I (0"b27)  de  longueur  sur  J 0 pouces  I (0"b27)  de  largeur  et 
4 pouces!  (0"gl2)d’épaisseur  ; l’autre  a 10  pouces!  (0''\^27}  de  lon- 
gueur sur  10  pouces  (0"b25)de  largeur  et  4 pouces  ?-  (0‘'Vl -)  d’épais- 
seur. Voici  encore  deux  antres  fragments  de  stèles  (fig.  149,  150), 
tous  deux  de  pierre  sablonneuse  tendre  ; le  premier  présente  à 
gauche  des  spirales,  a droite  un  cheval  ; le  second  n’a  que  des 


166 


FOUILLES  DA^S  LA  CITADELLE. 


spirales,  il  a 1 pied  6 pouces  (0“'',45)  de  hauteur,  16  pouces  (0"h40) 
de  largeur  et  4 pouces  (0'",i0)  d’épaisseur. 

J’ai  été  assez  heureux  aussi  pour  découvrir,  à 3 pieds  (0"h90) 
seulement  au-dessous  de  la  surface,  un  fragment  de  colonne  qua- 
drangulaire  de  porphyre  rouge,  de  22  pouces  | de  longueur  (0"‘,567) 
sur  8 pouces  (0'", 20)  de  laideur  et  10  pouces  (0'",25)  d’épaisseur, 
décoré  d’un  magnifique  has-relief  de  palmettes,  disposées  dans  le 
sens  horizontal  (fig.  151).  Deux  de  ces  palmettes  sont  opposéesl’une 


Fig.  151.  — Fragment  d’iine  colonne  quadrangulairc  de  porphyre  ronge  (à  1 mètre). 
Au  cinquième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


à l’autre  et  réunies  par  une  pièce  intermédiaire,  de  forme  rectangu- 
laire. Cette  pièce  a en  haut  et  en  bas  une  bordure  horizontale,  le 
reste  étant  divisé  des  deux  côtés,  à droite  et  à gauche,  par  trois  en- 
tailles verticales  quiontlaforme  de  filets  et  qui  partagent  le  champ  en 
sept  rectangles  allongés  dans  le  sens  de  la  hauteur.  Le  rectangle  du 
milieuest  aussi  large,  àlui  tout  seul,  que  lés  trois  quisont  de  chaque 
côté.  Cette  sculpture  du  milieu  fait  songer  aux  triglyphes  doriques. 

A droite  et  à gauche  des  palmettes,  nous  voyons  des  restes  d’or- 
nements de  meme  nature,  et  il  semble  que  la  colonne  tout  entière 
ait  été  décorée  de  la  même  manière.  Au-dessus  des  palmettes,  il  y 
a une  rangée  de  denticules,  et  il  n’est  pas  douteux  qu’il  n’y  en  ait  eu 
une  autre  nu-dessons.  L’ensemble  des  deux  palmetles  du  milieu 


COLONNE  DE  PORPHYRE. 


167 


donne  l’idée  d’nn  salon  meublé  de  sièges  dans  tout  son  pourtour. 
J’ai  encore  trouvé,  aune  profondeur  d’environ  il  pieds  6 pouces 
(3''b45)  le  fragment  d’une  autre  colonne  ou  frise  de  porphyre 
rouge,  de  8 pouces  I (0‘",22)  de  longueur  sur  10  pouces  (0"b25) 
de  largeur  et  4 pouces  | (O"',! 05)  d’épaisseur,  décoré  d’une  belle 
spirale  (voyez  fig.  152). 

Bien  que  les  procédés  techniques  employés  pour  les  bas-reliefs 


Fig.  152,  153,  151.  — Fragments  de  frises*;  au  cinquième  environ  de  la  grandeur  re'elle. 


de  toutes  ces  stèles  et  frises  puissent  ne  pas  différer  beaucoup  de 
ceux  que  l’on  constate  sur  toute  une  série  de  bas-reliefs  archaïques 
de  l’ancien  art  grec,  néanmoins  on  n’avait  jamais  jusqu’ici  ren- 
contré de  pareilles  figures  ni  une  pareille  ornementation  dans 
aucune  sculpture  grecque.  Les  stèles  de  Mycènes  sont  donc  uniques 
dans  leur  genre.  Il  est  vrai  que  cette  manière  de  remplir  avec  de  belles, 
spirales  multiples  l’espace  non  couveil  par  des  formes  d'hommes 

1.  La  frise  (fig.  153)  est  décrite  plus  loin,  et  la  figure  210  la  montre  dans  le  sens  de  la  largeur  ; 
le  fragment  de  la  figure  I5i  est  aussi  décrit  plus  loin. 


168 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


OU  d’animaux  nous  rappelle  les  principes  de  la  peinture  que  l’on 
voit  sur  les  vases  dits  oriental isants.  Mais  nulle  part  on  ne  rencontre 
dans  les  sculptures  de  Mycènes  l’ornementation  de  plantes,  qui  est 
si  caractéristique  dans  cette  classe  d’anciennes  décorations  grec- 
ques. L’ensemble  de  ce  style  est  plutôt  une  ornementation  linéaire, 
avec  des  formes  d’un  relief  puissant,  et  nous  y trouvons  une  indi- 
cation intéressante  de  cette  époque  du  développement  de  l’art  grec 
qui  précéda  la  période  désignée  sous  le  nom  de  gréco-phénicienne, 
période  où  sa  marche  fut  déterminée  par  des  influences  orientales. 
M.  Newton  fait  remonter  avec  certitude  jusqu’à  l’an  800  avant 
Jésus-Christ  le  commencement  de  cette  dernière  période.  Mais  ces 
représentations  mycéniennes,  exclusivement  décorées  d’une  orne- 
mentation linéaire  en  relief,  offrent  encore  un  autre  intérêt.  Nous  y 
voyons  des  êtres  vivants,  tels  que  l’homme,  le  cheval,  le  lion,  le 
chevreuil,  non  plus  réduits  plus  ou  moins  à un  simple  dessin 
linéaire,  comme  sur  les  fusaïoles  de  Troie  h mais  rendus,  quoique 
d’une  manière  grossière  et  enfantine,  dans  la  plénitude  de  leurs 
formes  et  précisément  comme  l’exige  la  nature  du  relief. 

Ces  réflexions  nous  conduisent  à la  conclusion,  qu’il  faut  établir 
une  corrélation  entre  ces  has-reliefs  mycéniens  et  l’ancienne  archi- 
tecture de  Mycènes.  Comparons-les  seulement  à ce  qui  reste  de 
rornementation  de  la  porte  du  trésor  d’Atrée  et  à sa  demi-colonne, 
telle  qu’elle  a été  restaurée  par  le  professeur  Donaldson^  En  con- 
séquence, il  ne  semble  pas  qu’il  y ait  témérité  de  notre  part  à rap- 
porter ces  monuments  à l’anlhOOenviron  avant  Jésus-Christ  et  à les 
considérer  à l’avenir  comme  un  anneau  important  dans  la  chaîne 
de  l’histoire  de  l’art.  L’ornementation  avec  des  spirales  ne  prouve 
pas  le  moins  du  monde  une  influence  orientalisante;  car  un  fd  de 
métal  a du  donner  à l’artiste  primitif  l’idée  de  l’ornementation  spi- 
rale; en  effet,  nous  retrouvons  ce  genre  d’ornementation  même  sur 
les  anciens  monuments  du  Mexique  et  du  Pérou. 

Tout  près  des  douze  petits  réservoirs,  du  côté  nord  de  ma  seconde 
tranchée,  il  y a une  maison  cyclopéenne  sans  toit;  même  dans 


1.  Voyez  mon  Allas  des  antiquités  troqennes,  pl.  2,  fig.  3i  à 36. 

2.  Voyez  le  volume  supplémentaire  de  ï Athènes,  de  Stuart. 


STYLE  DES  SCULPTURES. 


169 


l'état  OÙ  elle  est  maintenant  réduite,  elle  a 24  pieds  (7'", 20)  de 
haut  du  côté  sud.  Elle  ne  contient  qu’une  chambre  de  17  pieds 
(5'“,10)  de  longueur  sur  9 pieds  I (2"", 85)  de  largeur;  le  mur  de 
l’est  a 3 pieds  4 pouces  (1  mètre)  d’épaisseur,  et  le  mur  de  l’ouest 
3 pieds  (0"h90).  Du  côté  sud,  elle  a deux  murs;  le  mur  intérieur  est 
épais  de  3 pieds  4 pouces  (i  mètre),  le  mur  extérieur  de  3 pieds 
8 pouces  (1”’,10);  contre  le  mur  du  nord,  qui  a 3 pieds  (0"h90) 


Fig.  155. — Poids  do  jaspe,  avec  un  trou  pour  le  suspendre  (à  S"*, 50).  Grandeur  réelle. 


d’épaisseur,  s’appuie  un  autre  mur  épais  de  6 pieds  (l"g95)  ; ainsi 
le  passage  de  la  porte,  qui  est  de  ce  côté,  n’a  pas  moins  de  9 pieds  | 
(2"g85)  de  long.  J’ai  fait  des  fouilles  dans  cette  maison  et  j’y  ai  trouvé 
des  cendres  de  bois  et  de  matières  animales,  mélangées  d’os,  parti- 
culièrement d’os  de  porc,  avec  des  milliers  de  fragments  de  vases 
archaïques  décorés  de  peintures.  Mais  je  n’ai  rien  découvert  qui 
mérite  d’être  mentionné,  sauf  une  certaine  quantité  de  grains  de 
froment  et  de  vesce,  grillés,  un  poids  de  jaspe  avec  un  trou  pour  le 
suspendre  (fig.  155),  quelques  vases  archaïques  bien  conservés,  le 
fragment  fig.  15G)  d’un  vase  percé  de  trous  semblables  à ceux  d'un 
crible,  et  un  certain  nombre  de  fnsaïoles  de  piei're  bleue.  Un  de 


170 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


ces  vases  est  particulièrement  intéressant  à cause  des  peintures  qui 
le  décorent;  elles  représentent  deux  cygnes  dont  les  têtes  sont 
réunies,  comme  celles  des  deux  aigles  dans  les  armes  de  la  Russie. 

Je  n’ai  pas  été  plus  heureux  avec  les  douze  petits  réservoirs  for- 
més chacun  de  quatre  grandes  dalles;  car  ils  ne  contiennent  rien 
autre  chose  que  des  restes  d’ustensiles  domestiques  et  en  particu- 
lier des  fragments  de  vases  archaïques. 

Les  quatre  stèles  funéraires  sculptées  et  les  cinq  stèles  funéraires 


Fio.  156,  — Fragment  d’iin  vase  percé  de  trous  (à  S"", 50).  Grandeur  réelle. 


non  sculptées  marquent  sans  aucun  doute  remplacement  de  tombes 
creusées  profondément  dans  le  roc.  Cependant  je  suis  contraint 
d’en  remettre  l’exploration  jusqu’au  moment  où  j’aurai  terminé 
toutes  mes  fouilles  dans  la  partie  nord  de  l’acropole. 

C’est  un  fait  significatif  que  la  présence  de  ces  nombreux  tom- 
beaux près  de  la  porte  des  Lions,  c’est-à-dire  dans  la  partie  la  plus 
imposante  et  la  plus  en  vue  de  la  citadelle,  à l’endroit  même  où  on 
se  serait  attendu  à trouver  le  palais  du  roi  ; le  fait  est  d’autant  plus 
significatif  que  les  dalles  des  deux  rangées  parallèles  sont  sem- 
blables de  tout  point  aux  cinq  stèles  non  sculptées  et  aux  dalles  des 
douze  réservoirs,  et  que  tons  ces  monuments  semblent  avoir  été 
érigés  en  même  temps. 


TOMBES  DANS  L’ACROPOLE. 


171 


Je  ne  connais  pas  d’exemple  dans  l’histoire  d’une  acropole  qui 
ait  servi  de  lieu  de  sépulture,  excepté  le  petit  édifice  des  Caryatides 
dans  l’acropole  d’Athènes,  que  l’on  appelait  le  tombeau  de  Cécrops, 
premier  roi  d’Athènes.  Mais  nous  sommes  sûrs  aujourd’hui  que 
Cécrops  n’est  pas  autre  chose  que  Kacyapa  ou  Cacyapa,  qui  était 
un  dieu-soleil;  par  conséquent  l’histoire  de  Cécrops  enseveli  dans 
la  citadelle  n’est  qu’un  mythe.  Mais  ici,  dans  la  citadelle  de 
Mycènes,  les  tombes  ne  sont  pas  des  mythes,  ce  sont  des  réalités 
tangibles.  Quels  étaient  donc  ces  grands  personnages,  et  quels 
immenses  services  avaient-ils  rendus  pour  qu’on  leur  fît  l’honneur 
insigne  de  les  ensevelir  dans  un  pareil  endroit? 

Je  n’hésite  pas  un  moment  à proclamer  que  j’ai  trouvé  là  les 
tombeaux  attribués  par  Pausanias,  d’après  la  tradition,  à Atrée, 
à Agamemnon,  le  roi  des  hommes,  au  conducteur  de  son  char, 
Eurymédon,  à Cassandre  et  à leurs  compagnons.  Mais  il  est  absolu- 
ment impossible  que  Pausanias  ait  pu  voir  ces  tombeaux,  parce 
qu’à  l’époque  où  il  visita  Mycènes  (environ  170  ap.  J.-C.)  tous  ces 
monuments  funéraires  étaient  recouverts  depuis  des  siècles  d’une 
couche  de  décombres  préhistoriques  de  8 ou  10  pieds  (2'", 40  à 
3 mètres)  d’épaisseur.  Sur  cette  première  couche,  une  cité  hellé- 
nique avait  été  bâtie,  puis  abandonnée  environ  quatre  siècles 
avant  l’époque  de  Pausanias,  après  avoir  ajouté  une  couche  de 
ruines  helléniques  de  3 pieds  (0"\90)  à la  couche  épaisse  de 
décombres  préhistoriques.  Ce  n’est  donc  que  par  la  tradition 
qu’il  peut  avoir  connu  l’existence  de  ces  tombeaux. 

Au  trésor  qui  est  proche  de  la  porte  des  Lions,  le  travail 
avance  très-lentement,  parce  que  le  sol  est  dur  comme  la  pierre. 
Aujourd’hui  seulement  ma  tranchée  a atteint  une  profondeur  suffi- 
sante pour  me  permettre  de  commencer  à fouiller  la  niche  trian- 
gulaire qui  est  au-dessus  de  la  porte.  J’avais  supposé  que  ce  trésor 
se  trouverait  être  à peu  près  de  la  même  dimension  que  le  trésor 
d’Atrée  ; mes  conjectures  semblent  être  justifiées  par  la  largeur 
du  chemin  d’approche,  dromos,  qui  a ^0  pieds  7 pouces  (6'”,  ! 8) 
de  largeur  dans  le  trésor  d’Atrée  et  19  pieds  8 pouces  (5"\90) 
dans  l’autre. 


172 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


Ces  édifices  coniques,  de  50  pieds  (15  mètres)  d’élévation,  étaient 
construits  sous  la  pente  même  de  la  colline  et  destinés  à demeurer 
souterrains  ; car,  comme  il  a été  constaté  plus  haut,  la  surface  des 
pierres  est  absolument  irrégulière  à l’extérieur;  l’édifice  tout  entier 
est  enveloppé  d’une  couche  épaisse  de  pierres  dont  le  poids  sert 
à consolider  la  maçonnerie.  Je  suis  sûr  que  la  tradition  a raison 
quand  elle  dit  que  ces  édifices  mystérieux  servaient  h mettre  en 
sûreté  les  richesses  des  anciens  rois.  Mais  ce  qui  est  hors  de  doute, 
c’est  qu’aussi  longtemps  qu’ils  ont  servi  de  trésors,  le  dromos 
et  la  porte  n’étaient  pas  obstrués;  ici  se  présente  donc  la  grande 
question:  pourquoi  et  quand  le  dromos  et  la  porte  ont-ils  été 
enfouis  sous  cette  effrayante  masse  de  décombres? 

On  a affirmé  qu’ils  avaient  été  enfouis  à l’époque  de  l’invasion 
dorienne.  Mais  les  fouilles  faites  dans  le  trésor  d’Atrée  ont-elles 
donné  autre  chose  qu’une  table  de  pierre,  quelques  dalles  sculptées 
et  des  fragments  de  plaques  d’airain?  Eût-on  pris  la  peine  d’en- 
fouir des  trésors  vides?  Il  demeure  pourtant  établi  qu’ils  furent 
enfouis,  mais  à quelle  date?  Heureusement,  pour  répondre  à cette 
question  nousavonsdes  données  fournies  par  la  poterie  de  la  couche 
de  décombres  qui  recouvre  le  dromos.  En  effet,  j’y  découvre  con- 
tinuellement une  très-ancienne  poterie  peinte,  ornée  de  dessins 
géométriques,  semblables  aux  vases  attiques  que  l’on  a considérés 
jusqu’ici  comme  les  plus  anciennes  terres  cuites  de  la  Grèce;  j’y 
trouve  aussi  de  très-grossières  idoles  de  Hèra,  en  terre  cuite,  oû 
elle  est  représentée  tantôt  sous  la  forme  d’une  lemme,  tantôt  sous 
celle  d’une  vache.  On  peut  voir  le  style  de  cette  poterie  dans  la 
pièce  qui  porte  la  figure  157.  A la  droite  de  l’anse  se  trouve  le 
signe  dont  une  partie  seulement  est  visible;  vient  ensuite  une 
rangée  d’animaux  appartenant  à une  espèce  que  l’on  trouve  fré- 
quemment sur  les  vases;  cet  animal  a la  forme  d’une  grue,  mais 
peut-être  était-ce  un  cheval  dans  l’intention  de  l’artiste  ; ensuite, 
on  y voit  un  beau  méandre.  Sur  un  autre  fragment  (fig.  158)  il  y a 
seulement  une  rangée  de  ces  animaux,  grues  ou  chevaux,  placés 
entre  deux  bandes,  chacune  formée  de  trois  lignes  parallèles  qui 
font  le  tour  du  vase.  En  haut,  on  voit  une  rangée  d’antres  oiseaux. 


POTEIUE  PEINTE  GÉOMÉ T [UQUEMENT. 


173 


Il  a été  trouvé  au  même  endroit  une  petite  cruche  ornée  de  lignes 
verticales.  Tout  naturellement  il  est  bien  certain  que  les  décombres 
qui  cachent  l’entrée  ont  été 
apportés  d’ailleurs , mais 
comme  ou  n’y  trouve  que 
des  fragments  de  très-an- 
ciennes terres  cuites  presque 
tous  décorés  de  dessins  géo- 
métriques, il  faut  que  l’en- 
trée ait  été  enfouie  à une 
époque  reculée,  et  le  trésor 
lui-même  est,  sans  aucun 
doute,  plus  ancien  que  le 
trésor  d’Atrée. 

Parmi  les  idoles  trouvées 
dans  le  dromos  devant  le 
trésor  en  question,  les  plus 
anciennes  idoles  de  Hèra 
représentée  sous  forme  de 
femme  sont  très-grossièrement  façonnées  ; ({ueb|uefois  elles  ii’onl 
pas  d’ornements  peints,  leur  tête  est  oblongue  ou  ronde,  avec 
ou  sans  diadème  ; les  yeux  sont 
grands.  Quelques-unes  ont  des 
mamelles,  d’autres  n’en  ont  pas; 
les  mains  sont  tantôt  saillantes, 
tantôt  croisées  sur  la  poitrine. 

A la  môme  époque,  sans  aucun 
doute,  appartiennent  les  idoles 
féminines  qui  ont  la  tête  nue  et 
fortement  comprimée , les  yeux 
grands,  les  mains  étendues  et  pas 
de  mamelles;  ou  bien  elles  ont 

deux  mamelles,  au-dessous  et  de  chaque  côté  desquelles  une 
corne  fait  saillie;  l’ensemble  des  deux  cornes  donne  la  tignre  d'un 
demi-cercle  (voy.  fig.  94);  on  doit  aussi  rapporter  à la  même 


Fig.  157.  — Fragment  d’mi  vase  peint,  provenant  du  dromos 
du  trésor  qui  est  près  de  la  porte  des  Lions  (à  2™, 50).  A la 
moitié  de  la  grandeur  réclic. 


Fig.  15S.  — Fragment  de  la  même  poterie,  provenant 
du  dromos  (à  5 mètres').  A la  moitié  de  la  gran- 
deur réelle. 


174 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


époque  l’idole  masculine  à tête  nue  dont  le  front  a pour  ornement 
un  diadème  décoré  d’une  étoile  ; elle  a un  long  nez  aquilin, 
de  grands  yeux  et  une  longue  barbe  en  saillie  (voy.  fig.  106)  ; tou- 
jours à la  même  époque  se  rapportent  quelques  idoles  à forme  de 


Fig.  15U.  — Idole  de  tcire  cuilc,  à tète  de  vache,  ayant  funaé  l'aiise  d’un  vase  (à  4 mètres).  Grandeur  réelle. 

vache,  décorées  de  peintures  rouges  ou  noires  (voy.  fig.  118),  le 
fragment  d’un  vase  de  granit  et  une  petite  figure  de  femme,  en 
argent,  qui  porte  une  longue  chevelure. 

Dans  l’acropole,  les  idoles  les  plus  communes  sont  celles  deHèra 
représentée  sous  la  forme  d’une  femme  avec  des  cornes  ou  sous  celle 
d’une  vache.  Et  de  fait,  elles  sont  en  si  grand  nombre  que  jusqu’à 
aujourd’hui  j’ai  pu  en  recueillir  plus  de  septcents;  mais  elles  sont 
toutesplus  oumoinsmutilées.  Parmi  les  formes  d’idoles  rencontrées 
fréquemment  dans  l’acropole,  je  dois  encore  citer  les  suivantes  : 


IDOLES  DE  HÈRA  COMMUNES  DANS  L’ACROPOLE. 


175 


idoles  à tète  d’oiseau^  ronde  et  sans  coiffure  ' ; idoles  à tête 
comprimée , avec  de  grands  yeux  et  la  tête  couverte  d’un  polos 
en  forme  de  bol,  sur  lequel  on  trouve  souvent  une  croix  peinte  ; ces 
deux  espèces  d’idoles  tiennent  leurs  niaiiis  sur  leur  poitrine,  elles 
iront  aucun  des  caractères  de 
^idole-vache^  Je  dois  citer  en-  /-n 
core  l’idole  assez  commune,  dont 
le  milieu,  dans  son  ensemble, 
a la  forme  d’un  disque  ou  à peu 
de  chose  près^;  peut-être  primi- 
tivement a-t-on  eu  l’intention 
d’en  faire  l’image  de  la  pleine 
lune,  parce  que,  je  le  répète,  Hèra 
était  dans  l’origine  la  déesse- 
lune,  et  que  si  on  lui  a donné 
les  cornes  d’une  vache  et  dans 
la  suite  la  forme  même  de  cet 
animal,  ce  ne  peut  être  que  par 
une  allusion  symbolique  aux 
cornes  du  croissant  de  la  lune. 

Enfin  j’ai  à mentionner  une 
idole  qui  se  rencontre  moins 
fréquemment  : c’est  une  idole 
féminine  à tète  de  vache  parfai- 
tement modelée  ; ce  type  ne  se 

rencontre  que  sur  les  anses  de  vases  ; le  corps  de  la  femme  est 
toujours  incomplet,  il  ne  descend  jamais  plus  bas  que  la  poitrine 
et  finit  même  souvent  au  cou,  dont  le  collier  n’esl  jamais  oublié  h 
Par  une  étrange  coïncidence  les  trois  ou  quatre  têtes  de  vache 
en  terre  cuite  trouvées  à Troie  étaient  pareillement  sur  des  anses 
de  vases  J’ai  trouvé  une  idole  de  Hèra,  sans  tête,  avec  deux 


Fig.  160.  Idole  de  terre  cuite,  à Icto  de  vaclie 
(à  2 mètres).  Grandeur  rcclle. 


1.  Voyez  la  ligure  100. 

'2.  Voyez  la  figure  101. 

3.  Voyez  les  figures  90-93. 

4.  Voyez  les  figures  159-160. 

5.  mon  Atlas  des  antiquités  troije)ines,\)\.  149,  iV  2952. 


176 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


cornes  bien  conservées  et  deux  mamelles.  Si  la  tête  manque,  ce 
n’est  pas  qu’elle  ait  été  brisée;  car  l’idole  n’a  jamais  été  destinée, 
à avoir  une  tête.  J’ai  recueilli  encore  des  idoles  parfaitement 
plates;  elles  avaient  de  chaque  coté  un  long  mufle,  de  grands 


Fig.  IGl.  — Idoles  à lèlc  de  vache  de  Hèra  (1  à 5 mètres].  A la  moitié  de  la  fraudeur  réelle. 


yeux  dessinés  de  profil,  mais  sans  la  moindre  indication  de  cornes 
(voyez  fig.  J61 ‘). 

Excepté  le  bouton  plaqué  d’or,  dont  j’ai  déjà  parlé,  je  n’ai  encore 
découvert  aucun  objet  d’or  ou  d’argent;  mais  il  est  certain  que 
ces  deux  métaux  ont  été,  àMycènes,  d’un  usage  très-répandu.  J’ai 
recueilli  un  moule  taillé  dans  une  pierre  qui,  selon  le  professeur 
Xavier  Landerer,  est  un  beau  granit  d’un  rouge  foncé.  Sur  les 
deux  faces,  il  y a en  tout  quatorze  différents  modèles  de  fantaisie 
pour  boucles  d’oreilles  et  autres  ornements,  que  l’on  moulait  pro- 

1.  l’appelle  particiilièrenient  l’attention  du  lecteur  sur  les  peintures  funéraires  égyptiennes, 
publiées  par  M,  G. -A.  Hoskins,  Voijciges  en  Éthiopie  et  dans  VEgijpte  supérieure.  Dans  la  pein- 
ture murale  d’un  sépulcre  à Tlièbes,  on  voit  parmi  les  offrandes  quelques  vases  d’où  sortent 
des  tètes  semblables. 


MOULES  DE  GRANIT  ET  DE  RASALTE. 


177 


bablement  en  or,  eu  argent  ou  eu  verre  (voy.  11g.  162).  J’ai  trouvé 
aussi  uu  moule  plus  petit,  que  le  meme  professeur  a déclaré  être 


Fig.  162. — Les  deux  aces  d’un  moule  de  granit  destine  au  moulage  d’ornements  variés  (à  im,).  Grandeur  réelle. 


eu  basalte,  il  a la  forme  d’uu  cube  (voy.  lig.  168)  ; sur  les  six 
faces,  il  y a des  creux  pour  mouler  des  oruemeiils  ; ou  peut  voir 
ces  modèles  dans  nos  gravures  ; entre  autres,  il  y a un  creux  pour 
mouler  de  petits  coues  ornés  de  cercles  liorizoulaux  parallèles;  j’ai 
trouvé  nue  grande  quantité  de  ces  petits  coues  (voy.  llg.  16 1-).  Ils  sont 

composés  d’une  substance  noirâtre  et  brillante,  que  le  professeur 

le 


MYCÈNES. 


i78  FOUILLES  DANS  LA  UITADELLE. 

Landcrer,  après  en  avoir  fait  l’analyse,  déclare  être  une  argile  cuite 
à grand  feu  et  enduite  d’un  vernis  de  plomb.  M.  Newton  a eu  l’obli- 


Flu.  163. — Quatre  faces  d’au  moule  en  basalte,  à six  cotes  (à  5 mètres).  Grandeur  réelle. 


geaiice  de  me  muiitrer,  parmi  les  objets  recueillis  dans  le  tombeau 
d’ialysos,  de  très-petits  cônes  également  ornés  de  cercles  horizon- 


Fig.  1G4,  1G5,  166.  — Ornements  d’arg'ile  vernie  (3  à 4 mètres).  Grandeur  réelle. 


taux  parallèles,  de  la  meme  composition  que  les  cônes  mycéniens. 
.J’ai  aussi  trouvé  souvent  de  petits  disfiues  de  la  meme  composi lion, 
avec  des  Heurs  el autresdécorations  imprimées.  Cesdisques  doivenl 


OUNEMENTS  J)’ARG1LE  VERME. 


179 


avoir  servi  croriieiiiciils  sur  les  portes  ou  ailleurs  (fig.  165);  les 
pareils  ligureiit  aussi  au  Musée  Britannique  parmi  les  objets  prove- 
nant du  tonibeau  d’Ialysos.  L’objet  quadrangulaire  (fig.  166)  où  l’on 
voit  une  seiche  très-bien  représentée,  entre  deux  boixl tires  verti- 
eales  formées  d’entailles  denticulées,  est  percé  de  quatre  trous, 
pour  qu’on  puisse  l’attaclier  avec  de  petites  chevilles.  L’objet 
que  représente  la  figure  167,  qui  a la  forme  d’un  cbampignon 
percé  d’nn  trou  dans  toute  sa  longueur,  est  de  la  meme  compo- 
sition ; il  doit  aussi  avoir  servi  d’ornement  ; la  queue  était  enfoncée 
dans  l’objet  a décorer,  la  tête  seule  ressortait  ; on  pouvait  y mettre 
soit  une  fleur,  soit  quelqueautre  chose.  J’ai  trouvé  aussi  nue  grosse 


perle  percée,  également  en  argile  cuite  recouverte  d’un  vernis  de 
plomb  (fig.  168) . 

Je  trouve  fréquemmeiit  aussi  de  jietits  objets  en  forme  de  cônes 
ou  bien  avec  des  pointes  plus  émoussées  et,  dans  ce  dernier  cas, 
percés  de  trous;  ils  sont  tournés  dans  un  minéral  qui,  selon  le  pro- 
fesseur Landerer,  estla  pierre  de  Siphnos  (lapis  o II arls),conmmné- 
ment  appelée  pierre  ollaire.  Le  même  savant  appelle  mon  attention 
sur  le  passage  suivant  de  Pline  : « Dans  l’île  de  Siphnos,  il  y a une 
pierre  que  l’on  creuse  et  que  l’on  tourne  pour  en  faire  des  vases  ; 
ces  vases  sont  très-utiles  pour  cuire  les  aliments  et  pour  conserver 
les  comestibles,  propriété  que  cette  pierre  partage  avec  la  pierre 
de  Cornues  en  Italie.  La  pierre  de  Siphnos  a une  propriété  particu- 
lière : naturellement  tendre,  elle  noircit  et  durcit  au  contact  de 
l’huile  quand  elle  a été  chaidfée.  On  peut  la  touruei' pour  eu  faire 
des  ornements.  » Les  petits  cônes  tournés  dans  cette  })ierre  ont 
deux  petits  trous  de  cba(pie  côté  du  bord  iidérieur;  ces  trous  ont 
dù  être  prati(|ués  pour  y passer  les  |)elites  chevilles  destinées  à lixer 


180 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


les  objets.  La  figure  172  donne  la  reproduction  d’un  de  ces  objets, 
et  la  figure  169  celle  d’un  autre  objet  tourné  dans  la  même  pierre. 
Le  curieux  objet  (fig.  171)  qui  a presque  la  forme  d’ime  idole 
troyeinie  est  en  verre  et  fort  altéré;  je  ne  puis  m’en  expliquer 
l’usage.  Il  est  percé,  à la  partie  inférieure,  d’un  trou  tubulaire 
destiné  à le  fixer  sur  quelque  autre  chose  et  peut  avoir  servi 
d’ornemcut.  La  petite  boule  (fig,  170)  sur  laquelle  on  voit  de 
curieux  dessins  gravés  eu  creux  est  d’une  argile  cuite  très-dure. 


Fig.  170,171,  17'2.  — Ornemeuls  d’argile  vernie,  etc.(3à  4 mètres).  Grandeur  réeue. 


Je  rencontre  aussi  fréquemment  des  objets  en  forme  de  boutons, 
semblables  à ceux  que  j’ai  déjà  montrés  (fig.  126),  et  qui,  selon 
le  professeur  Landerer,  sont  tournés  dans  la  pierre  nommée  lapis 
serpeutinus.  Je  rie  puis  en  expliquer  l’usage  qu’en  supposant 
qu’ils  ont  servi  d’oruemeuts  sur  les  portes  et  sur  les  murs,  comme 
l’objet  de  la  figure  167.  Ou  a trouvé  aussi  une  grosse  perle  de  verre 
blanc  percée  et  un  gros  bloc  de  diorite,  avec  des  creux  circulaires 
pour  mouler  différents  objets. 

Un  trésor  d’objets  de  bronze  a été  découvert  à une  profondeur  de 
Id  pieds  (3'", 90).  Il  comprend  cinq  couteaux  (semblables  à ceux  des 
ligures  121-125),  deux  petites  roues  et  un  objet  avec  un  anneau 
dont  je  ne  puis  m’expliquer  l’iisageb  <^^eux  lances,  deux  haches  à 
deux  traiichaiits  (fig.  173),  des  épingles  à cheveux,  deux  vases  avec 
les  débris  de  quatre  autres  et  un  trépied.  Je  ne  saurais  comprendre 
à quel  usage  ont  pu  servir  les  deux  roues  ; on  n’a  jamais  dû  songer 
à les  faire  tourner,  puisque,  comme  on  peut  le  voir  sur  la  gravure^, 
elles  ont  une  anse  quadrangulaire  qui  montre  qu’elles  ii’oiit  jamais 


1.  Voyez  la  figure  120. 

2.  Voyez  la  figure  120. 


ORNEMENTS  DIVERS. 


181 


pu  rouler.  Une  des  roues  ^ a perdu  cet  appendice;  pour  tout  le 
reste,  ces  roues  ressemblent  parfaitement  à celles  des  chariots 
sculptés  sur  les  stèles  ; elles  ont  quatre  rayons  qui  forment  la  croix 
autour  du  moyeu.  Je  citerai  encore  deux  petites  roues  très- 
curieuses,  en  plomb,  qui  ont  été  trouvées  l’une  à 11  pieds 
8 pouces  (3"', 50)  de  profondeur,  l’autre  à 16  pieds  | (4"b95)2. 

On  a découvert  aussi  un  certain  nombre  de  gemmes  lentoïdes  de 
stéatite,  d’onyx,  d’agate,  polies,  presque  rondes,  un  peu  convexes, 
avec  des  intailles  d’animaux;  ces  intailles  sont  très-archaïques. 


Fig.  173,  — Hache  en  bronze,  à deux  tranchants  (à  4 mètres).  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


mais  plusieurs  d’entre  elles  dénotent  un  art  avancé;  toutes  ces 
gemmes  servaient  évidemment  k former  des  colliers.  L’objet  de 
la  figure  176  est  en  stéatite  (lapis  ollaris);  il  nous  donne  la  repré- 
sentation primitive  et  grossière  d’un  animal  à très-longue  queue  ; 
les  jambes  sont  longues,  la  tête  est  effilée  en  pointe,  tournée  en 
arrière  et  surmontée  d’une  corne  qui  se  dresse  verticalement;  nous 
devons  comprendre  sans  doute  que  cette  corue  cache  la  seconde; 
le  corps  de  l’animal  ressemble  a celui  d’un  cheval,  et  la  tête  à celle 
d’une  antilope.  La  figure  178  est  en  agate  rouge  ; elle  offre  aussi  la 
représentation  grossière  d’un  animal  qui  tourne  la  tête  en  arrièi'e; 
au-dessus  de  la  partie  postérieure  il  y a un  (rident;  ce  trident 
représente-t-il,  dans  l’intention  de  l’artiste,  la  queue  levée  de  fani- 

1.  Voyez  la  figure  12Ü. 

2.  Représentées  aussi  à la  figure  120.  .le  rappelle  au  lecteur  que  la  profondeur  à laquelle 
leu  ohjetü  ont  été  découverts  est  toujours  indiquée  en  mètres  au-dessous  de  chacun  d'enx  dans 
les  figures. 


•182 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


mal  ou  tout  autre  objet  ? c’est  ce  qu’il  est  difficile  de  discerner.  La 
plus  belle  de  ces  iutailles  est  eu  onyx  rouge  (fig.  174)  ; elle  repré- 
sente une  antilope  d’un  dessin  très-naturel.  Les  deux  cornes  sont 
bien  indiquées, la  tête  et  le  corps  ont  de  la  beauté;  l’animal  semble 
s’agenouiller;  la  queue  est  levée  obliquement  au-dessus  du  dos. 


Fig.  174  à 181.  — Gemmes  lentoides  (4  à 7 mètres).  Grandeur  réelle. 


J’appelle  particulièrement  rattention  sur  l’objet  qui  est  au-dessus 
du  dos  de  l’animal;  il  ressemble  à un  pot  de  fleurs  renversé  avec 
une  plante  à longue  tige  couchée  horizontalement.  Il  est  impossible 
de  reconnaître  l’objet  représenté  sur  la  gemme  (fig.  183);  cette 
gemme  est  en  serpentine.  Dans  la  figure  i 84,  qui  est  en  agate  noire. 


183  184  185 


Fig.  182  à 185.  — Gemmes  lentoides  et  perle  (3  à G mètres).  Aux  trois  quarts  de  la  grandeur  réelle. 


nous  retrouvons  un  animal  très-grossièrement  gravé,  qui  tourne  la 
tête  en  arrière,  mais  qui  n’a  pas  de  cornes.  La  figure  185  est  une 
perle. 

Une  autre  belle  intaille  (fig.  186),  sur  serpentine  noire,  représente 
un  animal  qui  tourne  la  tête  en  arrière;  ses  yeux  sont  grands,  et  il 
a l’air  de  courir  avec  une  grande  rapidité.  La  figure  189  est  aussi  en 
serpentinenoire,  mais  elle  n’a  pas  d’intailles.  Des  gemmes  lentoïdes 
analogues,  avec  des  animaux  grossièrement  gravés,  trouvées  dans 


GEMME  LENTO’iDE. 


183 


les  îles  de  la  Grèee,  sont  conservées  dans  lasalle  des  objets  précieux 
du  ^[nsée  Britannique.  J’appelle  une  attention  particulière  sur  ces 
objets,  de  meme  que  sur  la  gemme  lentoïde  eu  cristal  de  roche, 
dont  l’intaille  représente  une  cbèvre  qui  tourne  la  tête.  Cette 
gemme  aussi  a été  trouvée  dans  le  tombeau  d’Ialysos,  si  fré- 
quemment cité  ici  ; elle  est  aussi  au  Musée  Britannique,  mais 
dans  la  salle  où  sont  exposés  les  vases  d’Ialysos.  C’est  un  très-joli 
morceau  que  le  parallélipipède  de  la  figure  18^;  il  est  en  serpen- 
tine, décoré  sur  deux  de  ses  faces  de  quatorze  lignes  qui  se  croi- 
sent, sur  deux  autres  faces  de  deux  carrés  gravés  en  creux,  dans 
cbacun  desquels  on  voit  un  petit  cercle  avec  nu  point  an  centre.  La 
figure  187  est  un  petit  cylindre  en  opale  d’nn  vert  clair  sur  lequel 


Fig.  186  à 180.—  Gemme  lentoïde,  cylindre  et  perles  (3  à G mètres).  Aux  trois  quarts  delà  grandeur  nmlle. 

est  grossièrement  sculptée  nue  tête  humaine  qui  a les  yeux  fermés, 
le  nez  très-large,  la  bouche  fendue  ; cette  figure  porte  un  collier; 
elle  est  tout  à fait  dans  l’ancien  style  égyptien.  Cet  objet  est  cylin- 
drique et  n’a  pas  de  trou  ; il  semble  donc  qu’il  if  a pas  pu  servir  de 
poignée  pour  un  bâton;  La  figure  188  est  une  peiJe  de  verre  blanc. 
La  figure  180  est  un  objet  en  verre  bleu,  moulé  en  forme  de  coifnille 
de  moule  étroite  et  allongée,  et  entourée  d’entailles  horizontales 
parallèles;  le  verre  est  coloj’é  avec  du  cobalt.  La  figure  179  est  mie 
petite  perle  de  veri'e  bleu,  percée  de  deux  trous.  11  y a aussi  un  onyx 
brnn  d’un  beau  })oli,  sans  intailles  ; il  est  à l'emaripier  qu’on  en  a 
trouvé  un  tout  pareil  dans  le  tombeau  d’Ialysos.  La  figure  181  est 
formée  d’une  pâle  de  verre  artificielle.  Eiu'ore  nne  Ibis,  tous  ces 
objets,  excepté  les  figures  175,  180,  187,  sont  percés  de  trons  ; ce 
sont  des  perles  on  des  gemmes  lentoïdes  pour  colliers. 

Je  n’ai  li’onvé  jusifn’ici  qnc  trois  on  ([iialre  (uunbinaisons  di' 


184 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


signes  ayant  l’apparence  d’inscriptions;  l’une  de  ces  combinaisons 
occupe  les  deux  côtés  d’une  idole  mutilée  de  Hèra,  représentée 
sous  la  forme  d’une  femme  (voy.  fig.  102)  ; une  autre  sur  une 
idole-vache  mutilée;  une  troisième  sur  un  disque  (fig.  190).  J’ai 


r 


Fig.  190.  — Disque  de  terre  cuite  avec  une  apparence  douteuse  d’inscription  (5  mètres). 

Grandeur  réelle. 

envoyé  des  copies  de  toutes  ces  combinaisons  de  signes  à mon 
honorable  ami  le  célèbre  orientaliste  Max  Müller,  professeur  h 
Oxford;  il  les  trouve  trop  indistinctes  et  trop  mutilées,  et  réserve 
son  opinion  pour  le  moment. 

J’ai  trouvé  à une  profondeur  de  6 pieds  (l'",80)  cette  courte 
inscription  grecque  : 

ToBEI?oo^JeM 

Je  ne  puis  pas,  il  est  vrai,  la  faire  remonter  plus  haut  que  le 
sixième  siècle  avant  Jésus-Christ.  En  réalité,  le  fragment  de  vase  sur 
lequel  elle  se  trouve  appartient  a la  poterie  hellénique  noire 
ordinaire,  si  complètement  différente  de  la  poterie  archaïque  de 
Mycènes,  que  je  n’oserais  me  risquer  à faire  remonter  le  fragment 
plus  haut  que  le  cinquième  siècle  avant  Jésus-Christ,  si  les  carac- 
tères archaïques  de  l’inscription  ne  prouvaient  qu’elle  est  certaine- 
ment du  sixième  siècle.  Mais  ce  fragment  de  poterie  noire  sert 
encore  à nous  donner  une  idée  de  la  date  de  l’ancienne  poterie 
mycénienne.  En  effet,  il  y a une  si  gi’ande  différence  entre  le  tesson 


INSCRIPTIONS  DE  MYCÈNES. 


185 


qui  porte  riiiscription  et  la  poterie  archaïque  de  Mycèues,  même  la 
plus  moderne,  même  celle  qui  doit  avoir  été  en  usage  à l’époque 
oïl  la  ville  fut  détruite,  que  cette  dernière  semblerait  être  de  plu- 
sieurs siècles  plus  ancienne.  Si  nous  n’avions  une  autorité  aussi 
considérable  que  celle  d’Hérodote  pour  nous  confirmer  queMycènes 
a envoyé  quatre-vingts  hommes  aux  Thermopyles  et  qu’une  petite 
armée  de  quatre  cents  Mycéniens  et  de  Tirynthiens  a pris  part  à la 
bataille  de  Platées,  je  jurerais  que  le  récit  de  Pausanias  et  de  Dio- 
dore  de  Sicile  (d’après  lequel  la  ville  a été  prise  et  abandonnée  dans 
la  79"  olympiade)  est  faux,  et  je  fixerais  la  date  de  la  grande  destruc- 
tion de  Mycènes  à plus  de  mille  ans  avant  Jésus-Christ. 

D’après  une  lettre  de  mon  honorable  ami  le  célèbre  orientaliste, 
M.  A.  H.  Sayce,  professeur  à l’université  d’Oxford  {Queen's  College), 
M.  Fouqué  a constaté  par  un  examen  fait  au  microscope  que  l’argile 
de  la  poterie  préhistorique  gris  jaune  de  Mycènes  était  importée  de 
Théra  (Santorin). 

Pour  revenir  à l’inscription,  je  suppose  que  le  premier  O est 
mis  pour  OT,  le  second  pour  Q,  et  que  le  signe^  est  tout  simple- 
ment une  virgule.  Voici  alors  comment  je  lis  cette  inscription  : zou 
ripcùôç  eiix(i).  ((  Je  suis  consacré  au  héros.  » Il  faut  en  conclure 
qu’il  y avait  dans  l’agora  un  hèroon  ou  chapelle  , dans  laquelle  des 
vases  étaient  consacrés  au  service  d’un  héros  local. 

Outre  les  coupes  déjà  mentionnées,  celles  qui  ont  la  forme  d’nn 
grand  verre  à bordeaux,  avec  une  anse  ‘,  et  que  je  continue  à trouver 
en  très-grande  quantité,  j’ai  découvert  aussi  des  coupes  de  la 
même  forme  avec  deux  anses.  Sans  avoir  la  moindre  l’essemblance 
avec  les  magnifiques  coupes  troyennes-,  pourtant  celles  qui  ont 
deux  anses  peuvent  parfaitement  avoir  la  prétention  de  représenter 
le  osTTaç  a[j.(pixv7:ekXo'j  d’Homère.  Je  crois  qu’Aristote  se  trompe^ 
quand  il  prétend  que  V aix'fLxvm'k'kov  avait  la  forme  d’une  cellule 
d’abeille.  Le  meilleur  juge,  la  plus  sure  autorité,  quand  il  s’agit  de 
déterminer  la  forme  du  homéri([uc,  c’est  néces- 


I.  Voyez  les  figures  83,  8i,  88. 

II.  Voyez  Atlas  (le^  antiquités  troijennes,  pl.  8i,  fig.  I7()3-I770,  ot  pl.  9‘2,  fig.  1901-1904 
3.  Histoire  des  Animaux,  IX,  40. 


186 


FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE. 


sairement  Homère  lui-même;  or,  selon  lui,  ^inaç  auy^ixvnùlov 
est  toujours  synonyme  de  o.IzkjO'J  ap.'ponov  ^ ; cette  dernière 
expression  ne  peut  désigner  autre  chose  qu’une  simple  coupe 
avec  une  grande  anse  de  chaque  côté.  En  parlant  de  la  forme  du 
^inaç  au.cpixijne'k'kov  d’Homère,  Athénée  ^ ne  mentionne  même  pas 
l’opinion  d’Aristote  ; mais,  en  revanche,  il  cite  celle  d’Asclépiade 
de  Myrléa.  Asclépiade  dit  que  aiJ.(pi}ivnel'kov  signifie  tout  simple- 
ment que  le  gobelet  est  dp/jiiy.vpTov.  Or  la  phrase  suivante  montre 
clairement  que  àiJ/pUvprov  signifie  (c  à deux  anses  ».  Ce  sens  est 
confirmé  par  le  lexique  grec  de  Passow(éd.  Rost  et  Palm).’ 

Si  profondément  que  j’aie  fouillé,  jamais  l’accumulation  des  dé- 
combres n’a  dépassé  une  épaisseur  de  26  pieds  (7‘",80),  et  encore 
on  ne  trouve  cette  épaisseur  que  près  du  grand  mnr  d’enceinte. 
A partir  de  ce  point,  le  rocher  s’élève  rapidement,  et  plus  loin 
l’épaisseur  des  décombres  n’est  pas  de  plus  de  13  à 20  pieds  (3''', 90 à 
0 mètres).  Du  côté  ouest,  le  mur  cyclopéen  de  ceinture  a été  démoli 
sur  une  longueur  de  46  pieds  (13"", 80),  et  du  côté  intérieur  on  a 
hati  pour  en  soutenir  les  ruines  un  mur  de  petites  pierres  ci- 
mentées avec  de  la  terre.  On  ne  peut  émettre  absolument  que  des 
conjectures  quant  à l’époque  où  fut  détruit  le  mur  cyclopéen  et  à 
celle  où  fut  bâti  le  mur  de  petites  pierres;  mais,  dans  tous  les  cas, 
ces  deux  faits  doivent  s’être  passés  des  siècles  avant  la  prise  de 
Mycènes  par  les  Argiens  en  468  avant  Jésus-Christ,  car  le  petit  mur 
était  profondément  enfoui  dans  les  décombres  préhistoriques.  Sans 
ancun  doute,  la  destruction  de  la  muraille  cyclopéenne,  c’est-à-dire 
l’énorme  brèche  qu’on  y voit,  doit  remonter  au  temps  de  la  grande 
catastrophe  de  Mycènes,  après  laquelle  la  ville  dut  descendre  au 
rang  de  petit  bourg  ou  village.  S’il  en  eût  été  autrement,  l’on  aurait 
certainement  réparé  la  grande  brèche  d’une  manière  convenable. 

La  grande  carrière  d’où  l’on  a tiré  les  pierres  des  murs  cyclo- 
l)éens,  des  trésors  et  autres  édifices,  est  sur  l’emplacemeut  du 
petit  village  de  Charvati,  situé  à un  peu  plus  d’un  mille  de 
Mycènes,  et  elle  s’étend  tout  autour.  Mais,  dans  aucun  cas,  le 

1.  Voyez  Orf.,  IIl,  M,  46,  50  et  63,  et  XXII,  9,  10,  86. 

2.  Deipnoüoph.,  XI,  p.  783. 


LA  CARRIÈRE  DE  CHARVATI. 


187 


rocher  n’a  été  entamé  plus  loin  que  la  surface.  Je  donne  de  ce 
village  line  vue  où  l’on  découvre  la  plus  grande  partie  de  l’an- 
cienne carrière  h Le  nom  de  Gliarvati  est  dérivé  sans  aucun  doute 
du  mot  arabe  (ruines),  qui  a passé  de  la  langue  arabe  dans 

la  langue  turque. 

W'"  Schliemann  et  moi  nous  surveillons  les  fouilles  du  matin 
au  soir,  et  nous  souffrons  beaucoup  de  la  chaleur  d’un  soleil 
brillant  et  d’un  vent  qui,  soufflant  continuellement  en  tempête, 
remplit  les  yeux  de  poussière  et  y provoque  l’inflammation.  Mais, 
malgré  ces  inconvénients,  on  ne  peut  rien  imaginer  de  plus  inté- 
ressant que  de  fouiller  une  cité  préhistorique  d’im  renom  immor- 
tel, où  presque  chaque  objet,  jusqu’aux  fragments  de  poterie, 
névèle  une  nouvelle  page  d’histoire. 

A B 


Fig.  190  a.  — Dessin  des  dalles  formant  le  double  cercle  parallèle  qui  entoure  l’agora. 


A.  Une  des  dalles  verticales  intérieures  et  extérieures  ; ces  deux  espèces  de  dalles  ont  une  inclinaison  do 
75  degrés  vers  Vintérieiu',  c’est-à-dire  vers  la  partie  close  de  l’agora. 

B.  Une  des  pierres  transversales,  avec  des  tenons  b,  b,  destinés  à entrer  dans  les  mortaises  a,  a. 

Note.  — Toutes  les  dalles  n’ont  pas  les  dimensions  indiquées  ici,  mais  ces  dimensions  varient  dans 
différentes  parties  du  cercle. 

Les  dalles  du  double  cercle  qui  clôt  l'agora  et  forme  tout  autour  un  banc  continu  sont  disposées  obliquement 
depuis  l’entrée  (côté  nord),  tout  le  long  du  côté  est,  jusqu’à  quelques  mètres  avant  d’endroit  (stul)  où  le 
double  cercle  passe  du  rocher  sur  le  mur  qui  le  soutient  dans  la  partie  basse  de  l’acropole  C’est  à ce  point 
que  les  dalles  ont  leur  grandeur  maximum;  il  semble  que  cette  dimension  ait  été  la  même  pour  toutes  les 
dalles  dressées  sur  le  mur  d’appui,  et  qui  sont  aujourd’hui  presque  toutes  renversées.  Quant  à l’inclinaison 
qu’elles  devaient  avoir,  elle  est  indiquée  par  celle  des  dalles  qui  sont  encore  en  place,  du  côté  nord-ouest  du 
cercle.  Au  nord,  des  deux  côtés  de  l'entrée,  où  l’agora  est  bordée  par  ces  récipients  que  l’on  prendrait  pour 
des  tombeaux  et  que  nous  avons  reconnu  être  de  petits  réservoirs,  les  dalles  qui  forment  les  parois  de  ces 
réservoirs  sont  forcément  verticales;  si  elles  avaient  été  inclinées,  elles  n’auraient  pas  résisté  à la  pression  de 
l’eau. 

I.  Voynz  la  vignette  du  cliapitre  V,  page  189. 


Fig.  191.  — Le  village  de  Cliarvati,  avec  l’aiicieiiiie  carrière  de  Mycèiies. 


CHAPITRE  V 


FOUILLES  DANS  l’ACIIOPOLE  ET  LE  TRÉSOR  {suitC) 
LA  PORTE  DES  LIONS  ET  l’ AGORA. 


Le  trésor  exploré  par  M™®  Schliemann.  — Il  est  plus  ancien  et  moins  somptueux  que  le  trésor 
d’Atrée.  — L’entrée,  ses  ornements.  — Poterie  archaïque  trouvée  dans  le  passage.  — 
Perles  de  colliers.  — Fragment  d’une  frise  de  marbre.  — Le  seuil  de  la  porte  des  Lions. 

— Le  double  cercle  parallèle  de  dalles  n’est  probablement  pas  d’une  antiquité  reculée.  — 
L’acropole  seulement  en  partie  accessible  aux  chars.  — Double  entrée  comme  à la  porte  Scéc 
à Troie.  — Corridors  et  murs  de  maisons  cyclopéennes.  — Idoles  de  Hèra  et  pointes  de 
flèche  en  bronze  et  en  fer.  — Loge  du  gardien  de  la  porte.  — Murs  de  soutènement.  — 
Tour  de  l’acropole  reposant  sur  un  mur  massif.  — Le  double  cercle  de  dalles  formait  la  clô- 
ture des  tombes  royales  et  de  'J’agora.  — Arguments  à l’appui  de  cette  assertion.  — 
Objets  intéressants  trouvés  en  cet  endroit.  — Vaste  maison  cyclopéenne  avec  citernes 
et  conduites  d’eau  ; c’est  très-probablement  l’ancien  palais  royal.  — La  fontaine  Perséia. 

— La  maison  n’a  pas  de  fenêtres.  — Objets  d'art  et  de  luxe  trouvés  en  cet  endroit.  — Un 
cachet  d’onyx.  — Peintures  de  vases  représentant  des  guerriers  vêtus  de  cottes  de  mailles. 

— Poterie  façonnée  à la  main,  dans  l’acropole. 


l'JU 


LE  TUÉSOll  DE  MADAME  SCIILIEMAAN. 


Mycènes,  30  septembre  1876. 

Depuis  le  9 courant,  j’ai  continué  les  fouilles  avec  la  plus  grande 
activité,  employant  constamment  cent  vingt-cinq  travailleurs  et 
cinq  chariots  ; comme  le  temps  a été  beau,  j’ai  obtenu  d’excellents 
résultats.  Dans  le  trésor  que  fouille  Schliemanu,  nous  tra- 
vaillons avec  trente  hommes  et  deux  voitures,  et  nous  éprouvons 
la  plus  grande  difficulté  à déblayer  des  centaines  de  grosses 
pierres  taillées  qui  sont  tombées  de  la  voûte. 

Les  parois  intérieures  de  ce  trésor  n’ont  jamais  été  revêtues  de 
plaques  de  cuivre  comme  celles  du  trésor  d’Atrée  et  du  trésor  de 
Minyas  à Orchomène  ; du  moins,  je  ne  vois  nulle  part  dans  les 
pierres  les  trous  des  clous  de  bronze  qui  auraient  servi  a fixer  ces 
plaques  ; je  dois  dire  cependant  que,  sur  le  côté  est  de  la  paroi 
intérieure  du  trésor,  sort  d’entre  les  pierres  un  fragment  de  plaque 
de  bronze  si  solidement  fixé,  que  l’on  ne  peut  l’arracher.  Je  suppose 
donc  que  cette  plaque  a été  placée  là  au  moment  même  de  la 
construction  du  trésor.  D ne  semble  guère  possible  que  la  présence 
de  cette  plaque  soit  purement  accidentelle;  d’un  autre  côté  il  me 
paraît  difficile  de  croire  que  cette  plaque  soit  le  seul  reste  d’un 
ancien  revêtement  de  plaques  de  bronze,  qui  auraient  été  non  pas 
attachées  aux  pierres  par  des  clous,  mais  fixées  entre  les  joints  des 
pierres.  Dans  ce  cas,  en  effet,  je  présume,  nous  devrions  trouver 
des  restes  de  ces  plaques  en  difterents  endroits. 

Ce  trésor  est  moins  somptueux  et  semble  plus  ancien  que  le 
trésor  d’Atrée,  ou  que  le  trésor  de  Minyas  à Orchomène. 

L’entrée,  qui  a J3  pieds  (3"g90)  de  long  et  8 pieds  (2"b40)  de 
large,  est  couverte  de  quatre  dalles  de  18  pieds  I (5“b55)  de  long  ; 
les  trous  pour  les  gonds  supérieurs  ont  5 pouces  (0'“,  125)  de  pro- 
fondeur.  D’après  certains  indices  que  l’on  distingue  sur  les  murs, 
il  semble  que  l’entrée  ait  été  décorée  à droite  et  à gauche  de  demi- 
colonnes,  que  j’espère  retrouver  en  creusant  plus  profondément. 
Sur  la  dalle  qui  est  au-dessus  de  l’entrée,  il  y a un  reste  d’orne- 
mentation  coin])osée  de  demi-cercles  ; on  peut  la  disünguer  aisé- 


LA  PORTE  DES  LIONS  ET  L’AGORA.  l'Jl 

meut  dans  la  graviire  qui  représente  le  trésor  ^ Après  avoir  été 
ensevelies  pendant  des  siècles  dans  les  décombres  humides,  les 
grandes  pierres  de  taille  des  murs  de  rapproche  [dromos)  et  de 
la  façade  du  trésor  une  fois  exposées  au  soleil  se  sont  coiitrac- 


Fig.  192.  — 5 met.) 


Fig.  193.  - (à  5 mèt.) 


Fig.  194.  — (à  5 met.) 


Fig.  195.  - (à  5 met.)  Fig.  196.  — (à  6 mèt.) 

Fig.  192  à 196.  — Fragments  de  poteries  peintes  tronve'es  aux  approches  du  trésor 
près  de  la  porte  des  Lions.  Demi-grandeur. 

tées,  et,  comme  on  peut  le  voir  par  la  gravure,  un  grand  nombre 
d’entre  elles  ont  des  crevasses. 

Comme  dans  le  trésor  d’Atrée  et  dans  la  porle  des  Taons,  la 


1.  Voyez  le  Froiilispiee,  pliuielie  V. 


192 


FRAGMENTS  DE  POTERIES  PEINTES. 


niche  triangulaire  qui  est  au-dessus  de  l’entrée  est  formée  par 
encorbellement  des  assises  de  pierre.  Sur  les  trois  côtés  de  ce 
triangle  on  peut  voir  des  entailles  ; d’où  l’on  peut  conclure  avec 


Fig.  199.  — (à  5 met.)  Fig.  201.  — (à  2 met.) 

Fig.  197  à 201.  — Fragments  de  poteries  peintes  trouvées  aux  approches  du  trésor, 
près  de  la  porte  des  Lions.  Demi-grandeur. 


une  très-grande  probabilité  que  la  niche  a été  autrefois  remplie 
par  un  morceau  de  sculpture  semblable  à celui  qui  est  au-dessus 
de  la  porte  des  Lions  L 


1.  Voyez  le  plan  E qui  montre  le  plan  et  les  coupes  de  ce  trésor. 


POTERIES  PEINTES. 


193 


Parmi  les  spécimens  de  poterie  archaïque  trouvés  dans  le  dromos, 
devant  le  trésor,  ceux  qui  méritent  de  fixer  plus  particulière- 
ment rattention  représentent  des  hommes  à cheval  grossièrement 
modelés,  qui  tiennent  le  cou  de  leur  cheval  à deux  mains  ; quelques 
spécimens  analogues  ont  été  trouvés  dans  le  tombeau  d’Ialysos  ; 


Fig.  202.  — (à  2 met.) 


Fig.  204.  — (à  8 mèt.) 


Fig.  203,  — (à  3 mèt.) 

Fig.  20i  à 201.  — FragiiiciUs  de  poterie  peinte  trouvés  dans  le  dromos  du  trésor,  près  de  la  porte  des  Lions. 

Demi-grandeur. 

on  doit  remarquer  aussi  les  fragments  de  grands  vases  peints,  cou- 
verts à profusion  d’une  ornementation  de  méandres,  de  lignes  en 
zigzag,  de  bandes  d’ornements  en  arêtes  de  poissons,  des  bandes 
portant  des  images  primitives  de  grues  ou  de  cygnes,  des  cercles 
avec  des  fleurs,  et  quelquefois  le  signe  On  trouve  parfois  à 
Athènes  de  ces  vases  à dessins  géométriques  ;jusqif  ici  on  les  a consi- 
dérés comme  la  plus  ancienne  poterie  de  FAttique  ; mais  je  partage 
complètement  l’opinion  de  mon  savant  ami  M.  Ch.  T.  Newton,  et  je 
crois  avec  lui  que  les  vases  h dessins  géométriques  sont  postérieurs 
à toutes  les  différentes  espèces  de  terres  cuites  trouvées  dans  les 

MYCÈNES.  13 


PERLES  DE  VERRE  ET  DE  SPATH-FLUOR. 


m 

cinq  tombes  royales  et  qui  seront  décrites  plus  loin.  Je  n’ai  trouvé 
que  très-peu  de  fragments  de  vases  portant  d’autres  dessins.  Avec 
ces  fragments  de  poterie,  on  a découvert  une  partie  de  collier  avec 
une  grosse  perle  de  verre  blanc  (fig.  205);  deux  perles  de  spath- 
lluor  d’nue  couleur  bleuâtre  et  transparente,  et  trois  de  spath-fluor 
d’un  bleu  tirant  sur  le  rouge,  toutes  percées  de  trous  et  enfdées 
dans  un  mince  fd  de  cuivre  (fig.  206,  207,  208,  209)  ; un  fragment 
de  frise  en  marbre  blanc,  avec  une  ornementation  (voy.la  fig.  154). 


Fig.  205  à 200.  — Perles  de  verre  et  de  spatli-lluor  (à  4 mèt.).  Grandeur  réelle. 


Juste  au-dessus  de  la  partie  basse  du  dromos  se  trouvent  les 
fondations  d’une  maison  hellénique,  qui,  selon  toute  apparence 
appartient  â la  période  macédonienne. 

La  Société  archéologique  d’Athènes  n’a  pas  encore  envoyé  d’in- 
génieur pour  consolider  la  sculpture  qui  est  au-dessus  de  la  porte 
des  Lions  et  pour  réparer  le  mur  cyclopéen,  dans  la  partie  avoisi- 
nante ; mais  on  a toujours  l’intention  de  le  faire.  Néanmoins  on  m’a 
autorisé  à continuer  les  fouilles  à la  porte  des  Lions,  à condition  de 
laisser  à droite  et  à gauche  une  masse  considérable  de  décombres 
insitu^  pour  qu’on  puisse  plus  facilement  hisser  les  blocs  destinés 
à restaurer  le  mur.  Il  m’a  donc  été  possible  de  reprendre  les  fouilles 
a la  porte  des  Lions,  et  j’en  ai  découvert  le  seuil,  qui  est  énorme. 
Les  deux  dessins  ci-contre  en  donnent  une  idée  exacte  (fig.  210). 
C’est  un  bloc  de  brèche  très-dure  de  15  pieds  (4”‘, 50)  de  long  sur 


l.E  SEUIL  DE  LA  DOUTE  DES  LIONS. 


195 


8 j)ieds  de  large.  Les  ornières  qii’y  auraieiit  creusées  les 

roues  des  chars,  et  dont  parlent  tous  les  guides^  iLexistent  queMans 
rimagination  des  voyageurs  enthousiastes,  mais  nullement  dans  la 
réalité.  Les  deux  immenses  rangées  parallèles  de  dalles  étroitement 
unies  que  j’ai  découvertes  inter- 
diraient aujourd’hui  absolument 
aux  chars  l’accès  de  l’acropole. 

Mais  comme  je  ne  puis  pas  assigner 
une  très-haute  antiquité  au  mur 
qui  soutient  la  double  rangée  de 

dalles  dans  la  partie  basse  de 
l’acropole,  il  en  résulte  que  je  ne 
puis  pas  non  plus  assigner  une 
très-haute  antiquité  au  cercle  de 
dalles  lui-même,  et  avant  qu’il  fût 
construit,  les  chars  pouvaient  cer- 
tainement avoir  accès  dans  l’acropole.  Mais,  vu  rescarpement  des 
pentes  du  rocher,  il  est  impossible  que  les  chars  aient  jamais  pu  pé- 
nétrer plus  loin  que  la  première  des  six  terrasses  naturelles  ou  arti- 
ficielles, qui  est  la  plus  basse.  Il  est  donc  évident  que  l’on  ne  devait 

pas  faire  grand  usage  de  chars  en  cet  endroit,  et  qu’on  les  rem- 

plaçait par  des  bêtes  de  somme,  chevaux,  ânes  ou  mulets.  Sans  nul 
doute,  les  quinze  petits  sillons  tracés  parallèlement  en  ligne  droite, 
dans  le  seuil,  pour  empêcher  les  bêtes  de  somme  de  glisser,  ont 
causé  la  méprise,  et  on  les  a pris  pour  des  ornières  creusées  par 
les  roues.  D’autre  part,  comme  le  seuil  a été  profondément  enfoui 
sous  les  décombres  pendant  des  siècles,  à tout  le  moins  depuis  la 
prise  de  l’acropole  parles  Argiens  (468  av.  J. -G.),  nul  œd  mortel 
n’a  pu  le  voir  depuis  plus  de  deux  mille  trois  cents  ans. 

Il  y a un  trou  quadrangulaire,  de  1 pied  8 pouces  (0"go75j 
de  long  et  de  I pied  (0'“,80)  de  large,  au  milieu  du  seuil,  à l'en- 
droit où  les  battants  se  rejoignaient.  De  plus,  le  seuil  offre  sui*  son 
coté  est  un  sillon  droit,  nettement  tracé,  de  I pied((b\80)  de  lai'ge, 
et  sur  son  côté  ouest  un  autre  sillon  qui  décrit  une  ligne  courbe. 
Ges  deux  sillons  sendjlent  avoir  servi  de  canaux  |)our  récoulement 


196 


FOUILLES  DANS  L’ACUOl'OLE. 


de  Teaii  de  pluie  qui  devait  se  précipiter  avec  violence,  car  le  seuil 
est  plus  bas  que  le  roc  vif  formant  Taire  du  passage,  qui  va  en  mon- 
tant graduellement.  Sur  le  côté  du  seuil  qui  regarde  le  nord,  il  y a 
un  trou  artificiel  allongé  et  d’une  forme  particulière  qui  doit  avoir 
quelque  rapport,  difficile  à déterminer,  avec  la  porte  ; car  il  y a un 
trou  de  la  même  forme  au  milieu  de  la  porte  de  Troie.  A une  dis- 
tance de  11  pieds  I (3'", 45)  à partir  du  seuil,  des  deux  côtés,  on  voit, 
comme  à Troie une  masse  quadrangulaire  de  maçonnerie  cyclo- 
péenne,  haute  et  large  de  2 pieds  (0'“,60),  et  longue  de  3 (0‘",90), 
qui  marque  la  place  d’une  seconde  porte  de  bois. 

Plus  loin,  à droite,  j’ai  découvert,  au-dessous  des  fondations 
d’une  maison  hellénique,  un  véritable  labyrinthe  de  murs  de  mai- 
sons cyclopéens,  formant  une  quantité  de  corridors  parallèles  de 
4 à 6 pieds  I (P", 20  à 1"',95)  de  large,  remplis  de  pierres  et  de 
décombres,  que  je  suis  en  train  de  déblayer.  Un  de  ces  corridors 
mène  directement  à la  maison  cyclopéenne  déjà  décrite  En  quel- 
ques endroits  les  murs  conservent  des  traces  de  leur  enduit  d’àrgile. 
J’y  ai  trouvé  beaucoup  d’idoles  de  Hèra,  [trois  pointes  de  flèches 
toutes  en  bronze  ; deux  ont  des  barbes  ; la  troisième  a la 

forme  d’une  pyramide,  comme  les  flèches  carthaginoises  que  j’ai 
découvertes  Tannée  dernière  dans  mes  fouilles  à Motyë  en  Sicile. 

A gauche  de  l’entrée,  il  y a d’abord  la  petite  chambre  du  gardien, 
ensuite  un  mur  de  grosses  pierres,  destiné  tout  simplement  à soute- 
nir les  masses  de  débris  de  24  à 26  pieds  (7'“,20  à 7'‘',80)  d’épais- 
seur, que  la  pluie  avait  précipitées  de  la  colline  pendant  des 
siècles.  Plus  loin,  sur  la  même  ligne,  se  présente  le  mur  cyclo- 
péen,  dei66  pieds (49"', 80)  de  long  sur  30  pieds (9  mètres)  de  haut, 
dont  j’ai  fait  mention  dans  le  deuxième  chapitre  ; il  est  fait  de 
pierres  énormes  reliées  entre  elles  par  des  pierres  plus  petites.  Ce 
mur,  comme  il  a été  dit,  est  couronné  par  les  ruines  d’une  tour  et 
donne  à l’acropole  un  caractère  de  grandeur  tout  particulier  Ce 
jmir  était  enfoncé  à une  profondeur  de  iO  à 12  pieds  (3  mètres 

1.  Voyez  le  plan  de  la  porte  des  Lions,  lig.  22,  Comp.  Atlas  des  Antiquités  troijennes,\A.  211 
et  212. ^ 

2.  Chapitre  IV. 

3.  Voyez  les  planches  VI  et  VU. 


LE  DOUBLE  CERCLE  PARALLÈLE  DE  DALLES. 


197 


à 3'”, 60)  dans  les  décombres;  il  est  maintenant  déblayé  jusqu’au 
roc  sur  lequel  il  est  bâti. 

La  suite  des  fouilles  a prouvé  que  j’avais  mison  de  supposer  que 
les  deux  rangées  parallèles  de  grandes  dalles  formaient  un  cercle 
complet.  En  effet,  une  moitié  du  cercle  repose  sur  le  mur  destiné 
à le  soutenir  dans  la  partie  basse  de  l’acropole;  l’autre  moitié  est 
établie  sur  la  plate-forme  de  rocher  qui  dominait  cette  partie 
basse.  Cette  seconde  moitié  aboutit  au  pied  du  mur  cyclopéen 
dont  je  viens  de  parler,  l’entrée  est  du  côté  nord  ‘. 

J’avais  pensé  d’abord  que  l’espace  contenu  entre  les  deux  rangées 
de  dalles  pouvait  avoir  servi  pour  des  libations  ou  des  offrandes  de 
fleurs  en  riionneur  des  illustres  morts  ; mais  je  reconnais  mainte- 
nant que  c’est  impossible,  parce  que  les  deux  rangées  étaient  dans 
l’origine  reliées  entre  elles  et  recouvertes  par  des  dalles  transver- 
sales, dont  six  sont  encore  en  position.  Voici  par  quel  procédé  elles 
ont  été  ajustées  et  solidement  assujetties.  La  partie  supérieure  des 
dalles  qui  sont  debout,  sur  les  deux  rangs,  ont  des  entailles  de 
i pouce  I à 3 pouces  I (0‘“,03  à 085)  de  profondeur,  et  de  4 pouces 
(0"ql0)  de  large  ; ce  sont  comme  des  mortaises,  dans  lesquelles 
s’emboîtent  des  tenons  de  même  dimension,  ménagés  sur  les  deux 
cotés  des  dalles  transversales Gomme  ces  entailles  se  retrouvent 
sur  toutes  les  dalles,  on  ne  peut  pas  douter  que  le  cercle  tout  entier 
n’ait  été  couvert  de  la  même  façon  : les  dalles  verticales  ont  de 
4 pieds  2 pouces  (l"q25)  à 8 pieds  2 pouces  (2'", 45)  de  long,  et  de 
1 pied  8 pouces  (0'‘\50)  à 4 pieds  (i‘'',20)  de  large  ; les  plus  grandes 
sont  aux  deux  endroits  où  le  double  cercle  passe  du  rocher  au  mur 
de  soutènement.  Entre  les  deux  rangées  il  y a d’abord  une  couche 
de  pierres  de  1 pied  4 pouces  (0"V40)  d’épaisseur,  destinées  à main- 
tenir les  dalles  en  position  ; l’espace  qui  reste  est  comblé  tout  sim- 
plement avec  de  la  terre  mélangée  de  coquilles  longues  et  minces 
de  surdons,  dans  les  endroits  où  le  couvercle  primitif  est  resté  à sa 
place.  Quand  le  couvercle  manque,  l’espace  vide  est  rempli  de  dé- 
tritus domestiques,  mélangésd’nn  très-grand  nombre  de  iraginents 


1.  Voyez  le  plan  G et  les  planches  VI-VIL 

2.  Voyez  la  fiffnre  lyO  a. 


198 


L’AGOFiA  DANS  L’ACROPOLE. 


de  poterie  archaïque.  Cette  circonstance  prouve  clairement  que  les 
dalles  transversales  formant  couvercle  ne  furent  enlevées  qu’après 
que  la  ville  eût  été  prise  et  abandonnée;  en  effet,  il  faut  nécessaire- 
ment que  les  fragments  de  poterie  archaïque  aient  été  amenés,  par 
les  pluies,  des  cinq  terrasses  supérieures,  naturelles  ou  artificielles 
de  l’acropole  ; or  ce  fait  n’a  pu  se  produire  que  quand  Mycènes 
fut  abandonnée  par  ses  habitants. 

Il  faut  insister  particulièrement  sur  le  point  suivant  : l’ensemble 
des  dalles  est  incliné  h un  angle  de  75  degrés  vers  l’intérieur  du 

cercle,  excepté  du  côté  nord  et 
dans  les  endroits  où  les  rangées 
de  dalles  passent  du  rocher  sur 
la  muraille.  L’aire  intérieure  est 
artificiellement  exhaussée  jusqu’à 
un  niveau  assez  élevé  pour  que 
les  dalles  horizontales  ou  cou- 
vercles aient  formé  un  banc  cir- 
culaire continu , sur  lequel  les 
citoyens  s’asseyaient  le  visage 
tourné  vers  l’intérieur  du  cercle. 
L’inclinaison  des  dalles  verticales  laissait  au  bas  du  banc  un 
espace  commode  pour  ramener  les  pieds.  On  peut  constater  que  la 
même  disposition  a été  observée  dans  la  construction  des  sièges  de 
marbre  destinés  aux  prêtres  dans  le  théâtre  de  Dionysos  à Athènes. 

Mon  honorable  ami  le  professeur  F.  A.  Paley  a,  le  premier,  avancé 
une  opinion  que  M.  Ch.  T.  Newton  a acceptée  et  que  j’ai  adoptée 
moi-même.  Selon  lui,  le  double  cercle  de  dalles  parallèles,  recou- 
vertes très-solidement  de  dalles  transversales,  avait  deux  destina- 
tions : c’était  nécessairement  un  banc  servant  de  siège,  et  il  formait 
en  même  temps  la  clôture  de  l’agora  de  Mycènes.  Il  pense  que  l’idée 
première  de  donner  aune  agora  la  forme  circulaire  vient  des  danses 
en  cercles  (y.vyltoi  y^opol)  et  du  chant  des  dithyrambes  b L’assem- 

1.  Le  ditliyramlic  faisait  partie  d’une  ancienne  cérémonie  en  l’honneur  de  Bacclins;  elle 
remonte  au  moins  au  temps  d’Archiloque,  qui  dit  « qu’il  sait  conduire  le  dithyrambe,  le 
beau  chant  en  l’iionneurde  Dionysos,  quand  son  espiût  est  enflammé  par  le  vin  ».  (Fragm.dans 
Alhén.,  livr,  XIV,  p.  028).  Il  semlde  que  le  dithyrambe  ait  été  une  hymne,  cliantée  avec  accom- 


Fig.  210  a.  — Banc  de  l’agora. 


BANC  rjRnULAIUE  DANS  I/AGOUA. 


m 


blée  se  tenait  assise  en  cercle  et  l’orateur  se  levait  de  son  sié^e  pour 
haranguer  l’assemblée,  comme  on  le  voit  dans  Homère  ‘ et  dans 
Sophocle  ^ An  centre  de  l’agora  de  Mycènes,  j’ai  trouvé  un  rocher 
nn  peu  plus  élevé  que  le  reste  du  terrain  et  qui  pourrait  bien  avoir 
été  une  tribune  (Prj[xa)  d’où  l’orateur  parlait  à l’auditoire  assis 
sur  le  banc  circulaire  ^ Mais  nous  ne  trouvons  rien  dans  Homère 
de  nature  à justifier  la  supposition  qu’il  y ait  eu  une  tribune 
dans  l’âge  héroïque. 

Nous  savons  donc  avec  certitude,  d’abord  que  l’agora  était  circu- 
laire et  ensuite  que  le  peuple  avait  l’habitude  de  s’y  asseoir.  Un 
passage  d’Euripide^  prouve  aussi  que  telle  était  la  forme  de  l’agora, 
puisqu’il  ditcc  le  cercle  de  l’agora»  {ayopag  xvylov).  D’un  autre  pas- 
sage d’Euripide  déjà  cité  (Electre,  710),  le  professeur  Paley  conclut 
que  le  poète  connaissait  l’agora  de  Mycènes  pour  l’avoir  vue  de  ses 
yeux.  L’expression  nixoïva  ^aOpa  désignerait  alors  l’énorme  banc 
de  pierre  circulaire  qui  forme  l’enceinte  de  l’agora  ; c’est  sur  ce 
banc  que  serait  monté  le  héraut,  lorsqu’il  appelait  à haute  voix  les 
citoyens  de  Mycènes  à l’agora;  le  professeur  Paley  pense  aussi 
qu’Euripide  pouvait  avoir  eu  en  vue  le  de  la  Pnyx  à Athènes. 
Je  n’hésiterais  pas  à adopter  l’opinion  du  docteur  Paley,  si  je  n’a- 
vais pas  trouvé  l’agora  profondément  enfouie  sous  les  décom- 
bres préhistoriques.  Cependant,  il  est  possible  que  du  temps 
d’Euripide  l’agora  ne  fût  pas  encore  entièrement  enfouie,  et  que  la 
plus  grande  partie  des  décombres  préhistoriques  dont  je  l’ai  trouvée 
couverte  y eût  été  amenée  depuis  par  les  grandes  pluies  d’hiver, 
du  haut  des  cinq  autres  terrasses  naturelles  et  artificielles  de  l’acro- 
pole. Quoi  qu’il  en  soit,  la  poterie  de  la  cité  hellénique  postéideure 

pagnement  de  flûte,  par  un  ou  plusieurs  membres  d’un  xtop-oç,  ou  réunion  dans  laquelle  on 
célébrait  les  orgies.  Arion,  à Corintlie,  est  le  premier  qui  donna  au  dithyrambe  le  chœur  régu- 
lier, la  forme  antistrophique  (Hérod.,  1,  ; Pindare,  Olymp.,  Xlll,  18-ïl5),  Les  chœurs,  qui  se 

composaient  ordinairement  de  cinquante  hommes  ou  jeunes  gens,  dansaient  en  cercle  autour 
de  l’autel  de  Dionysos.  C’est  pour  cela  qu’on  les  appela  chœurs  cycliques  (x'jxmo:  '/opoO,  et 
l’on  désignait  les  poètes  ditliyrambiques  par  le  nom  de  xuxXiooiôâo-xaXot. 

1.  11,1,  58,  68,  101  ; II,  53,  96,  99;  Od.,  XVI,  362;  XVll,  70. 

2.  Œdipe  Roi,  ICI  : ''Apisgiv  à xuxXôevT’  ayopa;  Opovov  eùxXia  Oacrast.  « Artémis,  qui  est 
assise  sur  le  glorieux  siège  circulaire  de  l’agora.  » 

3.  Ce  rocher  s’est  écroulé  en  partie,  à cause  des  travaux  nécessités  par  les  fouilles  du 
deuxième  et  du  troisième  tombeau,  qu’il  surplombe. 

i.  Oreste,  919. 


-200 


Ï/AGOUA  DANS  L’ACROPOLE. 


prouve  que  cette  cité  ii’a  pu  être  bâtie  qu’après  l’époque  d’Euripide. 

Eu  relisant  attentivement  Pausanias  et  Hérodote,  j’ai  trouvé  bon 
nombre  de  passages  qui  prouvent  que  l’agora  servait  souvent  de 
lieu  de  sépulture  aux  personnages  les  plus  distingués  : par  exemple, 
le  sépulcre  d’Oreste  était  dans  l’agora  de  Sparte,  près  du  sanctuaire 
des  Destinées  (^loipai)  ; tout  près  de  ce  tombeau  étaient,  dans  la 
même  agora,  les  sépulcres  d’Épiménidès  de  Crète  et  d’Aphareus  de 
Périèrèsb  Le  tombeau  de  Taltbybios,  héraut  d’Agamemnon,  fut 
montré  à Pausanias  dans  l’agora  d’Ægion,  en  Achaïe  le  sépul- 
cre d’Oxylos  dans  l’agora  d’Élis^  Dans  l’agora  de  Phigalie  était 
l’immense  tombeau  commun  (nolvavdptov)  des  Orestasiens  élus, 
auxquels  on  faisait  des  sacrifices  funéraires  le  tombeau  de  Podarès 
était  dans  l’agora  de  Mantinée  'L  Dans  celle  de  Tégée,  on  montra 
à Pausanias  les  sépulcres  de  Lycaon  et  de  sa  femme  Mæra  ® ; dans 
celle  d’Ëlæa,  le  tombeau  de  ThersandrosL  H est  fort  intéressant 
d’observer  qu’on  a fait  le  même  honneur  à Hérodote,  car  il  fut  enterré 
dans  l’agora  de  Thurium  (Sovpioc),  où  son  sépulcre  a été  conservé 
pendant  de  longs  siècles^.  L’agora  de  Sicyone  contenait  le  hèrôon 
d’Adrastos^,  et  celle  de  Thèbes,  le  mausolée  d’Euphron‘®. 

M.  Charles  T.  Newton  appelle  mon  attention  sur  le  passage  où 
Thucydide  dit,  en  parlant  de  Corcyre  : ((  Les  maisons  qui  sont  en 
cercle  autour  de  l’agora  “ » ; puis,  surles  passages  suivants  de  Pau- 
sanias, qui  prouvent  que  les  tombes  des  héros  étaient  dans  l’agora 
de  Mégare  : « Là  , ils  construisirent  la  place  du  (cham- 

bre du  conseil),  afin  d’avoir  les  tombes  des  héros  dans  l’intérieur 
de  la  place  du  (^ovliwopio'j  ; » car  on  ne  peut  douter  que  ce 


1.  Pausanias,  III,  xi,  10-11. 

2.  Ibid.,  III,  XII,  7,  et  VII,  xxiv,  I. 

3.  Ibid.,  VI,  XXIV,  10. 

4.  Ibid.,  VIII,  XLi,  1. 

5.  Ibid.,  VIII,  IX,  9. 

0.  Ibid.,  VIII,  xLViii,  G. 

7.  Ibid.,  IX,  V,  14. 

8.  Hérodote,  éd.  Rawlinson,  t.  I"*’,  p.  30. 

9.  Ibid.,  V,  07. 

10.  Xénophoii,  IleUenica,  VII,  iii,  12. 

1 1 . Thucydide,  III,  74  : xà;  oixi'aç  xà;  ev  xuxXw  xr,ç  àyopaç. 

12.  Pausan.,  I,  xliii,  3-1  : [3ou>£'jxriptov  èvxaOOa  (pxo5ô[xrj7av,  i'va  aipÎTi'/  o xxçpo;  xwv  r,pi6m 
evxbç  xoO  poo>,£’jx/ip''o'j  ylviQxat. 


DALLES  A SURFACE  UNIE. 


201 


^ovlzvTopiov  ne  tut  dans  l’agora.  (Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue 
que  cette  disposition  fut  prise  à Mégare  sur  l’avis  de  l’oracle 
de  Delphes.)  Il  dit  encore  : «Le  tombeau  de  Korœbos  est  dans 
Lagora  des  Mégariens  h » 

Un  autre  de  mes  amis  appelle  aussi  mon  attention  sur  le  passage 
suivant  de  Pausanias  : « Là  se  trouve  le  tombeau  d’Opheltès,  avec 
une  enceinte  de  pierre  et  des  autels  dans  l’enceinte  des  murs  ; il  y a 
(là)  aussi  un  tumulus  qui  est  le  tombeau  de  Lycurgue,  père  d’O- 
pheltès^.  ))Mais  voici  une  objection.  Opheltès,  fils  du  roi  deNémée, 
Lycurgue,  et  d’Eurydice,  fut  étouffé  par  un  serpent,  tandis  que  sa 
nourrice  Hypsipyle  montrait  une  source  aux  sept  héros  qui  s’en 
allaient  assiéger  Thèbes;  et,àcause  de  cet  événement,  les  habitants 
de  Némée  instituèrent  en  son  honneur  les  jeux  néméens  ; l’enfant 
avec  son  père  fut  enterré  dans  le  bois  sacré  de  Jupiter  néméen,  où 
leurs  tombeaux  furent  visités  par  Pausanias,  qui  ne  parle  pas  le 
moins  du  monde  d’une  agora®. 

Mais,  avant  tout,  il  faut  que  je  cite  ici  le  passage  important  de 
Y Iliade,  où  Homère  décrit  expressément  l’agora  de  l’âge  héroïque 
comme  un  cercle  sacré mionr  duquel  étaient  assis  lesanciem  sur  des 
pierres  bien  taillées  ou  — comme  nous  pouvons  nous  risquer  à tra- 
duire maintenant,  ~ sur  des  dalles  à la  surface  unie,  semblables  à 
cellesque  nous  voyons  dans  l’agora  de  l’acropole  de  Mycèiies.  Dans 
ce  passage  décisif,  Homère  dépeint  le  jugement  d’un  procès  repré- 
senté sur  le  bouclier  d’Achille  ^ : « A l’agora  une  grande  foule  est 

1.  Pans.,  I,  XLiii,  8 : Kopotêw  3s  la-xt  xàço;  èv  Msyapiwv  àyopa. 

2.  Ibid.,  II,  XV,  4:  IvTauOa  saxi  [Jisv  ’OçIXtou  raçoc,  “nrsp'i  3e  autov  6ptyxoç  Xi'ôwv,  xa'i  svxb: 

xoO  TCsptêoXo'j  • eaxi  Sè  Auxoupyoy  |j.vr||jLa  tqO  ’OçsXtou  nraxpo;. 

3.  Pausan.,  II,  xv,  2;  Apollod.,  I,  ix,  14;  III,  vi,  4;  Hyg.,  Fah.,  74;  Stace,  Théb  , V,  29(1. 

4.  Iliade,  XVIII,  497-508. 

Aao\  o’  etv  ayop^  ecrav  àOpoot  ' evOa  8è  veîxoç 
wpcopet  • 3uo  6’  avSpeç  svetxsov  st'vexa  uotvr]? 
àvopbç  àTü096c[i.£Vou  ’ o p-èv  e-j'/exo  Tcâvx’  àTi:o3o0vat, 

3r,[X(.)  Tctça'jaxwv,  à o ivaivcxo  [X'/joev  eXeaOat. 

’'A!xçü>  S’  Ua-Ofjv  £7c\  îcrxopt  Tueîpap  eXsaOat. 

Aao\  o’  aç[xoTepotatv  è'jirjTC'Jov,  àp,çiç  àpwyoî  • 

XTjpyxeç  3’  (xpa  Xabv  IprjXuov  * ol  Sè  ylpovxe? 

Etax’  sut  ^eo'Totai  Xi'Ôoiç,  Upw  èvi  xûxXfo  ‘ 
crxbuxpa  5è  xyjpuxwv  sv  )(£po-’  ï^ov  ^spoçoSvwv  • 
xoîatv  euetx’  rjVaarov,  àjxotPrjS'tç  5à  3txa^ov. 
xetxo  3’  ap’  sv  [xlo-croiat  8uw  ^(putjoto  xâXavxx 
xw  3bjxev,  b:  [xexà  xoto-t  3txr)v  tO'jvxxxa  sîuot. 


TOMP.es  POYALES  dans  L’AGORA. 


^202 

rassemblée;  de  violents  débats  s’élèvent:  il  s’agit  du  rachat  d’nn 
meurtre;  l’nn  des  plaideurs  affirme  l’avoir  entièrement  payé  et  le 
déclare  aux  citoyens;  l’autre  nie  l’avoir  reçu.  Tous  deux  désirent 
que  les  juges  en  décident.  Le  peuple,  prenant  parti  pour  fun  ou 
pour  l’autre,  applaudit  celui  qu’il  favorise.  Les  hérauts  réclament 
le  silence,  et  les  anciens,  assis  dans  V enceinte  sacrée^  sur  des  dalles  à 
la  sur  face  unie , empruntent  les  sceptres  des  hérauts  à la  voix  reten- 
tissante. Ils  s’appuient  sur  ces  sceptres  lorsqu’ils  se  lèvent  et  pro- 
noncent tour  à tour  leur  sentence.  Devant  eux  sont  deux  talents 
d’or  destinés  à celui  qui  a le  mieux  prouvé  la  justice  de  sa  cause.  » 

Quel  lecteur,  éclairé  par  la  découverte  que  j’ai  faite  de  l’agora 
de  Mycènes,  pourra  suivre  cette  description  si  animée,  sans  penser 
que  le  poète  a dû  être  souvent  témoin  de  la  scène  qu’il  raconte,  peut- 
être  même  sur  l’agora  de  Mycènes  ? 

Dans  Homère,  l’agora  troyenne  ou  assemblée  de  tous  les  citoyens, 
vieux  et  jeunes,  avec  les  anciens  a lieu  dans  la  citadelle  d’Ilion  (la 
Pergamos),  aux  portes  de  Priam  h 

Dans  plusieurs  passages  de  Y Odyssée,  Homère  décrit  l’agora  des 
Phéaciens,  qui  est  aussi  dans  la  citadelle,  près  du  port^.  C’est  là 
que  les  habitants  furent  conduits  par  Alcinoüs,  pour  entendre 
les  merveilleuses  aventures  d’Ulysse  ; eux  aussi  (c  ils  entrent  et  se 
placent  Vun  à coté  de  Vautre,  sur  des  pierres  polies  (autrement  dit 
sur  des  dalles  à la  surface  unie)  ; et  V enceinte  de  Vayora,  et  les 
sièges  se  remplissent  rapidement  de  citoyens  assemblés  ^ ». 

1.  Iliade,  II,  788-9;  VII,  345-6;  dans  ce  passage,  l’àyopà  c’est  Vassemblée,  d’où  le  lieu  de 
rassemblée  a tiré  son  nom  ; àyopa,  du  verbe  ocyetpw,  assembler. 

2.  Odyssée,  VI,  262,  263, 

A'jxàp  £7ïr|V  TiôXtoç  ETUtêsiop-ev,  r,v  Tzépi  irupyo; 
u'prjAo;,  xaXoç  ôè  )a{ji,-riv  èxaTepÔs  uôÀYioç. 

((  Mais  aussitôt  que  nous  monterons  à la  ville  qui  est  entourée  d’une  haute  muraille  ; des  deux 
côtés  de  la  ville  il  y a un  excellent  port.  » 

3.  Odyssée,  VIII,  4-7,  et  16,17  : 

Totatv  ô’  riy£[XÔV£u’  kpov  p,£VOÇ  ’AXxivooio 
<l>air|Xü)v  àyoprjvô’,  yj  uapà  vr/jai  tétuxto. 

’E).0ÔVT£Ç  0£  xaOtÇoV  £7l\  ^so-Toîai  Xl'Oot'TlV 



Kap7ia>vip,w;  o ïim'kTi'no  [IpoTwv  àyopac  xz  xa'c  sSpat 
àypo(X£V<i)v. 


L’AGORA  A GYRÈNE. 


-203 


Pour  compléter  le  parallèle,  cette  agora  phéacienne  (c’est- 
à-dire  cette  enceinte  circulaire)  était  formée  de  pierres  énormes^ 
habilement  ajustées  et  enfoncées  dans  le  sol^  comme  les  dalles 
de  l’agora  de  Mycènes,  ((  et  elle  entourait  un  beau  Posidéioiij), 
que  l’on  peut  supposer  avoir  été  un  sanctuaire  ouvert,  placé  au 
centre  de  l’agora  b 

J’ajouterai,  comme  preuve  du  rôle  important  que  jouait  l’agora 
dans  la  vie  civile  des  temps  héroïques,  qu’Homère  en  signale  l’ab- 
sence  chez  les  Cyclopes,  comme  preuve  de  leur  état  de  barbarie^. 

Le  professeur  Paley  me  rappelle  le  passage  suivant  de  la  cin- 
quième pythique  de  Pindare  (vers  69-98)  : (c  Et  c’est  de  là  qu’il 
(Apollon)  a envoyé  à Lacédémone,  à Argos  et  dans  la  divine  Pylos 
les  enfants  robustes  d’Herciile  et  d’Égimios.  De  Sparte  me  vient, 
dit-on,  une  gloire  qui  m’est  chère  ; à Sparte  naquirent  ceux  des 
Égéides,  mes  pères,  que  la  faveur  des  dieux  conduisit  à Théra  ; le 
destin  y transporta  aussi  le  festin  aux  nombreuses  victimes  ; c’est 
de  là  que  nous  avons  reçu,  ô Apollon!  tes  fêtes  carnéennes,  et, 
dans  le  banquet  sacré,  nous  chantons  la  belle  Gyrène,  qu’habitent 
de  belliqueux  étrangers,  les  Troyeiis,  fils  d’Anténor.  Ils  y abor- 
dèrent à la  suite  d’Hélène,  après  avoir  vu  leur  patrie  réduite  en 
cendres,  au  milieu  des  horreurs  de  la  guerre.  Ils  viennent  honorer 
de  leurs  sacrifices  et  de  leurs  offrandes  pieuses  la  tombe  de  ce 
peuple,  ami  des  coursiers,  les  hommes  qu’Aristo télés  (ou  Battos) 
amena  sur  ses  vaisseaux  rapides,  ouvrant  les  routes  profondes 
des  mers.  Il  consacra  aux  dieux  des  bois  plus  vastes,  et  construisit, 
pour  les  pompes  d’Apollon,  si  secourable  aux  mortels,  une  route 
directe  et  unie,  qu’un  roc  solide  fait  retentir  sous  les  pas  des 
coursiers.  C’est  là  que  lui-même,  depuis  sa  mort,  repose  seul  à 
l’extrémité  de  la  place  publique  (agora).  Heureux  tant  qu’il  habita 
parmi  les  hommes,  il  est  devenu  pour  le  peuple  un  héros  vénéré. 

1 . Odyssée,  VI,  266,  7 . 

’'Ev0a  os  TE  cr^’àyop^,  xaXbv  llocrcSr/tbv  àjxçiç, 
p’jToîcrtv  Xaso-cri  xaTwpu'/ssao-’  àpapuîa- 

2.  Odijss.,  IX,  112  : toîaiv  o o'jt’  àyopai  pouX-/]çôpoi  o’jtî  Os^aiatsç. 

« Mais  ils  n’oiil  ni  assemblées  pour  le  conseil  ni  lois,  » Chacun  règne  à part  dans  sa  propre 
famille. 


204 


TOMBES  ROYALES  DANS  L’AGORA. 


Les  autres  rois  eonsaerés,  descendus  chez  les  mânes,  sont  honorés 
chacun  devant  son  palais  ))  (mais,  naturellement,  dans  Tagora 
aussi).  Trad.  Sommer. 

D’après  ce  passage  de  Piiidare,  on  voit  que  Battos,  appelé  aussi 
Aristotélès,  fondateur  et  premier  roi  de  Gyrène  (640  av.  J. -G.), 
descendait  d’Hercule , et  que  ses  ancêtres , les  Héraclides  ou 
Doriens,  avaient  émigré  de  Sparte  à Théra.  De  ce  que  Pindare  vit 
son  tombeau,  ainsi  que  ceux  d’autres  rois  consacrés  (probable^ 
ment  successeurs  de  Battos)  dans  l’agora  de  Gyrène,  le  profes- 
seur Paley  conclut  que  l’habitude  d’enterrer  les  rois  dans  l’agora 
était  dorienne  et  non  pas  achéenne.  Mais  cette  conclusion  est 
contredite  par  le  passage  de  Pausanias,  cité  plus  haut  (I,  xliii, 
4,  8),  où  il  est  dit  que  les  Mégariens  avaient  placé  les  tombeaux 
de  Korœbos  et  d’autres  héros  dans  l’agora,  parce  que  Korœbos 
avait  été  vainqueur  aux  jeux  olympiques,  à Élis,  dans  la  course  du 
stade  {01. y I),  et  que,  selon  la  tradition,  il  avait  tué  llotvv?, 
envoyée  par  Apollon  aux  Argieush  D’ailleurs,  les  Mégariens 
n’avaient  rien  à démêler  avec  les  coutumes  doriennes. 

Ge  qui  s’est  fait  à Mégare,  â Thèbes,  à Thurium,  à Sparte,  a 
Gyrène,  etc.,  a eu  lieu  également  dans  l’acropole  de  Myeènes;  pour 
honorer  les  personnages  illustres  qui  y étaient  ensevelis,  l’agora  fut 
construite  en  cercle  autour  de  leurs  tombeaux.  Si  le  cercle  de 
dalles  u’avait  eu  d’autre  destination  que  de  former  une  clôture 
autour  des  cinq  tombes  royales,  il  n’y  avait  aucune  raison  sérieuse 
pour  que  le  cercle  fût  double,  pour  que  les  dalles  fussent  disposées 
obliquement  et  recouvertes  de  dalles  transversales  ; il  n’eût  pas 
été  nécessaire  de  construire  uu  gros  mur,  à seule  fin  de  porter  la 
double  rangée  de  dalles,  pour  la  mettre  au  niveau  de  l’autre  partie 
du  cercle  qui  reposait  sur  le  rocher,  aune  plus  grande  élévation 
que  le  terrain  sur  lequel  fut  bâti  le  gros  mur.  Une  seule  enceinte 
circulaire,  suivant  les  sinuosités  du  rocher,  aurait,  selon  moi,  fait 
autant  d’honneur  aux  cinq  tombes  royales  qu’une  rangée  double, 
nivelée  arlificiellement  et  couverte. 


i.  Pausanias,  V,  vni,  3 ; VIII,  xxvi,  2 ; Strabon,  VIII,  p.  355. 


IIJOI.es  CÜIIIEIISES. 


205 


Fig.  2H.  — Poisson  de  bois  (à  S”, 50) 
Grandeur  réelle. 


11  est  à remarquer  qu’entre  les  deux  rangées  de  dalles,  et  aussi 
de  chaque  côté,  il  a été  dd'couvert  beaucoup  d’objets  intéressants  ; 
par  exemple  : un  poisson  de  bois  (fig.  211)  ; — beaucoup  d’idoles 
de  Hèra  des  différents  modèles  déjà  décrits,  quelques-unes  sous 
la  forme  d’une  vache  sans  cornes,  debout  ou  couchée,  portant 
une  coiffure  de  femme,  ou  avec  le  cou  percé  d’un  trou  pour 
faciliter  la  suspension  ‘ ; ce  détail 
semblerait  indiquer  que  l’on  portait 
ces  idoles  comme  des  amulettes  ; — 
une  idole  féminine  qui  a 2 pieds, 
au  lieu  de  finir  en  cylindre  comme 
d’habitude;  elle  a la  tête  nue,  en 

forme  de  tête  d’oiseau,  pas  de  bouche,  de  très-grands  yeux,  des 
mains  saillantes  et  un  collier;  la  chevelure  est  bien  représentée 
par  derrière,  et  le  vêtement  indiqué  par  une  couleur  rouge 
— une  figure  d’homme  en  argile  non  peinte, 
avec  de  grands  yeux,  un  nez  aquilin  et  pas  de 
bouche  ; la  tête  est  couverte  d’un  bonnet  en 
forme  de  turban  ; je  ne  saurais  décider  si  c’est 
une  idole;  — une  idole  tout  à fait  primitive, 
avec  une  tête  d’oiseau  nue  et  deux  oreilles;  les 
mains  sont  posées  sur  la  poitrine,  mais  sans 
être  jointes  ; la  tête  est  levée  vers  le  ciel  - curieuse  idole 

(fig.  212)  ; j’appelle  l’attention  du  lecteur  sur  léeiie. 
la  grande  quantité  d’idoles  d’Apbroditè  que 
possède  le  Musée  Britannique,  et  qui,  comme  la  figure  212,  se 
touchent  les  deux  mamelles  avec  les  mains  : ce  sont  jirobablement 
des  symboles  de  fécondité  ; — deux  couteaux  en  opale  brune  et 
trois  flèches  en  obsidienne^;  ces  flèches  se  rencontrent  rarement 
ici  ; — quantité  de  petites  perles  en  verre,  percées  pour  y jjasser  le 
fil  d’un  collier;  — et  trois  fusaïoles  de  terre  cuite. 

Je  rencontre  fréquemment  ici,  dans  les  décombri's  pi'éhislo- 


t.  Voyez  la  figure  115. 

2.  Voyez  la  figure  107. 

3.  Voyez  la  figure  126 


FOUILIÆS  AUX  ENVIRONS  DE  L’AGORA. 


20f) 

riques,  des  fragments  d'enduits  de  muraille,  en  chaux,  avec  une 
ornementation  archaïque,  composée  de  spirales  bleues,  vertes 
ou  jaunes.  Gomme  on  ne  trouve  pas  la  moindre  trace  de  chaux 
dans  les  maisons  cyclopéennes , je  ne  puis  faire  remonter  ces 
enduits  à une  antiquité  bien  reculée;  ils  proviennent  peut-être 
des  maisons  en  bois  du  siècle  qui  précéda  la  prise  de  Mycènes 
par  les  Argiens. 

Au  sud  de  la  double  rangée  circulaire  de  dalles,  j’ai  trouvé,  en 
fouillant,  une  vaste  maison  cyclopéenne.  Cette  maison,  du  moins 
ce  qu’on  en  a déblayé  jusqu’ici,  contient  sept  chambres  formées 
par  l’intersection  de  quatre  corridors,  dont  chacun  a 4 pieds 
de  large  (voy.  les  plans  B et  G).  Par  endroits,  les  murs  conservent 
encore  quelques  vestiges  de  leur  enduit  d’argile;  mais  on  n’y 
voit  pas  trace  de  peintures.  Les  murs  ont  de  2 à 4 pieds  | 
(0'“,60  k i"g35)  d’épaisseur;  du  reste,  il  arrive  que  le  même 
mur  se  trouve,  en  certains  endroits,  dépasser  de  6 ou  8 pouces 
ou  0'“,20)  son  épaisseur  ordinaire.  La  plus  grande  chambre 
a 18  pieds  \ (5'“,55)  de  long  sur  13  pieds  I (4'”,05)  de  large;  son 
coté  sud  est  taillé  dans  le  roc  vif,  oii  elle  pénètre  k une  profon- 
deur de  16  pouces  (0"*,40). 

Au-dessous  de  cette  chambre  et  de  la  chambre  voisine,  il  y a une 
profonde  citerne  creusée  dans  le  roc.  Une  conduite  d’eau  cyclo- 
péenne y débouche,  venant  du  haut  de  la  colline;  elle  amenait 
probablement  dans  la  citerne  l’eau  de  la  fontaine  Perséia,  qui  est 
située  k un  demi-mille  k l’est  de  l’acropole,  et  jouit,  dans  la  plaine 
d’x\rgos,  d’une  réputation  bien  méritée  pour  la  pureté  et  la  salu- 
brité de  ses  eaux.  Pausanias  (II,  xvi)  dit  qu’il  vit  cette  source  dans 
rintérieur  des  ruines  de  Mycènes  ; mais  la  ville  ne  s’étendit  jamais 
aussi  loin  k l’est.  Je  suppose  donc  que  ce  que  Pausanias  vit  de  l’eau 
de  la  source  Perséia  n’était  que  la  décharge  d’un  conduit  artificiel 
qui  amenait  l’eau  de  la  source  naturelle.  Gette  explication  aurait 
pour  elle  le  sens  du  mot  y.f/rivr\,  que  Pausanias  emploie  continuel- 
lement en  opposition  avec  le  mot  qui  signifie  source  naturelle. 

La  maison  cyclopéenne  n’a  pas  de  fenêtres;  de  même,  deux 
seulement  des  salles  intérieures  ou  chambres  ont  une  entrée  ou 


PALAIS  LOYAL  PRÉSUMÉ. 


“207 

une  porte.  Mais  , à supposer  meme  que  tous  les  murs  latéraux 
eussent  été  des  vitrages,  les  chambres  néanmoins  eussent  été  très^ 
obscures,  car  l’édifice  est  situé  dans  le  creux  profond  qui  est 
devant  le  côté  ouest  de  la  muraille  d’enceinte,  dont  il  n’est  séparé 
que  par  un  corridor  de  4 pieds  (l‘",20)  de  large;  cette  muraille 
aurait  nécessairement  caché  aux  habitants  de  la  maison  la  vue  de 
la  ville  basse,  de  la  plaine  et  de  la  mer.  C’est  ici  l’endroit  le  plus 
imposant  de  toute  l’acropole,  il  avoisine  l’agora;  il  devait  néces- 
sairement servir  d’emplacement  à la  maison  de  la  famille  la  plus 
distinguée  de  Mycènes,  .et  il  est  impossible  d’admettre  que  cette 
famille  se  soit  contentée  d’un  sombre  cachot.  Nous  n’hésitons  donc 
pas  à déclarer  que  cet  édifice  cyclopéen  s’élevait  jadis  jusqu’au 
niveau  de  la  muraille  d’enceinte,  el  qu’il  n’était  que  la  substruction 
d’une  grande  maison  de  bois  maintes  fois  renouvelée;  en  effet,  en 
présence  des  masses  énormes  de  cendres  de  bois,  dont  toutes  les 
chambres  de  l’édifice  cyclopéen  sont  remplies,  on  ne  peut  douter 
un  instant  qu’il  n’en  ait  été  ainsi,  ni  admettre  aucune  autre  hypo- 
thèse. Aussi  j’oserai  soutenir,  à cette  occasion,  que  toutes  les  mai- 
sons cyclopéennes,  bâties  de  pierres  non  taillées  jointes  sans  ciment 
et  sans  mortier,  que  j’ai  découvertes  à Tirynthe  et  à Mycènes,  n’ont 
pu  également  servir  que  comme  substruction  s pour  des  maisons 
en  bois  ou  en  briques  crues.  J’hésite  d’autant  moins  que,  dans 
une  maçonnerie  cyclopéenne  de  cette  espèce,  on  ne  pouvait  pra- 
tiquer que  des  portes  et  des  fenêtres  très-petites  et  très-étroites. 
Mais  les  objets,  produits  de  l’industrie  humaine,  que  j’ai  découverts 
ici,  ne  nous  permettent  pas  de  supposer  logiquement  qu’un  peuple, 
arrivé  à un  pareil  degré  de  civilisation,  ait  pu  se  contenter  de  ces 
cages  obscures  comme  maisons  d’habitation. 

Le  professeur  Paley,  s’appuyant  sur  le  passage  d’Euripide,  déjà 
si  souvent  cité  {Electre^  710),  regarde  comme  parfaitement  démon- 
tré que  cette  maison  devait  être  le  palais  royal,  parce  que  le  peuple 
de  Mycènes  est  appelé  à Vagora^poiu'  voir  le  mcvveiUcKx  agneau 
à la  toison  (V or.  Mais  cet  agneau  (qui  était  un  présage  et  un  symbole 
de  la  monarchie)  avait  été  apporté  au  palais  par  Aérojiè,  femme 
d’Atrée.  C’est  là  que  Thyeste  dit  alors  au  peuple  qu'il  V avait  ifans 


208  PALAIS  ROYAL  PRÉSUMÉ. 

sa  demeure  ; il  en  faut  conclure  que  le  palais  était 

tout  près  de  l’agora. 

Cette  théorie  est  aussi  acceptée  par  le  savant  français  M.  George 
Cogordan,  qui  a visité  Mycènes  et  qui  dit  à ce  sujet  ‘ : 

((  L’idée  de  Schliemann,  que  cette  demeure  ne  pouvait  avoir 
appartenu  à un  simple  particulier,  mais  qu’elle  devait  avoir 
été  la  résidence  des  anciens  dynastes  pélopides,  le  propre  palais 
d’Agamemnon,  est  une  hypothèse,  mais  pas  trop  invraisem^ 
blable.  Si  le  palais  du  roi  doit  être  quelque  part,  c’est  bien 
dans  cette  partie  de  l’acropole,  dominant  toute  la  plaine  et  à 
proximité  de  l’agora.  On  ne  peut  nier,  en  outre',  que  la  situa- 
tion ne  cadre  au  juste  avec  certaines  scènes  des  tragédies  consa- 
crées par  Sophocle  et  Euripide  aux  forfaits  de  la  maison  de  Pélops. 
C’est  là  qu’il  faut  lire  V Electre  de  Sophocle,  un  des  plus  admirables 
chefs-d’œuvre  de  la  muse  grecque.  Il  semble  que  le  poète  ait 
visité  lui-même  les  lieux,  tant  il  les  décrit  exactement.  La  scène 
se  passe  sur  l’agora,  (c  Tu  vois  d’ici  l’antique  Argos,  dit  le  péda- 
» gogue  au  jeune  Oreste  ; ici  le  bois  sacré  de  la  fdle  d’Inakhos,har- 
))  celée  par  les  taons  ; plus  loin  la  place  consacrée  à Apollon  Lycien, 

))  destructeur  des  loups;  à gauche  s’élève  le  temple  de  Junon.  La 
» ville  où  nous  sommes,  c’estMycènes,  abondanteen  or, et  ce  palais 
» est  le  séjour  sanglant  des  Pélopides.  ))De  l’agora  mycénienne,  on 
voit  en  effet  Argos  en  face  de  soi  : dans  la  plaine  coule  l’Inakhos, 
où  se  trouvait  le  bois  sacré  d’Io,  la  fdle  du  fleuve,  changée  en 
génisse  et  aimée  de  Jupiter  métamorphosé  en  taureau,  » — et  c’est 
bien  à gauche  que  l’on  aperçoit  les  ruines  du  temple  de  Junon, 
l’Hèræon  célèbre  de  la  plaine  argienne.  De  jeunes  Mycéniennes 
qui  forment  le  chœur  emplissent  l’agora,  où  la  vaillante  Electre 
rencontre  son  frère  Oreste,  envoyé  par  les  dieux  pour  venger  sur 
sa  mère  le  meurtre  d’Agamemnon.  Ils  ne  se  reconnaissent  pas  de 
prime  abord;  pour  mieux  trompen  les  soupçons,  Oreste  feint 
d’apporter  la  nouvelle  de  sa  propre  mort.  Tout  le  monde  est 
rempli  de  joie  dans  le  palais,  pendant  qu’Électre  exhale,  en  des 


1.  Article  Myvenes  et  ses  trésors  dans  la  Revue  des  Deux-Mondes,  15  juin  1878. 


\ ET  DU  C EU  CLE 


PALAIS  UüVAL  PUÉSUMÉ. 


209 


vers  célèbres,  de  loiicliairles  plaintes.  Enfin  le  frère  et  la  sœur 
se  reconnaissent  et  concertent  la  vengeance.  Clytemnestre  meuil 
la  première  : elle  est  frappée  dans  son  propre  palais,  et  ses  der- 
niers cris  parviennent  à l’oreille  des  jeunes  filles  sur  l’agora.  Mais 
la  vengeance  n’est  pas  complète  tant  qu’Égisthe  vit  encore,  Égisthe, 
le  pervers  conseiller,  l’amant,  puis  l’époux  de  la  reine.  Il  avait 
passé  la  journée  en  dehors  de  l’acropole  ; il  arrive  du  faubourg. 
On  le  voit  entrant  par  la  porte  des  Lions;  il  rencontre  sur  l’agora 
Electre  et  ses  jeunes  compagnes,  tout  en  se  dirigeant  vers  son 
palais,  où  l’attend  l’épée  vengeresse  du  fils  d’Agamemnon.  » 

Si  au  temps  d’Euripide  une  partie  de  l’agora  était  encore  visible 
au-dessus  des  décombres,  à plus  forte  raison  les  ruines  de  la  maison 
cyclopéenne  devaient  l’être  aussi;  et  il  est  plus  que  probable  que  la 
tradition  la  signalait  comme  le  palais  des  Atrides,  où  avaient  été 
assassinés  iVgamemnon  et  ses  compagnons,  et  que  c’est  sous  ce  nom 
({u’elle  fut  montrée  à Euripide.  On  voit,  par  la  nature  des  objets 
découverts  dans  cette  maison,  que  ses  habitants  poussaient  leurs 
prétentions  jusqu’au  luxe.  Dans  une  des  chambres,  en  effet,  à 
20  pieds  (6'")  au-dessous  de  la  surface  du  sol,  j’ai  découvert  une 
bague  taillée  dans  un  magnifique  onyx  blanc.  Cette  bague  porte  un 
sceau  où  sont  représentés  en  intaille  deux  animaux  sans  cornes. 
A première  vue,  on  les  prendrait  pour  des  biches;  mais,  en  y regar- 
dant de  plus  près,  on  voit  que  l’artiste  a voulu  représenter  des 
vaches.  Tontes  les  deux  tournent  la  tête  pour  regarder  leurs  veaux 
qu’elles  allaitent L Quoique  le  style  de  cette  intaille  soit  très- 
archaïque,  le  travail  en  est  passable  ; l’anatomie  des  animaux  est 
un  peu  grossière,  mais  assez  bien  rendue.  On  se  demande  avec  sur- 
prise comment  ce  travail  a pu  être  exécuté  sans  faide  de  la  loupe. 
Quand  on  voit  cette  intaille,  quand  on  réfléchit  qu’elle  remonte  à 
une  époque  antérieure  de  plusieurs  siècles  à Homère,  on  est  porté  i\ 
croire  que  les  objets  d’art  dont  ce  poète  parle  existaient  de  son  temps 
et  qu’il  les  décrivait  pour  les  avoir  vus  de  ses  propres  yeux;  par 
exemple,  le  bouclier  d’Achille/^,  le  chien  et  le  daim  (jiii  formaieiiL 

1.  Voyez  la  ligure  175. 

2.  Iliade,  XVIII,  -478-60S. 


MYCÈNES. 


14 


210 


PALAIS  LOYAL  PRÉSUMÉ. 


l’agrafe  du  manteau  d’Ulysse la  coupe  de  Nestor^  et  tant 
d’autres.  M.  Achille  Postolaccas  appelle  mon  attention  sur  les  plus 
anciennes  didrachmes  de  Gorcyre  (viU  siècle  av.  J. -G.),  qui  repré- 
sentent une  vache  allaitant  son  veau;  le  sujet  y est  traité  dans  un 
style  analogue  à celui  des  animaux  représentés  sur  la  bague  d’onyx. 

Il  a été  trouvé  en  outre  dans  la  maison  cyclopéenne  plusieurs 
belles  haches  en  diorite  et  en  serpentine  beaucoup  de  fusaïoles 
en  pierre  bleue  et  de  terres  cuites  peintes;  parmi  o€S  terres  cuites, 
on  remarquera  tout  particulièrement  les  fragments  d’un  grand  vase 
à deux  ou  à trois  anses,  aux  extrémités  desquelles  ont  été  modelées 
des  têtes  de  vache.  La  réunion  de  plusieurs  de  ces  fragments  que 
j’ai  pu  rajuster  représente  six  guerriers  complètement  armés, 
peints  en  rouge  foncé,  sur  fond  jaune  clair;  ils  partent  évidemment 
pour  une  expédition  militaire;  tous  portent  des  cottes  de  mailles 
qui  descendent  du  cou  au-dessous  des  hanches  (fig.  213). 

Ges  cottes  de  mailles  se  composent  de  deux  parties  distinctes; 
elles  sont  assujetties  à la  taille  par  un  ceinturon  ; la  bordure  infé- 
rieure est  ornée  d’une  frange  de  glands  allongés. 

Ghacun  de  ces  guerriers  porte  sur  le  dos  un  grand  bouclier  rond 
qui  semble  assujetti  à l’épaule  gauche,  car,  tout  en  débordant  des 
deux  côtés,  le  bouclier  fait  une  saillie  plus  marquée  du  côté  gauche 
que  du  côté  droit.  Le  bas  du  bouclier  est  échancré  en  croissant. 
Dans  leurs  mains  droites,  les  guerriers  portent  de  longues  lances,  à 
la  hampe  desquelles  est  attaché  cet  objet  curieux,  pareil  à une 
idole  troyenne,  et  dont  j’ai  déjà  parlé  en  décrivant  un  des  bas- 
reliefs.  Il  est  évident  pour  nous  que  cet  objet  curieux  était  destiné 
à accrocher  la  lance  à l’épaule  gauche;  néanmoins  il  faut  remar- 
quer que  l’artiste  mycénien  primitif  a pris  soin  de  le  représenter 
un  peu  au-dessus  de  l’épaule,  afin  que  l’œil  puisse  le  distinguer 
nettement;  car,  s’il  l’avait  représenté  reposant  sur  l’épaule  même, 
il  aurait  pu  se  confondre  avec  le  bouclier,  qui  l’aurait  même 
recouvert  en  partie;  dès  lors,  il  eût  été  impossible  d’en  reconnaître 

1.  Od.,  XIX,  22i-231. 

2.  Iliade,  XI,  632-635. 

3.  Semblables  aux  objets  représentés  figure  126. 


UN  VASE  PEINT. 


2ii 


la  tonne.  Du  reste,  les  lances  sont  bien  telles  que  nous  les 


représente  l’expression  homérique  oohyj'jxto'j  37/0; car  elles 
sont  très-longues.  Nous  voyons  de  plus  que  la  pointe  de  la  lance 


1.  Littéralement  : « lance  qui  projette  une  oiiibre  très-allongée,  » 


Fio.  21P..  — Fra^oiiciits  d’un  vase  i)cint  représentant  des  guerriers  armés  (à  5 met.).  Au  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 


212 


PALAIS  ROYAL  PRÉSUMÉ. 


est  percôt3  crune  douille  où  s’enfonee  la  hampe;  il  semble  bien 
(ju’il  eu  était  de  meme  dans  les  lances  homériques  b 
Les  jambières  (/v'/jpiBec)  ont  ceci  departiculier,  qu’elles  semblent 
être  en  étoffe  ; elles  prennent  un  peu  au-dessus  du  genou  et  des- 
cendent presque  jusqu’aux  chevilles;  la  partie  supérieure  est  atta- 
chée par  un  cordon  qui  est  serré  trois  fois  autour  de  la  partie 
inférieure  de  la  cuisse.  J’estime  que  la  seule  présence  de  ce  lien 
suffit  à prouver  que  les  jambières  sont  en  étoffe.  Tous  les  guerriefs 
})ortent  des  sandales  assujetties  par  des  courroies  qui  montent 
jusqu’aux  jambières.  Les  casques  sont  du  plus  haut  intérêt;  ils  sont 
constellés  d’un  grand  nombre  de  points  clairs,  destinés  peut-être  à 
représenter  l’éclat  du  bronze.  La  partie  inférieure  du  casque  offre 
à ])eu  près  la  forme  d’un  croissant  et  fait  saillie  par  devant  et  par 
derrière  ; la  partie  supérieure  du  casque  représente  évidemment  le 
(Dc/loq  homérique  ^ Au-dessus  de  ce  ©aXo;  était  le  loooç  ou  tube 
dans  lequel  était  assujetti  le  panache,  fait  d’une  queue  de  cheval 
{ïirnovfAç)^.  Malheureusement  ici  il  n’y  avait  pas  déplacé  pour  le 
Xooog;  l’artiste  a été  obligé  de  le  supprimer  et  de  représenter  le 
panache  attaché  au  cpalog  même.  On  ne  voit  pas  clairement  quelle 
est  la  nature  de  ce  panache;  mais,  comme  l’artiste  lui  a donné  la 


1.  Voyez,  par  exemple,  //.,XVII,  297  : 

’EyxéçaAoç  ôè  Trap’aoXbv  àvéôpa[X£v  cbxs'.Xr,?- 
« La  cervelle  jaillit  de  la  blessure  jusque  sur  la  douille  de  la  lance.  » 

2.  11.,  III,  3G1-362: 

’ArpsiSr,?  oè  spuo-adp-svoç  Hicpoç  àpyupo-^TvOV, 

TrXrj^ev  àvaaxojjLsvoç  xopuOoç  cpdXov. 

((  Ayant  tiré  son  épée  ornée  de  clous  d’argent,  le  fils  d’Atrée  leva  le  bras  et  détacha  du  coup 
le  cpdXo;  du  casque.  » 

3.  Le  passage  suivant  de  Y Iliade  (XIX,  379-383)  ne  peut  laisser  aucun  doute  sur  ce  point; 

'î>ç  au’  ’A^CAtiOç  crdxeoç  o-éXaç  aïOip’  l'xavîv 
xaXoO,  ôa'.oaAÉoo.  Usp't  5e  Tp'jçdXetav  àetpa; 
xpax't  61x0  Ppiapi)v  • y)  ô’  ào-xrip  üç  àuéXap.uev 
ïuuoupiç  xp’jcpdXeia,  7r£pt(7<7£iovxo  5’  ’eôetpat 
;(P’j(7£at,  dç  "Hcpataxo?  lei  Xô^ov  Gapeidç. 

((  Ainsi  brilla  jusqu’au  ciel  l’éclair  du  bouclier  d’Achille,  cette  magnifique  œuvre  d’art„ 
Levant  alors  son  casque  puissant,  il  le  posa  sur  sa  tête,  et  le  casque  empanaché  brilla  comme 
une  étoile,  et  l’on  vit  ondoyer  l’abondante  crinière  d’or  qu’Hèphaïstos  avait  fixée  autour  du 
cône  (Xo'fov).  » 

Voyez  ces  parties  du  casque  homérique  dans  mon  ouvrage,  Antiquilés  troyennes,  p.  247  et 
p.  296,  et  aussi  dans  VAtlas  qui  en  fait  partie,  planche  194,  n”®  3496,  3497,  3504,  i et  l. 


CASQUE  HOMERIQUE. 


forme  crime  feuille  allongée,  il  est  très-probable  c{u’il  a eu  rinten- 
tioii  d’en  faire  une  queue  de  cheval. 

Sur  la  partie  antérieure  du  casque  s’élève  un  curieux  objet  de 
forme  allongée  et  recourbée,  et  qui  donnerait  tout  à fait  l’idée  d’une 
corne.  Je  ne  puis  en  aucune  façon  m’expliquer  quel  en  pouvait  être 
l’usage,  et  l’on  ne  trouve  dans  Homère  aucun  mot  dont  l’interpré- 
tation puisse  indiquer  sa  présence  sur  les  casques  homériques. 
Mon  honorable  ami  M.  A. -H.  Sayce,  célèbre  orientaliste  et  pro- 
fesseur h l’université  d’Oxford,  me  rappelle,  à propos  de  (!es 
cornes,  que  la  coitîure  des  personnages  représentés  sur  les  pierres 
gravées  babyloniennes  est  ornée  de  deux  cornes.  J’appelle  l’atten- 
tion du  lecteur  sur  les  gravures  de  V Hérodote  de  Rawlinson, 
tome  I,  page  319. 

Quant  à la  physionomie  des  six  guerriers,  elle  n’est  bien  certai- 
nement ni  assyrienne  ni  égyptienne.  Tous  ont  exactement  le  même 
type  idéal,  le  nez  très-long,  les  yeux  grands,  les  oreilles  petites,  une 
longue  barbe  bien  soignée  qui  se  termine  en  pointe.  Ainsi,  à part  la 
barbe,  il  n’y  a rien  d’asiatique  en  eux.  Cinq  de  ces  guerriers  ont  à 
leur  suite  une  femme,  qui  paraît  être  une  prêtresse;  elle  est  vêtue 
d’une  longue  robe  retenue  à la  taille  par  une  ceinture  ; son  front  est 
orné  d’un  diadème,  et  elle  semble  porter  une  sorte  de  coiffure.  Il 
ne  reste  que  son  bras  droit  qui  est  levé;  à en  juger  par  la  courbe 
qu’il  forme,  on  peut  croire  que  cette  femme  a levé  ses  deux  mains 
jointes,  et  qu’elle  prie  les  dieux  d’être  propices  aux  guerriers  qui 
partent  et  de  leur  assurer  un  heureux  retour.  Cette  habitude  de 
lever  les  mains  en  priant  se  retrouve  continuellement  dans 
Homère  C 

Sur  d’autres  fragments  du  même  vase  (fig.  ^214)  - sont  repré- 
sentés deux  guerriers  qui  couvrent  leur  côté  gauche  de  leurs 
boucliers;  leur  main  droite  levée  tient  une  lance  qu’ils  brandissent 
contre  leurs  ennemis;  une  partie  seulement  de  la  ligure  derun  de 


1,  Par  exemple,  IL,  I,  -150: 

ToTaiv  ûs  Xpuari?  [xeyàX’s'JX-’^'î  avaa^wv. 

« Chrysès  pria  tout  haut  pour  eux  en  levant  les  deux  mains.  » 

Voyez  la  vignette  du  chapitre  VI, 


PALAIS  ROYAL  PRÉSUMÉ. 


2U 

ces  ennemis  s’est  conservée.  L’armnre  des  deux  guerriers  et  celle  de 
leur  adversaire  sont  de  tout  point  semblables  à celle  des  six  guer- 
riers que  nous  venons  de  décrire,  mais  la  coiffure  est  différente.  Au 
lieu  de  casques  de  bronze,  ils  portent  une  sorte  de  casque,  bas  de 
forme,  fait,  à ce  qu’il  semble,  d’une  peau  de  sanglier  avec  les  soies 
en  dehors.  En  réalité,  ces  casques  nous  remettent  tout  de  suite 
en  mémoire  le  casque  bas  de  forme,  en  peau  de  taureau,  dont 
Ulysse  se  conviât  la  tête  lorsque  Diomède  et  lui  s’en  allèrent 
de  nuit,  comme  espions,  au  camp  troyen‘.  Il  n’est  pas  hors  de 
propos  de  rappeler  ici  que  le  motxov£-/3  signifie  ce  peau  de  chien  » , 
d’où  l’on  peut  conclure  que  les  premiers  casques  furent  faits 
en  peau  de  chien.  Mais  déjà  au  temps  d’Homère  le  sens  primitif 
du  mot  avait  depuis  longtemps  disparu;  aussi  le  poète  emploie-t-il 
le  moiv.vviri  pour  désigner  non-seulement  le  casque  de  forme  basse, 
mais  encore  le  grand  casque  de  bronze.  Derrière  le  guerrier  de 
gauche  on  voit  une  partie  de  la  cotte  de  mailles  et  le  bouclier  d’un 
autre  combattant,  et  derrière  l’autre  guerrier  on  voit  un  bouclier. 
H est  donc  à supposer  que  l’artiste  avait  représenté  plusieurs  guer- 
riers combattant  les  uns  contre  les  autres.  Au-dessous  de  la  pre- 
mière anse  est  représenté  un  oiseau  volant.  Sur  les  deux  têtes  de 
vache  qui  terminent  les  anses,  les  cornes  ne  sont  qu’indiquées, 
l’artiste  ayant  bien  pensé  que,  s’il  les  modelait  en  saillie,  elles  se 
briseraient  tout  de  suite  quand  on  voudrait  se  servir  du  vase.  Ce 
vase  a été  fabriqué  au  tour;  l’argile  en  est  particulièrement  défec- 
tueuse et  mélangée  d’un  sable  grossier  ; le  travail  en  est  aussi  très- 
primitif;  l’intérieur  est  peint  en  rouge. 

On  a trouvé  encore  dans  la  maison  cyclopéenne  d’autres  vases 
d’une  fabrication  très-soignée;  ils  sont  décorés  de  rangées  de 
cercles,  contenant  des  signes  nombreux  que  l’on  prendrait  à pre- 
mière vue  pour  des  caractères  d’écriture;  mais,  comme  les  mêmes 


Il,  X,  257-259: 

.....  ’Afxcp't  ùi  o'i  x'jvIrjV  xs^aT^rji^tv  60-/]xev 
Taup£tY)v,  açaXov  xe  xa\  aWocfov,  y]T£  xaxaîxul 
xéx>.r;Tat,  pyexac  oï  xapv]  ÔaXspfov 

« Sur  sa  tête  il  plaça  un  casque,  fait  en  peau  de  taureau,  sans  panache,  sans  cône,  et  appelé 
xaxaÎTu^,  comme  celui  qui  protège  la  tête  de  la  florissante  jeunesse.  » 


POTERIE  FAITE  A LA  3IAIN. 


215 


signes  reviennent  continuellement,  on  reconnaît  bientôt  qu’on 
s’était  trompé.  Parmi  les  objets  découverts  dans  la  meme  maison, 
il  y a deux  vases  de  cuivre,  dont  l’iin  est  un  trépied  de  très-grande 
dimension. 

Je  trouve  maintenant  ici  dans  l’acropole  de  nombreux  fragments 
de  poterie  façonnée  à la  main;  mais  ils  ne  sont  pas  disposés  par 
couches  distinctes,  comme  à Tirynthe.  Il  est  évident  que  la  couche 
de  poterie  préhistorique  façonnée  à la  main  (car  il  devait  nécessai- 
rement y en  avoir  une)  a été  dérangée,  ce  qui  a dû  probablement 


Fig.  213  g,  b.  — Type  très-fre'quent  de  poterie  mycénienne  peinte,  à la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


avoir  lieu  quand  on  a bfiti  le  gros  mur  qui  soutient  la  double  clôture 
parallèle  de  l’agora,  dans  la  partie  basse  de  la  citadelle,  parce  que 
ce  mur  est,  dans  tous  les  cas,  postérieur  à la  poterie  façonnée  à la 
main.  Les  fragments  de  cette  poterie  sont  ordinairement  décorés 
de  bandes  horizontales  ou  de  spirales  tracées  en  noir  sur  un 
fond  vert  clair;  mais  je  rencontre  aussi  des  fragments  de  vases 
monochromes  d’un  noir  brillant. 

J’ai  expliqué  plus  haut  que  le  nom  de  murs  cyclopécns  est 
fondé  sur  une  erreur,  puisqu’il  vient  de  la  légende  fabuleuse 
qui  fait  des  Gyclopes  des  architectes  distingués;  mais,  comme 
cette  appellation  a passé  dans  l’usage,  on  ne  peut  plus  éviter  de 
l’employer  pour  désigner  les  différentes  espèces  de  murs  bâtis  de 
gros  blocs,  dont  j’ai  indiqué  les  caractères.  Mais  à Tirynthe  comme 
ici  à Mycènes,  où  je  suis  entouré  des  plus  grandes  murailles  cyclo- 
péennes  qui  soient  au  monde,  je  suis  obligé,  pour  éviler  Tenq^loi 
des  périphi'ases  et  les  malentendus,  de  me  servii-  du  mol  ojcloptk^u, 
meme  pour  désigner  les  moindres  murs  de  maison  et  les  moindi'es 


POTEUÏE  MYCÉNIENNE. 


“2  K) 

conduites  d’eau  où  a été  employé  le  même  appareil  de  construction . 
Mais  il  est  bien  évident  que  je  ne  penserais  même  pas  à me  servir 
de  cette  expression,  si  je  trouvais  ces  constructions  dans  des 
endroits  où  il  n’y  aurait  pas  déjà  de  grandes  murailles  de  cette 
espèce,  car  le  mot  cyclopécn  ne  peut  être  appliqué  proprement 
qu’à  ce  qui  est  gigantesque. 

Le  dessin  des  deux  fragments  ci-dessus  (fig.2l3,  ah)^  qui  repré- 
sente évidemment  un  coquillage,  de  l’espèce  du  sourdon,  est  eelui 
qui  se  rencontre  le  plus  fréquemment  à Mycènes;  cependant  on  ne 
le  trouve  ni  dans  les  cinq  tombes  royales,  ni  dans  le  dromos  qui  est 
devant  le  trésor.  De  cette  circonstance,  je  conclus  qu’il  ne  se 
répandit  à Mycènes  qu’après  l’époque  où  les  tombes  furent  con- 
struites et  après  celle  où  le  dromos  du  trésor  se  trouva  enfoui  sous 
les  décombres.  La  poterie  décorée  de  ce  dessin  présente  presque 
toujours  un  fond  jaune  clair,  rarement  un  fond  rouge  clair; 
quant  au  dessin  lui-même,  il  est  toujours  noir  ou  rouge  foncé. 
C’est  un  fait  digne  de  remarque,  que  ce  dessin,  qu’on  n’a  jamais 
encore  rencontré  ailleurs,  se  voit,  présentant  exactement  la 
même  forme,  sur  presque  toutes  les  coupes  et  sur  plusieurs 
vases  de  terre  cuite  tirés  du  tombeau  d’Ialysos  et  conservés 
aujourd’hui  au  Musée  Britannique.  Eu  même  temps  je  rappelle 
au  lecteur  que  ces  coupes  d’Ialysos  ont  exactement  la  même 
forme  que  toutes  les  coupes  de  terre  cuite  de  Mycènes,  et  que 
cette  forme  ne  s’est  encore  rencontrée  nulle  part  ailleurs  que 
dans  la  première  et  la  plus  ancienne  des  quatre  cités  préhis- 
toriques d’Hissarlik.  Mais  j’insisterai  encore  tout  particulièrement 
sur  ce  fait  que  ce  dessin  n’apparaît  jamais  sur  les  coupes  mycé- 
niennes, et  qu’à  Mycènes  on  ne  le  voit  que  sur  les  vases. 


Fir.,  21  i.  — Autres  fragments  du  vase  de  la  figure  213  (à  5 met.).  Au  si.xième  do  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  VI 


LE  SECOND  GRAND  TRÉSOR;  ACROPOLE  ET  RUINES  CYCLOPÉENNES 
DES  ENVIRONS  DE  MYCÉNES. 


Suite  des  fouilles  dans  le  trésor  exploré  par  AU'®  Scliliemann.  — Le  dromos,  la  porte  et  le 
seuil.  — Objets  trouvés  en  cet  endroit.  — Idoles  de  Hèra.  — Conduites  d’eau  et  citernes 
cyclopéennes  dans  l’acropole.  — Anneaux  de  bronze.  — Poterie  portant  des  marques  qui  res- 
semblent à des  lettres.  — Boucles  d’oreilles  semblables  à celles  qui  ont  été  trouvées  cà  Troie. 

— Poterie  peinte,  façonnée  à la  main.  — Nouvelles  formes  d’idoles  de  liera.  — Trépieds  et 
berceaux  en  terre  cuite  ; ce  sont  probablement  des  offrandes  votives.  — Poinçons  d’ivoire, 
perles  et  boutons.  — Épée  de  bronze.  — Pinces  de  fer  d’une  date  plus  récente.  — État 
des  décombres  amoncelés  à la  porte  des  Lions.  — L’empereur  du  Brésil  visite  les  fouilles. 

— Ascension  au  mont  Eubœa.  — Enceinte  cyclopéenne  au  sommet  de  cette  montagne:  c’était 
probablement  un  très-ancien  sanctuaire.  — Autres  ruines  cyclopéennes  {>rès  de  Alycènes. 

— État  des  fouilles 


Alycènes,  30  octobre  1870. 

Depuis  le  30  septembre  j’ai  continué  les  Ibnilles  avec  la  plus 
grande  activité,  employant  constamment  cent  vingt-cinq  tra- 
vailleurs et  cinq  voitures.  A propos  du  trésor,  j’ai  éprouvé  plus  de 
difficultés  que  je  ne  m’y  étais  attendu,  parce  ijue  le  délégué  du 


^218 


SECOND  GRAND  TRÉSOR. 


gouvernement  grec  s’opposait  à renlèvement  des  fondations  de  la 
maison  hellénique,  bâtie  juste  au-dessus  de  la  partie  inférieure  du 
dromos^  et  dont  j’ai  déjà  parlé.  Nous  n’avons  donc  pu  déblayer  le 
dromos  des  9 pieds  de  décombres  qui  en  recouvrent  encore  le  pavé. 
Tout  ce  que  nous  avons  pu  faire  a été  de  déblayer  le  passage  de 
l’entrée,  qui  a 13  pieds  (3“', 90)  de  long  sur 
8 (2™, 40)  de  large,  et  aussi  la  partie  centrale 
du  trésor  ; mais  nous  avons  laissé  le  long 
des  murs  une  bordure  de  grosses  pierres  et 
de  décombres  qui  a de  7 à 10  pieds  (2“,10 
à 3 mètres)  de  haut  et  de  10  à 15  pieds 
(3  à 5 mètres)  de  large. 

Les  deux  demi-colonnes  à droite  et  à 
gauche  de  l’entrée  étaient  cannelées  ; l’une 
d’elles,  de  4 pieds  3 pouces  (1“,27)  de  haut 
sur  4 pouces  (0‘%40)  de  large  (lîg.  214  a), 
a été  trouvée  dans  le  passage,  près  de  la 
porte.  A 9 pieds  | (2™, 85)  en  avant  de  la 
porte,  le  dromos  est  barré  par  un  mur  formé 
de  blocs  carrés  d’une  pierre  calcaire,  de 
5 pieds  (l'",50)  de  haut.  La  porte  du  trésor 
s’élève  à la  hauteur  énorme  de  18  pieds 
5 pouces  (5‘",53);  elle  est  large  de  8 pieds 
4 pouces  (2'“,50).  Sur  le  seuil,  qui  est  d’une 
brèche  très-dure  et  qui  a 2 pieds  5 pouces  (0'%73)  de  large,  nous 
avons  trouvé  une  feuille  d’or  ronde  et  très-mince.  L’aire  du 
trésor  est  formée  par  le  roc  nivelé,  couvert  d’un  revêtement  de 
sable  et  de  chaux,  dont  on  voit  des  traces  en  beaucoup  d’en- 
droits ; il  va  en  descendant  vers  le  centre,  qui  est  à 1 pied  (0“,30) 
au-dessous  du  niveau  du  seuil. 

Nous  avons  trouvé  dans  le  trésor  un  fragment  considérable  pro- 
venant d’une  frise  de  marbre  bleu,  décorée  d’un  cercle  et  de  deux 
bandes  d’ornements  en  arêtes  de  poissons;  ce  fragment  a 9 pouces 
(0'",225)  de  haut,  10  (0“,25)  de  large,  et  2 (0'“,05)  d’épaisseur 
(fig.215).  Nous  avons  recueilli  au  même  endroit  un  fragment  pro- 


Fig.  214  a.  — Demi-colonnc 
cannelée  du  trésor  exploré  par 
M™®  Schliemann.  (Dessin  de 
Louise  Burnouf.) 


CONDUITES  D’EAU  ET  CITERNES. 


-219 


venant  d’iine  belle  frise  de  marbre  blanc,  qui  ai  pied  4 pouces 
(0"\40)  de  long,  8 pouces  (0“,20)  de  large  et  3 pouces  I (0^%0875) 
d’épaisseur.  La  figure  216  représente  le  grand  côté  de  cette  frise, 
avec  une  ornementation  de  spirales  entre  deux  petites  bordures. 
Nous  avons  déjà  donné  le  petit  côté  ; on  y voit  entre  deux  filets,  de 
chaque  côté,  une  ornementation  composée  de  spirales  de  la  même 
espèce,  qui  sont  cependant 


Fig.  215,  216.  — Fragments  de  frises  en  marbre  blanc  et  en  marbre  bleu,  trouvés  dans  le  trésor, 
près  de  la  porto  des  Lions.  An  quart  environ  de  la  grandeur  réelle. 


ments,  de  5 pouces  à 6 pouces^  (0"V125  à 0"\i625)  de  long, 
et  une  idole  de  Hèra  de  la  forme  habituelle,  avec  deux  cornes. 

Il  peut  se  faire  qu’il  y ait  un  trésor  caché  dans  la  grosse  bordure 
de  pierres  et  de  décombres  que  nous  avons  été  forcés  de  laisser 
derrière  nous,  mais  j’ai  de  la  peine  à le  croire. 

Considérant  d’une  part  qu’au  dromos  nous  avons  trouvé  de 
très-anciens  fragments  de  poterie  à dessins  géométriques,  et  d’antre 
part  que  le  trésor  contient  un  mélange  de  poteries  de  dilférentes 


1.  Voyez  la  figure  153. 


m 


SECOND  GRAND  TRÉSOR. 


époques,  je  suis  convaincu  que  le  dromos  seulement  et  rentrée 
sont  demeurés  enfouis  depuis  une  antiquité  reculée.  Dans  mon  opi- 
nion, le  trésor  était  resté  vide,  et  les  fragments  de  vases  trouvés 
aujourd’hui  dans  Tintérieur  proviennent  de  la  couche  épaisse  de 
débris  qui  couvrait  la  voûte  lorsque,  il  y a cinquante-six  ans,  Véli- 
Pacha  y fit  faire  une  brèche  pour  pénétrer  dans  le  trésor. 

Dans  l’acropole,  j’ai  découvert,  à quelques  mètres  de  la  seconde 
porte,  une  conduite  d’eau  cyclopéenne  très-curieuse  qui  débouche 
dans  l’im  des  corridors  qui  est  long  et  étroit.  Je  suppose  donc  qu’un 
et  peut-être  meme  deux  de  ces  corridors  ne  sont  autre  chose  que 
des  citernes.  Immédiatement  au  sud  de  ces  deux  corridors,  il  y a 
une  autre  conduite  cyclopéenne  et  une  autre  citerne;  cette  dernière 
semble  communiquer  avec  les  douze  récipients  que  je  considère 
également  comme  de  petites  citernes.  G.es  conduites  d’eau,  comme 
celle  qui  aboutit  aux  deux  citernes  situées  au-dessous  de  la  maison 
cyclopéenne,  amenaient,  sans  doute,  l’eau  de  l’abondante  source 
Perséia,  qui  tire  probablement  son  nom  de  Persée,  fondateur  de 
My  cènes. 

En  déblayant  les  masses  de  décombres,  de  13  à 20  pieds  (3'%90  à 


217  218  219  220 


(à  O™, .HO).  (Il  4 met.).  (à  1 met.).  (à  2 mèt.). 


Fig.  217  :i  220.  — Biigncs;  de  bronze  (deux  sont  gravées  en  intaille)  et  fd  d’or  enroule.  Grandeur  réelle. 

0 mètres)  d’épaisseur,  qui  obstruaient  le  passage  de  la  porte,  j’ai 
découvert  trois  bagues  de  bronze.  Deux  de  ces  bagues  (fig.  217  et 
219),  trouvées  toutprès  de  la  surface,  peuvent  appartenir  à l’époque 
hellénique,  sans  qu’il  soit  possible  de  l’affirmer  avec  certitude.  La 
première  (fig.  217),  comme  on  le  voit  par  la  cavité  qui  s’y  trouve, 
était  ornée  d’une  pierre  qui  a disparu,  La  troisième  porte  un  cachet, 


OBJETS  TKOUVÉS  DANS  lÆ  DAI.AIS. 


“2-21 


et  riiilaille  en  est  trop  archaïqne  pour  n’être  pas  crune  époijuc 
antérieure  à la  conquête  de  la  ville  (468  av.  J. -G.).  On  y voit  une 
jeune  leinine  assise,  les  bras  étendus  ; sa  tète,  tournée  de  côté,  est 
ornée  d’une  abondante  chevelure  ; à droite,  un  peu  plus  bas,  un 
hoinme  à large  poitrine  étend  aussi  les  bras. 

Autres  découvertes  faites  au  même  endroit  : quantité  d’idoles  de 
liera  sous  la  forme  d’une  vache  ou  d’une  femme  qui  porte  des  cor- 
nes ; parmi  les  premières  se  trouve  un  fragment  qui  montre  sur  un 
fond  jaune  clair  un  grand  nombre  de  signes  d’un  rouge  foncé, 
qui  sont  peut-être  des  lettres;  une  grande  quantité  de  plomb 
fondu;  une  boucle  d’oreille  tout  à fait  primitive  (fig.  ^20),  formée 
d’un  fil  d’or  quadrangulaire  enroulé  deux  fois.  De  ce  que  les 
arêtes  en  sont  vives,  comme  celles  des  autres  fils  d’or  qua- 
drangulaires  dont  j’aurai  à parler  plus  tard,  M.  Ch.  T.  Newton 
en  conclut  que  ces  fils  sont  tout  simplement  de  petites  bandes 
découpées  dans  une  plaque. 

Mais  il  m’est  absolument  impossible  de  comprendre  comment 
l’orfévre  de  cette  époque  primitive  a pu  s’y  prendre  pour  accomplir 
cette  opération,  puisqu’il  n’avait  à sa  disposition  que  des  outils  en 
bronze.  On  rencontre  aussi  des  boucles  d’oreilles  de  la  même  forme 
dans  la  première  des  quatre  cités  primitives  de  Troie';  la  seule  dil- 
férence,  c’est  que  le  lil  de  métal  est  cylindrique  au  lieu  d’être 
quadrangulaire. 

On  a trouvé  aussi  dans  un  enfoncement  du  rocher  une  grande 
quantité  de  fragments  de  vases  façonnés  à la  main,  revêtus  d’une 
couleur  unie  noire  ou  rouge  à l’intérieur  et  à l’extérieui'  ; quelque- 
fois cependant  l’extérieur  seulement  est  d’un  vert  clair,  avec  une 
ornementation  de  spirales  en  noir.  A 6 pieds  (l‘“,80')  seulemeiU 
derrière  le  mnr  cyclopéen,  du  côté  est  du  passage,  j’ai  retrouvé  les 
restes  d’un  mur  de  gros  blocs  qui  est  évidemment  beancoiq)  jdns 
ancien. 

Dans  la  grande  maison  cyclopéenne,  que  la  tradition  semble 
avoir  désignée  comme  le  palaisdes  Atrides,  immédiatement  au  sud 


1.  Voyez  l'Atlas  des  Antiquités  tivijennes,  pl.  08,  n“  2070 


-222 


LA  PORTE  DES  LIONS. 


de  l’agora  circulaire,  nous  avons  clécouveri  des  idoles  de  Hèra 
d’une  forme  nouvelle  : par  exemple,  une  vache  complètement  plate  ; 
elle  a encore  ses  deux  jambes  de  devant  et  seulement  une  jambe 
de  derrière,  qui  est  très-grosse  ‘ ; — une  idole  féminine,  avec  une 
tête  d’oiseau  très-comprimée,  coiffée  du  bonnet 
phrygien  au  lieu  àw polos  habituel  ; — une  corne  de 
vache  en  terre  cuite,  longue  de  8 pouces  \ (0"‘,875), 
ce  qui  prouve  qu’il  a dû  y avoir  des  idoles  beaucoup 
plus  grandes  que  celles  que  l’on  a trouvées  jusqu’ici. 
J’ai  recueilli  encore  au  même  endroit  une  quantité 
de  petits  trépieds  en  terre  cuite,  en  forme  de  fau- 
teuils ou  de  berceaux  ; un  ou  deux  de  ces  berceaux 
contiennent  même  des  figures  d’enfants  ; tous  ces 
trépieds  sont  peints  de  couleurs  bigarrées  et  peuvent 
avoir  été  des  offrandes  votives.  Parmi  les  objets 
trouvés  en  cet  endroit,  je  citerai  deux  parallélipi- 
pèdes  de  couleurs  variées  et  percés  de  trous;  ils 
ont  4 pouces  de  long;  je  ne  puis  m’en  expliquer 
l’usage;  — plusieurs  poinçons  {stilettos)  d’ivoire, 
qui  ont  pu  servir  d’aiguilles  pour  les  ouvrages 
de  femmes^;  — six  petites  perles  rondes  un  peu 
aplaties,  d’une  pierre  blanche  et  transparente, 
percées  de  trous,  ayant  fait  partie  d’un  collier  ; 
— un  gros  bouton  d’albàtre  qui  provient  peut- 
être  de  la  garde  d’une  épée;  — une  épée  de 
l^i’onze  (fig.  221)  ; — une  paire  de  pinces  en  fer 
ÎLiè!  trouvée  près  de  la  porte  des  Lions  , très-peu 

au-dessous  de  la  surface,  et  qui  peut  être  de 
l’époque  macédonienne. 

J’ai  eu  le  vif  regret  et  le  chagrin,  pour  faire  droit  à une  demande 
urgente  de  la  Société  grecque  d’archéologie  d’Athènes,  de  laisser 
dans  l’acropole,  de  chaque  côté  de  la  porte  des  Lions,  une  énorme 

1.  Voyez  la  figure  161. 

2.  Voyez  les  figures  131-136. 


VISITE  DE  L’EMDEUEUR  DU  nilÉSlU. 


masse  de  déeombres  eu  l’état,  parce  que  cette  iustitutiou  ii’a  pas 
encore  envoyé,  comme  elle  eu  avait  rinteutioii,  un  ingénieur  pour 
consolider  la  sculpture  des  deux  lions  avec  des  crampons  de  fer,  et 
pour  réparer  les  murs  cyclopéeus  à droite  et  à gauche  de  cette 
sculpture.  Mais  la  Société  songe  toujours  à faire  faire  ce  travail 
tôt  ou  tard,  et  elle  pense  que  les  deux  masses  de  décombres  seront 
commodes  pour  hisser  les  blocs  de  pierre  et  pour  eu  faciliter  l’in- 
troductiou  dans  les  brèches  des  murs.  J’espère  que  ce  travail  se 
fera  promptement,  et  que  l’on  n’aura  pas  trop  longtemps  à 
attendre  pour  enlever  les  deux  masses  de  décombres.  Elles  don- 
nent à mes  fouilles  un  aspect  misérable,  surtout  la  masse  qui  est 
à droite  de  l’entrée  ; en  effet  elle  se  compose  de  cendres  mouvantes  ; 
et,  si  elle  devait  rester  là  seulement  pendant  plusieurs  années,  les 
pluies  entraîneraient  les  cendres  et  les  répandraient  sur  mes  tra- 
vaux. J’insiste  sur  ce  point,  parce  que  les  visiteurs  seraient  naturel- 
lement portés  à croire  que,  si  j’ai  laissé  derrière  moi  ces  deux 
masses  de  décombres,  c’est  par  négligence. 

Hier  et  aujourd’hui,  j’ai  eu  l’honneur  de  guider  à travers  mes 
travaux  S.  M.  don  Pedro  II,  empereur  du  Brésil,  qui  venait 
•les  visiter.  A son  arrivée  de  Corinthe,  Sa  Majesté  se  rendit  à che- 
val tout  droit  à l’acropole  ; elle  demeura  deux  heures  dans  mes 
fouilles  et  les  examina  à plusieurs  reprises  avec  la  plus  grande 
attention.  L’empereur  sembla  s’intéresser  très-vivement  surtout  à 
l’immense  cercle  double  et  parallèle  de  plaques  obliques  qui  en- 
toure les  trois  rangées  de  stèles  funéraires,  et  particnlièrement  aux 
quatre  stèles  sculptées,  et  il  me  pria  de  lui  en  envoyer  les  photo- 
graphies au  Caire.  Sa  Majesté  sembla  encore  s’intéresser  beaucoup 
à la  grande  porte  des  Lions,  que  franchit  le  roi  des  hommes 
c/yopojv)  quand  il  partit  pour  la  plus  glorieuse  expédition  des 
âges  héroïques,  à l’admirable  seuil  de  cette  porte,  à la  grande 
maison  cyclopéenne,  aux  trois  conduites  d’eau  cyclopéennes,  à 
l’immense  mur  d’enceinte  cyclopéen  et  à tous  les  antres  monu- 
ments des  temps  préhistoriques.  De  là  l’empereur  se  rendit  an 
trésor  que  nous  venons  d’explorer  et  ensuite  au  trésor  d’Atrée,  où 
le  dîner  fut  servi.  Sa  Majesté  sembla  prendre  un  extrême  plaisir  à 


ASCENSION  AU  MONT  EÜIIO^.A. 


^22i 

ce  repas,  servi  sous  le  dôme  de  ce  mystérieux  édiüce  souterrain, 
qui  a presque  quarante  siècles  d’existence.  L’empereur  examina 
ensuite  avec  le  plus  profond  intérêt,  au  village  de  Gliarvati,  la  nom- 
breuse collection  des  antiquités  préhistoriques  de  Mycènes,  formée 
du  résultat  de  mes  fouilles  ; il  admira  particulièrement  l’énorme 
masse  des  idoles  de  Ilèra  de  différents  types,  les  intailles,  la  mer- 
veilleuse poterie  mycénienne  et  les  sculptures  archaïques.  Il  exa- 
mina ensuite  avec  attention,  à Gharvati  même  et  autour  duAullage, 
les  carrières  d’où  sont  sorties  toutes  les  pierres  destinées  à con- 
struire les  murs  cyclopéens,  les  trésors  et  autres  édifices,  et  il  partit 
ensuite  pour  Argos  et  Nauplie.  Sa  Majesté  nous  fit  le  lendemain 
une  seconde  visite  pour  revoir  le  musée  mycénien  et  les  fouilles  ; 
elle  repartit  ensuite  pour  Athènes,  en  passant  parGorinthe  et  Gala- 
maki  G 

Après  le  départ  de  Sa  Majesté,  M'”'"  Schliemann  et  moi  nous 
limes,  non  sans  éprouver  les  plus  grandes  difficultés,  l’ascension 
du  pic  nord  du  mont  Euhœa,  qui  est  très-escarpé  et  haut  de 
2500  pieds  (750  mètres).  Le  mont  Euhœa,  qui  s’appelle  main- 
tenant Hagios  Elias  (Saint-Élie),  est  situé  immédiatement  au 
nord  de  l’acropole,  et  il  est  couronné  par  une  chapelle  ouverte 
dédiée  au  prophète  Élie  (pl.  II).  Le  sommet  forme  un  très-petit 
triangle,  dont  le  côté  est  a 35  pieds  ( I0‘",50)  , et  les  deux 
autres,  qui  vont  se  rencontrer  juste  à l’ouest,  chacun  100  pieds, 
Ge  triangle  est  hérissé  de  rochers  raboteux  et  pointus,  entre 
lesquels  on  a de  la  peine  même  a se  mouvoir;  aussi  est-il  évi- 
dent qu’il  n’a  jamais  pu  être  habité  par  des  hommes,  d’autant 
plus  qu’il  n’y  a pas  d’eau.  Le  seul  endroit  uni  et  nivelé  de  ce 
sommet  est  h l’angle  sud-est;  il  n’a  que  10  pieds  (3  mètres)  de 
large  sur  23  pieds  (6"', 90)  de  long;  il  est  occnpé  par  la  petite 
chapelle  dédiée  au  prophète  Ëlie.  Quoique  les  dimensions  en 
soient  si  restreintes,  le  sommet  est  entouré  de  murailles  cyclo- 

1.  Le  22  jaiii  1877,  j’ai  eu  de  nouveau  l’honneur  de  recevoir,  dans  mon  domicile,  n°  15,  Iveppel- 
Streel,  à Londres,  la  visite  de  S.  M.  don  Pedro  U,  empereur  du  Brésil,  qui  examina  pendant 
deux  heures  avec  le  plus  profond  intérêt  mon  album  de  photographies  des  trésors  mycéniens 
et  des  autres  antiquités  découvertes  dans  la  capitale  des  Atrides,  en  me  félicitant  à plusieurs 
reprises  sur  le  résultat  de  mes  fouilles. 


PAXdn  .V 


FORTIFICATIONS  DU  MONT  EUBŒA. 


225 


péeniies,  qui  ont  eu  moyenne  4 pieds  2 pouces  d’épaisseur, 

et  de  3 pieds  à 6 pieds  | {0™,90  à de  hauteur;  mais 

les  masses  de  pierre  qui  gisent  au  pied  de  ces  murs  prouvent 
jusqu’cà  l’évidence  qu’ils  étaient  autrefois  beaucoup  plus  élevés. 

L’entrée,  qui  est  à l’est,  conduit  à un  passage  de  peu  de  lon- 
gueur. Dans  la  grosse  pierre  qui  forme  le  seuil,  on  voit  encore 
le  trou  où  tournait  le  pivot  inférieur.  En  contre-bas,  à une 
distance  qui  varie  de  16  à 53  pieds  (4'", 80  à 15‘",90),  il  y a, 
sur  les  trois  côtés  par  où  l’on  peut  arriver  au  sommet,  des  murs 
cyelopéens  dont  la  longueur  varie  de  133  à 266  pieds  (40  à 80  mè- 
tres) sur  5 pieds  (1“,50)  d’épaisseur;  ils  ont  encore  aujourd’hui 
une  hauteur  moyenne  de  10  pieds  (3  mètres),  et  il  y a apparence 
qu’ils  étaient  autrefois  beaucoup  plus  élevés.  Entre  les  pierres 
memes  de  ces  murs,  j’ai  pu  recueillir  en  grande  quantité  des  frag- 
ments de  vases  façonnés  à la  main,  d’un  vert  clair  avec  des  orne- 
ments noirs.  J’attribue  à ces  vases  la  même  antiquité  qu’aux  murs 
de  Tyrinthe  et  de  Mycènes,  parce  qu’à  Tirynthe  je  les  ai  trouvés 
in  situ  sur  le  sol  vierge  ou  peu  au-dessus,  et  à Mycènes  in  situ 
seulement  sur  le  roc  vif,  dans  les  enfoncements  du  passage  de  la 
porte  et  dans  les  tombeaux.  Je  conclus  de  ces  faits  que  les  forti- 
fications du  mont  Eubœa  (Ilagios  Elias)  doivent  être  de  la  meme 
époque  que  les  murs  de*  ces  deux  cités,  et  remontent  peut-être 
même  à une  antiquité  plus  reculée. 

Maintenant  on  se  demande  à quelle  intention  ces  fortifications 
furent  construites.  La  montagne  est  si  élevée  et  si  escarpée,  le 
sommet  est  si  étroit  et  si  encombré  d’aspérités  de  rochers,  qu’il 
ne  peut,  à aucune  époque,  avoir  servi  de  forteresse.  Voici  donc  la 
seule  explication  que  je  me  risque  à suggérer  sur  l’origine  de  ces 
murs  cyelopéens  : il  doit  avoir  existé  sur  le  sommet  de  la  montagne 
un  petit  temple,  qui  aurait  été  un  sanctuaire  très-important  et 
l’objet  d’une  vénération  toute  particulière;  et,  par  une  curieuse 
coïncidence,  nous  pouvons  trouver,  dans  la  nature  même  du  culte 
auquel  le  sommet  de  la  montagne  est  consacré  dans  les  temps 
modernes,  le  nom  de  la  divinité  qui  y était  adorée  dans  fantiquité. 
Dans  les  temps  de  grande  sécheresse,  les  habitants  des  villages 

MYCÈNES.  15 


226 


SANCTUAIRE  ÜU  DIEU-SOLEIL. 


voisins  ont  l’habitude  de  s’y  rendre  en  pèlerinage  par  bandes 
nombreuses,  sous  la  conduite  des  prêtres,  pour  prier  le  prophète 
Élie  de  faire  tomber  la  pluie.  Il  paraît  vraisemblable  que  l’empla- 
cement même  de  la  petite  chapelle  du  prophète  Élie  était  occupé 
autrefois  par  un  sanctuaire  du  dieu-Soleil,  qui  était  l’objet  d’un 
culte  célèbre  en  cet  endroit  et  qui  aurait  fait  place  à Élie,  sans 
qu’il  y eût  presque  rien  de  changé,  soit  dans  l’orthographe,  soit 
dans  la  prononciation  des  deux  noms  propres,  le  dieu-Soleil 
ayant  été  dans  l’origine  appelé  'HsXîog,  qui  se  prononce 
C’est  une  étonnante  coïncidence,  car,  bien  qu’Élie,  qui  monta 
au  ciel  dans  un  char  enflammé  (char  de  flammes),  ne  puisse 
avoir  été  autre  chose  qu’un  dieu-Soleil,  son  nom  est  pourtant 
exclusivement  hébreu  ou  ce  qui  signifie  celui 

auquel  Jéhovah  est  Dieu).  Il  ne  peut  avoir  aucune  affinité  avec  le 
nom  homérique  du  dieu-Soleil , ’HsXjoç  , qui  est  probablement 
dérivé  lui-même  du  nom  primitif  de  l’époux  de  la  Lune  (peut-être 
idptoç),  et  est,  dans  tous  les  cas,  exclusivement  grec. 

A une  demi-heure  de  marche  de  la  porte  des  Lions  environ, 
dans  la  direction  de  l’ouest,  et  tout  près  du  village  de  Phichtia, 
sont  les  ruines  d’un  petit  édifice  cyclopéen,  du  même  style  d’ar- 
chitecture que  les  murs  à droite  et  à gauche  de  cette  porte,  ef 
probablement  de  la  même  époque.  Cet  édifice  aussi  semble  avoir 
été  un  temple.  Nous  voyons  également,  à une  heure  de  distance 
de  la  porte  des  Lions,  dans  la  direction  du  nord-ouest,  dans  une 
vallée  retirée,  au  bord  d’un  ravin  profond,  les  ruines  bien  conser- 
vées d’une  tour  cyclopéenne  quadrangulaire , dont  chacun  des 
côtés  a 40  pieds  (12  mètres)  de  longueur.  La  hauteur  des  murs 
varie  entre  10  et  11  pieds  (3  mètres  à 3'",30).  A l’angle  sud-ouest 
s’ouvre  la  porte,  qui  donne  accès  à un  petit  corridor  et  à deux 
chambres.  Sur  le  mur  extérieur,  on  voit  deux  gouttières.  L’ar- 
chitecture de  cette  tour  est  également  semblable  à celle  de  la 
muraille  qui  est  à côté  de  la  porte  des  Lions.  Très-probablement 
les  Mycéniens  se  servaient  de  cette  tour  pour  dominer  l’étroit 
passage  que  traverse  la  route  d’Argos  à Corinthe. 

La  planche  VII  donne  l’état  actuel  des  fouilles.  On  voit  d’abord, 


ETAT  DES  FOUILLES. 


m 


à la  gauche  du  spectateur,  le  côté  intérieur  du  grand  mur  d’en- 
ceinte cyclopéen,  qui  se  termine  dans  le  lointain  par  la  porte 
des  Lions  ; on  n’aperçoit  de  cette  porte  que  le  côté  intérieur,  et 
par  conséquent  l’envers  de  la  dalle  triangulaire  où  est  sculpté 
extérieurement  le  bas-relief  des  lions.  Le  mur  cyclopéen,  que  l’on 
voit  à droite,  dans  le  fond,  faisait  partie  d’une  enceinte  intérieure. 

Plus  loin,  en  descendant,  juste  derrière  le  dernier  homme,  il  y a 
un  mur  cyclopéen,  dont  une  partie  seulement,  celle  qui  avoisine  la 
porte  des*  Lions,  avec  la  chambre  de  l’ancien  gardien  de  la  porte, 
est  aussi  ancienne  que  le  mur  d’enceinte  ; le  reste  est  beaucoup 
plus  moderne,  mais  antérieur  cependant  à la  prise  de  la  ville  par 
les  Argiens  (468  av.  J. -G.). 

En  avant  de  ce  mur  se  trouve  le  labyrinthe  des  corridors,  dont 
deux  au  moins  sont  des  citernes.  A gauche,  tout  près  du  mur 
d’enceinte,  est  la  petite  maison  cyclopéenne  si  souvent  citée,  et 
qui  ne  contient  qu’une  seule  chambre. 

Au  premier  plan,  sous  les  pieds  des  travailleurs,  qui  s’en  font 
comme  une  estrade,  on  peut  voir  les  deux  grandes  rangées  paral- 
lèles et  circulaires  de  dalles  plantées  obliquement,  inclinées  vers 
le  centre  du  cercle  et  recouvertes  de  dalles  transversales,  qui  ser- 
vaient à la  fois  de  bancs  pour  le  peuple  et  d’enceinte  pour  l’agora. 
En  ligne  avec  ces  deux  rangées  circulaires  et  parallèles  sont  les 
douze  petites  citernes  en  forme  de  tombeaux,  que  nous  voyons  dans 
la  direction  de  la  porte  des  Lions,  et  entre  lesquelles  est  pratiquée 
l’entrée  de  l’agora,  qui  a 7 pieds  (2™, 10)  de  large.  A partir  de  ce 
point,  le  cercle  de  dalles  descend  à la  gauche  du  spectateur,  du 
rocher  sur  le  mur  cyclopéen,  haut  de  12  pieds  (S*", 60);  ce  mur  n’a 
été  bâti  que  pour  servir  de  support  aux  dalles,  et  pour  les  inellre  de 
niveau  avec  la  partie  du  cercle  qui  est  construite  sur  le  roc  ; mais , 
comme  on  peut  le  remarquer,  presque  toutes  les  dalles  de  cette 
partie  du  cercle  sont  tombées;  il  n’en  reste  plus  qu'un  petit 
nombre  dans  la  position  première.  On  aperçoit  très-bien,  à la 
gauche  du  spectateur,  le  mur  qui  supporte  les  dalles,  s’abaissant 
en  perspective  selon  une  ligne  qui  forme  un  angle  de  15  degrés 
avec  la  perpendiculaire.  Les  quatre  stèles  sculptées  sont  cachées 


m 


VUE  PANORAMIQUE. 


par  la  grande  dalle  qui  se  dresse  sur  le  premier  plan  ; on  peut 
voir  deux  des  stèles  non  sculptées,  à droite,  du  côté  de  l’entrée 
de  l’agora,  et  deux  autres  du  côté  des  deux  chevaux.  ' Ainsi 
l’ancienne  agora  de  Mycènes  comprend  tout  l’espace  que  nous 
voyons  renfermé  dans  le  grand  cercle  de  dalles.  Lagravuve  montre 
qu’à  l’endroit  (côté  sud)  où  le  cercle  passe  du  rocher  sur  le  mur 
cyclopéen,  les  dalles  sont  beaucoup  plus  grandes  et  plus  épaisses  ; 
sur  une  distance  d’environ  2 mètres,  elles  sont  tout  à fait  droites  ; 
du  côté  nord,  l’enceinte  de  l’agora  est  formée  par  les  réservoirs, 
dont  les  plaques  sont  également  placées  perpendiculairement,  parce 
que,  dans  la  position  oblique,  elles  n’auraient  pas  supporté  la  pres- 
sion de  l’eau.  A gauche,  c’est-à-dire  à l’ouest  de  ces  réservoirs, 
on  retrouve  la  continuation  de  l’enceinte  double  de  plaques  incli- 
nées jusqu’au  mur  cyclopéen. 

Au  milieu,  on  aperçoit,  dans  le  fond  à gauche,  une  partie  de 
la  croupe  escarpée  du  mont  Eubœa,  sur  le  sommet  duquel  est 
bâtie  la  chapelle  ouverte  du  prophète  Élie.  Sur  le  devant,  plus 
à droite , est  le  grand  mur  intérieur  cyclopéen , couronné  des 
ruines  d’une  tour,  qui  donne  à l’acropole  un  aspect  de  grandeur 
tout  particulier;  ce  mur  fait  partie  d’une  seconde  enceinte.  A 
droite  on  a une  bonne  vue  du  mont  de  l’acropole,  sur  les  flancs 
duquel  on  peut  apercevoir,  en  plusieurs  endroits,  des  restes  d’en- 
ceintes intérieures.  Tous  les  murs  que  l’on  voit  en  contre-bas 
sont  des  murs  de  maisons  cyclopéennes,  excepté  le  grand  mur 
d’appui  du  double  cercle  de  dalles,  dont  on  voit  une  petite  partie 
dans  l’angle  inférieur  de  gauche.  En  bas,  à droite,  sont  les  ruines 
de  la  grande  maison  cyclopéenne.  Quoique  nous  ne  puissions 
nous  faire,  à ce  sujet,  une  opinion  bien  arrêtée , elle  peut  bien 
représenter,  pour  une  imagination  éclairée  par  les  descriptions 
pleines  de  vie  et  de  couleur  d’Homère  et  des  tragiques,  la  royale 
demeure  d’Aganiemnon  et  de  ses  ancêtres. 

J’appelle  l’attention  du  lecteur  sur  les  coupes  (plan  BB)  qui 
montrent  la  profondeur  de  chacun  des  cinq  tombeaux  au-dessous 
du  sol,  telle  qu’elle  était  avant  mes  fouilles. 


Fig.  222.  — Fragments  d’une  boîte  en  ivoire  (vàjOvi^),  (à  5 met.). 
Au  six-septième  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  VII 

PREMIER,  SECOND  ET  TROISIÈME  TOMBEAU  DANS  l’ACROPOLE 


Découverte  du  tombeau  indiqué  par  les  trois  stèles  sculptées.  — Curieux  boutons  plaqués 
d’or,  objets  d’ivoire,  d’argile  cuite,  d’or,  de  verre,  de  bronze,  etc.  — Poterie  fabriquée  au 
tour.  — Poterie  façonnée  à la  main.  — Second  tombeau  au-dessous  des  stèles  sculptées. 

— Découverte  de  trois  corps  humains,  qui  ont  été  brûlés  en  partie  àl’endroit  même  où  ils  repo- 
sent. Quinze  diadèmes  en  plaques  d’or  minces,  trouvés  sur  les  corps.  — Croix  formées  de 
feuilles  de  laurier  en  or  trouvées  aussi  sur  les  corps.  — Autres  objets  curieux,  prouvant 
une  certaine  connaissance  de  l’art  de  travailler  et  de  colorer  le  verre.  — Couteaux  en  obsi- 
dienne. — Vase  d’argent  avec  orifice  en  bronze,  plaqué  d’or,  et  autres  objets.  — Vases  de 
terre  cuite,  avec  tuyaux  doubles  de  chaque  coté  pour  la  suspension,  et  trépieds  dans  le  genre 
des  poteries  troyennes.  — La  présence  dansce  tombeau  d’un  certain  nombre  d’idoles  de  llèra 
avec  cornes  prouve  que  le  culte  symbolique  de  Ilèra  sous  cette  forme  existait  dans  l’antiquité 
la  plus  reculée  à Mycènes.  — Ce  culte  a duré  jusqu’à  la  fin  de  l’existence  de  cette  cité.  — 
Vases  primitifs  en  terre  cuite,  fabriqués  au  tour.  — Découverte  de  nouvelles  stèles  funérai- 
res. — Différents  objets  trouvés  avec  elles.  — Le  troisième  tombeau.  — Plusieurs  squelettes 
d’hommes,  non  brûlés,  et  objets  découverts  avec  eux.  — Curieux  poignard  en  bronze  à double 
lame.  — Sur  le  point  d’être  écrasés  par  la  chute  d’un  rocher.  — Murs  intérieurs  du  tombeau. 

— Trois  squelettes  de  femmes,  évidemment  brûlés  à l’endroit  où  ils  reposent.  — Ils  sont 
chargés  de  joyaux  en  or.  — Plaques  rondes  en  or  avec  ornementation  au  repoussé,  trouvées 
sur  les  corps  et  dessous.  — Description  de  leurs  différents  types.  — Description  des  autres 
joyaux.  — Bijoux  pour  colliers,  avec  intaillcs.  — Griffons  d’or.  — La  légende  des  grilTous 
vient  de  l’Inde.  — Ornements  d’or  en  forme  de  cœurs,  en  forme  de  lions,  pour  parer  les  dra- 
peries. — Broches  curieuses  formées  de  palmiers,  de  cerfs,  de  lions.  — Femmes  avec  des 


230 


LE  PREMIER  TOMREAU. 


pigeons.  — Cinquante-trois  seiches  d’or.  — Papillons,  cygnes,  hippocampes,  aigles,  sphinx, 
arbres  et  oiseaux  en  or.  — Magnifique  couronne  d’or  sur  la  tete  d’un  des  morts.  — Signes 
curieux  à la  partie  supérieure  de  cette  couronne.  — La  seconde  couronne  d’or.  — Encore 
cinq  diadèmes  en  or.  — Croix  formées  de  doubles  feuilles  d’or.  — Étoiles  d’or.  — Broche  d’or 
et  autres  ornements.  — Colliers  et  bracelets.  — Deux  balances  en  or.  — Plaques  d’or.  — 
Masque  d’enfant,  en  or.  — Autres  ornements.  — Boules,  etc.,  en  cristal  de  roche,  en  argent, 
en  bronze,  provenant  sans  doute  de  poignées  de  sceptres.  — Gemmes  lentoïdes  en  agate,  en 
sardoine,  etc.,  avec  intailles.  — Gemme  lentoïde  en  amétliyste,  sur  laquelle  est  gravée  une 
vache  allaitant  son  veau,  comme  sur  les  monnaies  de  Corcyre. — Roues  en  or.  — Peigne  d’or 
avec  dents  en  ivoire,  etc. — Perles  d’ambre. — Autres  ornements.  — Morceaux  de  feuilles  d’or 
répandus  sous  les  corps  et  tout  autour.  — Coupe  d’or.  — Curieuse  boîte  en  or,  et  vases  d’or 
dont  les  couvercles  sont  retenus  par  des  fils  d’or.  — Vase  d’argent  et  manche  de  sceptre  en 
or.  — Boîtes  en  plaques  de  cuivre,  dont  l’intérieur  est  rempli  de  bois  ; c’étaient  peut-être  des 
oreillers  pour  les  morts.  — Autres  objets  trouvés  dans  le  troisième  tombeau.  — Poterie 
façonnée  à la  main  et  très-ancienne  poterie  travaillée  au  tour. 


Mycènes,  G décembre  1870. 


Les  quatre  stèles  sculptées  ayant  été  extraites  et  transportées  au 
village  de  Gharvati  pour  être  envoyées  de  là  à Athènes,  je  com- 
mençai des  fouilles  sur  l’emplacement  des  trois  stèles  dont  les  bas- 
reliefs  représentent  des  guerriers  et  une  scène  de  chasse  h J’y 
trouvai  une  tombe  quadrangulaire  de  21  pieds  5 pouces  (6“,43) 
de  long  sur  10  pieds  4 pouces  (3‘",i0)  de  large,  taillée  dans  le 
flanc  du  rocher.  La  terre  qui  remplissait  cette  tombe  consistait 
en  détritus  domestiques  mêlés  à un  sol  naturel  apporté  d’ailleurs. 
A 3 pieds  3 pouces  (0'",'975)  au-dessous  de  l’endroit  où  avaient  été 
les  stèles,  je  trouvai  une  singulière  espèce  de  monument,  qui  se 
composait  de  deux  dalles  longues  et  étroites,  de  5 pieds  (i“,50)  de 
'long,  7 pouces  (0™,i75)  d’épaisseur  et  12  pouces  30)  de  large, 
placées  l’une  sur  l’autre,  et  d’une  troisième  dalle  plus  petite,  de 
2 pieds  et  demi  (0"h75  de  long),  placée  obliquement  à leur  extré- 
mité sud,  comme  pour  servir  d’oreiller  à un  mort  couché  sur  la 
dalle  horizontale  supérieure  (fig.  223).  Cette  dernière  avait  une 
bordure  et  appartient  évidemment  à un  autre  monument  dont 
les  deux  autres  dalles  peuvent  avoir  fait  partie.  Très-probable- 
ment il  y a eu  autrefois  sur  ce  tombeau  un  monument  considé- 
rable, orné  des  trois  dalles  sculptées  qui  maintenant  en  mar- 
quaient l’emplacement. 


I.  Voyez  es  chapitres  III  et  IV. 


LE  PREMIER  TOMBEAU. 


231 


En  enfonçant  plus  avant,  j’ai  trouvé  de  temps  à autre  de  petites 
quantités  de  cendres  noires,  et  parmi  ces  cendres,  très-souvent, 
des  objets  curieux;  par  exemple  : un  bouton  d’os  recouvert  d’une 
plaque  d’or  ornée  de  belles  intailles; — une  imitation  de  corne 
de  bélier  sculptée  en  ivoire,  avec  un  des  côtés  plat,  percé  de 
deux  trous,  qui  ont  dû  servir  à attacher  cet  objet;  — d’autres  orne- 
ments en  os,  et  de  petites  plaques  d’or;  j’ai  recueilli  de  cette 
manière  douze  boutons  d’os  recouverts  de  plaques  d’or  ornées  d’in- 
tailles; l’un  de  ces  boutons  est  de  la  grandeur  d’une  pièce  de  cinq 


Fig.  223.  — Plan  de  stèles  trouvées  en  fouillant  le  premier  tombeau.  {Ft~  pied  anglais.) 


francs  ; l’ornementation  se  compose  soit  de  spirales,  soit  de  la 
curieuse. croix  ^ avec  les  marques  des  quatre  clous,  qui  se 
retrouve  si  fréquemment  sur  les  fusaïoles  d’Ilion,  et  que  je  con- 
sidère comme  le  symbole  du  feu  sacré;  mais  les  bras  de  ces 
croix  sont  toujours  tournés  en  spirale^;  tous  ces  boutons  ressem- 
blent à nos  boutons  de  chemise,'  mais  ils  sont  plus  grands,  et 
tout  à fait  semblables  à ceux  que  l’on  rencontrera  dans  la  suite 
de  cet  ouvrage; — deux  objets  d’ivoire,  en  forme  de  cornes  de 
bélier  (fig.  225);  — quatre  morceaux  d’ivoire  en  forme  de 
croissant,  ayant  un  côté  convexe  et  l’autre  plat,  ce  dernier  percé 
de  quatre  trous  pour  attacher  l’objet  (fig.  224);  — six  morceaux 
d’ivoire  longs  et  étroits,  semblables  à la  ligure  227,  ayant  comme 
ornementation  cinq  incisions  verticales  et  à l’envers  deux  profondes 


1.  Voyez  Antiquités  troyennes,  p.  G9-72. 


232 


OBJETS  EN  IVOIRE.  EN  OS,  ETC. 


entailles  verticales  pour  attacher  l’objet;  il  est  très-probable  que 
tous  ces  objets  ont  servi  à orner  des  harnais  de  chevaux;  — une 
aiguille  d’ivoire  (fig.  229)  ; — six  boutons  d’une  pierre  blanche  très- 
dure,  avec  un  trou  au  milieu  et  une  petite  pierre  bleue  enfoncée 
dans  ce  trou  (fig.  226)  ; je  ne  puis  m’expliquer  ni  le  trou  rond  ni  les 
petites  pierres  qui  y sont;  — un  autre  petit  bouton  de  la  même 
espèce  ; — -la  tête  d’un  clou  de  bronze,  plaquée  d’or,  huit  morceaux 

r 


Fig.  224  à 229.  — Objets  en  ivoire,  en  pierre,  en  pâte  artificielle. 


minces  et  allongés  de  plaques  d’or,  et  quatre  grands  disques  formés 
de  minces  plaques  d’or;  — deux  morceaux  d’une  substance  vitreuse, 
en  forme  de  tubes,  dans  l’intérieur  desquels  il  y a un  petit  tube 
de  véritable  verre  bleu;  j’aurai  occasion  d’en  reparler;  — l’objet 
vert  (fig.  228),  orné  dans  toute  sa  longueur  de  cannelures  horizon- 
tales, d’après  l’analyse  du  professeur  Landerer,  est  une  composi- 
tion artificielle  dans  laquelle  il  entre  de  l’oxyde  de  cuivre  et  que 
l’on  a comprimée  dans  un  moule  pour  lui  donner  la  forme  qu’elle  a. 

La  terre  était  mélangée  de  nombreux  fragments  d’  une  poterie  très- 
ancienne,  travaillée  au  tour,  avec  une  ornementation  de  diverses 
couleurs,  et  d’autres  fragments  d’une  poterie  façonnée  à la  main, 
monochrome,  d’un  noir  brillant,  ou  rouge,  ou  d’un  vert  clair  avec 


LE  PREMIER  ET  LE  SECOND  TOMBEAU. 


233 


ornementation  de  spirales  en  noir;  mais,  à ma  grande  surprise, 
j’ai  trouvé  aussi  de  temps  en  temps  des  fragments  de  vases  peints 
travaillés  an  tour,  appartenant  aux  espèces  que  l’on  trouve 
meme  dans  les  couches  préhistoriques  supérieures,  et  qui  très- 
certainement  appartiennent  à une  époque  de  beaucoup  posté- 
rieure, mais  pourtant  antérieure  à la  prise  de  Mycènes  par  les 
Argiens  (468  av.  J. -G.). 

Parmi  les  plus  intéressantes  poteries  façonnées  à la  main,  il  faut 


Fig.  230.  — Pied  dun  gobelet  noir,  façonné  à la  main.  Premier  tombeau. 
Au  six-septième  de  la  grandeur  réelle. 


citer  les  grandes  coupes  d’un  noir  brillant,  dont  le  pied  est  creux 
et  orné  au  milieu  de  cannelures  horizontales  (fig.  230)  ; on  les  ren- 
contre fréquemment  dans  la  première  cité  préhistorique  de  Troie  ; 
— ceux  qui  sont  d’un  vert  clair  ou  d’un  jaune  clair,  avec  une  orne- 
mentation noire  tout  à fait  fantastique,  — et  les  vases  d’une  pins 
grande  dimension  peints  en  rouge  clair,  avec  des  cercles  d’un 
rouge  foncé,  ou  bien  ornés  de  deux  mamelles  de  femme  en  relief 
au  milieu  de  cercles  formés  par  de  petits  traits  de  pinceau  noirs. 

Arrivé  dans  mes  fouilles  à une  profondeur  de  10  pieds  I (3™, 15), 
je  fus  arreté  par  une  pluie  violente  qui  transforma  en  boue  la 


234  TROIS  CORPS  DANS  LE  SECOND  TOMREAD. 

terre  molle  du  tombeau.  Je  fis  donc  enlever  les  deux  stèles  non 
sculptées  de  la  seconde  ligne,  qui  étaient  à Test  des  trois  stèles 
sculptées,  aune  distance  de  20  pieds  (6  mètres).  Une  de  ces  stèles 
avait  5 pieds  (l"", 50)  de  long,  et  l’autre  5 pieds 4 pouces  (U, 60).  En 
fouillant  l’endroit  marqué  par  ces  stèles,  je  trouvai  un  autre  tom- 
beau taillé  dans  le  roc;  il  avait  il  pieds  8 pouces  (3“,50)  de  large, 
21  pieds  3 pouces  (G*”, 375)  de  long  sur  l’un  des  côtés  et  19  pieds 
8 pouces  (5™, 90)  sur  l’autre.  Il  était  entièrement  rempli  d’une  terre 
naturelle,  sans  mélange,  apportée  d’ailleurs.  A 2 pieds  (O*”, 60)  ou 
2 pieds  I (0”,75)  environ  au-dessous  des  deux  stèles,  j’en  ai 
trouvé  deux  autres  qui  n’avaient  pas  non  plus  de  sculptures  et 
qui  paraissaient  plus  anciennes. 

A une  profondeur  de  15  pieds  (4™, 50)  au-dessous  du  niveau  du 
rocher  et  de  25  pieds  (7”, 50)  au-dessous  de  la  surface  du  sol  tel 
qu’il  était  avant  les  fouilles,  j’arrivai  à une  couche  de  cailloux  sous 
laquelle  je  découvris,  à 3 pieds  (0"',90)  de  distance  l’un  de 
l’autre,  les  restes  de  trois  corps  humains;  tous  les  trois  avaient  la 
tête  tournée  vers  l’est  et  les  pieds  vers  l’ouest.  Ils  n’étaient  séparés 
de  la  surface  nivelée  du  rocher  formant  le  fond  du  tombeau  que 
par  une  autre  couche  de  cailloux  sur  laquelle  ils  reposaient;  ils 
avaient  été  évidemment  brûlés  tous  les  trois  en  même  temps,  à la 
place  même  où  je  les  ai  trouvés.  Ce  fait  est  prouvé  jusqu’à  l’évi- 
dence par  les  masses  de  cendres  provenant  des  étoffes  qui  les 
avaient  couverts,  par  les  débris  du  bois  qui  avait  consumé  leur 
chair  en  totalité  ou  en  partie,  par  la  couleur  des  cailloux  de  la 
couche  inférieure,  par  les  traces  du  feu  et  de  la  fumée  sur  le  mur 
de  pierre  qui  bordait  le  fond  du  tombeau  des  quatre  côtés.  D’ail- 
leurs il  y avait  des  traces  très-visibles  de  trois  bûchers  différents. 

Le  mur  qui  bordait  les  quatre  côtés  du  fond  de  la  tombe  était 
construit  en  pierres  assez  grosses,  agencées  sans  ciment  ni  mortier; 
il  avait  5 pieds  (I‘",50)  de  haut  et  I pied  8 pouces  (0“,50)  d’épais- 
seur. Les  petites  pierres  dont  le  sol  était  jonché  n’avaient  pas 
d’autre  destination,  à mon  avis,  que  d’assurer  la  ventilation 
des  bûchers  funéraires.  Il  y a apparence  que  ces  bûchers  n’étaient 
pas  considérables,  et  évidemment  ils  n’avaient  pas  d’autre  objet 


LE  SECOND  TOMBEAU. 


235 


que  de  consumer  tout  simplement  les  draperies  et  les  chairs  des 
morts,  en  partie  ou  en  totalité;  mais  leur  œuvre  de  destruction  ne 
devait  pas  aller  plus  loin,  parce  que  les  os  et  même  les  crânes  ont 
été  épargnés;  seulement  les  crânes  avaient  trop  souffert  de  l’humi- 
dité, et  aucun  d’eux  n’a  pu  être  recueilli  en  entier. 

Sur  chacun  de  ces  trois  corps,  j’ai  trouvé  cinq  diadèmes 
formés  de  plaques  minces  en  or,  semblables  à ceux  des  autres 
tombeaux  et  dont  je  donnerai  des  gravures  * ; chacun  de  ces 
diadèmes  a 19  pouces  | (0™,4875)  de  long  sur  4 (0”,10)  de  large 
à la  partie  centrale  ; ils  diminuent  graduellement  à partir  de 
là  et  se  terminent  en  pointe  aux  deux  extrémités.  Ces  pointes 
ont  été  brisées;  mais,  comme  elles  se  retrouvent  dans  plusieurs 
diadèmes,  on  peut  en  induire  que  tous  se  terminaient  de  la  même 
façon.  Les  bords  de  tous  ces  diadèmes  étaient  pliés  autour  de 
fds  de  cuivre,  destinés  à leur  donner  plus  de  solidité,  et  on  a 
trouvé  un  grand  nombre  de  fragments  de  ces  fds.  Ces  quinze  dia- 
dèmes, sans  exception,  présentent  la  même  ornementation  au 
repoussé;  cette  ornementation  se  compose  d’une'bordure  de  deux 
lignes  de  chaque  côté;  entre  ces  bordures  se  déploie  une  rangée 
de  triples  cercles  concentriques,  dont  la  dimension  augmente  ou 
diminue  selon  la  largeur  du  diadème;  le  cercle  le  plus  large  se 
trouve  naturellement  au  milieu.  Entre  ces  triples  cercles  se  trouve, 
de  chaque  côté,  une  rangée  de  doubles  cercles  concentriques  plus 
petits,  dont  le  diamètre  augmente  ou  diminue  aussi  en  proportion 
de  la  largeur  des  diadèmes.  Aussi  bien  dans  les  grands  cercles 
triples,  que  dans  les  doubles  cercles  de  dimension  moindre,  le 
cercle  central  ou  intérieur  a été  travaillé  au  marteau  de  manière 
à faire  saillie,  ce  qui  donne  aux  diadèmes  un  aspect  très-riche. 
A l’une  des  extrémités  de  ces  diadèmes,  il  y avait  une  épingle 
{îixîolov) , et  à l’autre  un  tube  {odjliay.oi) , qui  servaient  à les 
assujettir  autour  de  la  tête  ; naturellement  le  plus  grand  des 
triples  cercles  se  trouvait  placé  juste  au  milieu  du  front. 

J’ai  trouvé  encore,  avec  deux  des  corps,  dix  croix  très-minces  en 


1.  Voyez  les  figures  282-284. 


236 


CROIX  DE  FEUILLES  DE  LAURIER. 


or  (cinq  sur  chacun  des  deux  corps),  composées  de  feuilles  de 
laurier  (fig.  231);  je  n’en  ai  trouvé  que  quatre  avec  le  troisième 
corps.  Chacune  de  ces  croix  a 7 pouces  I (0"',1875)  de  long;  les 
feuilles  d’or  ont  1 pouce  i (O"', 04)  de  large.  Les  bords  des  feuilles 
de  ces  quatorze  croix  ont  été  aussi  roulés  autour  de  minces  fils  de 
cuivre,  destinés  à leur  donner  plus  de  consistance.  L’ornemen- 
tation de  ces  feuilles  est  également  au  repoussé.  Cette  ornemen- 


r 


Fig.  231.  — Croix  de  feuilles  de  laurier  en  or.  Deuxième  tombeau. 
Au  quatre-cinquième  de  la  grandeur  réelle. 


tation  consiste  en  une  petite  bordure  dessinée  par  une  ligne,  sur 
laquelle  repose  un  dessin  courant  de  doubles  ovales  concentriques, 
disposés  obliquement,  et  qui  sont  peut-être  destinés  aussi  à 
représenter  des  feuilles.  Ainsi,  la  feuille  tout  entière  est  entourée 
d’une  large  bande  de  doubles  ovales  ou  feuilles,  et  l’espace  inter- 
médiaire est  rempli  par  des  doubles  cercles  concentriques. 

J’ai  trouvé  aussi,  avec  les  corps,  beaucoup  d’objets  curieux; 
par  exemple,  de  petits  cylindres  de 0"', 375  traversés  d’un  petit  tube 
dans  toute  leur  longueur;  des  objets  carrés  composés  de  quatre  de 
ces  cylindres,  dont  deux  seulement,  ceux  des  deux  extrémités,  sont 


TUBES  EN  VERRE  DE  COBALT. 


237 


percés.  Tous  ces  objets  sont  d’un  gris  blanc  et  composés  d’une 
matière  si  friable  qu’elle  tombe  en  poussière  à la  mmindre  pression 
de  la  main.  Dans  l’intérieur  de  chaque  cylindre  il  y a un  tube 
transparent  d’une  matière  dure  et  de  couleur  bleue.  Le  professeur 
Landerer  a constaté  par  l’analyse  que  ces  tubes  sont  en  verre 
de  cobalt. 

Le  tube  bleu  contient  encore  un  petit  tube  très-mince  qui  brille 
comme  de  l’argent.  Le  professeur  Landerer  a constaté  qu’il  se 
compose  d’une  substance  vitreuse  qui  contient  du  plomb  {hlei~ 
haltig).  Selon  le  professeur  Landerer,  cette  découverte  prouve 
que  les  anciens  Mycéniens  connaissaient  l’art  de  colorer  le  verre 
et  celui  de  revêtir  un  premier  tube  de  verre  d’un  second  et  d’un 
troisième  tube  b II  m’assure  que  l’analyse  du  verre  égyptien  a 
donné  le  même  résultat,  et  il  suppose  que  l’art  de  fabriquer  des 
verres  de  cobalt  venait  d’Égypte.  Il  ajoute  que,  de  nos  jours,  tous 
les  verres  bleus  sont  également  des  verres  de  cobalt.  Tous  ces 
cylindres  et  tous  ces  objets  carrés,  formés  de  quatre  cylindres, 
doivent  avoir  servi  à parer  les  morts. 

L’art  de  fabriquer  le  verre  était  évidemment  dans  l’enfance  au 
temps  où  ces  tombeaux  furent  construits;  mais  il  semble  qu’il 
n’ait  pas  fait  de  progrès  dans  le  pays,  car,  excepté  quelques  perles 
blanches  en  verre  et  quelques  petits  ornements  d’une  pâte  de 
verre,  on  n’a  trouvé  aucun  objet  en  verre,  même  dans  les  couches 
supérieures  ; et  il  paraît  certain  qu’au  moment  de  la  prise  de 
Mycènes  par  les  Argiens  (468  av.  J. -G.),  les  petites  bouteilles  de 
verre,  que  l’on  trouve  souvent  ailleurs,  étaient  encore  complète- 
ment inconnues. 

J’ai  recueilli  aussi  une  grande  quantité  de  couteaux  en  obsi- 
dienne ; — de  nombreux  fragments  d’un  grand  vase  d’argent  avec 
un  orifice  richement  doré  et  décoré  de  magnifiques  intailles; 
malheureusement  il  avait  trop  souffert  du  feu  du  bûcher  pour 
qu’on  pût  le  photographier.  Il  paraît  que  les  artistes  mycéniens 
trouvaient  beaucoup  plus  lacile  de  plaquer  l’or  sur  le  cuivre  que 


"^1.  Ce  procédé  s’appelle  en  allemand  Umfangsmelhode. 


238 


LE  SECOND  TOMBEAU. 


sur  l’argent;  voilà  pourquoi  ils  ont  fait  l’orifice  de  ce  vase  en 
cuivre;  — un  grand  couteau  rouillé  en  bronze,  et  un  autre  plus 
petit;  — une  tasse  d’argent  ((pjaXvj)  avec  une  seule  anse,  très- 
endommagée  par  le  feu  ; — quatre  perles  pour  collier,  de  forme 
oblongue  et  percées  ; deux  sont  en  agate  et  deux  d’une  compo- 
sition de  verre  ; — une  anse  de  vase  en  bronze  ; — deux  idoles 
de  Hèra,  en  terre  cuite,  avec  des  cornes,  du  type  ordinaire;  — et 
enfin  beaucoup  de  fragments  d’une  belle  poterie  façonnée  à la 
main  et  d’une  autre  très-ancienne.  Parmi  ces  fragments,  il  y 
avait  un  morceau  de  vase  avec  deux  trous  tubulaires  de  chaque 
côté,  pour  qu’on  pût  le  suspendre  par  une  attache,  comme  les 
vases  de  la  plus  ancienne  des  cités  préhistoriques  d’Ilionb  II 
y a aussi  des  fragments  de  trépieds  en  terre  cuite,  comme 
j’en  ai  trouvé  beaucoup  à Troie  mais  très-peu  à Mycènes,  où 
presque  tous  les  vases  ont  le  fond  plat.  J’ai  trouvé  aussi,  dans 
ce  tombeau,  un  fragment  de  vase  décoré  d’un  signe,  qui  n’est 
autre  qu’un  dont  les  quatre  branches  ont  été  converties  en 
spirales. 

Les  objets  les  plus  importants  trouvés  dans  ce  tombeau  sont 
certainement  les  deux  idoles  de  Hèra , avec  des  cornes , men- 
tionnées ci-dessus,  parce  qu’elles  nous  prouvent  que  dans  l’an- 
tiquité reculée  à laquelle  remonte  ce  tombeau  la  déesse  était 
déjà  adorée  sous  cette  forme.  Gomme  le  même  type  absolument 
se  retrouve  dans  toutes  les  couches  de  ruines  préhistoriques,  et 
même  dans  les  décombres  des  maisons  qui  ont  immédiatement 
précédé  la  dernière  cité  hellénique,  il  paraît  certain  qu’il  était 
encore  usité  au  temps  de  la  prise  de  Mycènes  par  les  Argiens 
(468  av.  J. -G.),  et  que,  par  conséquent,  il  n’avait  subi  aucune 
altération  pendant  une  période  de  plus  de  mille  ans.  Il  est  vrai 
que,  dans  toutes  les  couches  préhistoriques  de  décombres  qui 
recouvrent  les  tombes,  on  trouve  aussi  des  idoles  féminines  d’un 
type  différent,  qu’il  est  impossible  cependant  de  ne  pas  attribuer 
à Hèra;  mais,  comme  le  nombre  en  est  trop  restreint  en  compa- 

1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  trotjennes,  pl.  105,  n°  2312. 

2.  Ibii,,  pl.  74,  1609  et  1613,  et  pl.  79,  1671-1672. 


TERRES  CUITES  FAITES  AU  TOUR. 


239 


raison  de  celui  des  idoles  à cornes,  on  peut  être  sûr  que  Tidole  à 
cornes  était  la  plus  ancienne  et  que  les  Mycéniens  s’attachèrent 
obstinément  à cette  forme. 

Les  plus  remarquables  des  terres  cuites  faites  au  tour  que  j’aie 
trouvées  dans  cette  tombe  représentent  des  oiseaux  dont  il  ne 
reste  que  la  partie  inférieure  ; ces  oiseaux  sont  peints  en  noir 


Fig.  232,  233.  — Fragment  d’un  vase  très-ancien,  fait  au  tour.  Deuxième  tombeau. 
Au  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 


j sur  un  fond  jaune  clair.  J’ai  trouvé  en  outre  deux  fragments 
I d’un  vase  façonné  à la  main  : ils  appartiennent  à la  partie  snpé- 
1 Heure  de  la  panse  du  vase  et  sont  ornés  de  deux  mamelles  de 
1 femme  ; — un  fragment  assez  important  d’un  vase  très-ancien,  fait 
I au  tour,  décoré,  sur  un  fond  jaune  clair,  d’une  belle  ornementa- 
!.  tion  de  fantaisie,  qui  se  compose  de  plantes,  de  cercles  ou  de 
i lignes  ondulées,  et  qui  est  peinte  en  rouge  foncé  (tig.  23"2,  233L 
< Dans  le  dessin  de  ces  plantes  l’on  reconnaît  encore  la  passion 
* de  l’artiste  mycénien  pour  la  forme  spirale. 


i 


240 


LE  SECOND  TOMBEAU. 


Ces  deux  fragments  sont  de  véritables  pièces  justificatives  pour 
la  communication  que  M.  Ch.  T.  Newton  a faite  le  9 juin  devant 
l’Institut  royal  de  Londres  : ((  Il  y a dans  les  décorations  de  fleurs 
des  vases  mycéniens  une  telle  liberté,  une  telle  indépendance,  une 
fécondité  qui  se  prodigue  avec  tant  de  caprice,  qu’on  y reconnaît 
la  facilité  de  main  acquise  par  une  longue  pratique.  Quant  au 
dessin  des  animaux,  le  mouvement  en  est  gauche  et  contraint; 
l’artiste,  le  plus  souvent,  ignore  l’anatomie  ou  la  rend  avec  la 
dernière  faiblesse.  Les  dessins  de  fleurs  et  d’animaux  semblent 
être  le  résultat  d’impressions  naturelles  assez  vives  pour  éveiller 
la  faculté  d’imitation  dans  un  esprit  inculte  ; mais  la  main  inex- 
périmentée a été  incapable  de  faire  de  ces  reproductions  des  images 
fidèles  à la  nature.  » 

J’ai  trouvé  aussi  cinq  fragments  de  vases  très-anciens,  faits  au 
tour,  dont  l’ornementation,  avec  des  couleurs  pareilles,  consiste 
en  réseaux,  en  lignes  ondulées,  plantes,  lignes  de  points,  etc.,  et 
enfin  quelques  fragments  de  vases  très-anciens  faits  au  tour.  Six 
de  ces  fragments,  qui  appartiennent  évidemment  au  même  vase, 
présentent,  sur  un  fond  rouge  clair,  une  ornementation  de  croix 
cantonnées  de  quatre  points.  Un  de  ces  fragments  se  termine  en 
une  pointe  qui  est  percée  d’un  trou  ; peut-être  s’en  servait-on 
comme  d’une  sorte  d’enlonnoir.  Sur  un  autre  de  ces  fragments 
on  trouve  la  plus  curieuse  de  toutes  les  décorations  ; à la  partie 
supérieure,  on  voit  un  objet  qui  a pu,  dans  l’intention  de  l’artiste, 
représenter  une  tête  de  serpent;  à droite,  il  y a un  cercle  entouré 
de  points,  et  au  centre  de  ce  cercle,  un  croissant  accompagné 
de  six  points  ; à gauche , il  y a un  autre  cercle  accompagné 
de  points,  à l’intérieur  et  à l’extérieur. 

Encouragé  par  l’heureux  résultat  des  fouilles  pratiquées  dans  le 
second  tombeau,  j’ai  fait  enlever  les  deux  grandes  stèles  non 
sculptées  de  la  troisième  ligue,  qui  étaient  presque  exactement  au 
sud  des  précédentes.  L’une  de  ces  stèles  a 6 pieds  4 pouces  (I“,90) 
de  long  et  4 pieds  (U%^20)  de  large  ; l’autre  a 4 pieds  10  pouces 
(l'”,45)  de  long  sur  4 pieds  4 pouces  (1“,30)  de  large.  Elles  étaient 
si  bien  consolidées  par  des  blocs  carrés,  qu’il  a fallu  les  plus  grands 


OBJETS  Ei\  IVOIRE. 


^2il 

elTorts  pour  les  arracher.  Ces  stèles  étaient  à 13  pieds  4 pouces 
(4  mètres) au-dessous  de  la  surface  du  sol,  en  l’état  où  je  l’ai  trouvé 
quand  j’ai  commencé  mes  fouilles.  A 2 pieds  au-dessous  d’elles, 
par  conséquent  à 15  pieds  4 pouces  (4'”, 60)  au-dessous  de  la  sur- 
face primitive,  j’ai  trouvé  deux  grandes  dalles,  en  forme  de  monu- 


Fig.  234.  — Plan  des  pierres  sépulcrales  trouvées  au-dessus  du  troisième  tombeau. 
{Ft  = pied  anglais.  — Inch  = pouce.) 


ments  funéraires,  couchées  horizontalement.  5 pieds  (i“,50)  plus 
bas,  j’ai  trouvé  trois  autres  dalles,  dont  deux  debout  et  une  couchée 
horizontalement,  comme  on  le  voit  dans  le  dessin  (fig.  ^34). 

Le  sol  se  composait  d’une  terre  noire,  mélangée  de  fragments 
d’une  poterie  faite  à la  main  et  d’une  autre  poterie  très-ancienne 
fabriquée  autour,  ainsi  que  d’une  grande  quantité  de  petits  cou- 
teaux d’obsidienne.  Outre  quelques  idoles  de  Hèra,  j’ai  trouvé  en 
cet  endroit  un  objet  rond  en  ivoire  massif,  de 
I pouce  (0’%025)  de  diamètre,  en  forme  de 
ruche  ; la  face  inférieure,  qui  est  plate,  est  per- 
cée d’un  trou  tubulaire  destiné  à passer  un  fd 
pour  suspendre  l’objet  ; sur  la  partie  convexe  ou 
globulaire  est  gravée  une  croix,  ornée  de  cinq 
petits  clous  d’or  h tète  plate;  chacun  de  ces 
clous  a la  tète  percée  d’un  petit  trou  au  centre  (tîg.  ^235)  : 
— - un  objet  en  ivoire  de  10  pouces  (0'",125)  de  long  sur  2 (0“,05) 
de  large,  orné  de  spirales  très-élégamment  sculptées  (tig.  222)‘  ; 
cet  objet  semble  provenir  d’une  boite  ; — deux  morceaux 


l.  Voyez  la  vigaclle  qui  est  eu  tclc  de  ce  chapitre, 
MYCÈNES. 


ir. 


242 


JÆ  TROISIÈME  TOMBEAU. 


de  bois  d’un  beau  poli  avee  des  pointes  aiguës,  très-semblables 
d’ailleurs  à des  cônes  longs  et  minces. 

En  creusant  plus  profondément,  je  constatai  qu’à  une  distance 
de  33  pieds  (10  mètres)  à partir  du  côté  est  de  l’enceinte  circulaire 
de  l’agora,  le  rocber  descend  brusquement,  sous  un  angle  de 
30  degrés,  sur  uu  espace  de  30  pieds  (9  mètres)  de  long  et  de 
large,  la  hauteur  perpendiculaire  de  la  pente  étant  de  16  pieds  l 
(4’%95).  Plus  à l’ouest,  le  rocber  forme  une  plate-forme  de  30  pieds 
(9  mètres)  de  long  sur  30  pieds  (9  mètres)  de  large,  dans  laquelle 
il  y a deux  tombeaux.  Je  décrirai  d’abord  le  plus  petit,  parce  que 
les  deux  stèles  dont  j’ai  parlé  plus  haut  étaient  juste  au-dessus  de 
l’ouverture,  à une  hauteur  de  16  pieds  2 (4'",95).  Ce  tombeau, 
désigné  dans  le  plan  B par  la  figure  3,  a 16  pieds  8 pouces 
(5 mètres)  de  long  sur  10  pieds  2 pouces  (3’", 05)  de  large  ; il  est 
taillé  dans  le  roc  à une  profondeur  de  2 pieds  4 pouces  (0“,70)  du 
côté  ouest,  de  3 pieds  4 pouces  (1  mètre)  du  côté  sud,  de  7 pieds 
(2™,  10)  du  côté  est,  et  de  5 pieds  (P", 50)  du  côté  nord*.  Si  ces 
profondeurs  varient,  c’est  que  le  rocher  est  en  pente  et  que  la  sur- 
face en  est  inégale,  car,  comme  on  le  pense  bien,  le  fond  même  du 
tombeau  est  parfaitement  horizontal.  A 9 pieds  (2™, 70)  environ  et 
juste  au-dessus  de  l’ouverture  de  ce  tombeau,  j’ai  trouvé  sur  la 
pente  du  rocher,  à une  profondeur  de  M pieds  (6'", 30)  au-dessous 
delà  surface  primitive  du  sol,  plusieurs  squelettes  humains;  on 
voyait  clairement  qu’ils  n’avaient  pas  été  brûlés  sur  le  bûcher  fu- 
néraire, mais  l’humidité  les  avait  tellement  détériorés,  qu’il  a été 
impossible  de  recueillir  aucuu  des  crânes  en  entier.  Les  seuls  objets 
(|ue  j’aie  trouvés  avec  ces  squelettes  sont  des  couteaux  d’obsidienne 
et  cinq  vases  modelés  à la  main,  d’un  travail  assez  soigné.  Deux 
de  ces  vases  sont  d’un  jaune  clair  tout  uni;  les  trois  autres  sont 
d’un  vert  clair,  avec  une  grossière  décoration  de  couleur  noire 
(fig.  ^236,  237). 

Immédiatement  au  nord  du  tombeau  en  question,  par  consé- 
quent au  centre  de  l’agora,  j’ai  découvert  le  rocher  déjà  mentionné 


1.  Voyez  le  plan  BP*. 


HOCHER  AU  CENTRE  DE  L’AGORA. 


m 


qui  est  en  saillie  sur  l’esplanade,  et  qui  pourrait  avoir  servi  de 
plate-forme  ou  tribune  (j3-^p.a)  pour  les  orateurs.  Il  avait  été  fendu 
et  surplombait  le  grand  creux  où  sont  les  deux  dernières  tombes 
dont  j’ai  parlé.  Au-dessous  de  ce  rocher,  à 22  pieds  (6™, 60)  au-des- 
sous de  la  surface,  on  a trouvé  beaucoup  d’idoles  de  Hèra,  de 
fusaïoles  et  d’autres  objets,  par  exemple  une  espèce  de  poignard 
très-curieux  (fig  238)  ; ce  poignard  est  formé  de  deux  lames  dis- 
tinctes, chacune  à deux  tranchan  ts,  soudées  selon  la  ligne  médiane, 
de  telle  sorte  que  les  deux  tranchants  de  chaque  côté  sont  séparés 


Fig.  236,  237.  — Vases  de  terre  cuite,  modelés  à la  main.  — A 20  [deds  (G  met.)  de  profondeur. 
A la  moitié'  de  la  grandeur  réelle. 


par  un  vide  d’un  quart  de  pouce  de  largeur.  On  se  demande  si 
l’entre-deux  des  lames  n’aurait  pas  servi  à mettre  du  poison  pour 
rendre  la  blessure  mortelle. 

Les  deux  lames  ont  chacune  10  pouces  (O*", 25)  de  long;  le  poi- 
gnard, y compris  le  manche,  a 13  pouces  (0™, 325).  Le  manche  était 
évidemment  revêtu  d’une  garniture  de  bois  ou  d’os,  fixée  par  trois 
petits  clous  de  bronze  qui  subsistent  encore. 

Comme  l’un  des  rochers  qui  surplombent  me  semblait  particu- 
lièrement dangereux,  je  faisais  mon  possible  pour  en  éloigner  mes 
travailleurs.  Cependant,  comme  j’ai  l’habitude,  afin  de  rendre  mes 
travailleurs  très-attentifs,  de  leur  donner  une  petite  gratification 
pour  tous  les  objets,  même  les  plus  insignifiants,  qui  pourraient 
offrir  un  intérêt  quelconque  pour  la  science,  et  comme  on  trouvait 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


nï 

une  quantité  de  petits  objets  sous  le  rocher  dangereux,  deux  de 
mes  hommes  y retournaient  continuellement.  Voyant  que  le  rocher 
avait  une  fente  et  que  cette  fente  s’élargissait,  je  fus  littéralement 
obligé  d’arrcxher  ces  deux  hommes  à leur  posi- 
tion périlleuse  ; tout  à coup  le  rocher  s’écroula 
avec  un  fracas  de  tonnerre  ; nous  fûmes  ren- 
versés tous  les  trois  par  des  éclats,  mais 
aucun  de  nous  ne  fut  blessé.  ^ 

Les  quatre  parois  du  tombeau  qui  nous 
occupe  étaient  revêtues  de  morceaux  de  schiste 
de  dimensions  irrégulières,  joints  avec  de 
l’argile  et  formant  un  mur  en  biais  de  5 pieds 
(i™,50)  de  hauteur  et  de  2 pieds  3 pouces 
(0™,675)  d’épaisseur. 

J’ai  trouvé  dans  ce  tombeau  les  restes  mor- 
tels de  trois  personnes,  qui,  à en  juger  par  la 
petitesse  des  os  et  particulièrement  des  dents, 
et  par  la  quantité  de  bijoux  féminins  trouvés 
sur  place,  ne  peuvent  avoir  appartenu  qu’à  des 
femmes.  Gomme  les  dents  de  l’un  de  ces  corps, 
quoique  bien  conservées,  étaient  très-usées  et 
très-irrégulières,  il  y a lieu  de  croire  que  le 
corps  était  celui  d’une  très-vieille  femme.  Les 
trois  corps  avaient  la  tête  tournée  vers  l’est  et 
les  pieds  vers  l’ouest.  Comme  dans  le  second 
l’ic.  238.  — Gland  poignard  tombeau,  les  corps  étaient  couchés  à 3 pieds 

do  brtmze,  composé  de  deux  ^ , , 

lames  distii.cics,  sendées  1 uu  dc  l’autre.  lls  étaiciit  recouverts  d’une 

cnlrc  clics  selon  la  igne  i i «n 

médiane  (à  G">,50).  A»  couctie  dc  cailloux,  et  reposaioiit  sui’ uiie  autix 

Tur  réciim^  couche  de  pierres  pareilles,  sur  laquelle  les 

bûchers  funéraires  avaient  été  dressés.  Cette 
dernière  couche  reposait  sur  le  fond  même  du  tombeau,  qui, 
comme  on  le  voit  sur  le  plan  BB,  était  à une  profondeur  de  29  pieds 
8 pouces  (8"‘,90)  au-dessous  de  la  surface  primitive  du  sol. 

Absolument  comme  dans  le  précédent  tombeau,  les  trois  corps 
avaient  été  brûlés  en  même  temps,  mais  séparément  et  à égale  dis- 


SEPT  CENTS  PLAQUES  D'OP. 


215 


tance  l’nn  de  l’autre,  à la  place  même  où  ils  furent  trouvés.  Cette 
aftirmation  est  prouvée  par  les  traces  visibles  du  feu  sur  les  cailloux, 
au-dessous  et  autour  de  chacun  des  corps,  par  les  traces  du  feu  et 
de  la  fumée  sur  les  murs  à droite  et  à gauche,  et  par  la  quantité 
de  cendres  de  bois  qui  couvrent  les  corps  et  le  terrain  qui  les  avoi- 
sine. Les  corps  étaient  littéralement  chargés  de  bijoux,  qui  tous 
portaient  la  marque  visible  du  feu  et  de  la  fumée  dont  ils  avaient 
eu  à subir  les  atteintes  sur  les  bûchers  funéraires. 

Les  ornements  les  plus  nombreux  trouvés  en  cet  endroit  étaient 
de  grandes  plaques  d’or  rondes,  avec  d’élégantes  décorations  au 
repoussé.  J’en  ai  recueilli  sept  cent  une.  Je  les  ai  trouvées  en 
partie  sous  les  corps,  en  partie  dessus  et  en  partie  à côté.  Il  est 
donc  bien  évident  que  l’on  avait  répandu  les  unes  sur  le  fond  du 
tombeau  avant  d’y  dresser  les  bûchers,  et  que  l’on  avait  déposé 
les  autres  sur  les  corps  avant  d’allumer  le  feu.  Dans  les  gravures 
suivantes  ^ je  reproduis  tous  les  types  différents  de  ces  admirables 
plaques.  Il  est  difficile  de  dire  comment  les  orfèvres  mycéniens 
exécutaient  le  repoussé.  Le  professeur  Landerer  pense  qu’ils  éten- 
daient la  feuille  d’or  sur  une  masse  de  plomb  et  qu’ils  y produi- 
saient l’ornementation  par  le  travail  du  marteau  et  la  pression.  La 
figure  239  présente  de  larges  méandres  arrondis  qui  ressemblent 
beaucoup  à ceux  de  la  quatrième  stèle  sculptée  ^ La  curieuse 
ornementation  du  centre,  qui  est  fréquemment  répétée  sur  ces 
plaques,  me  semble  dérivée  du  d’autant  plus  qu’on  y 
retrouve  presque  toujours  les  points  qui  sont  censés  représenter 
j les  têtes  des  clous  ; l’artiste  a simplement  ajouté  deux  branches 
■ nouvelles  et  a transformé  toutes  les  branches  en  spirales.  La 
I figure  240  représente  une  seiche  {oclopiis)  dont  les  huit  bras  ont  été 
1 transformés  en  spirales;  on  distingue  nettement  la  tête  et  les  deux 
' yeux.  La  figure  241  représente  une  ffeur  ; la  figure  242,  une  magni- 
fique ornementation  spirale;  la  figure  243,  un  beau  papillon.  C’est 
un  sujet  qui  revient  fréquemment.  Le  papillon  est-il  ici,  comme 

1.  Toutes  ces  plaques  sont  reproduites  dans  leurs  dimensions  rebelles. 

2.  Voyez  la  figure  112. 


1 


2i6 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


dans  Fart  grec  postérieur,  un  symbole  de  l’immortalité? Ce  rap- 


FiG.  239.  — Flaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


Fig.  240.  --  Plaque  d’or  : une  seiche.  Troisième  tombeau. 


prochement,  qui  m’est  suggéré  par  M.  Ch.  T.  Newton,  soulève  une 
question  que  je  n’ose  pas  trancher. 


PLAQUES  D’OR. 


247 


L'a  figure  ^44  offre  une  curieuse  ornementation  de  spirales  affec- 


Fig,  2U,  — Plaque  d’or:  une  fleur.  Troisième  tombeau. 


Fig.  242.  — Plaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


tant  la  forme  de  six  serpents  disposés  symétriquement  autour  d’un 
cercle  central. 


2.1S  LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 

Dans  la  figure  ^45,  nous  retrouvons  encore  rornementation  de  la 


Fig.  243.  — Plaque  d’or;  un  papillon.  Troisième  tombeau. 


Fig.  244.  — Plaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


stèle  funéraire  de  la  figure  i4‘2.  Nous  Favions  déjà  revue  dans 
la  plaque  de  la  figure  239,  qui  ressemble  beaucoup  à celle-ci.  La 


PLAQUES  D’OR.  249 

fioure  246  est  d’un  dessin  très-curieux.  A l’intérieur  d’une  large 


Fig.  2i5.  — Plaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


Fig.  246.  — Plaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


bordure  circulaire  courent  six  spirales  d’un  très-beau  fini  ; chacune 
d’elles  s’enroule  autour  de  sept  cercles  concentriques;  elles  se 


250  LE  TROISIÈME  TOMREAU. 

réunissent  toutes  autour  d’un  ornement  central  composé  également 


r 


[_  Fig.  247.  — Pla(iiic  d’or  : feuille.  Troisième  tombeau. 


Fig.  248.  — Plaque  d’or;  feuille.  Troisième  tombeau. 

de  sept  cercles  concentriques,  que  l’artiste  semble  avoir  vainement 
essayé  de  l'attacher  à la  partie  supérieure.  Chacune  des  spirales, 


PLAQÜt:S  D’OK. 


251 


prise  a part,  ressemble  beaucoup  à nos  ressorts  de  montres,  du 


Fig.  2i9.  — Plaque  d’or;  feuille.  ïroisièinc  louibeau 


Fig,  250.  — Plaque  d’or  : feuille.  Troisième  tombeau. 


moins  à première  vue;  mais,  (piand  on  y regarde  de  plus  près,  on 
voit  que  toutes  les  lignes  intérieures  forment  des  cercles  séparés. 


252 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


Les  figures  247-250  représentent  de  belles  feuilles  dont  les  types 


Fig.  251.  — Plaque  d’or:  aster.  Troisième  tombeau. 


Fig.  252.  Plaque  d’or.  Troisième  tombeau. 


ont  beaucoup  d’analogie  entre  eux.  La  figure  251  représente  un 
bel  aster.  La  figure  252  offre,  dans  une  bordure  de  trois  cercles, 


HERCULE  ET  LE  LION  DE  NÉMÉE. 


253 


une  magnifique  ornementation  de  spirales  et  de  cercles  concen- 
triques, comme  nous  n’en  avons  pas  encore  rencontré  sur  les 
antiquités  my c é n i e un e s . 

Je  suppose  que  toutes  ces  feuilles  d’or  sont  des  copies  de  bou- 
cliers en  miniature.  Quoique  dans  certains  boucliers  le  centre  se 
relevât  en  bosse  \ la  plupart  cependant  présentaient  une  surface 
plane  (sÎjyî) ; en  outre,  la  plupart  des  boucliers  étaient  ronds 
(câV.oxXo$)%et  beaucoup,  sinon  tous,  étaient  des  œuvres  d’art  et  pré- 
sentaient une  magnifique  ornementation \ Enfin,  nous  trouvons 
sur  les  boucliers  homériques  une  bordure  (aviuS)  qui  a pu  être 
quelquefois  simple,  mais  qui  d’ordinaire  était  triple^  ; justement 
nous  rencontrons  une  bordure  du  même  genre  autour  des  plaques 
d’or  mycéniennes. 

En  continuant  à décrire  l’énorme  quantité  d’autres  joyaux  qui 
ont  recouvert  les  corps  sur  les  bûchers,  et  qui  étaient  encore  en 
partie  sur  les  squelettes,  en  partie  sur  le  sol  autour  d’eux,  je  com- 
mence par  trois  coulants  d’or  massif,  percés  de  trous,  ornés  d’in- 
tailles et  ayant  fait  partie  d’un  ou  de  plusieurs  colliers.  Sur  le  pre- 
mier (fig.  ^53)  on  voit,  à ce  qu’il  semble.  Hercule  tuant  le  lion 
de  Némée.  Le  héros ‘est  représenté  avec  une  longue  chevelure 
{y.7.prr/.GiJ.rÿx)v)  et  avec  une  longue  barbe;  son  vêtement  semble  ne  le 
couvrir  que  depuis  la  ceinture  jusqu’au  bas  des  cuisses,  et  l’on  dirait 
que  le  reste  du  corps  est  nu.  La  jambe  gauche  en  avant,  il  s’appuie 
de  tout  son  poids  sur  elle  pour  frapper  le  lion  à mort,  avec  une  épée 
qu’il  brandit  dans  sa  main  droite,  levée  à la  hauteur  de  sa  tête, 
tandis  que  de  sa  main  gauche  il  saisit  le  lion  à la  gorge.  Le  lion  se 
dresse  devant  lui  sur  ses  pattes  de  derrière;  il  a saisi  entre  ses  griffes 
la  jambe  gauche  du  héros,  et,  au  moment  où  il  se  dispose  à lui  moi’- 

1.  Iliade,  XXII,  III,  àô-Trtoa  o[ji,cpaA6£a(7av.  Cf.  Allas  des  AnliquUes  troijennes,  pl.  lUS. 

2.  lbid.,l[[,  357  ; VII,  '25Ü;  et  beaucoup  d’autres  passages. 

3.  Ibid.,  XIII,  715;  XIV,  -i‘28  ; et  autres  passages. 

i.  Ibid.,  XI,  3“2  : 

’Av  o’  (]v,  TToX'joatoaAov  àaTiioa  OoOptv. 

« Alors  il  prit  le  solide  bouclier,  lait  de  la  main  d’un  habile  artiste,  et  destiné  à couvrir 
l’bomme.  » Voyez  aussi  les  merveilles  dont  llépliaïstos  orna  le  bouclier  d’Achille,  IL.  XVIII 
4G8-G08. 

0,  Voyez,  par  exemple,  IL,  XX,  275,  et  XVIII,  180. 


254 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


dre  la  poitrine,  il  reçoit  le  coup  mortel.  Je  trouve  le  corps  du  lion 
conforme  à la  nature  ; il  n’en  est  pas  de  même  de  sa  tête,  qui  res- 
semble plutôt  à une  tête  d’ours  ; la  crinière  est  gravée  avec  un  talent 
réel.  J’appelle  l’attention  du  lecteur  sur  le  gros  pommeau  rond 
qui  termine  la  garde  de  l’épée,  mais  qui  n’a  malheureusement  pas 
été  représenté  dans  la  gravure;  dans  les  autres  tombes  que  je  vais 
décrire,  j’ai  recueilli  beaucoup  de  pommeaux  semblables,  en  albâtre 
ou  en  bois  avec  des  clous  d’or,  ou  bien,  souvent,  plaqués  en  or. 

L’intaille  du  coulant  suivant  (fig.  254),  qui  est  plus  petit, 
représente  deux  guerriers  engagés  dans  un  combat  à mort.  Celui 
qui  se  présente  à la  gauche  du  spectateur  est  un  homme  jeune. 


Fig.  253,  254,  255,  — Coulants  en  or  perforés,  décorés  d’intailles.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

grand  et  vigoureux;  il  ne  porte  point  de  barbe  et  il  a la  tête  nue  ; ses 
cuisses  seulement  sont  recouvertes  d’une  draperie  ; le  reste  du  corps 
est  nu.  Il  pèse  de  tout  le  poids  de  son  corps  sur  sa  jambe  gauche 
portée  en  avant;  avec  sa  main  droite  levée  au-dessus  de  sa  tête,  il 
vient  de  plonger  son  épée  à double  tranchant  dans  la  gorge  de  son 
adversaire,  qui  tombe,  mortellement  blessé.  L’adversaire  est  repré- 
senté avec  une  longue  barbe.  Sa  tête  est  couverte  d’un  casque,  au- 
dessus  duquel  nous  voyons  un  demi-cercle;  ce  demi-cercle  semble 
être  fixé  à la  partie  antérieure  du  casque  et  représenterait  alors 
cette  longue  corne  recourbée  qui,  comme  nous  l’avons  vu,  sort  de 
la  partie  antérieure  du  casque  des  cinq  guerriers  (fig.  213).  La 
corne  ici  paraît  n’être  autre  chose  qu’un  Idcpog,  dans  lequel  était 
implantée  la  crinière,  qu’il  me  semble  bien  apercevoir  aussi.  En 
admettant  que  cette  conjecture  soit  erronée,  nous  ne  pourrions  expli- 
quer le  demi-cercle  au-dessus  du  casque  de  ce  guerrier  qu’en  sup- 
posant que  le  milieu  de  la  crinière  était  fixé  sur  le  sommet  du  «paXog 
du  casque,  de  sorte  qu’il  y aurait  en  réalité  deux  crinières  flottantes. 

Le  corps  de  l’homme  blessé  est  protégé  par  un  bouclier  rond  sur 


ACHIIJ.E  ET  IIECÏOU. 


!255 


lequel  on  voit  un  cercle  de  petits  points,  destinés  sans  doute  à figu- 
rer féclat  du  cuivre.  Le  bouclier  se  trouvant  divisé  eu  deux  parties, 
ruue  supérieure,  l’autre  inférieure  ; il  se  peut  aussi  que  l’artiste  ait 
voulu  représenter  deux  boucliers,  le  bouclier  inférieur  étant  celui 
du  blessé,  qui  vient  de  le  laisser  tomber,  et  le  bouclier  supérieur 
celui  du  vainqueur,  qui  le  tient  encore  de  la  main  gauche.  L’ana- 
tomie des  guerriers  est  facile  à saisir  malgré  sa  rudesse;  quoi  qu’il 
en  soit,  nous  ne  pouvons  décidémentconcevoir  qu’on  ait  exécuté  de 
pareils  travaux  sans  le  secours  de  la  loupe.  Je  me  demande  si  nous 
n’avons  pas  ici  sous  les  yeux,  dans  la  personne  de  cet  homme  jeune, 
beau  et  vigoureux,  Achille,  le  plus  beau  guerrier  de  toute  l’armée 
grecque,  et  son  antagoniste,  «’Hector  au  panache  ondoyant^;  )) 
car,  conformément  à ce  que  nous  voyons  représenté  sur  ce  bijou, 
Achille  tua  Hector  d’un  coup  à la  gorge.  Homère,  il  est  vrai,  dit 
que  le  coup  fut  porté,  avec  une  lance mais  l’artiste  peut  avoir 
substitué  l’épée  à la  lance,  parce  qu’il  n’avait  pas  assez  d’espace. 

Le  troisième  coulant  (fig.  255)  représente  en  intaille  bien 
gravée  un  lion  qui  est  tombé  à genoux  sur  une  pente  rugueuse  et 
rocailleuse,  et  qui  tourne  la  tête. à droite;  il  semble  mortellement 
blessé  d’une  flèche,  que  nous  reconnaissons  dans  son  omoplate 
droite.  Sans  doute,  cette  intaille,  comme  les  deux  autres,  est  d’un 
style  archaïque  et  rude,  mais  le  travail  n’en  est  pas  mauvais,  et 
l’anatomie  de  l’animal  a été  étudiée  avec  soin.  M.  Achille  Posto- 
laccas  me  fait  observer  que  le  style  de  ce  lion  rappelle  celui  de 
la  partie  antérieure  du  lion  qui  est  sur  les  statères  d’or  de  Sardes, 
en  Lydie,  attribués  par  Borrel  à Grésus  (560  av.  J. -G.). 

La  figure  256  représente  un  papillon  d’or,  qui  a du  servir  d’or- 
nement pour  la  toilette;  mais,  comme  il  n’a  pas  de  trou,  je  ne 
comprends  pas  bien  comment  on  a pu  le  fixer  : peut-être  a-t-il 
été  fixé  avec  une  colle  ou  une  pâte  sur  la  draperie.  J’ai  trouvé 
encore  dix  sauterelles^  eu  or  avec  des  chaînes,  semblables  aux  deux 

1.  xop’jOaioAoç  "E'/Twp.  Cf.  Troij  and  its  Remains,  p.  281. 

2.  Iliade,  XXII,  320, 

3.  Plus  proprement  la  sauterelle  des  arbres  (xhxil,  lat.  cicada,  it.  cigala,  fr.  cigale);  c’est 
celle  dont  l’image  en  or  parait  la  chevelure  des  Athéniens,  pour  montrer  qu'ils  étaient  antocli- 
thones.  C’était  probablement  le  signe  symbolique  de  la  parenté  des  deux  races,  la  race  achéenne 
et  l’ancienne  race  ionienne. 


I 


256 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


qui  sont  représentées  ici  (fig.  259,  260);  c’étaient,  selon  toute 
apparence,  des  ornements  pour  la  chevelure  ou  pour  la  poitrine. 
J’ai  recueilli  aussi  onze  coulants  très-curieux,  assez  gros  et  en 
forme  de  globes  ; les  figures  257  et  258  en  montrent  deux  exem- 
plaires; tous  ont,  à la  partie  supérieure,  des  trous  tubulaires,  et 
proviennent  évidemment  de  colliers.  Ces  ornements,  comme  les 


256  257  258  259  260 


Fig.  256  à 260.  — Oriienteuls  d’or.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


sauterelles,  sont  au  repoussé  ; ils  se  composent  de  deux  moitiés 
soudées  ensemble;  — trois  griffons  d’or;  la  figure  261  représente 
un  de  ces  griffons  ; chez  ces  griffons,  la  partie  supérieure  du  corps 
est  celle  de  l’aigle,  et  la  partie  inférieure  celle  du  lion  ; ils  ont 
les  ailes  décorées  de  spirales.  Chacun  de  ces  objets  est  percé  de 
trois  trous,  ce  qui  prouve  clairement  qu’on  les  cousait  comme 
ornements  sur  les  draperies.  Les  griffons  sont  des  animaux  fabu- 
leux qui  appartiennent  à l’Inde  ; c’est  de  là  qu’ils  se  sont  répandus 
dans  l’Occident.  Nous  trouvons  le  griffon  sur  les  plus  anciens  vases 
de  terre  cuite  d’un  style  (c  égyptisant  » grossier,  en  compagnie  des 


GRIFFONS  DORÉS. 


-257 


Fig.  261.  — Ornement  d'or.  Griffon. 
Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


sphinx  et  des  lions  ailés.  Cet  animal  fantastique  est  devenu  le 
centre  d’un  curieux  cycle  de  légendes,  car  nous  le  trouvons  déjà 
mentionné  dans  Hésiode,  dans  Hérodote  et  Pausanias,  comme 
gardien  de  l’or  dans  les  contrées  septentrionales  de  l’Europe  h 
Pline  décrit  les  grijplii  comme  ferarum  volucre  gémis  ^ qui  mira 
capidUate  extrait  l’or  ex  cimiculis  et  le 
garde  ; il  les  place  aussi  dans  le  nord 
de  l’Europe,  c’est-à-dire  dans  le  pays 
des  Scythes  Damis  Olear^  affirme  que 
les  griffons  sont  originaires  de  l’Inde, 
et  voici  la  description  qu’il  en  donne  : 

« L’or  que  les  griffons  tirent  de  la  terre, 
ce  sont  des  pierres  incrustées  de  pail- 
lettes d’or  semblables  à des  étincelles  de  feu;  les  griffons  dégagent 
l’or  de  la  pierre,  grâce  à la  puissance  de  leur  bec.  On  trouve  ces 
animaux  dans  l’Inde,  où  ils  sont  consacrés  au  Soleil  ; voilà  pour- 
quoi les  peintres  indiens  représentent  Hélios  traîné  par  un  attelage 
de  quatre  griffons.  Le  griffon  a la  taille  et  la  force  du  lion;  mais 
ses  ailes  lui  donnent  sur  le  lion  un  grand  avantage;  il  vient  à 
bout  même  des  éléphants  et  des  grands  serpents  ; mais  il  ne  peut 
venir  à bout  du  tigre,  auquel  son  agilité  donne  une  grande  supé- 
riorité. » Bôttiger-  explique  que  ces  monstres  ont  pris  naissance 
tout  simplement  dans  la  fabrication  des  tapis  de  l’Inde,  parce  que, 
depuis  la  plus  haute  antiquité,  les  Indiens  se  plaisent  à 
leurs  animaux  sacrés,  c’est-à-dire  à représenter  les  types  de  plu- 
sieurs animaux  dans  un  seul  animal.  Il  paraît  certain  que  le  griffon 
passa  de  l’Inde  en  Grèce  dans  le  cortège  de  Dionysos,  et  qu’il 
devint  pour  cette  raison,  dans  ce  dernier  pays,  le  symbole  de  la 
sagesse  et  des  lumières. 

J’ai  trouvé  encore,  avec  les  trois  corps  du  troisième  tombeau. 


1.  Hérodote,  III,  13,  14;  Pausanias,  I,  xxiv,  5.  Milton  fait  allusion  à cette  légende  (Paradis 
perdu,  livre  III)  ; « Ainsi  quand  le  griffon,  à travers  le  désert,  planant  dans  sa  course  ailée  au- 
dessus  de  la  colline  et  des  marécages  de  la  vallée,  poursuit  l’Arimaspien,  qui  furtivement  avait 
dérobé  l’or  confié  à sa  garde  en  trompant  son  inquiète  vigilance.  » 

2.  Ilist.  nat.,  Vil,  2 ; XXXIII,  4,  21. 

3.  Apud  Philostr.,  Vit.  ApoUon.  Tijau.,  111,  18,  p.  l:U. 

4.  Vasengemülde. 

MYf.ÈNES.  17 


258 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


trois  ornements  en  forme  de  cœurs  ; l’un  de  ces  ornements  est 
reproduit  ici  (iîg.  262).  Gomme  ils  ne  sont  pas  percés,  on  les 
collait  évidemment  sur  la  draperie.  Quatre  autres  ornements 
(fig.  263)  représentent  des  lions  couchés  ; ils  sont  percés  sur 
le  bord,  preuve  qu’on  les  cousait  sur  la  draperie  ou  sur  les 
vêtements.  L’exécution  laisse  beaucoup  à désirer;  cependant  le 
corps,  et  surtout  la  tête,  indique  une  certaine  observation  de  la 

nature.  On  retrouve,  dans  la 
forme  de  la  queue,  la  preuve 
de  la  passion  de  l’artiste  mycé- 
nien pour  les  spirales. 

J’ajouterai  à la  liste  des 
objets  trouvés  sur  les  trois 

Fig.  262,  263.  — Ornements  d’or.  Cœur  et  Lion.  -,  . . , , 

Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle.  COrpS  du  trOlSiomO  tOmboaU 

douze  ornements  en  or;  chacun 
de  ces  ornements  se  compose  de  deux  cerfs  couchés,  avec  de  longues 
cornes  à trois  branches  ; les  cous  de  ces  animaux  s’entre-croisent 
ou  s’appuient  l’un  contre  l’autre,  mais  toujours  de  façon  que 
les  deux  profds  des  têtes  regardent  dans  des  directions  opposées, 
tandis  que  les  cornes  se  touchent  et  que  les  branches  forment, 
par  leur  disposition,  comme  une  espèce  de  couronné.  Les  deux 
cerfs  sont  supportés  par  un  palmier- datier  à trois  feuilles;  la 
feuille  du  milieu  monte  tout  droit,  tandis  que  les  deux  autres 
s’étendent  horizontalement  sous  les  cerfs.  Deux  de  ces  ornements 
à deux  cerfs  étaient  soudés  ensemble,  et,  au  bas,  dans  le  creux 
qui  les  séparait,  était  enfoncée  une  grosse  tige  d’argent,  à canne- 
lures horizontales,  qui  représentait  le  tronc  du  palmier  et  qu’on 
fixait  à l’aide  d’un  petit  clou.  On  voit,  au  bas  de  la  figure  264,  le 
trou  par  où  passait  la  cheville,  et,  dans  la  figure  265,  une  partie 
de  la  tige  d’argent,  avec  ses  cannelures  horizontales,  destinées 
sans  doute  à simuler  les  rugosités  du  tronc  du  palmier.  Nous 
avons  donc  sous  les  yeux  une  belle  broche,  représentant  de  chaque 
côté  deux  cerfs  couchés  sur  un  palmier.  Mais,  comme  cette  broche 
était  assez  lourde,  la  tige  d’argent  était  percée,  comme  nous  le 
voyons  au  bas  de  la  figure  265,  afin  qu’on  pùt  la  fixer  à l’aide 


r.ROCHES  DORÉES,  AVEC  DES  CERFS.  259 

d'un  fil  OU  de  toute  autre  attache.  Deux  de  ces  ornements  avaient 
encore  deux  autres  trous.  En  admettant  qu’il  faille  deux  de  ces 
ornements  pour  faire  une  broche,  il  a été  trouvé  dans  le  troisième 
tombeau  six  broches  représentant  deux  cerfs  de  chaque  côté,  par 


Fig.  264,  265.  — Onieiuents  d’or.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


conséquent  vingt-quatre  cerfs  en  tout  ; — plus  sept  ornements 
d’or  (fig.  266),  représentant  un  palmier,  dont  les  feuilles  sont 
plus  grandes;  sur  ces  feuilles,  deux  lionceaux  sont  accroupis 
face  à face;  ils  lèvent  la  tête,  et  leurs  mufles  se  touchent; 
les  queues  des  lionceaux  forment  des 
spirales  semblables  à celles  que  l’on 
voit  sur  les  ornements  qui  portent 
deux  cerfs.  Les  deux  ornements  dé- 
corés de  lionceaux  étaient  également 
réunis,  soit  par  une  soudure,  soit 
par  de  petits  clous  enfoncés  dans 
les  trous  que  nous  présente  chacun 
d’eux  ; dans  le  creux  du  bas  était 
fixée  une  tige  d’argent  ; de  sorte 
que  cet  ornement,  comme  le  précé- 
dent, servait  de  broche  {nôprcn)  ; — deux  ornements  d’or  (fig.  267 
et  268),  en  forme  de  femmes,  qui  représentent  peut-être  la  déesse 
x\phroditè  ; chaque  femme  a une  colombe  sur  la  tête.  L’une 


!260 


LE  TROISIÈME  TOMREAU. 


(fig.  268)  a,  en  outre,  une  colombe  attachée  à chaque  bras.  Le 
type  des  deux  femmes  est  le  meme;  elles  ont  de  grands  yeux  et  un 
long  nez  pointu,  qui  chez  l’une  s’avance  en  droite  ‘ligne  à partir 
du  front;  toutes  les  deux  portent  un  diadème.  Chacune  d’elles 
a un  trou  dans  la  joue  gauche,  la  seule  qui  soit  visible  ; toutes  les 


Fig.  :267,  268.  — Ornements  d’or.  Femmes  avec  colombes.  Troisième  tombeau.  Grandeur  re'elle, 

deux  ont  les  mains  posées  sur  la  poitrine;  ce  geste  doit  être  symbo- 
lique et  signifier  fécondité  ou  abondance.  Je  ferai  observer  aussi 
combien  l’attitude  de  ces  femmes  rappelle  celle  des  nombreuses 
terres-cuites  de  Chypre,  qui  représentent  des  idoles  d’Aphroditè, 

et  aussi  celle  de  la  statue  connue  sous 
le  nom  de  statue  deNiohé,  sur  le  rocher  de 
Sipylos  ; toutes  portent  leurs  deux  mains 
à leur  sein.  Les  quatre  colombes  sont 
représentées  au  vol,  les  ailes  déployées. 
La  première  femme  (fig.  267)  est  percée 
Fig.  209.  - oriicmcnt  d’or  Tiübième  quatre  trous,  et  SOU  oiseRu  de  deux, 

tombeau.  Grandeur  reelle.  ^ ^ ^ 

qui  servaient  à coudre  l’ornement  sur 
des  étoffes  on  des  draperies.  D’un  autre  côté,  la  femme  aux 
trois  colombes  a été  fixée  évidemment  à un  objet  autre  qu’une 
étoffe  à l’aide  de  deux  petites  épingles  d’or,  dont  on  voit  encore 
les  grosses  tetes,  l’une  entre  les  genoux  de  la  femme,  et  l’autre 
sur  son  ventre  ; — plusieurs  ornements  en  or,  semblables  à la 
figure  269;  l’artiste  a-t-il  voulu  représenter  un  cheval,  un  bippo- 


201 


FEMMES  DOUFÎES,  AVEC  DES  PIGEONS. 

campe  ou  un  chien?  c’est  ce  qu’il  serait  difficile  de  dire  ; — vingt- 
neuf  ornements  en  forme  de  seiches,  pareils  à ceux  que  repré- 
sentent les  figures  270  et  271.  Tous  ces  bijoux  sont  doubles, 
c’est-à-dire  qu’ils  se  composent  de  deux  seiches  soudées  dos  à 
dos.  Il  V a donc  cinquante-huit  seiches  en  tout.  L’orfévre  mycé- 


Fig.  270,  271.  — Deux  seiches  en  or.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


nien,  toujours  préoccupé  d’introduire  partout  les  spirales,  a 
donné  cette  forme  à tous  les  bras  des  seiches,  qui  forment  des 
volutes  très-élégantes.  Quelques-unes  de  ces  seiches,  comme  la 
figure  270,  sont  en  outre  percées  de  quatre  trous  pour  passer  le 
fil  qui  servait  à les  attacher.  Je  ne  puis  absolument  m’expli- 
quer à quel  usage  ces  ornements  pouvaient  être  employés. 
La  figure  272  représente  un  griffon  volant,  en  or.  Comme  celui  de 


Fig.  272.  — Giillbn  volant,  en  oc.  Troisième  lo.nbeiu.  Grandeur  réelle. 


la  figure  261,  il  a le  corps  d’un  lion  avec  la  tête  et  les  ailes  d’un 
aigle,  et  il  est  orné  de  spirales.  N’étant  pas  percé  de  trous,  il  devait 
être  collé  sur  la  draperie. 

Voici  deux  petites  figures  d’or  qui  offrent  le  plus  grand  intérêt  ; 
l’une  est  reproduite  figure  273.  Toutes  les  deux  sont  percées 
de  quatre  trous,  juste  aux  mêmes  endroits;  il  est  probable 
qu’elles  étaient  attachées  dos  à dos.  Elles  se  ressemblent  abso- 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


26'2 

lument.  On  ne  peut  rien  affirmer  de  bien  certain  sur  le  type 
de  ces  figures,  car  il  peut  être  hellénique  tout  aussi  bien 
qu’asiatique.  Rien  non  plus  n’indique  si  elles  représentent  des 
hommes  ou  des  femmes  ; cependant,  la  richesse  de  leur  costume 
pourrait  faire  croire  que  ce  sont  plutôt  des  femmes.  Toutes  les 


deux  ont  les  mains  jointes  sur  la  poitrine, 
comme  Aphroditè  ; mais,  au-dessous  des 
mains,  apparaît  un  objet  en  forme  de 
disque  qui  semble  être  suspendu  au  cou. 
Des  deux  côtés  de  la  poitrine,  aussi  bien 
que  sur  la  jupe,  il  y a un  certain  nombre 
de  raies,  qui  probablement  représentent 
des  rubans  ou  une  passementerie  d’or,  et 
deux  rangées  contenant  chacune  deux  petits 
cercles,  destinés  certainement  à figurer  des 


Fig.  273.  — Ornement  d’or.  Troi- 
sième tombeau.  Grandeur  re'elle. 


boutons  d’or  ornés  d’intailles,  pareils  à ceux  qui  ont  été  trouvés  en 
si  grande  quantité  dans  deux  des  tombeaux,  comme  on  le  verra 
plus  loin. 

J’ai  recueilli,  dans  le  même  tombeau,  huit  ornements  d’or  en 
forme  de  papillons.  La  figure  275  représente  un  de  ces  papillons. 
Les  uns  ont  deux  trous,  les  autres  en  ont  quatre  ; comme  tous  ces 
papillons  ont  même  forme  et  mêmes  dimensions,  je  suppose  qu’ils 
étaient  attachés  par  paires,  avec  de  petits  clous,  et  que  les  bijoux 
ainsi  formés  présentaient  un  papillon  sur  chaque  face.  Cette  sup- 
position semble  être  confirmée  par  ce  fait  que  le  revers  de  chaque 
papillon  est  creux.  Je  pense  qu’il  en  a été  de  même  des  autres 
objets  représentés  ici,  et  qui  ont  été  trouvés  en  double,  sauf  la 
figure  274,  qui  représente  deux  aigles. 

La  figure  279  est  un  ornement  très-curieux,  dont  il  a été 
trouvé  quatre  exemplaires;  deux  de  ces  exemplaires  ont  des  trous, 
les  deux  autres  n’en  ont  pas.  Tous  représentent  deux  cygnes 
debout  en  face  l’un  de  l’autre  et  dont  les  têtes  se  touchent.  Il  y a, 
entre  les  pattes  des  deux  cygnes,  quelque  chose  qui  a la  forme 
d’une  table,  sans  que  je  me  rende  compte  au  juste  de  la  nature 
de  l’objet.  La  figure  280  représente  un  hippocampe  ; j’en  ai  trouvé 


ORNEMENTS  D’OR  VARIÉS. 


263 


cinq  autres  pareils.  Ces  hippocampes  ont  tous  la  tête  tournée  en 
arrière  et  la  queue  recourbée;  tous  sont  percés  de  trous. 

L’ornement  de  la  figure  274,  déjà  cité,  qui  représente  deux  aigles 
posés  face  à face  avec  la  tête  tournée  en  arrière,  est  également  percé 
de  trous.  La  figure  277  représente  un  sphinx.  J’en  ai  trouvé  cinq 
autres  semblables  à celui-là.  Ces  six  sphinx  sont  des  lions  ailés, 


Fig.  274  à 280.  — Ornements  d'or.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


avec  une  figure  humaine  imberbe  ; ils  sont  coiffés  du  bonnet  phry- 
gien d’où  semble  s’élancer  un  long  panache  ; mais  il  est  impossible 
de  savoir  si  l’artiste  a voulu  représenter  un  sphinx  mâle  ou  un 
sphinx  femelle.  Remarquons  ici  que,  d’après  Hésiode,  x\pollodore 
et  Euripide,  Sphinx  est  fille  de  Typhon  et  de  TÉkhidna  onde  la  Chi- 
mère, ou  bien  d’Orthos  et  de  la  Chimère,  et  que  cet  animal  fabu- 
leux est,  dans  tous  les  cas,  d’importation  égyptienne  en  Grèce. 
Mais  le  sphinx  égyptien  est  mâle,  puisqu’il  est  le  symbole  des  rois, 
tandis  que  le  sphinx  de  la  légende  thébaine  d’Œdipe  est  femelle. 
L’ornement  d’or  (fig.  278)  qui  semble  représenter  un  arbre  a été 


m 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


trouvé  îi  sept  exemplaires;  tous  les  sept  sont  percés  de  deux  trous. 
Parmi  les  ornements  de  petite  dimension,  je  citerai  la  figure  276  ; 
elle  représente  deux  oiseaux  dont  on  ne  peut  distinguer  l’espèce.  Ils 
se  tiennent  debout  en  face  l’im  de  l’autre,  la  tête  tournée  en  arrière  ; 
ils  sont  liés  l’un  à l’autre  par  des  spirales, 

Sur  la  tête  de  l’un  des  trois  corps,  j’ai  trouvé  la  magnifique  cou- 
ronne d’or  ((7T£p.p.«,  fig.  281),  l’iin  des  objets  les  plus  intéressants  et 
les  plus  précieux  que  j’aie  recueillis  à Mycènes.  Elle  a 2 pieds 
1 pouce  (0"',625)  de  long  et  est  couverte  à profusion  d’ornements, 
qui  ressemblent  à des  boucliers  en  miniature.  Gomme  elle  est  tra- 
vaillée au  repoussé,  tous  les  ornements  font  saillie  et  se  détachent 
en  bas-relief,  ce  qui  donne  à l’ensemble  un  aspect  d’une  magnifi- 
cence indescriptible.  L’effet  en  est  encore  augmenté  par  les  trente- 
six  grandes  feuilles,  décorées  de  la  même  manière,  qu’on  y a adap- 
tées. Il  faut  remarquer  que,  quand  la  couronne  était  attachée  autour 
de  la  tête,  la  partie  lapins  large  se  trouvait  juste  au  milieu  du 
front;  naturellement  les  feuilles  se  tenaient  droites  autour  de  la 
partie  supérieure  de  la -tête.  On  ne  peut  pas  imaginer  qu’elles 
fussent  dans  une  autre  position,  car  elles  auraient  alors  formé  une 
espèce  de  visière  qui  aurait  caché  le  front  et  une  grande  partie  de 
la  figure.  A chacune  des  deux  extrémités  on  peut  voir  un  petit  trou  ; 
on  passait  un  mince  fil  d’or  dans  ces  deux  trous  pour  attacher 
la  couronne.  J’appelle  l’attention  du  lecteur  sur  les  signes 
curieux  qui  sont  entre  les  boucliers  de  la  rangée  supérieure  ; 
cinq  de  ces  signes  ressemblent  à de  belles  fleurs  ; la  disposition 
seule  des  têtes  de  ces  fleurs  suffirait  h prouver  que  la  couronne 
devait  être  placée  avec  les  feuilles  en  dessus  ; c’est  du  reste  dans 
cette  disposition  que  je  l’ai  trouvée  sur  la  tête  du  mort.  Les  quatre 
autres  signes  ressemblent  au  ou  caducée,  la  verge  de 

héraut  d’Hermès. 

Le  magnifique  diadème  d’or  (fig.  282)  a été  trouvé  autour  de  la 
tête  d’un  des  trois  autres  morts  ; une  partie  du  crâne  adhérait 
encore  à cet  ornement  ; il  est  d’un  travail  très-soigné.  La  bordure 
est  formée  de  deux  lignes  parallèles  et  d’une  rangée  de  points  sail- 
lants; cette  bordure  diminue  de  largeur  depuis  le  milieu  du  dia- 


266 


^LE  TROISIÈME  TOMBEAU.  ^ 


dème  jusqu’aux  deux  extrémités  ; elle  est  décorée  de  dessins 

en  spirales,  accompagnés  de 
petites  lignes  de  points  en 
. creux  ou  en  saillie.  L’espace 
compris  entre  les  bordures  est 
rempli  par  une  rangée  de  bou- 
cliers en  miniature  dont  le 
diamètre  varie  selon  la  largeur 
du  diadème,  et  qui  se  compo- 
sent d’un  certain  nombre  de 
cercles  concentriques  autour 
d’une  bosse  centrale.  Dans  les 
cinq  grands  boucliers,  l’espace 
compris  entre  les  cercles  est 
rempli  par  une  bande  circu- 
laire de  petites  feuilles  ou  de 
points  saillants.  On  voit  aussi 
entre  les  boucliers  tout  le  long 
de  la  bordure  deux  rangées  de 


petites  bosses  cerclées  de 
points  en  saillie.  A chacune 
des  deux  extrémités  du  dia- 
dème il  y a un  trou  ; un  mince 
fd  d’or  ou  de  cuivre  passé  dans 
ces  trous  devait  servir  à atta- 
cher le  diadème.  Gomme  ce  bel 
ornement  est  formé  d’une 
plaque  d’or  assez  épaisse,  il  n’a 
pas  été  nécessaire  de  le  sou- 
tenir avec  une  armature  de 
laiton. 

J’ai  trouvé  encore  avec  les 
trois  morts . cinq  autres  dia- 
dèmes d’or,  dont  deux  sont  représentés  figures  283  et  284.  Deux 
de  ces  diadèmes  (fig.  283)  sont  décorés  de  la  même  manière 


Fig.  282.  — Diadème  d’or  trouvé  sur  la  lêle  d’un  autre 
personnage  du  troisième  tombeau.  Au  cinquième 
environ  de  la  grandeur  réelle. 


DIADÈMES  D’OR. 


267 


que  le  précédent,  mais  avec  moins  de  magnificence.  Tous  les 
deux  ont  leurs  bords  roulés  autour  d’un  fil  de  laiton  et  sont  sans 


Fig.  283,  284.  — Diadèmes  d’or.  Troisième  tombeau.  Au  deux-neuvième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


i bordure  ; tous  les  deux  se  composent  de  deux  moitiés  qui  semblent 
' avoir  été  non  pas  soudées  ensemble,  mais  tout  simplement  unies 
I par  le  fil  qui  forme  l’armature.  Comme  ils  ne  portent  pas  de  trous 


LE  TI’.OISIÈME  TOMLEAL. 


^2()8 

iUlx  extrémités,  ils  ont  dù  être  munis  de  minces  fds  de  laiton  ou 
d’or,  maintenant  brisés,  qui  servaient  à les  attacher  autour  de  la 
tête.  Ces  deux  diadèmes  ont  beaucoup  souffert  du  feu  du  bûcher 
funéraire,  qui  les  a noircis  au  point  que  les  photographies  ne  sont 
pas  très-bien  réussies.  Le  diadème  de  la  figure  284,  quoique  sans 
armature,  n’a  pas  non  plus  de  bordure  ; il  est  aussi  orné  de  cercles 


Fig.  285.  — C<roi.\  d'oi’.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


semblables  à desboiicliers  en  miniature  et  qui  représentent  de  belles 
Heurs.  On  voit  à chaque  extrémité  un  ornement  en  forme  d’étoile, 
et  des  deux  côtés,  le  long  des  bords,  des  petites  bosses  en  forme 
de  boucliers,  entre  les  cercles.  A l’extrémité  de  droite  tient  encore 
un  morceau  du  fil  d’or  qui  servait  à attacher  le  diadème  autour  de 
la  tête.  Sur  ces  six  diadèmes,  on  reconnaît  les  tines  cendres  noires 
du  bûcher  funéraire  adhérant  encore  à la  surface  de  l’or.  Je 
ferai  observer  ici  que  nous  trouvons  des  boucliers  ronds  avec  une 
ornementation  de  croissants  et  d’étoiles  sur  les  monnaies  macédo- 
niennes ; mais  ces  monnaies  ne  peuvent  avoir  naturellement  aucun 
rapport  avec  les  diadèmes  mycéniens,  qui  les  ont  précédées  proba- 


CROIX  D’OR. 


“269 


bleiiioiit  de  douze  siècles.  Quoiqu’on  ii’ait  jamais  découvert  jus- 
qu'ici de  diadèmes  semblables  h ceux-ci  avec  ornementation  de 
rosettes,  ou  ne  peut  douter  cependant  qu’ils  ii’aieiit  etc  d’un  usage 


fortrépandti  dans  raiitiquité.  Eu  effet,  le  Musée  Brilannique  possède 
six  idoles  d’Aphroditè,  provenant  de  Chypre,  deux  en  terre  cuite  et 
quatre  en  marbre  ; toutes  les  six  ont  la  tète  ornée  de  diadèmes  de 
cette  espèce.  Dans  la  collection  assyrienne  du  même  établisse- 


^270 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


ment,  je  comiais  aussi  quatre  figurines  d’Hercule,  en  ivoire;  elles 
ont  la  tete  ornée  de  diadèmes  pareils  aux  diadèmes  mycéniens. 

Il  y a deux  autres  diadèmes  avec  une  ornementation  de  boucliers 
encore  plus  simples,  décorés  au  milieu,  dans  le  sens  vertical,  de 


deux  rangées  de  spirales.  Ces  diadèmes  se  composent  chacun  de 
deux  moitiés  qui,  selon  toute  apparence,  étaient  réunies  par  l’ar- 
mature de  laiton  autour  de  laquelle  étaient  roulés  les  bords  du  dia- 
dème. Les  fils  minces  des  deux  extrémités  ont  aussi  disparu. 

J’ai  trouvé  encore  avec  les  trois  corps  du  troisième  tombeau  neuf 
croix  formées  de  doubles  feuilles  d’or;  j’en  représente  quatre  ici. 


CROIX  D’OR. 


271 


C'est  la  ligure  285  qui  est  la  plus  richement  décorée;  les  feuilles  res- 
semblent à des  feuilles  de  laurier  et  sont  ornées  de  belles  fleurs  au 
repoussé  ; il  y a une  décoration  de  spirales  aux  deux  extrémités  de 
chaque  feuille.  Au  centre  de  chacune  de  ces  croix  est  fixée  une 
croix  plus  petite,  faite  d’une  petite  feuille  d’or  sans  ornements. 
La  croix  de  la  figure  286,  qui  présente  la  même  forme  que  ces 


Fig.  291.  — Croix  d’or.  Troisième  tombeau.  Au  quatrc-scptièmc  environ  de  la  grandeur  reelle. 


dernières,  a probablement  été  fixée  autrefois  au  centre  de  foriie- 
ment  en  forme  d’étoile  (fig.  288).  Mais,  comme  je  n’en  suis  pas  sûr, 
je  donne  les  deux  dessins  séparément. 

; La  figure  287  représente  un  petit  ornement  d’or  composé  de  trois 
) fleurs.  La  petite  croix  d’or  de  la  figure  289  est  trcs-curieuse,  les 
• feuilles  en  sont  magnifiquement  ornées  de  cercles  et  de  spirales; 
1 au  centre  est  fixée  une  autre  croix,  composée  de  petites  feuilles  d'or 
richement  ornées.  La  grande  croix  de  la  figure  290  présente  une 
! ornemeiitation  de  boucliers  en  miniature;  à rextrémité  de  chaque 


LE  TROISIÈME  TOMREAU. 


-27-2 

feuille  il  y a trois  petits  cercles  qui  entourent  deux  autres  cercles 
intérieurs. 

En  difïéi’entes  parties  des  feuilles  de  cette  dernière  croix, 
011  aperçoit  de  petits  trous,  ce  qui  prouve  qu’un  autre  ornement 
était  fixé  au  centre,  probablement  une  croix  comme  celle  de  la 
figure  585  ou  une  étoile  comme  celle  de  la  figure  588. 

J’ai  trouvé  encore  dans  ce  tombeau  deux  grandes  et  belles 


Fig.  292.  — Broche  d’or  (zéçzvi).  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

étoiles  d’or  ; fuiie  d’elles  est  reproduite  ici  (fig.  591).  Elles  sont 
formées  de  deux  croix  d’un  dessin  différent,  avec  de  riches  orne- 
ments au  repoussé;  les  deux  croix  sont  attachées  ensemble  par  une 
épingle  d’or  a tête  ronde  et  plate,  qui  s’est  conservée  dans  l’étoile 
feproduite  ici.  Dans  l’autre  étoile,  il  ne  reste  plus  que  l’empreinte 
laissée  par  la  tête  de  l’épingle,  qui  a disparu.  Il  m’est  impossible  de 
dire  à quel  titre  ces  croix  servaient  à la  parure  des  morts,  parce 
que  je  n’en  ai  pas  trouvé  une  seule  en  place. 

Sur  f un  des  corps,  j’ai  trouvé  une  broche  d’or  (nôpK-n),  montée 


GIGANTESQUE  GROCHE  D’OR. 


273 


sur  nue  très-grosse  épingle  d’argent,  de  8 pouces  (0”,20)  de  long 
[\i\  fig.  cette  épingle,  mise  probablement  en  contact  avec 

(jiielque  substance  saline,  s’est  changée  en  un  chlorure  d’ar- 
gent et  s’est,  par  suite,  brisée  en  deux:  aussi  ne  peut-on  voir  dans 
la  gravure  que  la  partie  supérieure  de  cette  épingle.  La  broche 
représente  une  femme  qui  étend  les  bras,  la  face  tournée  de  profil 
vers  la  gauche  du  spectateur;  les  traits  de  cette  femme  onttrès- 


Fig.  293.  — Ornement  d'or  tiré  dn  troisième  toml)eau.  Au  cinq-sixiôme  de  la  grandeur  réelle. 

certainement  le  caractère  grec.  Son  nez,  qui  est  long,  continue 
le  front  en  ligne  droite;  ses  yeux  sont  grands;  ses  cheveux  ne 
descendent  pas  plus  bas  que  le  cou,  qui  est  orné  d’un  collier; 
ses  puissantes  mamelles  sont  bien  indiquées.  La  tète  est  sur- 
montée d’une  ornementation  composée  de  spirales,  du  milieu  de 
laquelle  s’élance  un  beau  palmier  ; de  cet  arbre  pendent  des 
deux  côtés,  à droite  et  à gauche,  de  longues  tresses  terminées 
par  des  glands  en  forme  de  fleurs. 

J’ai  recueilli  dans  le  même  tombeau  deux  ornements  d’or 
très-curieux  (fig.  ^98);  ils  sont  trop  gros  et  trop  lourds  pour 

avoir  servi  de  pendants  d’oreilles;  c’étaient  probal)lement  des 

18 


MYCÈXKS. 


274 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


parures  pour  la  poitrine.  Chacun  d’eux  se  compose  de  deux  pièces 
au  repoussé,  soudées  ensemble,  de  sorte  que  l’objet  présente  la 
même  ornementation  sur  ses  deux  faces. 

La  petite  croix  d’or  (fig.  294)  a une  ornementation  de  spirales 
sur  chacun  de  ses  bras.  Il  est  à remarquer  que  les  ornements 
(fig.  291-294),  de  même  que  quelques-uns 
des  autres  petits  ornements  de  ce  tombeau  \ 
quoiqu’ils  soient  en  or,  ont  la  teinte  rou- 
geâtre du  bronze.  Si  je  les  avais  ^trouvés 
seuls,  je  n’aurais  pas  osé  les  faire  remonter 
à une  antiquité  bien  reculée;  mais,  en  raison 
des  conditions  où  ils  sont  placés  dans  le  tom- 

Fig.  29k— Croix  d’or.  Troisième  ^ 

tombeau.  Grandeur  réelle.  beau,  ü est  iiiipossible  de  supposec  que  les 
objets  trouvés  soient  d’époques  différentes. 
Il  a été  recueilli  aussi  sur  chacun  des  trois  corps  deux  ornements 
d’or  (six  en  tout)  qui  ont  presque  la  forme  débouclés  d’oreilles;  les 
figures  295  et  296  représentent  deux  de  ces  objets.  Mais  comme 
les  deux  extrémités  de  chacun  d’entre  eux  se  terminent  par  des 
spirales  qui  font  quatre  ou  cinq  tours,  ils  ne  peuvent  pas  avoir  servi 
de  boucles  d’oreilles;  d’ailleurs,  ils  auraient  été  beaucoup  trop 
lourds  pour  être  employés  à cet  usage,  attendu  qu’ils  sont  en  or 
massif.  Le  seul  usage,  selon  moi,  auquel  on  puisse  les  avoir  em- 
ployés a été  de  retenir  ensemble  les  boucles  de  la  chevelure;  je 
crois  qu’ils  peuvent  parfaitement  expliquer  le  passage  où  Homère 
dit-  : ((Ces  boucles,  qui  auraient  pu  rivaliser  avec  la  chevelure  des 
Grâces,  ces  tresses  brillantes,  retenues  par  des  ornements  d’or  et 
d’argent,  étaient  souillées  de  sang.  » 

J’ai  aussi  recueilli  sur  les  trois  corps  onze  ornements  d’or  très- 
curieux;  j’en  ai  fait  graver  trois  (fig.  297,  298  et  299).  Tous  ont 
au  milieu  un  tube  étroit  qui  servait  à les  enfiler,  car  je  ne 
suppose  pas  qu’ils  aient  pu  servir  à autre  chose  qu’à  composer 

1.  Comme  les  figures  26-2,  264,  265,  266,  272,  273,  274,  275,  276,  277,  279,  280,  303,  .305, 
306  et  316. 

2.  //wr/e,  XVII,  51  et52; 

AtaaTi  o\  OiUOVTO  xogai  XapiT£crc7tv  oijLOÎat, 

7rXo'/[xoc  0’,  oï  àpY'jpm  l(7.pr|X(j0VT0/ 


F 


ORNEMENTS  D’OR  POUR  TENIR  I.ES  CHEVEUX.  275 

des  colliers.  Voici  quelle  en  est  la  structure  : aux  deux  extrémités 
du  petit  tube,  qui,  comme  on  le  voit  sur  la  figure,  est  orné  d’inci- 
sions circulaires,  on  soudait  un  fil  d’or  délié;  on  l’enroulait  onze 


Fig.  295  à 300.  — Ornements  en  or  pour  tenir  les  cheveux,  bracelets  et  ornements  pour  colliers. 
Au  cinq-sixième  environ  do  la  grandeur  réelle. 


fois  sur  lui-même,  et  l’on  soudait  les  spirales  ensemble  ; la  spirale 
extérieure  de  chacun  des  enroulements  était  à son  tour  soudée 
au  tube.  J’ai  trouvé  six  bracelets  travaillés  de  la  même  façon 
(fig.  300);  chacun  de  ces  bracelets  se  compose  de  douze  spirales 


276 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


faites  d’un  même  fil  d’or  mince;  pour  les  assujettir  autour  du  bras, 
on  passait  la  petite  baguette  qui  est  à droite  dans  la  spirale  qui  est 
à gauche  ; cette  spirale  servait  ainsi  de  fermoir. 


Toujours  dans  le  même  tombeau,  j’ai  recueilli  deux  paires  de 
balances  en  or  (fig.  301  et  302)  ; mais  il  n’y  en  a qu’une  paire 
dont  j’aie  pu  photographier  le  fléau;  celui  de  l’autre  paire  était 


Fig.  301  et  302.  — Balances  en  or  (w.Xavca).  Troisième  tombeau.  Au  cinq-septième  de  la  grandeur  réelle. 


BALANCES  D’OR. 


277 


écrasé  et  n’avait  plus  de  forme.  Les  deux  fléaux  sont  des  tubes  for- 
més de  plaques  d’or  très-minces,  qui  étaient  sans  aucun  doute  tra- 
versées d’un  morceau  de  bois  destiné  à leur  donner  de  la  consistance; 
j’ai  même  retrouvé  des  débris  de  bois  carbonisé  dans  plusieurs 
parties  des  tubes  d’or.  Les  plateaux  étaient  reliés  aux  fléaux  par  de 
longs  rubans  d’or  très-minces.  Deux  des  plateaux  sont  ornés  de 
fleurs,  les  deux  autres  de  papillons  bien  dessinés.  Il  est  évident  que 
ces  balances  n’ont  jamais  pu  servir;  elles  ont  été  faites  exprès  pour 
accompagner  les  corps  des  trois  princesses  dans  leur  tombeau  et 
doivent  avoir,  par  conséquent,  un  sens  symbolique.  J’appelle  l’at- 
tention du  lecteur  sur  les  balances  que  l’on  trouve  dans  les  pein- 
tures murales  des  tombeaux  égyptiens,  et  où  sont  pesées  les  bonnes 
et  les  mauvaises  actions  des  morts.  Dans  tous  les  cas,  ces  balances 
rappellent  tout  de  suite  à notre  souvenir  le  beau  passage  d’Homère  ^ 
où  Jupiter  prend  ses  balances  d’or  et  pèse  les  destinées  d’Hector  et 
d’Achille  : ((  Déjà,  pour  la  quatrième  fois,  ils  reviennent  près  des 
fontaines,  lorsque  le  père  des  dieux  et  des  hommes  déploie  les 
balances  d’or  et  y pose  deux  sorts  du  long  sommeil  et  de  la  mort, 
celui  d’Achille  et  celui  du  fils  de  Priam,  et  les  soulève  en  tenant 
le  milieu.  Le  sort  fatal  d’Hector  l’emporte  et  descend  jusque  chez 
Pluton;  alors  Apollon  l’abandonne.  » (Trad.  Giguet.) 

La  plaque  d’or  (fig.  303)  doit  avoir  été  collée  sur  quelque  autre 
objet,  autrement  on  ne  saurait  en  expliquer  l’usage.  Elle  présente 
une  belle  ornementation  au  repoussé,  comme  nous  n’en  avons  pas 
encore  vu  de  pareille  à Mycènes.  Le  masque  d’enfant  (fig  304) 
se  compose  d’une  plaque  d’or  très-mince;  on  y a découpé  des 
trous  pour  les  yeux,  et,  quoiqu’il  soit  tout  froissé,  on  voit  encore  la 
légère  saillie  qui  indique  la  place  du  nez. 

Avec  ce  masque  on  a trouvé  beaucoup  de  grands  morceaux  de 
feuilles  d’or  qui  ont  évidemment  jadis  convertie  corps  d’un  enfant  ; 

1.  Iliade,  Wll,  209-213  : 

’A).V,  OT£  OY]  t'o  TSTapXOV  lui  xpouvoù;  àçiXOVTO, 
xai  tÔt£  ^p'jaeia  uax^p  STixatve  xâXavxa' 

Iv  6’  Ixtôei  ôuo  xYips  xavy]).£Y£o;  Oavàxoïo. 
xriv  [J.SV  ’ Ax^'k'kr^QÇ,  X'^v  8’  '''Exxopoç  luuoSaixow 
è'Xxs  Sà  p-lcra-a  XaooSv  plus  8’  "Exxopoç  aîcripLov  r^fxap, 
œ/exo  8’  siç  ’Aioao'  Xi'usv  81  ê <I>o'i6o;  ’AuôXXtov. 


278 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


d’ailleurs  deux  de  ces  morceaux  ont  parfaitement  conservé  l’em- 
preinle  de  ses  petites  mains  ; l’enfant  portait  une  grande  bague  à 
Tun  des  doigts.  Trois  autres  morceaux  de  feuilles  d’or  ont  servi  de 
knémides  à l’enfant  : ils  reproduisent  la  forme  des  jambes.  Il  est 
donc  certain  qu’un  ou  plusieurs  enfants  ont  été  brûlés  et  ensevelis 

303  304 


305  306 

Fig.  303  à 306.  — Ornements  d’or.  Troisième  tombeau,  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 

avec  les  trois  femmes;  ce  fait  concorde  du  reste  parfaitement  avec 
la  tradition  citée  par  Pausaniasb 
Quatorze  objets  en  plaques  d’or,  magnifiquement  décorés,  sont 
d’un  style  que  je  n’ai  pas  encore  rencontré  à Mycènes.  La  figure  805 
représente  un  de  ces  objets.  On  voit  un  trou  à la  partie  supérieure, 
ce  qui  donne  à supposer  que  ces  ornements  auraient  pu  servir  de 
pendants  d’oreilles.  La  plaque  d’or  (fig.  306)  doit  avoir  été  collée 
sur  quelque  autre  objet,  car  on  n’y  voit  pas  de  trou.  Elle  représente 


1.  Pausanias,  II,  xvi,  6.  Vo^ez  le  passage  cité  en  entier  au  ciiapitre  III. 


BOULES  UE  GBISTAL. 


279 


au  repoussé,  d’uii  travail  très-défectueux,  deux  hommes  : Tun,  qui  a 
des  ailes  et  des  pieds  de  cheval,  semble  jouer  de  la  flûte;  il  se  tient 
debout,  le  pied  droit  sur  la  tête  de  l’autre,  dont  les  bras  sont  éten- 
dus et  les  jambes  écartées.  Ces  deux  hommes  ont  des  cornes  sur  la 
tête,  et  celles  de  la  figure  inférieure  sont  surtout  bien  marquées. 
A la  droite  des  deux  hommes,  et  par  conséquent  à la  gauche  du 
spectateur,  on  voit  un  étrange  ornement  qui,  à première  vue, 
semble  se  composer  de  caractères  d’écriture;  en  y regardant  de 
plus  près,  on  voit  que  c’est  une  simple  décoration. 

La  boule  percée,  en  cristal  de  roche  d’un  beau  poli,  que  repré- 


Fig.  307  et  308,  — Objets  en  cristal  de  roche.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


sente  la  figure  307  provient  évidemment  de  la  poignée  d’un  sceptre 
ou  de  la  garde  d’une  arme  quelconque,  car  on  voit  dans  le  trou 
une  longue  tige  de  métal,  qui  semble  être  de  l’or,  mais  qui  n’esl 
probablement  que  du  bronze  ou  de  l’argent  plaqué  d’or. 

L’objet  représenté  figure  308  est  encore  une  boule  de  cristal 
de  roche  d’un  beau  poli;  elle  présente  d’un  côté  une  large  ouver- 
ture, et  de  l’autre  simplement  un  trou  ; l’intérieur  est  ricliement 
décoré  de  couleurs  rouges  et  blanches.  Je  ne  puis,  en  aucune 
façon,  me  rendre  compte  de  la  destination  de  cet  objet. 

Je  citerai  encore  : deux  objets  de  bronze,  dont  fiin  paraît  être 
un  fragment  et  l’autre  la  poignée  d’une  arme;  — deux  objets 
(f]g.  309  et  310)  que  je  crois  être  des  sceptres.  La  tige  d’argent 
de  chacun  de  ces  sceptres  a été  plaquée  d’or,  comme  on  peut  le 
voir  sur  la  partie  qui  s’enfonce  dans  les  pommeaux  de  cristal  de 


280  LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 

roche  tournés  avec  tant  d’élégance.  La  boule  de  cristal  (fig.  309) 
est  ornée  de  sillons  verticaux  et  percée  dans  toute  sa  longueur; 
à certains  signes,  on  reconnaît  qu’un  autre  objet,  probablement 
en  or,  a été  fixé  à sa  partie  inférieure;  justement  un  ornement 

d’or  qui  s’y  adapte  très-bien  a été 
trouvé  à part;  je  l’ai  remis  en  place 
dans  la  gravure  {a)  ; je  me  suis  cru 
d’autant  plus  autorisé  à le  faire^  que 
l’on  voit,  aux  brisures  de  sa  partie 
supérieure,  qu’il  était  fixé  primitive- 
ment à un  autre  objet  et  qu’il  en 
avait  été  séparé.  Un  des  côtés  est  orné 
de  lions,  l’autre  de  griffons  à têtes 
d’aigle  ; tout  ce  travail  est  d’un  beau 
repoussé. 

J’appelle  l’attention  du  lecteur  sur 
la  dimension  de  ces  sceptres,  qui  ne 
sont  reproduits  ici  qu’au  tiers  de  leur 
grandeur  réelle.  Je  le  prie,  en  outre, 
d’observer  que  ces  énormes  tiges  en 
argent  plaqué  d’or  s’enfonçaient  sans 
nul  doute  dans  des  bâtons  de  bois 
revêtus  de  plaques  d’or.  Qu’il  y ait  eu 
une  grande  quantité  de  ces  bâtons  pla- 
qués d’or,  on  ne  peut  pas  en  douter  un 
seul  instant  quand  on  voit  la  grande 
quantité  de  tubes  d’or  qui  ont  été 
trouvés  dans  ces  tombeaux,  et  qui 
contiennent  encore  des  morceaux  de  bois,  tantôt  carbonisés, 
tantôt  même  en  très-bon  état  de  conservation. 

La  figure  311  est  un  coulant  d’agate  brune,  percé,  provenant 
évidemment  d’un  collier,  comme  les  quatorze  autres  qui  ont  été 
trouvés  dans  le  même  tombeau.  La  ligure  3i2  présente  un  autre 
type  de  perles  pour  collier  ; il  en  a été  recueilli  beaucoup  de 
pareilles.  Sur  la  magnifique  gemme  lentoide  en  sardoine  (fig.  313), 


Fig.  309  et  310,  — Sceptres  d’argent 
plaqués  en  or  avec  poignées  en  cristal 
de  roche.  Troisième  tombeau.  Au  tiers 
environ  de  la  grandeur  réelle. — a,  boule 
d’or  trouvée  à part,  mais  appartenant  à 
la  poignée. 


COULANTS  DE  COLLIERS. 


281 


l’artiste  a représenté  en  intaille  une  femme  revêtue  d’un  riche 
costume  ; la  robe,  oüverte  sur  la  poitrine,  est  ornée,  à la  partie 
supérieure  et  à la  partie  inférieure,  de  deux  cercles  de  points, 
destinés  sans  aucun  doute  à représenter  des  boutons  d’or.  La 
tête  est  ornée  d’une  grande  couronne  ; les  traits  sont  malheureu- 
sement trop  peu  distincts  pour  qu’on  en  puisse  déterminer  le 
type.  Sur  la  robe,  entre  les  genoux,  on  voit  une  fleur  renversée. 
A la  gauche  de  cette  femme  est  assis  un  homme  qui  semble  être 
revêtu  d’une  armure  complète  et  qui  porte  sur  la  tête  un  casque 
avec  un  long  panache.  Son  long  nez  aquilin  est  très-caractéris- 
tique : on  dirait  qu’il  fait  le  geste  de  le  toucher  avec  sa  main 


313  314 


Fig.  311  à 315.  — Coulants  d’agate  et  gemmes  leiitoïdes  en  sardoine  et  en  améthyste. 
Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


gauche.  Les  pieds  de  ces  deux  personnages  sont  bien  indiqués; 
mais  l’artiste  semble  avoir  oublié  les  bras  de  la  femme.  La 
figure  314  est  un  ornement  d’agate  noire,  en  forme  de  toupie, 
avec  ornementation  de  spirales  à la  partie  inférieure;  cet  orne- 
ment n’est  pas  percé. 

La  gemme  lentoïde  en  améthyste  (fig.  315)  est  un  objet  très- 
curieux  ; la  couleur  en  est  d’un  bleu  violet  transparent.  Sur  cette 
gemme  est  représenté,  en  intaille,  un  animal  qui  tourne  la  tête 
pour  regarder  son  petit  qu’il  allaite.  A n’en  pas  douter,  cet  animal 
a le  corps,  les  jambes  et  même  la  tête  et  les  cornes  d’une  biche  ; 
mais  je  dois  faire  observer  que  les  plus  anciens  didracbmes 
de  Gorcyre  représentent,  dans  un  style  analogue,  une  vaclie  qui 
tourne  la  tête  pour  regarder  son  veau  qu’elle  allaite. 

La  figure  316  représente  un  ornement  d’or  en  forme  de  roue; 
il  *en  a été  trouvé  cinq  autres  du  même  type.  Comme  les  roues  de 


282 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


bronze  que  nous  avons  passées  en  revue,  ces  six  roues  d’or  n’ont 
que  quatre  rayons,  formant  une  croix  autour  du  moyeu  qui  est 
plein  et  dont  le  trou  n’est  qu’indiqué  ; mais  ici  ces  rayons  décrivent 
des  courbes,  de  telle  façon  que  les  espaces  vides  entre  les  roues 
sont  en  forme  de  demi-cercle.  Tous  ces  rayons  sont  ornés  d’in- 
cisions horizontales  ; les  jantes  sont  très-larges  et  portent  tout 
autour  un  dessin  courant  de  spirales. 

J’ai  encore  recueilli  dans  ce  tombeau  un  peigne  de  femme,  en  or. 


Fig.  310,  — Roue  d’or.  Troisième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


avec  dents  en  ivoire;  mais  les  dents  sont  tellement  endommagées, 
que  je  ne  puis  les  faire  reproduire  par  la  gravure  ; — une  grande 
bague  d’argent  à cachet;  cette  bague,  au  contact  de  quelque  sel, 
s’est  décomposée  en  un  chlorure  d’argent  : aussi  la  gravure  du 
cachet  a-t-elle  disparu  ; — douze  tubes  formés  de  plaques  d’or, 
qui  ont  évidemment  contenu  autrefois  du  bois  destiné  à les  conso- 
lider ; dans  quelques-uns  de  ces  tubes , on  retrouve  encore  des 
débris  de  bois  carbonisé.  A quoi  servaient  ces  tubes?  Il  est  difficile 
de  le  deviner  : peut-être  appartenaient-ils  à des  sceptres  ou  à des 
quenouilles  ; — un  grand  nombre  de  grosses  et  de  petites  perles 
en  or  provenant  de  colliers;  et  une  énorme  quantité  de  perles 
d’ambre,  provenant  de  colliers  également.  Ces  perles,  sans  doute 


ORNEMENTS  D’OR. 


283 


à cause  de  leur  très-grande  antiquité,  sont  devenues  d’un  brun 
foncé,  et  nous  les  avions  prises  d’abord  pour  de  la  résine;  mais 
l’analyse  du  professeur  Landerer  a montré  qu’elles  sont  de  l’ambre 
le  plus  pur.  Nous  ne  saurons  jamais  d’ailleurs  si  cet  ambre  pro- 
venait des  bords  de  la  Baltique  ou  d’Italie,  où  on  le  trouve  en 
plusieurs  endroits,  particulièrement  sur  les  côtes  de  l’est  de  la 
Sicile.  Mais  il  est  bien  vraisemblable  que  l’ambre  fut  introduit  en 
Grèce  par  les  Phéniciens;  en  effet,  en  grec,  ambre  se  dit  electrum 
iri'kiv.xpov)  ; or  elek  signifie  résine  en  arabe,  et  il  est  probable 
qu’en  phénicien  il  avait  le  même  sens.  L’ambre  était  très-bien 
connu  d’Homère,  qui  en  parle  trois  fois  dans  VOdyssée  comme 
d’une  substance  que  l’on  emploie  au  même  usage  que  les  pierres 
précieuses  dans  les  parures  d’orf 

Autres  objets  trouvés  avec  les  trois  corps,  dans  le  troisième 
tombeau  : un  ornement  formé  d’une  feuille  d’or  quadrangulaire  ; 

— deux  épingles  d’or  pour  parer  la  poitrine  ; — une  fleur  d’or  à tige 
d’argent;  — une  quantité  considérable  de  menus  ornements  en  or; 

— un  grand  nombre  de  coulants  d’une  pierre  rouge  transparente , 
provenant  de  colliers;  — une  broche  de  bronze  plaquée  d’or;  — 
sept  ornements  d’or  représentant  des  lions,  dont  deux  seulement 
ont  des  têtes;  — un  ornement  d’or  qui  figure  un  taureau  attaqué  par 
deux  lions  ; — une  grande  quantité  de  petites  feuilles  très-minces 
d’or  battu,  dont  le  tombeau  était  littéralement  jonché,  au-dessus 


i.  Odyssée,  XV,  46U  ; 

Xp'J(7£OV  op[J,OV  ï'/JxiV,  [XSTa  Ô’  •^XéxTpOt'TlV  ssp-ro. 

U Portant  un  collier  d’or,  monté  avec  des  perles  d’ambre.  >> 

Et  XVIII,  295-296  : 

''OpiJ-ov  ô’  Eopup-a'/w  uoX’JÔai'ôaXov  a'jxtx’  ’svsixsv, 

*/puo-£ov,  TjXéxxpotaiv  lepp-évov,  ^éXiov  wç- 

« 11  apporta  aussitôt  à Eurymaque  un  élégant  collier  d’or,  monté  avec  des  perles  d'ambre,  un 
vrai  soleil.  « 

Dans  les  deux  cas,  l’emploi  du  pluriel  correspond  exactement  au  sens  de  perles  d'ambre  ser- 
ties dans  une  monture  d’or. 

Le  troisième  passage,  Odyss.,  IV,  73: 

XpodoO  x’  rjXéxxpo'j  xs  xa\  àpyupou  -^ô’  sXsçavxoç, 

« L’or  et  l’électron  (l’ambre),  l’argent  et  l’ivoire,  » 
se  trouve  dans  la  description  du  palais  de  Ménélas  ; dans  ce  vers,  l'or  et  Vambre,  qui  sont 
jaunes,  semblent  former  une  antithèse  poétique  avec  l’argent  et  l'ivoire,  qui  sont  blancs. 


284  LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 

et  au-dessous  des  corps;  — la  coupe  d’or  (fig.  317)  et  la  boîte 
d’or  (fig.  318). 

La  coupe  n’a  qu’une  anse  ; la  partie  extérieure  est  divisée  par 
une  bande  horizontale  en  relief,  composée  de  trois  rubans,  en 
deux  compartiments,  dont  l’un  est  au-dessus  de  la  bande  et  l’autre 
au-dessous  ; tous  les  deux  sont  ornés  de  poissons  en  relief,  au 
repoussé,  d’un  dessin  très-naturel.  La  boîte  d’or  (fig.  318)  est 
très-curieuse;  elle  est  munie  d’un  couvercle  bien  ajusté,  qui  était 


Fig.  317  et  318.  — Coupe  et  boîte  d’or.  Troisième  tombeau.  Au  trois-huitième  euviron 
de  la  grandeur  réelle. 


attaché  à la  boîte  au  moyen  de  deux  fils  d’or  et  de  quatre  trous; 
un  trou  de  chaque  côté  du  couvercle  et  un  trou  de  chaque  côté 
du  bord.  On  trouve  une  combinaison  semblable  dans  la  boîte 
qu’Arètè,  femme  du  roi  Alcinoüs,  remplit  de  présents  pour  Ulysse  ; 
car  voici  les  recommandations  qu’elle  lui  adresse  : ce  Regarde 
maintenant  toi -même  le  couvercle  et  noue  promptement  un 
nœud  sur  le  dessus,  de  peur  qu’on  ne  te  vole  pendant  le  voyage, 
quand  tu  te  reposeras  dans  un  doux  sommeil,  une  fois  embarqué 
sur  le  vaisseau  noirL  » 

Homère  ajoute  dans  les  vers  qui  suivent  immédiatement  : 

((  Mais  aussitôt  que  le  patient,  le  divin  Ulysse,  eut  entendu  ces 

1.  Odyssée,  VIII,  443-445  : 

AÙtoÇ  vOV  rSs  TTtbfXa,  botbç  5’  ItÙ  Ô£(7piOV  îïjXoV, 

[XT^xiç  TOI  xaô’  ôôbv  ôrjXv^asTat,  otiuot’  av  auxe 
evô^erba  yXuxùv  utivov,  tmv  ev  vr/l'  (/.eXaiVY). 


VASES  D’OK  AVEC  COUVERCLES. 


;285 


paroles,  il  ajusta  le  couvercle  et  fit  promptement  par-dessus  un 
nœud  compliqué  que  la  vénérable  Gircé  lui  avait  autrefois  pru- 
demment enseigné  f » 

Ces  passages  prouvent  clairement  que  les  coffres  et  les  boîtes 
qui  se  fermaient  par  de  semblables  combinaisons  étaient  d’un 
usage  général  au  temps  d’Homère.  Il  en  était  de  même  à Troie,  car 
j’y  ai  recueilli  des  centaines  de  vases  en  terre  cuite,  et  même  une 
boite  que  l’on  fermait  par  le  même  procédé  ^ On  voit  des  vases 
en  terre  cuite  de  la  même  espèce  dans  la  petite  collection  de 
poterie  préhistorique  de  l’École  française  d’Athènes.  Ils  ont  été 
trouvés  dans  une  cité  préhistorique  de  l’île  de  Théra,  sous  une 
couche  de  pierre  ponce  et  de  cendres  volcaniques  de  60  pieds 
(18  mètres)  d’épaisseur.  Ces  pierres  et  ces  cendres  avaient  été 
lancées  par  ce  grand  volcan  central  qui,  d’après  les  géologues 
les  plus  compétents,  doit  s’être  affaissé  dans  la  mer  et  y avoir 
disparu  vers  1700-1800  avant  Jésus-Christ. 

A Mycènes,  tous  les  coffres  et  toutes  les  boîtes  ont  du  avoir  le 
même  système  de  fermeture,  c’est-à-dire  un  fd  passé  à travers  des 
trous  pratiqués  dans  le  couvercle  et  dans  le  bord  de  la  boîte  , 
puisque  tous  les  vases  d’or  munis  de  couvercles  que  j’ai  trouvés 
ici  se  ferment  de  la  même  façon.  La  boîte  de  la  figure  318  est  tout 
unie  et  sans  aucun  ornement. 

Le  beau  vase  d’or  de  forme  sphérique  (fig.  319)  a une  anse  de 
chaque  côté  et  une  troisième  sur  le  couvercle  ; le  couvercle  porte 
encore  le  fil  d’or  qui  l’attache  au  vase  en  passant  par  le  trou  du 
bord.  Ce  vase  n’a  pour  tout  ornement  que  deux  cordes  en  relief 
à la  naissance  du  cou.  Les  deux  vases  d’or  (fig.  320  et  322) 


1.  Ochjssée,  44.6-448  : 

A'jxàp  £7îe\  Toy’  axo'jcre  tzoXvxIolq  oÎoç  'OSuo’O’Suç, 
a'jTi'x’  £7rrjpT-u£  7r&[xa,  6otbç  ô’sut  ÔEcabv  îVi'Xev 
TTOixtXov,  ov  nazi  [xtv  ôsoas  Tcoxvia  Ktpxr;. 

Dans  VOdyssée  (II,  354),  Télémaque,  faisant  ses  préparatifs  pour  son  voyage  à Sparte,  ordonne^ 
à sa  nourrice  Eurycléa,  de  remplir  de  vin  douze  amphores,  et  de  les  fermer  avec  des  couvercles; 
mais  il  fallait  que  ces  couvercles  fussent  bien  hermétiquement  ajustés  quand  il  s'agissait  de 
liquides  : 

A(jüO£xa  ô’£[X7iX-/]a-ov,  xac  TTcopiacrtv  àp<Tov  arcavxaç. 

2.  Voyez  VAtlas  des  Antiquités  troyennes,i^\.  78,  fig.  1661  et  166:2;  pl.  105,  tig.  2313;  pl.  129, 
fig.  3490  a-b. 


286 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


et  la  boîte  d’or  (fig.  321)  ont  aussi  des  trous  dans  le  couvercle 
et  dans  le  bord  pour  passer  le  fd  d’or  qui  les  reliait  ensemble. 


Fi(i.  31'J.  — Va.se  d’ur,  do. il  lo  couvercle  est  relciiu  [lar  lui  lil  d’or.  Troisième  tombeau. 

Au  sept-dixième  de  la  grandeur  réelle. 

La  figure  320  a une  petite  anse  de  chaque  côté  et  une  plus 
grande  sur  le  couvercle  ; elle  est  décorée  de  lignes  [courbes  en 


Fig.  320,  321  et  322.  — Trois  objets  en  or.  Troisième  tombeau.  An  deux  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 

relief.  La  jolie  boîte  de  la  figure  321  n’a  qu’une  petite  anse  sur  le 
couvercle  et  pas  d’ornements.  Le  beau  vase  de  la  figure  322  a une 
nnse  de  chaque  côté,  et  sur  le  couvercle  une  troisième  qui  est 


BOITES  FORMÉES  DE  PLAQUES  DE  CUIVRE. 


287 


plus  considérable.  Il  n’a  pas  d’ornementation.  On  voit  sortir  du 
couvercle  le  long  fil  d’or  qui  rattachait  le  couvercle  au  bord  du 
vase.  Ces  divers  objets  et  tous  ceux  qui  ont  été  précédemment 
décrits  sont  travaillés  au  repoussé.  J’ai  trouvé  en  outre,  dans  ce 
tombeau,  un  vase  d’argent  uni  qui  n’a  qu’une  seule  anse. 

Dans  la  partie  est  du  tombeau  on  a découvert  quatre  boîtes 
formées  de  plaques  de  cuivre  (lig.  323)  ; toutes  les  quatre  sont 


Fig.  323.  — Boîte  l'oniiée  de  plaques  de  cuivre  et  remplie  de  bois.  Troisième  tombeau. 
Au  trois-di.xièmc  environ  de  la  grandeur  réelle. 


remplies  de  morceaux  de  bois  très-bien  conservés,  et  qui,  dans 
le  haut  des  boites  seulement  ont  été  en  partie  carbonisés  par 
le  feu  du  bûcher  funéraire.  Chacune  de  ces  boites  a 10  pouces 
(0'“,25)  de  long,  5 pouces  (0“,i25)  de  haut  et  4 pouces  l 
de  large.  Les  plaques  de  cuivre  qui  forment  les  côtés  sont  soudées 
ensemble  ; nulle  part  on  n’y  trouve  de  clous,  excepté  le  long  du 
bord  supérieur  qui  est  à découvert  et  où  l’on  voit  vingt  longs  clous 
de  cuivre.  Ces  clous  ont  été  enfoncés  de  l’extérieur  et  forment 
une  grande  saillie  à l’intérieur.  On  se  demande  naturellement 
ce  que  signifie  leur  présence  en  cet  endroit.  Je  ne  puis  me  l’expli- 
quer qu’en  supposant  qn’il  y a eu  de  ce  côté  de  la  boîte  une 
épaisse  plaque  de  bois  fixée  par  les  clous  de  cuivre  et  qui  aurait 


lÆ  TROISIÈME  TOMBEAU. 


été  brûlée  par  le  feu  du  bûcher.  Je  suppose  que  ces  boites  de 
cuivre,  remplies  de  bois,  pouvaient  servir  d’oreillers  pour  les 
morts  et  peut-être  même  pour  les  vivants  ; car,  dans  tous  les  cas, 
elles  ne  sont  pas  plus  dures,  elles  le  sont  même  moins,  que  les 
oreillers  d’albâtre  ou  de  marbre  trouvés  dans  les  tombeaux  égyp- 
tiens et  dont  plusieurs  sont  conservés  au  Musée  Britannique.  Je 
me  suis  imaginé  d’abord  que  le  bois  contenu  dans  ces  boîtes 
était  peut-être  du  bois  de  santal  qui  aurait  servi  à parfumer 
le  tombeau  pendant  que  le  bûcher  funéraire  était  en  feu;  mais 


Fig.  324.  — Vase  de  terre  cuite.  Troisième  tombeau.  Au  sept-di.xième  de  la  grandeur  réelle. 

j’ai  renoncé  à cette  explication,  en  songeant  qu’il  n’eût  servi  à 
l’ien  de  mettre  ce  bois  odoriférant  dans  les  boîtes  et  de  l’y  main- 
tenir renfermé  à l’aide  de  longs  clous;  d’ailleurs,  s’il  y avait 
été  mis  dans  cette  intention,  il  y en  aurait  eu  davantage  de  brûlé. 
Peut-être  tout  simplement  le  bois  précieux  avait-il  été  importé  de 
l’Inde  dans  ces  petites  boîtes.  Dans  l’état  oû  il  se  trouve  présen- 
tement, il  est  absolument  impossible  de  reconnaître  de  quelle 
espece  d’arbre  il  provient.  Toutes  ces  boîtes  ont  été  trouvées  près 
de  la  tête  des  morts,  mais  aucune  dessous. 

La  figure  324  représente  un  petit  vase  de  terre  cuite  façonné  à 
la  main.  Le  fond  est  d’un  jaune  clair;  sur  ce  fond  se  dessine 
en  rouge  foncé  l’ornementation  suivante  : trois  bandes  circulaires 
surmontées  d’une  spirale  qui  entrelace  huit  cercles;  chacun  de 


OBJET  EX  ALBATHE. 


289 


ces  cercles  contient  une  feuille  de  palmier;  les  cercles  sont 
séparés  par  deux  grosses  taches  rondes  : nue  au-dessus,  l’autre 
au-dessous  de  la  spirale. 

La  fignre  825,  qui  à première  vue  semble  taillée  dans  un 
coquillage,  est  en  réalité  un  objet  d’albâtre;  il  représente  deux 
mains  juxtaposées  qui  forment  un  creux;  tous  les  doigts  sont 
distincts.  Il  est  difbcile  d’explif[uer  (|uel  a pu  être  l’usage  d’un 


Fig.  325.  — Objet  en  albâtre.  Troisième  tombeau.  Au  sept-cli.\ième  de  la  grandeur  réelle. 


pareil  objet,  car  il  est  trop  lourd  pour  avoir  servi  de  cuiller  ou 
de  truelle. 

Dans  le  même  tombeau  j’ai  trouvé  un  troisième  morceau  de 
cristal  de  roche  d’un  très-beau  [)oli;  il  forme  un  peu  plus  (run 
hémisphère;  le  fond  est  perce  d’un  trou  an  milieu;  il  y a un 
autre  trou  dans  cliacim  des  côtés.  L’intérieur  est  orné  de  pein- 
tures d’un  rouge  brillant.  Je  ne  puis  m’expliquer  l’usage  de  cet 
objet;  sans  les  peintures,  je  croirais  qu’il  provient  de  la  poignée 
d’un  sceptre;  mais  les  peintures  m’empêclieut  de  m’arrêter  à 
cette  supposition. 

Voici  encore  d’autres  objets  trouvés  dans  ce  tombeau  : un  vase 
d’argent  bien  conservé,  mais  sans  aucun  ornement;  — 


MVCKXKS. 


un  vase 

19 


290 


LE  TROISIÈME  TOMBEAU. 


d’argent,  brisé,  avec  ornementation  de  spirales  ; — une  coupe 
d’argent,  brisée,  tout  unie  ; — un  vase  d’argent  orné  d’une  bande 
horizontale  de  douze  étoiles  d’or  au  repoussé;  malheureusement, 
il  est  en  si  mauvais  état  qu’on  n’a  pu  le  photographier;  — un 
grand  couteau  de  bronze  à manche  de  bois  ; — l’orifice,  plaqué 
de  cuivre,  d’un  grand  vase;  ce  vase,  selon  l’opinion  du  professeur 
Landerer,  est  une  composition  d’argent  et  de  plomb  ; peut-être 
l’orifice  n’a-t-il  été  plaqué  de  cuivre  que  pour  que  le  cuivre  pùt 
être  ensuite  plaqué  d’or;  — une  tasse  d’albàtre  ; — un  vase  de 
cuivre  réduit  en  morceaux;  — deux  grands  vases  de  cuivre  à 
deux  anses;  — - un  grand  chaudron  de  cuivre  (lé^riç)  à deux 
anses;  — et  deux  autres  chaudrons  k trois  anses;  ces  chaudrons 
sont  pareils  à ceux  qui  ont  été  trouvés  dans  le  quatrième  touTbeau 
et  dont  on  verra  les  gravures  au  chapitre  suivant. 

On  a trouvé  aussi,  dans  le  troisième  tombeau,  une  grande  quan- 
tité de  fragments  provenant  de  vases  façonnés  à la  main  ou  de 
très-anciens  vases  de  terre  cuite  fabriqués  au  tour;  — enfin  une 
longue  pierre  bien  polie , de  forme  presque  ovale , qui , selon 
M.  Eustratiadès,  peut  avoir  servi  de  contre-poids  pour  faire 
fermer  une  porte. 


Fig.  326.  — Masque  d’or  eu  forme  de  têle  de  lion.  (Quatrième  tombeau. 
Au  trois-dixième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  VIII 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU  DE  l’ ACROPOLE  DE  MYCÉNES 


Continuation  des  fouilles  dans  l’agora  aux  endroits  où  il  n’y  avait  pas  de  stèles  pour  diriger  les 
recherches.  — Découverte  d’un  autel  de  construction  cyclopéenne;  cet  autel  se  trouve  au-dessus 
du  centre  du  grand  tombeau,  qui  est  le  quatrième.  — Ce  tombeau  contient  les  corps  de  cinq 
hommes,  brûlés  à l’endroit  même  ou  ils  reposent,  chargés  de  bijoux  et  recouverts  d'une  couche 
d’argile  blanche.  — Objets  découverts.  — Chaudrons  de  cuivre.  — Dans  un  de  ces  chaudrons,  cent 
boutons  plaqués  d’or  ornés  d’intailles.  — Ce  qu’Homèrc  dit  des  chaudrons.  — Tête  de  vache  en 
argent,  avec  des  cornes  d’or  et  un  soleil  d’or  sur  le  front  : c’est  une  image  de  Hèra.  — Têtes  de 
vaches  avec  des  haches  entre  les  cornes.  — Épées  et  lances  en  bronze.  — Fourreaux  de  bois  dorés 
et  gardes  d’épée  ornées  de  clous  d’or.  — Trois  masques  d’or  couvrant  le  visage  des  morts.  — 
Quatrième  masque  représentant  une  tête  de  lion.  — Deux  anneaux  à cachet  et  bracelet,  avec 
ornements.  — L’état  de  l’art  correspond  à celui  que  décrit  Homère.  — Cuirasses  d’or  sur 
deux  des  corps.  — Couronne  d’or  près  de  la  tête  d’un  autre.  — Ornement  d’or  des  jambières. 
— Le  borax  servait  alors,  comme  aujourd’hui,  pour  souder  l’or.  — Plusieurs  exemplaires  du 
oéuaç  àp.pty.'j7rs).)ov,  et  autres  vases  d’or  et  d’argent.  — Grande  coupe  d’or,  avec  des  colombes 
sur  les  deux  anses;  elle  rappelle  la  coupe  de  Nestor  dans  V Iliade.  — Vases  en  terre  cuite,  à 


L 


m 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


deux  anses,  modelés  à la  main,  pareils  à ceux  de  Troie.  — Ornements  d’albàtre.  — Baudriers 
d’or  (Te>a[ji.û)V£ç),  — Autres  objets  trouvés  dans  le  tombeau,  en  cristal,  ambre,  albâtre.  — 

— Diadèmes  d’or,  dont  quelques-uns  semblent  faits  pour  des  enfants;  ceinture  d’enfant; 
bandeau  ou  belle-Hélène,  et  autres  ornements  d’or.  — Haches  d’armes  à deux  tranchants.  — 

— Les  Grecs  en  faisaient  un  symbole,  particulièrement  à Ténédos.  — Fourche  funéraire  en 
cuivre.  — Couvercles  de  vases  en  os.  — Vase  d’argent  et  de  plomb  ayant  la  forme  d’un  animal. 

— Boutons  de  bois,  plaqués  d’or,  avec  de  magnifiques  ornements.  — Dessins  et  exécution  de 
ces  ornements.  — Centaines  de  fleurs  d’or,  de  boutons  unis , et  autres  ornements  d’or.  — 
Boutons  d’or  plus  grands,  magnifiquement  ornés.  — Feuilles  d’or  répandues  à profusion  sous 
les  corps,  dessus  et  autour.  — Peigne  de  bois  à manche  d’or.  — Modèles  de  temples  en  or. 

— Plusieurs  seiches  en  or.  — Pommeaux  pour  gardes  d’épées , magnifiquement  décorés. 

— Pointes  de  lïèches  en  obsidienne.  — Dents  de  sanglier.  — Grands  vases  de  cuivre.  — 
Habitude  de  placer  des  vases  de  cette  nature  dans  les  tombeaux.  — Trépied  de  cuivre.  — 
Usages  divers  du  trépied  dans  Homère.  — Épées,  lances  et  couteaux  de  bronze.  -^Plusieurs 
épées  avec  des  morceaux  de  leurs  fourreaux  de  bois,  des  pommeaux  eu  albâtre,  des  clous 
d’or,  etc.  — Restes  de  fourreaux  en  toile.  — Écailles  d’huîtres  et  huîtres  non  ouvertes.  — 
Poterîe  brisée  indiquant  une  coutume  funéraire  qui  existe  encore.  — Les  os  des  morts.  — 
Vases  d’albâtre.  — Poterie  modelée  â la  main  et  très-ancienne  poterie  fabriquée  au  tour.  — 
Fragments  de  coupe  d’une  forme  caractéristique,  tantôt  en  terre  cuite  et  tantôt  en  or.  — 
Autre  type  de  coupe.  — Deux  pierres  à aiguiser.  — Une  poignée  d’un  travail  unique,  en 
or,  avec  incrustation  de  cristal  de  roche  : 6a0[ji,a  loéaOat. 

Mycènes,  6 décembre  1876. 

Encouragé  par  le  succès,  je  résolus  de  fouiller  le  reste  de  l’es- 
pace renfermé  par  le  double  cercle  parallèle  de  dalles  qui  forme 
l’enceinte  de  l’agora,  et  mon  attention  se  porta  tout  particulière- 
ment sur  le  terrain  qui  est  immédiatement  à l’ouest  du  dernier 
tombeau  que  j’avais  fouillé,  et  cependant  aucune  stèle  ne  me 
signalait  cet  emplacement.  Le  sol,  bien  dilférent  en  cet  endroit  de 
ce  qu’il  est  partout  ailleurs,  n’est  qu’une  terre  noire  où  déjà,  à 
la  profondeur  de  15  pieds  (4“‘,50),  on  ne  trouve  que  de  la  poterie 
façonnée  à la  main  et  de  la  poterie  très-ancienne  faite  au  tour  : 
j’en  conclus  que  le  terrain  n’avait  pas  été  remué  depuis  une 
antiquité  reculée  ; cette  circonstance  accrut  l’espoir  que  j’avais 
de  faire  une  découverte  intéressante. 

A une  profondeur  de  20  pieds  (6  mètres)  au-dessous  de  la  sur- 
face primitive  du  monticule,  j’atteignis  une  masse  presque  circu- 
laire de  maçonnerie  cyclopéenne,  qui  offrait  une  grande  ouverture 
circulaire  en  forme  de  puits;  cette  maçonnerie  avait  4 pieds  (i'“,20) 
de  haut,  et  mesurait  7 pieds  (2'",  10)  du  nord  au  sud,  et  5 pieds  J 
(i'”,575)  de  l’est  à l’ouest  b Dans  ce  curieux  monument,  je  reconnus 

1.  Voyez  le  plan  F,  pour  le  plan,  la  vue  de  l’autel,  et  une  coupe  du  terrain  de  l’autel  lui-même 
et  du  quatrième  tombeau. 


UN  AUTEL  SUR  UNE  TOMBE. 


293 


tout  de  suite  un  autel  primitif,  destiné  à la  célébration  des  rites 
funéraires  ; je  fus  confirmé  dans  cette  opinion  par  la  présence  de 
deux  dalles  en  forme  de  pierres  sépulcrales  de  2 pieds  | (0‘",825) 
de  long  sur  1 pied  I (0"',45)  de  large,  et  par  celle  d’une  courte 
colonne  couchée  horizontalement  au-dessous  de  l’autel;  cette 
colonne,  selon  moi,  doit  avoir  été  érigée  en  cet  endroit  pour 
marquer  l’emplacement  d’un  tombeau.  Des  fragments  d’une  belle 
poterie  façonnée  à la  main  ou  d’une  très-ancienne  poterie  faite  au 
tour, ainsi  que  des  couteaux  d’obsidienne,  sont  les  seuls  produits 
de  l’industrie  humaine  que  j’aie  continué  à trouver  en  cet  endroit. 

Enfin,  à une  profondeur  de  26  pieds 5 (7"\95)  et  à 4 pieds  7 pouces 
(l"b375)  seulement  du  tombeau  que  j’ai  décrit  en  dernier  lieu, 
j’en  ai  trouvé  un  autre  de  24  pieds  (7"',20)  de  long,  et  de  18  pieds  I 
de  large.  Ce  tombeau  avait  été  taillé  dans  le  roc  à une  pro- 
fondeur de  6 pieds  (1"',80)  du  côté  ouest,  de  10  pieds  (3  mètres) 
du  côté  nord,  de  8 pieds  (2*'', 40)  du  côté  sud,  et  de  6 pieds | (1™,95) 
du  côté  est.  Le  fond  de  ce  tombeau  est  à 33  pieds  (10  mètres) 
au-dessous  de  la  surface  primitive  du  monticule  b 

Voici  un  point  qui  mérite  de  fixer  l’attention  : c’est  que  l’autel 
funéraire  marquait  juste  le  centre  de  ce  tombeau  ; il  n’est  donc 
pas  douteux  qu’il  n’ait  été  érigé  en  l’honneur  des  morts  dont  les 
restes  y reposaient. 

Tout  autour  des  quatre  côtés  du  fond  du  tombeau  s’élevait,  sur 
une  fondation  de  grosses  pierres  communes,  un  mur  incliné,  de 
7 pieds  I (2”", 30)  de  haut,  composé  de  gros  morceaux  de  schiste 
de  forme  irrégulière,  qui  avaient  été  joints  avec  de  l’argile.  Ce 
mur  faisait  une  saillie  de  4 pieds  (l‘",20),  et  par  conséquent  dimi- 
nuait considérablement  la  dimension  du  tombeau.  Comme  dans 
les  autres  tombeaux,  le  fond  était  recouvert  d’un  lit  de  cailloux 
sur  lequel,  à distance  à peu  près  égale  les  uns  des  autres,  gisaient 
les  corps  de  cinq  hommes.  Trois  d’entre  eux  avaient  la  tété  du 
côté  de  l’est  et  les  pieds  du  côté  de  l’ouest  ; les  deux  autres 
avaient  la  tête  tournée  du  côté  du  nord  et  les  pieds  du  côté  du  sud. 


1.  Voyez  les  plans  B,  BB,  C,  et  la  planclie  VI. 


m LE  QUATKIÈME  TOMBEAU. 

Évidemment  les  corps  avaientélé  brûlés  àla place  même  oùchacun 
d’eux  reposait;  ce  qui  le  prouvait,  c’était  la  quantité  de  cendres 
qu’il  y avait  sur  chacun  des  corps,  et  à côté  de  lui,  c’étaient  aussi 
les  marques  laissées  par  le  feu  sur  les  cailloux  et  sur  le  mur  de 
schiste.  La  crémation  de  tous  les  corps  sur  le  lit  de  cailloux,  au 
fond  même  de  ce  tombeau  aussi  bien  qu’au  fond  de  tous  les  autres, 
a été  officiellement  constatée  par  les  trois  employés  du  gouver- 
nement envoyés  par  le  directeur  général  des  Antiquités  de^ Grèce, 
le  professeur  Panagiotès  Eustratiadès,  pour  m’aider  à garder  les 
trésors.  Elle  a été  constatée  aussi  parle  professeur  d’archéologie, 
Phendiklès,  qui  a passé  ici  deux  semaines  avec  moi,  et  enfin  par 
les  milliers  de  personnes  qui  affluent  ici  de  toutes  les  parties  de 
l’Argolide  pour  voir  ces  merveilles.  En  conséquence,  quiconque 
éprouverait  des  doutes  sur  l’exactitude  de  mon  exposé  au  sujet  de 
cette  crémation,  est  prié  de  s’adresser  au  susdit  directeur  général 
ou  au  ministère  de  l’instruction  publique,  à Athènes. 

Les  cinq  corps  de  ce  quatrième  tombeau  étaient  littéralement 
ensevelis  sous  les  bijoux,  et  ces  bijoux — comme  ceux  des  autres 
tombeaux  — portent  des  traces  visibles  des  feux  funéraires. 

Ici,  comme  dans  le  premier  et  le  troisième  tombeau,  j’ai  remar- 
qué que,  pour  une  raison  qui  m’échappe,  les  corps  brûlés,  avec 
leurs  ornements  d’or,  avaient  été  recouverts,  après  la  crémation, 
d’une  couche  de  3 ou  4 pouces  (0"h075-0'“,10)  d’épaisseur  de  la 
même  argile  blanche  qui  avait  servi  à joindre  les  morceaux  de 
schiste  du  mur  incliné  à l’intérieur  du  tombeau.  Sur  cette  couche 
d’argile  était  placé  le  second  lit  de  cailloux.  Jusqu’à  I pied  envi- 
ron (0"‘,30)  au-dessus  du  premier  lit  de  cailloux,  le  travail  des 
fouilles  ne  présente  aucune  difficulté  ; nous  n’avons  qu’à  indiquer 
aux  travailleurs  l’endroit  précis  oû  ils  doivent  creuser.  Mais,  à 
partir  de  ce  point,  nous  sommes  forcés  de  faire  le  travail  nous- 
mêmes  ; c’est  une  besogne  très-difficile  et  très-pénible  pour  nous, 
surtout  pendant  cette  saison  pluvieuse;  car,  pour  creuser,  il  faut 
absolument  que  nous  soyons  à genoux  et  que  nous  enlevions  soi- 
gneusement la  terre  et  les  pierres  avec  nos  couteaux,  afin  de  ne 
détériorer  ou  de  ne  perdre  aucun  des  ornements  d’or. 


VASES  DE  CUIVRE  SANS  SOUDURE. 


295 


Eli  commençant  à explorer  les  couches  inférieures  de  ce  tom- 
beau, à partir  du  côté  sud,  j’ai  découvert  tout  de  suite  cinq  grands 
vaisseaux  de  cuivre  (Xsêvjtsç,  chaudrons).  Dans  l’un  de  ces  chau- 
drons il  y avait  un  nombre  rond  de  cent  boutons,  les  uns  très- 
grands,  les  autres  plus  petits;  ces  boutons  sont  en  os,  plaqués 
d’or,  avec  de  magnifiques  spirales  en  intaille  et  autres  ornements. 
Trois  des  vases  de  cuivre  mesurent  chacun  de  14  à 20  pouces 
(0“b35  à 0™,50)  de  diamètre  et  ont  deux  anses  verticales;  le  qua- 
trième, de  la  même  forme  que  les  autres,  a trois  anses  ; le  cin- 
quième est  une  cruche  haute  de  1 pied  \ (0™,525)  ; elle  a deux 
anses,  dont  rime  est  fixée  par  des  clous  à l’orifice  et  au  haut  de 
la  panse  du  vase,  tandis  que  la  seconde  anse  est  fixée  à la  partie 
inférieure.  Ces  cinq  vases  de  cuivre  étaient  debout,  près  du  mur 
intérieur,  du  côté  sud. 

Nous  voyons,  dans  Vlliade,  des  allusions  continuelles  aux  vases 
de  cuivre  (XsSyjtsç)  aussi  bien  qu’aux  trépieds , comme  prix  dans 
les  jeux  ou  comme  présents*.  Mais,  dans  V Odyssée,  il  en  est 
généralement  fait  mention  comme  de  bassins  où  l’on  se  lavait  les 
mains  pendant  le  sacrifice  ou  avant  le  repas  \ On  s’en  servait 
aussi  pour  le  bain  de  pieds  ^ Il  faut  remarquer  que  trois  des 
cinq  vases  de  cuivre,  et  notamment  la  cruche,  portent  des  traces 
non  équivoques  d’un  long  service  sur  le  feu.  C’est  un  fait  notable, 
qu’il  n’y  a de  soudure  dans  aucun  des  grands  vases  de  cuivre 
provenant  soit  de  ce  tombeau,  soit  de  tout  autre  des  tombeaux 
mycéniens  ; ces  grands  vases  se  composent  tout  simplement  de 
plaques  de  cuivre  solidement  jointes  ensemble  par  d’innombrables 
petits  clous.  Toutes  les  anses  sont  également  attachées  aux  vases 
par  des  clous  h large  tête. 

Près  du  vase  de  cuivre  qui  contenait  les  boutons  d’or,  j’ai 
trouvé  une  tête  de  vache  en  argent,  avec  deux  longues  cornes 
d’or,  que  je  représente  dans  les  figures  327  et  328. 


1.  Iliade,  IX,  123,  265;  XXIII,  259  et  267;  XXIV,  233;  Odijssée,\l\\.  13, 

2.  Od.,  I,  137  ; III,  440. 

3.  Od,,  XIX,  386,  469. 


296 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU 


Fig.  327.  — Tète  de  vaclie  en  argent,  avec  cornes  d’or.  Quatrième  tombeau. 

Au  sept-vingtième  environ  de  la  grandeur  réelle. 

Nota.  — La  légère  différence  qu’il  v a enire  la  dimension  de  celte  tète  et  celle  de  la  ligure  3-28 
est  purement  acci.lentelle  ; elle  proviènt  de  ce  que  les  gravures  ont  été  exécutées  par  deux 
artistes  différents 


MERVEILLEUSE  TÊTE  DE  VACHE 


297 


Fig.  328.  — Autre  vue  de  la  tôte  de  vache  en  argent,  avec  cornes  d’or.  Quatrième  tombeau, 


298 


LE  quatrième  tombeau. 


Cette  tête  de  vache  porte  sur  le  front  un  ornement  magnifique  : 
c’est  un  soleil  d’or  de  2 pouces  I (0"',055)  de  diamètre  ; sur  le 
milieu  de  la  tête,  il  y a un  trou  rond  qui  peut  avoir  servi  à 
mettre  des  fleurs.  Je  rappelle  ici  au  lecteur  que  l’Apis  égyptien 
est  représenté  avec  un  soleil  entre  les  cornes. 

Il  est  évident  que  l’orfévre  mycénien  ne  connaissait  pas  l’art 
de  plaquer  l’or  sur  l’argent;  car,  toutes  les  fois  qu’il  avait  à le 
faire,  il  commençait  par  plaquer  le  cuivre  sur  l’argent,  puis 
il  plaquait  l’or  sur  le  cuivre.  C’est  ce  qu’il  a fait  pour  cette 
tête  de  vache,  dont  il  avait  à plaquer  le  mufle,  les  yeux  et  les 
oreilles  ; il  a commencé  par  les  plaquer  de  cuivre,  et  c’est  sur  le 
cuivre  qu’il  a plaqué  l’or.  Sur  le  mufle,  le  plaqué  d’or  est  très- 
bien  conservé,  mais  il  a presque  entièrement  disparu  des  yeux  et 
des  oreilles.  On  ne  peut  douter  que  cette  tête  de  vache  n’ait  été 
destinée  à représenter  la  déesse  Hèra , divinité  protectrice  de 
Mycènes. 

Dans  le  même  tombeau  ont  encore  été  trouvées  trente-cinq  têtes 


Fig.  329  et  330,  — Deux  têtes  de  vaches  en  or  avec  des  doubles  haches.  Grandeur  réelle. 

de  vaches,  semblables  aux  figures  329et330;  formées  d’une  feuille 
d’or  très-mince,  elles  ont  une  double  hache  entre  les  cornes.  Six  de 
ces  têtes  de  vaches  sont  assez  bien  conservées;  les  vingt-neuf  autres 
sont  plus  ou  moins  mutilées.  J’ai  ramassé  en  outre  une  grande 
masse  de  débris  de  têtes  de  vaches  semblables. 

Je  discuterai  plus  loin  le  symbole  de  la  double  hache,  qui  se 
retrouve  à plusieurs  reprises  dans  ces  tombeaux.  Je  voudrais  ici 


MONCEAU  D’ÉPÉES  ET  DE  LANGES. 


299 


appeler  ratteiitioii  sur  les  trois  têtes  de  vaches  à longues  cornes 
(dont  deux  seulement  sont  en  or,  et  la  troisième,  à ce  qu’il 
semble,  en  argent),  qui  figurent  parmi  les  offrandes,  sur  les 
peintures  murales  d’un  tombeau  de  Thèbes,  conservées  au  Musée 
Britannique.  Les  deux  têtes  d’or  sont  portées  par  des  Asiatiques, 
sur  des  vases  d’or,  tandi's  que  la  tête  de  vache  en  argent  est 
offerte  par  des  Égyptiens.  J’appelle  aussi  l’attention  sur  les 
Voyages  en  Éthiopie,  de  M.  G. -A.  Hoskins  (p.  330);  on  y trouve 
la  reproduction  d’une  peinture  murale  tirée  d’un  tombeau  de 
Thèbes;  cette  peinture  représente  une  grande  procession,  dans 
laquelle,  entre  autres  présents,  il  y a des  anneaux  et  quatre  têtes 
de  vaches  avec  de  longues  cornes  : tous  ces  objets  semblent  être 
en  or. 

En  poursuivant  mes  fouilles  de  l’est  à l’ouest,  je  découvris  un 
monceau  de  plus  de  vingt  épées  de  bronze  et  d’un  grand  nombre 
de  lances.  La  plupart  des  épées  avaient  eu  des  fourreaux  en  bois 
et  des  gardes  également  montées  en  bois,  dont  on  pouvait  voir 
encore  de  nombreux  débris.  Tout  le  long  du  monceau  d’épées, 
et  dans  le  monceau  même,  j’ai  trouvé  étendues  en  ligne  beaucoup 
de  plaques  rondes  en  or  ornées  de  belles  intailles,  et  des  restes 
de  rondelles  en  bois,  qui  avaient  autrefois  formé  une  ornemen- 
tation continue  de  chaque  côté  des  fourreaux  d’épée.  La  plus 
grande  plaque  se  trouvait  à l’extrémité  la  plus  large  du  fourreau, 
et  la  plus  petite  plaque  à l’extrémité  opposée.  Les  gardes  en  bois 
des  épées  avaient  été  pareillement  ornées  de  gTandes  plaques 
rondes  couvertes  d’un  riche  travail  en  intaille.  L’espace  qui  restait 
entre  les  plaques  a été  constellé  de  petits  clous  d’or,  et  l’on 
peut  voir  des  clous  d’or  sur  les  gros  pommeaux  en  bois  ou  en 
albâtre  des  gardes  d’épées.  Sur  les  épées  et  sur  les  débris  des 
fourreaux,  et  tout  autour,  on  remarquait  en  grande  quantité  une 
fine  poudre  d’or,  dont  la  présence  prouve  évidennuimt  que 
gardes  et  les  fourreaux  avaient  été  aussi  dorés. 

Quelques-unes  des  hampes  de  lances  semblaient  bien  conser- 
vées; mais  elles  tombèrent  en  poussière  au  contact  de  fair.  Mal- 
heureusement, les  crânes  des  cinq  squelettes  étaient  dans  un  état 


300 


lÆ  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


de  décomposition  si  avancé,  qu’il  a été  impossible  d’en  conserver 
un  seul  en  entier.  Les  deux  corps  dont  la  tête  était  tournée  vers 
le  nord  avaient  le  visage  recouvert  de  grands  masques,  faits  de 
plaques  d’or  grossièrement  travaillées  au  repoussé.  Par  malheur, 
un  de  ces  masques  a tant  souffert  du  feu  funéraire  et  du  poids 
énorme  des  pierres  et  des  décombres,  de  plus  la  cendre  y 


Fig.  331.  — Masque  d’or,  trouvé  sur  la  face  d’un  des  morts.  Quatrième  tombeau. 
Au  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 


adhérait  si  fortement,  qu’il  a été  impossible  d’en  prendre  une 
bonne  photographie.  Cependant,  il  suffit  de  le  considérer  quel- 
ques minutes  pour  se  faire  une  idée  assez  juste  des  traits.  Il 
représente  une  grande  figure  ovale,  jeune,  avec  un  front  élevé, 
un  long  nez  grec  et  une  petite  bouche  à lèvres  minces;  les  yeux 
sont  fermés,  mais  les  cils  et  les  sourcils  sont  bien  indiqués. 

Le  second  masque  (fig.  331)  représente  une  physionomie  tout 
à fait  différente.  La  face  est  ronde,  les  joues  pleines  et  le  front 
peu  développé  ; le  nez  ne  continue  pas  le  front  en  ligne  droite 


PORTRAITS-MASQUES  EN  OR. 


301 


comme  dans  raiitre  masque;  la  bouche  est  petite  et  les  lèvres 
épaisses;  les  yeux  sont  fermés;  les  cils,  ainsi  que  les  sourcils 
qui  se  rejoigueiit,  sont  assez  bien  représentés. 

Un  ti*oisième  masque,  formé  d’une  plaque  d’or  beaucoup  plus 


Fig.  332.  — Masque  d’or.  Quatrième  loinbeaii.  Au  Irois-luiitièmc  environ  de  la  grandeur  réelle. 


épaisse,  a été  trouvé  couvrant  le  visage  d’un  des  trois  corps  qui 
reposent  avec  la  tête  à l’est. 

Ce  masque,  dont  je  donne  la  gravure  (fig.  présente,  à sou 
tour,  une  physionomie  complètement  différente  des  deux  autres; 
les  rides  qui  sont  au-dessus  de  la  bouche,  à droite  et  à gauche. 


302 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


l’expression  de  la  bouche,  qui  est  très-grande  avec  des  lèvres 
très-minces,  ne  nous  permettent  pas  de  douter  que  nous  n’ayons 
sous  les  yeux  le  portrait  d’un  homme  plus  avancé  en  âge.  Le  front 
est  très-développé,  et  les  yeux  très-grands;  ils  sont  ouverts,  et 
l’on  n’y  voit  ni  cils  ni  sourcils  ; le  nez  a été  déprimé  par  les 
pierres,  et  n’a  plus  de  forme.  Dans  ce  masque  est  conservée  une 
partie  du  crâne  de  l’homme  dont  il  couvrait  la  figure. 

Les  physionomies  représentées  par  ces  trois  masques  diffèrent 
tellement  l’une  de  l’autre,  elles  sont  en  même  temps  si  complè- 
tement différentes  du  type  idéal  des  statues  de  dieux  et  de  héros, 
qu’on  peut  affirmer,  sans  l’ombre  d’un  doute,  que  chacun  des 
masques  représente  le  portrait  du  mort  dont  il  couvrait  la  figure. 
S’il  en  était  autrement,  tous  les  masques  auraient  représenté  le 
même  type  idéal. 

Un  quatrième  masque  d’or  massif  a été  trouvé  à la  tête  d’un 
autre  des  trois  corps  qui  avaient  la  tête  tournée  vers  l’est.  Cet  objet 
était  plié  en  deux  et  ressemblait  si  peu  à un  masque,  que  je  l’ai 
pris  tout  d’abord  pour  un  casque.  C’est  comme  casque  que  je'  l’ai 
décrit  dans  une  lettre  publiée  par  le  Times  le  27  décembre  dernier. 
Mais,  après  l’avoir  déplié,  je  m’aperçois  qu’il  n’a  rien  de  la  forme 
d’nne  coiffure  et  qu’on  n’a  pu  avoir  d’autre  dessein  que  d’en  faire 
nn  masque  pour  couvrir  la  face  du  mort  ; il  est  probable  qu’il 
avait  été  dérangé  par  hasard  pendant  la  crémation.  A première 
vue,  la  gravure  (fig.  326)  donne  plutôt  l’idée  d’une  blouse  que 
de  tout  autre  objet;  mais,  en  y regardant  de  plus  près,  on  dé- 
couvre qu’il  représente  une  tête  de  lion,  dont  on  distingue  nette- 
ment les  oreilles  et  les  yeux.  Comme  il  est  en  or  pur,  il  est  si  peu 
résistant,  qu’il  s’en  est  détaché  plusieurs  morceaux,  par  exemple 
un  morceau  du  sommet  de  la  tête,  un  autre  du  nez,  un  troisième 
des  mâchoires,  et  un  quatrième  de  la  crinière,  â la  gauche  du 
spectateur.  Mais  ces  morceaux  ont  été  recueillis  et  pourraient  être 
facilement  remis  en  place  par  un  habile  orfèvre.  Néanmoins  , 
malgré  tout  ce  qui  lui  manque,  en  l’état  où  il  est  maintenant,  on 
distingue  nettement  le  nez  du  lion  et  son  énorme  mâchoire  supé- 
rieure. A la  droite  du  spectateur,  on  voit  dans  le  boi'd  deux  petits 


CACHETS  ANTIQUES. 


303 


Irons  ronds,  et  il  y a deux  trous  pareils  dans  le  morceau  qui 
manque  du  coté  gauche.  Ces  trous  ont  dû  certainement  servir  à 
fixer  le  masque  sur  un  autre  objet.  Voici  un  fait  sur  leqnel  j’appelle 
rattention  : les  yeux  et  les  oreilles  de  cette  tête  de  lion  sont  d’une 

•J 

petitesse  disproportionnée  et  n’offrent  qu’une  très-grossière  repré- 
sentation de  la  nature. 

Ni  dans  Homère  ni  dans  aucun  des  classiques  postérieurs  on  ne 
trouve  aucune  allusion  à la  coutume  d’enterrer  les  morts  avec  des 
masques  reproduisant  leur  portrait  ou  même  avec  des  masques 
quelconques.  On  trouve  quelquefois  dans  des  tombeaux  égyptiens 
des  masques  de  bois;  mais  ces  masques  ne  représentent  qu’un 
type  idéal  et  jamais  un  portrait*.  Dans  un  tombeau,  près  de 
Kertch,  on  a aussi  trouvé  un  masque  de  femme,  qui  peut  repré- 
senter un  portrait^.  On  a trouvé  un  masque  de  bronze  à Nola  ^ 
J’ai  trouvé  aussi,  avec  les  trois  corps  dont  les  têtes  étaient 

A IJ 


Fig.  333.  — A,  B.  Deux  bagues  à cachet,  eu  or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

tournées  du  côté  de  l’est , deux  grandes  bagues  à cachet 
(fig.  333,  334  et  335)  et  un  grand  bracelet  d’or  (fig.  336).  Les 
figures  333  (A  et  B)  montrent  l’envers  des  bagues  àcacbet.  Les 
surfaces  des  deux  cachets  sont  légèrement  convexes  ; l’un  (fig.  334) 
représente,  en  intaille  très-archaïque,  un  chasseur  avec  son  co- 
cher dans  un  char  traîné  par  deux  étalons,  dont  les  huit  pieds  sont 
en  l’air  et  sur  une  ligne  parallèle  au  sol,  pour  montrer  avec  quelle 
impétuosité  ils  s’élancent  en  avant.  Leurs  queues  toutfues  se 

1.  Voyez  Caylus,  Recueil  d'antiquités,  1,  -il,  pl.  XI. 

2.  Antiquités  du  Bosphore  Cimniérien,  pl.  1.  Il  y est  fait  mention  aussi  d’un  masque  d’or  trouvé 
à Olbia. 

3.  Tischbein,  Recueil  de  gravures,  U,  1.  Il  y est  fait  mention  aussi  d’un  masuue  de  fer  pro- 
venant d’un  tombeau,  à Santa  Agata  dei  Goti. 


304 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


dressent  en  l’air  et  sont  très-naturelles,  ainsi  que  leurs  corps;  il 
n’en  est  pas  de  même  des  têtes  qui  ressemblent  beaucoup  plus  à des 
têtes  de  chameaux  qu’à  des  têtes  de  chevaux.  On  n’aperçoit  pas  de 
courroies  pour  attacher  les  chevaux  au  char,  qui  diffère  de  forme 
avec  ceux  que  lions  voyons  dans  les  sculptures  de  Mycènes,  car  ici 
les  côtés  sont  évidés  en  forme  de  croissants,  et  consolidés  par 
des  listels  en  saillie  qui  entourent  probablement  le  char,  du  moins 
de  trois  côtés.  Mais  la  roue  ressemble  exactement  à celles  des 
sculptures,  car  elle  n’a  que  quatre  rayons  qui  forment  une  croix 
autour  de  l’essieu. 

Les  deux  hommes  sont  nus  et  portent  tout  simplement  une 


Fig,  334  et  335.  — Intailles  sur  les  bagues  à cacliet.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


ceinture  autour  des  reins  ; comme  ils  ont  la  tête  une,  on  voit  que 
leur  chevelure  est  courte  et  épaisse;  tous  les  deux  portent  des 
boucles  d’oreilles.  Leurs  mâchoires  sont  très-saillantes,  et  ils  ont 
des  figures  très-archaïques,  surtout  le  cocher,  dont  on  voit  le 
corps  tout  à fait  de  face  pendant  que  sa  tête  est  tournée  de  prolil 
vers  la  droite;  ses  épaules  sont  trop  larges  et  trop  anguleuses 
et  en  disproportion  avec  le  reste  du  corps.  Le  chasseur,  qui 
semble  beaucoup  plus  jeune  que  son  compagnon,  se  penche  sur 
le  devant  du  char,  tenant  un  arc  dans  sa  main  gauche.  De  la 
main  droite  il  tire  la  corde  à lui  et  fait  le  geste  de  décocher  une 
flèche  sur  un  cerf  à longues  cornes  qui  fuit  devant  le  char,  et 
tourne  la  tête  comme  s’il  était  frappé  de  terreur.  On  remar- 
quera que  le  cerf  est  représenté  en  l’air  et  que  ses  pieds  de 


SCÈNE  DE  DATAJLLE  SUR  UN  ANNEAU. 


305 


derrière  sont  au  niveau  des  hommes  du  char,  tandis  que  ses  pieds 
de  devant  sont  encore  plus  haut.  D’ailleurs,  le  corps  de  ce  cerf 
ne  manque  pas  de  naturel.  L’objet  que  l’on  voit  juste  devant  les 
pieds  des  chevaux  est  destiné  à représenter  la  surface  du  sol,  bien 
que  la  courbure  de  l’anneâu  lui  donne  plutôt  l’apparence  d’un 
arbre.  Celui  qui  est  à la  fois  au-dessus  du  cerf  et  au-dessus  de 
l’archer  n’est  qu’un  pur  ornement,  qui  est  peut-être  destiné  à 
représenter  les  nuages;  M.  Newton  pense  qu’il  représente  des 
montagnes. 

La  scène  de  bataille  représentée  sur  l’autre  bague  à cachet  offre 
encore  plus  d’intérêt  (fig.  335)  ; nous  y voyons  quatre  guerriers, 
et  l’un  de  ces  guerriers  a évidemment  vaincu  les  trois  autres.  Un 
des  vaincus,  blessé,  est 'assis  sur  le  sol,  à la  droite  du  vainqueur, 
appuyé  sur  ses  mains.  Il  n’a  qu’un  casque  bas  de  forme  (yjjvi-fi) 
sur  la  tête  et  est  d’ailleurs  complètement  nu.  On  distingue  bien 
sa  barbe,  et  le  graveur  mycénien  s’est  donné  beaucoup  de  peine 
pour  représenter  l’anatomie  du  corps  ; bien  qu’il  soit  assis  avec 
les  jambes  étendues  de  profil  pour  l’œil  du  spectateur,  néanmoins 
toute  la  partie  supérieure  du  corps  est  vue  complètement  de  face 
et  sans  aucun  souci  des  lois  de  la  perspective. 

Le  second  guerrier  vaincu  semble  être  également  blessé,  car  il 
a un  genou  en  terre  devant  le  vainqueur,  tandis  que  son  autre 
jambe  est  étendue  sur  le  sol  ; mais  il  continue  de  lutter  contre  son 
antagoniste,  essayant  de  le  frapper  avec  la  longue  épée  qu’il  tient 
dans  sa  main  droite.  J’appelle  l’attention  sur  le  gros  pommeau 
qui  termine  la  garde  de  l’épée. 

Le  guerrier  blessé  n’est  pas  complètement  nu,  car  on  voit  dis- 
tinctement qu’il.porte  une  espèce  de  pantalon,  qui  d’ailleurs  ne  des- 
cend pas  plus  bas  que  le  milieu  des  cuisses.  Il  aurait  eu  certainement 
la  tête  bien  proportionnée  si  l’artiste  n’avait  oublié  d’enlever  une 
petite  parcelle  d’or;  cette  parcelle  produit  une  petite  ligne  dans  la 
photographie,  et  cette  petite  ligne  fait  que  le  guerrier  semble  avoir 
tout  simplement  un  casque  et  pas  de  tête.  Snpposons  que  celte 
ligne  a disparu,  nous  reconnaissons  tout  de  suite  les  véritables  pro- 
portions de  la  tête,  avec  son  petit  casque,  qui  a une  partie  supé- 


MYCÈNES. 


306 


LE  QUATRIÈME  TOMREAU. 


rieurc  ((paXog),  mais  pas  de  licoog  on  panache.  Quoique  ce  guerrier 
soit  aussi  agenouillé  en  profil  pour  le  spectateur,  ou  voit  néan- 
moins le  corps  tout  entier  absolument  de  face,  au  mépris  des 
règles  de  la  perspective. 

Le  troisième  guerrier  semble  avoir  pris  la  fuite  ; on  ne  voit  que 
sa  tête  et  ses  pieds,  parce  que  tout  le  reste  du  corps  est  caché  par 
un  énorme  bouclier  d’une  forme  particulière;  ce  bouclier,  si 
l’homme  était  tout  debout,  le  couvrirait  de  la  tête  aux  pieds.  On 
voit  une  bordure  tout  autour  du  jbouclier,  et  il  semble  porter  un 
ornement,  qu’il  est  du  reste  difficile  de  distinguer.  Si  le  guerrier 
semble  n’être  pas  debout,  cela  tient  seulement  à la  courbure  de 
ranneau.  Le  bouclier  nous  offre,  sans  aucun  doute,  le  modèle 
d’un  de  ces  grands  boucliers  homériques,  d’une  si  énorme  dimen- 
sion que  le  poète  les  compare  à des  tours  L 

((  Ajax  s’approcha,  portant  son  bouclier  pareil  à une  tour,  bardé 
d’airain,  formé  de  sept  peaux  de  bœuf  ; c’était  l’œuvre  de  Tycliios, 
le  plus  habile  de  ceux  qui  travaillent  le  cuir  ; il  habitait  à Hyla.  )) 

La  tête  de  ce  guerrier  est  couverte  d’un  casque,  avec  une  large 
bordure  et  un  grand  «paXoç,  auquel  est  attaché  le  ; au 
Hotte  un  panache  (innoopig)  très-bien  dessiné.  Il  semble  s’être 
arrêté  dans  sa  fuite  ; il  a tourné  la  tête  et  il  s’efforce  de  frapper  le 
vainqueur  de  sa  longue  lance.  Le  vainqueur  est  d’une  taille  gigan- 
tesque ; il  porte  sur  la  tête  un  casque  semblable  à celui  de  l’homme 
au  bouclier  ce  grand  comme  une  tour  » ; le  panache  seul  est  différent  : 
il  se  compose  de  trois  bandes  qui  représentent  peut-être  des  plumes 
d’autruche.  On  dirait  qu’il  porte  un  large  ceinturon,  car  on  voit 
quatre  longues  courroies  qui  pendent  de  ses  cuisses  ; son  corps 
est  le  mieux  proportionné  des  quatre.  Il  saisit  de  la  main  gauche 
le  vaincu  qui  est  devant  lui  ; de  sa  main  droite  levée  il  lui  porte 
un  coup  mortel  avec  une  large  épée  à deux  tranchants  ; sur  la 
garde  de  cette  épée  nous  voyons  encore  un  très-gros  pommeau, 

1.  Voyez  V Iliade,  Vil,  219  : 

Aiaç  ô’eyyvôev  fjXOe  cpépwv  aaxoç  Tiopyov, 

■/âXxeov,  ETixaêosiov,  o ol  v.à[iz  xeu'/wv, 

crxuxox6[xwv  oyj  otptaxoç,  "Y\y]  evt  otxta  vaiwv. 

Voyez  aussi  XI,  485;  XVII,  128. 


IIUACELET  D’OR  MASSIF. 


comme  nous  en  trouvons  tant  ici,  soit  en  albâtre,  soit  en  bois.  La 
pose  du  vainqueur  est  d’un  naturel  parfait.  Il  a porté  le  pied  ganclie 
en  avant,  et  s’appuie  de  tout  le  poids  de  son  corps  sur  la  jambe 
gauche  pour  asséner  un  coup  plus  terrible.  Au-dessus  des  quatre 
guerriers,  il  y a un  ornement  que  M.  Newton  considère,  peut-être 
avec  raison,  comme  une  grossière  représentation  de  montagnes.  Je 
dois  ajouter  ici  que  les  deux  bagues  à cachet  sont  très-petites,  et 
il  n’y  a que  des  femmes  qui  aient  pu  les  porter  au  doigt. 

Au  moment  où  je  découvris  ces  merveilleux  cachets,  je  m’écriai 
involontairement  : « L’auteur  de  V Iliade  et  àeV  Odyssée  doit  néces- 


Fig.  336,  — Bracelet  d’or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  re'elle. 


capable  de  produire  de  pareilles  œuvres.  Un  poète  qui  avait  conti- 
nuellement sous  les  yeux  des  objets  d’art  semblables  à ceux-ci  a 
seul  pu  composer  ces  poèmes  divins.  » M.  Glâdstone  a déjà  prouvé 
jusqu’à  l’évidence,  dans  son  célèbre  ouvrage  intitulé  Synchro- 
nisme homérique  y qu’Homère  était  *un  Achéen,  et  constamment 
je  découvre  dans  les  profondeurs  des  tombeaux  mycéniens  des 
milliers  de  preuves  nouvelles  qui  démontrent  la  parfaite  vérité  de 
son  assertion. 

C’est  aussi  un  objet  d’un  haut  intérêt  que  le  lourd  bracelet  en  or 
massif  représenté  par  la  figure  336.  Il  forme  un  remarquable  con- 
traste avec  les  deux  bagues  à cachet  ; en  elïetj  il  est  de  dimensions 
si  énormes,  qu’il  s’adapterait  à la  cuisse  d’un  homme  ordinaire.  Il 


308 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

a une  ornementation  de  traits  verticaux  entre  deux  marges  formées 
par  deux  bandes  circulaires  ; il  est  décoré  en  outre  d’une  belle 
fleur  d’or  qui  n’est  pas  soudée  directement  sur  le  bracelet  : elle  est 
fixée  à l’aide  d’un  clou  d’argent  sur  une  plaque  du  même  métal,  et 
c’est  cette  plaque  qui  est  soudée  sur  le  bracelet.  La  plaque  d’argent, 
dont  une  partie  a été  brisée  tout  autour,  semble  avoir  représenté 
quatre  fleurs;  il  y a des  signes  qui  prouvent  qu’elle  a été  plaquée  de 
cuivre  ; ce  cuivre,  à son  tour,  devait  sans  aucun  doute  avoir  été 
plaqué  d’or.  En  efïet,commeje  l’ai  déjà  fait  remarquer,  les  orfèvres 
mycéniens  ne  connaissaient  pas  l’art  de  plaquer  l’or  sur  l’argent. 

Les  deux  corps  dont  la  tête  est  tournée  vers  l’est  et  la  figure 
recouverte  démasqués  d’or  avaient  aussi  de  grands  plastrons  d’or 
sur  la  poitrine.  L’un  de  ces  plastrons  est  en  or  massif,  mais  sans 
aucun  ornement  ; l’autre  est  fait  d’une  plaque  d’or  beaucoup  plus 
mince  ; il  est  décoré  au  repoussé  de  deux  bordures  de  petits  cercles  ; 
entre  ces  bordures,  il  y a cinq  rangées  d’ornements  en  forme  de 
boucliers  formés  de  cercles  concentriques.  Ce  dernier  plastron 
porte  un  trou  à chaque  extrémité  pour  l’attacher  au  corps.  Près 
de  la  tête  d’un  autre  squelette,  j’ai  trouvé  la  belle  couronne  d’or 
((7r£p.p,a,  fig.  837)  ; j’avertis  le  lecteur  qu’elle  est  représentée  ici  à 
l’envers  ; en  effet,  du  côté  qui  se  trouve  être  en  dessous  dans  la 
gravure,  étaient  attachées  avec  de  très-petits  clous,  dont  six  sont 
encore  visibles,  une  certaine  quantité  de  feuilles  dont  il  reste  quel- 
ques-unes ; si  donc  cette  couronne  avait  été  fixée  autour  de  la 
tête  dans  le  sens  où  elle  est  représentée  ici,  les  feuilles  seraient 
retombées  sur  les  yeux,  ce  qui  n’a  jamais  pu  avoir  lieuL  Ainsi,  les 
feuilles  étaient  attachées  à la  partie  supérieure  de  cette  cou- 
ronne ; elle  avait  à la  partie  inférieure  une  petite  bordure  for- 
mée de  petits  traits  obliques  ; l’espace  intermédiaire  était  rempli, 
au  milieu,  de  trois  rosaces  séparées  par  des  rangées  verticales 
de  très-petits  cercles  en  forme  de  boucliers,  aux  deux  extrémi- 
tés, de  cercles  semblables  entremêlés  de  cercles  plus  grands. 

1.  Cette  explication  était  nécessaire,  à cause  de  la  position  dans  laquelle  cette  couronne  a été 
photographiée.  Pour  la  remettre  dans  le  vrai  sens,  il  faudrait  changer  complètement  la  distri- 
bution des  ombres  et  des  lumières;  ce  travail  a été  fait  par  notre  artiste  à propos  de  la  figure  281 
à cause  de  l’importance  de  cet  objet. 


SPLENDIDE  COURONNE  D’OR. 


309 


A chaque  extrémité  il  y a un  trou  très-petit  par  où  ron  passait  le 


fil  d’or  pour  attacher  la  couronne.  Cette  couronne  ressemble  à celle 


310 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

qui  a été  déjà  mise  sous  les  yeux  du  lecteur  (fîg.  281),  mais 
rornemeiitation  en  est  moins  riche. 

La  figure  338  représente  le  fémur  d’un  des  corps  de  ce  tombeau, 


FlG.  338.  — Fémur  humain,  portant  encore  un  ornement  d’or  pour  jambière.  Quatrième  tombeau. 

Au  quart  environ  de  la  grandeur  réelle. 

autour  duquel  est  encore  fixée  la  bande  d’or  qui  servait  tout  à la 
fois  à attacher  la  jambière  et  à la  décorer.  Cette  bande  se 

compose  de  deux  parties  ; la  partie  inférieure  est  horizontale,  et  la 
jiartie  supérieure  verticale.  La  première  s’attachait  avec  un  mince 


OR  SOUDÉ  AVEC  DU  BORAX. 


311 


fil  d’or  ; la  seconde,  au  moyen  d’un  anneau  que  l’on  voit  à son 
extrémité  et  où  devait  entrer  un  bouton  fixé  au  pantalon  court 
dont  nous  avons  vu  un  spécimen  sur  la  bague  de  la  figure  335. 
Nous  avons  déjà  vu^  que  les  jambières  s’attachaient  au-dessus  du 
genou,  et  la  présence  de  cette  attache  de  jambière  sur  le  fémur  ne 
nous  permet  pas  de  douter  que  ce  ne  fût  là  une  habitude  géné- 
rale. La  bande  inférieure  est  décorée  tout  autour  d’une  imitation 


Fig.  339.  — Coupe  d’or  à deux  anses  {Sér.a;  à-jioiofûrsUov).  Quatrième  tombeau. 
Au  cinq-huitième  environ  de  la  gi’andeur  réelle. 


de  feuilles  et  sur  le  [devant  de  deux  rosaces.  On  voit  une  bande 
plus  étroite  et  plus  épaisse  soudée  sur  la  bande  verticale,  évidem-' 
ment  pour  lui  donner  plus  de  consistance. 

A propos  de  soudure,  je  puis  mentionner  ici  un  renseignement 
que  je  tiens  du  professeur  Landerer:  c’est  que  les  orfèvres  mycé- 
niens soudaient  l’or  avec  le  borax  (borate  de  soude),  et  c’est 
encore  le  borax  que  l’on  emploie  aujourd’hui  pour  le  meme 
usage.  Il  ajoute  qu’il  a été  assez  heureux  pour  constater  la  pré- 
sence de  ce  sel  sur  une  fausse  médaille  antique  d’Égine,  qu'il 


1.  Voyez  la  figure  213. 


312 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


s’appelait  dans  l’antiquité  /po-oxoXXa  (mastic  d’or)  et  qu’il  fut 
importé  de  la  Perse  et  de  l’Inde  sous  le  nom  de  haxirac-pounxa-tin- 


Fig.  340.  — Coupe  d’or  à une  seule  anse.  Quatrième  tombeau.  Au  cinq-huitième  environ 
de  la  grandeur  réelle. 

kal.  Au  moyen  âge,  les  Vénitiens  l’apportèrent  de  la  Perse  à Venise, 
où  il  fut  purifié  et  d’où  on  l’exportait  sous  le  nom  de  borax  Venetus. 


1 (G.  341.  Flacon  d’or  (oivc/;j6/j)  pour  le  vin.  Quatrième  tombeau.  Au  sepl-dixième  de  la  grandeur  léelle. 

J ai  trouvé  encore,  avec  les  cinq  squelettes  de  ce  tombeau,  neuf 
vases  d or.  Le  premier  de  ces  vases  (fig.  339)  est  une  grande  coupe 
d or  massif  à deux  anses  , par  conséquent  un  àpcptxvnsXXo'^ 


CURIEUX  GORELETS  D’OR. 


.313 


homérique.  Il  est  sans  ornements.  Les  deux  coupes  d’or,  dont  une 
est  représentée  par  la  figure  340,  appartiennent,  comme  me  l’a 
fait  observer  le  professeur  A.  Rhousopoulos,  au  type  que  l’on  appelle 
en  grec  oaikav/sizi  (cannelées)  ; elles  sont  toutes  les  deux  cerclées 
de  neuf  cannelures  parallèles  et  n’ont  qu’une  anse.  La  figure  341 
est  une  belle  mnokhoè,  avec  une  grande  anse,  et  décorée  au 
repoussé  de  trois  rangées  parallèles  de  spirales  reliées  entre  elles 
et  formant  une  ornementation  en  entrelacs  qui  couvre  tout  le 
corps  du  vase  d’une  sorte  de  réseau.  Ce  dessin  est  absolument 
le  même  en  principe  que  celui  qui  consiste  à remplir  le  champ  de 


Fig.  342.  — Coupe  d’or.  Quatrième  tombeau.  Au  quatre-cinquième  de  la  grandeur  réelle. 


méandres  ou  de  spirales  combinés  dans  le  sens  vertical.  Le  pied 
de  Vœnokhoè  est  orné  de  petits  traits  obliques.  J’ai  aussi  trouvé 
une  coupe  d’or  à une  seule  anse  (fig.  342)  ; le  corps  de  cette  coupe 
est  cerclé  d’une  large  bande,  composée  d’ornements  très-simples, 
au  repoussé,  qui  ressemblent  à des  lames  de  couteaux  de  table. 
La  figure  343  représente  une  coupe  d’or  massif  sans  ornements, 
d’une  nouvelle  forme  et  à une  seule  anse.  Cette  anse,  comme 
toutes  les  autres,  est  attachée  au  vase  par  des  clous  d’or  à large 
tête  convexe,  que  l’on  peut  voir  à rintérieur  du  bord.  Si  nous 
enlevons  l’anse,  nous  avons  une  coupe  qui  ressemble  à nos  verres 
à pied;  seulement  le  récipient  est  plus  grand  et  le  pied  plus  petit. 

Je  voudrais  ici  insister  particulièrement  sur  ce  fait  que  la  forme 


314 


LE  QUATRIÈME  TOMÊEAU. 

de  cette  coupe  représente  plus  ou  moins  exactement  celle  de  toutes 
les  coupes  en  terre  cuite  trouvées  à Mycènes  (voyez  les  figures  83, 
84  et  88).  Il  faut  noter  spécialement  aussi  que  le  Musée  Britan- 
nique, comme  je  l’ai  déjà  dit,  contient  quatorze  coupes  en  terre, 
cuite,  exactement  de  la  même  forme,  trouvées  dans  le  tombeau 
d’Ialysos.  J’insiste  aussi  sur  ce  point,  que  j’ai  trouvé  des  coupes 
absolument  de  la  même  forme  à Troie  (Hissarlik),  à une  profon- 


Fig.  343.  — Coupe  d'or  massif,  sans  ornements.  Quatrième  tombeau.  Au  deux-cinquième  environ 

de  la  grandeur  réelle. 

deur  de  50  pieds  (15  mètres),  dans  la  plus  ancienne  des  quatre 
cités  préhistoriques*. 

Mais  le  plus  remarquable  des  vases  déposés  dans  ce  tombeau 
est  une  énorme  coupe  d’or  massif  à une  anse  dn  poids  de  4 livres 
(fig.  344).  C’est  un  des  plus  magnifiques  joyaux  du  trésor  de 
Mycènes  ; malheureusement  elle  a été  bosselée  par  le  poids 
énorme  des  pierres  et  des  décombres  ; le  corps  a été  rabattu 
sur  le  pied,  de  sorte  que  le  spectateur  ne  peut  se  faire,  d’après 
la  gravure,  une  idée  exacte  de  la  magnificence  de  cette  coupe 
royale.  N’importe  quel  orfèvre  pourrait  facilement  lui  rendre  sa 


1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troyennes,  pl.  105,  fig.  2311. 


MAGNIFIQUE  COUPE  D’OR.  • 


315 


forme  première  ; mais  je  crois  qu’il  vaudrait  beaucoup  mieux 
la  laisser  dans  l’état  où  elle  est,  parce  qu’elle  a ainsi  une  plus 
grande  valeur  pour  la  science.  Règle  générale,  je  puis  faire 
remarquer  que  moins  les  bijoux  d’or  antiques  sont  touchés  et 
maniés,  mieux  cela  vaut,  parce  que  ce  qui  fait  leur  plus  grande 
valeur,  c’est  l’empreinte  laissée  par  les  siècles,  la  patine,  que 


Fig.  344.  — Grande  coupe  d’or  massif  à une  anse,  pesant  4 livres. 
Quatrième  tombeau.  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


nulle  main  humaine  ne  peut  imiter,  et  qui,  une  fois  perdue,  ne 
se  retrouve  jamais. 

Le  corps  de  cette  coupe  précieuse  est  cerclé  d’une  rangée  de 
quatorze  magnifiques  rosaces,  entre  une  bande  supérieure  de  trois 
lignes  et  une  bande  inférieure  qui  se  compose  de  deux  ; le  pied  est 
entouré  d’une  bande  formée  de  grosses  demi-perles.  L’anse  porte 
des  ornements  non-seulement  sur  le  plat,  mais  encore  sur  la  tran- 
che. On  voit  très-bien  sur  cette  coupe  les  têtes  des  clous  d’or  qui 
attachent  l’anse  au  bord  et  au  corps  de  la  coupe. 

La  figure  345  représente  une  grande  coupe  d’or  massif,  sans 
ornements,  à une  seule  anse  ; le  côté  qui  est  tourné  vers  le  specta- 
teur est  tout  bosselé  et  tout  déprimé  ; elle  n’a  pour  tout  orne- 


316 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

ment  qu’une  bande  épaisse  et  saillante  qui  lait  le  tour  du  corps. 

La  magnifique  coupe  d’or  massif  de  la  figure  346  est  également 
déformée,  parce  qu’elle  a été  pliée  par  la  pression  du  côté  qui 
est  à la  gauche  du  spectateur.  Elle  a deux  anses  horizontales, 
toutes  les  deux  formées  de  plaques  épaisses  et  reliées  entre  elles 
par  un  petit  cylindre.  La  plaque  inférieure  de  chacune  de  ces 
anses  est  rattachée  au  grand  pied  rond  par  une  longue  bande  d’or 


Fig.  345.  — Coupe  d’or  à une  anse.  Quatrième  tombeau.  Au  onze-douzième  environ 
de  la  grandeur  réelle. 


qui  est  épaisse  et  large  ; la  partie  supérieure  a pour  ornement  une 
ouverture  de  forme  allongée  dont  l’extrémité  supérieure  forme  une 
pointe,  l’extrémité  inférieure  un  rond.  La  partie  inférieure  de  la 
bande  d’or  est,  toujours  en  vue  de  l’ornementation,  travaillée  à 
jour  de  manière  à former  trois  rubans  qui  vont  se  rejoindre  au 
pied  de  la  coupe.  L’extrémité  inférieure  de  la  bande  est  attachée 
au  pied  de  la  coupe  par  jdeux  clous  d’or  à tête  large  et  plate, 
que  l’on  peut  voir  dans  la  gravure.  Sur  chacune  des  plaques  supé- 
rieures des  deux  anses  est  soudée  une  jolie  petite  colombe  d’or, 
moulée  selon  toute  apparence  ; ces  deux  colombes  ont  le  bec 
tourné  vers  la  coupe,  et  se  regardent  l’une  l’autre.  Cette  coupe 


LE  GOBLET  DE  NESTOB. 


317 


évoque  dans  la  mémoire  un  souveuii'  vivant  de  celle  de  Nestor  \ 
La  description  que  donne  Homère  de  cette  coupe  de  Nestor  s’ap- 
plique de  tout  point  à l’objet  que  nous  avons  sous  les  yeux  ; seule- 
ment la  coupe  de  Nestor  est  beaucoup  plus  grande  et  elle  a quatre 
anses,  chacune  avec  deux  colombes,  au  lieu  de  deux  anses  et  une 
colombe  seulement  sur  chacune,  comme  on  le  voit  dans  la 


Fig,  346.  — Coupe  d’or  (SîTia;  àiJ.'fixûite'XXov)  avec  deux  colombes  sur  les  anses. 
Quatrième  tombeau.  Au  trois-huitième  de  la  grandeur  re'clle. 


gravure.  La  coupe  de  Nestor  avait  deux  fonds;  la  nôtre  en  a deux 
également,  attendu  que  par  cette  expression  « deux  fonds  »,  il  est 
impossible  de  comprendre  autre  chose  que  le  fond  de  la  coupe 
proprement  dite  et  le  fond  du  pied.  L’interprétation  ordinaire  de 
la  coupe  de  Nestor,  qui  consiste  à lui  attribuer  deux  récipients, 
l’un  en  dessus,  l’autre  en  dessous  (forme  attribuée  également  à 

1.  Iliade,  XI,  632-635  ; 

nàp  ôà  ôéuaç  TispixaXXà?,  o oî/oôsv  f,Y’  6 yipuioi, 
yp'jo-etoi;  Y]Xoi(Ji  TieTuappLSVov  ' ouata  ô’  aùtoO 
Técro-ap’  scrav,  ôoia\  os  TrsXecaôî;  àp-çt;  l'aao-Tov 
•/P'J(7£tai  V£p,£0ovtO  ' ÔUW  3’  UTTO  7lu6p,£V£;  f,(7aV. 

a Elle  y mit  ensuite  une  coupe  magnifique  que  le  vieillard  apporta  de  son  pays  ; parsemée  de 
clous  d’or,  elle  avait  quatre  anses  ; sur  chacune  des  anses  becquetaient  deux  colombes  d'or  ; 
la  coupe  avait  deux  fonds.  » 


'318 


LE  OUATIUÈME  TOMBEAU. 


tous  les  dsTTa  homériques) , est  complètement  erronée. 

Une  coupe  de  cette  forme  n’aurait  qu’un  seul  fond  commun  aux 
deux  récipients  et  ne  remplirait  pas  par  conséquent  les  conditions 
de  la  description  homérique.  De  plus,  comme  dans  une  double 
coupe  de  cette  espèce  on  ne  pourrait  jamais,  dans  tous  les  cas, 
remplir  qu’un  des  récipients  à la  fois,  ces  deux  récipients  opposés 
par  le  fond  et  ayant  leurs  orifices  dans  des  directions  opposées 
n’auraient  aucune  raison  d’être.  D’ailleurs  toutes  les  fois  qu’une 
coupe  de  vin  est  présentée  par  un  personnage  à un  autre,  Homère 
donne  clairement  à entendre  que  c’est  un  ^sTzaç  a/j.^ixoTïsXlov , 
c’est-à-dire  que  cette  coupe  a deux  anses,  et  que  celui  qui  l’offre 
la  présente  par  une  anse,  tandis  que  celui  qui  la  reçoit  la  prend 
par  l’autre.  Je  ferai  observer  de  plus  qu’on  n’a  encore  jamais  trouvé 
de  coupe  à deux  récipients  opposés,  tandis  que  j’ai  trouvé  à Troie 
vingt  modèles  différents  de  coupes  à deux  anses,  et  à Mycènes 
également  une  grande  quantité  de  coupes  à deux  anses,  qui  ne 
peuvent  être  autre  chose  que  des  aixfixvnsXXa. 

Athénée^  accorde  une  grande  importance  à l’explication  de  la 
coupe  de  Nestor  telle  qu’elle  est  présentée  par  un  certain  Apelles. 
Cet  Apelles  soutenait  que  ce  n’était  pas  autre  chose  qu’une  coupe 
avec  un  pied,  des  deux  côtés  duquel  étaient  soudées  deux  bandes 
(de  métal)  qui  avaient  une  base  commune  et  montaient  vertica- 
lement à peu  de  distance  l’une  de  l’autre.  Ces  deux  bandes  s’éle- 
vaient jusqu’au-dessus  de  l’orifice  de  la  coupe  ; là,  elles  se 
repliaient  et  se  rejoignaient  de  façon  à ne  former  plus  qu’une  seule 
bande,  qui  était  soudée  au  bord.  Apelles  soutenait  que,  par  les 
quatre  anses  de  la  coupe  de  Nestor,  Homère  ne  pouvait  pas  vouloir 
désigner  autre  chose  que  ces  anses.  En  effet,  si  à proprement  par- 
ler il  n’y  en  avait  que  deux,  et  si  pourtant  Homère  disait  qu’il  y 
en  avait  quatre,  c’était  tout  simplement  parce  que  chacune  d’entre 
elles  se  divisait  en  deux  parties.  Ainsi,  comme  il  n’y  avait  que 
deux  colombes  au  point  où  se  réunissaient  les  deux  bandes  de 
métal,  la  coupe  de  Nestor  n’avait  en  tout  que  quatre  colombes. 


1.  Deipnosophistœ,  XI,  77. 


COUPE  SPLENDIDEMENT  ORNÉE. 


319 


Cette  explication  d’Apelles  concorde,  à peu  de  chose  près,  avec  la 
forme  de  la  coupe  que  nous  avons  sous  les  yeux. 

Voici  une  interprétation  que  je  voudrais  proposer  : on  peut  se 
figurer  la  coupe  de  Nestor  parfaitement  semblable  à celle  qui  est 
devant  nous,  parce  que  la  nôtre  a réellement  quatre  anses, 
savoir  îles  deux  anses  horizontales  sur  lesquelles  sont  posées  les 
colombes,  et  les  deux  anses  inférieures  formées  par  les  épaisses 
bandes  verticales  qui  unissent  les  deux  premières  au  pied  de  la 
coupe.  Dans  ce  cas,  la  seule  différence  qu’il  y aurait  entre  les  deux 
coupes,  c’est  que  celle  de  Nestor  aurait  une  colombe  de  plus  sur 
chacune  de  ses  doubles  anses.  Maintenant  la  question  est  de  savoir, 
en  quoi  était  faite  la  coupe  de  Nestor.  Il  est  probable  que  c’était 
une  coupe  de  bois  ornée  de  clous  d’or  ; en  effet,  si  elle  avait  été  en 
or  ou  en  tout  autre  métal,  on  se  figure  difficilement  qu’elle  eût  été 
ornée  de  clous  d’or. 

/ 

Cette  coupe  merveilleuse  (fig.  346)  se  compose  d’au  moins  onze 
plaques  distinctes  réunies  par  des  clous;  ce  mode  d’assemblage  des 
parties  fait  tout  de  suite  songer  à la  description  que  nous  donne 
Pausanias  (III,  XVII,  6)  de  la  plus  ancienne  statue  en  bronze 
de  Jupiter  à Sparte  : cc  A droite  du  temple  d’AthènèKhalkiœkos,  se 
trouve  la  statue  de  Jupiter 'Hypatos,  qui  représente  tout  ce  qu’il  y a 
de  plus  ancien  en  fait  d’objets  de  bronze;  elle  n’est  pas  faite  d’un 
seul  morceau,  mais  elle  est  composée  de  différentes  plaques,  dont 
chacune  a été  séparément  repoussée  au  marteau,  puis  toutes  les  pla- 
ques ont  été  ajustées  ensemble  à l’aide  de  clous.  On  dit  que  Kléar- 
chos  de  Rhégium  a fait  cette  statue  et  qu’il  a été  l’élève  de  Dipœnos 
et  de  Skyllis  ; d’autres  disent  qu’il  a été  le  disciple  de  Dædalos  lui- 
même.  )) 

J’ai  recueilli  encore  dans  ce  tombeau  la  grande  et  belle  coupe 
d’or  représentée  par  la  figure  347.  L’anse  est  large  et  attachée  au 
bord  et  au  corps  de  la  coupe  par  trois  clous  a large  tète  ronde. 
L’extérieur  de  cette  coupe  est  divisé  par  des  lignes  verticales  en 
sept  compartiments,  dans  chacun  desquels  est  représentée  au 
repoussé  une  fleur  qui  remplit  tout  l’espace  compris  entre  le  bord  et 
le  fond.  J’ai  trouvé  dans  ce  tombeau  encore  une  autre  grande  coupe 


3-20 


lÆ  quatrième  tombeau. 

d’or,  magnifiquement  décorée  au  repoussé;  mais,  par  suite  d’une 
méprise  absolument  inexplicable,  elle  n’a  pas  été  photographiée. 

La  figure  348  représente  une  belle  coupe  d’argent  massif  d’un 
^rand  poids,  qui  est  très-bien  conservée  ; elle  n’a  qu’une  seule 
anse,  de  la  même  forme  que  celle  de  la  figure  346.  Cette  anse  est 


Fig.  347.  — Grande  coupe  d’or.  Quatrième  tombeau.  Au  quatre-cinquiènic  de  la  grandeur  réelle. 


attachée  au  bord  et  au  corps  de  la  coupe  par  quatre  clous  d’or 
qui  ont  de  grandes  têtes  plates.  Le  morceau  de  métal  que  l’on  voit 
sur  le  corps  du  vase  y a été  soudé  accidentellement  par  le  feu  du 
bûcher  funéraire  et  n’en  fait  pas  partie.  Le  corps  tout  entier  a été 
plaqué  de  cuivre  : ce  cuivre  à son  tour  a été  plaqué  d’or,  et  l’or 
a été  couvert  d’une  magnifique  ornementation  d’intailles  qui 
semble  bien  conservée;  mais  on  n’en  peut  voir  qu’une  très-petite 
partie,  à cause  de  la  cendre  qui  s’est  incrustée  sur  la  coupe. 


COUPE  D’ARGENT  MASSIF. 


321 


M.  A.  Postolaccas  me  rappelle  que  la  bande  spirale,  dont  une 


Fio.  348.  — Glande  coupe  d’argent,  richement  plaquée  d’or.  Quatrième  tombeau. 
Au  quatre-septième  de  la  grandeur  réelle. 


partie  seulement  est  visible  sur  la  gravure,  se  rencontre  aussi  sur 
les  médailles  de  Tarente  et  y représente  les  vagues  de  la  mer. 


Fig.  349,  — Vase  de  terre  cuite,  fabriqué  à la  main.  Quatrième  tomlieau.  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


Autres  objets  trouvés  dans  le  quatrième  tombeau  : 

Trois  vases  de  terre  cuite,  à deux  anses,  fabriqués  à la  main; 

la  figure  349  représente  un  de  ces  vases.  Cette  forme  est  ti'ès- 

•21 


MYCÉNKS. 


3-22  LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

comiEuiie  à Troie  ; mais  les  vases  de  cette  espèce  sont  souvent 
posés  sur  trois  petits  pieds*. 

Les  deux  objets  représentés  par  les  figures  350  et  351  sont,  d’après 
l’opinion  de  M.  Newton,  en  porcelaine  égyptienne  ; j’ignore  absolu- 
ment à quoi  ils  pouvaient  servir.  Le  plus  petit  de  ces  objets  a une 
ornementation  composée  de  lignes  parallèles  blanches  et  noires; 


Fig.  350  et  351.  — Objets  de  porcelaine  égyptienne.  Usage  inconnu. 

Quatrième  tombeau.  Au  deux-cinquième  de  la  grandeur  réelle. 

l’autre,  sur  un  fond  vert, présente  des  bandes  parallèles  formées  de 
quatre  lignes  blanches,  qui  s’entre-croisent  de  façon  h former  un 
grand  nombre  de  petits  carrés.  La  partie  inférieure  de  la  figure  351 
a une  ornementation  imprimée  représentant  des  glands  peints  en 
noir;  on  voit  à chacun  de  ces  glands  un  nœud  coulant  parfaitement 
semblable  pour  la  forme  à la  figure  352,  également  en  porcelaine 
égyptienne.  La  figure  352,  représente  un  de  ces  ornements  qui, 

I.  Voyez  VAtlas  des  Antiquités  troyennes ,])\.  i9,üg.  1200et  1202  ; pl.  50,  fig.  12U;  pl.  14-3, 
fig.  2831. 


OlUETS  EX  POnCELÂlNE  ÉGYPTIEXXE.  323 

comme  le  prouvent  les  trois  trous  dont  ils  sont  percés,  oui  été 
cloués  sur  quelque  autre  objet.  Ces  espèces  d’écharpes  ont  aussi, 
sur  un  fond  vert  clair,  une  oruemeulatiou,  aujourd’hui  j)resque 
ellacée,  qui  consiste  eu  bandes  parallèles  formées  de  deux  ligues 
blanches  qui  se  croisent  à angle  droit  et  forment  de  [)etits  carrés. 


Fig.  352.  — Modèle  en  porcelaine  égyptienne  d’une  sorte  d’écliarpe  nouée  avec  un  nœud  coulant. 

Quatrième  tombeau.  Au  deux  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 

Dans  chacun  de  ces  deux  objets,  celui  des  deux  bonis  de  l’écharpe 
qui  recouvre  l’autre  porte  à son  extrémité  inférieure  des  glands 
d’un  relief  peu  accentué  peints  en  noir.  Ces  deux  écharpes  ne 
peuvent  pas  être  autre  chose  que  des  ornements;  mais  la  question 
est  de  savoir  à quel  genre  de  décoration  ils  ont  pu  servir. 

Mycènes  doit  avoir  eu  des  relations  de  commerce  suivies  avec 
l’Égypte,  d’autant  plus  que,  selon  Pausanias  (lY,  xxxv,  Nau- 
plia  était  une  colonie  égyptienne. 

M.  Hubert,  professeur  au  gymnase  de  Posen  gPrusseY  m'écrit  à 


m 


LE  OUATRIÈME  TOMBEAU. 


ce  sujet  : (c  Je  lis  dans  la  Revue  allemande^  éditée  par  R.  Fleischer 
(Berlin,  chez  Jaake,  année,  livraison  du  7 avril  1878,  p.  42), 
à la  lin  d’une  dissertation  sur  les  mystères  des  anciens  Égyptiens 
par  Brugsch-Bey  : <(  Les  Égyptiens  initiés  (aux  mystères)  avaient 
))  aussi  riiabitude  de  porter  un  contre-signe  qui  consistait  en  un 
))  ruban  ajusté  en  forme  de  nœud  coulant  (comme  la  gravure  ci- 
))  jointe  le  représente  ).  Quand  on  visite  les  musées  égyptiens,  on 
» remarque  qu’une  grande  quantité  de  statues 
))  représentant  des  rois , des  prêtres  ou  d’autres 
[01  ))  grands  personnages,  portent  ce  ruban  mysté- 

rienx  à la  main  pour  faire  connaître  par  ce  signe 
» extérieur  qu’ils  sont  initiés  aux  jnystères.  » L’idée 
HJ  me  vint  tout  de  suite  que  j’avais  vu  depuis  peu  un 

Fiü.  35“2  a.  rnban  semblable  ailleurs,  et  mes  recherches  ont 
confirmé  ma  supposition.  C’est  dans  votre  ouvrage, 
Mueènes  351  et  352,  Objets  de  porcelaine  égyptienne).  Dans 
votre  gravure,  il  est  vrai,  le  nœud  coulant  supérieur  est  plus 
recourbé,  tandis  qu’il  est  représenté  tout  droit  dans  l’hiéroglyphe; 
la  forme  des  deux  objets  paraît  néanmoins  présenter  une  grande 
analogie.  Les  trois  trous  de  la  figure  352  pouiTaient  avoir  servi 
justement  à lixer  avec  des  clous  le  nœud  à la  main  d’une  statue  ; 
mais  aucune  main  n’a  été  trouvée  dans  ce  quatrième  tombeau. 

11  me  paraît  douteux,  mais  non  impossible,  qu’on  puisse 
établir  un  lien  entre  ces  nœuds  et  l’objet  d’albâtre  de  la  figure  325, 
représentant  deux  mains  juxtaposées,  qui  proviennent  du  troi- 
sième tombeau,  et  qui  laissent  un  creux  entre  elles.  Cependant  ce 
creux  pourrait  avoir  contenu  deux  nœuds  coulants  d’albâtre,  il 
serait  donc  inq)ortant  de  constater  s’il  y a des  traces  de  clous. 

» Vous,  dans  votre  livre,  et  M.  Gladstone,  dans  sa  préface,  vous 
démontrez  en  maints  endroits  que  vos  découvertes  établissent 
l’existence  de  nombreuses  relations  entre  Mycènes  et  l’Égypte. 
Vous  auriez  établi  un  point  capital  si  vous  pouviez  démontrer  que 
vos  nœuds  coulants  d’albâtre  sont  réellement  des  contre-signes 
mystiques  des  Égyptiens.  » 

Le  llacon  d’argent,  ou  anwlihoè  (fig.  353),  qui  a une  longue  anse 


FLACON  A VIN  EN  ARGENT. 


325 


verticale,  est  d’une  forme  élégante,  mais  il  n’a  pas  d’ornements, 
du  moins  on  n’en  aperçoit  pas  ; cependant  il  est  possible  qu’il 
y ait  une  décoration  au  repoussé  sous  la  cendre  qui  s’est  incrustée 
à la  surface  du  vase.  Il  a été  trouvé  encore  trois  baudriers  d’or 
(rsXapiôovsç)  ; je  représente  ici  un  de  ces  baudriers.  Des  deux  autres, 
le  premier  est  une  bande  large,  mais  mince,  sans  ornements,  et  il 


Ffg.  353.  — Flacon  à vin  en  arc:ent  (oCvoyôr,)  Quatrième  tombeau.  A la  moitié  environ  de  la  prrandeur  réelle. 

semble  avoir  été  fait  exprès  pour  les  funérailles,  car  il  n'esl  pas 
assez  solide  poin*  avoir  servi  a des  hommes  vivants  ; il  a d pieds  J 
(1"',35)  de  long  sur  une  largeur  qui  vaiie  de  ^2  ponces  (O'Mlo) 
à 2 pouces  I (0'”,05  ^). 

Le  baudrier  d’or  représenté  ici  par  la  ligure  351^  est  beaucouj) 
plus  épais  et  plus  solide  ; il  a 4 pieds  I pouce  1 (1"\^23?)  de  long 
sur  1 pouce  I (0"’,04  bJ)  de  large.  Il  porte  des  deux  cotés  une  petite 
bordure  formée  par  nu  pli  de  la  [)laqne  d’or;  il  est  orné  d’une 


326 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

rangée  non  interrompue  de  rosaces.  A rime  des  extrémités,  il 
y a deux  ouvertures  en  forme  de  trous  de  serrure  ; ces  ouvertures 
servaient  à agrafer  le  fermoir  qui  était  attaché  à l’autre  extrémité, 
comme  le  prouve  la  présence  de  deux  petites  entailles  et  d’un 
petit  trou.  Le  troisième  baudrier  d’or  offre  exactement  le  même 
type  et  la  même  ornementation  ; on  y voit  les  mêmes  ouvertures 
en  forme  de  trous  de  serrure  à une  extrémité,  et  à l’autre  les 
entailles  qui  servaient  à fixer  le  fermoir.  Seulement,  ce  baudrier 


FiCr,  351.  — Modèle  d’un  baudrier  d’or  {ukrj.nM'/) . Quatrième  tombeau.  Au  trois-seizième  environ 

de  la  grandeur  réelle. 

a beaucoup  souffert  du  feu,  ce  qui  fait  que  l’ornementation  en  est 
moins  distincte.  Il  a été  trouvé  dans  le  même  tombeau  quatorze 
objets  en  cristal  de  roche  très-pur,  dont  l’usage  est  inconnu,  et  un 
disque  de  porcelaine  égyptienne  de  peu  d’épaisseur  sur  lequel  on 
voit  une  fleur  peinte. 

A gauche  de  la  tête  d’un  des  trois  corps  qui  reposaient  la  tête 
tournée  vers  l’est,  celui  du  milieu,  j’ai  trouvé  en  un  monceau  plus 
de  quatre  cents  perles  d’ambre,  grosses  et  petites.  Je  représente 
sept  de  ces  perles  (fig.  355).  J’ai  recueilli  à peu  près  le  même 
nombre  de  perles  d’ambre  près  de  l’un  des  corps  dont  la  tête  était 
tournée  vers  le  nord.  Toutes  ces  perles,  évidemment,  avaient  été 


CHAPELETS  D’AMBRE. 


327 


enfilées  en  forme  de  colliers,  et  leur  présence  dans  ces  tombeaux, 
parmi  des  trésors  si  considérables  d’ornements  en  or,  semble 
prouver  que  l’ambre  était  très-précieux  et  qu’on  le  considérait 
comme  une  parure  magnifique  à l’époque  des  anciens  rois  de 
Mycènes. 

Parmi  les  plus  beaux  objets  découverts  dans  ce  tombeau  étaient 
nn  vase  et  trois  anses  d’albâtre,  que  l’on  a rassemblés  dans  la 


Fig.  355.  — Perles  d'ambre  pour  collier.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

gravure  356.  Chacune  des  anses  est  percée  de  deux  on  Irois 
trous  qui  servaient  pour  les  attacher  au  vase,  sur  lequel  ou  Irouve 
des  trous  semblables;  mais  si  l’on  en  juge  par  la  petitesse  des  trous 
qui  sont  juste  assez  larges  pour  qu’on  y puisse  passer  des  chevilles 
très-fines,  par  la  fragilité  des  anses  qui  sont  d’nn  tiuvail  très-soi- 
gné, et  enfin  par  le  poids  du  vase  lui-mème,  on  arrive  à se  con- 
vaincre que  ce  vase  n’a  jamais  pu  être  autre  chose  qu’un  ornement 
et  qu’on  n’a  jamais  pu  le  soulever  par  les  anses. 

J’ai  encore  trouvé  quatre  diadèmes  d’or,  deux  grands  et  deux 
petits,  semblables  à ceux  qui  ont  été  représentés  plus  haut  ‘. 


1.  Voyez  les  figures  282,  283, 


284. 


LE  OlIATRIÈME  TOMBEAU. 


B28 

Le  plus  grand  a 1 pied  8 poucesj  (0‘^,5125)  de  long  sur  4 pouces 
(0"\10)  de  large,  au  milieu.  Entre  deux  bordures  de  lignes  en  zig- 
zag, il  présente  une  ornementation  de  doubles  cercles  en  forme 
de  boucliers,  travaillés  an  repoussé;  l’intervalle  entre  les  cercles 
est  rempli,  en  haut  et  en  bas,  de  petits  cercles  du  même  dessin. 


Fie.  35(j.  — Grand  vase  d’ailtàlre  à trois  anses,  reconstitue  à l’aide  dos  fragments. 
Quatrième  tond)eau.  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


tandis  que  les  deux  extrémités  sont  garnies  d’une  belle  ornemen- 
tation de  spirales.  A l’ime  des  extrémités  adhère  une  épingle  {ïu.^o- 
Xov),  et  à l’autre  un  petit  tube  (aù'khxoç)  qui  servaient  à attache 
le  diadème  autour  de  la  tête.  Les  petits  diadèmes  n’ont  que  1 pied 
5 pouces  ^(0"b4375)  de  long  et  2 pouces  g (0’",07)  de  large  au  milieu  ; 
ils  semblent  avoir  été  faits  pour  une  tête  d’enfant.  L’ornementation 
qui  estai!  repoussé  est  très-variée  et  très-curieuse.  Entre  deux  bor- 
dures, composées  chacune  de  deux  lignes,  on  voit  au  centre  un  grand 


CURIEUX  DIADÈMES  D’OH. 


329 


:ercle  entoiiré  de  treize  autres  cercles  plus  petits  ; des  deux  côtés 
de  cet  ensemble  de  cercles  les  ornements  se  succèdent  dans  l’ordre 
suivant  : deux  bandes  verticales  remplies  de  petits  traits  horizon- 
taux ; uue  rangée  verticale  de  trois  cercles;  encore  deux  bandes 
verticales  remplies  de  petits  traits  horizontaux  ; une  bande  verticale 
de  spirales,  et  deux  cercles  concentriques,  entourés  de  cercles  plus 
petits  du  même  dessin  ; une  autre  bande  verticale  remplie  de  traits 
horizonlaux,  et  enfin  deux  bandes  verticales  de  cercles  concen- 
triques, entre  lesquels  une  bande  horizontale  ornée  de  traits  obli- 
ques va  jusqu’à  l’extrémité  du  diadème.  Il  ne  s’est  conservé  qu’une 
des  extrémités,  qui  est  percée  d’un  trou.  Il  est  probable  que  la 
seconde  extrémité  ressemblait  à la  première  et  qu’un  mince  fil 
d’or  servait  à assujettir  le  diadème  autour  de  la  tête  de  l’enfant.  Il 
est  vrai  qu’on  n’a  pas  trouvé  un  seul  corps  d’enfant  ; mais  la  quan- 
tité de  petits  ornements  recueillis,  qui  ne  pouvaient  convenir 
qu’à  un  enfant,  me  portent  à croire  qu’il  y en  a eu  un,  peut-être 
même  plusieurs,  dans  ce  tombeau.  Aucun  de  ces  diadèmes 
n’avait  les  bords  enroulés  autour  d’une  armature  de  laiton. 

J’ai  à signaler  encore  deux  autres  diadèmes  qui,  comme  les  pré- 
cédents, se  composent  d’une  plaque  d’or  très-mince  ; mais  ils  n’oiit 
d’armature  ni  l’iin  ni  l’autre.  Tous  les  deux  sont  si  petits,  qu’ils  ne 
pouvaient  convenir  qu’à  des  têtes  d’enfants.  L’un  des  deux  a i pied 
4 pouces  I (0'*b4125)  de  longueur,  et  l’autre  1 pied  et  | de  pouce 
(t>b  31).  Le  premier  est  décoré,  entre  deux  bordures  de  points,  de 
cinq  petits  cercles  en  forme  de  boucliers  au  milieu  ; trois  de  ces 
cercles  représentent  des  rosaces,  et  les  deux  autres  des  roues  en 
mouvement.  Le  reste  de  l’espace,  à droite  et  à gauche,  est  rempli  de 
spirales  et  de  petits  cercles  en  forme  de  boucliers,  mêlés  à deux 
cercles  plus  grands  qui  représentent  encore  des  roues  en  mouve- 
ment. L’autre  diadème  a deux  bordures  de  cercles  conceutrique^  ; 
dans  l’intervalle,  au  milieu,  est  un  cercle  en  fonne  de  bouclier  qui 
représente  une  roue  en  inouvement;  à droite  et  à gauche,  des  cercles 
semblables  représentant  des  rosaces.  Au-dessus  du  second  cercle,  à 
partir  de  celui  du  milieu  et  à la  droite  du  spectateur,  est  représenlé 
un  oiseau;  vient  ensuite  une  belle  ornementation  de  spii’ales,  très- 


330 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


symétrique  ^ deux  cercles-boucliers  représentant  des  roues  en 

mouvement,  puis  de  nouvelles 
spirales  ou  des  cercles  concen- 
triques. Chacun  de  ces  diadèmes 
porte  aux  deux  extrémités  un 
fd  mince  qui  servait  à les  assu- 
jettir autour  de  la  tête. 

Les  figures  357  et  358  repré- 
sentent une  jolie  petite  ceinture 
d’or  richement  ornée  et  aussi 
une  belle-Hélène  ou  bandeau 
en  or.  Ces  deux  objets  sont 
formés  de  plaques  assez  épais- 
ses ; mais  ils  sont  si  petits , 
qu’ils  n’ont  pu  servir  de  parure 
qu’à  un  enfant.  Le  baudrier  est 
décoré  de  sept  cercles  en  forme 
de  boucliers,  représentant  des 
roues  en  mouvement;  les  deux 
extrémités  sont  percées  de  trous 
pour  passer  le  fil  mince  qui 
servait  à ajuster  la  ceinture. 

La  belle-Héléne  est  décorée 
de  rosaces  et  de  croix  au  re- 
poussé ; elle  a trois  trous  dans 
le  bord,  au  milieu  et  à quelque 
distance  de  chacune  des  deux 
extrémités  ; de  deux  de  ces  trous 
pendent  encore  des  fragments 
de  chaînettes  très-fines  ; il  est 
évident  qu’une  chaîne  pareille 
était  fixée  à l’autre  trou.  Les 
trois  chaînettes  étaient  néces- 

Fig.  .357  et  358.  — Ceinture  et  belle-Hélène  en  or. 

Quatrième  tombeau.  Au  tiers  de  la  grandeur  réelle.  Sairemeilt  beaUCOUp  pluS  loil- 

gues,  et  j’affirme  sans  hésitation  qu’elles  portaient,  suspendus 


RUBAN  D'OR  ORNEMENTÉ. 


331 


à leurs  extrémités,  les  trois  ornements  représentés  figure  370. 
Cette  belle-Hélène  était  par  conséquent  semblable  aux  dia- 
dèmes troyens^,  qui,  selon  l’opinion  très-fondée  de  M.  Gladstone, 
ne  ‘ sont  autre  chose  que  les  TrXsxrai  d’Homère. 

A cbacune  des  deux  extrémités  de  ce  bandeau  est  attaché 
un  mince  fil  d’or  pour  l’assujettir  autour  de  la  tête.  A la  liste  des 
objets  que  j’ai  recueillis  dans  ce  tombeau,  il  faut  ajouter  un 
petit  ornement  d’or  pour  ceinture  ; — un  ornement  d’or  pour 
jambière  ; — deux  rubans  d’or,  et  deux  feuilles  d’or  ; tous  ces 
objets  sont  décorés  au  repoussé,  comme  ceux  que  j’ai  si  fréquem- 
ment décrits;  il  est  donc  inutile  d’en  donner  ici  les  dessins. 

Le  ruban  richement  orné  de  la  figure  359  porte  à chaque  extré- 
mité cinq  trous  qui  servaient  soit  à le  clouer,  soit  à le  coudre  sur  un 
autre  objet.  La  décoration  forme  deux  compartiments  ; l’un  de  ces 
compartiments  est  divisé  par  une  multitude  de  lignes  verticales  en 
bandes  plus  ou  moins  larges.  Trois  de  ces  bandes  portent  une  ligne 
ondulée,  accompagnée  à droite  et  à gauche  de  petits  traits  qui  lui 
donnent  l’apparence  d’une  plume.  Dans  le  second  compartiment, 
entre  deux  bordures,  formées  de  trois  ou  quatre  lignes  horizon- 
tales, il  y a deux  rangées  de  belles  spirales  et  deux  bandes  ornées 
de  petits  traits  obliques.  Les  figures  360  et  361  sont  de  grosses  épin- 
gles en  or  massif  d’un  poids  considérable,  qui  peuvent  avoir  servi 
d’ornements  soit  pour  la  poitrine,  soit  pour  la  chevelure,  car  les 
compatriotes  d’Homère,  les  Achéens,  portaient  les  cheveux  longs, 
et  c’est  pour  cela  que  le  poète  les  appelle  \yaioi. 

Les  têtes  de  ces  deux  épingles  ont  une  vague  ressemblance  avec 
des  casques;  chacune  d’elles  est  percée  d’un  trou  vertical,  qui  peut 
avoir  servi  pour  placer  soit  un  autre  ornement,  soit  peut-être  une 
fleur.  Ges  deux  épingles  semblent  très-usées.  L’épingle  de  la 
figure  362  est  beaucoup  plus  mince;  elle  a pour  ornemenl  un 
bélier  à longues  cornes  admirablement  rendu. 

Les  anneaux  des  figures  363,364  sont  aussi  en  or;  le  premier, 
qui  est  massif  et  sans  aucune  ornementation,  semble  avoir  été  une 
bague;  le  second  est  un  petit  ruban  orné  de  dessins,  enroulé  en 

1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troyennes,  pl.  205  et  206. 


332 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


cercle  et  fermé,  ce  qui  en  fait  un  anneau;  peut-être  s’en  est-on 
servi  comme  d’une  boucle  d’oreille;  il  en  a été  trouvé  deux 
semblables  dans  le  même  tombeaiu 
La  figure  365  est  un  lionceau  d’or  massif  et  très-pesant.  Je  pense 


361 


Fig.  359  à 365.  — Divers  ornements  d’or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


avec  M.  Newton  qu’il  a été  jeté  au  moule  et  ciselé  ensuite.  Je 
crois  intéressant  de  rappeler  ici  que,  selon  Pausanias  (IX,  xlt,  1), 
rhonneur  d’avoir  inventé  l’art  de  jeter  des  métaux  au  moule  revient 
à Rhœkos  et  à Théodoros,  de  f ile  de  Samos,  qui  ont  été  les  pre- 
miers à jeter  le  cuivre  au  moule. 


CYLINDHE  D’OR  ORNEMENTÉ. 


333 


Le  cylindre  d’oj*  de  la  figure 366  provient,  sans  auenn  doute,  soit 
de  la  poignée  en  bois  d’un  sceptre,  soit  de  la  garde  en  bois  d’une 
épée.  En  effet,  on  voit  au  milieu,  depuis  le  haut  jusqu’en  bas,  une 
rangée  de  trous  destinés  à recevoir  de  petits  clous;  plus,  quatre 
tètes  de  clous  plates,  et  au  centre  la  tête  d’un  très-gros  clou; 
tous  ces  clous  servaient  à fixer  le  cylindre  sur  le  bois.  Il  est  orné 
aux  deux  extrémités  d’une  large  bordure  de  lignes  ondulées. 


Fig.  366.  — Cylindre  d’or  richement  décuré,  provenant  soit  de  la  poignée  d’un  sceptre, 
soit  de  la  garde  d'une  épée. 

Quatrième  tombeau.  Au  quatre-cinquième  de  la  grandeur  réelle. 

au  centre,  d’une  bande  plus  étroite  ornée  de  même  ; l’espace 
intermédiaire  est  rempli  de  spirales  entrelacées;  tous  ces  orne- 
ments sont  en  intailles  magnifiques. 

Dans  le  même  tombeau  j’ai  recueilli  un  ornemcnl  composé  (U‘ 
trois  doubles  feuilles  en  or,  soudées  ensemble  par  le  milieu;  le 
tout  représente  une  magnifique  étoile,  décorée  dans  toutes  ses  jiar- 
ties  de  cercles  concentriques  au  repoussé,  Ibrmant  comme  des  bou- 
cliers. L’artiste  de  cette  époque  primitive  u’a^ias  oublié  de  décorer 
les  bords  avec  des  petits  traits  [lour  donner  aux  feuilles  plus  de 
vérité  et  de  beauté.  On  a recueilli  encore  deux  autres  étoiles,  com- 
posées chacune  de  deux  doubles  feuilles  en  or,  soudées  ensemble 


334 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


pV  le  milieu;  les  trous  dont  elles  sont  pereées  prouvent  qu’on  les 
attachait  au  moyen  d’un  clou  sur  quelque  autre  objet.  Les  feuilles 
de  ces  deux  étoiles  sont  décorées  au  repoussé  de  cercles  concen- 
triques en  forme  de  boucliers,  entremêlés  de  dessins  en  forme  de 
poires;  le  bord  des  feuilles  est,  comme  celui  des  feuilles  précé- 
dentes, orné  de  petits  traits.  Il  est  difficile  de  dire  à quel  genre 
d’ornementation  toutes  ces  étoiles  ont  été  employées. 

Ajoutons  au  catalogue  des  objets  recueillis  soixante-quinze  petits 
anneaux  (fig.  367)  sur  lesquels  est  imprimée  une  ornementation  de 
petits  cercles  ; — trente-deux  bâches  d’armes  à double  tranchant, 
découpées  dans  une  mince  feuille  d’or  (fig.  368).  Outre  ces  trente- 
deux  haches  d’or  assez  bien  conservées,  j’ai  trouvé  une  masse  de 
débris  de  haches  pareilles , il  est  bien  évident  que  toutes  ces  bâches 
ont  figuré  jadis  entre  les  cornes  de  têtes  de  vaches  semblables  à 
celles  qui  sont  représentées  sous  les  figures  329  et  330.  Je  rappelle 
ici  que  j’ai  trouvé  six  de  ces  têtes  de  vaches  avec  des  haches  en 
entier  et  trente-deux  têtes  de  vaches  mutilées,  sur  plusieurs  des- 
quelles on  voit  les  débris  des  haches.  La  hache  qui  est  représentée 
ici  n’a  conservé  qu’une  partie  de  son  manche.  On  voit  sur  toutes 
les  médailles  de  file  de  Ténédos  des  haches  qui  ont  exactement 
la  même  forme  ; nous  les  retrouvons  aussi  sur  quelques-uns  des 
ornements  d’or  de  Mycènes,  sur  une  gemme  lentoïde  provenant 
du  grand  Hèræon,  dont  il  sera  parlé  plus  loin,  et  entre  les  cornes 
de  deux  petites  têtes  de  vaches  découpées  dans  une  feuille  d’or, 
et  qui  ont  été  trouvées  dans  ce  même  tombeau  f M.  Postolaccas 
appelle  mon  attention  sur  le  passage  suivant  de  Plutarque  “ : 
((  Les  habitants  de  Ténédos  ont  emprunté  la  forme  de  la  hache 
aux  crabes  qui  sont  en  grande  abondance  autour  de  l’endroit 
appelé  Astérion,  parce  qu’il  paraît  que  le  crabe  est  le  seul  animal 
dont  la  carapace  présente  la  figure  d’une  hache.  » Le  même  ami 
me  rappelle  en  outre  que  la  hache  d’armes  à double  tranchant  est 
le  symbole  de  Jupiter  Labrandien,  qui  était  adoré  à Labranda,  et 
qu’elle  est  représentée  sur  les  médailles  des  anciens  rois  de  Carie, 

1.  Voyez  les  figures  329-330. 

2.  De  Pythiæ  oraculis  in.  Op.  Moral.,  éd.  Didot,  vol.  I,  p.  488. 


335 


SYMBOLE  DE  LA  HACHE  A DEUX  TRANCHAATS. 

par  exemple  sur  celles  de  Maussolle^  (353  av.  J.-C.),  d’idrieus 
(344  av.  J. -G.),  de  Pixodaros  (336  av.  J. -G.)  et  d’Olhomlopatos 
(334  av.  J. -G.).  Je  trouve  aussi  dans  Plutarque'^  que  la  hache, 
-cAsxuc,  s’appelait  )Æpvç  en  langue  lydienne. 


367  369 


Fig.  367  à 370.  — Ornements  d’or.  Quatrième  tombeau.  Aux  deux  tiers  de  la  grandeur  réelle. 


Le  professeur  A.  Rhousopoulos  m’écrit  à ce  sujet  : <c  Je  suppose 
que  la  hache  à deux  tranchants,  sur  les  monnaies  de  Ténédos,  est 
un  emblème  de  sacrifice  ou  de  guerre.  Je  suis  amené  à cette  opi- 
nion par  analogie  avec  des  monnaies  d’une  plus  grande  impor- 

1.  Ce  nom  est  toujours  écrit  MauaaoXXoç  sur  les  monnaies. 

2.  Quæst.  Grœc.,  p.  45. 


336 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


tance.  On  disait  proverbialement,  dans  rancienne  Grèce,  Teviètog 
niXexvç  (hache  de  Ténédos),  pour  désigner  les  gens  qui  tranchent 
les  questions  avec  trop  d’âpreté  ou  de  brusquerie.  L’Apollon  de 
Ténédos  portait  à la  main  la  double  hache,  c’est-à-dire  précisé- 
ment celle  qui  est  représentée  sur  les  médailles  de  Ténédos;  mais 
011  expliquait  de  deux  manières  le  sens  de  ce  symbole  dans  l’anti- 
quité. Quelques-uns  regardaient  la  double  hache  comme  le  sym- 
bole de  Tennès  ; d’autres  (par  exemple  Aristote)  soutenaient  qu’un 
certain  roi  de  Ténédos  avait  fait  une  loi  en  vertu  de  laquelle  qui- 
conque surprenait  une  femme  et  un  homme  en  flagrant  délit 
d’adultère  devait  les  tuer  tous  les  deux  à coups  de  hache.  Or  il 
arriva  que  son  propre  fils  fut  surpris  en  flagrant  délit  d’adultère; 
le  père  déclara  que  le  jeune  homme  devait  être  puni  selon  la  loi 
commune.  A la  suite  de  cet  événement,  la  double  hache  fut  placée 
sur  les  médailles  de  Ténédos,  en  souvenir  de  la  fin  tragique  du 
jeune  prince.  ))  Pausanias  (X,  xiv)  raconte  l’origine  du  proverbe 
sur  la  hache  de  la  manière  suivante  : « Les  haches  sont  consacrées 
par  Périclytos,  fils  d’Euthymakhos  de  Ténédos,  en  souvenir  d’une 
ancienne  légende.  D’après  cette  légende,  Kyknos  était  fils  de 
Poséidon  et  roi  de  Golonée,  sur  la  côte  de  la  Troade,  en  face  de 
file  de  Leucoplirys.  Kyknos  avait  eu  une  fille  appelée  Hèmithéa 
et  un  fils  du  nom  de  Tennès  de  sa  femme  Procléia,  fille  de  Klytios 
et  sœur  de  Kalètor,  qu’Hornère  nous  montre  dans  V Iliade  tué  par 
Ajax  au  moméiit  où  il  met  le  feu  au  navire  de  Protésilaos.  Après  la 
mort  de  Procléia,  la  seconde  femme  de  Kyknos,  Phylonomè,  fille 
de  Kragasos,  s’éprit  de  Tennès;  comme  Tennès  ne  répondait  pas  à 
son  amour,  elle  raconta  à son  mari  que  Tennès  avait  essayé  de  la 
séduire  et  de  lui  faire  violence.  Kyknos  ajouta  foi  à cette  fable,  et 
lit  renfermer  son  fils  dans  un  coffre  que  l’on  jeta  à la  mer.  Le  coffre 
aborda  sur  le  rivage  de  file  de  Leukophrys  ; Tennès  en  sortit  sain  et 
sauf  et  donna  son  nom  àrîle,qui  fut  appelée  depuis  Ténédos.  Plus 
tard,  Kyknos,  désabusé,  s’embarqua  pour  aller  trouver  son  fils, 
afin  de  lui  avouer  son  erreur  et  de  lui  demander  pardon.  Arrivé  à 
Ténédos,  il  attacha  son  navire  à un  arbre  ou  à un  rocher  ; mais 
Tennès,  irrité,  coupa  les  cordes  avec  sa  hache.  Par  allusion  à ce 


FOURCHE  FUNÉRAIRE. 


337 


lait,  011  dit  de  celui  qui  tranche  les  questions  avec  trop  de 
brusquerie  qu’il  les  tranche  avec  la  hache  de  Tennès.  » 

J’avoue  que  le  récit  du  professeur  Rhousopoulos,  emprunté 
à rantiquité,  me  paraît  plus  vraisemblable  que  celui  de  Pausanias. 
Néanmoins,  sur  la  question  de  savoir  quel  était  le  sens  de  ce  sym- 
bole à l’époque  reculée  à laquelle  appartiennent  les  tombeaux  de 
Mycènes,  je  n’ose  me  risquer  à exprimer  une  opinion. 

Le  magnifique  objet  d’or  de  la  figure  369  ressemble  beaucoup 
aux  ornements  dont  on  se  servait  communément  pour  attacher  les 
jambières  autour  de  la  cuisse,  juste  au-dessus  du  genou;  mais  il  ne 
peut  pas  avoir  servi  à cet  usage,  parce  que  la  plaque  d’or  est  beau- 
coup trop  épaisse  pour  cela;  d’ailleurs  cet  ornement  est  complè- 
tement plan,  et  l’on  voit  clairement  qu’il  n’a  jamais  été  courbe. 
Ce  doit  donc  être  autre  chose.  La  forme  générale  de  cet  objet 
rappelle  celle  des  bonshommes  que  griffonnent  les  enfants; 
l’anneau  qui  est  au-dessus  de  la  tête  représenterait  une  couronne. 
Le  magnifique  ornement  au  repoussé  qui  est  sur  le  corps,  nous 
l’avons  déjà  vu,  quoique  moins  élégant,  sur  la  bordure  de  la  stèle 
funéraire^  de  la  figure  24.  Les  jambes  présentent,  entre  deux 
bordures  étroites,  des  rangées  de  petits  signes  qui  ressemblent  à 
la  lettre  koppa^  que  l’on  voit  sur  toutes  les  médailles  de  Corinthe. 

La  figure  370  offre  le  modèle  des  trois  objets  d’or  qui  étaient  jadis 
suspendus  à l’extrémité  des  chaînettes  du  bandeau  d’or,  figure  357. 
Il  ne  peut  y avoir  aucun  doute  à cet  égard;  ces  trois  ornements 
offrent  la  même  épaisseur  et  la  même  décoration  (bordure  et  rosace- 
formées  par  des  points)  que  la  belle-Hélène  de  la  figure  357. 

Les  figures  371  et  372  représentent  deux  objets  en  cuivre.  Il  est 
difficile  de  dire  quel  pouvait  être  l’usage  du  premier;  il  a un  trou 
quadrangulaire,  mais  qui  n’a  pas  pu  servir  à introduire  un  manche, 
parce  que  la  plaque  de  cuivre  n’est  pas  assez  épaisse.  La  figure  372 
est  une  fourche  à trois  dents  recourbées  par  le  bout,  avec  une 
douille  où  s’enfonçait  le  manche  de  bois  ; cette  fourche  a évi- 
demment servi  pour  attiser  le  feu  des  bûchers  funéraires. 

1.  Voyez  la  vignette  du  chapitre  III. 

MYCÈNES. 


338 


LE  OÜATRIÈME  TOMBEAU. 

Les  figures  873  et  374  représentent  des  objets  en  os  et  de  forme 
semblable.  Tous  les  deux  ont  d’un  côté  une  ornementation  de  spi- 
rales ciselées,  une  bordure  et  deux  ou  trois  cercles  concentriques  ; 
ils  sont  percés  de  deux  trous;  au  centre,  il  devait  y avoir  un  bouton 


Fig.  371  et  372.  — Objets  en  cuivre.  Quatrième  tombeau.  Au  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 


qui  a disparu.  A l’envers,  dans  la  bordure,  il  y a trois  proéminences 
coniques  en  forme  de  pieds.  La  gravure  représente  la  partie  supé- 
rieure d’un  de  ces  objets  et  l’envers  de  l’autre.  Il  me  serait  impos- 
sible de  déterminer  T usage  de  ces  objets  si  je  n’en  avais  trouvé  à 
Troie  de  semblables,  mais  en  terre  cuite,  avec  quatre  pieds  de 
forme  conique;  Tun  de  ces  objets  étaitencore  en  position  sur  l’ori- 
fice d’une  grande  jarre  ou  cruche,  à laquelle  il  servait  de  couvercle. 

Les  deux  trous  servaient  à assujettir  le  couvercle  au  bord  du 
vase,  au  moyen  d’un  lien  L J’ai  trouvé  quatre  couvercles  pareils 
en  os  dans  le  quatrième  tombeau. 

I.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  t)'oyennes,  pl.  21,  fîg.  583  et  584.  Cette  circonstance  explique 
comment  la  nourrice  Euryclée  assujettit  les  couvercles  des  amphores  pour  Télémaque  (Hom., 
Odyss.,  II,  354)  : 


AcüÔ£'/a  ô’  à'p.uXYja'ov,  xa\  u(jop,a<7tv  apcyov  ôtTrav-ïx?. 


FRAGMENT  D’IIA  VASE  IJ’ALIEVTIIE. 


339 


La  figure  875  représeiilc  uii  fragment  provenant  (.run  vase  d’al- 
bàtre,  décoré  d’une  belle  ornementation  ciselée  ({iii  offre,  entre 
deux  cordons  parallèles,  une  rangée  de  s])irales,  et  au-dessous  une 
rangée  de  cannelures  verticales. 

Dans  un  vase  de  cuivre,  à l’angle  sud-est  de  ce  tombeau,  on  a 


Fiü.  373  à 375.  — Doux  couvercle?  de  jiirrc  en  os,  cl  un  morceau  provenant  d’im  vase  d’albàtre. 

Quatrième  tombeau.  Au  cinq-sixième  de  la  grandeur  réelle. 

trouvé  un  animal  (fig.  376).  Eu  faisant  l’analyse  du  métal,  le  pro- 
fesseur Landerer  a trouvé  que  c’est  un  composé  où  il  entre  deux 
tiers  d’argent  et  un  tiers  de  plomb.  Cet  animal  est  creux  et  semble 
avoir  servi  de  vase;  l’orifice,  en  forme  d’entonnoir,  est  placé 
sur  le  dos.  Le  corps  est  lourd  et  grossier,  surtout  les  jambes, 
qui  ressemblent  à celles  du  bison;  la  tète  suggère  l’idée  d'uue 
tète  de  vache;  néaumoius,  comme  cette  tète  portait  deux  cornes  de 
cerfdont  l’ime  s’est  conservée,  il  est  hors  de  doute  tpie  l’artiste  a eu 
l’intention  de  représenter  un  cerf.  Ce  qui  peut  lui  servir  d’excuse 
pour  avoir  fait  son  animal  si  massif,  c’est  que,  s’il  lui  avait  donné 
exactement  la  forme  du  cerf,  sou  vase  aurait  été  trop  fragile.  Les 


340  LE  OUATIUÈME  TOMBEAU. 

vases  en  terre  cuite  affectant  des  formes  d’animaux  étaient  très- 
communs  à Troie  ^ 

Les  figures  377-386  représentent  dix  boutons  d’os  en  forme  de 
croix,  plaqués  d’or,  décorés  de  belles  intailles  et  de  riches  ornements 
au  repoussé.  Il  en  a été  trouvé  douze  en  tout^.  Le  plus  grand  de  ces 


Fig.  37().  — Cerf  composé  d’un  alliage  d’argent  et  de  idoinb.  Quatrième  tumbi;au. 
Au  Irois-scptième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


boutons  (fig.  377)  a un  peu  plus  de  3 pouces  i (0'",08  |)  de  long 
et  2 pouces  | (O’^bObJ)  de  large.  Ce  qu’il  y a de  plus  curieux,  c’est 
que  l’os  de  ces  boutons  présente  exactement  les  mêmes  ornemen- 
tations que  la  plaque  qui  les  recouvre,  comme  on  peut  le  voir  sur  le 
grand  bouton  (fig.  377),  h l’endroit  où  une  partie  de  la  plaque  a 
disparu.  On  se  demande  naturellement  par  quels  moyens  on  est 
arrivé  à un  pareil  résultat.  Après  mûre  réflexion,  nous  sommes  con- 
vaincus qu’on  ne  peut  avoir  obtenu  ce  résultat  que  de  la  manière 
suivante.  On  commençait  par  donner  aux  morceaux  d’os  la  forme 
voulue;  ensuite  on  y ciselait  avec  le  plus  grand  soin,  en  bas-relief, 
l’ornementation  qui  apparaît  maintenant  en  repoussé  sur  la  plaque 

1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troqennes,  pl.  91,  fig.  1893;  pl.  101,  fig.  2299;  pl.  17i, 
fig.  3380  ; pl.  188,  fig.  34".0. 

2.  Les  deux  autres  boutons  sont  du  même  dessin  que  le  reste. 


MERVEILLEUX  BOUTONS  EN  FORME  DE  CROIX.  3il 

d'or.  Ensuite  on  étendait  la  plaque  d’or  sur  le  bouton;  une  fois 
qu’on  l’avait  bien  fixée  au  revers,  le  travail  du  marteau  com- 
mençait; peu  à peu,  la  feuille  pénétrait  dans  les  creux,  s’arron- 
dissait sur  les  reliefs,  et  rornementation  de  l’os  se  trouvait  re- 
produite sur  le  métal.  Après  ce  travail  commençait  celui  des 
intailles;  comme  la  plaque  d’or  était  mince,  l’intaille  se  gravait 
dans  l’os  aussi  profondément  que  dans  la  feuille  d’or.  Je  ne  crois 
pas  qu’il  y ait  moyen  d’expliquer  autrement  ce  merveilleux  travail. 

Tous  ces  boutons  en  croix  ont  la  forme  du  losange  ; neuf  d’entre 
eux  sont  ornés,  aux  angles  aigus  aussi  bien  qu’aux  angles  obtus,  de 
deux  petites  pièces  rondes,  légèrement  bombées,  faisant  saillie  des 
deux  côtés  de  l’angle  ; chacune  de  ces  petites  pièces  porte  quatre 
cercles  concentriques  en  intaille.  Deux  seulement  de  ces  boutons 
en  croix  (fig.  382  et  384)  ont  à chaque  angle  aigu  trois  de  ces  petites 
pièces  au  lieu  de  deux,  et  un  (fig.  380)  en  a trois  aux  quatre  angles. 
Le  houton  de  la  figure  378  a,  dans  l’intérieur  du  losange,  une  large 
bordure  ornée  de  trente-deux  jolies  petites  croix,  chacune  marquée 
d’un  point  au  centre;  dans  le  champ  que  forme  cette  bordure,  il  y a 
deux  spirales  en  forme  d’oméga,  qui  sont  opposées  Tune  à l’autre  et 
sont  couronnées  de  branches  qui  paraissent  être  des  branches  de 
dattier.  Adroite  et  à gauche  des  deux  spirales,  il  y a de  petites  rosa- 
ces. La  bordure  du  grand  bouton  (fig.  377)  est  remplie  de  petits 
cercles  en  intaille.  Au  milieu  du  bouton  on  voit  un  double  cercle, 
avec  ornementation  de  spirales,  également  en  intaille  ; de  chaque 
coté  du  cercle,  il  y a une  spirale  en  forme  d’oméga,  et  quelques 
autres  spirales  plus  petites  et  différents  signes,  le  tout  en  intaille. 
La  bordure  de  la  figure  379  se  compose  simplement  de  deux  lignes  ; 
dans  le  losange  circonscrit  par  ces  deux  lignes,  il  y a un  cercle  avec 
ornementation  de  spirales  ; dans  chacun  des  deux  angles  aigus,  on 
voit  une  spirale  en  forme  d’oméga.  Sur  ce  bouton,  la  dernière  spi- 
rale seule  est  au  repoussé;  le  reste  est  en  intaille.  L’ornementa- 
tion de  la  figure  380  est  encore  plus  simple  ; la  bordure  ne  se  com- 
pose que  de  deux  lignes;  l’intérieur  est  rempli  par  deux  signes  en 
forme  d’omégas  et  par  quatre  petites  Heurs;  les  lleurs  seules  pa- 
raissent travaillées  au  repoussé,  le  reste  est  en  intaille.  Le  bouton 


342  LE  quatrième  TOMBEAU. 

de  la  figure  381  n’a  pas  de  bordure  ; le  champ  tout  entier  est 


Fig.  377  à 381.  — Boutons  d'os  recouverts  de  plaques  d’or,  avec  do  riches  ornements. 
Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


rempli  de  cercles  concentriques  en  intaille,  avec  deux  ou  trois 
petites  décorations  seulement,  exécutées  au  repoussé. 


MERVEILLEUX  ROUTONS  EN  FORME  DE  CROIX.  313 

Au  contraire,  toute  rornemeutation  du  bouton  de  la  figure  382 


Fig.  382  à 38G.  — Boutons  d’os  recouverts  de  plaques  d’or,  avec  de  riches  oriionients. 
Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


est  au  repoussé,  même  la  ligne  qui  borde  le  losange  inlérieur;  on 
voit  dans  fintérieur  dece  losange  un  grand  cercle  rempli  de  cercles 


34i 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


plus  petits,  et  dans  les  deux  angles  aigus  un  signe  curieux  qui  est 
fréquemment  reproduit  sur  les  fusaïoles  de  Troie.  Sur  le  grand 
bouton  de  la  ligure  383,  on  retrouve  une  bordure  garnie  de  vingt- 
huit  croix,  an  centre  du  losange  intérieur  un  double  cercle,  un  ^ 
dont  les  bras  sont  en  ligne  courbe  ; sur  chacun  des  bras  et  au  centre 
sont  dessinés  des  points  pour  marquer  la  place  des  clous  qui  assu- 
jettissaient les  deux  morceaux  de  bois  destinés  à la  production  du 
feu  sacré.  Les  deux  angles  aigus  sont  remplis  par  les  mêmes  signes 
que  nous  avons  trouvés  à la  même  place  dans  la  figure  précédehfte. 
La  bordure  de  croix  est  au  repoussé,  le  cercle  et  le  ^ en  intaille. 

Dans  la  figure  384,  la  bordure  du  losange  intérieur  est  décorée 
de  traits  horizontaux.  Au  centre  du  losange,  il  y a deux  spirales  en 
forme  d’omégas,  qui  sont  opposées  l’une  à l’autre,  et  dans  chacun 
des  angles  aigus,  un  petit  ornement  qur  peut  être  une  fleur.  La 
bordure  et  la  fleur  seules  sont  au  repoussé,  le  reste  est  en  intaille. 
Le  bouton  de  la  figure  386  a la  même  ornementation  en  forme 
d’omégas  opposés  Fun  à l’autre.  Enfin  le  grand  bouton  de  la 
figure  385  a une  large  bordure  remplie  de  vingt-huit  petits  cercles 
au  repoussé  ; la  petite  croix  inscrite  dans  un  cercle  qui  se  trouve 
à chaque  angle  aigu  est  également  au  repoussé,  tandis  que  le 
grand  cercle  avec  le  au  centre  est  en  intaille. 

A l’envers  de  ces  boutons,  l’artiste  a travaillé  Fos  de  manière  à 
lui  donner  une  forme  qui  se  rapproche  de  celle  de  nos  doubles 
boutons  de  chemise;  la  seule  différence,  c’est  qu’ici  la  partie  infé- 
rieure est  de  forme  ovale.  Ainsi  on  ne  peut  pas  douter  que  tous 
ces  boutons  n’aient  servi  à orner  les  vêtements;  seulement  on  ne 
pouvait  pas  évidemment  les  employer  aux  mêmes  usages  que  des 
'boutons  réels.  Ils  portent  tous  des  traces  visibles  du  feu  du  bûcher 
funéraire;  mais,  comme  Fos  a pu  résister,  il  est  certain  que  ce  feu 
n’était  pas  destiné  à réduire  les  corps  en  cendres  non  plus  qu’à 
détruire  les  ornements  dont  ils  étaient  chargés. 

On  a encore  trouvé  avec  les  cinq  corps  de  ce  tombeau  cent  dix 
petites  fleurs  d’or,  semblables  aux  quatre  qui  sont  représentées 
par  les  figures  387-390;  — soixante-huit  boutons  d’or  sans  orne- 
ments, comme  les  figures  39i  et  392;  — cent  trente-quatre  ron- 


CURIEUX  DOUTONS  D’OR.  dio 

déliés  d’or  avec  des  bordures  (fig.  395  et  396);  — quatre-vingt- 
dix-huit  grandes  rondelles,  semblables  à des  boucliers  en  minia- 
ture, et  travaillées  au  repoussé,  avec  double  bordure  en  corde- 
lières (fig.  402).  Sui\^aucun  de  ces  quatre  cent  dix  objets  on 
ne  trouve  rien  qui  indique  qu’ils  aient  été  fixés  sur  des  boutons 


Fig.  387  à 401.  — Plaques  d’or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


d’os  ; il  en  faut  conclure  qu’ils  étaient  simplement  fixés  avec  une 
colle  sur  les  vêtements  et  les  draperies  des  morts. 

Au  même  endroit  j’ai  recueilli  cent  dix-huit  boutons  d’or  ornés 
d’intailles  de  dix-sept  modèles  différents;  ils  sont  reproduits  par 
les  figures  393-401  et  403-413.  Tous  se  composent  d’une  plaque 
d’or  fixée  soit  sur  des  boutons  d’os  semblables  à nos  doubles 
boutons  de  chemise,  soit  sur  de  simples  rondelles  d’os;  le  plus 
souvent  l’os  a disparu,  et  il  ne  reste  que  la  plaque  d’or.  Comme 
le  lecteur  a les  dessins  sous  les  yeux,  je  n’entreprendrai  pas  de 


346 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

les  décrire  en  détail.  Cependant  je  voudrais  appeler  l’attention 
sur  les  belles  intailles  du  bouton  de  la  figure  397  ; elles  repré- 
sentent quatre  couteaux  à larges  lames,  dont  les  manches  se 
prolongent  en  spirales. 

J’ai  trouvé  encore  dans  le  même  tombeau  cent  trente  grands 
boutons  d’or  avec  de  magnifiques  intailles  (fig.  414-420)  qui 


402 


406 


Fig.  402  à 413. — Boutons  d’or,  eualriènie  tombeau.  Grandeur  réelle. 


représentent  de  belles  étoiles,  des  fleurs  ou  des  croix.  D’autres, 
comme  la  figure  421,  ont  de  belles  ornementations  de  spirales. 
Ces  grands  boutons  sont  dans  le  meme  cas  que  les  petits  dont  il 
a été  question  plus  haut;  beaucoup  ont  encore  leur  monture 
d’os  qui  ressemble  à nos  doubles  boutons  de  chemise  ; beau- 
coup d’autres  sont  montés  sur  de  simples  rondelles  d’os  ; dans 
bien  des  cas,  l’os  a disparu,  et  il  ne  reste  que  la  plaque  d’or. 

Enfin  j’ai  recueilli  huit  boutons  d’or  de  grande  dimension,  avec 


MAGNIFIQUES  BOUTONS  D’OU 


34T 


Fig,  414  à 422  a.  — Boulons  d’or.  Qunfrièinc  toniboau.  Grandour  ré( 


348 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

de  belles  intailles.  Je  donne  (fig.  422  et  422^?)  les  dessins  de  deux 
de  ces  boutons.  Le  premier  représente  un  soleil  qui  porte  au  centre 
un  beau  ^ dont  les  bras  sont  transformés  en  spirales  et  où  est 
conservé,  sous  forme  de  points  creux,  le  souvenir  des  clous  qui 
servaient  à fixer  les  branches  de  Fobjet  réel.  Le  second  représente 
aussi  un  soleil  rayonnant,  au  centre  duquel  est  l’ornementation  de 
spirales  qui  nous  a si  souvent  déjà  passé  sous  les  yeux. 

Ces  huit  grands  boutons  sont  montés  sur  de  simples  rondelles 
d’os.  Gomme  je  trouve  souvent  des  boutons  de  ce  modèle  disposés 
en  ligne  droite,  et  dont  la  dimension  va  en  diminuant  régulière- 
ment; comme  ces  rangées  se  rencontrent  souvent  à côté  des  épées, 
je  suis  certain  que  ces  boutons  étaient  collés  à la  file  sur  les  four- 
reaux de  bois,  le  bouton  le  plus  large  à l’endroit  le  plus  large  de 
l’épée,  et  les  autres  diminuant  graduellement  avec  la  largeur  du 
fourreau  h Voici  encore  un  fait  qui  mérite  une  attention  particu- 
lière ; toutes  les  fois  que  les  boutons  d’or  ont  conservé  leur  monture 
d’os,  qu’elle  soit  une  simple  rondelle  ou  une  sorte  de  bouton  de 
chemise,  cette  monture  reproduit  sans  exception  exactement  les 
mêmes  intailles  que  l’on  voit  sur  la  plaque  d’or.  Il  est  donc  bien 
certain  que  le  travail  des  intailles  ne  se  faisait  que  quand  la  plaque 
était  fixée  sur  le  moule,  et  que  l’iiitaille  de  la  plaque  d’or  s’impri- 
mait dans  l’os  par  la  pression  de  la  main  de  l’artiste. 

L’immense  tombeau  était  jonché  dans  toute  son  étendue 
de  petites  feuilles  d’or;  ce  que  j’en  ai  recueilli  pèse  environ 
200  grammes,  ou  plus  d’une  demi-livre  anglaise.  Je  les  ai  ramassées 
en  grande  quantité  jusque  sous  les  corps,  d’où  je  conclus  qu’on  en 
avait  jonché  le  fond  du  tombeau  avant  d’y  dresser  les  bûchers 
funéraires. 

Voici  encore  une  série  d’objets  trouvés  dans  le  même  tombeau: 
deux  gobelets  d’argent  ; — deux  coupes  d’argent  ; — dix  vases 
d’argent  réduits  en  pièces  ; — trois  grands  vases  d’argent  et  un 
autre  plus  petit,  qui  sont  plaqués  de  cuivre  et  de  forme  très-aplatie. 
Je  suppose  donc  qu’on  s’en  servait  comme  de  cuvettes  ‘ou  sou- 


1.  Voyez  la  figure  460. 


MODÈLE  DE  TEMPLE  EN  OR. 


349 


coupes  pour  des  vases  d’argent  de  plus  grande  dimension  ; — un 
peigne  en  bois,  avec  un  grand  manche  en  or,  recourbé  ; ce  peigne 
a dû  se  placer  sur  le  front  pour  rejeter  les  cheveux  en  arrière. 

Les  plus  curieux  peut-être  de  tous  les  objets  recueillis  dans  les 
tombeaux  sont  cinq  petits  édifices  en  or,  travaillés  au  repoussé, 
dont  trois  ont  été  trouvés  dans  le  quatrième  tombeau  et  deux 
dans  le  troisième.  La  figure  423  représente  un  de  ces  édifices. 


Fig.  423.  — Modèle  d’un  temple,  en  or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


Ils  offrent  un  aménagement  trop  incommode  pour  qu’on  y voie  des 
maisons  d’habitation  ; il  est  donc  naturel  de  supposer  que  ce  sont 
de  petits  modèles  de  temple  ou  de  sanctuaires.  Ce  qui  me  con- 
firme dans  cette  opinion,  ce  sont  les  quatre  cornes  qui  forment  le 
couronnement  de  la  tour,  les  colombes  aux  ailes  déployées  qui 
sont  perchées  de  chaque  côté,  et  les  trois  colonnes  à chapiteaux  qui 
sont  représentées  dans  les  trois  niches  en  forme  de  portes.  Je  prie 
le  lecteur  de  remarquer  la  ressemblance  de  ces  colonnes  avec  celle 
qui  est  entre  les  deux  lions  de  la  porte  des  Lions.  Une  circonstance 
qui  doit  aussi  frapper  tout  particulièrement,  c’est  que  les  lignes 
obliques  qui  sont  à droite  et  à gauche  des  colonnes  donnent  a ces 
niches  une  ressemblance  frappante  avec  l’intérieur  des  tombeaux, 


350 


LE  quatrième  tombeau. 

qui  sont  aussi  revêtus  de  murs  inclinés.  Au-dessous  des  niches 
sont  nettement  indiquées  quatre  assises  de  maçonnerie  formées  de 
grosses  pien^es  de  taille;  par  contre,  toute  la  partie  supérieure  nous 
semble  représenter  un  édifice  en  bois.  C’est  aussi  un  objet  du  plus 
haut  intérêt  que  l’espèce  de  tour  qui  domine  la  niche  du  centre; 
au  milieu  de  cette  construction  on  aperçoit  trois  signes  curieux  qui 
ressemblent  à des  lettres.  Je  voudrais  aussi  rappeler  au  lecteur 
les  monnaies  de  Paphos,  sur  lesquelles  est  représenté  un  temple 
d’Aphroditè,  avec  une  colombe  perchée  sur  chaque  pignon. 

J’ai  recueilli  encore  dans  le  quatrième  tombeau  jusqu’à  cin- 


Fig.  424.  — Seiche  en  or.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 


quante-trois  seiches  d’or.  La  figure  424  représente  une  de  ces 
seiches.  Elles  sont  toutes  absolument  pareilles  et  portent  en  relief 
une  curieuse  ornementation  qui  représente  des  spirales  ; tous 
leurs  bras  se  recourbent  également  en  spirale.  Il  est  assez 
difficile  de  déterminer  de  quelle  manière  ces  seiches  étaient 
employées  comme  ornement  : probablement  elles  étaient  assu- 
jetties par  un  procédé  quelconque  sur  les  étoffes  et  les  draperies. 
Il  semble  qu’elles  aient  été  toutes  jetées  dans  le  même  moule; 
autrement,  on  ne  comprendrait  pas  pourquoi  elles  sont  exacte- 
ment pareilles. 

Je  ne  puis  m’expliquer  l’usage  de  deux  objets  (fig.  425-426) 
formés  d’épaisses  plaques  d’or  et  qui  ressemblent  à des  toupies; 
chacun  de  ces  objets  se  compose  de  deux  moitiés. 

Les  figures  427-434  représentent  huit  plaques  d’or  (il  y en 


l‘OMMEAUX  DE  GAUDE  D’ÉPÉE  EN  OR. 


351 


a dix  en  tout)  avec  de  belles  intailles;  ces  plaques  étaient 
destinées  à recouvrir  de  grands  pommeaux  d’épée  en  bois  ou  en 


Fig.  425  et  426. — Les  deux  moitiés  d'iiii  objet  en  forme  de  fusaïole,  forme  d’iiiie  épaisse  plaque  d’or. 
Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

albâtre.  La  figure  427  représente  un  lion.  La  figure  428  est  ornée 
à profusion  d’une  magnifique  décoration  d’intailles;  on  n’y  dé- 
couvrirait pas  un  quart  de  pouce  (|  de  cent,  carré)  qui  ne  soit 


Fig.  427.  — Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garde  d’épée.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

couvert  d’ornements.  Au  centre,  on  voit  un  double  cercle  conte- 
nant cette  belle  spirale  que  l’on  rencontre  souvent  à Mycènes, 
mais  qui  est  représentée  ici  avec  de  sextuples  lignes.  Autour  du 


352 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


cercle  double,  il  y en  a un  autre;  l’espace  compris  entre  le  pre- 
mier cercle  et  le  second  est  rempli  de  petits  cercles  en  miniature. 
Suit  un  nouveau  cercle  élégamment  orné  de  spirales;  enfin  un  troi- 


Fig,  4:28, — Revclcmcnl,  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garJe  d'épée.  Quatrième  tjiubeuu  Grandeur  réelle. 

sième  cercle,  rempli  de  petites  spirales  séparées,  puis  une  bor- 
dure de  trois  lignes  et  un  quatrième  cercle  de  spirales  très- 
curieuses;  ensuite  une  nouvelle  bande  circulaire  de  trois  lignes,  et, 

pour  finir  un  large  cercle  de  spirales. 
L’objet  en  or  de  la  figure  429  appartient 
évidemment  à la  partie  supérieure  de 
la  garde.  La  plaque  d’or  de  la  figure  430 
provient  aussi  d’un  pommeau  d’épée; 
nous  y voyons  les  trous  ronds  par  où 
passaient  les  clous  d’or  destinés  à l’as- 

Fig.  429.  — Revêtement  on  or  pour  le  . . 

pommeau  d’une  g'.ardo  d'épée.  Quatrième  SUjettir;  elle  eSt  OFliee  d llltailleS  qUl 
tombeau.  Grandeur  réelle.  , i i n • i 

représentent  de  belles  spirales. 

Les  revêtements  de  pommeaux  d’épée  des  figures  43i  et  432  ne 
sont  pas  moins  magnifiques.  Le  premier  est  orné  d’une  quantité 
de  cercles  concentriques  et  de  spirales  en  intaille;  le  second  pré- 
sente, en  intaille  aussi,  une  bordure  de  jolies  petites  spirales  et 


POMMEAUX  DE  GARDE  D’ÉPÉE  EN  OU.  U53 

plusieurs  cercles  concentriques;  le  dernier  de  ces  cercles  à Tinté- 


Fig,  430. — Revêlcincut  d’or  pour  le  poniaicau  d'une  garde  d’épée.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

rieur  a une  bordure  de  spirales  en  forme  de  poisson;  le  centre  de 


Fig.  431  à 434.  — Revêtements  d’or  pour  pomnioa.iN;  d’épéo.  Quatrième  tombeau.  Grandeur  réelle. 

la  plaque  est  rempli  d’ornements  en  forme  de  fer  à cheval.  Les 

MYCÈNES  liîS 


354- 


LE  QUATRIÈME  TOMREAU. 


objets  représentés  par  les  figures  433  et  434  ont  servi  également 
à revêtir  des  pommeaux  d’épée  ; le  premier  est  orné  de  deux 
cordes  en  bordure,  le  second  de  cannelures  verticales. 

Trente-cinq  pointes  de  flèche  en  obsidienne  ont  été  trouvées 
en  un  seul  tas;  elles  étaient  probablement  emmanchées  de  hampes 


l iG.  435.  — Püiiilcs  de  fièehc  en  obsidienne.  Qualrièinc  tombeau.  Grandonr  réelle. 


en  bois  et  contenues  dans  un  carquois  en  bois  qui  aura  disparu. 
La  figure  435  représente  les  quinze  types  différents  de  ces  pointes 
de  flèche.  Rien  ne  peut  mieux  donner  idée  de  la  grande  antiquité 
de  ces  tombeaux  que  la  présence  de  ces  pointes  de  flèche  en  pierre, 
car  l’///rtr/c  ne  semble  connaître  que  les  pointes  de  flèche  , en 
bronze  f On  avait  probablement  aussi  déposé  des  arcs  dans  ce 
tombeau;  mais, comme  ces  objets  étaient  en  bois,  ainsi  que  les  car- 

].  Voyez  par  exemple  Vlliade,  XIII,  650  et  662. 


DENTS  DE  SANGJJED  SERVANT  D’ORNEMENTS. 


:>55 

quois  et  les  hampes  de  déclic,  ils  seront  tombés  en  poussière. 

J’ai  recueilli  encore  soixante-dix  dents  de  sanglier  ; le  revers  de 
chacune  de  ces  dents  est  taillé  à plat  et  percé  de  deux  trous,  qui 
devaient  servir  à la  fixer  sur  un  autre  objet,  peut-être  sur  des 
harnachements  de  chevaux.  Mais  nous  voyons  aussi  dans  VIliade 
qu’on  en  mettait  sur  les  casques  soit  pour  les  orner,  soit  pour 
parer  les  coups  f 

Il  y avait  aussi  une  grande  quantité  de  morceaux  plats  qua- 
drangulaires,  taillés  dans  des  dents  de  sanglier.  Ces  morceaux 
ont  de  -1  h 2 pouces  (0’“,025  à 0"^,()5)  de  long  et  de  ^ pouce  à I de 
pouce  (0“,01  - — g)  de  large;  ils  sont  percés  à chaque 
extrémité  d’un  trou  qui  servait  à les  fixer  sur  d’autres  objets, 
peut-être  sur  des  harnachements  de  chevaux.  On  ne  peut  douter 
que  ces  sortes  d’objets  en  os  ou  en  ivoire  n’aient  servi  à l’oriic- 
rnentation  des  harnachements;  on  semble  avoir  eu  l’habitude  de 
les  teindre  avec  de  la  pourpre  pour  leur  donner  plus  de  richesse, 
car  nous  lisons  dans  VIliade  (IV,  J 41 -145)  : (c  Tel  est  l’ivoire 
qu’une  femme  de  Méonie  ou  de  Carie  a coloré  de  pourpre,  et  qui 
doit  orner  le  frontail  des  coursiers;  elle  l’étale  dans  sa  dcmeui'e, 
joyau  convoité  par  la  multitude,  mais  réservé  aux  rois  ; parure  de 
l’attelage,  honneur  du  cavalier'b  » (Traduction  Giguet.)  J’ai  trouvé 
aussi  un  morceau  d’os,  plat  et  pres(iue  circulaire;  il  est  percé 
d’un  trou  rond  au  centre  et  de  six  auti’es  petits  trous;  j’ignore  à 
quoi  il  pouvait  servir. 

J’ai  recueilli  dans  le  même  tombeau  deux  grandes  anses  de 
cuivre;  on  reconnaît  à des  marques  non  équivoques  qu’elles  ont  été 

1.  X,  261-265  : 

Ô£  Q'.  y.'jvi/)v  xsaaX^cptv  sO/jxsv, 

pivoO  7iorrjT‘/^v  • TzoÀscriv  o’  svxoaôsv  [[xa^iv 

£VT£TaTO  0-T£p£a)Ç  * £yTOCr0£  Ô£  >v£UXo\  OÔOVT-: 

àpytooovTo;  vbç  ôajxk;  £'/ov  £vOa  xat  ’£vOa 
£'j  xai  £TCt(TTa[ji,£va)^. 

« 11  couvre  sa  tete  d’un  casque  de  peau,  doublé  do  courroies  solides,  enlouré  dos  dents  blanches 
d’un  sanglier,  rangées  de  tous  côtés  avec  art.  » (Traduction  Giguet.) 

2.  'Oç  ô’  bT£  Ti;  t’  £A£cpavTa  Y'jvq  ootvcxt  [atVivr, 

Mr,ov'i;  r,£  Kâ£ipa  7rapr,Vov  £p.[ji£vat  î'titcwv  • 
x£Îxat  ô’  £V  OaXaixw,  tco>v££;  T£  giv  r^priCravTo 
tTC7i:?,£ç  çop££cv  ' Paa-tXr|t'  û£  XEîxai  aya)v[xa, 
àp.:pÔT£pov,  xoa-goç  0’  Tittk.),  IXaTTipt  T£  xOôoç. 


356 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


plaquées  d’or  ; il  est  donc  probable  qu’elles  ont  appartenu  à um 
srand  vase  d’argent. 

Outre  les  cinq  grands  vases  de  cuivre  trouvés,  comme  je  l’ai  déjà 
dit,  à l’extrémité  sud  du  tombeau,  j’en  ai  découvert  cinq  autres  du 
côté  est,  derrière  les  têtes  des  morts,  dix  autres  du  côté  ouest,  à 
leurs  pieds,  et  douze  à l’extrémité  nord,  vers  laquelle  étaient  tour- 
nées les  têtes  de  deux  des  morts.  Ainsi,  le  tombeau  contenait  en 
tout  trente-deux  vases  de  cuivre,  dont  quelques-uns,  cependant. 


Fig,  436.  — Grand  vase  de  cuivre.  Quatrième  tombeau.  Au  huitième  de  la  grandeur  réelle. 

étaient  en  trop  mauvais  état  pour  être  conservés.  Les  gravures  qui 
suivent  reproduisent  les  principaux  types  de  ces  vases  de  cuivre. 

La  figure  436  représente  une  grande  cruche  qui  a 1 pied 
8 pouces  (0''*,50)  de  profondeur  et  1 pied  4 pouces  (0'",40)  de 
diamètre.  Elle  a deux  anses  : l’iine  verticale,  l’autre  horizontale  ; 
l’anse  verticale  unit  le  bord  au  ventre  de  la  cruche;  l’anse  hori- 
zontale est  placée  à la  partie  inférieure.  Les  deux  anses  sont  assu- 
jetties au  vase  par  des  clous  à grande  tête  plate.  Parmi  les  vases 
trouvés  dans  le  quatrième  tombeau,  il  y en  ii  sept  qui  ont  la 
même  forme. 

La  figure  437  représente  une  autre  cruche  exactement  pareille  à 


VASES  EN  CUIVRE. 


celle  de  la  figure  436;  mais  ou  n’en  peut  voir  que  la  partie  supé- 
rieure, parce  que  le  reste  du  vase  disparaît  dans  un  vase  plus  grand 
et  y adhère  fortement  ; il  est  probable  que  c’est  le  feu  du  bûcher 
funéraire  qui  a ainsi  soudé  ces  deux  vases.  Il  a été  trouvé  sept 
autres  vases  semblables  à celui  où  l’autre  est  enfoncé;  ils  ont 


Fig.  437.  — Deux  grands  vases  de  cuivre  soudes  euseiuble.  Quatrième  tombeau. 

Au  huitième  environ  de  la  grandeur  réelle. 

deux  anses  verticales  attachées  au  bord  par  quatre  gros  clous  à 
grande  tête  plate. 

La  figure  438  représente  un  vase  large  et  profond,  à trois  anses 
verticales,  assujetties  au  bord  comme  les  précédentes  au  moyen  de 
gros  clous  ; parmi  les  vases  recueillis,  il  y en  a quatre  de  ce  modèle, 
outre  deux  spécimens  de  la  même  forme,  mais  qui  n’ont  que  deux 
anses.  La  figure  439  représente  un  grand  vase  à deux  anses  verti- 
cales. Il  en  a été  trouvé  huit  ou  neuf  de  la  même  forme. 

Voici  d’autres  types  dont  les  dessins  ne  sont  pas  reproduits  ici  : 
d’abord  une  bassine  ou  casserole  profonde,  avec  une  seule  anse  en 


358 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

forme  de  douille  où  s'enfonçait  un  manche  de  bois  ; ce  vase  a 
2 pieds  (0'“h60)  de  diamètre  ; — une  grande  chaudière  à trois 


Fig,  438.  — Grand  vase  de  enivre  à trois  anses,  enalricmo  toinboan.  Au  iuiilièmo  do  la  grandeur  réelle, 

anses  verticales,  de  2 pieds  6 pouces  (0"h75)  de  diamètre  ; les  trous 
dont  le  bord  du  fond  est  percé  prouvent  que  le  fond  a été  adapté  à 


Fig.  439,  — Grand  vase  de  cuivre  à doux  anses.  Quatrième  tombeau.  Au^quart  de  la  grandeur  réelle# 

l’aide  de  clous.  Ce  vase  est  tellement  grand,  qu’il  ne  peut  avoir  servi 
qu’à  faire  chauffer  de  l’eau  pour  le  bain  ; on  devrait  donc  l’appeler 
Xsê'/jç  loBTpGxoog;  seulement,  le  poète  donne  toujours  trois  pieds  à 


TIlÉPIEnS  HOMÉRIQUES. 


359 


ces  vases,  quand  il  a occasion  d’en  parlée,  et  les  appelle  en  consé- 
quence zpŒovq  lozTpG)(^ooçK  II  y avait  aussi  un  élégant  bassin  de 
cuivre  de  forme  ovale  : il  avait  probablement  deux  anses  aux  deux 
endroits  où  le  bord  est  brisé.  On  n’a  trouvé  qu’un  seul  exemplaire 
de  chacun  de  ces  trois  derniers  types. 

Sur  la  plupart  de  ces  vaisseaux  de  cuivre,  chaudrons,  bassins  ou 
cruches,  il  y a des  marques  qui  prouvent  jusqu’à  l’évidence  qu’ils 
ont  fait  nn  long  service  sur  la  flamme  du  foyer  ; quelques-uns  ont 
l’air  de  n’avoir  jamais  servi. 

L’habitude  de  déposer  dans  les  tombeaux  une  quantité  de  chau- 
drons ou  de  grands  vases  de  cuivre  remonte  à une  antiquité  recu- 
lée. Le  musée  du  Warwakéion  à Athènes  possède  sept  urnes  funé- 
raires en  cuivre,  avec  des  couvercles  qui  tournent  sur  des 
charnières,  et  qui  contenaient  les  cendres  des  morts.  Pour  qu’on 
ait  trouvé  si  peu  de  ces  urnes,  il  faut  que  les  vases  de  cuivre  aient 
été  bien  peu  employés  en  Grèce  pour  cet  usage;  mais  un  fait  sans 
précédent  dans  l’histoire  des  tombes  grecques,  c’est  qu’on  y ait 
déposé  un  surcroît  de  chaudrons  de  cuivre,  simplement  pour 
honorer  les  morts.  Telle  était  pourtant  la  coutume  dans  l’anti- 
quité lapins  reculée,  comme  le  prouvent  les  tombeaux  deMycènes, 
le  tombeau  de  Gorneto  et  le  tombeau  nouvellement  découvert  de 
Palestrina,  dont  j’aurai  occasion  de  parler  plus  loin.  Des  vases  de 
cuivre,  déposés  comme  ornements  dans  les  tombes,  ont  été  trouvés 
dans  le  cimetière  de  Hallstatt,  en  Autriche^,  qui  appartient  cepen- 
dant à une  époque  beaucoup  plus  récente  que  les  tombes  de 
Mycènes. 

Le  trépied  de  la  ligure  440  est  un  objet  du  plus  haut  intérêt.  Il  a 
trois  anses,  deux  horizontales  et  une  verticale,  et  une  sorte  de  bec 
qui  est  à la  droite  du  spectateur.  Le  trépied  joue  un  grand  rôle  dans 
les  temps  homériques.  Dans  VOiiijssée^  et  dans  ïl/i(((Ir  '%  c’est  un 
présent  d’honneur.  Dans  V Iliade''^,  on  le  donne  comme  prix  dans 

1.  Iliade,  XVIII,  310;  Odijssée,  VIII,  135. 

■2.  Voyez  Edward  Freihcrr  yon  Sacken,  das  Gi'abfeld  l'on  IlaUstatl. 

3.  XllI,  13;  XV,  8i. 

4.  VIII,  290;  IX,  122. 

5.  XI,  700;  XXIII,  2G4.,  4-85,  513,  718. 


360 


LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


les  jeux;  c’est  un  ornement  pour  les  habitations^  ; on  s’en  sert  aussi 
pour  chauffer  l’eau  et  faire  la  cuisine^.  Quand  Homère  le  fait 
servir  à cet  usage  il  lui  donne  l’épithète  de  siJ.nvpi^^Tr}g. 

J’ai  recueilli  dans  ce  tombeau  une  grande  quantité  de  petites 
rondelles  de  cuivre,  percées  de  trous  sur  les  bords,  ce  qui  prouve 
qu^on  les  employait  comme  ornements,  peut-être  dans  le  harna- 


Fig,  4i0.  — Trépied  de  cuivre.  Quatrième  tombeau.  Au  tiers  de  la  grandeur  réelle 


chement  des  chevaux  ; j’ai  trouvé  aussi  une  anse  de  vase  en 
cuivre,  plaquée  d’or. 

J’ai  recueilli  dans  ce  tombeau  quarante-six  épées  de  bronze  plus 
ou  moins  détériorées,  quatre  lances  et  six  couteaux  longs.  Je  ne 
décrirai  que  les  plus  remarquables  de  ces  objets.  La  figure  441 
représente  une  des  lances;  comme  toutes  les  lances  mycéniennes, 
elle  a une  douille  où  s’enfonçait  la  hampe;  il  y a ici,  par  exception, 

. 1.  Iliade,  XVIII,  373. 

2.  Odyssée,  VIII,  434;  Iliade,  XVIII,  344. 

3.  Iliade,  XXIII,  702;  XXII , 1G4.  Dans  ce  dernier  exemple,  il  est  appelé  xptTioç,  au  lieu  de 
conserver  la  forme  ordinaire  xpiTrooc. 


ARMES  DE  BRONZE. 


361 


un  anneau  de  chaque  côté;  ces  anneaux  servaient  à assujettir,  au 
moyen  d’une  corde,  la  pointe  de  la  lance  à la  hampe  pour  l’empe- 
cher  de  tomber.  Gomme  je  l’ai  déjà  dit,  toutes  les  lances  homé- 
riques paraissent  avoir  eu  une 


441 


442 


442  a 


douille  semblable  pour  rece- 
voir la  hampe.  A la  partie  exté- 
rieure de  la  douille,  on  voit 
encore  la  large  tête  plate  du 
clou  qui  fixait  la  pointe  de  la 
lance  à la  hampe. 

Parmi  les  épées,  il  y^en  a dix 
qui  sont  courtes  et  n’ont  qu’un 
seul  tranchant.  Les  figures  442 
et  442  a représentent  deux  de 
ces  épées.  Elles  se  composent 
d’un  seul  morceau  de  bronze 
massif  et  mesurent,  quand  elles 
sont  conservées  dans  leur  en- 
tier, de  2 pieds  à 2 pieds  3 pouces 
(0™,60  à 0"',675)  en  longueur. 

La  poignée  est  trop  épaisse  pour 
avoir  reçu  une  garniture  de 
bois  ; elle  a dû  servir  telle 
qu’elle  est.  L’extrémité  forme 
un  anneau  qui  servait  à sus- 
pendre l’épée  soit  au  baudrier 
(isXapLwv) , soit  au  ceinturon 
{^(ùGxrip  ou  ÇcovYî).  Comme  ces 
petites  épées  ne  sont  à propre- 
ment parler  que  de  longs  couteaux,  elles  représentent  évidemment 
l’objet  désigné  par  le  mot  homérique  pris  dans  son  accep- 
tion primitive  L En  effet,  le  mot  est  dérivé,  par  une  trans- 

position de  lettres  euphonique,  de  la  même  racine  que  Godspri  et 

1.  4>àcryavov  pour  açayavov,  de  la  racine  crçay.  Il  y avait  aussi  un  verbe  çacryavw,  tuer  avec 
l’épée.  (Hesych.,  Lex.,  s.  v.) 


Fig.  441.  — Pointe  do  lance  en  bronze  Qualrièn.o 
tombeau.  Au  cinquième  environ  de  la  grandeur 
réelle. 

Fig.  442  et  442  a.  — Petites  épées  de  bronze  à un 
seul  tranchant.  Quatrième  tombeau.  Au  trois- 
seiziènie  environ  de  la  grandeur  réelle. 


362 


lÆ  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


(égorger)]  par  conséquent  cette  arme  doit  avoir  primitive- 
ment servi  surtout  pour  égorger  les  animaux,  peut-être  aussi  pour 

tuer  un  ennemi  dans  un  combat  corps  à 
corps  ; mais  peu  à peu  le  mot  perdit  sa 
signification  première,  et  dans  Homère  il 
est  absolument  synonyme  de  ^/tpoçet  de  aop. 

J’éprouve  quelque  embarras  à décider 
quelle  est  la  nature  d’une  autre  arme  h 
double  tranchant,  qui  se  termine  par  un 
long  tube  {ocvloç)  ; le  tube  est  si  étroit,  qu’il 
ne  semble  guère  possible  qu’on  ait  pu  y 
introduire  la  hampe  d’une  lance;  ce  serait 
donc  plutôt,  selon  moi,  une  sorte  de  long 
poignard  dont  le  manche  serait  creux,  tout 
simplement  pour  que  l’arme  soit  moins 
lourde . La  figure  443  est  un  fragment  de  lame 
d’épée,  en  bronze,  à deux  tranchants,  dont 
l’arête  est  dentelée  des  deux  côtés  ; peut-être 
cette  dentelure  était-elle  un  simple  orne- 
ment, peut-être  les  dents  de  scie  avaient- 
elles  pour  objet  de  rendre  les  blessures  plus 
dangereuses.  Une  autre  arme  (fig.  444)  est 
formée  de  deux  ou  trois  plaques  de  bronze, 
longues,  étroites  et  épaisses,  soudées  en- 
semble. La  partie  inférieure  est  ronde  ; dans 
l’intérieur  on  voit  une  grande  quantité  de 
petits  clous  de  bronze,  dont  la  présence  est 
aussi  difficile  à expliquer  que  l’usage  même 
de  l’arme.  A partir  du  point  où  finit  la  fente 
inférieure,  l’arme  est  quadrangulaire,  mais 
elle  va  en  diminuant  graduellement  d’épais- 
seur jusqu’à  l’extrémité,  qui  forme  une  lame  étroite,  plate  et 
acérée.  Il  y a seize  marques  de  petits  clous  ou  épingles  au  bord 
gauche  de  la  fente  inférieure;  ce  qui  m’amène  à penser  que  peut- 
être  la  partie  inférieure  de  l’arme  a été  assujettie  à un  manche 


Fig.  443  et  444. — Fragment  d’une 
épée  de  bronze  à deux  tran- 
chants. Autre  arme,  qui  était 
probablement  un  poignard.  Qua- 
trième tombeau.  Demi-grandeur. 


ÉPÉES  DE  PRONZE. 


363 


de  bois  ou  d’os  et  qu’on  a pu  s’en  servir  comme  d’un  poignard.  Je 
rappellerai  ici  que  le  trésor  de  Troie  contenait  deux  armes  de  la 
même  forme,  mais  composées  d’un  seul 
morceau  massif  de  métaP. 

J’ajoute  à la  liste  : une  pointe  de  lance 
avec  douille  pour  fixer  la  hampe,  mais 
dépourvue  des  anneaux  que  l’on  voit  sur 
la  lance  de  la  figure  441  ; — un  fragment 
très-intéressant  d’épée  à double  tran- 
chant, dont  l’arête  forme  une  saillie  très- 
remarquable  ; — fragment  de  la  lame 
d’une  courte  épée  à deux  tranchants,  où 
Ton  voit  encore  des  restes  du  fourreau  de 
bois;  à l’extrémité  inférieure,  il  y a des 
deux  côtés  trois  grosses  têtes  de  clous, 
rondes  et  plates  en  or,  qui  servaient  à 
fixer  la  lame  à la  garde;  — fragments  de 
trois  lames  d’épée  à deux  tranchants, 
très-longues,  dont  deux  ont  gardé  des  frag- 
ments de  leurs  fourreaux  de  bois.  La 
première  a 2 pieds  (0"',60)  de  long,  la 
seconde  2 pieds  | (O"', 75) , la  troisième 
1 pied  9 pouces  (0"^,525)  ; mais,  quand 
elles  étaient  dans  leur  entier,  chacune 
d’elles  a eu  probablement  plus  de  3 pieds 
(0"h90)  de  long.  On  retrouve  sur  toutes  les 
trois,  des  deux  côtés  de  l’extrémité  infé- 
rieure, les  têtes  plates  des  clous  qui  les 

. 1 • f TV  * — Epées  de  bronze 

fixaient  a la  poignee.  Dans  toutes  les  trois  à deux  tranchants  et  pommeau 

. i,  . , , . ^ d’épée  en  albâtre.  Quatrième  tom- 

on  voitl  arete,  qui  est  proemmente.  beau,  au  sixième  de  la  grandeur 

Les  figures  445  a,  b,  c représentent 
deux  lames  d’épée  et  un  pommeau  d’épée  en  albâtre,  orné  de 
deux  larges  têtes  plates  de  clous  en  or.  J’ai  trouvé  à Troie  des 


1.  Voyez  Y Atlas  des  Antiquités  troijennes,  pl.  193,  fig.  3495;  et  pl.  !20I,  fig.  3000  b. 


364  LE  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

pommeaux  d’albâtre  absolument  semblables,  mais  sans  clous 
d’or;  je  ne  savais  pas  alors  qu’ils  provenaient  de  gardes  d’épée, 
et  je  m’imaginais  qu’ils  avaient  pu  servir  de  boutons  de  portes 
ou  de  pommes  de  canneb  La  lame  d’épée  à deux  tranchants 

(fig.  445  a),  à la  pointe  de  laquelle 
adhèrent  encore  des  fragments  du  four- 
xeau  de  bois,  a 2 pieds  7 pouces  (0"b775) 
de  long.  Des  deux  côtés  de  son  extré- 
mité inférieure  on  voit  les  quatre  clous 
de  bronze  à tête  plate  qui  la  fixaient 
à la  garde.  L’extrémité  inférieure  de  la 
lame  d’épée  de  la  figure  445  c est  ornée 
de  trois  têtes  plates  de  clous  d’or  de 
chaque  côté. 

Je  citerai  en  outre  : un  long  couteau, 
qui  a encore  une  partie  de  son  manche 
en  os,  dont  l’extrémité  avait  dû  évidem- 
ment être  recourbée  ; — la  lame  d’une 
courte  épée  à deux  tranchants,  ornée  de 
chaque  côté  de  son  extrémité  inférieure 
de  quatre  têtes  plates  de  clous  d’or 
(fig.  446)  ; une  plaque  d’or  s’étend  sur 
tout  le  milieu  de  la  lame,  des  deux  côtés, 
et  des  débris  du  fourreau  de  bois  sont 
encore  visibles  au  milieu  et  à l’extré- 
mité ; — les  fragments  de  quatre  lames 
d’épée  à deux  tranchants.  L’arête  d’une 
de  ces  épées  est  découpée  en  dents  de 
scie  tout  du  long.  L’extrémité  inférieure 
d’une  autre  est,  des  deux  côtés,  plaquée 
d’or  et  ornée  de  trois  larges  têtes  de 
clous  en  or;  on  distingue  très-bien  la  partie  plaquée  d’or.  La 
figure  447  représente  un  des  nombreux  pommeaux  d’épée  en 


Fig.  446.  — Épée  de  bronze  à deux 
tranchants.  Quatrième  tombeau.  Demi- 
grandeur. 


1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troijennes,  pl.  199,  fig.  2158  et  2171. 


ÉPÉES  MYCÉNIENNES  EN  FORME  RE  RAPIÈRES. 


365 


albalre,  tous  décorés  de  deux  clous  en  or.  Les  figures  448  et  449 
sont  des  lames  d’épée,  dont  la  plus  longue  (fig.  448)  est  très-bien 
conservée;  elle  a 2 pieds  10  pouces  (0"',85)  de  long.  La  figure  449 
a conservé  un  morceau  de  sa  garde,  qui  était  plaquée  d’or  et 


418 


assujettie  à l’aide  de  clous  d’or;  tout  le 
long  de  la  lame  on  voit  des  lignes  verti- 
cales en  intaille  qui  rehaussent  la  beauté 
de  l’arme. 

Un  autre  fragment  qui  provient  d’une 
grande  et  belle  épée  de  bronze  est  plaqué 
d’or  dans  toute  sa  longueur;  la  garde,  qui 
est  aussi  recouverte  d’une  épaisse  plaque 
d’or,  est  ornée  de  magnifiques  intailles. 

Mais  elle  a tant  souffert  du  feu  du  bûcher, 
elle  est  tellement  défigurée  par  la  fumée 
et  les  cendres,  que  l’ornementation  n’est 
pas  visible  sur  la  photographie  ; je  n’en 
puis  donc  donner  ici  la  gravure. 

Je  ferai  observer  au  lecteur  combien 
toutes  les  épées  mycéniennes  sont  étroites 
et  combien  en  même  temps  la  plupart 
d’entre  elles  sont  longues , puisqu’elles 
semblent  le  plus  souvent  avoir  dépassé 
une  longueur  de  3 pieds  (0'",90)  ; tandis 
qu’elles  ne  sont  pas  généralement  plus 
larges  que  nos  rapières.  Autant  que  je 
sache,  on  n’a  encore  jamais  trouvé  d’épées 
de  ce  modèle. 

Voici  une  remarque  très-juste  de  M.  New- 
ton à propos  de  ces  épées  mycéniennes  : ce  L’arête  ou  filet  de  ces 
épées  forme  au  centre  de  la  lame  un  relief  assez  considérable  pour 
faire  penser  que  cette  arme  servait,  comme  la  rapière,  uiiiquemeiit 
à pointer.  > 

Avec  quelques-unes  des  épées,  j’ai  trouvé  des  Iraces  d’une  toile 
d’un  beau  tissu,  dont  quelques  parcelles  adhéraient  encore  aux 


Fig.  447  à 449.  — Deux  opoes  de 
bronze  et  un  pommeau  d’epc'e  en 
albâtre.  Quatrième  tombeau.  Au 
huitième  environ  de  la  grandeur 
réelle. 


366 


ÎÆ  QUATRIÈME  TOMBEAU. 


lames  ; on  peut  donc  affirmer  que  beaucoup  de  ces  épées  avaient 
des  fourreaux  de  toile. 

J’ai  recueilli  en  outre  dans  ce  tombeau  une  grande  quantité 
d’écailles  d’huîtres,  et  beaucoup  d’huîtres  qui  n’avaient  pas  été 
ouvertes  : d’où  je  conclus  qu’à  Mycènes,  comme  dans  l’ancienne 
Égypte,  l’habitude  de  déposer  de  la  nourriture  pour  les  morts,  dans 
leurs  tombeaux,  fai  sait  partie  des  rites  funéraires.  Il  y avait  dans  ce 
tombeau  aussi  bien  que  dans  les  autres  une  grande  quantité  de 
poterie  brisée.  A ce  sujet,  M.  Panagiotès  Eustratiadès,  directeur 
général  des  antiquités  en  Grèce,  m’a  rappelé  l’usage,  encore 
répandu  en  Grèce,  de  briser  des  vases  remplis  d’eau  sur  les  tom- 
beaux des  amis  que  l’on  a perdus.  M.  Eustratiadès  m’a  encore  fait 
savoir  que  les  chaudrons  et  les  vases  de  cuivre  avaient  été  la 
grande  parure  des  maisons,  non-seulement  dans  l’antiquité,  mais 
encore  pendant  tout  le  moyen  âge  et  jusqu’à  l’époque  de  la  révo- 
lution grecque.  Voilà  un  fait  admis  ; mais,  excepté  dans  les  tom- 
beaux de  Mycènes  et  dans  ceux  du  cimetière  d’Hallstatt,  de  Corneto 
et  de  Palestrina,  on  n’a  pas  encore  trouvé  d’exemple  qui  prouve 
que  ces  objets  aient  aussi  servi  d’ornements  à la  demeure  des  morts. 

L’anse  d’un  vase  de  terre  cuite  façonné  à la  main  attira  surtout 
mon  attention,  à cause  des  six  trous  dont  elle  était  percée; 
l’iin  de  ces  trous  était  assez  large  pour  qu’on  y pût  passer  une 
attache  ; on  s’en  servait  peut-être  pour  suspendre  le  vase  ; mais 
les  cinq  autres  trous  étaient  trop  étroits  pour  donner  passage 
même  au  fd  le  plus  mince;  donc  on  ne  s’en  servait  pas  pour 
suspendre  le  vase;  peut-être  y plaçait-on  simplement  des  fleurs, 
comme  ornements. 

Quant  aux  ossements  des  cinq  corps  de  ce  tombeau  et  de  ceux 
qui  ont  été  trouvés  dans  les  autres,  j’ai  recueilli  tous  ceux  qui 
n’étaient  pas  en  trop  mauvais  état;  ils  seront  exposés  avec  les 
trésors  au  Musée  national  d’Athènes.  Naturellement  on  placera 
ensemble  les  objets  trouvés  dans  chaque  tombeau,  et  l’on  formera 
ainsi  des  groupes  séparés.  Je  ne  mets  ici  sous  les  yeux  du  lecteur 
que  la  mâchoire  la  mieux  conservée  (fi g.  450)  ; elle  a encore  treize 
dents  en  bon  état  de  conservation  ; il  n’en  manque  que  trois. 


OSSEMENTS  TROUVÉS  DANS  LES  TOMBES.  3(37 

J’ai  recueilli  encore  deux  vases  d’albâtre  brisés  en  morceaux,  un 
piédestal  d’albâtre  sur  lequel  on  plaçait  des  vases  et  une  grande 
quantité  de  fragments  provenant  d’une  poterie  façonnée  â la  main 
ou  d’une  très-ancienne  poterie  faite  au  tour.  A la  première  caté- 
gorie appartient  un  vase  dont  la  surface  est  très-brillante  pour 
avoir  été  polie  â la  main.  Il  a eu  deux  anses,  mais  il  ne  s’en  est 


Fig.  450.  — Mâchoire  humaine.  Quatrième  tombeau.  Aux  trois  quarts  de  la  grandeur  réelle. 


conservé  qu’une.  Un  autre  vase  est  un  beau  spécimen  de  l’ancienne 
poterie  mycénienne  faite  au  tour.  Il  a quatre  anses  et  porte  sur 
un  fond  jaune  clair  une  décoration  d’nn  rouge  foncé  qui  repré- 
sente des  spirales,  des  bandes  circulaires  et  des  cercles  avec  un 
réseau  de  lignes. 

Dans  ce  tombeau,  comme  dans  les  quatre  autres,  on  a trouvé  des 
fragments  de  cette  espèce  de  coupe  en  terre  cuile,  donl  la  forme 
s’était  conservée  sans  altération  â Mycèiies  pendant  plus  de  mille 


3G8  \Æ  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

ans.  La  couleur  seule  et  le  mode  de  fabrication  variaient.  En  effet, 
tandis  que  dans  les  tombeaux  elle  est  d’un  vert  clair  avec  une  belle 
décoration  de  spirales  en  noir,  nous  la  trouvons  plus  tard,  tou- 
jours avec  une  couleur  d’un  vert  clair,  mais  sans  ornementation  ; 
dans  les  deux  cas,  elle  est  toujours  modelée  à la  main.  A une 
époque  plus  récente,  elle  a une  couleur  uniforme  d’un  rouge  foncé 
très-brillant,  sans  ornements,  ou  bien  le  fond  est  d’un  jaune 
clair,  avec  une  décoration  de  bandes  de  couleur  noire  ou  d’un 
rouge  foncé,  comme  on  le  voit  dans  quelques-unes  de  nos  gravures 
précédentes*.  Enfin,  dans  des  temps  encore  plus  rapprochés,  ces 
coupes  n’ont  plus  d’autre  couleur  que  la  teinte  jaunâtre  ou  blanche 
de  l’argile  elle-même^.  On  a dû  se  servir  à Mycènes  de  ces  sortes 
de  gobelets  pendant  de  longs  siècles  et  jusqu’à  la  prise  de  la  cité, 
parce  qu’on  en  trouve  les  fragments  par  quantités  énormes;  j’aurais 
pu,  comme  échantillons,  recueillir  par  milliers  les  pieds  de  ces 
coupes.  Nous  avons  aussi  quantité  de  coupes  de  ce  même  modèle 
en  or,  semblables  à celle  que  représentent  les  figures  343  et  528. 
iV  Troie  j’ai  retrouvé  exactement  le  même  modèle  dans  la  première 
et  la  plus  ancienne  des  cités  préhistoriques,  à une  profondeur 
d’environ  50  pieds  (15  mètres)^. 

Comme  spécimen  du  seul  autre  type  de  coupe  en  terre  cuite,  je 
citerai  au  lecteur  celle  qui  a déjà  été  citée  comme  ayant  été  décou- 
verte dans  le  premier  tombeau L C’est  la  partie  inférieure  d’une 
grande  coupe  d’un  noir  brillant,  avec  un  pied  creux  orné  au  milieu 
de  cannelures  horizontales.  Mais  il  a été  aussi  trouvé  des  frag- 
ments de  cette  espèce  de  coupes  dans  les  quatre  autres  tombeaux. 
Rarement  on  les  trouve  ailleurs  que  dans  les  tombeaux;  en  tout 
autre  endroit,  on  ne  les  rencontre  que  clair-semées  et  dans  les 
couches  inférieures.  Mais  je  l’ai  rencontrée  dans  les  ruines  de  la 
plus  ancienne  cité  préhistorique  de  Troie. 

Dans  ce  quatrième  tombeau  on  a recueilli  deux  pierres  à aiguiser 

1.  Voyez  les  figures  84,  88. 

2.  Figure  83. 

3.  Voyez  mon  Atlas  des  Antiquités  troyennes,  pl.  105,  fîg.  231 1 

4.  Voyez  la  figure  230. 


DRAGON  EN  OR  AVEC  ÉCAILLES  DE  CRISTAL. 


309 


d'un  grès  lin  et  dur.  Toutes  les  deux  ont,  à leur  extrémité,  un  trou 
par  où  l’on  passait  l’attache  pour  les  suspendre. 

Je  dois  ajouter  à la  liste  des  objets  recueillis  dans  le  quatrième 
tombeau  un  beau  cylindre  d’or(fig.  451)  et  une  magnifique  poignée 
en  or  qui  se  termine  en  tête  de  dragon  (fig.  452).  Il  est  certain  que 
ces  deux  fragments  proviennent  du  même  objet,  (|ui  était  peut-être 


Fig.  451  et  45!2.  — Cylindre  d’ur  cl  dragon  d’or  avec  incmslation  de  cristal  de  roche,  provenant 
probablement  d’une  poigne'e  de  sceptre.  Quatrième  tombeau.  Aux  trois  quarts  de  la  grandeur  réelle. 


la  poignée  d’un  sceptre  ou  d’un  bâton  augurai  ou  de  quelque  autre 
insigne  aussi  important;  en  effet,  ce  sont  les  seuls  objets  que  j’aie 
trouvés,  parmi  les  antiquités  de  Mycènes,  où  l’or  soit  incrusté  d’une 
sorte  de  mosaïque  de  cristal  de  roche.  Examinons  d’abord  le 
cylindre  d’or  (fig.  451)  ; il  se  compose  de  fleurs  à quatre  pétales, 
qui  se  touchent  par  leurs  pointes.  Gbacun  des  pétales  est  formé 
d’un  morceau  oblong  de  cristal  de  roche,  enchâssé  dans  un 
creux  également  oblong  et  de  peu  de  profondeur,  où  il  s’adapte 
parfaitement.  Dans  l’entre-deux  des  fleurs,  il  y a des  espaces  carrés, 
dont  les  côtés  forment  des  lignes  courbes  et  qui  sont  garnis,  eux 


MYCÈNES. 


370 


lÆ  QUATIUEME  TOMBEAU. 


aussi,  de  morceaux  de  cristal  parfaitement  ajustés.  Dans  la  gravure 
que  le  lecteur  a sous  les  yeux,  un  seul  de  ces  morceaux  de  cristal 
est  en  place  et  visible  au  milieu  du  côté  droit  du  cylindre;  les 
autres  morceaux,  conservés  pour  la  plupart,  seront  replacés  aussitôt 
que  la  Société  archéologique  d’Athènes  sera  en  mesure  d’exposer 
sous  les  yeux  du  public  la  collection  mycénienne. 

L’aspect  du  cylindre,  lorsque  tous  les  morceaux  de  cristal  étaient 
en  place,  devait  être  d’une  merveilleuse  beauté.  La  poignée  d’or 
à tête  de  dragon  (fig.  452),  qui  appartient  au  cylindre,  est  creuse  et 
contient  encore  des  fragments  du  bois  sur  lequel  elle  était  montée. 
On  distingue  très-nettement  la  tête  du  dragon,  avec  ses  grands 
yeux,  dont  un  seul  est  visible  dans  la  gravure,  et  sa  gueule  ouverte. 
Les  écailles  ont  été  imitées,  avec  une  rare  perfection,  à l’aide  de 
petits  morceaux  de  cristal  si  habilement  taillés,  si  adroitement 
enchâssés  dans  l’or,  que  jusqu’ici  il  ne  s’en  est  encore  détaché 
qu’un  seul.  Cela  est  d’autant  plus  surprenant,  que  la  poignée  porte 
des  traces  visibles  du  feu  auquel  elle  a été  exposée  sur  le  bûcher 
funéraire.  Si  Homère  avait  vu  cette  merveilleuse  poignée  quand 
elle  était  dans  son  entier,  il  l’aurait  sans  aucun  doute  attribuée 
k la  main  ingénieuse  d’Hèphaïstos  et  aurait  exprimé  son  admi- 
ration pour  une  si  belle  œuvre  par  l’expression , Oc^.viia 
« merveille  k contempler  )). 


r 


Fig.  474.  — Masque  d’or  massif  du  mort  placé  à l’extrémité  sud  du  cinquième  tombeau 
Au  tiers  environ  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  IX 

LE  CINQUIÈME  TOMBEAU;  LES  FOUILLES  REPRISES  DANS  LE  PREMIER. 


Après  de  longs  siècles,  il  y a de  nouveau  une  garnison  et  des  feux  de  bivouac  sur  Facropole  de 
Mycènes.  — Exploration  du  cinquième  tombeau.  — Ses  stèles  funéraires.  — Description 
du  tombeau.  — 11  ne  contient  qu’un  seul  corps.  — Diadème  d’or  et  autres  objets  trouvés 
dans  ce  tombeau.  — Vases  de  terre  cuite  modelés  à la  main;  l’iin  d’eux  est  orné  de  mamelles 
de  femme,  comme  les  vases  préhistoriques  de  Santorin  et^de  Troie.  — Poterie  faite  au  tour. 

— Achèvement  des  fouilles  du  premier  tombeau.  — Sa  position  et  sa  construction.  — Il 
contient  trois  corps;  celui  du  milieu  a été  dérangé  et  dépouillé  de  ses  ornements.  — Grande 
taille  des  corps.  — Masque  d’or  et  état  du  premier  des  cadavres.  — Merveilleuse  conser- 
vation du  troisième.  — Son  lourd  tuasque  d’or,  sa  face,  ses  dents.  — Description  du  corps. 

— Étal  singulier  où  l’a  réduit  la  compression.  — Cuirasse  d’or  et  feuilles  d'or  sur  le  front, 
les  yeux  et  la  poitrine.  — Émotion  causée  par  cette  découverte.  — Mesures  prises  pour 
êonserver  et  enlever  ce  corps.  — Son  baudrier,  son  épée  de  bronze  avec  ornement  de 
cristal,  et  disques  d’or  pour  le  fourreau;  tous  ces  objets  ont  été  faits  spécialement  pour 
servir  d’ornements  funéraires  et  non  pour  être  employés  aux  usages  ordinaires.  — Description 
des  cuirasses  d’or  de  ce  corps  et  du  premier.  — Épées  de  bronze  magnifiquement  ornées, 
et  autres  objets  trouvés  avec  le  troisième  corps.  — Feuilles  d’or  décorées  d'ornements,  peigne 


37*2 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


de  bois  et  épées  de  bronze  trouvés  avec  le  second  corps.  — Amas  considérable  de  débris 
d’épées  de  bronze,  avec  des  couteaux  et  des  lances.  — Autres  armes,  généralement  brisées.  — 
Perles  d’ambre  et  d’or,  et  différents  objets  d’or  et  d’argent.  — Vase  d’albâtre.  — Admirables 
plaques  d’or.  — Les  deux  masques  d’or  massif  de  la  première  tombe.  — La  perfection  du 
travail  dénote  une  école  d’artistes  en  possession  d’une  longue  tradition.  — Plusieurs  grandes 
coupes  d’or  et  d’argent.  — Objets  trouvés  dans  ce  tombeau.  — Vase  d’argent,  plaqué  de 
cuivre  sur  l’argent  et  d’or  sur  le  cuivre.  — Coupe  à boire  en  albâtre.  — Plaques  d’or  en 
forme  de  doubles  aigles,  etc.  — Fragments  de  vases  d’argent  ; l’un  d’eux  a un  orifice  et  une 
anse  en  or.  — Plaque  d’or  richement  décorée,  qui  recouvre  un  cylindre  de  bois  carbonisé. 
— Centaines  de  plaques  de  boutons  en  or,  grandes  et  petites,  avec  des  ornements  variés.  — 
Nouveaux  types.  — Plaques  d’or,  rubans  et  ornements  de  jambières.  — Tubes  et  boutons  en 
os  ; à quoi  ils  servaient  probablement.  — Plaque  d’ivoire  et  objet  curieux  en  porcelaine 
égyptienne  vernie.  — Poterie  faite  à la  main  et  au  tour.  — Sept  grands  vaisseaux  de  cuivre, 
chaudrons  et  cruches.  — Boîte  quadrangulaire  en  bois,  avec  des  reliefs  très-intéressants. 


Mycènes,  6 décembre  1876. 

Pour  la  première  fois  depuis  la  prise  de  Mycènes  par  les  Argiens 
en  468  avant  Jésus-Christ,  par  conséquent  pour  la  première  fois 
depuis  deux  mille  trois  cent  quarante-quatre  ans,  l’acropole  de 
Mycènes  a une  garnison  dont  les  feux  de  bivouac,  aperçus  pendant 
la  nuit  de  tous  les  points  de  la  plaine  d’Argos,  rappellent  à l’ima- 
gination l’homme  de  garde  qui  guettait  l’arrivée  d’Agamemnon 
à son  retour  de  Troie,  et  le  signal  qui  avertit  de  son  approche 
Clytemnestre  et  son  amant  h Mais  cette  fois  l’objet  de  cette  occu- 
pation militaire  est  d’un  caractère  plus  pacifique,  car  elle  est 
destinée  tout  simplement  h tenir  les  paysans  en  respect  et  à les 
empêcher  soit  de  pratiquer  des  fouilles  clandestines  dans  les  tom- 
beaux, soit  d’en  approcher  quand  nous  sommes  au  travail. 

Tout  en  m’occupant  des  fouilles  du  quatrième  grand  tombeau, 
dont  j’ai  fait  connaître  les  résultats,  j’ai  exploré  le  cinquième  et 
dernier  tombeau,  qui  est  immédiatement  au  nord-ouest  du  quatrième 
(voy.  les  plans  B et  C,  et  l’ichnographie,  pl.  VI).  Ce  tombeau  est 
celui  dont  l’emplacement  était  marqué  par  la  grande  stèle,  ornée 
defrettes  ou  méandres  sculptés,  en  forme  de  serpents,  et  par  une 
seconde  stèle  sans  sculptures.  Ces  deux  stèles  avaient  été  trouvées 
à 11  pieds  8 pouces  (3'", 50)  au-dessous  de  la  surface  du  sol,  dans 
l’état  où  il  se  trouvait  quand  j’ai  commencé  mes  travaux.  A une 
profondeur  de  10  pieds  (3  mètres)  au-dessous  des  deux  stèles  funé- 


. Voyez  la  première  scène  de  VAgamemnon  d’Eschyle. 


UN  SEUL  CORPS  DANS  CE  TOMBEAU.  373 

raires,  par  conséquent  à 21  pieds  8 pouces  (6"\50)  au-dessous 
de  la  surface  primitive  du  sol,  j’ai  trouvé  deux  stèles  sans  sculp- 
tures, évidemment  de  beaucoup  plus  anciennes  que  les  précé- 
dentes. A 3 pieds  4 pouces  (1  mètre)  seulement  au-dessous  des 
dernières  stèles,  j’ai  découvert  un  tombeau  de  il  pieds  6 pouces 
(3"\45)  de  long  sur  9 pieds  8 pouces  (2™, 90)  de  large,  qui  avait  été 
taillé  dans  le  rocher  calcaire  à 2 pieds  de  profondeur  seulement; 
de  sorte  que  le  fond  de  ce  tombeau  est  à 27  pieds  (8"", 10)  au-des- 
sous de  la  surface  du  sol.  Il  différait  des  tombeaux  précédents  en 
ce  que  les  quatre  côtés  intérieurs  n’étaient  point  revêtus  de  murs, 
mais  simplement  de  gros  morceaux  de  schiste,  qui  étaient  posés 
obliquement  le  long  du  rebord  peu  élevé  de  la  tombe  et  n’étaient 
point  joints  avec  de  l’argile. 

Le  fond  du  tombeau,  comme  d’habitude,  était  recouvert  d’un 
lit  de  cailloux  sur  lequel  j’ai  trouvé  les  restes  mortels  d’un  seul 
personnage,  dont  la  tête  était  orientée  à l’est;  comme  les  corps 
des  autres  tombeaux,  il  avait  été  brûlé  à la  place  même  où  il  repo- 
sait. En  effet,  les  cailloux  étaient  calcinés  sous  le  corps  et  à côté 
de  lui;  le  corps  lui-même  était  couvert  de  cendres  qui  n’avaient 
point  été  dérangées  de  leur  place  ; enfin  le  feu  du  bûcher  avait 
laissé  des  traces  sur  les  parois  du  tombeau.  Autour  du  crâne,  qui 
était  malheureusement  trop  fragile  pour  être  conservé,  j’ai  trouvé 
un  diadème  d’or,  semblable  à ceux  qu’on  a déjà  vus  plus  haut. 
L’ornementation,  au  repoussé,  représente,  au  milieu  du  diadème, 
trois  cercles  en  forme  de  boucliers,  avec  des  fleurs  et  une  roue  en 
mouvement;  le  reste  de  l’espace  est  rempli  par  de  belles  spirales. 

A la  droite  du  corps  j’ai  trouvé  une  pointe  de  lance,  avec  un  anneau 
de  chaque  côté,  et  semblable  à celle  qui  a été  représentée  plus 
haut^;  deux  petites  épées  de  bronze  et  deux  longs  couteaux  du 
même  métal.  A sa  gauche  a été  trouvée  la  coupe  d’or  représentée 
par  la  figure  453.  Elle  n’a  qu’une  anse  ; l’ornementation,  travaillée 
au  repoussé,  se  compose  de  quatre  bandes  horizontales  réunies  deux 
par  deux;  ces  bandes  sont  décorées  de  traits  obliques,  qui  conver- 


1.  Voypz  la  figure  441. 


374 


JÆ  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


gent  vers  la  ligne  de  séparation  des  bandes  et  forment  à cet 
endroit  des  angles  ou  coins.  L’ensemble  de  deux  bandes  donne  une 
décoration  en  arêtes  de  poisson.  Pour  rehausser  l’effet  des  doubles 
bandes  en  y introduisant  un  nouvel  élément  de  variété,  l’artiste  a 
tourné  les  angles  ou  coins  de  chacune  des  doubles  bandes  dans  une 
direction  opposée  à ceux  de  l’autre  bande.  Toute  la  partie  supé- 
rieure est  décorée  d’une  série  d’arcatures  ogivales,  dont  les 


Fig.  453.  — Coupe  d’or  richement  décorée.  Cinquième  tombeau.  Au  neuf-dixième  de  la  grandeur  réelle. 

colonnes  sont  ornées  de  neuf  traits  horizontaux.  L’anse  est  fixée 
par  quatre  clous  au  bord  et  au  corps  de  la  coupe.  Avec  les  épées, 
j’ai  trouvé  de  petits  morceaux  de  toile  d’un  beau  tissu,  qui  pro- 
viennent, sans  aucun  doute,  des  fourreaux  de  ces  épées. 

Dans  le  même  tombeau , j’ai  recueilli  un  vase  d’un  vert  clair, 
brisé  en  morceaux;  ce  vase,  qui  a 6 pouces  | (0"bl6  l)  de  haut,  est 
en  porcelaine  égyptienne;  il  est  décoré  de  deux  rangées  de  bosses 
d’un  certain  relief;  il  y a trois  bosses  à chaque  rangée.  J’ai  trouvé 
aussi  des  fragments  provenant  d’un  vase  en  terre  cuite,  d’un  rouge 
clair,  décoré  de  spirales  noires  et  de  deux  mamelles  de  femme 
entourées  de  cercles  formés  de  traits  noirs.  Le  professeur  Landerer, 


VASE  PAllEIL  A CEUX  DE  THÈRA. 


qui  a examiné  et  analysé  un  fragment  du  premier  de  ces  deux  vases, 
ni’écrit  que  la  porcelaine  en  est  très-calcaire  et  qu’on  l’appelle- 
rait en  minéralogie  Thonmergel-schiefer  (schiste  de  marne  argi- 
leuse); que  les  bords,  examinés  au  microscope  solaire,  laissent 
apercevoir  un  vernis  doré  et  argenté,  produit  par  un  vernis  de 
plomb  dont  le  vase  avait  été  recouvert,  et  qui  par  la  cuisson  avait 
pénétré  dans  la  pâte. 

A propos  du  vase  orné  de  deux  mamelles  de  femme,  je  rap- 
pellerai que  des  vases  semblables  ont  été  découverts  dans  les  îles 
de  Thèra  (Santorin)  et  de  Thèrasia.  On  les  a retirés  des  ruines  de 
deux  cités  préhistoriques  dont  j’ai  déjà  parlé.  Ces  villes  avaient  été 
ensevelies  par  une  éruption  du  grand  volcan  central  qui,  d’après 
les  géologues  les  plus  autorisés,  se  serait  effondré  et  aurait  disparu 
vers  1700  ou  1800  avant  Jésus-Christ.  On  en  rencontre  aussi  beau- 
coup de  pareils  dans  les  ruines  de  Troie;  ces  derniers,  cependant, 
outre  les  deux  mamelles  de  femme,  portent  aussi  un  nombril  et  une 
tête  de  chouette  b 

Ce  tombeau  contenait  encore,  outre  une  masse  de  fragments  de 
poterie  façonnée  à la  main,  des  fragments  d’une  belle  poterie 
fabriquée  au  tour,  décorés  de  plantes  contournées  en  spirales,  et 
d’autres  fragments  encore  où  l’on  voit,  sur  fond  jaune  clair, 
une  magnifique  décoration  de  spirales  d’un  rouge  foncé. 

Comme  le  beau  temps  avait  séché  la  boue  dans  premier  tom- 
beau, celui  dont  l’emplacement  était  marqué  par  les  trois  stèles 
ornées  de  bas-reliefs,  j’ai  pu  reprendre  les  fouilles  commencées 
et  arriver  enfin  au  fond  de  ce  tombeau,  qui  a été  creusé  dans 
le  roc  à une  profondeur  de  17  pieds  | du  côté  nord  et  de 

17  pieds  (b”b  lO)  du  côté  sud-est.  Mais,  à partir  de  ces  deux  points, 
la  pente  du  rocher  est  si  rapide  que,  bien  que  la  largeur  de  l’ouver- 
ture du  tombeau  ne  dépasse  pas  10  pieds  10  pouces  (3"\'2b),  il  a 
suffi,  pour  la  plus  grande  partie  du  côté  ouest,  de  creuser  le  roc  à 
une  profondeur  de  il  pieds  (3'”, 30)  pour  atteindre  le  niveau  du 
fond.  Ce  côté  est  proche  du  mur  cyclopéen  qui  supporte  les  deux 
cercles  parallèles  de  dalles  calcaires  qui  forment  la  clôture  et  les 


1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troijennes,  pl.  51,  fig.  1275;  pl.  59,  fig.  1355  et  1360. 


376 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


bancs  de  l’agora  et  s’élèvent  juste  dans  la  verticale  au-dessus 
du  tombeau  (voy.  les  plans  B et  C).  Pour  toutes  ces  raisons,  je 
m’étais  imaginé,  en  commençant  à fouiller  ce  tombeau,  que  le  mur 
cyclopéen  devait  le  traverser  à l’angle  nord-ouest.  Mais,  en  étayant 
avec  des  planches  et  des  poutres  la  terre  et  les  pierres  qui  adhèrent 
au  mur  et  surplombent  l’angle  nord-ouest  du  tombeau , je  suis 
parvenu  à le  déblayer  dans  toute  sa  longueur,  et  les  visiteurs  con- 
stateront que  le  mur  ne  coupe  pas  le  tombeau,  mais  qu’il  en  effleure 
simplement  le  bord  à l’angle  nord-ouest. 

La  longueur  du  tombeau  est  de  21  pieds  6 pouces  (6"", 45)  ; sa 
largeur,  au  fond,  est  de  ii  pieds  6 pouces  (3‘'b45)  ; elle  excède  donc 
de  8 pouces  (0’",20)  celle  de  rouverture.  Les  quatre  parois  laté- 
rales étaient  bordées  d’un  mur  cyclopéen  de  3 pieds  (0’",90)  de 
haut  sur  2 pieds  (0"b60)  de  large;  ce  premier  mur  était  recouvert 
d’un  second  mur  incliné,  formé  de  plaques  de  schiste  maçonnées 
avec  de  la  terre  glaise,  haut  de  6 pieds  l (1™,95)  et  faisant  dans 
toutes  ses  parties  une  saillie  de  1 pied  (0"’,30)  sur  le  mur  cyclo- 
péen; la  saillie  des  deux  murs  réunis  était  donc  de  3 pieds 
(0"',90)  au  fond  du  tombeau.  Le  fond  était  couvert,  suivant  l’usage, 
d’un  lit  de  cailloux  qui  formaient  cependant  une  couche  moins 
régulière  que  dans  les  autres  tombeaux,  car  il  y avait  des  endroits 
où  les  cailloux  faisaient  complètement  défaut.  Je  m’étais  même 
figuré  d’abord,  à cause  de  cette  circonstance,  qu’il  n’y  avait  pas  de 
lit  de  cailloux  dans  ce  tombeau.  Mais,  en  y regardant  de  près,  j’ai 
vu  qu’il  y en  avait  un,  et  meme  que,  sous  les  corps,  il  était  abso- 
lument aussi  régulier  que  dans  les  autres.  Cette  circonstance 
semble  prouver  une  fois  de  plus  que  les  lits  de  cailloux  n’avaient 
pas  d’autre  destination  que  de  favoriser  la  circulation  de  l’air 
sous  les  bûchers. 

Les  trois  corps  que  contenait  ce  tombeau  étaient  couchés  à 
3 pieds  (0'",90)  environ  l’un  de  l’autre  et  avaient  été  brûlés  à 
l’endroit  même  oû  ils  reposaient.  Tl  m’était  impossible  d’en  douter 
en  voyant  les  traces  du  feu  sur  les  cailloux  et  sur  le  rocher,  au- 
dessous  des  corps  et  tout  autour,  sur  les  parois  à droite  et  à gau- 
che, et  en  constatant  que  les  cendres  n’avaient  pas  été  remuées. 


TROIS  AUTRES  CORRS  DANS  CE  TOMBEAU.  377 

Cependant  cette  dernière  assertion  serait  inexacte  en  ce  qui  con- 
cerne le  corps  du  milieu.  Les  cendres  avaient  certainement  été 
dérangées;  l’argile  qui  recouvre  les  deux  autres  corps  et  leurs 
ornements,  et  le  second  lit  de  cailloux  qui ‘recouvre  l’argile  avaient 
été  écartés  de  ce  corps.  D’autre  part,  comme  il  a été  trouvé  presque 
sans  aucun  ornement  d’or,  il  est  évident  qu’il  avait  été  dépouillé  de 
ceux  qui  servaient  à le  parer.  Cette  opinion  est  confirmée  par  ce 
fait  que  douze  boutons  d’or,  des  petites  plaques  d’or  et  un  grand 
nombre  de  petits  objets  en  os  ont  été  découverts  pêle-mêle  avec 
de  petites  quantités  de  cendres  noires,  à différentes  profondeurs 
au-dessous  des  trois  stèles  sculptées  qui  ornaient  ce  tombeau.  Elle 
est  corroborée  par  cette  circonstance  que  des  fragments  de  la 
poterie  mycénienne  en  usage  à une  époque  postérieure  étaient 
mêlés  dans  ce  tombeau  avec  des  vases  très-anciens,  façonnés  à la 
main  ou  au  tour.  Probablement  quelqu’un  aura  creusé  un  puits 
pour  explorer  le  tombeau;  il  aura  rencontré  le  corps  en  question 
et  l’aura  dépouillé  à la  bâte  ; craignant  d’être  surpris,  il  aura 
emporté  son  butin  avec  une  telle  précipitation,  qu’il  ne  songea 
qu’aux  ornements  d’or  massif,  comme  le  masque,  le  plastron,  les 
diadèmes,  et  aux  épées  de  bronze.  En  remontant  à la  surface  du 
sol,  il  aura  laissé  tomber  beaucoup  de  menus  objets,  comme  les 
douze  boutons  d’or,  etc.,  que  j’ai  trouvés  à différentes  profondeurs 
dans  le  travail  des  fouilles.  Il  n’est  guère  douteux  que  ce  vol  n’ait 
été  commis  avant  la  prise  de  Mycènes  par  les  Argiens  (468  av.  J. -G.), 
car,  s’il  avait  eu  lieu  pendant  que  la  dernière  cité  grecque  s’élevait 
sur  le  monceau  de  ruines  préhistoriques,  j’aurais  aussi  rencontré 
des  fragments  de  poterie  grecque  dans  ce  tombeau,  et  je  ifen  ai 
pas  trouvé  trace. 

Les  trois  corps  de  ce  tombeau  étaient  étendus,  la  tête  à l’est  et  les 
pieds  à l’ouest.  Tous  les  trois  étaient  de  grande  taille,  et  il  semble 
qu’on  ait  été  obligé  d’employer  la  violence  pour  les  faire  entrer  dans 
l’étroit  espace  de  5 pieds  6 pouces  (l'“,b5)  qu’on  leur  avait  ménagé 
entre  les  murs  intérieurs.  Les  os  des  jambes,  qui  sont  bien  conser- 
vés, sont  d’une  grandeur  extraordinaire.  Quoique  la  tête  du  pre- 
mier personnage,  à partir  du  côté  sud,  fût  recouverte  d'un  masque 


378 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


d’or  massif,  le  crâne  tomba  en  poussière  au  contact  de  l’air;  je  n’ai 
pu  recueillir  que  quelques  os,  outre  ceux  des  jambes.  Il  en  a été 
de  même  pour  le  second  corps,  celui  qui  avait  été  dépouillé  dans 
l’antiquité. 

Le  troisième  corps,  au  contraire,  celui  qui  était  couché  à l’extré- 
mité nord  du  tombeau,  avait  encore  la  figure  avec  tout  son  relief 'et 
toute  sa  chair,  qui  s’était  merveilleusement  conservée  sous  son 
pesant  masque  d’or.  Il  n’y  ayait  plus  trace  de  cheveux,  de  barbe, 
de  cils  ni  de  sourcils,  mais  les  yeux  étaient  parfaitement  visibles;  à 
cause  du  poids  énorme  qui  avait  comprimé  la  figure,  la  bouche 
était  grande  ouverte  et  montrait  trente-deux  belles  dents.  Examen 
fait  de  ces  dents,  tous  les  médecins  qui  sont  venus  voir  le  corps 
ont  conclu  que  l’homme  ne  devait  pas  avoir  plus  de  trente-cinq  ans 
lorsqu’il  est  mort.  Le  nez  avait  complètement  disparu.  Gomme 
l’espace  laissé  entre  les  murs  intérieurs  était  insuffisant,  la  tête 
avait  été  pressée  contre  la  poitrine  avec  tant  de  violence,  que  la 
ligne  supérieure  des  épaules  se  trouvait  de  niveau  avec  le  sommet 
de  la  tête.  Malgré  le  grand  plastron  d’or,  il  s’était  conservé  si  peu 
de  chose  de  la  poitrine,  que  l’on  voyait  en  plusieurs  endroits  la 
partie  intérieure  de  l’épine  dorsale.  Comprimé  et  mutilé  comme  il 
l’était,  ce  corps  ne  mesurait  que  2 pieds  4 pouces  I (0^,7i 
depuis  le  sommet  de  la  tête  jusqu’à  la  naissance  des  reins;  la 
largeur  des  épaules  ne  dépassait  pas  1 pied  i pouce  I (0"',33)  et  la 
largeur  de  la  poitrine  1 pied  3 pouces  (0™,37|);  mais  la  grandeur 
des  fémurs  ne  laisse  aucun  doute  sur  les  proportions  réelles  de  ce 
corps.  La  pression  des  pierres  et  des  débris  avait  été  telle,  que  le 
corps  avait  été  réduit  à une  épaisseur  qui  varie  de  1 pouce  à 
1 pouce  I (0™,02 1 à 0™,03  l) . Pour  la  couleur,  ce  corps  ressemblait 
beaucoup  à une  momie  égyptienne.  Le  front  était  orné  d’une 
feuille  d’or  ronde,  sans  ornements  ; une  feuille  encore  plus  grande 
était  appliquée  sur  l’œil  droit.  J’ai  remarqué  encore  une  grande  et 
une  petite  feuille  d’or  sur  la  poitrine,  par-dessous  le  grand  plas- 
tron d’or  ; il  y en  avait  encore  une  grande  juste  au-dessus  de  la 
cuisse  droite. 

Le  bruit  s’étant  répandu  avec  une  rapidité  incroyable  à travers 


UN  CORPS  HUMAIN  RIEN  CÛNSERVt 


379 


toute  TArgolide  que  l’on  venait  de  découvrir,  chargé  d’ornements 
d’or,  le  corps  assez  bien  conservé  d’un  homme  des  âges  fabuleux  et 
héroïques,  les  curieux  affluèrent  par  milliers  d’Argos,  de  Nauplie 
et  des  villages  pour  voir  cette  merveille.  Mais,  comme  personne 
n’était  en  état  de  donner  conseil  sur  la  meilleure  manière  de  con- 


Fig.  454.  — Partie  supérieure  d’un  corps  trouvé  dans  le  premier  tombeau.  D’après  une  peinture 
à l’huile,  exécutée  immédiatement  après  la  découverte. 

server  le  corps,  j’envoyai  chercher  un  peintre  pour  en  garder 
du  moins  un  portrait  à l’huile,  car  je  craignais  de  voir  ces  restes 
tomber  en  poussière.  Je  puis  donc  donner  une  image  fidèle  de  ce 
corps,  dans  l’état  où  il  se  trouvait  après  avoir  été  dépouillé  de  ses 
ornements  d’or.  Mais,  à ma  grande  joie,  le  corps  résista  pendant 
deux  jours  au  contact  de  l’air;  au  bout  de  ces  deux  jours  un  phar- 
macien d’Argos,  nommé  Spiridon  Nicolaou,  le  rendit  dur  et  solide 


380  -LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 

en  \ersant  dessus  de  l’alcool  dans  lequel  il  avait  fait  dissoudre  de 
la  sandaraque. 

Gomme  on  ne  voyait  pas  de  cailloux  sous  le  corps,  on  supposa 
qu’il  serait  possible  de  l’enlever  sur  une  plaque  de  fer;  on  recon- 
nut bien  vite  qu’on  s’était  trompé,  que  le  corps  était  couché, 
comme  tous  les  autres,  sur  un  lit  de  cailloux.  Mais,  comme  tous  ces 
cailloux,  à cause  de  la  masse  énorme  qui  avait  pesé  sur  eux  pen- 
dant des  siècles,  avaient  pénétré  plus  ou  moins  profondément  dans 
la  roche  tendre,  tous  les  efforts  que  l’on  fit  pour  passer  une  plaque 
de  fer  par-dessous  afin  de  les  enlever  avec  le  corps  échouèrent 
complètement.  Il  ne  restait  d’autre  alternative  que  de  tailler 
une  petite  tranchée  dans  le  rocher  tout  autour  du  corps,  de  pra- 
tiquer une  section  horizontale,  de  manière  à détacher  une  dalle  de 
2 pouces  (0™,05)  d’épaisseur,  d’enlever  la  dalle  avec  le  corps  et  les 
cailloux,  de  placer  le  tout  sur  une  planche  épaisse,  de  construire 
autour  de  cette  planche  une  caisse  solide  et  d’expédier  la  caisse 
au  village  de  Charvati,  d’où  elle  sera  envoyée  à Athènes  aussitôt 
que  la  Société  archéologique  aura  un  local  convenable  pour  les 
antiquités  mycéniennes.  Avec  les  misérables  outils  que  nous  avions 
sous  la  main,  ce  ne  fut  pas  une  tâche  facile  que  de  détacher  la 
dalle  horizontale  du  rocher;  mais  ce  fut  une  entreprise  bien  plus 
difficile  encore  d’amener  la  caisse  et  son  contenu  du  fond  de 
cette  fosse  profonde  à la  surface  du  sol,  et  de  la  faire  transporter 
sur  les  épaules  de  nos  hommes  jusqu’à  Charvati,  qui  est  à plus 
d’un  mille  de  distance.  Cependant  l’intérêt  capital  qu’avait  pour  la 
science  ce  corps  contemporain  de  l’antiquité  héroïque,  et  l’espoir 
mélangé  d’inquiétude  que  nous  avions  de  le  conserver  nous  a fait 
passer  légèrement  sur  toutes  les  difficultés  d’un  pareil  travail  h 

Ce  corps,  aujourd’hui  presque  momifié,  était  paré  d’un  baudrier 
d’or  (T£Xap.«v)  de  4 pieds  (l™,20j  de  long  et  de  1 pouce | (0‘", 04  |) 
de  large.  Ce  baudrier,  pour  une  raison  ou  pour  une  autre,  n’était 
pas  à sa  place , car  il  traversait  le  bas  des  reins  et  s’étendait  en 

1.  Je  me  fais  un  devoir  de  constater  ici  que  la  Société  archéologique  d’Athènes  s’est  donné 
toute  la  peine  et  a pris  à sa  charge  toutes  les  dépenses  nécessaires  pour  momifier  le  corps  de 
façon  à le  rendre  dur  et  solide,  pour  le  faire  hisser  du  fond  du  tombeau  et  pour  le  faire  trans- 
porter à Charvati.  Je  n’ai  eu  de  ce  chef  ni  démarches  ni  dépenses  à faire. 


UN  BAUDRIER  RIEN  CONSERVÉ. 


381 


ligne  droite  à une  assez  grande  distance  du  corps,  à sa  droite.  Au 
milieu  de  ce  baudrier  est  suspendu  et  solidement  fixé  le  fragment 
d’une  épée  de  bronze  à double  tranchant  (fig.  455);  à ce  frag- 
ment d’épée  adhérait  par  hasard  un  objet  en  cristal  de  roche, 


Fig.  455.  — Baudrier  d’or  (-ce^aixwv),  avec  ua  fragment  d’épée  à deux  tranchants.  Premier  tombeau. 
Au  quart  de  la  grandeur  réelle. 


d’un  beau  poli,  percé,  ayant  la  forme  d’une  cruche  {niOo:;)  et  orné 
de  deux  anses  d’argent.  Il  est  traversé  dans  tonte  sa  longueur  par 
une  épingle  d’argent.  Ce  petit  objet  s’est  malheurensement  détaché 
quand  on  a transporté  le  trésor  de  Cdiarvati  à Athènes  ; je  le  repré- 
sente donc  à part  (fig.  456).  Avec  le  baudrier  et  la  petite  cruche 
de  cristal  on  a trouvé  un  autre  petit  objet  en  cristal  de  roche 
(fig.  457),  qui  a la  forme  d’un  entonnoir.  A l’extrémité  du  baudrier. 


38:2 


LE  CINQUIEME  TOMLEAÜ. 


à la  gauche  du  spectateur,  on  distingue  deux  trous;  il  y a eu  pro- 
bablement un  fermoir  à l’autre  extrémité,  car  on  n’y  voit  pas  de 
trous;  sur  le  fragment  d’épée, on  remarque  un  de  ces  petits  disques 
en  forme  de  boucliers  ou  de  boutons  d’or,  avec  décoration  au 

repoussé,  qui  ornaient  les  fourreaux 
d’épée  en  fdes  continues,  et  dont  le  dia- 
mètre variait  avec  la  largeur  du  four- 
reau. Celui  que  nous  avons  sous  les 
yeux  est  divisé  par  trois  cercles  concen- 
triques en  trois  compartiments  ou  ban- 
des circulaires.  Celle  du  milieu  et  celle 
du  bord  portent  des  ornements  qui 
ressemblent  à des  fers  à cheval.  Il  suffit 
de  jeter  un  coup  d’œil  sur  ce  baudrier 
pour  voir  qu’il  est  beaucoup  trop  mince  et  trop  fragile  pour  avoir 
servi  réellement.  D’ailleurs  je  suis  certain  que  jamais  guerrier  n’a 
marché  au  combat  avec  une  épée  sur  le  fourreau  de  bois  de 
laquelle  les  rangées  de  plaques  d’or  auraient  été  simplement  col- 
lées. Aussi  pouvons-nous  considérer  comme 
certain  qu’une  grande  partie  de  ces  orne- 
ments d’or  a été  fabriquée  exprès  pour  servir 
aux  cérémonies  funéraires.  Avec  les  objets 
précédents  j’ai  trouvé  aussi  un  disque  d’al- 
bâtre sur  lequel  on  plaçait  un  vase. 

Fig.  457.  - Objet  de  cristal  de  La  cuirasse  d’or  massif  de  ce  même  corps 

roche,  en  forme  d’entonnoir.  , , . , 

Premier  tombeau.  Grandeur  CSt  tOUt  UUic  ; d CSt  dOnC  inUtllc  d Cn  doil- 

ner  un  dessin.  Elle  a 15  pouces  | (0’'’,39)  de 
long  et  9 pouces  I (O"", 23  de  large  ; elle  n’a  pour  toute  ornemen- 
tation que  deux  mamelles  en  relief  que  l’on  distingue  aisément; 
elles  ne  sont  pas,  il  est  vrai,  à leur  place  naturelle,  mais  rejetées 
vers  la  droite  du  spectateur.  Puisque  je  parle  de  cuirasse,  je  puis 
aussi  bien  donner  ici  la  cuirasse  du  corps  qui  est  à l’extrémité  sud 
de  ce  premier  tombeau  (fig.  458).  Elle  a 1 pied  9 pouces  (0‘%52  |) 
de  long  et  1 pied  2 pouces  g (0'“,36  de  large.  Les  deux  mamelles 
y sont  nettement  représentées  par  deux  bosses  saillantes  en  forme 


Fig.  456.  — Petite  cruche  on  cristal  de 
roche.  Premier  tombeau.  Grandeur 
re'elle. 


CUIRASSE  EN  OR. 


38:5 

de  bouclier;  tout  le  reste  de  la  cuirasse  est  décoré  de  belles  spi- 
rales travaillées  au  repoussé. 

Les  parties  les  mieux  conservées  de  ce  même  corps  (celui  qui  est 


à l’extrémité  sud  du  tombeau)  sont  deux  grands  os  et  un  petit.  Sur 
ce  dernier,  qui  est  probablement  un  humérus,  est  encore  attaché 
un  large  ruban  d’or,  avec  une  magnifique  oruementation  au 


384 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


repoussé  (fig.  459).  Je  reviens  au  corps  de  Textrémité  nord.  A sa 
droite  étaient  les  deux  épées  de  bronze  représentées  par  la 
figure  460,  et  près  d’elles  les  autres  objets  dans  l’état  même  où  la 
gravure  les  représente.  La  garde  de  l’épée  du  dessus  est  en  bronze, 
mais  le  bronze  est  recouvert  d’une  épaisse  plaque  d’or,  sur  laquelle 

sont  de  magnifiques  intailles  qui  forment 
les  dessins  les  plus  variés.  A la  partie 
supérieure  de  la  garde,  à l’endroit  où  com- 
mence la  lame,  est  fixée  une  large  plaque 
d’or  convexe  ornée  de  magnifi  |ues  intail- 
les; elle  ressemble  à celles  qui  sont  repré- 
sentées par  la  figure  46^  ; c’est  ici,  pour 
la  première  fois,  que  nous  reconnaissons 
la  véritable  destination  de  ces  sortes  de 
plaques.  Cette  épée  a eu  certainement  un 
fourreau  de  bois  qui  a dù  être  décoré  de  la 
longue  plaque  d’or  que  l’on  voit  à sa  droite  ; 
elle  se  termine  par  un  anneau  et  présente 
vaguement  la  forme  d’un  homme.  Cette 
plaque  d’or  offre  de  l’analogie  avec  celle 
qui  est  représentée  par  la  figure  369.  Le 
fourreau  doit  avoir  été  orné  en  outre  du 
bouton  d’or  où  sont  gravés  des  cercles  con- 
Fig.  45'j.  - Petit  us,  avec  le  Ira-  ceiitriqiies  et  que  nous  voyons  près  de  la 

mont  du  ruban  d’or  Ircs-riclic- 

ment  décoré.  Premier  tombeau.  Au  laiiie.  Il  est  évideiit  que  \'à  décoratioii  de 

Irois-lmitième  de  la  grandeur  réelle.  r r i i r r • i 

1 autre  epee  de  bronze  a ete  encore  plus 
riche;  en  effet,  son  fourreau  de  bois  a dù  être  décoré,  dans  toute 
sa  longueur  et  des  deux  côtés,  d’une  série  de  ces  grands  boutons 
(for  à spirales  en  intaille  que  l’on  voit  au-dessous  de  l’épée  et 
à sa  droite.  La  plaque  d’or  tubulaire  ornée  de  spirales  en 
intaille  dans  laquelle  la  lame  est  encore  engagée  a dù  être  aussi 
un  des  ornements  du  fourreau. 

La  garde  de  cette  épée  a dù  être  en  bois,  parce  qu’elle  a entiè- 
rement disparu;  nécessairement  elle  a été  ornée  des  deux  plaques 
d’or  quadrangulaires  que  l’on  voit,  sur  le  sol,  encore  unies  l’une  à 


Kl>ÉES  MEnVEILLEüSEMEM  Oll.NÉES. 


385 


i te 

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'y  O 


l’autre,  à la  place  même  où  aurait  dû  être  le  pommeau  de  l’épée; 
seulement,  sur  rimdes  petits 
côtés,  celui  qui  est  tourné 
vers  le  spectateur,  il  y a une 
légèi'e  solution  de  continuité 
entre  les  deux  plaques.  Par 
leur  dimension  et  par  leur 
forme,  elles  sont  parfaite- 
ment semblables  à celle  qui 
est  représentée  plus  loin  par 
la  figure  472.  C’est  exacte- 
ment , de  part  et  d’autre , 
la  même  ornementation  de 
spirales  entrelacées,  au  re- 
poussé; ici,  comme  dans  la 
figure  472,  on  voit,  le  long  des 
grands  côtés,  les  marques 
d’une  quantité  de  petits  clous. 

Ces  clous  doivent  avoir  servi 
à fixer  les  deux  plaques  à un 
morceau  de  bois  pris  entre 
les  deux,  et  dont  il  reste 
quelques  débris.  Il  faut  que 
cette  plaque  de  bois  ait 
été  très-mince  ; autrement, 
quand  le  bois  est  tombé  en 
poussière,  la  plaque  supé- 
rieure n’aurait  pu  retomber 
sur  l’autre  avec  assez  de  pré- 
cision pour  avoir  l’air  d’être 
encore  unie  avec  elle.  Il  est 
certain  qu’elles  ont  dû  servir 
d’ornement  h la  garde  de 
l’épée,  mais  je  ne  puis  m’ex- 
pliquer comment.  Je  trouve  impossible  d<'  supposer  (pie  la  garde  se 

MYCÈNES,  25 


O Cu 
O — 


J.E  CINQUIEME  TOMJIEAU. 


O Mb 


soit  terminée  par  une  plaque  de  bois  assez  mince  pour  avoir  pu  être 
fixée  entre  les  deux  plaques  ; cette  supposition  d’ailleurs  est  contre- 
dite par  le  relief  de  leurs  bords.  A côté  des  deux  plaques  on  voit 
une  perle  d’ambre  dont  la  présence  ne  peut  être  qu’accidentelle, 

car  naturellement  elle  ne  peut  rien 
avoir  de  commun  avec  les  épées. 

Le  gland  d’or  (fig.  461)  trouvé 
près  des  épées  a été  sans  doute 
attaché  à l’une  d’elles.  Probable- 
ment toutes  ces  armes  étaient  sus- 
pendues à un  baudrier  brodé,  qui 
a disparu. 

A droite  du  corps,  à la  distance 
de  1 pied  (0'“,30)  à peine,  j’ai 
trouvé  onze  épées  de  bronze;  neuf 
de  ces  épées  ont  souffert  plus  ou 
moins  de  riiumidité,  mais  les  deux 
autres  sont  très-bien  conservées. 
L’une  d’elles  atteint  la  lonsrueur 

O 

énorme  de  3 pieds  2 pouces  )0'”,95) 
et  l’autre  celle  de  2 pieds  10  pouces 
(0“b85).  Avec  ces  épées,  j’ai  trouvé 
les  deux  plaques  d’or  représentées 
par  la  figure  462  ; toutes  les  deux 
ont  appartenu  h des  gardes  d’épée. 
Celle  de  gauche  ornait  la  partie 
FIG.  401  - Gland  d'or  pour  épée.  supérieurc  dc  la  garde,  à laquelle 

beau.  Au  cmq-huitieme  de  la  grandeur  reelle.  i o ? i 

elle  était  fixée  par  douze  petits 
clous  d’or  ^au  moins,  dont  les  têtes  arrondies  se  voient  encore  au 
nondjrc  dc  cinq.  Cet  objet  est  tellement  incrusté  des  cendres  du 
bûcher,  que  l’on  distingue  très-peu  dc  chose  de  son  ornementation 
de  spirales  en  intaille.  L’autre  plaque  d’or  servait  à couvrir  le 
pommeau  en  bois  de  l’épée;  elle  est  exactement  semblable  à celles 
que  nous  avons  déjà  passées  en  revue  en  décrivant  les  objets 
découverts  dans  le  quatrième  tombeau  (voy.  tlg.  430  et  431). 


OlUETS  TUOLVÉS  AVEC  JÆS  Él*ÉËS. 


387 


J’ai  trouvé  avec  les  épées  trois  tubes  formés  de  plaques  d’or  ; le 
premier  a pouces  \ (0'",31  |)  de  long,  le  second  10  pouces  I 
(0'",26  \)  ; tous  les  deux  contiennent  des  débris  de  bois  ; le  troi- 
sième ii’a  que  5 pouces  | (0"Vl4).  Il  y avait  aussi  cent  vingt-quatre 
gros  boutons  d’or,  ronds,  soit  unis,  soit  décorés  de  magnifiques 
iutailles;  deux  de  ces  boutons  ont  jusqu’à  2 pouces  (0"b05)  de  dia- 
mètre, et  quatre  sont  larges  comme  des  pièces  de  5 francs;  les 
cent  dix-huit  autres  sont  plus  petits;  — de  plus,  cinq  gros  boutons 
d’or  magnifiquement  ornés,  en  forme  de  croix  ; trois  de  ces  boutons 


Fig.  4Ü2,  — Kevôleuieiits  eu  o»'  pour  gardes  d’épées,  avec  orueiueutatious  d’iiitailies. 
Premier  tombeau.  Au  quatre-neuvième  de  la  gi’andeur  réelle. 


ont  3 pouces  (0‘",07  |)  de  long  et  2 pouces  \ (0"b05 1)  de  large.  Tous 
ces  boutons  sont  ou  bien  de  simples  rondelles  de  bois  recouvertes 
de  plaques  d’or,  et  dans  ce  dernier  cas  ils  ont  été  invariablement 
collés  ou  soudés  comme  ornements  sur  les  fourreaux  d’épée  ou 
autres  objets,  ou  bien  ce  sont  de  vrais  boutons  en  bois,  semblables 
à nos  doubles  boutons  de  chemise,  plaqués  d’or  et  évidemment 
employés  pour  orner  les  vêtements.  La  beauté  des  intailles  de  ces 
deux  espèces  de  boutons  nous  prouve  clairemeut  quelle  importance 
on  y attachait.  Je  puis  ajouter  que,  dans  ce  tombeau,  non-seule- 
ment les  boutons  d’or  en  croix,  mais  aussi  les  grands  boutons  d'or 
de  forme  ronde,  ont  en  dessous  un  morceau  de  bois  plat. 

A^  ec  le  corps  qui  occupe  le  milieu  du  tombeau  on  a (rouvé  ({uel- 
({ues  feuilles  d’or  rondes  et  poi’tant  des  ornements  imprimés,  plus 
les  débris  d’un  peigne  de  bois.  Avec  le  corps  qui  esta  l’exti’émité 
sud  du  tombeau,  j’ai  trouvé  quinze  épées  de  bronze,  dont  dix 


388  I^E  ClNQÜlÈiME  TOMBEAU. 

étaient  aux  pieds  du  mort.  Huit  d’entre  elles  sont  d’une  très-grande 
dimension  et  en  assez  bon  état  de  conservation. 

Entre  le  corps  dé  l’extrémité  sud  et  celui  du  milieu  il  y avait  du 
côté  ouest  lin  amas  considérable  d’épées  de  bronze,  plus  on  moins 

• 

4G3  461  465  466 


Fig.  463  à 466,  — Hache  d’armes  et  épées  en  bronze.  Premier  tombeau. 

Au  quart  environ  de  la  grandeur  réelle. 

détériorées;  ces  débris  pouvaient  représenter  l’équivalent  d’une 
soixantaine  d’épées  entières  ; il  y avait  aussi  quelques  couteaux  de 
bronze  et  des  lances.  La  hache  de  combat  (lîg.  463)  est  nu 
objet  très-remarquable,  car  je  n’ai  pas  encore  rencontré  ici  de 
haches  de  cette  forme,  quoique  j’en  aie  trouvé  beaucoup  à Troie; 
le  trésor  de  Troie  en  contenait  quatorze  L Mais  cette  forme  de 


1.  Voyez  VAlluÿ  des  Antiquités  troijenues,  pl.  193,  lîg.  3191,  3191,  3495-/;,  3490-.^. 


UN  MORCEAU  D’ARME  EN  RRONZE. 


389 


liaohe  do  combat  était  usitée  en  Egypte  ; on  en  voit  au  Louvre 
dans  la  collection  égyptienne,  salle  V.  Elle  l’était  aussi  dans 
rancienne  Babylonie,  car  on  en  voit  plusieurs  exemplaires  dans  la 
collection  babylonienne  du  Musée  Britannique,  à Londres. 

La  différence  entre  nos  haches  modernes  et  les  haches  d’armes 
de  Mycènes  et  de  Troie,  c’est  que  ces  dernières  n’ont  pas  de 
trou  au  milieu  pour  y fixer  le  manche.  B est  donc  évident  qu’on  les 
fixait  dans  ou  sur  le  manche 
par  un  moyen  quelconque,  au 
lieu  d’y  introduire  le  manche. 

On  voit  sur  quelques-unes 
des  épées  des  traces  qui  prou- 
vent qu’elles  ont  été  dorées; 
plusieurs  portent  des  clous 
d’or  à la  garde.  Les  autres 
armes  représentées  par  les 
figures  464,  465  et  466  sont 
de  courtes  épées.  Au  bas  de 
la  figure  465,  on  voit  des  restes 
de  plaqué  d’or. 

J’ai  trouvé  aussi  avec  le  corps 
de  l’extrémité  sud  la  grande 

poignée  et  le  fragment  d épée  m.  — Garde  d’épée,  plaquée  d’or  et  richement 

de  bronze  que  représente  la 
figure  467.  Cette  garde  est 

recouverte  d’une  épaisse  plaque  d’or  richement  décorée  d’in- 
tailles; ces  intailles  sont  encore  assez  visibles,  quoique  la  garde 
ait  été  très-altérée  par  la  fumée  et  les  cendres  dn  bûcher  funé- 
raire. L’ornementation  est  exactement  la  même  des  deux  cotés. 
Dans  le  creux  de  la  garde  on  retrouve  encore  une  partie  de  la 
monture  en  bois  qui  la  remplissait. 

J’ai  trouvé  aussi  avec  le  corps  de  l’extrémité  sud  une  grande 
quantité  de  perles  d’ambre  et  six  petits  cylindres  unis  formés  de 
plaques  d’or  (dans  l’un  desquels  il  reste  encore  un  morceau  de 
bois)  ; ces  cylindres  ont  évidemment  l’econvert  un  bâton,  (umt-ètre 


390 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


un  sceptre;  — sept  pommeaux  d’épées  en  albâtre  et  en  bois,  tous 
ornés  de  clous  d’or;  — un  petit  objet  en  or,  qui  ressemble  à la 
barrette  d’une  chaîne  de  montre  (fig.  468),  et  qui  ne  peut  être 
autre  chose  qu’une  espèce  de  fermoir  pour  baudrier  (raXap/iv)  ; — 
trente-sept  feuilles  rondes  en  or  de  différentes  dimensions  ; — 
vingt  et  un  fragments  de  feuilles  d’or;  — 
deux  vases  d’argent  mis  en  pièces;  - — une 
paire  de  pinces  ou  pincettes  en  argent 
(fig.  469); — un  grand  vase  d’albâtre,^ dont 
l’orifice  est  en  bronze  plaqué  d’or.  Les  trous 
que  l’on  voit  à la  partie  supérieure  de  la 
panse  du  vase  prouvent  clairement  qu’il  avait 
trois  anses;  le  grand  trou  rond  entouré  de 
trous  plus  petits,  à la  partie  antérieure  du 
corps,  montre  bien  qu’il  avait  un  tuyau.  J’ai 
trouvé  dans  ce  vase  trente-deux  petits  et  trois 
grands  boutons  d’or  de  forme  ronde,  ornés 
de  beaux  dessins  en  intaille  ; — deux  autres 
boutons  d’or  en  forme  de  croix,  chacun  avec 
deux  anses  très-petites  en  or-;  — enfin  un 
en  or.  Pinces  d’ar-ent.  Pre-  graiid  boutoîi  d’or  de  forme  coiiique  et  un 

micr  tombeau  Grandeur  réelle. 

tube  d’or  qui  a la  forme  d’un  coin. 

Les  gravures  suivantes  représentent  encore  trois  de  ces  admi- 
rables plaques  d’or,  dont  nous  avons  déjà  parlé  en  décrivant  les 
objets  que  représente  la  figure  460.  J’en  ai  trouvé  douze  en  tout,  à 
droite  et  à gauche  du  corps  qui  est  à l’extrémité  nord  du  tombeau. 
La  figure  470  représente  un  lion  qui  donne  la  chasse  à un  cerf  ; les 
quatre  pattes  du  lion  sont  sur  une  meme  ligne  horizontale,  pour 
marquer  la  rapidité  de  sa  course;  il  vient  d’atteindre  le  cerf  qui 
s’affaisse  devant  lui,  et  il  ouvre  la  gueule  toute  grande  pour  le 
dévorer.  La  tète  du  lion  et  la  crinière  sont  très-bien  représentées. 
Au  contraire,  le  cerf,  dont  l’artiste,  faute  d’espace  suffisant,  a rejeté 
les  cornes  en  arrière,  est  d’un  dessin  grossier  et  confus.  Préoccupé 
de  ne  point  laisser  de  vides  dans  le  champ  de  son  dessin,  l’artiste 
a multiplié  les  ornements.  C’est  ainsi  qu’on  voit  entre  la  tête  du 


Fig.  408  et  409.  — Objet  curieux 


MERVEILLEUSES  UI.AQUES  D’ÜR. 


391 


lion  et  celle  du  cerf  un  objet  h trois  pointes  dont  il  est  difficile  de 
déterminer  la  nature,  et  qui  est  peut-être  un  ornement  de  pure 
fantaisie,  dont  la  forme  ourait  été  déterminée  par  celle  du  vide  à 


Fig.  470.  — Plaque  d’or  où  est  représenté  en  intaille  un  lion  chassant  un  cerf. 
Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 


remplir.  Au-dessus  du  lion  on  voit  deux  feuilles  de  palmier,  et 
au-dessus  les  couronnes  de  deux  palmiers  et  une  autre  feuille  de 
palmier. 

La  figure  471  représente  h peu  près  le  même  sujet;  on  y voit 


Fig.  471.  — Plaque  d’or  où  est  représenté  en  iulaille  un  lion  qui  saisit  un  cerf. 
Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 


encore  un  lion  qui  s’élance  de  toute  la  vitesse  de  ses  pattes  et  qui 
saisit  un  cerf.  Le  cerf  est  tourné  vers  son  ennemi  et  détourne  la 
tête;  il  est  debout  sur  ses  pattes  de  derrière,  (|ue  le  lion  saisit  dans 
sa  gueule  ouverte;  le  cerf  lève  ses  deux  pattes  de  devant,  dont  le 
bas  se  replie  en  formant  un  angle  droil  à partir  du  genou.  Juste 


m 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


en  face  du  poitrail  de  ce  cerf,  nous  voyons  la  bouche  toute  grande 
ouverte  d’une  grosse  tête  de'  vache  qui  a deux  cornes  en  croissant 
et  deux  yeux  énormes , sur  lesquels  j’appelle  particulièrement 
l’attention.  Entre  les  deux  grandes  cornes  il  yen  a deux  plus  petites, 
et  l’espace  intermédiaire  entre  les  quatre  cornes  est  rempli  de 
petits  objets  qui  ressemblent  à des  figues.  Quoique  l’artiste  ait 
représenté  de  face  la  tête  de  vache,  la  bouché  est  cependant  vue  de 
profil.  A la  droite  de  la  tête  de  vache,  il  y a cinq  feuilles  de  palmier 
de  forme  allongée;  au-dessous  des  feuilles  de  palmier,  dans  l’angle 
qui  est  à la  droite  du  spectateur,  se  trouve  un  objet  dont  je  ne 
devine  pas  la  nature  ; il  ressemble  à une  patte  d’oiseau. 

L’ensemble  de  la  scène  me  paraît  évidemment  symbolique. 

Je  crois  qu’on  ne  peut  raisonnablement  douter  que  la  tête  de 
vache  ne  représente  Itéra  Boôpis‘,  la  divinité  protectrice  de  Mycè- 
nes;  il  est  certain  aussi  que,  quand  plus  tard  on  donna  à la 
déesse  la  figure  d’une  femme,  les  grands  yeux  lui  ont  été  con- 
servés comme  le  seul  souvenir  de  sa  forme  primitive,  parce  que 
l’épithète  la  seule  qui  la  caractérise,  consacrée  parmi  long 

usage  à travers  les  siècles,  fut  désormais  employée  indistinctement 
pour  désigner  soit  les  déesses,  soit  les  simples  mortelles  qui  avaient 
de  grands  yeux.  Ainsi,  par  exemple,  Glymène,  une  des  suivantes 
d’Hélène,  est  appelée  par  Homère-  Glymène  aux  yeux  de  vache 
((BowTug).  En  représentant  ici  Hèra,  avec  une  double  paire  de  cornes 
accompagnées  de  fruits,  on  ne  peut,  je  pense,  avoir  eu  d’autre  inten- 
tion que  de  lui  rendre  hommage.  Je  suppose  encore  que  le  lion 
représente  la  maison  des  Pélopides,  peut-être  Agamemnon  lui- 
même,  que  le  cerf  est  l’image  d’un  sacrifice  offert  par  le  lion  (soit 
la  maison  des  Pélopides,  soit  Agamemnon  en  personne)  à la  divi- 
nité protectrice  de  la  ville.  En  représentant  cette  tête  de  vache  la 
bouche  ouverte,  on  a peut-être  voulu  montrer  que  la  divinité 
accepte  le  sacrifice  avec  bienveillance. 


1.  C’est  la  powTct;  uotvca  "Hpr]  d’Homère,  « la  vénérable  Junon  à la  tête  de  vache  «,  puis  « à 
figure  de  vache  »,  puis  « qui  a de  grands  yeux  comme  la  vache  »,  ou  « aux  yeux  de  vache  ». 
Voyez  la  note  qui  est  à la  fin  du  chapitre  I". 

2.  Iliade,  III,  144. 


MASQUE  IVOU  MASSIU. 


393 


La  dernière  plaque  (fig.  472)  porte  la  même  ornementation  de 
spirales  que  nous  avons  déjà  si  souvent  rencontrée. 

A propos  de  ces  plaques  d’or,  M.  B. -A.  Irving,  professeur  au 
collège  de  Windermere  en  Angleterre,  me  suggère  l’idée  qu’elles 
étaient  peut-être  des  décorations  militaires,  des  insignia,  ana- 
logues, dans  une  certaine  mesure,  aux  insignes,  qui,  de  nos  jours, 
distinguent  les  dignitaires  dans  les  ordres  de  chevalerie.  Dion 
Cassius  (LYI,  42)  dit,  en  décrivant  les  obsèques  d’Auguste,  que, 
« quand  le  corps  eut  été  placé  sur  le  bûcher  funéraire,  tous  les 
prêtres,  magistrats,  chevaliers  et  légionnaires,  défdèrent  devant 


Fig.  472,  — Plaque  d’or,  avec  décoration  de  spirales,  en  intaille.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle . 

le  bûcher;  alors  toutes  les  décorations  triomphales  qu’ils  avaient 
reçues  de  lui  pendant  ses  glorieuses  expéditions  furent  jetées  sur 
son  corps;  puis  le  bûcher  fut  allumé.  ))  M.  Irving  ajoute  : cc  Les 
coutumes  ou  cérémonies  funéraires  se  conservent  pendant  de  longs 
siècles,  et  quelques  nations  européennes  observent  encore  des  rites 
funéraires  que  leurs  ancêtres  pratiquaient  probablement  avant  la 
guerre  de  Troie.  Par  analogie,  on  peut  croire  que  les  rites,  observés 
aux  funérailles  d’Auguste,  avaient  pu  l’être  à celles  d’Agamemnon, 
à un  intervalle  de  douze  ou  treize  cents  ans. 

Au  revers  de  ces  admirables  plaques  d’or  adhère,  en  assez  grande 
quantité,  une  substance  noirâtre,  qui  était  peut-être  une  espèce  de 
mastic,  destiné  à coller  les  plaques  d’or  sur  les  deux  faces  des 
plaques  de  bois. 

Cette  opinion  semble  confirmée  par  les  marques  de  clous  que 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


3ü-i 

l’on  voit  sur  les  bords  des  plaques  ; en  effet,  on  n’a  dû  se  servir  de 
clous  que  pour  fixer  les  plaques  de  métal  sur  une  matière  moins 
dure  que  le  métal. 

La  figure  473  représente  le  masque  d’or  massif  du  corps  qui  est 
h l’extrémité  nord  du  premier  tombeau*.  Malbeureusernent  la 
partie  inférieure  du  front  a été  si  fortement  pressée  contre  les 
yeux  et  le  nez,  que  la  face  est  défigurée  et  qu’on  n’en  peut 
pas  bien  distinguer  les  traits.  Cependant  il  y a beaucoup  de 
caractère  dans  cette  tête  ronde  très-dé veloppée,  dans  cet  énorme 
front  et  dans  cette  petite  bouche  à lèvres  minces. 

Au  contraire,  le  masque  d’or  massif  du  mort  qui  est  à l’extrémité 
sud  est  dans  un  état  de  parfaite  conservation  (fig.  474)^.  Les 
traits  sont  absolument  helléniques,  et  j’appelle  surtout  l’attention 
sur  le  nez  long  et  mince  qui  continue  directement  la  ligne  du 
front;  le  front  est  assez  petit.  Les  yeux,  qui  sont  représentés  fermés, 
sont  grands,  et  les  paupières  en  indiquent  bien  la  forme  ; la  bouche, 
qui  est  grande,  avec  des  lèvres  bien  proportionnées,  est  très-carac- 
téristique. La  barbe  aussi  est  bien  représentée,  et  particulière- 
ment les  moustaches,  dont  les  pointes  sont  relevées  en  croissant^ 
Cette  circonstance  semble  prouver  clairement  que  les  Mycéniens 
employaient  l’huile  ou  une  sorte  de  pommade  pour  les  cheveux 
et  la  barbe.  Les  deux  masques  sont  travaillés  au  repoussé,  et  il 
ne  viendra  à l’idée  de  personne  qu’ils  ne  fussent  pas  destinés 
à représenter  le  portrait  des  morts  dont  ils  ont  recouvert  la 
figure  pendant  des  siècles. 

Ici  se  présente  tout  naturellement  la  question  de  savoir  s’ils  ont 
été  faits  du  vivant  des  personnages  ou  seulement  après  leur  mort. 
Ils  ont  été  faits  probablement  après  leur  mort;  mais  alors  on  se 
demande  avec  étonnement  comment  ils  ont  pu  être  faits  si  vite, 
parce  qu’ici,  comme  dans  tous  les  climats  chauds,  on  enterre  les 
morts  dans  les  vingt-quatre  heures  qui  suivent  le  décès,  et  cette 
coutume  doit  avoir  existé  de  tout  temps  àMycènes.  Si  Homère  laisse 

1.  Voyez  la  vignette  du  chapitre  X. 

2.  Voyez  la  vignette  du  chapitre  IX. 

3.  « Il  n’y  a rien  de  nouveau  sous  le  soleil.  » 


(UJUIEÜSES  COUINES  D’OU. 


305 


les  corps  de  Patrocle  et  d’Hector  pendant  dix  ou  douze  jours  sans 
sépulture,  cette  dérogation  à l’usage  tient  à des  circonstances  par- 
ticulières; si  ces  deux  corps  ont  pu  se  conserver  si  longtemps,  c’est 
que  Tliétis  avait  versé  de  l’ambroisie  dans  les  veines  du  premier,  et 
Apollon  dans  celles  du  second.  Sans  préjuger  ce  qui  a pu  se  passer 
à propos  des  corps  que  nous  avons  sous  les  yeux,  nous  sommes 
émerveillés  de  l’habileté  des  anciens  orfèvres  mycéniens,  qui 
pouvaient  modeler  des  portraits  dans  des  plaques  d’or  massif  et, 


Fig.  475.  — Grande  coupe  d’or.  Premier  tombeau.  Au  trois-septième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


par  conséquent,  pouvaient  faire  tout  ce  que  nos  orfèvres  modernes 
seraient  capables  de  faire  eux-mêmes. 

Mais  cette  habileté  des  orfèvres  mycéniens  dénote  une  grande 
pratique  de  ce  genre  de  travail  ; on  peut  être  sûr,  par  conséquent, 
qu’ils  avaient  été  précédés  d’nnc  école  d’artistes  qui  avait  été 
florissante  pendant  des  siècles  avant  d’avoir  pu  pousser  l’art  jus- 
qu’à cette  perfection. 

A la  droite  du  mort  qui  reposait  à l’extrémité  nord  a été  trouvée 
la  grande  coupe  d’or  à une  anse  qui  est  représentée  par  la 
figure  475.  Elle  a 6 pouces  (0"Vf5)  de  diamètre  et  G pouces  (0'“,15) 
de  hauteur;  elle  est  décorée  d’une  belle  ornementalion  au  repoussé 
divisée  en  deux  compartiments  [lar  une  bande  horizontale  ({ni 


396 


lÆ  (:ii\QCIÈME  T0MI5EAIÎ. 


représente  une  corde.  Dans  le  compartiment  supérieur,  il  y aune 
rangée  d’arcatures  qui  reposent  sur  ce  qu’on  pourrait  appeler  de 
grands  pilastres  de  pierres  taillées  en  cubes;  l’ensemble  du  dessin 
donne  l’idée  d’un  aqueduc  romain.  Le  compartiment  inférieur  est 
décoré  de  lignes  brisées  qui  composent  une  ornementation  en 
forme  d’angles  ou  de  coins. 

Dans  le  même  tombeau  j’ai  trouvé  une  autre  coupe  d’or,  de 


Fig.  470.  — Grande  coupe  d’or.  Premier  tombeau.  A la  moitié  environ  de  la  grandeur  réelle. 

dimensions  considérables,  qui  n’a  aussi  qu’une  anse  très-grande  et 
très-large  (fig.  476).  Elle  a 5 pouces  | (0"Vl4)  de  diamètre;  elle  est 
divisée,  comme  la  précédente,  en  deux  compartiments  par  une 
bande  horizontale  ; ces  deux  compartiments  sont  ornés,  dans  le 
sens  horizontal,  de  deux  rangées  parallèles  de  belles  spirales,  tra- 
vaillées au  repoussé.  On  y voit  un  nombre  considérable  de  ces 
curieuses  croix  que  l’on  rencontre  si  souvent  dans  les  ruines  de 
Troie,  et  que  l’on  regarde  comme  le  symbole  du  feu  sacré,  Varani 
des  brahmanes  L 

La  figure  477  représente  une  magnifique  coupe  d’or  massif. 


1.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troijennes,  pl.  121,  fig.  2377  et  2385. 


GOBELETS  D’Oll  ET  D’ABGENT. 


397 


trouvée  dans  le  même  tombeau.  Elle  est  décorée  au  repoussé  de 
trois  lions  qui  sont  représentés  courant  avec  une  grande  rapidité. 
Cette  coupe  reproduit  encore  le  type  de  toutes  les  coupes  en  terre 
cuite  de  Mycènes,  avec  une  seule  exception  (fig.  83,  84,  88).  Les 
anses  de  toutes  ces  coupes  d’or  sont  fixées  au  bord  et  au  corps 
à l’aide  de  clous  d’or  dont  les  têtes  sont  larges  et  plates. 


Fig.  477.  — Coupe  d’or.  Premier  tombeau.  Au  sept-dixièmo  environ  de  la  grandeur  réelle. 


J’ai  à signaler  encore  deux  autres  coupes  d’or;  rune  d’entre 
elles  est  massive  comme  les  précédentes,  ce  qui  ne  l’empêche  pas 
d’être  toute  bosselée;  elle  a une  belle  anse  massive,  d’une  forme 
que  nous  avons  souvent  décrite  à propos  des  vases  du  quatrième 
tombeau.  L’autre  coupe  d’or  a une  ornementation,  au  repoussé,  de 
deux  doubles  bandes  parallèles  en  forme  de  cordes.  Le  compar- 
timent supérieur  présente  une  ligue  horizontale  en  zigzag,  unie 
par  des  bandes  verticales  de  traits  horizontaux  à la  double  bande 
supérieure  qui  est  en  forme  de  corde.  Celle  ornemenlation  a une 


398 


LE  CiiXQüiÈME  TOMBEAU. 


remarquable  ressemblance  de  forme  avec  les  passages  en  ogives 
de  Mycènes  et  de  Tiryntbe.  A Fintérieur  de  cette  coupe  adhère 


Fig.  478.  — Partie  supérieure  et  partie  inférieure  d’un  grand  vase  d’argent.  Premier  tombeau. 

Au  quatre-dixième  environ  de  la  grandeur  réelle. 

une  autre  coupe  d’or  très-mince,  beaucoup  plus  petite  et  toute 
bosselée. 

Sur  quatre  coupes  d’argent  trouvées  dans  le  premier  tombeau, 
la  première  a une  anse,  mais  pas  d’ornementation;  la  seconde  a 
une  ornementation  au  repoussé  ; ce  sont  des  bandes  composées  de 


SPLENDIDE  VASE  D’AUGENT. 


31)9 


doubles  lignes  et  qui  forment  des  arcs  à la  partie  supérieure. 
Les  deux  autres  sont  très-grandes,  mais  elles  sont  brisées  et  le 
dessin  en  est  effacé;  l’ime  d’entre  elles,  qui  a pour  toute  orne- 
mentation une  bande  horizontale  en  relief,  est  encore  pleine  des 
cendres  du  bûcher  funéraire.  La  seconde  est  décorée  d’une  quan- 
tité de  bandes  horizontales  en 
forme  de  sillons;  une  coupe  plus 
petite  en  argent  y adhère  à l’in- 
térieur. Sous  le  fond  de  cette  coupe 
est  encore  attaché  un  des  cailloux 
qui  jonchaient  le  fond  du  tombeau. 

Près  du  corps  en  question,  il  a 
été  trouvé  aussi  un  vase  d’argent 
jdusgrand  que  ceux  qui  précèdent; 
il  a 2 pieds  6 pouces  ((>‘,75)  de 
hauteur  et  1 pied  8 pouces  (0"‘,50) 
de  diamètre  à la  partie  la  plus 
large  de  la  panse;  malheureuse- 
ment, il  s’est  trouvé  en  contact 
avec  quelque  substance  saline,  qui 
a converti  l’argent  en  chlorure 
d’argent;  aussi  le  vase  s’est-il  brisé 
en  morceaux.  La  figure  478  repré- 
sente la  partie  supérieure  et  la 
partie  inférieure  de  ce  vase  rap- 
prochées fune  de  l’autre.  Le  corps 

tout  entier  était  décoré  d’une  ornementation  au  repoussé  repré- 
sentant des  spirales  entrelacées;  la  partie  inférieure  élail  ornée 
de  cannelures  horizontales,  mais  je  ferai  observer  au  lecteur  que 
le  dessin  représente  seulement  la  paroi  intérieure  de  cette  partie. 
L’orifice  ainsi  que  la  bande  ornée  de  trous  qui  est  à la  partie 
supérieure  du  corps  sont  plaqués  de  cuivre,  et  ce  cuivre  avait  été 
plaqué  d’or.  Le  fond  est  tout  entier  en  cuivre,  sans  doute  ])our 
que  le  vase  soit  plus  solide.  Il  est  probable  que  le  bord  de  ce 
fond  de  cuivre  avait  été  également  plaqué  d’or.  Ou  peut  donc  dire 


Fig.  479.  — Grande  coupe  en  albâtre.  Proiiiier 
tombeau.  Au  trois-huitième  environ  de  la  gran- 
deur réelle. 


400 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 

à propos  de  ce  vase  que  l’artiste  avait  fait  tous  ses  efforts  pour 
y réunir  l’élégance  à la  solidité. 

La  figure  479  représente  une  grande  coupe  d’albâtre;  elle  a 
10  pouces  eil  de  hauteur,  et  sa  forme  rappelle  celle  de 

nos  verres  â pied. 

Aux  découvertes  précédentes  j’ajouterai  cinq  plaques  d’or  en 


Fiu.  480.  — Doubles  aigles  d’or.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 


forme  de  doubles  aigles.  La  figure  480  représente  deux  de  ces 
plaques;  elles  sont  toutes  au  repoussé,  et  ont  exactement  la  même 
forme  et  la  même  dimension. 

L’image  des  aigles  reproduit  fidèlement  la  nature,  sauf  une  spi- 
rale en  relief  qu’ds  portent  sur  le  cou  ; immédiatement  au-dessous 
de  la  spirale  on  voit  un  long  serpent  en  travers  du  corps  des  deux 
aigles;  il  est  possible  que  le  serpent  et  la  spirale  aient  eu  un  sens 
symbolique.  Les  aigles  sont  appuyés  l’im  contre  l’autre,  dans  toute 


disques  D’OU  EN  FODME  DE  DOUUMEll. 


401 


la  longueur  du  corps,  y compris  les  griffes,  mais  leurs  tetes  sont 
tournées  eu  sens  inverse.  Au-dessus  de  leurs  têtes  ou  voit  un  long 
tube,  qui  a dû  servir  à passer  un  fd,  pour  faire  coucouiâr  ces  orne- 
ments à la  décoration  d’un  collier. 

J’ai  recueilli  encore  cinq  grands  disques,  en  forme  de  boucliers, 
et  un  sixième  qui  est  plus  petit;  ces  disques  sont  des  plaques  d’or 


Fig.  481.  — Plaque  d’or  avec  dessin  au  répoussé.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 


décorées  d’une  ornementation  au  repoussé  ; au  centre  il  y a 
une  étoile;  autour  de  l’étoile,  dans  une  bordure  formée  de  deux 
doubles  cercles  de  points,  se  déroule  une  ornementation  de  spi- 
rales (fig.  481). 

J’ignore  l’usage  de  deux  objets  creux  en  oi'  qui  ressemblent  à 
des  fusaïoles  et  qui  s’adaptent  l’un  à l’autre.  Des  objets  exacte- 
ment semblables  ont  été  représentés  par  les  tigures  et  4^26.  Les 
figures  482  et  483  représentent  l’élégant  orifice  en  or  et  l’anse  en 
or  d’un  vase  d’argent,  brisé  en  morceaux;  ces  deux  fragments 
portent  une  décoration  travaillée  au  repoussé.  Le  long  du  cercle 

MYCÈNES.  'JG 


A 


402 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


de  rorifice,  on  voit  les  six  trous  des  clous  qui  le  fixaient  sur  le  col 
du  vase  d’argent,  dont  un  fragment  adhère  encore  à l’anse.  Ajou- 


*Fig.  482.  — Orifice  d’or  d’un  vase.  Premier  tombeau.  Au  cinq-septième  environ  de  la  grandeur  réelle. 


tons  à la  liste  : deux  vases  en  argent  uni,  réduits  en  pièces  ; — la 
moitié  inférieure  d’un  de  ces  vases  est  bien  conservée;  — un  vase 

d’argent  en  morceaux,  avec  un  fond 
et  un  orifice  en  cuivre,  qui  doit  avoir 
été  plaqué  d’or  ; — un  grand  vase 
d’argent  en  morceaux,  orné  de  spi- 
rales au  repoussé;  — deux  grands 
disques  de  cuivre,  plaqués  d’argent, 
qui  doivent  provenir  de  deux  vases 
d’argent;  — le  petit  cylindre  formé 
d’une  plaque  d’or  (fig.  484),  qui  est 
orné  ü'intailles  à profusion,  et  contient  encore  un  morceau  de  bois 
carbonisé;  la  plaque  d’or  était  fixée  sur  le  morceau  de  bois  par 
trois  clous  d’or;  la  tête  d’un  de  ces  clous  est  encore  visible,  à la 
droite  du  spectateur.  Si  nous  examinons  le  cylindre  en  commençant 
par  le  haut,  nous  voyons  que  la  partie  supérieure  est  divisée  en 
quatre  compartiments  par  des  bandes  horizontales  formées  de 


NOMBREUX  BOUTONS  D’OR.  403 

trois  OU  quatre  lignes;  le  premier  compartiment  ou  compartiment 
supérieur  est  orné  de  petits  cercles  concentriques*;  le  second,  de 
traits  verticaux;  le  troisième,  comme  le  premier,  de  cercles  concen- 
triques; et  le  quatrième,  comme  le  second,  de  traits  verticaux;  de 
chaque  côté  de  ce  compartiment  il  y avait  des  clous  d’or;  un  seul, 
celui  qu’on  voit  à droite,  est  encore  à sa 
place.  L’espace  inférieur  est  divisé  par  des 
bandes  verticales  en  trois  compartiments; 
le  compartiment  de  droite  et  celui  de  gauche 
sont  remplis  par  une  ornementation  de  spi- 
rales, la  bande  du  milieu  offre  une  décora- 
tion qui  ressemble  à un  arbre  ; du  sommet  de 
l’arbre  se  projettent,  à droite  et  à gauche, 
comme  des  branches,  deux  spirales  qui 
forment  chacune  un  cercle,  dans  l’intérieur 
duquel  s’enroulent  des  spirales  plus  petites; 
le  reste  de  l’espace  est  rempli  par  d’autres 
spirales  et  des  ornements  en  forme  de  coins 
très-serrés  les  uns  contre  les  autres.  Ainsi, 
on  voit  que,  sur  ce  cylindre,  il  n’y  a pas  la  fig.  48k  - cyimdrc  formé  d une 
dixième  partie  de  1 pouce  (2'"‘",5)  qui  ne  soit 
couverte  d’ornements. 

En  y comprenant  les  boutons  d’or  déjà  décrits,  il  en  a été 
trouvé  en  tout,  dans  le  premier  tombeau,  trois  cent  quarante,  dont 
la  plupart  avaient  perdu  leur  moule  d’os;  de  sorte  qu’il  ne 
restait  plus  que  les  plaques  d’or.  Quatre-vingt-quatre  de  ces  bou- 
tons sont  unis  et  sans  aucune  ornementation;  entre  autres,  trente- 
cinq  boutons  de  grande  dimension,  puisqu’ils  ont  2 pouces  (0'”,05) 
de  diamètre;  trente-six  d’un  modèle  plus  petit,  mesurant  1 pouce  | 
I)  de  diamètre,  et  treize  petits  qui  ont  1 pouce  (0*“,0^  1)  ou 
au-dessous.  Les  deux  cent  cinquante-six  autres  sont  ornés  d’in- 
tailles. Ces  deux  cent  cinquante-six  boutons  peuvent  se  classer  ainsi 
qu’il  suit  : treize  boutons  d’une  très-grande  dimension,  2 pouces 


1.  A cause  des  cendres  et  des  traces  de  fumée  qui  recouvrent  le  cylindre,  la  première  rangée 
de  cercles  ne  se  voit  pas  sur  la  photographie. 


m LE  CINQUIÈME  iïOMBEAU. 

(0'“,05)  de  diamètre;  trente-neuf  de  i pouce  | (0"\03|);  environ 
cent  quatre-vingt-quatorze  de  1 pouce  (0'“,02  ou  au-dessous  ; 
huit  grands  et  deux  petits  en  forme  de  croix;  ce  qui  donne  en  tout 
dix  boutons  en  croix,  qui  ont  conservé  leurs  moules  d’os.  Comme  je 
l’ai  déjà  dit,  deux  des  grands  boutons  en  croix  ont  chacun  deux 
petites  anses  en  or.  Pour  ne  pas  fatiguer  le  lecteur,  je  ne  reproduis 
pas  ici  les  boutons  unis;  et  meme,  parmi  ceux  qui  sont  richement 
décorés,  je  ne  donne  que  ceux  dont  l’ ornementation  diffère  des 
modèles  du  quatrième  tombeau.  Le  lecteur  peut  donc  être  sur  que, 
parmi  les  grands  boutons  du  quatrième  tombeau,  ceux  qui  sont 


Fig.  485  et  480,  — Boutons  d’or  avec  ornements.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle 


reproduits  sous  les  figures  485-491  sont  les  seuls  où  l’ornenien- 
tation  offre  quelque  chose  de  nouveau. 

La  figure  485  se  compose  des  ornements  suivants  : au  centre, 
trois  cercles  concentriques  ; entre  le  dernier  de  ces  cercles  et  la 
bordure  du  bouton,  composée  de  deux  cercles,  une  ornementation 
qui  figure  une  étoile  à lignes  courbes  et  à pointes  arrondies, 
chacune  de  ces  pointes  renfermant  un  petit  cercle  ; l’espace  compris 
entre  les  rayons  de  l’étoile  et  la  bordure  est  orné  d’un  croissant  à 
pointes  arrondies  et  d’un  petit  cercle.  La  figure  486  a une  large 
bordure  de  six  cercles  concentriques;  dans  l’espace  que  limite  cette 
bordure  se  déroule  une  magnifique  ornementation  de  spirales  qui 
offrent  à l’œil  une  combinaison  nouvelle.  Il  y a dans  la  bordure  une 
rangée  non  interrompue  de  signes  qui  ressemblent  à la  lettre 
koppa.  . 


nOüTOXS  D’OU  ORNEMENTES. 


405 


Au  centre  de  la  figure  487  on  voit  deux  spirales  opposées  furie  à 
l’autre;  elles  sont  entourées  de  cinq  cercles  concentriques;  vient 
ensuite  une  bande  composée  de  quatre  signes  en  forme  de  cornes 
d’abondance;  quatre  autres  cercles  forment  la  bordure. 

Le  milieu  de  la  figure  488  est  occupé  par  une  figure  à peu  près 


491 


Fig.  487  à 491.  — Boutons  d’or  avec  ornements.  Premier  tombeau.  Grandeur  reelle. 

ovale,  dans  l’intérieur  de  laquelle  sont  des  spirales  qui  échappent 
à la  description  ; le  reste  de  l’espace  est  rempli  par  une  pelite  bor- 
dure, un  grand  nombre  de  lignes  coui'bes  et  deux  signes  qui 
ressemblent  à de  petites  scies  à main,  donl  les  manches  seraient 
contournés  en  spirales.  La  figure  490  représente  un  cei'cle  central 
entouré  de  deux  larges  bordures  circulaires;  la  première,  celle  qui 
est  la  plus  voisine  du  bord  du  bouton,  se  compose  d'une  l’angée 


406 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


circulaire  de  doubles  cercles;  la  seconde,  celle  qui  touche  au 
cercle  central  est  remplie  d’ornements  qui  font  songer  à des  frondes 
dans  chacune  desquelles  il  y aurait  une  pierre.  La  figure  491  est 
très-belle,  mais  rornementation  en  est  si  compliquée,  que  je 
renonce  à la  décrire. 

Parmi  les  boutons  de  la  deuxième  grandeur,  le  seul  qui  offre  un 
dessin  nouveau  est  la  figure  489;  au  centre,  une  belle  spirale 
représente  un  serpent  replié  sur  lui-même,  dont  on  distingue  bien 
la  tête;  autour  de  cet  ornement,  il  y a trois  cercles  concentriques 
et  une  bordure  remplie  par  une  ornementation  qui  donne  l’idée 
d’une  rangée  de  figures. 

Les  figures  492-499  et  501-512  représentent  de  petits  boutons 
d’un  type  nouveau.  J’en  ai  cependant  ajouté  deux  d’un  type  déjà 
connu  du  lecteur,  parce  que  dans  ces  exemplaires  le  dessin  est 
d’une  beauté  supérieure.  La  figure  492  offre,  dans  une  petite  bor- 
dure de  deux  cercles,  un  ornement  qui  donne  l’idée  d’une  fleur  à 
trois  pétales,  avec  trois  petits  cercles  sur  les  trois  pétales  et  trois 
autres  à l’extérieur,  dans  les  intervalles.  La  figure  493  a une 
bordure  formée  de  signes  ronds  ou  carrés,  et  au  centre  une  spi- 
rale en  forme  de  serpent.  La  figure  494  offre  deux  cercles  con- 
centriques denticulés,  séparés  par  une  bande  unie.  On  voit  dans 
la  figure  495  un  ornement  en  spirale,  qui  se  rencontre  très-fré- 
quemment à Mycènes  et  à Troie.  La  figure  496  se  compose  de  deux 
cercles  concentriques  formés  de  petits  triangles.  La  figure  497 
représente  une  fleur  à cinq  pétales.  La  figure  498  est  un  bouton 
d’or  massif  sur  lequel  s’épanouit  une  belle  fleur  avec  une  double 
rangée  de  pétales,  onze  grands  et  onze  petits.  Gomme  il  est  percé, 
il  est  possible  qu’il  n’ait  jamais  été  employé  comme  bouton,  mais 
qu’il  ait  servi  de  couvercle  à une  petite  cruche  ou  à une  petite  bou- 
teille d’or.  Dans  la  figure  499  on  distingue  la  forme  d’une  belle 
fleur,  avec  deux  cercles  denticulés.  La  figure  501  représente  exac- 
tement le  même  ornement  que  la  figure  495,  seulement  moins 
compliqué.  Les  figures  502  et  503  sont  des  fleurs.  L’ornementation 
du  bouton  de  la  figure  504  est  difficile  à décrire  ; si  l’on  tourne  la 
figure  à droite,  elle  ressemble,  de  fort  loin  d’ailleurs,  au  buste  d’un 


407 


DOUTONS  D’OU  ORNEMENTÉS. 

homme.  Dans  la  figure  505,  nous  voyons  deux  spirales  d’une  nou- 
velle forme.  Nous  retrouvons  encore  une  fleur  dans  la  figure  506. 


Fig.  492  à 500.  — Boutons  d’or  avec  orncineuls.  Premier  tombeau.  Grandeur  re'elle. 


La  figure  507  représente  un  triple  dont  les  bras  sont  convertis 
en  spirales;  chacune  des  spirales  se  termine  par  un  point  rond  ; ce 


408 


LE  ClNOniÈME  TO^^LEAU. 

point  rond  est  réuni  par  un  trait  à un  autre  point  rond  qui  marque 
la  place  habituelle  des  têtes  des  quatre  clous  de  ce  signe,  La 
figure  508  n’offre  pas  d’autre  ornement  que  quatre  cercles  concen- 
triques. Dans  la  figure  509,  nous  retrouvons  pour  tout  ornement 
le  avec  les  bras  en  spirales  et  la  marque  des  quatre  clous. 
Dans  la  figure  510,1a  décoration  se  compose  de  trois  couteaux  avec 
des  manches  contournés  en  spirales.  La  figure  511  est  exactement 
semblable  à la  figure  501.  La  figure  512  porte  une  ornementation 
toute  pareille  à celle  de  la  figure  507  ; seulement,  dans  la 
figure  507,  les  lignes  sont  triples  au  lieu  d’être  simples,  et  les 
points  terminaux  des  bras  sont  unis  par  un  trait  avec  ceux  qui 
représentent  les  têtes  de  clous. 

Quant  aux  dix  grands  boutons  en  forme  de  croix,  il  n’y  en  a 
qu’un  seul  d’un  nouveau  dessin  ; il  est  représenté  par  la  figure  500. 
Gomme  nous  l’avons  vu  à propos  des  grands  boutons  en  croix  du 
quatrième  tombeau,  les  moules  d’os  reproduisent  sous  la  plaque 
d’or  exactement  les  mêmes  intailles  que  porte  la  plaque  elle-même. 
Donc  le  travail  des  intailles  avait  lieu  quand  la  plaque  d’or  était 
déjà  fixée  sur  le  moule  d’os,  et  la  gravure  faite  sur  la  plaque  se 
reproduisait  sur  l’os  par  la  pression  de  la  main  de  l’artiste.  Voici 
quelle  est  l’ornementation  du  bouton  en  croix  (fig.  500).  A chaque 
angle  aigu  du  losange  il  y a deux  protubérances  arrondies  et  trois 
à chaque  angle  obtus,  toutes  ornées  de  cercles  concentriques  ; 
dans  l’intérieur  du  losange,  deux  spirales  en  forme  à' oméga, 
opposées  l’une  à l’autre;  les  quatre  angles  sont  remplis  de  petits 
cercles. 

Voici  les  types  des  autres  boutons  en  croix,  qui  ne  diffèrent  pas 
assez  de  ceux  que  nous  connaissons  pour  être  reproduits  ici  en 
gravure.  L’un  de  ces  boutons  porte  à chaque  angle  trois  protubé- 
rances arrondies  ; mais  il  n’a  pour  toute  ornementation  que  des 
cercles  disposés  de  manière  à figurer  des  fleurs.  Un  autre  n’a  que 
deux  protubérances  arrondies  à chaque  angle;  le  losange  est  bordé 
d’une  large  bande  sur  laquelle  il  y a une  rangée  continue  de  petits 
cercles  ; au  centre,  il  porte  un  double  eercle  rempli  de  spirales, 
semblaliles  à celles  que  nous  avons  déjà  décrites  tant  de  fois. 


DOUTONS  D’OR  ORNEMENTÉS 


409 


L’espace  demeuré  vide  dans  chaque  angle  aigu  est  rempli  par  une 


CO 

ïO 


O 

s 


spirale  en  forme  à' oméga,  et  trois  petites  figures  semblables  à celle 


Fig.  507  à 518.  — Bouton  d’or  avec  ornements.  Premier  tombeau.  Au  cinq-sixième  de  la  grandeur  réelle. 


410  LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 

de  la  figure  501,  Nous  retrouvons  une  ornementation  identique 


Fig.  519.  — Ornement  d’or  pour  les  jambières.  Premier  tombeau. 

Au  dix-treizième  de  la  grandeur  réelle. 

dans  un  troisième  bouton  en  forme  de  croix  ; la  seule  différence, 
c’est  que  la  bordure  de  ce  dernier  est  plus  large,  et  au  lieu  du  signe 

520  521  522  523 


524 


Fig.  520  à 524.  — Tubes  et  boutons  d’os.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 

que  l’on  retrouve  dans  la  figure  500,  il  n’a  qu’un  petit  cercle  dans 
chaque  angle  aigu  du  losange  intérieur.  Je  n’ai  rien  à dire  des 


RUBANS  D’OR  ORNEMENTÉS. 


411 


autres  boutons  en  croix,  parce  que  les  dessins  en  sont  pareils  à 
ceux  que  nous  avons  déjà  représentés. 

J’ai  trouvé  dans  le  même  tombeau  les  larges  rubans  d’or  que 
représentent  les  figures  513-518,  et  qui  sont  décorés  d’une  magni- 
fique ornementation  au  repoussé;  — une  plaque  d’or,  ronde, 
portant  au  centre  une  étoile  entourée  de 
trois  cercles  concentriques,  d’une  bande 
circulaire  de  petits  ornements  en  spirales 
et  d’une  bordure  de  trois  cercles;  — une 
autre  plaque  d’or  double,  qui  a probable- 
ment formé  un  cylindre. 

En  fait  d’objets  d’or,  j’ai  trouvé  dans 
ce  tombeau  deux  ornements  pour  jam- 
bières (xvY3p.fô£ç);  la  figure  519  représente 
un  de  ces  ornements.  Il  se  compose  de 
deux  bandes  d’or  : l’une  perpendiculaire, 
rattachée  à angle  droit  avec  l’autre,  qui 
est  horizontale.  La  bande  supérieure  se 
termine  par  un  anneau  qui  devait  s’accro- 
cher à un  bouton;  la  bande  horizontale, 
comme  les  diadèmes,  est  large  au  milieu 
et  va  en  diminuant  vers  les  extrémités, 
qui  ont  servi  à attacher  l’ornement  autour 
de  la  cuisse.  La  bande  supérieure  n’a  pas  525.- Morceau  d’ivoire:  peui- 

^ ^ être  le  manche  d’un  poignard.  Pre- 

d’ornements  ; on  y voit  seulement  une-  tombeau.  Grandeur  réeiie. 
plaque  d’or  plus  épaisse,  en  forme  de  tube. 

Soudée  au  bord  de  l’anneau,  cette  plaque  va  en  diminuant  de 
grosseur  à mesure  qu’elle  descend  et  est  fixée  par  de  petits  clous 
à la  partie  inférieure  de  la  bande  perpendiculaire  pour  lui  donner 
plus  de  consistance.  La  bande  horizontale  est  décorée  au  repoussé. 
Au  milieu  il  y a trois  ornements  qui  consistent  on  trois  cercles 
concentriques  de  points  en  relief;  à chaque  extrémité  il  y a une 
jranche  avec  des  feuilles. 

Je  citerai  encore,  parmi  les  objets  trouvés  dans  ce  tombeau,  les 
trois  tubes  en  os  des  figures  520,521, 5^2*2,  et  les  deux  boutons  d’os 


412 


LE  CINQUIÈME  TOMP.EAU. 


des  figures  523  et  524.  La  figure  524  conserve  encore  un  fragment 
de  la  tige  en  os,  qui  a dû  jouer  le  rôle  de  piston  dans  les  trois 
tubes,  primitivement  fixés  bout  à bout,  selon  toute  probabilité. 
Il  est  donc  permis  de  supposer  que  nous  avons  sous  les  yeux 
une  ancienne  seringue  mycénienne. 

L’objet  de  la  figure  525  est  un  morceau  d’ivoire  massif  et  aplati, 
qui  peut  avoir  servi  de  manche  à un  poignard  de  parade.  La  partie 
supérieure,  au  profil  arrondi,  est  légèrement  concave  ; on  voit. 


Fig.  52G.  — Olijct  en  porcelaine  égyptienne.  Premier  tombeau.  Grandeur  réelle. 


gravée  dans  un  double  cercle,  une  décoration  composée  de  ces 
belles  spirales  que  l’on  rencontre  si  fréquemment  à Mycènes. 
Au-dessous  de  cette  décoration,  il  y en  a une  seconde  composée  de 
quatre  triples  cercles  concentriques  soulignés  par  une  bande  hori- 
zontale composée  de  trois  lignes. 

L’objet  que  représente  la  figure  526  et  qui  a la  forme  d’un 
fer  à cheval  est,  selon  le  professeur  Landerer,  en  porcelaine 
égyptienne.  Cette  porcelaine,  avant  d*etrc  mise  an  four,  a été 
frottée  d’un  vernis  de  plomb;  celte  opération  lui  a donné  une 
couleur  verdâtre  très-brillante  ; l’envers  est  creux;  par  consé- 
quent l’objet  a dû  être  appliqué  ou  fixé  sur  un  autre  objet.  Cet 


VASES  DE  TEUUE  CLIÏE. 


413 


objet  ainsi  que  les  trois  qui  précèdent  ont  évidemment  beaucoup 
souffert  du  feu  du  bûcher. 

Ce  tombeau  contenait,  en  quantités  considérables,  des  frag- 
ments de  belles  poteries,  fabriquées  soit  à la  main,  soit  au  tour. 
Parmi  les  vases  façonnés  à la  main,  je  citerai  tout  particulière- 
ment les  suivants  : coupes  du  type  mycénien  ordinaire,  mais  d’un 
vert  clair  avec  spirales  en  noir;  — coupes  beaucoup  plus  grandes, 
noires,  avec  un  grand  pied  creux,  décoré  au  milieu  de  profondes 


Fig.  527.  — Vase  de  terre  cuite,  fait  au  tour.  Premier  tombeau. 
Au  tiers  environ  de  la  g'randeur  réelle. 


cannelures  horizontales;  — les  petits  vases  faits  à la  main,  rouges 
ou  noirs,  monochromes,  d’une  forme  très-élégante,  d’une  fabri- 
cation beaucoup  plus  soignée  que  tous  les  vases  peints,  travaillés 
au  tour,  que  l’on  rencontre  ici;  — les  vases  d’un  vert  clair,  avec 
spirales  noires,  façonnés  aussi  à la  main;  le  travail  en  est  grossier 
et  l’ornementation  peinte  encore  plus  grossière.  J’ai  trouvé  des 
fragments  de  ces  derniers  vases  dans  toutes  |les  tombes,  et  parmi 
les  pierres  des  murs  cyclopéens  dumontEubœa.  Parmi  les  vases 
peints  faits  au  tour,  les  plus  intéressants  sont  ceux  qui  ont  des 
ornements  d’un  ronge  foncé  sur  un  fond  rouge  clair  ou  jaune 
clair.  La  figure  5^27  en  offre  un  spécimen. 


414 


LE  CINQUIÈME  TOMBEAU. 


Je  n’ai  trouvé  que  sept  grands  vases  de  cuivre  dans  ce  tombeau, 
et  tous  du  côté  ouest.  L’un  de  ces  vases  est  un  Xsêvjç;  ou 

chaudron  pour  faire  chauffer  l’eau  du  bain;  il  ressemble  à celui 
qui  a été  représenté  sous  la  figure  438.  Il  a trois  anses  verti- 
cales et  mesure  22  pouces  (0"‘,55)  de  diamètre.  Il  y en  a un 
second,  plus  petit  que  le  premier,  mais  de  la  même  forme  et 
pourvu  aussi  de  trois  anses  verticales  ; il  y en  a trois  autres  de  la 
même  forme,  mais  qui  n’ont  que  deux  anses  ; les  deux  autres  vases 
sont  deux  énormes  cruches  à deux  anses  : l’une  des  anses  va  du 
bord  au  corps  de  la  cruche,  l’autre  est  fixée  plus  bas.  Comme  j’ai 
déjà  mis  sous  les  yeux  du  lecteur  (fig.  436  et  437)  des  cruches 
semblables  trouvées  dans  le  quatrième  tombeau,  je  ne  les 
reproduirai  pas  ici. 

Autres  objets  trouvés  dans  le  même  tombeau  : le  fond  d’un  vase, 
en  cuivre  ; — un  disque  de  marbre  qui  peut  avoir  servi  de  fond  à 
un  vase  d’albâtre;  — une  grosse  pierre  à aiguiser,  en  grès  d’un 
grain  très-fm;  — seize  morceaux  d’os  plats  et  quadrangulaires, 
percés  de  deux  trous  à chaque  extrémité  ; ils  ontl  pouce  (0''b04^) 
de  long  et  ^ de  pouce  (0™,0I  de  large  ; ils  doivent  avoir  servi 
d’ornements,  probablement  pour  des  harnais  de  chevaux.  Ce  qui 
distingue  ce  tombeau  de  tous  les  autres,  c’est  la  grande  quantité 
de  bois  qu’il  contenait.  Outre  un  grand  nombre  de  morceaux  de 
bois  à demi  consumés  provenant  des  bûchers  funéraires,  j’y  ai 
trouvé  un  morceau  de  bois  de  cyprès,  de  9 pouces  (0™,22  i)  de 
long  sur  4 1 (0''\  11  l)  de  large,  qui  n’avait  pas  été  atteint  par  le  feu, 
quoique,  selon  toute  apparence,  il  eût  fait  partie  du  bûcher.  On  y 
a recueilli  aussi  une  très-grande  quantité  de  morceaux  de  bois 
fendu,  qui  étaient  des  outils  ou  des  manches  d’outils,  et  trois 
couvercles  déboîtés  en  bois,  ainsi  que  des  fragments  de  fourreaux 
d’épées  et  d’ustensiles  domestiques. 

Un  objet  plus  important  peut-être  et  plus  intéressant  que  tous 
les  bijoux  recueillis  dans  ce  tombeau,  c’est  une  petite  boîte  carrée 
en  bois  (va^^yjH),  dont  j’ai  retrouvé  deux  côtés,  sur  chacun  desquels 
une  sculpture  en  relief  représente  un  lion  et  un  chien  ; à présent  ces 
animaux  sont  détachés  ; mais  il  y a apparence  qu’ils  faisaient  jadis 


SCULPTURES  SUR  ROIS. 


415 


partie  intégrante  de  la  boîte,  puisqu’ils  étaient  sculptés  sur  le  bois 
même  dont  elle  est  formée. 

Si  petites  que  soient  ces  sculptures,  elles  n’en  sont  pas  moins  d’un 
très-grand  intérêt  pour  la  science,  puisqu’elles  suffisent  à prouver 
que  la  sculpture  sur  bois  était  florissante  en  ces  temps  fabuleux 
et  héroïques. 

Au  moment  où  on  l’a  retiré  du  tombeau,  tout  ce  bois  était  humide 
et  spongieux;  maintenant  il  est  sec,  il  a repris  de  la  consistance,  et 
j’espère  qu’avec  des  soins  particuliers  on  parviendra  à le  conserver.^ 
J’ai  trouvé  aussi  une  certaine  quantité  de  morceaux  de  liège  de 
toutes  les  dimensions  ; quelques-uns  avaient  le  bord  en  ligne  courbe, 
d’où  je  conclus  qu’ils  doivent  avoir  appartenu  à des  boucliers  ; sinon, 
je  ne  puis  m’en  expliquer  l’usage.  Il  semble  que  l’on  ait  aussi  déposé 
de  la  nourriture  avec  les  trôis  corps  de  ce  tombeau,  car  j’y  ai 
recueilli  une  grande  quantité  d’écailles  d’huîtres,  et  parmi  ces 
écailles,  plusieurs  huîtres  qui  n’avaient  pas  été  ouvertes.  Il  y avait 
aussi  une  grande  quantité  de  dents  de  sanglier. 

La  présence  des  bûchers  funéraires  au  fond  des  tombeaux  de 
Mycènes  nous  donne  l’explication  du  mot  nvpd,  dont  plusieurs 
poètes  posthomériques,  entre  autres  Sophocle  {Élecire,  901),  se 
servent  pour  désigner  un  tombeau.  Ils  employèrent  cette  expres- 
sion au  sens  propre,  et  non  comme  un  synonyme  poétique;  la 
meilleure  preuve,  c’est  cette  coutume  achéenne  de  brûler  les 
corps  au  fond  des  tombeaux  et  d’y  laisser  les  squelettes,  sans  y 
toucher,  après  l’extinction  des  flammes  du  bûcher. 


Fig.  473.  — Masque  d’or  massif  du  corps  placé  à l’exlrémité  nord  du  premier  tombeau. 
Au  cinquième  environ  de  la  grandeur  réelle  A 


CHAPITRE  X 

RAPPORT  ENTRE  LES  CINQ  TOMBEAUX  ET  LA  MAISON  ROYALE 
DES  PÉLOPIDES.  — DATE  DE  l’aGORA. 


Discussion  sur  ce  point  : les  cinq  tombeaux  sont-ils  les  mêmes  que  mentionne  Pausanias  comme 
les  sépultures  d’Agamemnon  et  de  ses  compagnons? — Opinions  des  savants  au  sujet  de  la 
guerre  de  Troie.  — Les  anciens  sont  unanimes  à affirmer  qu’elle  a réellement  en  lieu.  — 
C’est  parce  que  l’auteur  avait  foi  dans  les  traditions  qu’il  a été  amené  à découvrir  Troie  et  les 
cinq  tombes  royales  de  Mycènes.  — La  civilisation  était  pins  avancée  à Mycènes  qu’à  Troie. 
— Dans  les  deux  cités,  la  poterie  est  très-primitive.  — L’écriture  alphabétique  était  connue 
à Troie,  inconnue  à Mycènes.  — Les  deux  civilisations,  malgré  leur  dilïérence,  peuvent  avoir 
été  contemporaines.  — La  disposition  et  l’apparence  de  toutes  choses  dans  les  tombeaux 
prouve  que  certainement  ceux  qui  reposent  ensemble  dans  le  même,  et  probablement  tous 
ceux  qui  reposent  dans  les  cinq,  sont  morts  en  même  temps.  — Vénération  traditionnelle 

1.  Ce  masque  a été  décrit  précédemment.  J’insiste  tout  particulièrement  sur  ce  fait  : que  la 
gravure  représente  le  masque  seulement  au  cinquième  de  sa  grandeur  réelle. 


MYCKNES. 


-7 


418 


LES  TOMBES  ROYALES  ET  1/AGORA. 


pour  CCS  tombeaux.  — Ou  élève  à plusieurs  reprises  des  monuments  sur  ces  sépultures.  — 
Il  n’y  a pas  de  tombeaux  entre  les  deux  rangées  circulaires  de  dalles  obliques  qui  formaient 
à la  fois  la  clôture  et  les  bancs  de  l’agora.  — L’agora  fut  probablement  construite  lorsque 
l’on  renouvela  les  stèles  funéraires;  et  l’autel  fut  bâti  au-dessus  du  quatrième  tombeau,  sous 
rinfluence  do  l’enthousiasme  excité  par  les  chants  des  rhapsodes.  — Ces  monuments  furent 
ensevelis  dans  la  suite  des  siècles,  mais  le  souvenir  de  remplacement  se  conservait  encore  par 
la  tradition,  longtemps  après  la  destruction  de  la  nouvelle  cité  de  Mycèncs.  — Témoignage 
de  Pausanias.  — L’énorme  richesse  des  trésors  prouve  que  ce  sont  bien  là  des  sépultures 
ivyales  ; or  la  royauté,  à Mycènes,  prit  fin  avec  l’invasion  dorienne.  — Cette  invasion  doit 
être  antérieure  à la  date  généralement  reçue  (1104  av.  J.-C.).  — Réponse  à une  objection.  — 
Honneurs  rendus  aux  princes  tués,  meme  par  leurs  meurtriers.  — Coutume  d’ensevelir  les 
morts  avec  leurs  trésors.  — Le  trésor  sépulcral  de  Palestrina.  - - Le  tombeau  de  Nitocris  à 
Babylone.  — Pyrrhus  et  les  sépultures  royales  à Ægeæ.  — Le  tombeau  de  Corneto^ 


Après  avoir  décrit  les  cinq  tombeaux  et  les  trésors  qu’ils  conte- 
naient, je  vais  maintenant  discuter  la  question  de  savoir  si  l’on  peut 
affirmer  que  ces  tombeaux  sont  bien  ceux  que  Pausanias,  suivant  la 
tradition,  attribue  k Agamemnon,  à Gassandre,  à Eurymédon  et  h 
leurs  compagnons. 

Beaucoup  de  savants  distingués  ont  pendant  longtemps  regardé 
la  guerre  de  Troie  comme  un  mythe,  dont,  d’ailleurs,  ils  ont  vai- 
nement essayé  de  trouver  l’origine  dans  le  Piig-Vêda.  Mais,  dans 
toute  l’antiquité,  on  a considéré  le  siège  et  la  prise  d’Ilion  par 
l’armée  grecque,  sous  la  conduite  d’ Agamemnon,  comme  un  fait 
historique  hors  de  doute;  c’est  bien  comme  un  fait  historique  que 
l’accepte  un  historien  aussi  autorisé  que  Thucydide  h La  tradition  a 
même  conservé  le  souvenir  de  beaucoup  de  détails  de  cette  guerre, 
qui  avaient  été  omis  par  Homère.  Pour  ma  part,  j’ai  toujours  cru 
fermement  à la  guerre  de  Troie  ; ma  foi  dans  Homère  et  dans  la 
tradition  n’a  jamais  été  ébranlée  par  la  critique  moderne;  et  c’est 
à cette  foi  inébranlable  que  je  dois  la  découverte  de  Troie  et  de 
son  trésor. 

Cependant,  comme  les  bijoux  de  Troie  sont  sans  aucune  orne- 
mentation, comme  la  poterie  troyenne  est  façonnée  à la  main,  sans 
couleur,  et  ne  porte  que  des  décorations  imprimées  ou  gravées, 
comme  le  fer  et  le  verre  font  absolument  défaut,  je  suis  convaincu 
que  les  ruines  de  Troie  remontent  à une  assez  haute  antiquité  pour 
etre  antérieures  de  bien  des  siècles  aux  ruines  de  Mycènes,  dont  j’ai 


i . Thiirvdide.  1,  8-10. 


OPINION  DE  L’AUTEUR  SUR  LA  GUERRE  DE  TROIE. 


4]0 


cru  pouvoir  fixer  la  date,  d’après  les  observations  faites  dans  les 
trente-quatre  puits  que  j’ai  creusés  dans  l’acropole,  en  février  1874. 
Je  pensai  donc  qu’Homère  n’avait  eu  connaissance  du  siège  et 
de  la  destruction  de  Troie  que  par  une  ancienne  tradition,  con- 
servée par  des  poètes  antérieurs,  et  qu’en  reconnaissance  de 
certaines  faveurs  dont  il  aurait  été  l’objet,  il  avait  introduit  ses 
contemporains  comme  acteurs  dans  sa  grande  tragédie.  Mais  je 
n’ai  jamais  douté  un  instant  qu’un  roi  de  Mycènes  nommé  Aga- 
memnon,  son  écuyer  Eurymédon,  une  princesse  Gassandre  et 
leurs  compagnons  n’eussent  été  tués  par  trahison,  soit  par  Égisthe 
à un  banquet,  (c  comme  un  bœuf  à la  crèche,  » selon  l’expres- 
sion d’Homère ‘,  soit  par  Giytemnestre,  dans  le  bain,  comme  le 
racontent  les  poètes  tragiques  plus  modernes^.  J’ajoutai  une  foi 
pleine  et  entière  au  récit  de  Pausanias^,  quand  il  disait  que  les 
victimes  avaient  été  enterrées  dans  l’acropole,  en  quoi  je  me  sépa- 
rais, comme  je  l’ai  déjà  dit,  de  Leake,  de  Dodwell,  de  0.  Müller, 
de  E.  Gurtius,  de  Prokesch  et  autres  explorateurs  du  Pélopon- 
nèse, qui  tous  avaient  mal  compris  le  récit  de  Pausanias  et  pen- 
saient que  les  victimes  avaient  été  ensevelies  dans  la  basse  ville. 

G’est  parce  que  j’avais  une  foi  entière  dans  la  tradition  que  j’ai 
entrepris  mes  dernières  fouilles  dans  l’acropole  et  que  j’ai  été 
amené  à la  découverte  des  cinq  tombeaux  et  de  leurs  immenses  tré- 
sors. Quoique  j’aie  trouvé,  au  point  de  vue  technique,  dans  ces 
tombeaux  les  preuves  d’une  civilisation  très-avancée,  néanmoins, 
ici  comme  à Ilion,  je  n’ai  recueilli  que  de  la  poterie  façonnée  à 
la  main  ou  de  la  très-ancienne  poterie  fabriquée  au  tour,  et  pas 
de  fer.  D’autre  part,  l’écriture  était  connue  à Troie , car  j’y  ai 
trouvé  quantité  de  courtes  inscriptions  en  caractères  cypriotes  très- 
anciens  et,  autant  que  nous  en  pouvons  juger,  dans  une  langue 
qui  est  essentiellement  la  meme  que  le  grec^;  tandis  que  nous 
avons  maintenant  la  certitude  que  l’alphabet  était  inconnu  à 
Mycènes.  S’il  avait  été  connu,  les  orfèvres  mycéniens,  toujours 

1.  Odyssée,  IV,  530-535;  XI,  100-411. 

2.  EscliyO',  Agamemnon,  1438  ; Euripide,  Oreste,  26. 

3.  Pausanias,  II,  xvi,  C.  - . 

4.  Voyez  Troie  et  ses  ruines,  pages  363-372. 


420 


LES  TOMI5ES  ROYALES  ET  1/AGORA. 


en  qiiete  de  quelque  nouvelle  décoration,  auraient  profité  avec 
empressement  de  cette  nouveauté  pour  introduire  les  caractères 
étrangers  dans  leur  ornementation.  D’ailleurs,  dans  l’antiquité 
reculée  à laquelle  se  rapportent  les  rhapsodies  homériques  et  la 
tradition  des  tombeaux  mycéniens,  il  n’y  avait  pas  encore  de  rela- 
tions commerciales  entre  les  peuples.  Personne  ne  voyageait,  sinon 
pour  accomplir  des  exploits  de  guerre  ou  de  piraterie.  Il  pouvait 
donc  y avoir  à Mycènes  une  civilisation  très-avancée  pendant  qu’à 
la  même  époque  les  arts  étaient  dans  leur  première  enfance  à 
Troie  ; mais  cela  n’empeche  pas  que  l’écriture  en  caractères 
cypriotes  ait  pu  être  usitée  à Troie  plus  de  mille  ans  avant  que 
l’alphabet  ait  été  connu  en  Grèce. 

Je  ne  vois  pas  la  moindre  objection  à admettre  l’exactitude  et  la 
vérité  de  la  tradition  qui  désigne  les  tombes  de  Tacropole  comme 
celles  d’Agamemnon  et  de  ses  compagnons,  traîtreusement  assas- 
sinés à leur  retour  d’Ilion  par  Clytemnestre  ou  par  Egistbe,  son 
amant.  J’incline  d’autant  plus  à la  croire  parfaitement  correcte, 
que  nous  savons  avec  certitude,  pour  ne  rien  dire  de  plus,  que  les 
corps  de  chaque  tombeau  ont  été  ensevelis  en  même  temps  : ce  fait 
est  prouvé  jusqu’à  l’évidence  par  cette  circonstance  que  les  cailloux 
sont  calcinés  sous  chacun  des  morts,  que  le  feu  a laissé  des  traces 
à droite  et  à gauche  sur  les  murs  intérieurs  des  tombeaux,  que  les 
cendres  étaient  encore  en  l’état  ainsi  que  le  bois  carbonisé  sur  les 
corps  et  autour  d’eux.  Si  l’on  considère  l’énorme  profondeur  des 
tombeaux  et  le  peu  de  distance  qui  sépare  les  corps,  on  verra 
qu’il  est  impossible  que  Tenait  dressé  trois  et  surtout  cinq  bûchers 
dans  le  même  tombeau,  à des  époques  dilférentes. 

L’identité  du  mode  d’ensevelissement,  la  parfaite  ressemblance 
de  toutes  les  tombes,  qui  sont  en  outre  si  voisines  Tune  de  l’autre, 
l’impossibilité  d’admettre  que  trois  et  surtout  cinq  personnages 
d’une  immense  richesse,  qui  seraient  morts  de  mort  naturelle 
à de  longs  intervalles,  auraient  été  jetés  pêle-mêle  dans  la  même 
tombe;  et,  enfin,  la  grande  ressemblance  entre  tous  les  ornements, 
qui  sont  exactement  du  même  style  et  de  la  même  époque  ; tous  ces 
faits  sont  autant  de  preuves  que  les  douze  hommes,  les  trois  femmes 


VÉRACITÉ  DE  LA  TRADITION.  421 

et  probablement  deux  ou  trois  enfants,  avaient  été  assassinés  et 
brûlés  ensemble. 

La  véracité  de  la  tradition  semble  encore  confirmée  par  la  véné- 
ration que  non-seulement  les  Mycéniens,  mais  encore  les  habitants 
de  l’Argolide  ont  toujours  témoignée  pour  ces  cinq  tombeaux.  Les 
bûchers  funéraires  n’étaient  pas  encore  éteints  quand  on  les  a 
recouverts  d’une  couche  d’argile,  puis  d’un  lit  de  cailloux,  sur 
lequel  on  a immédiatement  jeté  de  la  terre.  C’est  à cette  circon- 
stance que  nous  devons  la  conservation  d’une  si  grande  quantité 
de  bois,  et  aussi  celle  des  corps,  qui  est  relativement  si  satisfai- 
sante. Dans  aucun  cas  les  os  n’ont  été  consumés,  et  meme  dans 
plusieurs  corps  qui  étaient  recouverts  de  masques  et  d’épaisses 
cuirasses  d’or,  une  grande  partie  de  la  chair  s’est  conservée. 
L’emplacement  de  chaque  tombeau  était  indiqué  par  des  stèles 
funéraires,  et  quand  les  premières  eurent  disparu,  ensevelies  sous 
la  poussière  des  siècles,  on  en  érigea  d’autres  sur  le  nouveau  ter- 
rain, et  toujours  au-dessus  de  l’endroit  oû  les  anciens  monuments 
étaient  enfouis.  Sur  le  grand  tombeau  seulement,  celui  qui  con- 
tient les  cinq  corps,  on  avait  élevé,  au  lieu  de  stèles,  un  autel 
pour  les  sacrifices,  de  forme  presque  circulaire. 

Gomme  je  l’ai  expliqué  précédemment,  le  premier  tombeau, 
selon  toute  apparence,  avait  été  décoré  d’un  monument  considé- 
rable, d’oû  proviennent  les  trois  stèles  ornées  de  bas-reliefs;  ces 
trois  stèles  en  ont  été  probablement  tirées  pour  être  érigées  sur  le 
nouveau  terrain. 

J’avais  pris  d’abord  pour  des  pierres  sépulcrales,  destinées  à 
indiquer  des  sépultures,  chacune  des  grandes  dalles  de  la  double 
rangée  circulaire  qui  forment  l’enceinte  et  les  bancs  de  l’agora  ; 
mais  il  n’en  était  rien.  Il  n’y  a réellement  de  tombeaux  ni  entre  les 
deux  rangées,  ni  h leur  droite,  ni  à leur  gauche.  Les  douze  réci- 
pients quadrangulaires  en  Ibrme  de  tombeaux,  qui  forment  une 
partie  de  la  clôture  de  l’agora  (côté  nord)  ne  sont  pas  autre  chose 
que  des  petits  réservoirs  ou  citernes.  Je  les  ai  trouvés  remplis  de 
débris  domestiques  et  d’os  d’animaux.  Dans  tous  les  cas,  fagora 
semble  avoir  été  construite  en  l’honneur  des  morts  qui  avaient  été 


m 


LES  TOMBES  ROYALES  ET  L’AGORA. 


enterrés  dans  les  cinq  tombeaux,  mais  évidemment  à une  époque 
postérieure,  quoique  cette  époque  ait  certainement  précédé  de 
plusieurs  siècles  la  prise  de  Mycènes  par  les  Argiens.  Ce  qui  me 
porte  à faire  cette  induction,  c’est  l’architecture  irrégulière  et  peu 
soignée  du  mur  cyclopéen  qui  supporte  la  double  rangée  de  dalles, 
dans  la  partie  inférieure  de  l’acropole,  et  le  nombre  de  dalles  sem- 
blables à celles  de  l’enceinte  que  l’on  voit  dans  ce  mur. 

Voici  encore  une  autre  preuve;  entre  les  pierres  du  mur^de 
même  qu’entre  les  deux  rangées  circulaires  de  dalles  qui  forment  la 
clôture  et  les  bancs  de  l’agora,  de  même  que  dans  les  citernes  en 
forme  de  tombeaux,  je  ne  rencontre  que  des  fragments  de  la 
poterie  ordinaire  de  Mycènes,  et  aucune  trace  de  l’ancienne  poterie 
façonnée  à la  main  ou  faite  au  tour  que  j’ai  trouvée  dans  les  tombes 
royales.  Je  crois  donc  très-probable  que  l’agora  a été  construite  en 
même  temps  que  l’on  posait  de  nouvelles  stèles  sur  le  premier,  le 
second,  le  troisième  et  le  quatrième  tombeau,  et  que  l’on  construi- 
sait l’autel  destiné  aux  sacrifices  sur  le  quatrième  tombeau;  je 
pense  que  ce  renouvellement  des  stèles  a eu  pour  cause  l’immense 
enthousiasme  excité  parmi  le  peuple  pour  les  héros  de  Y Iliade  et  de 
Y Odyssée  par  les  rhapsodes,  quand  ils  s’en  allaient  de  maison  en 
maison  chantant  les  hymnes  homériques.  Très-probablement  les 
glorieux  exploits  du  roi  des  hommes,  Agamemnon,  et  de  ses  compa- 
gnons furent  fréquemment  célébrés  à Mycènes,  dans  l’agora  où 
étaient  leurs  tombeaux.  Je  ferai  observer  que,  tandis  que  toute 
l’acropole  est  couverte  de  ruines  de  murs  de  maisons  cyclopéens, 
il  n’y  a pas  trace  d’une  construction  préhistorique  dans  l’enceinte 
sacrée  de  l’agora  circulaire. 

Mais,  néanmoins,  les  décombres  continuaient  à s’accumuler,  et 
dans  la  suite  des  temps  les  nouvelles  stèles  et  l’agora  elle-même 
furent  enfouies  et  disparurent,  tandis  que  les  habitants  gardaient 
toujours  le  souvenir  de  l’emplacement  des  tombeaux.  Je  crois  donc 
que,  malgré  les  changements  survenus  dans  la  configuration  du 
terrain,  on  peut  admettre  comme  un  fait  certain  que  l’agora  con- 
tinua à servir  de  lieu  d’assemblée  à la  nation  jusqu’à  la  prise  de 
Mycènes  par  les  Argiens  (468  av.  J. -G.).  Il  y avait  à cela  deux 


DATE  DE  L’AGORA. 


423 

raisons  : d’abord  les  Mycéniens  étaient  attachés  à cette  enceinte 
sacrée  par  les  souvenirs  les  mieux  faits  pour  toucher  leur  cœur 
et  flatter  leur  orgueil;  ensuite  parce  que  c’était  le  plus  bel  empla- 
cement de  toute  la  cité,  parce  que  de  là  le  peuple  assemblé  avait 
sous  les  yeux  non-seulement  la  basse  ville,  mais  encore  la  plaine 
tout  entière,  avec  Argos,  Tirynthe,  Nauplie  et  le  magnifique  golfe 
de  Nauplie.  Il  est  donc  également  certain  que  jusqu’à  l’an  468  avant 
Jésus-Christ  l’agora  demeura  en  bon  état,  et  que  l’accumulation 
des  décombres  commença  seulement  après  que  les  Mycéniens 
eurent  été  contraints  d’émigrer.  Je  crois  avoir  prouvé  par  les  cita- 
tions tirées  d’Euripide  ‘ que  ce  poète  doit  nécessairement  avoir 
visité  Mycènes  ; car  il  avait  été  frappé  du  caractère  particulier  de 
l’architecture  de  ses  murailles  cyclopéennes  ; il  connaissait  très- 
bien  l’agora  située  dans  l’acropole,  et  il  n’ignorait  pas  que  tout  près 
de  l’agora  se  trouvait  l’édifice  qui  a été  mis  à découvert  par  mes 
fouilles  et  que  la  tradition  désignait  comme  le  palais  des  rois.  Aux 
témoignages  précédents  on  peut  ajouter  le  passage  où  le  messager 
dit  à Oreste,  « même  en  pénétrant  dans  l’intérieur  des  murs  (de 
l’acropole)  tu  ne  pourrais  » (tuer  Égisthe)^;  et  encore  le  passage 
où  le  messager  dit  à un  des  personnages  qu’  « il  vient  rarement  à 
la  ville  (Mycènes)  et  dans  le  cercle  de  l’agora  » 

Le  premier  de  ces  deux  passages  nous  donne  une  nouvelle  preuve 
^u’Euripide  savait  que  le  palais  d’Égisthe  était  dans  l’acropole  ; le 
second  prouve  une  fois  de  plus  que  le  poète  savait  que  l’agora  était 
de  forme  circulaire.  Voici  encore  un  passage  qui  nous  semble  prouver 
qu’Euripide  connaissait  Mycènes  : ((  Je  vois  le  peuple  venir  et  s’asseoir 
sur  la  hauteur  (évidemment  l’acropoley  où,  selon  la  tradition, 
Danaos  pour  la  première  fois  assembla  le  peuple  sur  des  sièges 
communs,  quand  il  fut  mis  en  jugement  pour  le  crime  dont  Ægyptos 


1.  Iphigénie  en  Tauride,  845;  Iphigénie  à Aulis,  152  et  1 498-1  499;  Hercule  furieux,  94  4; 
Oreste,  1246-47  ; les  Trogennes,  1088  ; Éleclre,  710-712  et  I 158. 

2.  Electre,  615  : . . 

9'^'^  èX6wv  evxbç  ouosv  av  aOfvoi:. 

3.  Oreste,  919  : 

’Oiydcxt;  a-TTu  xxyopîç  ypaivwv  xuxXov. 


l.ES  TOMBES  ROYALES  ET  L’AGORA. 


42  i 

demandait  vengeance ))  M.  Newton  pense  que  le  poëte  parle  ici 
d’Argos,  et  on  est  tenté  d’abord  de  le  croire  en  voyant  les  noms 
d’Ægyptos  et  de  Danaos,  qu’aucune  tradition  ne  fait  venir  à 
Mycènes,  et  en  se  souvenant  que  les  murs  de  l’acropole  d’Argos 
étaient  attribués  à Danaos.  Mais,  après  avoir  lu  tout  ce  qui  pré- 
cède, je  crois  que  ce  passage  ne  peut  absolument  se  rapporter  qu’à 
l’acropole  de  Mycènes.  Du  reste,  quoi  qu’il  en  soit,  il  nous  montre 
une  fois  de  plus  que,  dans  l’agora,  le  peuple  était  assis. 

Il  est  impossible  de  dire  combien  d’années  après  la  prise  de 
Mycènes  par  les  Argiens  (468  av.  J. -G.)  Euripide  visita  cette  ville. 
Euripide  était  né  en  480  et  mourut  en  402  avant  Jésus-Christ. 
Mais  les  détails  très-précis  qu’il  nous  donne  sur  l’agora,  ainsi  que 
ses  allusions  au  palais,  semblent  prouver  clairement  qu’il  a vu  ces 
monuments  et  que  par  conséquent  ils  n’étaient  pas  encore  complè- 
tement enfouis  sous  les  décombres  quand  il  visita  l’acropole.  D’un 
autre  côté,  mes  fouilles  ont  prouvé  que  l’agora  était  déjà  couverte 
d’une  épaisse  couche  de  décombres  quand  la  cité  grecque  posté- 
rieure fut  bâtie  par-dessus;  et  pour  les  différentes  raisons  que  j’ai 
fournies^  il  est  certain  que  la  nouvelle  ville  fut  bâtie  environ  400  ans^ 
avant  Jésus-Christ.  Mais,  comme  tous  les  décombres  qui  couvraient 
l’agora  ne  pouvaient  y avoir  été  déposés  que  par  les  pluies  qui 
les  avaient  amenés  des  cinq  terrasses  naturelles  ou  artificielles  de  la 
partie  supérieure  de  l’acropole,  nous  sommes  conduits  à conclure 
que  quand  Euripide  visita  Mycènes,  il  était  encore  tout  jeune,  et 
que  c’était,  par  conséquent,  peu  de  temps  après  la  prise  de  la  ville  ; 
si  l’on  plaçait  son  voyage  plus  tard,  on  ne  pourrait  s’expliquer  qu’en 
l’an  400  avant  Jésus-Christ  l’accumulation  des  décombres  fût  si 
considérable. 

Mais,  quoique  les  tombes  fussent  profondément  enfouies  au- 
dessous  de  la  nouvelle  ville,  les  habitants  de  l’Argolide  se  souve- 
naient très-bien  de  l’emplacement  de  chacune  d’elles.  Après  une 

1.  Oreste,  871-873  : 

aipi)  ô’  o'/\ov  r7T£:-/0VTa  xai  0a(7'7OVT’  axpav 
ou  (parti  TipwTov  Aavaov  AcyuTTTo)  otxa? 
oloovt’  aOpoîo'a'.  >.aov  eîç  xoivàç  êopac. 

2.  Chapitre  III,  page  109. 


TOMBEAUX  DE  MYCÈXES. 


durée  d’environ  deux  cents  ans,  la  nouvelle  cité,  pour  une  cause 
inconnue,  fut  de  nouveau  abandonnée,  et  cette  fois  pour  toujours. 
Malgré  cela,  la  tradition  se  conserva  si  fidèlement,  qu’environ 
quatre  cents  ans  après  la  destruction  de  la  ville,  on  montra  k Pau- 
sanias  remplacement  de  chacun  des  tombeaux.  Bien  plus,  l’intérêt 
que  les  habitants  du  Péloponnèse  portaient  k ces  sépultures  était 
encore  tel,  seize  ou  dix-huit  siècles  après  la  mort  tragique  d’Aga- 
memnon  et  de  ses  compagnons,  que  les  Lacédémoniens  d’Amyclées 
disputaient  aux  Mycéniens  l’honneur  de  posséder  le  tombeau  de 
Cassandre,  qu’ils  croyaient  avoir  dans  leur  cité.  Quoi  qu’il  en 
soit,  Pausanias  ^ dit  que  les  Amycléens  avaient  dans  leur  village  le 
sanctuaire  et  la  statue  d’Alexandra  qui  pour  eux  était  le  meme 
personnage  que  Cassandre. 

Les  cinq  tombeaux  de  Mycènes,  ou  tout  au  moins  trois  d’entre 
eux,  contenaient  des  trésors  si  considérables , qu’ils  ne  peuvent 
être  attribués  qu’k  des  membres  de  la  famille  royale.  Mais  la 
période  des  rois  de  Mycènes  appartient  k une  antiquité  très-reculée. 
Il  n’y  eut  plus  de  rois  k Mycènes  k partir  de  l’invasion  dorienne, 
dont  on  a toujours  fixé  la  date  k 1104  avant  Jésus-Christ.  Thucydide 
dit  que  l’invasion  dorienne  eut  lieu  quatre-vingts  ans  après  la 
guerre  de  Troie,  et  jusqu’ici  on  a toujours  supposé  que  cette  guerre 
s’était  terminée  en  1184  avant  Jésus-Christ.  Mais,  d’accord  avec 
tous  les  archéologues,  je  persiste  k conclure,  d’après  le  témoi- 
gnage des  monuments  de  Troie,  que  la  prise  et  la  destruction  de 
cette  ville,  et  par  conséquent  l’invasion  dorienne,  doivent  avoir  eu 
lieu  k une  date  bien  antérieure. 

On  a objecté  qu’il  était  impossible  que  ces  tombeaux  fussent 
ceux  d’Agamemnon,  d’Eurymédon,  de  Cassandre  et  de  leurs  com- 
pagnons, par  la  raison  que  ces  personnages  avaient  été  tués  par 
leurs  ennemis  Égisthe  et  Clytemnestre  ; que  ces  ennemis  ayant 
usurpé  le  pouvoir  ne  les  auraient  pas  enterrés  et  n’auraient  pas 
permis  k d’autres  de  les  enterrer  avec  d’immenses  trésors.  Mais 
cette  objection  tombe  devant  le  témoignage  d’Homère.  Il  dit,  en 

1.  Pausaiiias,  lll,  xrx,  G, 


i; 


m 


LES  TOMBES  ROYALES  ET  L’AGORA. 


effet,  que  même  “celui  qui  tuait  son  ennemi  le  brûlait  avec  son 
armure  complète  et  toutes  ses  armes.  Ainsi,  par  exemple,  Andro- 
maque  dit  à Hector^  : ce  Je  n’ai  plus  mon  père  ni  mon  auguste  mère. 
Le  divin  Achille,  après  avoir  dévasté  la  célèbre  ville  des  Gilieiens, 
Thèbes  aux  superbes  portes,  tua  mon  père  Èétion.  Mais  une  crainte 
religieuse  lui  défendit  d’enlever  ses  dépouilles.  Il  brûla,  dans  ses 
armes  merveilleuses,  le  corps  du  roi;  et,  sur  lui,  il  éleva  une 
tombe...  ))  (Traduction  Giguet.) 

Il  suffit  de  lire  Homère  pour  voir  que  c’était  l’usage  dans  les 
temps  héroïques  d’enterrer  avec  les  morts  les  objets  qu’ils  avaient 
aimés  pendant  leur  vie.  L’ombre  d’Elpénor  demande  à Ulysse  d’en- 
terrer son  corps  avec  ses  armes,  et  d’élever  un  tertre  par-dessus”. 
Selon  Scylax  {Périple ^ 8),  on  montrait  ce  tombeau  d’Elpénor  dans 
le  Latium. 

Mon  honorable  ami,  le  professeur  Sémitèlès  me  rappelle  qu’Ajax, 
dans  la  tragédie  de  Sophocle,  demanda  à être  enterré  avec  ses 
armes 

Il  semble  donc  que  les  meurtriers,  en  enterrant  les  quinze  per- 
sonnages royaux  avec  d’immenses  trésors,  ne  faisaient  que  se  con- 
former à un  antique  usage  et  par  conséquent  accomplir  un  devoir 
sacré.  On  ne  peut  conserver  là-dessus  l’ombre  d’un  doute,  si  l’on 

, 1.  Iliade,  VI,  413-419  : 

....  O'jôé  [xoi  euTi  Ttarrip  xa'i  TioTVia 
7]T0t  yàp  TtaTsp’  à[xov  à:iéxTavs  otoç 
èx  Ô£  TioXiv  Tcipaev  KtXixwv  e'jvaiSTawaav, 

0r,ê-/iv  6<|'t7r'j)vOV  • xaxà  o’  exxavsv  ’Hexteova 

oùSs  [jLiv  è^Evapt^s  • crEoàao-axo  yàp  xoys  6u[X(ü  • . . . 

hXn  apoL  [xiv  xaxlx-/)£  aùv  EVXEdt  oatSaXEotatv, 

V]i5’  £Tc\  aîîpi.’ 

- 2.  Odyssée,  XI,  72-76  ; 

My]  [jl’  àxàauxov,  ctSauxov,  Iwv  ô'tciôev  xàxaXEtTie'.v 
vocrçiaÔElç,  [x-rj  xoi  xi  Ôe&v  [x-^vt[xa  yÉvwjxaf 
àXXà  [X£  xaxxeîai  <tÙv  xeu^stiv,  àcraa  [xot  laxtv, 
crr)[j.a  xé  [xot  TioXir]?  Èm  9iv\  0aXà<7<7/];. 

« Ne  la  quitte  pas  (l’ile  d’Éa)  pour  continuer  ta  route,  sans  pleurer  sur  moi,  sans  m’inlmmer,  de 
peur  que  je  ne  devienne  pour  toi,  de  la  part  des  dieux,  un  sujet  de  colère;  mais  fais-moi  brèler 
avec  toutes  mes  armes,  élève-moi  une  tombe  au  bord  de  la  mer.  » (Trad.  Giguet.) 

3.  Soph.,  Ajax,  555  : 

Tà  ô’  àXXa  T£'J)(y;  xotv’  £p,o\  x£0à'|'£xat. 

« On  enterrera  mes  autres  armes  avec  moi.  » 


SÉPULTURE  IGNOMINIEUSE  IVAGAMEMNON.  i27 

relit  le  pasStTge  d’Homère  [Od.,  III,  306-310)  où  Oreste,  après 
avoir  tué  les  assassins  de  son  père  Agamemnon,  Clytemnestre  et 
Égisthe,  leur  fait  des  obsèques  solennelles  et  offre  au  peuple  un 
banquet  funéraire. 

D’un  autre  côté,  la  coutume  de  l’époque  semble  avoir  laissé  pleine 
et  entière  liberté  aux  meurtriers  de  donner  au  tombeau  la  forme 
qu’il  leur  plairait,  et  à la  cérémonie  le  caractère  qu’ils  voudraient; 
voilà  pourquoi  ils  rendirent  l’un  et  l’autre  aussi  ignominieux  que 
possible.  Aussi  les  tombeaux  ne  sont-ils  que  des  trous  profonds 
dont  la  forme  quadrangulaire  est  irrégulière  et  mal  dessinée;  et 
les  victimes  royales  y furent  jetées  pele-mêle  trois  et  même  cinq 
ensemble,  elles  furent  brûlées  au  fond  même  des  tombeaux, 
mais  à distance  les  unes  des  autres  pour  empêcher  les  osse- 
ments de  se  mêler. 

Je  partage  complètement  l’opinion  de  M.  Newton,  et  je  pense  avec 
lui  que  les  cinq  immenses  et  magnifiques  trésors  de  la  basse  ville  et 
du  faubourg  sont  nécessairement  beaucoup  plus  anciens  que  les 
cinq  tombes  royales  de  l’acropole.  Si  donc  nous  songeons  que  ces 
princes,  qui  se  servaient  de  ces  magnifiques  palais  souterrains  pour 
y conserver  leurs  richesses  ont  été  jetés , comme  des  animaux 
immondes,  dans  de  misérables  trous,  nous  trouverons  dans  cette 
forme  ignominieuse  d’ensevelissement  un  puissant  argument  en 
faveur  de  la  tradition;  nous  penserons  qu’elle  est  vraie  quand  elle 
désigne  ces  tombeaux  comme  ceux  d’Agamemnon,  roi  des  hommes, 
et  de  ses  compagnons  traîtreusement  mis  à mort  par  Égisthe  et  par 
Clytemnestre,  à leur  retour  d’Ilion.  . • 

Le  professeur  Paley  me  rappelle  une  remarque  d’une  excellente 
helléniste,  A.  Swanwick,  qui  a donné,  entre  autres  traductions, 
celle  de  l’Or^^/^c  d’Eschyle.  Swanwick  a déjà  fait  observer  que, 
selon  la  tradition  antique,  Agamemnon  fut  enseveli  en  silence,  et 
avec  ignominie.  Le  même  ami  appelle  aussi  mon  attention  sur  les 
passages  suivants  des  poètes  tragiques  pour  montrer  qu’ils  sont  tous 
d’accord  sur  ce  point.  Ainsi  nous  lisons  dans  Eschyle  : ce  C’est  par 
nos  mains  qu’il  est  tombé  et  qu’il  est  mort,  et  c’est  nous  qui  l’en- 
terrerons sans  qu’il  soit  honoré  des  lamentations  de  ceux  de  sa 


428 


LES  TOMBES  ROYALES  ET  L’AGORA. 


maison  ^ » Nous  voyons  continuellement  dans  Homère  que  les 
lamentations  des  jjarents  et  de  ceux  qui  appartiennent  h la 
maison  sont  considérées  comme  un  honneur  absolument  dû  au 
mort  et  une  cérémonie  nécessaire  h son  repos.  Par  exemple,  nous 
lisons  dans  Ylliade^  : ((  A ces  mots,  elle  (Briséis)  sanglote,  et  les 
autres  captives  gémissent,  en  apparence  sur  Patrocle,  mais  réelle- 
ment sur  leurs  propres  malheurs.  » (Trad.  Giguet.) 

Nous  lisons  encore  dans  Eschyle  : ce  O mère  insolente,  ce  sont 
les  funérailles  d’un  ennemi  que  tu  as  osé  faire  à ton  seigneur; 
roi,  il  a été  privé  des  larmes  des  citoyens;  époux,  de  celles  de 
son  épouse ^ » Et  plus  loin  : ce  O mon  père,  toi  qui  n’es  pas  mort  en 
roi  h ))  Sophocle  dit  : ce  Après  l’avoir  assassiné  ignominieusement 
comme  un  ennemi,  elle  a mutilé  son  corps ))  Et  Euripide  : ce  Oui, 
comme  un  criminel,  tu  seras  enterré  ignominieusement  de  nuit, 
et  non  à la  lumière  du  jour 'h  » 

Je  ferai  observer  ici  que  Eschyle  n’a  probablement  janiais  visité 
Mycènes,  car  il  s’imaginait  que  le  tombeau  d’Agamemnon  avait  la 
forme  d’un  tertre”^  : ((  Sur  le  tertre  de  son  tombeau,  je  crie  à mon 
père  de  m’entendre.  » 

Le  témoignage  de  différents  auteurs  classiques  prouve  que  c’était 

1 . Agamemnon,  1552-1554  : 

Upbç  Tip.ôjV 

xauTrecrev,  xatOavs,  'fjtxs'îç  xa\  xaTaOâ'|io[X£V 
où'/  U 7:0  xXxuOp.a)V  Tu)V  olxwv. 

2.  Iliade,  XIX,  301-302  : 

‘ü;  ïcpaxo  xXato'Jo-’  • £tc\  0£  (7T£va/ovTo  yuv^.îxî:, 

Haxpoxbov  7ip6:paa-tv,  o-eptov  0’  aÙTwv  xr|b£’  ixifJTq. 

3.  Choëphores,  430-433  : 

UaVToX[JL£  [JlàT£p,  oatatç  £V  Ex'fopxîç 
av£u  TcoXiTàv  àvaxt’, 
av£u  ôà  7r£vO-/][xâT(ov 
Exbaç  àvotp-wxTov  avùpa  Oa'j/at 

4.  IbuL,  479  ; 

UetTEp,  TpoTTocaev  OU  Tupavvcxotç  Oavcbv. 

5.  Élecire,  444  : 

Oavà)V  àTt[XOÇ,  (loOTE  ôu(7[X£VyiÇ, 

ÈpLacr/aXtaOy]. 

0.  Troijennes,  446  : 

~H  xaxbç  xaxw;  rap-z^aEi  vuxxb;,  oùx  ev  vi[xÉpa. 

7.  Choëphores,  4 ; 

Tù[x6ou  ô’  eu’  ô/0(j)  T(j)5£  x-/]pua-aw  TiaTp'c 

xXuEtV. 


(UHiirME  1)’E.\SEVELIU  AVEC  DES  TRESOHS. 


Tusage,  dans  une  antiquité  reculée,  d’enterrer  les  rois  avec  leurs 
trésors.  Nous  voyons,  par  exemple,  dans  Diodore  de  Sicile  \ que 
Sardanapale,  dernier  roi  d’Assyrie,  fit  élever  dans  une  de  scs  cours 
un  immense  bûcher,  sur  lequel  il  se  brûla  lui-méme,  avec  tousses 
trésors,  ses  ornements  royaux,  scs  femmes  et  ses  eunuques. 

D’un  autre  côté,  nous  lisons  dans  Hérodote  - : « Cette  même  reine, 
Nitocris,  imagina  la  tromperie  que  voici.  Au-dessus  de  la  porte  la 
plus  fréquentée  de  la  ville  (Babylone),  elle  se  fit  construire  un  tom- 
beau, qui  faisait  saillie  sur  la  partie  supérieure  de  la  porte.  Sur  ce 
tombeau  elle  fit  graver  l’inscription  suivante  : ce  Parmi  les  rois  de 
))  Babylone,  mes  successeurs,  celui  qui  se  trouvera  dans  un  pres- 
» sant  besoin  d’argent  n’aura  qu’à  ouvrir  le  tombeau  et  pourra  y 
» prendre  autant  d’argent  qu’il  voudra;  mais  qu’il  ne  l’ouvre  pa^^ 
))  sans  avoir  réellement  besoin  d’argent  : autrement  il  ne  s’en 
» trouvera  pas  bien.  )>  Le  tombeau  resta  intact  jusqu’au  règne  de 
Darius.  Mais  ce  prince  était  irrité  de  ne  pouvoir  jamais  passer  sous 
cette  porte  et  de  ne  pouvoir  mettre  la  main  sur  les  trésors  qui 
étaient  dans  le  tombeau  et  qui  semblaient  cependant  l’inviter  à les 
prendre.  S’il  ne  pouvait  passer  sous  cette  porte,  c’est  qu’en  la 
franchissant  il  aurait  eu  un  corps  mort  au-dessus  de  la  tête.  Or, 
s’étant  décidé  à ouvrir  ce  tombeau,  il  n’y  trouva  point  de  trésors, 
mais  seulement  le  corps  de  la  reine  et  l’inscription  suivante  : 
c(  Si  tu  n’étais  pas  insatiable  et  avide  de  trésors,  tu  n’aurais  pas 
))  ouvert  les  tombeaux  des  morts.  )) 

Ce  récit  d’Hérodote  prouve  deux  choses  : la  première,  c’est  que 
l’usage,  à Babylone,  était  d’enterrer  les  morts  de  race  royale  avec 
leurs  trésors;  la  seconde,  c’est  qu’une  crainte  religieuse  empêchait 
de  piller  les  tombeaux. 

Nous  lisons  encore  dans  Diodore^  : ((  Lorsque  Pyrrhus  eut  pillé 
Ægéæ,  qui  était  la  résidence  des  rois  macédoniens,  il  y laissa  les 
Galates.  Ayant  ouï  dire  que,  d’après  une  ancienne  coutume,  on  en- 
terrait avec  les  morts  des  trésors  considérables  dans  les  tombeaux 

1.  Il,  21-28. 

2.  I,  187. 

3.  lY,  22,  23. 


43Û 


LES  TOMBES  ROYALES  ET  L’AGORA. 


des  rois,  les  Galates  fouillèrent  tous  les  tombeaux,  les  mirent  au 
pillage,  se  partagèrent  les  trésors  et  jetèrent  les  os  des  morls. 
Pyrrhus  les  réprimanda  de  cet  acte  sacrilège,  mais  il  ne  les  punit 
pas,  parce  qu’il  avait  besoin  de  leurs  services  pour  ses  guerres.  » 
Nouvelle  preuve  que  c’était  aussi  en  Macédoine  une  ancienne  cou- 
tume d’enterrer  des  trésors  avec  les  morts  de  race  royale  et  qu’une 
crainte  religieuse  protégeait  ces  trésors  contre  les  voleurs  ; en  effet, 
il  était  depuis  longtemps  de  notoriété  publique  que  ces  tombeaux 
renfermaient  des  trésors,  et  cependant  personne  n’avait  osé  les 
piller. 

Il  me  semble  que  la  présence  du  mot  Tvij£o)pv)(^oç  (pilleur  ou 
voleur  de  tombeaux)  dans  la  langue  grecque  prouve  jusqu’à  l’évi- 
dence que  les  Grecs  enterraient  des  trésors  dans  les  tombeaux, 
puisqu’on  avait  créé  un  mot  spécial  pour  désigner  ceux  qui  vio- 
laient les  sépultures  afin  de  voler  les  trésors. 

Je  rappellerai  ici  au  souvenir  du  lecteur  les  riches  trésors  de  vases 
d’or  et  d’argent,  de  bijoux,  de  vaisseaux  et  de  vases  de  bronze,  etc., 
si  savamment  travaillés,  que  l’on  a récemment  découverts  en  Italie, 
à Palestrina  (l’ancienne  Préneste),  et  que  l’on  fait  remonter  au 
septième  siècle  avant  Jésus-Christ,  époque  où  l’influence  de  la  civili- 
sation et  de  l’industrie  orientale  dominait  dans  l’Étrurie  et  dans  le 
Latium  avant  que  ces  contrées  eussent  subi  l’ascendant  du  génie 
hellénique.  C’est  l’époque  où  les  deux  courants  du  luxe  et  des  idées 
d’Assyrie  et  d’Égypte  avaient,  en  se  mêlant  ensemble,  produit  leur 
effet  sur  le  développement  de  l’art.  Ils  avaient  pris  leur  cours  vers 
les  pays  de  l’Occident,  grâce  aux  artistes  et  aux  trafiquants  phéni- 
ciens qui  y apportaient  leurs  productions,  décorées  d’après  les 
idées  qu’ils  avaient  reçues  d’une  part  des  bords  de  l’Euphrate  et, 
d’autre  part,  des  rives  du  Nil. 

J’appelle  aussi  l’attention  sur  le  tombeau  de  Corneto;  les  objets 
qu’on  y a découverts  ont  été,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  transportés 
au  musée  de  Berlin.  Ce  tombeau,  qui  remonte  à une  époque  où 
l’influence  de  la  civilisation  grecque  ne  s’était  pas  encore  fait  sentir 
enitalie,  par  conséquent  antérieure  au  septième  siècle  avant  Jésus- 
Christ,  contenait  non-seulement  l’armure  et  les  armes  d’un  riche 


COUTUME  D’ENSEVELIR  AVEC  DES  TRÉSOUS. 


4:11 

guerrier,  mais  encore  un  assortiment  complet  d’o?jjets  domestiques, 
cliaudronsde  cuivre,  vases  à boire,  etc.  Je  n’ai  pas  besoin  de  rappe- 
ler au  lecteur  que  c’était  l’usage  dans  l’ancienne  Égypte  d’enterrer 
les  morts  avec  leurs  trésors,  puisque  la  plupart  des  collections 
d’antiquités  égyptiennes  du  monde  entier  proviennent  de  tombeaux 
égyptiens. 

Mon  savant  ami,  le  docteur  Karl  Blind,  dans  son  excellente  bro- 
chure intitulée  : DeTiisage  de  brûler  les  morts  (Fire  Burial),  cite  la 
loi  Scandinave  d’Odin  dont  voici  la  teneur  : ce  Odin  ordonna  de 
briller  les  morts  et  d’apporter  sur  le  bûcher  funéraire  tout  ce  qui 
leur  avait  appartenu.  Il  dit  que  chacun  arriverait  au  Walhalla  avec 
toutes  les  richesses  que  l’on  aurait  pu  entasser  sur  son  bûcher  et 
qu’il  jouirait  aussi  dans  le  Walhalla  de  tout  ce  qu’il  aurait  caché 
dans  la  terre.  Les  cendres  seraient  jetées  à la  mer  ou  profondé- 
ment enterrées  dans  le  sol  ; pour  les  hommes  illustres  seulement 
on  élèverait  un  tertre  qui  perpétuerait  leur  mémoire.  » 

Dans  la  même  brochure,  le  docteur  Blind  donne  la  description 
des  funérailles  de  Beowulf,  pour  prouver  que  c’était  aussi  l’usage, 
chez  les  Anglo-Saxons,  de  brûler  les  morts  avec  des  trésors. 

((  Les  hommes  de  Geatland  lui  élevèrent  alors  un  large  bûcher, 
très-solidement  construit;  ils  l’ornèrent  de  casques  et  y suspen- 
dirent des  boucliers  de  guerre  et  des  armures  brillantes,  comme  il 
le  leur  avait  commandé.  Ces  héros  en  deuil  placèrent  au  milieu 
leur  chef  puissant,  leur  seigneur  bien-aimé.  » 

Nous  avons  donc  la  preuve  que  dans  une  antiquité  reculée  c’était 
l’usage  à Babylone,  en  Égypte,  en  Italie,  en  Macédoine,  en  Scan- 
dinavie et  en  Germanie  d’enterrer  les  riches  avec  leurs  trésors,  et 
mes  fouilles  ont  prouvé  que  cet  usage  existait  aussi  à ^lycènes  au 
temps  des  Atrides. 


Fig.  528.  — Coupe  d’or  {Si-7.ç  ô.nsiy.ù-^iXKo'/)  avec  des  anses  orne'es  de  têtes  de  chien. 
Tombeau  situé  au  sud  de  l’agora.  A la  moitié  de  la  grandeur  réelle. 


CHAPITRE  XI 

TRÉSOR  DU  TOMBEAU  SITUÉ  AU  SUD  DE  l’aGORA. 


découverte  et  description  d’un  autre  tombeau  situé  dans  l’acropole  au  sud  de  l’agora.  — Ld 
maçonnerie  cyclopéenne  de  ses  parois  ressemble  à celle  des  cinq  autres  tombeaux.  — Bijoux 
d’or  trouvés  dans  ce  tombeau.  — Gobelets  à deux  anses.  — Coupe  d’or  sans  ornements  (çiriD.r,). 

Spirales  et  anneaux  en  fils  d’or  et  d’argent  semblables  à ceux  des  tombeaux  égyptiens. 
— Bague  à cachet  couverte  d’intailles.  — Description  complète  du  cachet.  Les  objets  qui 
protègent  les  figures  des  femmes  prouvent  que  les  masques  n’étaient  pas  réservés  unique- 
ment pour  les  morts.  — Figure  destinée  à représenter  un  palladium.  — Six  autres  ligures 
grossières  qui  ressemblent  à des  idoles  troyennes.  — Elles  rappellent  le  k casque  corinthien  » 
d’Atbènè.  — Le  travail  de  cet  anneau  fait  songer  à la  description  du  bouclier  d’Achille  dans 
Homère.  Opinion  do  M.  Sayee. — Bague  à cachet  plus  petite  avec  quatre  palladia  et  trois  idoles 
de  Hèra.  — Un  beau  lion  en  or  massif. — Coulants  d’or  provenant  d’un  collier. — Os  d’animaux 
trouvés  dans  cette  tombe. Les  restes  humains  ont  été  probablementen  levés  quand  on  a cons- 
truit la  conduite  d’eau^  mais  le  petit  coin  où  étaient  enfouis  les  bijoux  n'a  pas  été  pillé.  — Trois 
curieuses  gemmes  lentoïdcs  pour  colliers,  trouvées  : l’uue  sur  l’emplacement  de  Phœniké,  les 
deux  autres  près  de  l’ancien  Hèræon.  — La  première  représente  des  ligures  phéniciennes. 

28 


MYCÈXES. 


434 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


— Description  des  deux  autres.  — Fondations  cyclopéennes  de  l’ancien  Hèræon  ; elles  sont 
probablement  aussi  anciennes  que  les  murs  de  Tirynthe  et  de  Mycenes.  — L’ancien  Hèræon 
a été  détruit  par  le  feu  en  423  avant  Jésus  Christ,  et  l’emplacement  en  a été  abandonné.  — 
Lettre  de  M.  Sayee.  — Lettre  de  M.  Burnouf.  — Télégramme  au  roi  de  Grèce,  et  réponse  du 
roi.  — Conclusion. 


Athènes,  1®’’  mars  1877. 

Mon  ingénieur,  le  lieutenant  Vasilios  Drosinos,  de  Nauplie,  est 
venu  le  20  janvier  à Mycènes,  en  compagnie  du  peintre  D.  Tounto- 
poulos,  qui  avait  à faire  pour  moi  une  ichnographie  des  cinq  grands 
tombeaux  et  de  l’agora  qui  les  entoure.  En  vérifiant  les  plans  qu’il 
avait  dressés  pour  moi,  le  lieutenant  Drosinos  a reconnu,  juste  au 
sud  de  l’agora,  la  forme  d’un  tombeau,  dont  l’emplacement  est 
marqué  par  la  lettre  P,  dans  le  plan  B,  et  dont  je  donne  un  plan 
séparé  dressé  avec  le  plus  grand  soinE  En  jetant  les  yeux  sur  ce 
plan,  on  verra  que  la  construction  de  ce  tombeau  diffère  de  celle 
des  cinq  tombeaux  de  l’agora;  ainsi,  du  côté  nord,  le  roc  est  taillé 
verticalement  sur  une  longueur  de  2 mètres  seulement  (6  pieds 
8 pouces) , tandis  que  du  côté  sud,  le  roc  est  taillé  sur  une  longueur 
double  de  celle  que  demanderaient  les  proportions  du  tombeau,  la 
hauteur  verticale  du  rocher  étant  de  i"',70  (5  pieds  8 pouces).  Le 
rocher  (côté  de  l’est)  qui  est  taillé  verticalement  est  bordé  d’un  mur 
grossièrement  construit  en  pierres  unies  sans  ciment;  il  en  est  de 
même  du  rocher  (côté  du  nord)  ; mais  de  ce  côté  le  mur  cyclopéen 
continue  en  droite  ligne  pendant  6 mètres  (20  pieds),  par  consé- 
quent encore  4 mètres  (13  pieds  4 pouces)  à l’ouest  plus  loin 
que  le  bord  du  rocher.  Des  deux  côtés,  ouest  et  sud,  fl  n’y  a pas  de 
rocher,  mais  tout  simplement  le  même  mur  grossièrement  cons- 
truit. Le  plan  en  est  si  irrégulier  que,  tandis  que  le  côté  nord  du 
tombeau  a 20  pieds  (6  mètres)  de  long  et  le  côté  est  13  pieds 
4 pouces  (4  mètres) , le  côté  sud  a 17  pieds  4 pouces,  de  long  (5“', 20) 
et  le  côté  ouest  12  pieds  (3“b60).  Dans  le  coin  sud-est  du  tombeau, 
la  maçonnerie  cyclopéenne  a été  démolie  sur  une  longueur  de 
l"h80  (6  pieds),  probablement  par  ceux  qui  ont  construit  la  conduite 
d’eau,  bâtie  sans  ciment  avec  des  pierres  non  taillées,  qui  court 

1.  Voyez  le  pion  G.  Tombeau  situé  au  sud  de  l’agora. 


GOBELETS  A DEUX  ANSES. 


435 


le  long  du  côté  est  et  tourne  ensuite  à angle  droit  pour  suivre  le 
côté  nord.  Il  est  évident  que  cette  conduite  d’eau  est  plus  moderne 
que  lé  tombeau. 

Comme  on  peut  le  voir  sur  le  plan  G,  j’avais  fouillé  cet  emplace- 
ment jusqu’à  une  profondeur  de6'^,70  (22  pieds  4pouces),  et  j’avais 
pénétré  d’un  côté  à 5 pieds  et  de  l’autre  à 5 pieds  4 pouces  de  pro- 
fondeur dans  l’intérieur  des  murs  du  tombeau,  où  j’avais  laissé  une 
couche  de  décombres  del  pied  10  pouces  (0™, 55)  seulement  d’épais- 
seur. Mais  comme  cette  tombe  se  trouve  immédiatement  à l’est  de 
la  grande  maison  cyclopéenne  dont  j’avais  fouillé  plusieurs  cham- 
bres jusqu’au  rocher  sans  rien  trouver  d’intéressant,  j’avais  consi- 
déré ce  tombeau  comme  une  dépendance  de  la  maison,  et  je  n’avais 
pas  pris  la  peine  de  fouiller  la  mince  couche  de  décombres  qui 
recouvrait  encore  le  fond. 

Mais  mon  excellent  ingénieur  fut  plus  clairvoyant  que  moi.  Frappé 
de  la  physionomie  des  murs,  dont  l’appareil  est  beaucoup  plus 
grossier  que  celui  des  murs  de  la  maison  cyclopéenne,  il  reconnut 
tout  de  suite  que  la  maçonnerie  était  identique  à celle  des  cinq 
grands  tombeaux.  Ayant  remarqué  que  le  mur  du  nord  s’appuyait 
en  partie  et  le  mur  de  l’est  entièrement  contre  une  paroi  de  rocher, 
il  eut  la  ferme  conviction  que  ce  devait  être  un  tombeau.  Aussi,  de 
retour  à Nauplie,  il  communiqua  son  importante  découverte  à un 
employé  du  gouvernement;  ce  dernier  était  arrivé  le  jour  meme  à 
Nauplie,  dépêché  par  le  directeur  général,  M.  P.  Eustratiadès,  avec 
mission  de  choisir  dans  l’acropole  de  Mycènes  un  emplacement  pour 
y bâtir  une  hutte  en  bois  destinée  aux  gardiens.  M.  Drosinos  lui 
indiqua  sur  mes  plans  l’emplacement  précis  du  tombeau,  et  lui 
donna  des  instructions  si  minutieuses,  que  l’employé  trouva  tout  de 
suite  la  place.  Il  fit  venir  un  des  ouvriers  ; dès  le  premier  ou  le 
second  coup  de  pioche,  on  vit  sortir  de  terre  un  vase  d’or,  et  en 
moins  d’une  demi-heure  on  recueillit  les  objets  suivants  : d’abord 
quatre  grands  gobelets  d’or  à deux  anses  ; la  vignette  qui  est  en  tête 
de  ce  chapitre  représente  un  de  ces  gobelets  (fig.  528).  Les  quatre 
gobelets  ont  exactement  la  même  forme  et  presque  la  même  dimen- 
sion. Tous  représentent  le  ^inocç  d’Homère,  puisque 


II 


m 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


ions  ont  deux  anses.  Ces  anses  sont  fixées  an  bord  et  an  corps  dn 
gobelet  par  des  dons  d’or;  elles  se  terminent  tontes  par  des  têtes  de 
(diiens  qui  tiennent  le  bord  dans  lenr  gueule  et  semblent  boire  dans 


Fig.  529.  — Anneaux  d’or;  fils  d’or  (ronds  et  quadrangidaires)  en  spirales;  anneau  d’argent. 
Tous  ces  objets  sont  au  double  de  la  grandeur  réelle. 


le  gobelet.  Ces  gobelets  n’ont  pas  d’antres  ornements  que  les  têtes 
de  cbien,  et  la  forme  en  est  identiqne  à celle  de  la  figure  343; 
il  n’y  a qn’nne  différence,  c’est  que  le  gobelet  (fig.  343)  est  h une 
senle  anse. 

Avec  ces  quatre  gobelets,  il  a été  trouvé  une  grande  conpe 


CACHET  MEriVEILEEUX. 


tout  unie  ('pîsJXvî).  Elle  u’a  qu’uiie  anse,  qui  tient  au  bord  et  au  corps 
du  vase  par  quatre  clous  d’or  à larges  tetes  plates  ; — quatre  spi- 
rales d’un  gros  fd  d’or  quadrangulaire  et  sept  d’un  gros  fil  d’or 
rond  ; — cinq  anneaux  d’or  sans  ornements  ; — un  anneau  de  même 
forme  en  argent  ; la  figure  5"29  représente  des  modèles  choisis  parmi 
ces  différents  objets.  Je  rappelle  au  lecteur  que  l’on  voit  dans  les 
peintures  murales  des  tombeaux  égyptiens  des  spirales  semblables 
et  des  anneaux  d’un  gros  fil  d’or.  On  suppose  que  ces  objets  ont  été 
employés  soit  comme  présents,  soit  comme  moyen  d’échange. 

Dans  ce  tombeau,  il  a été  encore  trouvé  une  bague  à cachet  de  la 


Fig.  530.  — Bague  à cachet,  tirde  du  tuiubeau  au  sud  do  l’agora. 
Au  double  de  la  grandeur  réelle. 


même  forme,  mais  deux  fois  plus  grande  que  celles  que  j’ai  décou- 
vertes dans  le  qucatrième  tombeau.  Il  suffit  de  jeter  un  coup  d’œil 
sur  la  gravure  qui  représente  au  double  de  la  grandeur  réelle  le 
sceau  de  cette  bague,  pour  voir  qu’il  est  entièrement  couvert  d'in- 
tailles (fig.  530).  A la  gauche  du  spectateur  est  représenté  un  arbre, 
dont  le  tronc  ressemble  certainement  à celui  du  palmier  ; il  a quinze 
branches  assez  courtes,  sur  lesquelles  on  ne  voit  pas  de  feuilles, 
mais  seulement  de  grosses  grappes  composées  de  petits  fruits,  et  qui 
ressemblent  à des  pommes  de  pin.  Sous  l’arbre  une  figure  Itnninine, 
de  petite  taille,  se  tient  debout  ; elle  est  légèrement  penchée  en 
arrière,  et  étend  les  deux  mains  juste  au-dessous  de  la  grappe  la 
plus  basse,  comme  si  elle  étaiten  train  de  la  cueillir.  Mon  honorable 


438 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


ami  le  professeur  de  botanique,  M.  T.  Orphanidès  (d’Athènes),  dit 
que,  de  tous  les  arbres  de  la  Grèce,  celui  auquel  le  nôtre  ressemble 
le  plus,  c’est  le  pin  ; mais  que,  comme  la  petite  femme  se  dispose  à 
cueillir  un  des  fruits,  il  faut  que  ce  fruit  soit  bon  à manger;  il  en 
conclut  que  l’arbre  représenté  ici  doit  être  l’arbre  à pain,  parce  que 
de  tous  les  fruits  de  l’Inde  c’est  l’arbre  à pain  qui  ressemble  le  plus 
à celui  que  nous  avons  sous  les  yeux.  Mais  je  ne  me  souviens  pas 
d’avoir  jamais  vu  d’arbre  à pain  dans  l’Inde  ;je  n’en  ai  rencontré 
que  dans  l’Amérique  centrale.  Un  autre  de  mes  amis,  l’honorable 
professeur  de  botanique,  von  Heldreicli  (d’Athènes),  suppose  que 
l’artiste  mycénien  a voulu  tout  simplement  représenter  un  pied  de 
vigne  chargé  de  ses  grappes  de  raisin,  et  que  c’est  uniquement  par 
gaucherie  et  par  ignorance  qu’il  a représenté  la  vigne  comme  un 
gros  arbre  ; je  partage  son  opinion. 

Deux  longues  tresses  de  cheveux  descendent  de  la  tête  de  la  petite 
femme  et  pendent  derrière  son  dos  ; son  vêtement,  au-dessous  de  la 
ceinture,  est  divisé  par  deux  bandes  horizontales  en  trois  comparti- 
ments, probablement  pour  donner  idée  de  sa  richesse  ; de  ses  bras 
descendent  deux  bandes  qui  sont  peut-être  destinées  à représenter 
les  manches. 

De  l’autre  côté  de  l’arbre,  le  bras  droit  appuyé  contre  le  tronc,  est 
assise  une  femme  de  grande  taille,  qui  a les  nobles  traits  de  la  race 
grecque.  Les  yeux  sont  grands,  le  nez  continue  la  ligne  du  front, 
comme  on  le  voit  dans  les  sculptures  du  Parthénon  ; elle  a la  tête 
couverte  d’un  turban  qui  se  termine  en  pointe  ; de  dessous  ce  tur- 
ban une  tresse  de  cheveux  descend  sur  le  dos  de  la  femme  ; au- 
dessus  de  la  tresse,  le  turban  porte  deux  ornements.  Je  signale  à 
l’attention  du  lecteur  le  signe  curieux  qui  se  trouve  au-dessus  du 
front,  et  qui  est  sans  doute  destiné  à représenter  le  diadème  ; mais 
je  n’ai  trouvé  de  diadème  de  cette  forme  dans  aucun  des  cinq  tom- 
beaux. La  partie  supérieure  du  vêtement  est  très-étroitement 
ajustée,  ce  qui  n’empêche  pas  les  deux  mamelles  de  la  femme  d’être 
très-saillantes.  La  partie  inférieure  est  ornée  d’un  grand  nombre 
de  bandes  horizontales  ; on  dirait  un  large  pantalon  qui  se  termine 
en  forme  de  croissant  à la  hauteur  des  chevilles.  La  main  droite 


CACHET  MERVEILLEUX. 


439 


repose  sur  la  ceinture  ; la  main  gauche,  qui  est  levée  à là  hauteur  du 
visage,  tient  trois  pavots,  que  le  personnage  semble  offrir  à une 
femme  de  haute  taille,  richement  vêtue;  cette  seconde  femme  est 
debout  en  face  de  la  première,  et  elle  étend  la  main  droite  vers  les 
fleurs. 

Cette  grande  femme  a pour  coiffure  une  espèce  de  turban,  qui 
ressemble  d’une  manière  frappante  à ceux  que  l’on  porte  aujour- 
d’hui dans  l’Inde.  Cependant  il  en  diffère  en  quatre  points  : IMe 
turban  représenté  ici  se  termine  à la  partie  postérieure  par  une 
pointe,  d’où  pend  un  long  ornement  qui  descend  le  long  du  dos  de 
la  femme  ; 2°  à la  partie  antérieure  du  turban  une  sorte  de  masque 
qui  fait  saillie,  et  où  l’on  distingue  clairement  les  trous  des  yeux  et 
la  forme  du  nez  ; mais  comme  ce  masque  est  levé,  on  aperçoit  par 
dessous  les  yeux  de  la  femme  ; 3°  du  côté  droit,  par  conséquent  à la 
gauche  du  spectateur,  pend  une  bande  qui  doit  aussi  être  un  orne- 
ment; 4""  il  y a au-dessus  du  front  un  ornement  étrange,  qui 
doit  être  une  espèce  de  diadème.  Les  traits  de  cette  femme  ont  cer- 
tainement quelque  chose  de  masculin,  et  elle  porte  les  cheveux 
courts  ; mais  l’artiste,  pour  ne  laisser  aucun  doute  sur  son  sexe, 
lui  a donné  deux  mamelles  très-développées  et  très-saillantes. 
Au-dessus  des  mamelles,  il  y a deux  bandes  horizontales  qui  sont 
probablement  destinées  à figurer  des  colliers  ; n’oublions  pas  une 
longue  bande  qui  pend  de  l’épaule  droite.  La  partie  inférieure 
du  costume  semble  aussi  représenter  un  pantalon  d’une  largeur 
énorme.  A partir  des  cuisses  jusqu’en  bas,  on  voit  le  long  de  cha- 
cune des  jambes  du  pantalon  cinq  larges  bandes  parallèles,  en 
ligne  courbe,  qui  n’ont  peut-être  pas  d’autre  objet  que  de  repré- 
senter la  richesse  et  la  magnificence  du  costume.  A mesure  que  les 
bandes  se  rapprochent  du  bas,  la  courbure  de  la  ligne  s’accentue, 
et  la  dernière  présente  exactement  la  forme  d’un  croissant.  Au- 
dessous  de  l’extrémité  inférieure  du  pantalon,  on  aperçoit  le  bas 
d’un  caleçon  qui  est  fixé  par  des  fermoirs.  On  ne  peut  discerner  la 
nature  de  l’ornemenLque  porte  cette  femme,  comme  la  précédente, 
au-dessus  de  la  partie  antérieure  du  turban. 

Sous  son  bras  droit,  qui  est  étendu,  il  y a une  autre  petite 


440 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


figure  féminine  : c’est  peut-être  une  enfant  ; cette  figure  tient  clans 
chacune  de  ses  mains  étendues  un  objet  que  je  ne  puis  bien  distin- 
guer, et  qu’elle  semble  offrira  la  femme  assise.  Cette  enfant  a sur 
la  tête  un  turban  ; on  voit  quelque  chose  qui  peut  être  ou  une 
longue  tresse  de  cheveux  ou  quelque  ornement,  et  qui  lui  pend 
dans  le  dos.  Elle  porte  un  collier,  et  son  vêtement  est  divisé  par  des 
bandes  horizontales  parallèles  en  trois  ou  quatre  compartiments. 
La  physionomie  de  cette  enfant  est  très-expressive. 

Au-dessus  de  la  main  droite  de  la  grande  femme  il  y a deux 
doubles  haches  montées  sur  un  seul  manche.  Elles  ressemblent 
exactement  à celles  des  médailles  de  Ténédos  et  à celles  qui  sont 
entre  les  cornes  des  vaches  (fig.  329,  330)  ; mais  elles  sont  riche- 
ment décorées.  La  seconde  double  hache,  plus  large  que  l’autre, 
se  profde  nettement  des  deux  côtés  de  la  première,  derrière  laquelle 
elle  est  placée.  Le  seul  manche  visible  de  ces  deux  haches  se  tei- 
mine  en  pointe  et  est  travaillé  avec  art. 

Derrière  la  grande  femme  qui  est  debout,  une  autre  se  tient 
debout  également.  Je  ne  décrirai  pas  son  costume,  puisqu’il 
ressemble  de  tout  point  à celui  de  sa  compagne,  y compris  l’étrange 
ornement  qui  est  au-dessus  de  la  partie  antérieure  du  turban  et 
dont  je  ne  puis  reconnaître  la  nature.  On  distingue  très-nettement 
son  turban  indien  qui  se  termine  en  pointe,  et  d’où  part  un  orne- 
ment en  forme  de  bande  qui  lui  descend  derrière  le  dos.  Le  masque 
qui  fait  saillie  à la  partie  antérieure  du  turban  lui  couvre  la  partie 
supérieure  du  visage  et  du  nez;  il  a des  trous  pour  les  yeux,  car 
l’œil  gauche  de  la  femme,  qui  est  grand,  regarde  à travers  le  trou. 
J’insiste  sur  la  présence  de  ces  deux  appendices  au  front  des  deux 
femmes,  parce  qu'elle  nous  prouve  jusqu^à  l’évidence  que  l’on  ne 
réservait  pas  les  masques  pour  les  morts  seulement,  mais  que  les 
vivants  en  portaient  aussi.  Elle  tient  dans  sa  main  droite,  qui  est 
levée,  trois  objets,  dont  la  forme  rappelle  beaucoup  celle  de  l’orne- 
ment  qui  est  à la  partie  antérieure  du  turban  de  la  femme  assise. 
Elle  a dans  sa  main  gauche  deux  fleurs  à longues  tiges,  que  le 
professeur  Orphanidês  croit  être  deux  lys.  Deux  bandes  flottent  de 
son  épaule  gauche,  et  une  troisième  part  du  coude  gauche.  Comme 


CACHET  MERVEILLEUX. 


Ui 


la  grande  femme  qui  est  devant  elle,  elle  a les  pieds  nus,  mais  eüe 
porte  lin  caleçon  ; on  distingue  nettement  sur  son  pied  droit  l’orne- 
ment  qui  sert  à attacher  le  bas  du  caleçon. 

Au-dessus  des  objets  étranges  qu’elle  tient  dans  sa  main  droite, 
on  voit  une  curieuse  figure  en  forme  de  gourde  ; cette  figure  porte 
un  long  bâton  qui  est  peut-être  une  lance  ; la  tête  est  vue  de  profil  ; 
le  reste  du  corps,  qui  est  représenté  de  face,  se  compose  de  deux 
cercles,  le  premier  représentant  le  torse  et  le  second  le  reste  du 
corps,  de  la  ceinture  jusqu’aux  cuisses;  cette  figure  est  sans  jambes 
et  on  ne  lui  voit  qu’un  bras  ; deux  longues  bandes  flottent  par 
derrière,  à partir  du  cou.  Les  deux  cercles  qui  forment  le  corps  ont 
des  bordures  et  ressemblent  tout  à fait  à deux  boucliers.  Néan- 
moins l’intention  de  l’artiste  n’était  pas  d’en  faire  deux  boucliers, 
puisque  les  mamelles  sont  indiquées  par  deux  points,  comme  sur 
les  cuirasses. 

Cette  figure  si  grossièrement  représentée  à côté  des  femmes  où 
l’artiste  a déployé  toutes  les  ressources  de  son  art,  ne  peut  être 
autre  chose,  selon  moi,  qu’un  palladium  d’un  type  très-ancien  et 
très-primitif.  Gomme  celui  des  idoles  de  Hèra,  idoles  à cornes  ou 
à tête  de  vache,  le  respect  religieux  qui  s’y  attachait  le  maintenait 
en  dehors  des  caprices  de  la  mode  ; il  traversait  les  siècles  sans 
subir  la  moindre  altération. 

Le  bord  du  sceau,  entre  le  palladium  et  les  pieds  de  la  seconde 
des  deux  grandes  femmes  est  rempli  par  six  objets  d’une  forme 
étrange,  qui  ont  des  têtes  et  des  yeux  et  portent  une  espèce  de 
casque;  comme  ces  objets  ressemblent  beaucoup  à des  idoles 
troyennes^  nous  sommes  portés  à croire  que  ce  sont  encore  des 
palladia.  Mais  le  professeur  Rhousopoulos  me  fait  observer  que 
ces  figures  ressemblent  beaucoup  au  ypdvo:;  Kopt'jOiyr/.dy  ou 
casque  corinthien  de  Pallas  Athènè,  tel  qu’il  est  représenté  sur 
les  monnaies  corinthiennes  du  quatrième  siècle  avant  Jésus-Christ, 
tel  qu’on  le  voit  encore  sur  trois  bustes  en  bronze  de  la  déesse, 
grands  comme  nature,  dont  l’un  est  au  Musée  Britannique,  le 


I.  Voyez  V Atlas  des  Antiquités  troyennes,  pl.  ;20. 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


m 

second  au  Ministère  de  rinstruction  publique,  à Athènes,  et  le 
troisième  dans  une  maison  particulière  du  Pirée.  Sur  les  monnaies 
corinthiennes  et  sur  les  bustes  de  la  déesse,  la  partie  antérieure  du 
casque  est  levée,  parce  qu’elle  ne  la  baissait  que  pour  combattre. 
Sur  cette  partie  antérieure  du  casque  on  voit  les  deux  yeux,  le  nez 
et  la  bouche;  c’est  donc  un  véritable  masque  : nouvelle  preuve  que 
l’on  avait  l’habitude  de  porter  des  masques. 

La  ressemblance  est  certainement  frappante  entre  ces  six  figures 
et  le  -apavog  KGpiv9ta7.ov  ; il  est  évident  que  l’invention  de  ce  casque 
ne  date  pas  du  quatrième  siècle,  mais  qu’il  a été  copié  sur  quelque 
idole  antique  ; et  je  suis  absolument  convaincu  que  ces  six  figures 
sont  des  représentations  de  cette  même  idole. 

Enfin  on  voit  à la  partie  supérieure  de  l’écusson  deux  lignes 
ondulées  qui  ne  peuvent  représenter  autre  chose  que  la  mer;  c’est 
ainsi  qu’elle  est  représentée  sur  les  monnaies  de  Tarente.  Du  sein 
de  la  mer,  à gauche,  se  lève  le  soleil  dans  toute  sa  splendeur;  les 
rayons  sont  très-nettement  indiqués;  à gauche  du  soleil, par  consé- 
quent à droite  du  spectateur,  on  aperçoit  le  croissant  de  la  lune. 
A la  vue  de  ce  merveilleux  anneau,  nous  nous  sommes  écriés  invo- 
lontairement, Schliemann  et  moi  : ((  Il  faut  qu’Homère  ait 
\u  cet  anneau  avant  de  décrire  toutes  les  merveilles  qu’Hèphaïstos 
avait  ciselées  sur  le  bouclier  d’Achille  h » 

M.  Sayee  m’écrit  que,  selon  lui,  la  femme  assise  est  dans  l’acte 
d’adoration;  que  les  deux  grands  personnages  sont  des  hommes 
revêtus  du  costume  caractéristique  des  prêtres  babyloniens  pri- 
mitifs, et  que  le  soleil  et  la  demi-lune  qu’on  voit  en  haut  sont  le 


1.  Iliade,  XVnU  183489  : 

’Ev  jjiàv  yxïxv  ïxvjW  £v  ô’  oupivbv,  ev  ôà  ôala'TJxv, 

TjsXtbv  t’  àxafxavxa,  ael-^v/jv  xe  n'k-q^ov'jxy, 

£V  Ô£  xà  xstpsa  Trâvxa,  xàx’  oupavbç  saxsçavwxat, 
llXriïâoaç  0’  'râoaç  xs,  xo  xe  o-Oévoç  ’üpitovoç, 

’'Apxxov  b\  îqv  xa\  a[xa|av  Imxk'qaiv  xxkiovaiv, 
rjx’  auToO  axplçexat,  xx\  x’  ’Opi'wva  ôoxs'jet  . 
oi'q  8'  ap-[xop6ç  ecrxi  Xoexpwv  ’Oxsxvoîo. 

« Il  représente  la  terre,  le  ciel,  la  mer,  le  soleil  infatigable  et  la  pleine  lune  ; il  représente 
tous  les  signes  dont  le  ciel  est  couronné  : les  Pléiades,  les  Hyades  et  le  fort  Orion;  l’Oiirsc, 
que  l’on  appelle  aussi  le  Chariot,  qui  tourne  aux  mêmes  lieux  en  regardant  Orion,  et  seule  n'a 
point  de  part  aux  bains  de  l’Océan.  » (Trafl.  Giguet.) 


CACHET  MERVEILLEUX. 


4i3 


symbole  babylonien  archaïque  ordinaire.  Il  affirme  en  outre  que 
les  figures,  leur  pose  et  l’ensemble  de  leurs  personnes  repro- 
duisent  ce  que  nous  voyons  sur  les  pierres  gravées  babyloniennes 
de  l’époque  la  plus  reculée  ; il  en  conclut  que  cet  anneau  appar^ 
tient  à la  même  époque.  Selon  lui,  cette  époque  (en  tant  qu’il 
s’agit  de  son  influence  sur  l’art  des  peuples  étrangers)  se  termine 
au  treizième  siècle  avant  Jésus-Christ,  quand  l’Assyrie  devient 
prépondérante. 

J’appelle  ici  l’attention  sur  les  personnages  babyloniens  repré- 
sentés aux  pages  318  et  319  de  V Hérodote  de  Rawlinson;  ils  por- 


Fig.  531.  Seconde  bague  à cachet,  trouvée  dans  le  premier  tombeau.  Au  double  de  la  grandeur  réelle. 

tent  aussi  des  turbans  et  des  vêtements  semblables  à ceux  des 
figures  de  notre  anneau  (fig.  530).  Il  paraît  qu’à  Babylone  on  se 
servait  de  verres  grossissants  pour  graver  les  pierres  fines  ; dans 
tous  les  cas,  on  en  faisait  déjà  usage  à Ninive  (voy.  VHérodote  de 
Rawlinson,  I,  512). 

Avec  le  premier  anneau,  il  en  a été  trouvé  un  second  en  or,  un 
peu  plus  petit.  Il  est  représenté  également  au  double  de  la  grandeur 
réelle  (fig.  531).  Ony  voit,  en  bonnes  entailles,  jusqu’à  quatre 
dia  et  trois  idoles  de  Hèra.  Les  palladia  ressemblent  tout  à fait  aux 
idoles  troyennes  de  Pallas  Athènè^;  il  n’y  a guère  de  différence  que 
dans  la  forme  de  la  tète,  qui  est  ici  un  peu  plus  allongée  ; c’est  peut- 
être  parce  que  l’artiste  a eu  l’intention  de  la  représenter  couverte 


1.  Voyez  l'Atlas  des  Antiquités  troyennes,  pl.  20. 


444 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


d’un  casque.  Le  palladium  de  la  seconde  rangée,  h gauche,  est  exac- 
tement semblable  aux  idoles  troyennes  ; seulement,  il  est  un  peu 
effacé;  on  voit  au-dessus  trois  épis  de  blé.  Quant  aux  idoles  de  Hèra, 
en  forme  de  têtes  de  vache  ornées  de  cornes,  il  y en  a une  dans  la 
première  rangée  et  deux  dans  la  seconde.  Les  cornes  des  deux 
dernières  sont  remarquables  par  leur  longueur  ; dans  la  tête  qui 
est  la  première  à la  droite  du  spectateur  il  y a deux  cornes  plus 
petites  entre  les  deux  grandes;  elle  a donc  quatre  cornes  en  tout. 
Le  dernier  dessin  à droite  de  la  première  rangée  représente  un 
objet  curieux  que  je  ne  puis  pas  bien  distinguer;  en  tournant  la 
gravure  à droite,  on  le  prendrait  pour  un  oiseau.  Entre  les  deux 
rangées  de  palladia  et  d’idoles  de  Hèra,  il  y a douze  signes  qui 
ressemblent  à des  yeux. 

A propos  des  idoles  de  Itéra  en  forme  de  têtes,  M.  A.  H.  Sayce 
me  fait  observer  que  l’expression  homérique  'Wfjt] 

doit  être  d’une  antiquité  beaucoup  plus  reculée  que  Fexpression 
IzvvAAivoq  ll/3vî,  parce  qu’elle  indique  la  prononciation  de  '\\pr\ 
avec  un  digamma  initial.  Il  ajoute  que  Hèrè  était  dans  l’origine 
Swârâ  (la  luisante)  ; si  donc  l’expression  remonte  à une  antiquité 
aussi  reculée,  on  n’a  plus  à objecter  que  ne  peut  pas  signi- 

fier ((  à figure  de  vache  »,  sous  prétexte  que  les  Grecs  de  la 
période  historique  ne  représentaient  pas  leurs  divinités  avec  des 
têtes  d’animaux. 

En  même  temps  que  les  deux  bagues,  j’ai  recueilli  le  beau  lion 
d’or  massif  qui  est  représenté  au  double  de  la  grandeur  réelle 
(fig.  53*^).  Il  est  fixé  sur  un  gros  fil  d’or,  couché,  et  la  tête  tournée 
du  côté  du  spectateur  ; cette  tête,  comme  tout  le  reste  du  corps,  est 
une  reproduction  très-fidèle  de  la  nature.  Je  crois,  avec  M.  Newton, 
que  ce  lion  a été  d’abord  jeté  dans  un  moule  et  ciselé  ensuite. 

J’ai  encore  recueilli  quatorze  coulants  d’or  provenant  d’un 
collier  ; j’en  reproduis  seulement  six  (fig.  533-538)  ; ils  sont  tous 
décorés  de  quatre  rangées  de  protubérances  en  forme  de  perles. 

Gomme  on  le  voit  sur  le  plan  G,  tous  les  bijoux  que  je  viens  de 
décrire  ont  été  trouvés  au  même  endroit,  sur  un  espace  de  deux 
pieds  (0'",60)  de  long  sur  8 pouces  (O'b^O)  de  large  ; juste  à 6"590 


LION  D’OPx  ET  COULANTS  DE  Gül.LJElL 


4i5 


(OU  pieds)  au-dessus  de  la  surface  du  sol  telle  qu’elle  était 
avant  le  commeiicemeiit  des  fouilles,  et  à 8 pouces  (0'",20)  seule- 
uieiit  au-dessous  du  point  oùj’avais  laissé  les  fouilles  le  6 décembre 
dernier.  Le  plan  G montre  en  outre  qu’il  restait  encore  1 pied 


B’ig,  532.  — Lion  d’or.  Même  tombeau.  Au  double  de  la  grandeur  réelle. 


^ pouces  (0“,35)  de  décombres  au-dessous  de  l’endroit  où  les 
bijoux  ont  été  découverts. 

On  avait  aussi  trouvé  des  os  dans  ce  tombeau,  et  nous  avions  tous 
cru  d’abord  que  c’étaient  des  os  humains;  mais  mon  honorable 
ami  le  docteur  Théodoros  Arétæos,  le  célèbre  chirurgien  athénien, 
déclare,  après  examen,  que  ce  sont  des  os  d’animaux.  Gomme  je 


Fig.  533  à 538.  — Coulants  d’or  d’un  collier.  Même  tombeau.  Au  double  de  la  grandeur  réelle. 


l’ai  déjà  dit  plus  haut,  la  conduite  d’eau  cyclopéenne,  représentée 
dans  le  plan  G,  a été  évidemment  construite  à une  époque  préhis- 
torique postérieure  à celle  du  tombeau  ; et  les  constructeurs,  qui 
ont  eu  à fouiller  le  tombeau  jusqu’au  roc  vif,  ont  certainement  volé 
ce  qu’il  contenait  et  jeté  les  os  du  squelette.  Heureusement  le  petit 
coin  qui  avoisine  le  mur  pieds  (0'“,G0)  de  long,  8 pouces  (0‘*b^20) 
de  large)  et  où  se  trouvaient  les  bijoux,  a échappé  à leurs  rocher- 
elles;  et  c’est  grâce  à cette  circonstance  que  les  bijoux  ont  été 
conservés  pour  la  science  h 

I.  L’endroit  où  ont  été  trouvés  ces  bijou.v  est  indiqué  par  la  lettre  et  sur  le  plan  et  sur  la  coupe 
fldati  G.) 


446 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  L’AGORA. 


Enfin  je  mets  sous  les  yeux  du  lecteur  trois  gemmes  lentoïdes 
provenant  de  colliers.  Je  les  ai  achetées  à Chonika,  village  de  la 
plaine  d’Argos,  tout  près  de  l’emplacement  de  l’ancienne  ville  de 
Phœnikè  [^oivUri)^  à la  distance  d’un  mille  anglais  de  l’ancien 
Hèræon.  Je  ferai  observer  au  lecteur  que  ce  nom  de  Ghonika  n’est 
qu’une  corruption  du  mot 

Les  deux  paysans  qui  m’ont  vendu  ces  trois  gemmes  lentoïdes 
m’ont  dit  qu’ils  avaient  trouvé  celle  du  milieu  en  travaillant  sur 
l’emplacement  de  Phœnikè,  et  les  deux  autres  près  de  l’emplace- 
ment de  l’ancien  Hèræon.  Je  n’ai  aucune  raison  de  révoquer  en 
doute  l’exactitude  de  leur  renseignement;  car,  comme  son  nom  le 
prouve,  Phœnikè  était  une  colonie  phénicienne,  et  la  gemme  du 


Fig.  539  à 541.  — Trois  gemmes  lentoïdes,  de  serpentine  et  d'agate,  ornées  d’intailles, 
trouvées  sur  l’emplacement  de  Phœnikè  et  sur  celui  de  l’Hèræon.  Grandeur  réelle. 


milieu  (fig.  540)  qu’ils  affirment  avoir  trouvée  en  cet  endroit, 
représente  très-certainement  deux  figures  phéniciennes,  qui  doivent 
être  de  très-anciens  types  d’idoles.  Leurs  têtes  ne  sont  indiquées 
que  par  des  creux  horizontaux,  sans  trace  de  visages  ; les  cous  sont 
très-longs,  et  les  épaules,  qui,  comme  tout  le  reste  du  corps,  sont 
d’un  dessin  rectiligne,  sont  d’une  largeur  énorme.  Rien  de  plus 
caractéristique  que  leurs  longues  jambes  et  leurs  pieds,  qui  res- 
semblent plutôt  à des  sabots  de  chevaux  qu’à  des  pieds  humains. 
Un  de  ces  hommes  tient  dans  la  main  droite  et  l’autre  dans  la  main 
gauche  un  zigzag  qui  doit  être  un  symbole  du  feu,  peut-être  même 
lafoudre.  L’hommequi  est  àlagauche  du  spectateur  lève  son  bras 
gauche  qui  est  très-court  et  semble  soulever  quelque  chose;  le  bras 
gauche  de  l’autre  figure  est  très-long  et  la  main  touche  presque  le 
sol.  Au-dessus  de  l’épaule  droite  de  l’homme  qui  est  à la  gauche  du 
spectateur,  il  y a un  signe  étrange,  qui  est  peut-être  un  caractère 
d’écriture  ; et  l’on  voit  près  du  cou  de  l’autre  homme  un  signe  en 


GE31MES  LENTOÏDES  ACHETÉES  A CHONIKA.  447 

forme  de  flèche  ; j’appelle  particulièrement  l’attention  sur  ces  deux 
signes.  Cette  gemme  lentoïde  est  en  agate  d’un  rouge  foncé,  et 
hémisphérique  ; elle  est  percée  d’un  trou  horizontal. 

La  gemme  lentoïde  qui  est  à la  gauche  de  cette  dernière  (fig.  539), 
dans  la  position  où  elles  sont  sous  les  yeux  du  spectateur,  est  en 
serpentine  verdâtre.  Elle  est  convexe  des  deux  côtés  et  percée  d’un 
trou  horizontal.  Elle  représente,  en  intaille,  deux  chevaux  dressés 
sur  leurs  jambes  de  derrière,  en  face  l’un  de  l’autre,  mais  détour- 
nant la  tête  en  sens  inverse.  La  queue  du  cheval  qui  est  à la  gauche 
du  spectateur  est  représentée  par  une  simple  bande;  celle  de 
l’autre  est  touffue  ; sur  la  tête  de  chacun  des  chevaux  se  dresse  un 
ornement,  qui  faisait  sans  doute  partie  du  harnachement.  Entre  les 
têtes  des  chevaux  apparaissent  deux  figures  humaines  ; celle  qui  est 
à la  gauche  du  spectateur  est  coiffée  d’un  bonnet  phrygien;  elle 
étend  les  mains  vers  l’autre  figure  qui  semble  avoir  la  tête  nue,  et 
qui  tient  un  objet  rond  dans  la  seule  de  ses  deux  mains  qui  soit 
visible. 

La  troisième  gemme  (fig.  541)  est  une  agate  jaspée  de  blanc  et  de 
brun;  elle  est  également  convexe  et  percée  d’un  trou  horizontal. 
Les  intailles  en  sont  bien  plus  artistiques.  Elle  représente  une  idole 
de  Hèra;  c’est  une  tête  de  vache,  à longues  cornes,  qui  reproduit 
fidèlement  la  nature.  Entre  les  deux  cornes  on  voit,  renversée,  une 
hache  à deux  tranchants,  embellie  d’ornements.  L’extrémité  du 
manche  porte  deux  ornements  qui  sont  ou  des  anneaux  ou  des  bou- 
tons tournés.  A droite  et  à gauche  de  la  tête  de  vache,  il  y a un 
objet  très-élégamment  orné,  dont  nous  ne  pouvons  expliquer  la 
nature;  ces  deux  objets  ressemblent  à des  cornes  d’abondance. 

Je  rappelle  au  lecteur  que  cette  gemme  lentoïde  et  celle  où  sont 
représentés  les  deux  chevaux  ont  été  trouvées  près  de  l’ancien 
Hèræon,  dont  on  voit  encore  les  fondations.  Elles  se  composent  de 
différentes  assises  de  maçonnerie  cyclopéeime,  formées  d’énormes 
blocs  non  taillés  ; ces  fondations  sont  probablement  aussi  anciennes, 
peut-être  même  plus  anciennes  que  les  murs  de  Mycènes  et  de 
Tiryiithe.  Les  fouilles  que  j’ai  pratiquées  sur  cet  emplacement,  en 
février  1874,  ont  montré  que  raccumulatioii  de  décombres  ify 


448 


TOMBEAU  AU  SUD  DE  lUAGOBA. 


dépasse  pas  une  épaisseur  qui  varie  entre  1 pied  et  demi  et  3 pieds 
(0"\45  à 0"\90),  par  conséquent  il  n y a rien  à chercher  de  ce  côté. 
L’ancien  Hèræon  fut  accidentellement  détruit  par  le  feu  en  423 
avant  Jésus-Christ,  et  l’emplacement  a été  abandonné,  parce  que  le 
nouvel  Hèræon  était  bâti  sur  la  pente,  50  pieds  (15  mètres)  plus 
bas  que  l’ancien. 

M.  A.  H.  Sayce  m’écrit  : « J’incline  à croire  que  les  antiquités 
» de  Mycènes  sont  d’une  date  bien  antérieure  à celle  que  vous  leur 
» attribuez.  Je  ferais  remonter  les  plus  anciennes  à l’époque  où 
» l’influence  babylonienne  commença  à prévaloir  dans  le  bassin 
» ouest  de  la  Méditerranée,  à la  suite  des  conquêtes  du  roi 
» chaldéen  Naram  Sin  d’Agané  (dont  le  second  successeur  était 
» le  conquérant  élamite  Khamuragas,  qui  étendit  son  pouvoir 
))  jusqu’aux  bords  de  la  Méditerranée,  2000-1700  avant  Jésus- 
))  Christ).  En  outre  je  crois  que  les  trésors,  la  porte  des 

» Lions,  etc.,  sont  postérieurs  aux  tombaux  et  aux  murailles  cyclo- 
» péennes.  La  civilisation  assyro-babylonienne  est  venue  en  Grèce 
t)  non-seulement  par  la  Phénicie,  mais  aussi  par  l’Asie  Mineure. 
))  Les  dessins  de  M.  Perrot  et  de  plusieurs  autres  explorateurs 
))  sont  comme  les  anneaux  de  la  chaîne  qui  rattache  l’ancien  art 
))  grec  à l’art  assyrien  (ou  plutôt  babylonien).  Peut-être  en 

))  explorant  Sardes  y trouveraiPon  un  art  et  des  types  semblables 
))  à ceux  de  Mycènes.  Mais  le  grand  centre  d’où  cet  art  se  répan- 
» dit  par  l’Asie  Mineure  était  Karkhémish,  la  riche  capitale  des 

))  Hittites,  dont  les  ruines  ont  été  découvertes,  à Jerablûs  (près 

))  de  Birajik  sur  l’Euphrate),  par  MM.  Skene  et  George  Smith. 
))  En  pratiquant  des  fouilles,  on  y trouverait  une  seconde  Ninive, 
))  avec  des  sculptures  qui  montreraient  la  transition  de  l’art  assy- 
» rien  à la  forme  que  l’on  pourrait  appeler  forme  grecque  ou 
))  forme  de  l’Asie  Mineure.  Ce  ne  sont  pas  là  de  vaines  conjec- 
» tures,  car  on  y a déjà  découvert  des  morceaux  de  sculpture 
))  qui  présentent  ce  caractère.  La  domination  hittite  s’étendait 
))  sur  la  Cilicie  et  la  Lycaonie  ; on  en  a pour  preuves  les  scul- 
» ptures  récemment  découvertes,  et  tout  particulièrement  celle 
» qui  a été  trouvée  à Ibreez,  et  qui  porte  une  inscription  en 


DATE  DE  LA  PDISE  DE  MYCÈAES. 


410 


» hiéroglyphes  hittites.  Ce  fait,  que  j’ai  sigoalé  à M.  Gladstone, 

confirme  les  preuves  qu’il  a fournies  de  l’identité  des  Hittites 
» et  des  Kétéiens 

ï»  J’aperçois  dans  les  antiquités  de  Myeènes  un  point  d’une 
))  imporLance  capitale  : l’art  de  graver  sur  la  pierre  dans  l’Asie 
))  occidentale  et  en  Europe  est  venu  de  la  Babylonie,  où  la  pierre 
)>  était  rare  et  précieuse.  Dans  la  Babylonie  archaïque  (antérieure 
))  au  seizième  siècle  avant  Jésus-Christ],  la  civilisation  avait  fait 
» de  grands  progrès,  et  cependant  elle  était  encore  dans  l’âge  du 
))  bronze.  Le  fer  n’était  pas  employé  en  Babylonie,  et  probable- 
))  ment  il  y était  inconnu.  Comment  alors  pourrions-nous  expli- 
))  quer  l’état  relativement  avancé  de  la  civilisation  dans  l’aii- 
))  cienne  Myeènes,  quoique  le  fer  y fût  inconnu,  sans  supposer 
))  que  cette  civilisation  était  née  de  celle  de  la  Babylonie  ar~ 
))  chdiqne  ou  qu’elle  s’y  rattachait  par  des  liens  quelconques. 
» Si  elle  était  parente  de  la  civilisation  de  l’Assyrie,  de  l’Égypte 
))  ou  de  la  Babylonie  postérieure  au  seizième  siècle  avant  Jésus- 
))  Christ,  nous  aurions  assurément  trouvé  à Myeènes  trace  de  la 
))  connaissance  du  fer.  » 

M.  A.  H.  Sayee  appelle  en  outre  mon  attention  sur  le  savant 
article  de  J.  P.  Mahaffy,  professeur  au  Trinity  College  de  Dublin. 
Cet  article,  publié  dans  VHermathéna^  V,  a pour  titre  : Sur  la 
date  de  la  prise  de  Myeènes  par  les  Argiem.  J’en  donne  ici  la 
traduction  : « Il  semble  que  personne  n’ait  trouvé  de  diffi- 
cultés dans  le  récit  de  Diodore  répété  par  Pausanias,  où  il  est 
dit  que  la  ville  de  Myeènes  fut  détruite  par  le  peuple  d’Argos 
après  les  guerres  Médiques.  Je  crois  cependant  que  la  plupart  des 
savants,  en  y regardant  de  plus  près,  s’étonneront,  dès  le  premier 
abord,  que  l’ancienne  ville  de  Myeènes  ait  pu  exister  aussi  long- 
temps dans  le  voisinage  immédiat  d’Argos,  et  que  son  rôle  ait 
été  si  peu  important  dans  l’histoire  grecque.  Mais  rétoimement 
cessera,  et  tous  les  doutes  seront  levés  si  l’on  se  reporte  au  texte 
d’Hérodote.  Hérodote,  en  effet,  rapporte  que  quatre-vingts  Mycé- 
niens rejoignent  les  Grecs  aux  Thermopyles,  et  il  cite  d’autre  part 
les  Tirynthiens  et  les  Mycéniens  parmi  les  villes  ou  tribus  des  Grecs 

MYCÈNES.  "29 


450 


DATE  DE  LA  PRISE  DE  MYCÈAES. 


inscrites  sur  le  piédestal  du  trépied  de  Delphes,  pour  avoir  con- 
tribué à repousser  rinvasion  des  Perses.  Le  piédestal  qui  est 
aujourd’hui  à Constantinople  confirme  le  récit  d’Hérodote,  car  on 
lit  dans  la  liste  le  mot  Moxavsg;  d’où  il  faut  nécessairement  con- 
clure que  les  Mycéniens  existaient  encore  en  l’an  470  avant  Jésus- 
Christ.  Néanmoins,  je  doute  sérieusement  que  ces  différents  histo- 
riens nous  aient  donné  des  faits  un  récit  véridique,  et  je  propose 
en  conséquence  l’hypothèse  suivante  pour  provoquer  une  discus- 
sion. Je  citerai  d’abord  tous  les  récits  de  Pausanias  sur  le  point  en 
litige  ; mais,  pour  faciliter  la  discussion,  je  les  grouperai  en  deux 
classes  sans  tenir  compte  de  l’ordre  dans  lequel  l’auteur  les  pré- 
sente. Pausanias,  II,  xv,  4 : ockiav  ze  yp'/.ào)  zov  or/jz[j,Gv 

xal  ’^vziva  npofao'iv  's\pysÏGi  MvxYjvaz'Gvç...  d^so'zv](7av  (...mais  je 
dirai  la  cause  de  la  colonisation  et  quel  prétexte  saisirent  les 
Argiens  pour  détruire  la  ville  des  Mycéniens).  Paus.,  II,  xvi,  5 : 
Mvxr]vag  \\pysÏGi  xocOdlGV  vnb  ^rilGzantag’  ^t^Gvy^a^GVZGdV  twv 
'Ap^/dGiV  x(/.zd  zriv  iniGzpazslav  zgv  MvyxiVaÏGi  7iip.nGVGVj  dg 

(^spp.GnvXc/.g  g^^gyiy.gvzc/.  dv^pag,  g'i  AaYs^aipiGVùGig  [izziGyGV  zgv  îp^/GV' 

ZGVZG  (7(Diaiv  Gl^OpGV  zo  ©îXotqj.r/p.a  r.apo'^vvav  'ApydGvg. 

(Les  Argiens  détruisirent  Mycènes  par  jalousie;  car  les  Argiens 
restèrent  tranquilles  pendant  l’invasion  des  Mèdes,  tandis  que  les 
Mycéniens  envoyèrent  aux  Thermopyles  quatre-vingts  hommes  qui 
assistèrent  les  Lacédémoniens;  c’est  ce  qui  leur  porta  malheur, 
en  excitant  l’ambition  des  Argiens.) 

))  Vient  ensuite  le  fameux  passage  sur  les  ruines  et  les  tombeaux 
d’Agamemnon  et  de  ses  compagnons,  sur  lequel  le  docteur 
Schliemann  vient  d’attirer  si  vivement  l’attention. 

» Pausanias,  V,  xxiii,  2 (dans  la  liste  des  cités  inscrites  sur  le 
monument  commémoratif  de  la  défaite  des  Perses,  que  Pausanias 
vit  à 01ympie,et  qui  ne  parait  pas  avoir  été  un  duplicata  exact  de 
cellede  Delphes)  : ydpagzrjg'ApyslagTipvvOiGi,  UlY'Y.isîg  5s  [jdvGt 

RGrjOTwv,  YMi  'ApydG)V  Gi  AlvYc(]Y(/.g  iyGVzsg...  zgvzg)V  twv  tlgXscùy  zggyI’^z 
kd-rjij/jYJ  ep-/][iGi.  MvY'/]vaÏGt  piv  xal  TtpvvOiGt  t«v  AT/î5r/5)V  S^-spcv 

h/ivGvzG  vTiG  ’Ap7S£«v  dvYzzazGi.  (De  l’Argolide  les  Tirynthiens,  de 
laBéotie  les  seuls  Phvtéens,  et  parmi  les  Argiens  ceux  qui  hahi- 


DATE  DE  LA  PUISE  DE  MYCÈAES. 


451 


talent  Mycèiics...  De  ces  villes,  les  suivantes  étaient  de  notre 
temps  désertes.  Les  Mycéniens  et  les  Tirynthiens  furent,  après 
les  guerres  Médiqnes,  expulsés  par  les  Argiens.) 

))  Pansanias,  VII,  xxv,  5 : Myy.yjVfj'/ofç  ri  piv  T2Ïyoc  7.c<Tà 
ri  h-yvpov  ovy.  soév^/TO  vno  {ixzzdyj^TO  yjjzb.  'zy'j’zy.  toj 

£V  iino  Twv  Ro7Xo)7ro)V  xaloviiivc^v) , yc/.Ta  œjÿ.’i'Ari'j  dà  zyj.clnov^t 

Mvy.rjyaht  vh^  irdlztrLo'vxuv  tôjv  o'£tjX)v,  7a!  aXXoj  p.sv  livsc  Iz 

KXscovà?  àîLoyupovrzrj  adt^ôv,  tgo  ds  ttXsov  pdv  rip.j^o  Ig  Atoi- 

ooyiav  yy-acûzij^lovGi  noepà  ’AXsgavdpov,  w Alapdsvîog  6 ro)[^pyov 
àYYcX/av  kuioxzDGzv  Ig  ' AO^o'^y.iovç  ànc/r/^jülar  b dl  aXXog  d-^p.o;  ao/- 
70VTG  Ig  xriv  Kspévciav,  7a!  di;vaTC.)T£pa  t£  yj  Kzpvvzty.  or7-/îTopo)V  tAk-'c^^z.i 
vm  Ig  To  ImizuLhiivizo  lû£©av£7T£pa  dtai-^v  Gvvoiyrt'iiv  xoyj  Mvyrivy.tr^rj . 
(Les  Argiens  ne  parvenaient  pas  à prendre  la  forte  citadelle  de 
Mycènes  (comme  celle  de  Tirynthe,  elle  avait  été  bâtie  par  les 
Cyclopes)  ; néanmoins  le  manque  de  vivres  força  les  Mycéniens  h 
quitter  leur  ville  ; un  petit  nombre  d’entre  eux  émigra  à Gléonée- 
plus  de  la  moitié  de  la  population  se  réfugia  en  Macédoine  près 
d’Alexandre,  le  même  auquel  Mardonius,  fds  de  Gobryas,  confia 
son  message  aux  Athéniens  ; le  reste  de  la  population  émigra 
à Kérynéa.  Par  cet  accroissement  de  population,  Kérynéa  devint 
plus  puissante,  et  sa  gloire  brilla  d’un  plus  vif  éclat  dans  l’avenir, 
parce  qu’elle  avait  adopté  les  Mycéniens.) 

))  Rien  de  plus  précis  que  ce  qui  précède.  Évidemment  Pansanias 
était  parfaitement  sûr  des  faits, bien  qu’un  de  ces  faits  -—la  partici- 
pation des  Mycéniens  à la  bataille  des  Thermopyles — fùtcontrouvé, 
d’après  le  témoignage  d’Hérodote.  Les  Mycéniens  allèrent  aux 
Tliermopyles,  mais  ils  se  retirèrent  avec  les  antres  Grecs,  laissanl 
les  Spartiates  et  les  Tliespiens  avec  Léonidas.  Ouoi  qifüen  soit,  il 
paraît  qu’alors  les  Argiens  furent  si  jaloux  de  la  gloire  de  Mycènes, 
à cause  de  cette  glorieuse  bataille  {h  laquelle  les  Mycéniens 
n’avaient  pris  aucune  part),  qu’ils  entreprirent  le  siège  de  la 
grande  citadelle  cyclopéeime.  Ayant  alfamé  la  ])0[)nlation  de  la 
place,  qu’ils  ne  pouvaient  prendre  d’assanl,  ils  en  chassèrent  les 
habitants,  qui  se  réfugièrent  à Gléonée,  à Kérynéa  et  en  Macé- 
doine. Pour  la  même  raison,  les  Tiryntliiens  subirent  le  même 


45-2 


DATE  DE  LA  PUISE  DE  MYGÈNES. 


traitement;  il  est  vrai  que  Pausaiiias  ne  donne  aucun  détail  sur 
le  siège  de  leur  citadelle,  quoiqu’elle  fut  assez  remarquable  pour 
avoir  excité  en  lui  un  vif  sentiment  d’admiration. 

))  Hérodote  confirme  ce  fait  que  Mycènes  et  Tirynthe  concou- 
rurent aux  guerres  Médiques,  et  dit  que  ces  deux  villes  réunies 
équipèrent  et  fournirent  quatre  cents  hommes  à l’armée  grecque 
qui  combattit  h Platées.  Il  garde  le  silence  sur  les  conséquences 
de  cet  acte.  Examinons  à présent  un  passage  fort  différent. 

))  Pausanias,  VIII,  xxvii,  i : 1vv^\9gv  vnlp  layjjo^  ig  avvrjv  ol 
OLTZ  yai  'Ap'^/ztGVç  ïma'zi.\xiyGi  là  piv  îzi  nalaiGTipa  pJvGV  .gu 
yy.za  pjyv  ^xipav  ixac^z'^v  yjv^vvzvGVzaç  vtzg  Aaye^yjp.GUiG)U  napaGzrjvyt 
ZG)  TiGléi^Gj,  snziyn  yvOpûncùv  jù/riOzi  zg  ApyGç  sn-r]u^^r]7au  yazalu- 
cayzsg  TipuvOy  ym  Tczidcg  zs  yai  'OGUsig  yyi  Muy-huyg  yyi  yy\  si 

dl]  zc  aXX<5  rJjlxipMGuy  à’^tGXG^^GV  sv  z^  Ap^/Gll^i  ?v,  rd  rs  dnh  Ayys^aL- 
p^Gubv  d^ssazspy  zGÏg  'Ap^/stGtg  vndp'^yvzy  yyl  dp.y  kg  zGug  nspiGiyGug 
loyuy  7£vopiv'/]v  yuzGig.  (Les  Arcadiens  se  réunirent  (à  Mégalopolis) 
dans  l’intention  d’augmenter  leur  puissance,  car  ils  savaient  que 
jadis  les  Argiens  étaient  chaque  jour  en  danger  de  succomber 
dans  une  guerre  contre  Lacédémone,  et  que,  par  la  destruction  de 
Tirynthe,  Hysiée,  Ornée,  Mycènes,  Midéa  et  autres  villes  de  peu 
d’importance  de  l’Argolide,  les  Argiens  avaient  augmenté  la  popu- 
lation d’Argos,  et  que  non-seulement  ils  étaient  devenus  indépen- 
dants des  Lacédémoniens,  mais  encore  avaient  acquis  plus  de 
puissance  sur  leurs  voisins.) 

))  Ce  passage  est  confirmé  par  Pausanias  (II,  xxv,  6 et  8),  qui 
parle  en  termes  presque  semblables  de  la  destruction  d’Ornée 
et  de  Tirynthe.  Ainsi,  dans  le  paragraphe  8 : ’AvsW/ifjav  ^s  yai 
TipuvOiGug  'Ap^/sÏGi^  GuvGiyGug  npGGla^sïv  yoà  zg  Ap’^/Gg  inavË’^Gai 
ûsX^n^ayzsg.  (Les  Argiens  détruisirent  Tirynthe,  parce  qu’ils  vou- 
laient augmenter  la  population  et  la  puissance  de  la  ville  d’Argos.) 

» Il  semble  que  ce  récit  n’est  pas  seulement  en  désaccord  avec  le 
précédent,  mais  qu’il  le  contredit  de  tout  point.  Dans  le  premier, 
les  habitants  de  Mycènes  sont  chassés,  et  s’en  vont  augmenter  la 
puissance  des  autres  villes;  dans  le  second,  les  Argiens  s’attaquent 
à Mycènes  avec  le  projet  d’augmenter  le  nombre  des  citoyens 


DATE  DE  LA  [‘DISE  DE  MYCÈXES. 


453 


d’Argos,  et  d’agrandir  et  de  consolider  son  pouvoir.  Si  l’on  consi- 
dère avec  soin  les  termes  du  problème,  on  n’hésitera  pas  à préférer 
le  dernier  récit  (qui  témoigne  d’une  idée  politique  très-juste)  au 
conte  sentimental  de  la  jalousie  argienne.  Le  du  terri- 

toire argien  était  semblable  à celui  de  Tlièbes,  d’Atljènes  ou  de 
Mégalopolis,  et  l’on  ne  peut  douter  que  l’importance  d’Argos'dans 
l’histoire  grecque  ne  soit  entièrement  due  à ce  qu’elle  a pu,  dans 
un  temps  fort  reculé,  accomplir  cette  révolution  tout  à la  fois  ti  ès- 
difficile  et  très-impopulaire. 

))  Mais  est-il  possible  que  cette  révolution  se  soit  accomplie  après 
les  guerres  Médiques?  Je  ne  le  crois  pas.  Après  la  conduite  si 
patriotique  de  Tirynthe  et  de  Mycènes,  et  au  moment  où  Argos 
était  le  plus  impopulaire  dans  toute  la  nation,  le  seul  dessein  de 
détruire  des  villes  grecques  libres  aurait  provoqué  l’intervention 
de  toute  la  Grèce.  D’ailleurs,  les  anciens  historiens  gardent  le 
silence  sur  ce  point.  Hérodote  et  Thucydide  n’y  font  jamais  allu- 
sion. Mais,  ce  qui  est  encore  plus  remarquable,  Eschyle,  qui  com- 
posait des  tragédies  dont  Mycènes  était  le  théâtre  obligé,  ne  fait 
pas  une  senle  fois  mention  de  Mycènes,  et  transfère  le  palais 
d’Agamemnon  à Argos.  Il  paraît  pourtant  que  cette  erreur  a déjà 
été  remarquée  par  des  critiques  très-anciens,  puisque  Sophocle 
et  Euripide  citent  les  deux  villes,  et  les  distinguent  l’une  de 
l’autre,  tout  en  paraissant  en  confondre  les  habitants.  Étant  sur 
les  lieux,  je  n’ai  pu  reconnaître  le  tableau  qu’on  voit  au  commen- 
cement de  VÉlectre  de  Sophocle,  et  cependant  ce  tableau  sem- 
blerait avoir  été  peint  d’après  nature;  mais  il  est  plus  que  pro- 
bable que  c’est  une  œuvre  de  pure  fantaisie  ; du  moins  Mycènes  y 
occupe  une  place  éminente.  Sophocle  a inôme  écrit  une  })ièce 
ayant  pour  titre  : Azpsug  ^ UvxYiVaïat. 

» Si  l’ancienne  ville  de  Mycènes,  dont  les  habitants  avaient  com- 
battu aux  côtés  d’Eschyle  dans  la  grande  lutte  contre  les  Perses, 
n’eûtperdu  son  indépendance  qu’à  l’époque  de  l’age  mùr  (rEsclivle. 
serait-il  alors  possible  de  concevoir  une  ignorance  aussi  inexpli- 
cable que  la  sienne?  Je  pense  donc  que  le  o-'jvoiydGpôç  du  territoire 
argien  eut  lieu  longtemps  avant,  et  que  Pausanias,  induit  en 


DATE  DE  LA  PRISE  DE  MVCÈNES. 


45  i 

erreur  par  les  monuments  de  la  guerre  Médique,  l’a  placé  h une 
époque  où  cet  événement  n’aurait  pu  se  produire. 

Si  nous  remontons  dans  l’histoire  primitive,  et  si  nous  recher- 
chons à quelle  époque  Argos  attendait  journellement  une  attaque 
de  Sparte  et  se  trouvait  par  conséquent  dans  la  nécessité  de  for- 
tifier son  pouvoir,  nous  serons  naturellement  conduits  à placer 
cette  époque  non  pas  immédiatement  après  les  guerres  Médiques, 
mais  immédiatement  après  lesciuerres  deMessénie,  e'est-à-dire  après  la 
seconde  des  guerres  de  Messénie  qui  se  termina  dans  la  XXIX^  olym- 
piade. D’après  notre  chronologie  revisée,  le  développement  du 
pouvoir^de  Pheidon  à Argos  se  place  à peu  près  dans  ce  temps-là, 
c’est-à-dire  prohahlement  dans  laXXYIIP  olympiade,  que  Pheidon 
célébra  à Olympie  avec  les  Pisatains,  à l’exclusion  des  Éléens. 
Naturellement  les  Spartiates  furent  obligés  d’intervenir;  mais  la 
guerre  de  Messénie  dut  paralyser  leur  action,  du  moins  en  partie. 
Lorsque,  après  la  guerre,  Sparte  eut  accru  son  territoire  et  aug- 
menté son  prestige,  les  Argiens  durent  s’attendre  à être  attaqués 
les  premiers.  C’est  donc  à Pheidon  et  à sa  politique  que  j’attribue 
l’absorption  de  toutes  les  ])etites  villes  par  Argos,  et  peut-être 
l’exécution  de  ce  dessein  a-t-elle  été  le  secret  de  sa  grandeur. 

» Mais  comment  alors  pourrions-nous  expliquer  l’existence  de 
Tirynthe  et  deMycènes  pendant  les  guerres  Médiques?  Voici  ce  que 
je  suppose  : ces  villes,  quoiqu’elles  eussent  été  conquises  et  que 
leurs  dieux  pénates  eussent  été  transférés  à Argos,  continuaient 
néanmoins  d’exister  comme  ou  villages  : seulement  elles 

étaient  habitées  par  des  citoyens  argiens.  En  conséquence,  ces 
descendants  des  anciens  habitants  qui  embrassèrent  la  cause 
patriotique,  parce  qu’ils  n’avaient  pas  oublié  leur  histoire,  se  joi- 
gnirent à l’armée  hellénique  sous  ces  dénominations  surannées, 
que  la  nation  sanctionnait  avec  joie  afin  de  montrer  son  dédain 
pour  les  Argiens  neutres  h 

» Ce  qui  confirme  cette  opinion,  c’est  le  très-petit  nombre 


1.  Il  n’est  pas  le  moins  du  monde  nécessaire  que  les  troupes  auxiliaires  soient  venues  directe- 
ment de  Mycènes  et  de  Tirynthe;  elles  peuvent  très-bien  avoir  été  composées  d’exilés  qui  se 
seraient  réunis  sous  les  noms  de  leurs  anciennes  villes. 


DATE  DE  EA  DDISE  DE  MYCÈAES. 


155 


d’hommes  qu’ils  étaient  à môme  d'éq U iper(qiialre-viii gts  dcMycènes, 
aux  Tliermopyles;  quatre  eents  de  Mycèiies  et  de  Tirynthe  réunies, 
à Platées);  car,  à cette  époque,  les  plus  petites  villes  grecques 
elles-mêmes  avaient  nue  population  armée  considérable.  — Pla- 
tées, par  exemple,  pouvait  mettre  sur  pied  six  cents  hommes.  Il  est 
fort  probable  que  les  Argiens  furent  piqués  de  cette  bravade  et  se 
décidèrent  à détruire  complètement  ces  cités.  Ce  changement  était 
très-insignifiant  J puisque  le  avvoivdaiLÔç,  réel  était  depuis  long- 
temps un  fait  accompli;  aussi,  à l’époque  meme,  attira-t-il  à 
peine  l’attention  ; mais,  dans  la  suite  des  temps,  il  prêta  à de 
fausses  interprétations  et  induisit  les  historiens  en  erreur. 

))  Voici,  pour  conclure,  un  fait  analogue  : Pausanias(IV,xxvii,  10) 
dit  que  les  Minyens  d’Orchomène  furent  chassés  par  les  Thébains 
après  la  bataille  de  Leiictres.  Or  nous  savons  très-bien  que  la 
puissance  d’Orchomène  s’était  depuis  longtemps  évanouie  ; Tiièbes, 
dont  la  puissance  s’était  fort  accrue,  eut  à se  plaindre  de  la  con- 
duite qu’avait  tenue  sa  vassale  pendant  que  les  armées  thébaines 
luttaient  contre  Sparte;  elle  forma  donc  le  dessein  de  raser  Orcho- 
mène.  Il  ne  s’agissait  pas  de  faire  un  siège  en  règle  et  de  triompher 
d’iine  ville  libre , puisque  Orchomène  était  depuis  longtemps 
abattue  et  soumise.  Par  analogie,  je  crois  que  la  prise  de  la  grande 
citadelle  de  Mycènes  avait  probablement  en  lieu  longtemps  avant 
les  guerres  Médiques. 

))  Le  passage  explicite  deDiodorc  (XI,  lxv),  qui,  à première  vue, 
semble  confirmer  absolument  l’opinion  généralement  adoptée,  n'est 
pour  moi  qu’une  raison  de  plus  de  croire  qu’elle  est  fausse.  Diodore 
indique  la  date  avec  précision.  Il  dit  que,  dans  la  LXXYITP  olym- 
piade (468-464  av.  J. -G.),  pendant  que  les  Spartiates  luttaient 
contre  de  grandes  difficultés,  à cause  d’un  tremblement  de  terre 
qui  les  avait  éprouvés  et  d’une  insurrection  des  Ilélotes  et  des 
Messéniens,  les  Argiens  profitèrent  de  roccasion  pour  assaillir 
Mycènes.  Mais  s’ils  agissaient  ainsi,  c’est  parce  que  Mycènes,  seule 
parmi  les  villes  de  leur  territoire^  ne  voulait  pas  se  soumellre  à 
eux.  Ce  fait  prouve  clairement  ([iie  toutes  les  autres  villes,  telles 
que  Tirynthe,  Midéa,  etc.,  avaient  été  depuis  longtemps  snhjii- 


45G 


DATE  DE  LA  PRISE  DE  MYCÈNES. 


guées,  et  par  conséquent  il  dément  les  assertions  de  Pausanias. 
Diodore  énumère  ensuite  les  divers  titres  de  Mycènes  aux  anciens 
privilèges  sur  rUèræon  et  les  jeux  néméens,  et  il  ajoute,  en  con- 
formité avec  Pausanias,  que  seuls,  parmi  les  villes  argiennes,  ils 
ont  fait  cause  commune  avec  les  Grecs  aux  Thermopyles.  Les  deux 
auteurs  semblent  ignorer  que  Tyrinthe  a pris  part,  avec  Mycènes, 
à la  bataille  de  Platées.  C’est  après  avoir  attendu  lontemps  l’occa- 
sion que  les  Argiens  réunirent  alors  une  grande  force  tirée  d’Argos 
et  des  cités  alliées,  et  firent  la  guerre  à Mycènes.  Or  Mycènes  et 
Tirynthe,  en  réunissant  leurs  contingents,  avaient  envoyé  en  tout 
quatre  cents  hommes  à Platées,  et  Mycènes,  réduite  à ses  propres 
forces,  n’avait  pu  envoyer  que  quatre-vingts  combattants  aux  Ther- 
mopyles! Les  Argiens  les  défirent  d’abord  dans  une  bataille,  et  ils 
assiégèrent  ensuite  la  citadelle  ; au  bout  de  quelque  temps,  la  cita- 
delle n’ayant  plus  assez  de  défenseurs  (ce  qui  se  comprend  facile- 
ment), fut  prise  d’assaut.  Ce  fait  encore  contredit  les  assertions  de 
Pausanias.  Diodore  conclut  en  disant  que  les  Argiens  asservirent 
les  Mycéniens,  consacrèrent  la  dîme  du  butin  et  rasèrent  la  ville. 

))  Je  pense  que  mon  hypothèse  est  parfaitement  compatible  avec 
les  conclusions  que  la  critique  pourrait  tirer  de  ce  passage.  Il  est 
probablement  vrai,  je  pourrais  dire  certainement  vrai,  que  les 
Argiens  rasèrent  Mycènes  dans  la  LXXVIIP  olympiade  ; mais  ce  qui 
n’est  pas  moins  vrai,  c’est  qu’ils  rasèrent  alors  une  ville  déjà  sou- 
mise. S’ils  en  asservirent  les  habitants,  cette  mesure  fut  proba- 
blement prise  pour  punir  une  ville  assujettie  d’avoir  osé  envoyer 
un  contingent  indépendant  à une  guerre  dans  laquelle  la  ville 
souveraine  avait  décidé  d’observer  une  stricte  neutralité.  Il  me 
semble  presque  incroyable  que  les  faits  racontés  par  Diodore 
n’aient  pas  provoqué  de  tous  côtés  des  observations  critiques,  ou 
bien  qu’aucun  écho  de  ces  observations  ne  nous  soit  parvenu.  Il 
est  possible  de  trouver  une  confirmation  du  récit  de  Diodore, 
quand  il  affirme  que  Mycènes  fut  la  dernière  conquise  des  villes 
assujetties,  en  parcourant  le  catalogue  homérique  dans  lequel 
Tirynthe  est  déjà  mentionnée  comme  soumise  à Argos,  tandis  que 
Mycènes  est  encore  la  capitale  d’Agamemnon.  Mais,  même  au 


DATE  DE  LA  PUISE  DE  MVCEAES. 


iol 

temps  où  ce  catalogue  fut  compilé,  Argos  avait  déjà  conquis  tout 
le  rivage  de  la  péninsule  argolique,  et  Myccnes  est  située  dans 
l’extrême  sud  du  territoire  (principalement  corinthien  et  sicyo- 
nien),  qui  était  assigné  à Agamemnon.  Peut-être  les  traditions 
étaient-elles  encore  trop  fortes  pour  que  le  poète  osât  faire  de 
Mycènes  la  sujette  d’ Argos  ! » 

M.  A.  H.  Sayce  appelle  encore  mon  attention  sur  un  passage 
d’Homère,  qui  — dans  son  opinion  — semble  aussi  favoriser  cette 
hypothèse,  et  qui  paraît  contredire  catégoriquement  les  récits 
que  Pausanias  et  Diodore  ont  empruntés  à Éphorosh  Ce  dernier 
a apparemment  fait  une  erreur  sur  l’époque  de  Pheidon.  Le 
passage  signalé  par  M.  Sayce  est  dans  Vlliadc,  IV,  50-56  : 

Tiv  STTciTa  PowTTi;  roTvia^^Hpr,’ 

"'Htoi  eaclrpsT;  pAv  7ro)vù  cciXTarat  eîai  ttoX-zis;, 

T£  2iTàpT-/i  T£  xal  eOpua-^uia  Muxivivyi* 

Ta;  ô'.aTvspcat,  ot’  àv  rot  aTrsy^ôwvTai  TTsp't  5cxpi’ 

Tawv  cuTOi  è-yto  Trpo'aô’  laTap-at  &ù<^£  u.c-^ai'po. 

El'-;T£p  cpÔGv£to  T£  xat  oùx.  £Îw  c>''ia77£paat, 
eux  àvUCi)  Cp8cv£CU(j’,  £7T£171  TïoXÙ  O£pT£p0;  £(701. 

(La  vénérable  Hèrè  aux  grands  yeux  répondit  à Jupiter  : En 
vérité,  trois  villes  me  sont  extrêmement  chères  : Argos,  Sparte 
et  Mycènes  aux  larges  rues;  détruis  ces  villes,  si  tu  les  hais  pro- 
fondément dans  ton  cœur;  je  ne  les  protégerai  pas  et  je  ne  t’em- 
pêcherai pas  de  les  détruire,  car  si  je  te  l’interdis  et  te  défends 
de  les  détruire,  je  ne  réussirai  pas  à t’en  empêcher,  puisque 
tu  es  beaucoup  plus  fort  que  moi.)  Dans  l’opinion  de  M.  Sayce, 
il  est  évident  qu’Homère  a voulu  désigner  dans  ce  passage  la 
destruction  d’au  moins  une  des  trois  villes  qu’il  cite,  et  comme 
Argos  et  Sparte  n’étaient  pas  détruites,  la  ville  détruite  ne  pouvait 
être  que  Mycènes.  M.  Sayce  croit  pouvoir  conclure  du  mot  oty-io7y.' 
que  la  destruction  de  Mycènes  devait  être  complète.  S'il  en  est 
ainsi,  rien  ne  pourrait  mieux  prouver  la  haute  antiquilé  de  cet  évé- 
nement que  cette  citation  d’Homère. 

1.  Selon  Sayce,  quia  soigneusement  étudiii  les  IVagmenls  d'Éphoros,  cos  fragments  et  cer- 
taines autres  indications  prouvent  que  Diodore  a presque  calqué  scs  récits  sur  ceux  d'Ephoros. 
et  qu’il  n’a  fait  que  reproduire  une  très-grande  partie  de  ce  qu'Éplioros  avait  écrit. 


458 


])ATE  DE  LA  PRISE  DE  MVCÈNES. 


Je  dois  dire  que  cette  hypothèse  de  MM.  Sayce  et  Mahaffy,  en 
vertu  de  laquellè  Mycènes  aurait  été  déjà  détruite  dans  une  haute 
antiquité,  n’est  que  trop  confirmée  par  les  monuments.  Je  rappelle 
d’abord  ce  que  j’ai  dit  à cet  égard  vers  la  fin  du  chapitre  lY. 
a Du  côté  ouest,  le  mur  cyclopéen  de  ceinture  a été  démoli  sur 
une  longueur  de  46  pieds  ( iS^gSO),  et  du  côté  intérieur  l’on  a bâti, 
» pour  en  soutenir  les  ruines,  un  mur  de  petites  pierres  cimentées 
» avec  de  la  terre.  On  ne  peut  émettre  absolument  que  des  conjec- 
))  turcs  quant  à l’époque  où  fut  détruit  le  mur  cyclopéen,  et  celle  où 
» fut  bâti  le  mur  en  petites  pierres;  mais,  dans  tous  les  cas,  ces 
» deux  faits  doivent  s’être  passés  des  siècles  avant  la  prise  de 
» Mycènes  par  les  Argiens  en  468  avant  Jésus-Christ,  car  le  petit 
» mur  était  profondément  enfoui  dans  les  décombres  préhisto  - 
))  ri q lies.  )) 

Je  rappelle  en  outre  que  l’inscription  suivante,  qui,  nous  en 

ToBER’oo^JeM 

avons  la  certitude,  appartient  au  sixième  siècle  avant  Jésus-Christ, 
est  gravée  sur  un  tesson  de  cette  poterie  grecque  noire,  qui  semble 
être  au  moins  de  trois  siècles  postérieure  à la  poterie  mycénienne 
archaïque,  même  la  plus  moderne,  que  l’on  trouve  à Mycènes 
immédiatement  au-dessous  delà  couche  des  décombres  de  la  ville 
macédonienne. 

J’appelle  en  outre  l’attention  particulière  des  archéologues  sur 
la  masse  immense  d’idoles  en  forme  de  vaches  ou  de  femmes 
à cornes  ou  à têtes  de  vache,  que  j’ai  recueillies  à Mycènes 
(voyez,  par  exemple,  figures  2-ii,  111-119,  212,  327-330,  531). 
Ce  sont  sans  contredit  les  types  d’idoles  les  plus  archaïques  qu’on 
ait  encore  trouvés  en  Grèce.  On  rencontre  tous  ces  types 
d’idoles  jusqu’à  la  surface  des  couches  de  décombres  archaïques; 
il  est  donc  bien  certain  qu’ils  étaient  encore  en  usage  lors  de  la 
prise  de  Mycènes.  Mais  il  nous  paraît  parfaitement  impossible  qne 
llèrè,  la  divinité  tutélaire  de  Mycènes,  ait  encore  été  représentée 
nu  cinquième  siècle  avant  Jésus-Christ  sous  la  forme  de  la  vache 


m 


HELATIONS  ENTRE  L’ÉEYPTE  ET  jIYCÈNES. 

OU  SOUS  celle  d’idole  présentant  les  signes  caractéristiques  de  la 
vache. 

11  est  évident  que  dans  les  poèmes  homériques  Iléré  est  léinme, 
sans  aucun  des  signes  caractéristiques  de  la  vache;  elle  n’en  a 
gardé  que  l’épithéte  épithète  consacrée  par  Tustige  des 

siècles,  mais  qui  dans  Homère  ne  peut  signifier  que  la  déesse 
rfifx  grands  yeux. 

Il  nous  paraît  donc  certain  qu’à  l’époque  d’Homère  l’usage  do 
représenter  Hèrè  sous  la  forme  d’une  vache  ou  avec  les  signes 
caractéristiques  de  la  vache,  était  déjà  tombé  en  désuétude  et 
abandonné,  et  que,  par  conséquent,  la  catastrophe  de  la  grande 
destruction  de  Mycènes  doit  être  reportée  à une  époque  anté- 
homérique;  même,  en  considérant  le  caractère  des  monuments 
que  j’ai  découverts,  je  ne  vois  aucune  objection  à ce  qu’elle  soit 
attribuée  à l’époque  de  l’invasion  des  Héraclides.  En  effet,  la 
destruction  de  Mycènes  par  les  Héraclides  expliquerait  aussi  ce 
fait  étrange  qu’Oreste  n’a  jamais  régné  à Mycènes. 

Dans  l’art  de  Mycènes  je  ne  puis  découvrir  aucune  trace  d’in- 
fluence égyptienne  ; mais  une  foule  d’objets  qui  proviennent  cer- 
tainement de  l’Égypte  : par  exemple  la  masse  énorme  de  têtes 
de  vache  en  or,  l’œuf  d’autruche,  les  sphinx  (voy.  fig.  277)  et  les 
objets  de  porcelaine  égyptienne  (fig.  350-352),  nous  amènent 
à conclure  qu’il  y a eu  des  relations  suivies  entre  l’Egypte  et 
Mycènes.  Ce  qui  prouve  avec  le  plus  d’évidence  que  ces  relations 
ont  existé,  c’est  le  culte  de  la  divinité-vache  lunaire  Hèra,dont 
j’ai  prouvé  (voyez  la  note  Hèra  Boôpis  à la  fin  du  chapitre  I"0 
l’identité  avec  la  déesse  égyptienne  Isis,  qui  était  également  vénérée 
en  Égypte  comme  femme  avec  des  cornes  de  vache  (Hérodote,  H, 
41)  ; je  rappelle  en  outre  que  Isis  était  née  à Argos(Diod.  Sic.,  1, 
XXIV,  25;  Apollod.,  II,  i,  3),  et  que  Apis,  petit-fils  du  lleuve  argieu 
Inakhos  et  neveu  de  la  déesse-vache  lunaire  lo,  était  d'abord  roi 
d’Argos  ; que,  de  son  nom,  cette  ville  et  tout  le  Péloponnèse  furent 
appelés  Apia  ; que  cet  Apis  céda  à son  frère  sa  souveraineté  en 
Grèce  et  qu’il  devint  roi  d’Egypte  (Eusèbe,  Chron.,  1,  00,  127,  130. 
éd.  Aucher;  Augustin,  de  Civ,  Dca\  XVHI,  5f  ; qu'après  sa  mort  il 


460 


RELATIONS  ENTRE  L’ÉGYPTE  ET  MYCÈNES. 


fut  adoré  en  Égypte  sous  le  nom  de  Sérapis  et  sous  la  forme  d’un 
bœuf.  De  même  le  mythe  grec  fait  émigrer  la  déesse-vache  ar- 
gienne  lo  en  Égypte;  là  elle  mit  au  monde  Épaphos,  qui  n’est 
qu’un  second  nom  du  dieu-bœuf  Apis.  Mais,  selon  Diodore  de 
Sicile  (I,  XXIV,  25),  Apollodore  (II,  i,  3)  etHygin  (145),  lo  était  la 
même  divinité  que  Isis.  Tous  ces  mythes  grecs  semblent  prouver, 
non  pas  que  le  culte  de  la  déesse-vache  lunaire  est  venu  de  l’Égypte 
en  iVrgolide,  mais,  au  contraire,  qu’il  a été  importé  de  Mycènes  ou 
d’Argos  en  Égypte,  et  peut-être  les  égyptologues,  en  constatant 
l’époque  à laquelle  le  culte  d’Isis  a commencé  en  Égypte,  pour- 
raient-ils nous  donner  une  idée  de  l’antiquité  des  relations  entre 
Mycènes  et  l’Égypte.  En  effet,  le  culte  de  la  déesse  vache  lunaire 
ne  peut  pas  avoir  été  importé  d’Égypte  à Mycènes,  mais  il  doit 
nécessairement  avoir  été  introduit  de  Mycènes  en  Égypte,  puisque 
lo  était  éminemment  une  déesse  pélasgique  ; elle  avait  un  temple 
célèbre  à Byzance,  et  le  mythe  attribue  même  la  fondation  de 
cette  ville  à sa  fdle  Kéroessa,  autrement  dit,  celle  qui  porte  des 
cornes.  Le  culte  d’Io  semble  avoir  été  apporté  d’Asie  par  les 
Pélasges;  dans  tous  les  cas,  ils  l’ont  importé,  aune  époque  fort 
reculée,  en  Argolide.  Je  rappelle  que  l’on  continua,  même  dans 
les  temps  classiques,  de  donner  à la  lune  le  nom  d’Io  dans  les 
mystères  religieux  d’Argos,  et  que  ce  nom  est  purement  grec. 
(Voy.  la  note  Hèra  Boôpis  à la  fin  du  premier  chapitre.) 

Pour  conclure,  je  ferai  remarquer  qu’un  sixième  tombeau  ayant 
été  découvert  dans  l’agora  de  Mycènes  après  mon  départ,  on  s’est 
efforcé  de  nier  l’identité  de  ces  sépulcres  avec  ceux  que  la  tradition, 
dontPausanias  se  fait  l’écho,  désignait  comme  ceux  d’Agamemnon, 
de  Gassandre,  d’Euryrnédon  et  de  leurs  compagnons.  Mais  il  suffit 
de  relire  le  fameux  passage  de  Pausanias  (II,  xvi,  6)  pour  voir 
qu’il  ne  désigne  pas  clairement  le  nombre  des  tombeaux;  il  parle 
distinctement  de  six,  mais  on  peut  admettre  qu’il  y en  avait  même 
plus  de  six,  sans  faire  violence  au  texte  de  Pausanias  : 

IrjTi  piv  ^ATpi(^)ç,  sîG’î  y.(/l  o(70vg  cèv  ' Aq knaV'ii7.ovi:aç  kg 
OEinviGaç  KaT£(povev(Jsv  A^lqiGOog. 

Mon  honorable  ami,  le  célèbre  orientaliste  M.  Émile  Burnouf, 


LETTUE  DE  M.  ÉM.  BUUNOUF. 


461 


directeur  honoraire  de  l’École  française  d’Athènes^  m’écrit  : « Je 
ne  crois  pas  difficile  de  prouver  que  les  tombeaux  de  Mycènes  sont 
bien  ceux  des  Pélopides;  leur  place  dans  l’acropole  et  la  masse  des 
objets  précieux  qu’ils  renfermaient  montrent  clairement  que  ce 
sont  des  tombes  royales  et  non  celles  de  particuliers.  L’enceinte 
circulaire,  construite  à un  niveau  supérieur,  dans  un  temps  où  ces 
princes  étaient  passés  à l’état  de  héros  tutélaires,  prouve  la  meme 
chose  ; elle  a pu  servir  à' agora  comme  les  textes  l’indiquent;  mais 
elle  a été  certainement  aussi  une  enceinte  funéraire  où  ont  été 
célébrés  des  sacrifices  en  l’honneur  des  morts  placés  au-dessous  ; 
vous  y avez  trouvé  la  trace  de  ces  cérémonies  nationales.  Je  ne  crois 
pas  qu’on  puisse  voir  dans  les  squelettes  les  restes  des  dynasties 
antérieures  aux  Pélopides  : elles  n’ont  aucun  caractère  historique 
et  appartiennent  totalement  à la  mythologie  des  peuples  aryens.  On 
peut  objecter  qu’une  partie  notable  de  la  légende  des  Pélopides  est 
elle-même  mythologique  ; mais  ce  fait  est  commun  à toutes  les 
dynasties  préhistoriques  chez  les  peuples  aryens,  dynasties  dont  la 
réalité  n’est  cependant  contestée  par  aucun  savant.  Celle-ci  d’ail- 
leurs touche  à l’histoire,  puisqu’elle  a été  éteinte  par  l’invasion 
dorienne,  ’dont  la  date  peut  être  fixée  avec  une  grande  approxi- 
mation. 

>>  Vous  me  demandez  aussi  mon  sentiment  sur  les  objets  trouvés 
par’ vous  à Mycènes.  Il  y en  a de  plusieurs  catégories,  qu’il  serait 
imprudent  de  confondre  en  une  seule;  car  ces  catégories  portent 
les  marques  d’origines  différentes.  On  ne  peut  pas  méconnaître  le 
caractère  assyrien  ou  assyro-babylonien  des  objets  d’or  fournis 
en  si  grand  nombre  par  vos  belles  excavations  ; ces  ornements  sont 
identiques  à ceux  que  l’on  voit  sur  les  sculptures  assyriennes  des 
musées  de  Londres  et  de  Paris  ; ils  ne  ressemblent  en  rien  aux 
parures  égyptiennes.  Deux  d’entre  ces  bijoux  sont  caractéristiques 
et  pourraient  donner  lieu  à d’importantes  dissertations;  ce  sont  les 
deux  cachets  d’or  que  vous  avez  publiés  sous  les  ligures  530  et 
531.  Le  premier  représente  une  scène  religieuse,  celle  de  la  récolte 
de  la  plante  sacrée;  tout  y est  assyrien,  le  soleil  avec  le  croissant 
de  la  lune  et  les  eaux  célestes,  les  six  jours,  l'arbre,  les  costumes 


LETTRE  DE  M.  É31.  ]]UUN0ÜE. 


.i(T2 

des  personnages.  Le  second  est  une  sorte  d’hiéroglyphe  asiatique 
comme  on  en  rencontre  souvent  sur  les  cylindres  et  les  pierres 
gravées  des  pays  de  rEuphrate  et  du  Tigre  ; il  se  rapporte  certaine- 
ment h un  fait  qui  s’accomplissait  dans  le  premier  des  grands  mois 
de  l’année,  c’est-à-dire  après  l’équinoxe  du  printemps;  l’objet 
placé  à gauche  paraît  signifier  qu’il  s’agit  d’une  opération  agricole, 
récolte  ou  semailles.  Quoi  qu’il  en  soit,  ces  deux  cachets  me  sem- 
blent venus  à Mycènes  d’un  pays  asiatique,  peut-être  des  rives  de 
l’Euphrate  ou  du  Tigre.  ^ 

))  Je  n’ai  rien  à vous  dire  sur  la  masse  de  poteries  brisées  que  vous 
avez  retirées  des  excavations.  Elles  présentent  les  plus  grandes 
analogies  avec  celles  que  fournissent  presque  tous  les  rivages  médi- 
terranéens. On  les  attribue  maintenant  au  commerce  des  Phéni- 
ciens ou,  plus  précisément,  des  Sidoniens;  peut-être  y a-t-il  ici 
quelque  exagération.  Il  n’est  pas  probable  que  Sidon  ait  fourni  de 
poterie  tonte  la  Méditerranée;  en  outre  la  nature  de  la  terre 
employée  par  les  fabricants  varie  d’un  lieu  à un  autre;  mais  les 
procédés  de  fabrication  sont  à peu  près  les  mêmes  et  le  genre  d’or- 
nementation varie  peu.  On  est  ainsi  conduit  à penser  que  l’art 
du  potier  est  venu  de  fOrient  de  la  Méditerranée,  mais  que  de 
très-bonne  heure  il  s’est  établi  presque  partout  des  fabriques 
locales. 

))  Les  idoles  et  les  vaches,  trouvées  par  vous  en  si  grand  nombre 
dans  les  ruines  de  Mycènes,  sont  évidemment  des  produits  locaux. 
Si  ces  statuettes  grossières  étaient  phéniciennes  et  représentaient 
Astoretb,  ce  n’est  pas  Hèra,  mais  Apbroditè,  qui  aurait  été  la 
déesse  principale  de  l’Argolide;  on  aurait  eu,  non  un  Hèræon, 
mais  un  Apbrodision.  D’ailleurs  la  coiffure  de  beaucoup  d’idoles 
juycéniennes  caractérise  Hèra  dans  tous  les  siècles  suivants  ; et, 
comme  vous  le  remarquez  très-justement,  la  forme  de  croissant  de 
plusieurs  autres  indique  cette  vieille  divinité  lunaire  qui  portait  le 
nom  d’io  et  qui,  au  fond,  était  identique  à Hèra.  J’en  dirai  autant 
des  vaches  de  terre  cuite  ; c’est  une  erreur  manifeste  que  de  les 
identifier  au  bœuf  égyptien.  Les  musées  de  l’Europe  possèdent  un 
nombre  immense  d’Apis;  ils  ont  des  formes  et  des  marques  bien 


LETTI’vE  DE  M.  ÉAE  EEIENOUE. 


disüiictes,  qui  ne  manquent  à aueun  d’entre  eux;  ee  sont  surtout 
les  trois  grandes  taches  noires  sur  la  croupe,  le  dos  et  la  partie 
antérieure  du  corps;  les  vaches  de  Mycènes  sont  le  plus  souvent 
jaunes  rayées  de  rouge.  Il  est  vrai  qu’elles  n’ont  pas  de  mamelles, 
mais  elles  n’ont  pas  non  plus  l’organe  masculin.  A ce  propos,  per- 
mettez-moi  de  rectifier  une  erreur  devenue  classique;  les  motSj^ooç 
et  hos  de  la  mythologie  grecque  et  latine  sont  presque  toujours  tra- 
duits par  bœuf  ; cependant  ils  sont  généralement  au  féminin  dans 
les  auteurs  et  par  conséquent  désignent  des  vaches,  les  vaches  du 
soleil,  les  vaches  enlevées  par  Cacus,  abs tract œqiie  baves ^ abjura- 
Ucque  rapinœ  (Virg.);  nous  connaissons  aussi  la  vache  suprême  des 
hymnes  indiens,  c’est-à-dire  le  ciel  considéré  comme  source  de  la 
vie  cosmique  et  identique  à i’Hèra  des  traditions  grecques.  Je  ferai 
observer  que  les  anciens  peuples  agriculteurs  d’xisie  et  d’Europe 
élevaient  non  des  bœufs,  mais  des  vaches;  qu’ils  attelaient  des 
taureaux  à la  charrue  et  que  le  bœuf  était  presque  inusité  chez  eux. 
Ainsi  l’absence  de  sexe  dans  les  terres  cuites  mycéniennes  ne  laisse 
le  choix  qu’entre  la  vache  et  le  taureau;  or  la  tradition  religieuse, 
ainsi  que  l’épithète  signale  constamment  la  vache  comme 

symbole  de  Junon.  C’est  donc  cette  divinité  qui  est  figurée  par 
ces  terres  cuites.  Et  comme  vous  les  avez  trouvées  en  très-o'rand 
nombre  dans  les  excavations,  c’est  là  une  preuve  nouvelle  del’iin- 
portance  attribuée  dès  lors  en  Argolide  à cette  divinité.  Ces  conclu- 
sions sont  d’ailleurs  en  parfait  accord  avec  les  textes  homériques  et 
avec  les  traditionsreligieuses  de  toute  l’antiquité  grecque.  J’ajoute 
qu’elles  viennent  à l’appui  de  l’assertion,  souvent  combattue,  qui 
donne  aux  idoles  troyennes  la  signification  d’Athèna  glaucopis  : la 
vache  mycénienne  et  la  chouette  troyenne  sont  deux  faits  du  même 
ordre,  qui  occupent  deux  places  corres|)ondantes  dans  la  mytho- 
logie grecque  et  se  rapportent  à la  même  époque  du  développe- 
ment linguistique  dans  la  symbolique  religieuse  de  fantiipiité.  )) 

M.  Burnouf  me  fait  en  même  temps  savoir  (pf  il  a adressé  à la 
Revue  des  Deux-Mondes  un  article  dévelopjié  sur  les  fouilles  de 
Mycènes. 

Après  la  découverte  des  trésors  des  sépultures  royales,  j'eus 


464 


DON  DES  TRÉSORS  A LA  GRÈGE. 


rhoiiiieur  d’adresser  un  télégramme  à S.  M.  le  roi  des  Hellènes; 
je  l’insère  ici  avec  la  gracieuse  réponse  de  Sa  Majesté^ 

((  A Sa  Majesté  le  roi  George  des  Hellènes,  Athènes. 

» Avec  une  extrême  joie  j’annonce  à Votre  Majesté  que  j’ai 
découvert  les  tombeaux  que  la  tradition,  dont  Pausanias  se  fait 
l’écho,  désignait  comme  les  sépulcres  d’Agamemnon,  de  Gassan- 
dre,  d’Euryrnédon  et  de  leurs  camarades,  tous  tués,  pendant  le 
repas,  par  Clytemnestre  et  son  amant  Égisthe.  Ils  étaient  entourés 
d’un  double  cercle  parallèle  de  plaques,  qui  ne  peut  avoir  été 
érigé  qu’en  l’honneur  desdits  grands  personnages.  J’ai  trouvé  dans 
les  sépulcres  des  trésors  immenses  en  fait  d’objets  archaïques  en 
or  pur.  Ces  trésors  suffisent  à eux  seuls  à remplir  un  grand  musée, 
qui  sera  le  plus  merveilleux  du  monde,  et  qui,  pendant  les  siècles 
à venir,  attirera  en  Grèce  des  milliers  d’étrangers  de  tous  les  pays. 
Gomme  je  travaille  par  pur  amour  pour  la  science,  je  n’ai  natu- 
rellement aucune  prétention  à ces  trésors,  que  je  donne,  avec  un 
vif  enthousiasme,  intacts  à la  Grèce.  Que  Dieu  veuille  que  ces 
trésors  deviennent  la  pierre  angulaire  d’une  immense  richesse 
nationale. 

))  Henri  Schliemann. 

» Mycènes,  28  novembre  1876.  » 


Réponse  de  Sa  Majesté  : 

((  Monsieur  le  Docteur  Schliemann,  Argos. 

» J’ai  l’honneur  de  vous  annoncer  que  Sa  Majesté  le  Roi,  ayant 
reçu  votre  dépêche,  a daigné  me  charger  de  vous  remercier  de 
votre  zèle  et  amour  pour  la  science,  et  de  vous  féliciter  de  vos 
importantes  découvertes,  et  Sa  Majesté  espère  que  vos  efforts 
seront  toujours  couronnés  d’aussi  heureux  succès. 

))  Le  Secrétaire  de  Sa  Majesté  Hellénique, 

))  A.  Galinskis.  » 


1„  Les  deux  télégrammes  sont  en  fi  ançais  dans  le  texte.  {Note  du  traducteur.) 


CONCLUSION. 


465 


Je  ne  veux  pas  terminer  sans  citer  les  noms  de  mes  honorables 
amis,  xMM.  les  professeurs  Euthymios  Kastorkhès,  Stôphanos  Kon- 
manoudes,  et  Kokkidès,  d’Athènes,  et  sans  les  remercier  publique- 
ment des  bontés  qu’ils  ont  eues  pour  moi  pendant  les  fouilles  si 
laborieuses  que  j’ai  faites  à Mycènes. 

C’est  aussi  pour  moi  un  devoir  agréable  de  remercier  jiublique- 
nient  mon  excellent  ingénieur,  le  lieutenant  Vasilios  Drosinos, 
pour  sa  sagacité,  pour  le  soin  scrupuleux  et  l’attention  qu’il  a 
apportés  à dresser  mes  plans  de  Mycènes  et  pour  le  grand  service 
qn’il  a rendu  à l’archéologie,  en  indiquant  avec  tant  d’empres- 
sement à l’employé  du  gouvernement  grec  le  tombeau  qu’il  avait 
découvert  au  milieu  de  mes  fouilles,  et  dont  le  contenu,  grâce 
à lui,  a pu  être  conservé  pour  la  science. 


MYCÈNES. 


oO 


APPENDICE 


ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÈNES 


M.  P.  Eustratiadès,  directeur  des  antiquités  d’Athènes,  ayant  eu  l’obligeance 
de  me  donner  quelques  échantillons  des  métaux  de  Mycènes,  je  ne  crus  pouvoir 
mieux  faire  que  de  prier  le  docteur  Percy,  de  Londres,  si  connu  comme  chi- 
miste et  comme  métallurgiste,  de  vouloir  bien  en  faire  l’analyse.  Je  ne  lui 
témoignerai  jamais  assez  combien  je  lui  suis  reconnaissant  de  l’inappréciable 
rapport  qu’il  a bien  voulu  rédiger  à ce  sujet.  J’appellerai  particulièrement 
l’attention  du  lecteur  sur  les  faits  suivants  prouvés  par  l’analyse  : on  faisait 
grand  usage  à Mycènes  du  métal  qui  est  probablement  l’or  natif  ; on  y 
employait  cet  alliage  (For  et  (Vargent  où  l’argent  entre  dans  des  proportions 
considérables,  et  qui  devient  le  fameux  électrum,  quand  on  y augmente  les  pro- 
portions de  l’argent  (j’ai  trouvé  plusieurs  coupes  LVêlectruni  dans  les  ruines  de 
la  Troie  préhistorique);  enfin  l’analyse  a jeté  nue  lumière  nouvelle  sur  la  ques- 
tion du  homérique,  si  amplement  discutée  par  M.  Gladstone,  en  prouvant 
que  le  cuivre  et  le  bronze  étaient  simultanément  en  usage  dans  les  temps 
héroïques  de  Mycènes,  mais  que  le  bronze  servait  pour  fabriipier  les  armes  et 
certains  vases,  tandis  que  les  ustensiles  domestiques,  par  exemple  les  chaudrons, 
étaient  en  cuivre.  Ainsi  le  métal  d’une  épée  provenant  des  tombes  royales 
contient  un  peu  plus  de  80  pour  100  de  cuivre  et  plus  de  lo  pour  lOtt  d'élaiu  ; 
celui  d’une  anse  de  vase  contient  presque  90  pour  100  de  cuivre,  et  plus 
de  10  pour  100  d’étain;  tandis  que  le  métal  d’un  des  chaudrons  contient 


468 


APPENDICE. 


98,  47  pour  100  de  cuivre,  et  quelques  traces  seulement  d’étain.  Je  rappellerai 
au  lecteur  que,  parmi  les  liacbes  d’armes  en  bronze  trouvées  à Troie,  l’une 
ne  contenait  que  4 pour  100  d’étain,  la  seconde  8 pour  100  et  la  troisième 
9 pour  100  b 

Dans  la  lettre  suivante,  qu’il  m’a  fait  l’honneur  de  m’écrire,  le  docteur  Percy 
indique  la  marche  qui  a été  suivie  pour  faire  cette  analyse. 


Cher  docteur  Schliemann, 


Londres,  10  août  1877. 


J’ai  le  plaisir  de  vous  communiquer  les  résultats  de  l’analyse  des  divers  échantillons 
de  métal  que  vous  m’aviez  confiés  à cet  effet.  11  a fallu  beaucoup  de  temps  et  beau- 
coup de  soin  pour  parfaire  ce  travail;  je  vous  serai  très-obligé  de  vouloir  bien  faire 
savoir  au  public  que,  sauf  dans  deux  cas,  les  recherches  de  l’analyse  ont  été  complè- 
tement dirigées  par  mon  savant  aide,  M.  Puchard  Smith,  dans  le  laboratoire  métallur- 
gique de  l’École  royale  des  mines,  à Londres.  M.  Smith,  je  puis  vous  endonner  l’assu- 
rance, a montré,  dans  ce  travail  d’investigation,  beaucoup  de  conscience  et  beaucoup 
d’ardeur;  c’est  donc  à lui  que  l’honneur  en  doit  revenir.  Quelques-uns  des  résultats 
sont,  je  crois,  à la  fois  nouveaux  et  importants  pour  la  métallurgie  aussi  bien  que  pour 
l’archéologie. 

Je  suis  toujours  votre  bien  dévoué, 

John  Percy,  m.  d.,  f.  r.  s. 

Professeur  de  inétallurgie  à l’Ecoîc  royale  des  mines 
de  Londres,  etc. 


I.  — FEUILLE  D’OR  ARGENTIFERE  (Fig.  542). 

L’échantillon  pesait  en  tout  1 grain  177,  et  son  épaisseur  variait  de à—, 
de  pouce.  C’était  une  des  feuilles  d’or  dont  le  fond  des  tombeaux  était  abon- 
damment jonché  autour  des  corps.  Elle  était  toute  chiffonnée,  d’un  jaune  rou- 
geâtre, et  les  deux  faces  semblaient  avoir  été 
vernies  ou  laquées.  Une  esquisse  de  l’échan- 
lillon,  de  la  grandeur  même  de  l’objet,  est 
reproduite  ci-contre.  Quand  on  le  chauffe,  le 
métal  devient  d’une  couleur  beaucoup  plus 
pâle  et  prend  une  teinte  d’un  jaune  verdâtre; 
en  même  temps  il  s’en  dégage  une  substance 
volatile,  probablement  organique.  La  couleur 
du  métal  ne  s’altère  pas  quand  on  le  plonge 
dans  un  bain  chaud  d’alcool,  d’éther  ou  de 
benzine  ; mais,  quand  on  le  fait  bouillir  dans 
une  forte  solution  aqueuse  de  potasse  caustique, 
il  perd  sa  teinte  rouge  et  devient  plus  pâle,  moins  pâle  cependant  que  quand  on 
le  chauffe.  7^  de  grain  du  métal,  nettoyé  avec  de  l’eau  chaude,  une  solution 


Fig.  542.  — Morceau  d’uiie  feuille  d’or 
argentifère.  Quatrième  tombeau  ; gran- 
deur réelle. 


1.  Voyez  Troie  et  ses  ruines,  p.  361. 


ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÈNES. 


4C9 


d’acidc  chlorhydrique,  et  soumis  à uu  froltement  doux,  a perdu  15  millièmes 
de  grain,  soit  1,28  pour  100.  Le  de  grain  du  métal  nettoyé  soumis  à l’ana- 
lyse a donné  les  résultats  suivants: 


COMPOSITION  POUR  100 


Argent 
Cuivre 
Plomb 
Fer.  . 


99.20 


D’après  la  composition  du  spécimen,  on  peut  inférer  ({u’il  provenait  d’un 
alliage  artificiel;  car  la  proportion  du  cuivre  et  du  plomb  y dépasse  de  beaucoup 
celle  qu’on  trouve  dans  Y or  natif,  quelle  qu’en  soit  la  provenance.  La  présence 
du  plomb  est  due  probablement  à ce  fait,  que  l’argent  employé  pour  l’alliage 
avait  été  raffiné,  quoique  imparfaitement,  à l’aide  du  plomb.  Si  la  proportion 
d’argent  est  si  considérable,  c’est  peut-être  qu’on  avait  employé  l’argent  pour 
économiser  l’or.  Un  alliage  composé  de  75  pour  100  d’or  et  de  25  pour  100 
d’argent  a une  couleur  marquée  d’un  jaune  d’or.  Mais  quand  l’argent  est  dans 
la  proportion  de  33,33  pour  100,  l’alliage  est  d’une  couleur  beaucoup  plus  pâle  ; 
un  alliage  où  l’argent  entrerait  dans  des  proportions  plus  considérables  ne  pour- 
rait plus  être  appelé  de  l’or  ; la  présence  du  cuivre  empêcherait  l’or  de  prendre 
la  teinte  pâle  que  lui  donne  l’argent. 

L’altération  de  couleur  qui  se  produit  quand  on  chauffe  le  métal  peut  pro- 
venir non-seulement  de  ce  que  l’on  enlève  de  la  suiTace  un  enduit  de  matière 
organique,  mais  encore  de  Faction  suivante.  C’est  un  fait  bien  connu  que  dans 
un  alliage  d’argent  et  d’or,  lorsque  l’argent  est  en  proportion  assez  considérable 
pour  donner  sa  propre  conleur  à l’alliage,  on  peut  rendre  à l’alliage  la  couleur 
de  l’or,  en  éliminant  l’argent  à la  surface.  On  peut  arriver  à ce  résultat  par 
plusieurs  procédés,  dont  quelques-uns,  il  y a lieu  de  le  croire,  étaient  connus 
des  anciens.  Quand  les  alliages  d’argent  et  d’or  semblables  à ceux  dont  nous 
venons  de  parler  ont  repris  la  couleur  de  l’or  par  un  des  procédés  eu  question, 
et  qu’on  les  chauffe  jusqu’au  rouge  pendant  un  certain  temps,  ils  reprennent 
leur  première  couleur  d’argent.  Les  grandes  monnaies  ovales  des  Japonais,  qui 
ressemblent  à des  médailles,  fournissent  une  excellente  démonstraiion  de  ce 
fait.  Dans  le  laboratoire  de  FEcole  royale  des  mines,  on  a trouvé  qu’une  de  ces 
pièces  se  compose,  au  poids,  de  deux  parties  d’argèiit  et  d’une  partie  d'or. 
Quand  on  chauffe  suftisamment  cet  alliage,  il  devient  presque  aussi  blanc  que 
l’argent;  si  on  le  traite  ensuite  par  l’acide  sulfuriipie  chaud,  il  reprend  sa  pre- 
mière couleur  d’or. 


/i.70 


APPENDICE. 


IL  ~ OR  EN  FEUILLE  (Fig.  543). 


L’écliantillon  pesait  en  tout  1 grain  ; son  épaisseur  était  d’environ  de 
pouce.  Sa  densité  spécifique  à GO  degrés  F.  était  18,867. 
Une  esquisse,  de  la  grandeur  de  l’objet,  est  reproduite 
ci-contre.  Cet  échantillon  était  jaune,  mou,  ductile,  et 
portait  à la  surface  des  marques  ou  indentations  ; la  surface 
en  feuille.  Quatrième  P^^r^lSSait  legeremeilt  terme.  Apres  avoir  procédé  au  net- 
tombeau, grandeur  réelle.  toyage,  en  employant  Peau  chaude,  la  solution  d’acide  chlor- 
hydrique et  le  frottement  doux,  j’ai  trouvé  que  le  métal 
pesait  1 grain  0 avait  donc  perdu  au  nettoyage  0,235  pour  100.  L’analyse 
d’un  grain  du  métal  nettoyé  a donné  les  résultats  suivants  : 


COMPOSITION  POUR  100 

Or 

Argent . . 

Cuivre 

Fer 


89.30 

8.55 

0.57 

0.20 


98.  G8 

L’absence  de  plomb  donne  à penser  que  le  métal  est  peut-être  de  l’or  natif  ou 
a été  préparé  avec  de  l’or  natif,  dont  l’argent,  dans  des  proportions  variables, 
est  toujours  un  des  éléments  constitutifs. 


IlL  _ MORGEAU  D’UN  VASE  D’ARGENT  (Fie.  544,  545). 

L’esquisse,  de  la  grandeur  de  l’objet,  est  reproduite  ci-après.  Ce  fragment 
avait  une  courbure  très-marquée,  parce  qu’il  provenait  d’un  vase  creux  tà  parois 
minces. 

L’échantillon  pesait  en  tout  44  grains  Le  métal  était  très-corrodé  sur  les 
deux  faces.  La  surface  convexe  ou  extérieure  était  complètement  couverte  d’une 
croûte  assez  irrégulière,  tandis  que  la  surface  concave  ou  intérieure  n’était  qu’en 
partie  couverte  d’une  croûte  semblable,  et  en  partie  d’une  pellicule  jaunâtre  qui 
se  ternissait.  Quand  on  casse  la  croûte  en  travers,  on  voit,  à l’inspeclion  de  la 
cassure,  que  la  croûte,  des  deux  côtés  du  métal,  se  compose  de  deux  couches 
distinctes;  la  couche’ la  plus  voisine  du  métal  est  noire,  terne,  un  peu  sectile  et 
facile  à casser;  tandis  que  la  couche  extérieure  était  d’un  gris  clair,  molle, 
sectile  et  semblable  à de  la  cire.  En  plusieurs  endroits  le  métal  était  complète- 
ment rongé.  La  croûte  a été  enlevée  par  l’emploi  de  l’eau  chaude  contenant  de 
l’ammoniaque  et  par  un  frottement  doux;  le  métal  qui  est  resté  était  cassant. 


ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÈNES. 


471 


plein  de  trous  à la  surface,  d’un  blanc  terne  à la  cassure  et  rempli  de  petites 
cavités  irrégulières;  même  en  employant  le  microscope  on  n’a  constaté  ni  fibres 
ni  structure  cristalline.  En  recuisant  le  métal  on  lui  a rendu  à un  degré  sensible 


Surface  convexe.  Surface  concave. 

Fig.  5i4,  545.  — Fragment  d’un  vase  d’argent.  Quatrième  tombeau  ; grandeur  re'elle. 


sa  mollesse  et  sa  malléabilité.  L’épaisseur  du  spécimen,  en  y comprenant  la 
croûte  d’un  seul  côté,  était  de  ^ de  pouce  ; dans  les  endroits  où  la  croûte  était  le 
plus  épaisse,  l’épaisseur  du  spécimen  était  de  de  pouce.  L’épaisseur  du  métal 
après  l’enlèvement  complet  de  la  croûte  par  l’opération  indiquée  plus  haut 
était  de  ^ de  pouce. 

On  a pris,  pour  l’analyser,  une  partie  de  réchantillon  à laquelle  la  croûte 
adhérait  seulement  du  côté  extérieur  ou  convexe,  tandis  qu’elle  avait  à peu  près 
disparu  de  l’autre  côté;  la  quantité  sur  laquelle  on  devait  opérer  était  de 
15  grains  En  renouvelant  à plusieurs  reprises  le  lavage  dans  une  eau  chaude 
ammoniacale  de  concentration  moyenne,  le  frottement  doux  et  le  lavage  dans 
l’eau  chaude,  on  a pu  enlever  aisément  la  croûte;  une  grande  partie  de  cette 
croûte  était  dissoute  par  l’eau  ammoniacale  qui  devenait  d’un  bleu  pâle;  tandis 
que  la  partie  insoluble  demeurait  sous  la  forme  d’une  poudre  d’un  brun  noir, 
mélangée  de  quelques  parcelles  d’argent  métallique.  Le  métal,  séché  après 
l’opération,  pesait  11  grains  Le  métal  lui-même  (1),  la  portion  de  la,  croûte 
soluble  dans  l’eau  ammoniacale  (:2)  et  le  résidu  insoluble  dans  l’eau  ammo- 
niacale (3)  furent  l’objet  de  trois  analyses  séparées,  dont  voici  les  résultats  : 

COMPOSITION  POUR  100 


I . Métal.  Argent 71.00 

Or 0.“2“2 

Cuivre :2. 12 

Plomb O.oo 

Fer 0.00 

Chlore traces 

7 l ..  00 

A reporter 7i.00 


472 


APPENDICE. 


74.66 

2.  Croûte.  Chlorure  d’argent 19.98 

Portion  insoluble  dans  Protoxyde  de  cuivre)  ^ 

l’eau  ammoniacale.  (Oxyde  noir).  i 

Chlore 0.15 

Cuivre 0.13 

Acide  sulfurique traces 

Acide  carbonique)  ^ 

Eau . ' j 

21.97 

3.  Croûte.  Or 0.05 

Portion  insoluble  dans  1-36 

l’eau  ammoniacale.  P‘’Oloxytle  de  cuivrej ^ 

(Oxyde  noir).  j 

Carbonate  de  chaux . 1.36 

Silice.  ^ 


Peroxyde  de  fer.f  .......  0.30 

Alumine.  ) 

3.16 


99.79 


La  composition  pour  100  du  métal,  sans  y comprendre  la  croûte,  telle  qu’elle 
a été  analysée  précédemment,  est  donnée  ci-dessous;  mais  on  ne  peut  pas  en 
inférer  avec  certitude  que  le  métal  primitif  offrait  exactement  la  même  compo- 
sition que  celle  qui  résulte  de  l’analyse,  parce  que  quelques-uns  des  éléments 
(lui  y entraient  peuvent  n’avoir  pas  été  éliminés  pendant  la  corrosion  dans  les 
mêmes  proportions  relatives  ou  ils  existaient  dans  l’alliage  primilif. 


COMPOSITION  POUR  100 

Argent . . . 

Or 

Cuivre 

Plomb 

Fer 


95.59 

0.30 

3.23 

0.44 

0.12 


99.68 

Une  portion  de  la  croûte  chauffée  dans  un  tube  de  verre  a donné  de  l’eau,  et 
il  y a eu  des  taches  jaunes  sur  le  verre. 

Une  portion  de  la  croûte  traitée  par  une  solution  d’acide  chlorhydrique  entra 
en  effervescence,  l’acide  devint  d’un  bleu  pâle,  et  l’on  constata  qu’il  contenait  du 
cuivre  et  de  la  chaux. 

La  croûte  a été  examinée  au  microscope;  mais  on  ne  put  y découvrir  aucune 
trace  de  structure  cristalline.  L’analyse  qualitative  d’une  portion  de  la  croûte 
intérieure  montra  que  la  composition  était  semblable  à celle  de  la  croûte 
extérieure. 


ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÈNES. 


473 


lY.  — MORCEAU  D’UNE  ÉPÉE  DE  BRONZE  (Fig.  546;. 


Fig.  540.  — Fragmenl 
d’une  épée  de  bronze. 
— Quatrième  lornbcau. 
Les  dimensions  sont  in- 
dii^uées  en  fractions  de 
pouce. 


Le  poids  de  réchantillon,  y compris  l’incrustation,  était  de  585  i^rains  ; il  avait 
1 pouce  - de  long,  et  l’épaisseur  variait  de  ^ de  pouce. 

Le  lecteur  trouvera  ci-contre  une  esquisse  de  la  section  du  spécimen.  Le 
fragment  tout  entier  était  revêtu  d’une  ou  plusieurs  couches  irrégulières  d’une 
certaine  substance,  qui  varient  dans  leurs  caractères  chimiques  et  physiques 
aussi  bien  que  dans  leur  épaisseur.  Au  centre,  quand  la 
-croûte  eut  disparu,  l’épaisseur  du  métal  solide  variait  entre 
quatre  et  cinq  huitièmes  de  pouce. 

Un  côté  était  principalement  incrusté  de  taches  irrégu- 
lières d’une  substance  terne,  terreuse,  non  cristallisée,  dont 
les  teintes  variaient  du  vert  au  brun  ; cette  substance  se 
composait  de  carbonate  vert  et  d’oxj'chlorure  de  cuivre  en 
proportions  différentes  ; on  remarqua  sur  l’autre  face 
quelques  menus  cristaux  d’un  vert  pâle,  semblables  à des 
aiguilles  ; on  observa  aussi  de  minces  couches  irrégulières 
ou  taches  de  cristaux  verts  et  bleus  qui  variaient  de  nuance  et 
d’éclat.  On  reconnut  que  les  cristaux  verts  étaient  du  carbonate  vert  de  cuivre, 
contenant  par  places  plus  ou  moins  d’oxychlorure  de  cuivre,  et  que  les  cristaux 
bleus  étaient  du  carbonate  bleu  de  cuivre.  Une  extrémité  du  spécimen  était  cou- 
verte d’une  croûte  vert  foncé  d’un  lustre  velouté  ; on  reconnut  qu’elle  se  composait 
de  menus  cristaux  transparents  d’oxychlorure  de  cuivre;  l’extrémité  opposée  qui 
était  plate  et  semblait  avoir  été  coupée  ou  frottée  était  recouverte  principale- 
ment d’un  oxyde  rouge  de  cuivre  non  cristallisé,  d’un  rouge  foncé  ; une  dépres- 
sion de  la  surface  était  bordée  d’une  croûte  d’un  vert  sombre  velouté  ; sur  les 
bords,  là  oû  la  partie  extérieure  de  la  croûte  avait  été  brisée  et  avait  disparu,  il 
y avait  une  couche  opaque  d’un  blanc  terne  de  bioxyde  d’étain,  et  des  deux  côtés 
de  cette  couche  il  y avait  d’autres  couches  d’un  oxyde  rouge  de  cuivre  compact 
et  d’un  rouge  foncé  ayant  de  place  en  place  des  cavités  remplies  de  cristaux  de 
la  même  substance,  transparents  et  d’un  rouge  rubis.  Quand  l’incrustation  exté- 
rieure eut  été  ensuite  enlevée,  on  trouva  que  ces  substances  s’étendaient  plus  ou 
moins  loin  sur  U surface  qui  était  dessous. 

Le  spécimen  fut  coupé  en  travers,  au  centre,  quand  des  portions  de  l’incrusta- 
tion eurent  été  détachées  ; de  la  sorte,  la  structure  du  spécimen  et  la  nature  des 
substances  qui  formaient  l’incrustation  pouvaient  être  bien  observées.  Les  sub- 
stances se  sont  généralement  présentées  dans  l’ordre  suivant,  en  allant  du  dedans 
au  dehors  : 

I.  — Métal  solide. 

II.  — Parcelles  de  métal  ressemblant  à de  la  limaille,  et  plus  ou  moins 
mélangées  d’une  substance  d’un  gris  verdâtre  terne  qui  contenait  du  chlore,  du 
cuivre  et  de  l’étain. 


474 


APPENDICE. 


III.  — Une  couche  compacte,  molle  et  d’un  vert  pâle  terne,  qui  se  composait 
principalement  de  carbonate  de  cuivre,  contenant  du  chlore,  probablement  en 
combinaison  comme  oxychlorure  de  cuivre,  et  un  peu  de  bioxyde  d’étain. 

IV.  — Oxyde  rouge  de  cuivre,  dont  la  couleur  variait  du  rouge  brique  au 
rouge  foncé,  compacte,  terne  et  opaque,  et  en  partie  cristallisé. 

V.  — Dioxyde  d’étain  ; en  rexaminant  au  microscope,  on  découvrit  qu’il  était 
veiné  de  petites  couches  minces  d’oxyde  de  cuivre  rouge. 

VI.  — Oxyde  rouge  de  cuivre,  ayant  les  mêmes  caractères  que  celui  du 
numéro  IV. 

VII.  — Taches  irrégulières  de  substances  amorphes  et  cristallisées  de  nuances 
variées,  vertes,  bleues  et  brunes,  comme  celles  qui  ont  été  décrites  précé- 
demment. 

Cet  ordre  de  superposition  n’était  pas  toujours  observé;  ainsi,  à plusieurs 
places,  il  y avait  une  couche  d’oxyde  de  cuivre  rouge  dans  le  numéro  III. 

Quand  on  eut  fait  disparaître  l’incrustation  en  sciant  le  spécimen  par  le  milieu 
et  en  le  limant,  on  constata  que  le  métal  était  pur  et  sans  cavités.  La  cassure 
était  d’un  rouge  de  cuivre  tirant  sur  le  jaune,  et  présentait  de  fines  granulations. 

Des  portions  de  métal  absolument  débarrassées  d’incrustations  furent  choisies 
pour  l’analyse. 

COMPOSITION  POUR  100 


I 

II 

Moyenne, 

Cuivre.  . . 

, . 86.41 

86.31 

86.36 

Étain.  . . . 

, . 13.05 

13.07 

13.06 

Plomb  . . 

. . . . 

. . — 

0.11 

0.11 

Fer  , . . 

. . 0.17 

__ 

0.17 

Nickel  . . 

. . 0.15 

— 

0.15 

Cobalt  . . 

. . . . 

. . traces 

— 

traces 

9^^ 

Le  poids  spécifique  du  métal  était  8,858  à 60  degrés  F. 

On  employa  pour  l’expérience  une  portion  de  métal  pur  et  solide  pesant 
24  grains 

Les  substances  qui  formaient  l’incrustation  n’ont  pas  pu  être  assez  parfaite- 
ment isolées  les  unes  des  autres  pour  qu’il  fût  possible  de  les  analyser  à part. 


V.  — FRAGMENT  D’UNE  ANSE  DE  VASE  EN  BRONZE 
(Fig.  547  à 549). 

Des  esquisses  de  la  grandeur  de  l’objet  sont  reproduites  parles  figures  547-549. 
Cette  anse  est  en  ligne  courbe;  sur  la  partie  convexe,  il  y a trois  lignes  en  creux, 
qui,  sans  aucun  doute,  devaient  faire  partie  d’une  ornementation.  Elle 
était  recouverte  partout  d’une  incrustation  qui  s’était  formée  sous  l’action  des 
influences  atmosphériques.  Sur  la  surface  convexe,  la  couleur  dominante  était 


ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÉXES. 


i75 


le  verl,  entremêlé  eà  et  là  de  taches  d’un  gris  bleu  ou  d’un  bleu  foncé  ; sur  la 
surface  convexe,  la  croûte  était  beaucoup  plus  mince  et  d’un  vert  plus  uniforme. 

547  549 


Fig.  547  à 549.  — Anse  de  vase  en  bronze.  Plan  (547).  — Élévation  en  coté  (548). 
Élévation  à l’extrémité  (549);  grandeur  réelle. 


Il  est  impossible  de  décrire  ces  apparences.  La  partie  à analyser  avait  été  débar- 
rassée avec  la  lime  de  ses  incrustations.  L’analyse  a été  faite  dans  le  laboratoire 
de  l’École  royale  des  mines  par  M.  W.-F.  Ward. 

COMPOSITION  POUR  100 


Cuivre 89.69 

Étain 10.08 

99.77 

C’est  là  la  composition  la  plus  ordinaire  du  bronze  antique.  Ici  le  métal  paraît 
avoir  été  d’une  pureté  exceptionnelle. 


VI.  — FRAGMENT  D’UN  CHAUDRON  DE  CUIVRE 

PROVENANT  DU  QUATRIÈME  TOMBEAU. 

Ce  spécimen  était  d’un  seul  morceau,  tout  bosselé,  de  forme  irrégulière,  avec 
des  bords  déchiquetés;  il  pesait  environ  800  grains;  son  épaisseur  variait  d'un 
vingt-cinquième  à un  trentième  de  pouce.  Il  y avait  trois  rivets  de  métal,  dont 
les  bouts  ressortaient  d’un  côté  d’environ  un  huitième  de  pouce;  il  n'y  avait 
qu’un  trou  sans  rivet.  En  donnant  quelques  coups  de  lime,  on  constata  que  le 
métal  du  rivet  semblait  avoir  la  même  couleur  que  celui  du  fragment.  Il  n’y 
avait  pas  trace  de  l’objet  qui  avait  été  fixé  au  chaudron  par  ces  rivets.  Um\des 
surfaces  du  spécimen  semble  avoir  été  originairement  incrustée  d’une  substance 
bleue  et  grise;  entre  cette  substance  et  le  métal,  il  y avait,  comme  d'habitude, 
un  mince  revêtement  d’oxyde  de  cuivre  rouge  ; sur  l’autre  surface,  celle  où 
apparaissent  les  pointes  saillantes  des'  rivets,  le  métal  était  recouvert  d'abord 
d’oxyde  rouge  de  cuivre  et  ensuite  d’une  substance  brune  d'un  vert  foncé. 


476  APPENDICE.  - ANALYSE  DES  MÉTAUX  DE  MYCÈNES. 


entremêlé  çà  et  là  de  taches  vert  clair,  bleu  foncé,  et  vert  foncé  surtout  autour 
du  bout  des  rivets. 

Certaines  parties  de  la  feuille  de  métal  ont  été  chauffées  au  rouge  dans  un 
courant  d’hydrogène  où  elles  ont  acquis  la  couleur  et  l’éclat  du  cuivre.  L’eau 
qui  s’est  dégagée  pendant  cette  opération  contenait  du  cuivre  et  du  chlore,  indi- 
quant ainsi  la  présence  de  l’oxychlorure  de  cuivre  dans  la  substance  incrustante, 
une  partie  du  chlorure  cuivreux  ayant  échappé  à la  décomposition  par  l’hydro- 
gène. On  fit  bouillir  un  morceau  de  métal,  dégagé  des  incrustations,  dans  un 
flacon  contenant  de  l’acide  chlorhydrique  et  du  perchlorure  de  fer  ; la  vapeur 
qui  se  dégageait  fut  condensée  dans  un  vase  refroidi;  il  se  produisit  un  liquide, 
dans  lequel  on  trouva  de  l’arsenic  en  quantité  considérable.  Cette  opération  avait 
pour  but  la  détermination  quantitative  de  l’arsenic  sous  forme  d’arséniate 
ammoniaco-magnésien;  elle  fut  répétée  plusieurs  fois,  et  le  résultat  fut  toujours 
le  même.  Le  métal  choisi  pour  l’analyse  fut  celui  qui  avait  été  chauffé  dans  l’hy- 
drogène, comme  il  a été  dit  plus  haut.  L’analyse  a été  faite  dans  le  laboratoire 
de  l’École  royale  des  mines  par  M.  W.-F.  Ward. 

COMPOSITION  POUR  100 

Cuivre  . 

Étain  . 

Plomb  . 

Bismuth 

Argent . 

Fer  . . 

Nickel  . 

Arsenic. 

09.783 


98.47 

0.09 

0.16 

traces 

0.013 

0.03 

0.19 

0.83 


FIN 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Préface 

La  tombe  de  Spata 


CHAPITRE  PREMIER 

FOUILLES  A TIRYNTHE 


Position  de  Tirynthe.  — Description  de  Pausanias.  — Murs  cyclopécns;  ce  que  signifie 
cette  épithète,  — La  carrière.  — • Le  roclier  de  Tirynthe  et  le  mur  qui  l’entoure.  — 
Galeries,  porte  et  tour.  — Murs  et  terrasses  de  l’acropole.  — Traditions  mythologiques 
et  histoire  de  Tirynthe,  — Tirynthe  détruite  par  les  Argiens.  — Rôle  que  joue  dans 
son  histoire  le  mythe  d’Hcrcule.  — Marécages  de  la  plaine  d’Argos.  — Les  murs  de 
Tirynthe  sont  le  plus  ancien  monument  de  la  Grèce.  — Poterie,  preuve  d’antiquité. 
Commencement  des  fouilles.  — Murs  de  maisons  et  conduites  d’eau  de  construction 
cyclopéenne.  — Objets  découverts.  — Vaches  de  terre  cuite  et  idoles  féminines  à 
cornes  de  vache  ; ce  sont  des  représentations  de  la  déesse  Hèra  Boôpis.  — Idole  à 
tète  d’oiseau.  — Figure  de  bronze;  c’est  le  seul  objet  qui  soit  d’un  métal  autre  que 
le  plomb,  à Tirynthe.  — On  n’y  trouve  aucun  ustensile  de  pierre.  — Poterie.  — Débris 
helléniques  en  dehors  de  la  citadelle,  qui  était  la  cité  primitive.  — Preuves  que  la 
ville  a été  habitée  à différentes  époques.  — La  dernière  cité  de  Tirynthe.  — La 
poterie  archaïque  de  Tirynthe  ressemble  à celle  de  Mycènes.  — Comme  formes  et 
comme  décoration,  elle  dénote  une  civilisation  plus  avancée  qu’on  ne  s’y  attendrait 
en  considérant  la  grossièreté  des  murs.  — Poterie  plus  ancienne  sur  le  sol  vierge, 
mais  on  n’y  trouve  ni  vaches  ni  idoles.  — Date  probable  de  l’époque  où  la  seconde 
nation  habita  Tirynthe,  environ  1000  ou  800  avant  J.-C.  — Date  probable  de  la  con- 
struction des  murs  cyclopéens,  environ  1800  ou  1600  avant  J.-Cs  — Rien  qui  ressemble 
à la  poterie  des  strata  d’Hissarlik,  excepté  les  coupes.  — Découverte  d’un  squelette 
humain.  — Fusaïoles.  — Quantité  de  terrains  qu’il  faudra  remuer  à Tirynthe.  — 
Importance  supérieure  de  Mycènes 


CHAPITRE  II 

TOPOGRAPHIE  DE  MYCÈNES.  — PORTE  DES  LIONS  ET  TRÉSOR  D’.YTRÉE 

La  route  d'Argos  à Mycènes.  — La  plaine  d’Argos;  rivières  et  collines,  chevaux  et  végé- 
tation. — Mythe  relatif  à l’aridité  de  son  sol.  — Marais  dans  le  sud  et  fable  de  l'hydre 
de  Lerne,  — Le  développement  social  y commence  de  bonne  heure.  — Légende  de 
Phorôneus.  — L’Argos  pélasgique.  — Les  États  aebéens  d’Argos  et  de  Mycènes,  — 
Situation  de  Mycènes.  — La  citadelle  et  ses  murs  cyclopéens. — Définition  de  ce  terme. 
— « Porte  des  Lions  — La  poterne. — Citernes. — Confusion  poétique  entre  Argos 
et  Mycènes. 

La  basse  ville  : murs  de  maisons,  pont,  trésors  et  poterie.  — Mur  qui  ne  l’entoure  qu'en 
partie.  — Le  faubourg  non  fortifié  et  scs  grands  édifices.  — Son  étendue.  — Les  deux 
seuls  puits 'de  Mycènes.  — Trois  trésors  dans  le  faubourg.  — Trésors  dans  la  basse 
ville.  — Description  du  « trésor  d’Atrce  ».  — Argumentation  de  Dodwell  pour  prouver 


478 


TABLE  DES  MATIÈBES. 


que  cet  édifice  doit  être  regardé  comme  un  trésor.  — Ces  édifices  sont  d’une  con- 
struction dont  on  ne  retrouve  pas  d’exemple.  — Fouilles  exécutées  dans  le  trésor 
par  Véli-Pacha 


CHAPITRE  III 

HISTOIRE  1)E  M Y CÈNES  ET  DE  LA  FAMILLE  DE  PÉLOPS 
LES  TOMBEAUX  D’AGAMEMNON  ET  DE  SES  COMPAGNONS 

La  tradition  attribue  à Pcrsée  la  fondation  de  Mycènes.  — Sa  dynastie  remplacée  par 
celle  des  Pélopides.  — La  légende  de  leurs  crimes  inconnue  d’Homère  et  d’Hésiode. 

— Histoire  homérique  du  meurtre  d’Agamemnon  par  Égisthe  et  par  Clytemnestrc  et 
de  la  vengeance  qu’en  tire  Oreste.  — Cycle  de  crimes  imaginé  par  les  aèdes  posté- 
rieurs. — Empire  d’Agamemnon.  — Fin  de  la  dynastie  des  Pélopides  cà  Mycènes  ave^ 
Égisthe.  — Oreste  et  scs  fils.  — L’invasion  dorienne.  — Part  que  prit  Mycènes  aux 
guerres  Médiques.  — Les  Argiens  assiègent  et  prennent  Mycènes.  — Les  murs  de  la 
citadelle  épargnés  par  respect  religieux.  — Épithètes  homériques  de  Mycènes.  — Sa 
« richesse  en  or  »,  confirmée  par  Thucydide.  — Les  trésors  des  Pélopides  mentionnés 
par  Pausanias.  — Trésor  du  Hèræon  près  de  Mycènes.  — Existence  probable  d’un 
autre  trésor  à Mycènes. 

Les  tombes  royales  décrites  par  Pausanias.  — Ce  passage  est  généralement  mal  inter- 
prété. — Puits  d’essai  creusés  à Mycènes  en  février  1874.  — Commencement  des  fouilles, 

7 août  1876.  — Loge  de  gardien  à la  porte  des  Lions.  — La  cité  habitée  de  nouveau 
après  l’an  468  av.  J.-C.  — On  ne  connaît  pas  de  monnaies  mycéniennes.  — Ce  qu’on 
trouve  au-dessous  de  la  première  couche.  — Vases  archaïques  peints  comme  ceux  de 
Tiryntlie.  — Les  vases  sont  presque  tous  faits  au  tour.  — Idoles  féminines  et  vaches 
en  terre  cuite.  — Autres  idoles  et  animaux.  — Couteaux  de  fer  et  clefs  curieuses  d’une 
période  postérieure.  — Couteaux  et  pointes  de  flèche  en  bronze.  — Ustensiles  de  pierre 
et  autres  objets.  — Découverte  d’un  peu  d’or  et  d’une  grande  quantité  de  plomb.  — 
Fragments  d’une  lyre  et  d’une  flûte.  — Plaques  de  terre  cuite  ornementée,  destinées 
à la  décoration  des  parois  des  murs.  — Murs  de  maison  de  construction  cyclopéenne. 

— Une  remarqua))le  conduite  d’eau.  — Douze  réservoirs  en  forme  de  tombe.  — Deux 

stèles  funéraires  avec  bas-reliefs,  probablement  contemporains  du  bas-relief  qui  est 
au-dessus  de  la  porte  des  Lions 


CHAPITRE  IV 

FOUILLES  DANS  LA  CITADELLE  DE  MYCÈNES  (suite) 

Salaires  et  prix  du  travail  à Mycènes.  — Le  double  cercle  de  dalles.  — Encore  deux 
stèles  sculptées.  — Stèles  sans  sculptures.  — Cendres  et  ossements  près  des  stèles, 
provenant  sans  doute  de  sacrifices.  — Fragments  d’autres  stèles  funéraires.  — Le  style 
de  ces  stèles  est  unique  en  son  genre.  — Leur  date  probable  : environ  1500  avant  J.-C. 

— Maison  cyclopéenne  remplie  de  cendres  d’os,  etc.  — Objets  trouvés  en  cet  endroit 
et  dans  les  douze  réservoirs.  — Importance  significative  des  stèles  trouvées  dans  l’acro- 
pole. — Elles  désignent  les  tombes  royales  que  Pausanias  n’a  mentionnées  que  d’après 
la  tradition.  — Fouilles  dans  le  trésor  voisin  de  la  porte  des  Lions  ; il  est  à peu  près 
aussi  grand  que  celui  d’Atrée.  — Les  vases,  idoles  antiques,  etc.,  que  l’on  rencontre 
dans  les  décombres  qui  le  recouvrent  montrent  qu’il  est  enfoui  depuis  une  haute  anti- 
quité. — Idoles  de  Hèra  et  autres  trouvées  dans  le  dromos  et  dans  l’acropole  en 
grande  quantité.  — Têtes  de  vache  sur  des  anses  de  vases,  comme  à Troie.  — Moules 
pour  boucles  d’oreilles  et  autres  ornements  d’or  et  d’argent,  et  curieux  cônes  d’argile. 

— Autres  ornements  d’argile  vernie,  pierre  ollaire,  etc.  — Nombreux  objets  de  bronze. 

— Roues  curieuses.  — Coulants  de  diverses  pierres  pour  colliers,  avec  des  intailles 

d’animaux,  et  autres  objets  analogues  de  formes  différentes.  — Coupes  à deux  anses  ; 
le  ÔETTaç  àp.cpixéue>vXov  d’Homère.  — Profondeur  des  décombres.  — Brèche  dans  le 
mur  cyclopéen;  elle  est  bouchée  avec  un  mur  antique  de  petites  pierres.  — La  carrière 
de  Mycènes 


1 


TAÏUÆ  DES  MATIEDES. 


-iTO 


CHAPITRE  V 

FOUILLES  DANS  L’ACROPOLE  ET  LE  TRÉSOR  (suite).  — LA  PORTE  DES  LIONS  ET  L’AGORA 

Le  trésor  exploré  par  M“®  Schliemann.  — 11  est  plus  ancien  et  moins  somptueux  que  le 
trésor  d’Atrée.  — L’entrée,  ses  ornements.  — Poterie  archaïque  trouvée  dans  le 
passage.  — Perles  de  colliers.  — Fragment  d’une  frise  de  marbre.  — Le  seuil  de 
la  porte  des  Lions,  — Le  double  cercle  parallèle  de  dalles  n’est  probablement  pas 
d'une  antiquité  reculée.  — L’acropole  seulement  en  partie  accessible  aux  chars.  — 

Double  entrée  comme  à la  porte  Scée  à Troie.  — Corridors  et  murs  de  maisons  cyclo- 
péennes.  — Idoles  de  liera  et  pointes  de  flèche  en  bronze  et  en  fer.  — Loge  du 
gardien  de  la  porte.  — Murs  de  soutènement.  — Tour  de  l’acropole  reposant  sur 
un  mur  massif.  — Le  double  cercle  de  dalles  formait  la  clôture  des  tombes  royales 
et  de  l’agora.  — Arguments  à l’appui  de  cette  assertion.  — Objets  intéressants  trouvés 
en  cet  endroit.  — Vaste  maison  cyclopéenne  avec  citernes  et  conduites  d’eau;  c’est 
très-probablement  l’ancien  palais  royal.  — La  fontaine  Perséia.  — La  maison  n’a 
pas  de  fenêtres.  — Objets  d’art  et  de  luxe  trouvés  en  cet  endroit.  — Un  cachet 
d’onyx.  — Peintures  de  vases  représentant  des  guerriers  vêtus  de  cottes  de  mailles. 

— Poterie  façonnée  à la  main,  dans  l’acropole 180 

. CHAPITRE  VI 

LE  SECOND  GRAND  TRÉSOR 

ACROPOLE  ET  RUINES  CYCLOPÉENNES  DES  ENVIRONS  DE  MYCÈNES 

Suite  des  fouilles  dans  le  trésor  exploré  par  Schliemann.  — Le  dromos,  la  porte  et 
le  seuil.  — Objets  trouvés  en  cet  endroit.  — Idoles  de  Hèra.  — Conduites  d’eau  et 
citernes  cyclopéennes  dans  l’acropole.  — Anneaux  de  bronze.  — Poterie  portant  des 
marques  qui  ressemblent  à des  lettres.  — Boucles  d’oreilles  semblables  à celles  qui  ont 
été  trouvées  à Troie.  — Poterie  peinte,  façonnée  à la  main.  — Nouvelles  formes  d’idoles 
de  Hèra.  — Trépieds  et  berceaux  en  terre  cuite;  ce  sont  probablement  des  offrandes 
votives.  — Poinçons  d’ivoire,  perles  et  boutons.  ■—  Épée  de  bronze.  — Pinces  de  fer 
d’une  date  plus  récente.  — État  des  décombres  amoncelés  à la  porte  des  Lions.  — 
L’empereur  du  Brésil  visite  les  fouilles.  — Ascension  au  mont  Eubœa.  — Enceinte 
cyclopéenne  au  sommet  de  cette  montagne  : c’était  probablement  un  très-ancien  sanc- 
tuaire. — Autres  ruines  cyclopéennes  près  de  Mycènes.  — État  des  fouilles -l" 

CHAPITRE  VII 

PRE  1ER,  SECOND  ET  TROISIÈME  TOMBEAU,  BANS  L’ACROPOLE 

Découverte  du  tombeau  indiqué  par  les  trois  stèles  sculptées.  — Curieux  boutons  plaqués 
d’or,  objets  d’ivoire,  d’argile  cuite,  d’or,  de  verre,  de  bronze,  etc.  — Poterie  fabriquée 
au  tour.  — Poterie  façonnée  à la  main.  — Second  tombeau  au-dessous  des  stèles 
sculptées.  — Découverte  de  trois  corps  humains,  qui  ont  été  brûlés  en  partie  à l’endroit 
même  où  ils  reposent.  Quinze  diadèmes  en  plaques  d’or  minces,  trouvés  sur  les  corps. 

— Croix  formées  de  feuilles  de  laurier  en  or,  trouvées  aussi  sur  les  corps.  — Autres 
objets  curieux,  prouvant  une  certaine  connaissance  de  l’art  de  travailler  et  de  colorer 
le  verre.  — Couteaux  en  obsidienne.  — Vase  d’argent  avec  orifice  eu  bronze,  plaqué 
d’or,  et  autres  objets.  — Vases  de  terre  cuite,  avec  tuyaux  doubles  de  chaque  côté  pour 
la  suspension,  et  trépieds  dans  le  genre  des  poteries  troyennes.  — La  prés'Uice  dans  ce 
tombeau  d’un  certain  nombre  d’idoles  de  Hèra  avec  cornes  prouve  que  le  eulte  symbo- 
lique de  Hèra  sous  cette  forme  existait  dans  l’antiquité  la  plus  reculée  à Mycènes.  — 

Ce  culte  a duré  jusqu’à  la  fin  de  fexistence  de  cette  cité.  — ^ ases  primitits  eu  terre 
cuite,  fabriqués  au  tour.  — ■ Découverte  de  nouvelles  stèles  iunéraires.  Diflerents 

objets  trouvés  avec  clics.  — Le  troisième  tombeau.  — - Plusieurs  squelettes  d hommes, 
non  brûlés,  et  objets  découverts  avec  eux.  — Curieux  poignard  en  bronze  a double  lame. 

— Sur  le  point  d’être  écrasés  par  la  chute  d’un  rocher.  — iflurs  intérieurs  du  tombeau. 


480 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


— Trois  squelettes  de  femmes,  évidemment  brûlés  à l’endroit  où  ils  reposent.  — Ils 
sont  chargés  de  joyaux  en  or.  — Plaques  rondes  en  or  avec  ornementation  au  repoussé, 
trouvées  sur  tes  corps  et  dessous.  — Description  de  leurs  différents  types.  — Description 
des  autres  joyaux.  — Bijoux  pour  colliers,  avec  intailles.  — Griffons  d’or.  — La 
légende  des  griffons  vient  de  l’Inde.  — Ornements  d’or  en  forme  de  cœurs,  en  forme 
de  lions,  pour  parer  les  draperies.  — Broches  curieuses  formées  de  palmiers,  de  cerfs, 
de  lions.  — Femmes  avec  des  pigeons.  — Cinquante-trois  seiches  d’or.  — Papillons, 
cygnes,  hippocampes,  aigles,  sphinx,  arbres  et  oiseaux  en  or.  — Magnifique  couronne 
d’or  sur  la  tète  d’un  des  morts.  — Signes  curieux  à la  partie  supérieure  de  cette 
couronne.  — La  seconde  couronne  d’or.  — Encore  cinq  diadèmes  en  or.  — Croix  for- 
mées de  doubles  feuilles  d’or.  — Étoiles  d’or.  — Broche  d’or  et  autres  ornements.  — 
Colliers  et  bracelets.  — Deux  balances  en  or.  — Plaques  d’or.  — Masque  d’enfant, 
en  or.  — Autres  ornements.  — Boules,  etc.,  en  cristal  de  roche,  en  argent,  en  bronze, 
provenant  sans  doute  de  poignées  de  sceptres.  — Gemmes  lentoïdes  en  agate,  en  sar- 
doine,  etc.,  avec  intailles.  — Gemme  lentoïdc  en  améthyste,  sur  laquelle  est  gravée 
une  vache  allaitant  son  veau,  comme  sur  les  monnaies  de  Corcyre.  — Roues  en  or.  — 
Peigne  d’or  avec  dents  en  ivoire,  etc.  — Perles  d’ambre.  — Autres  ornements.  — • Mor- 
ceaux de  feuilles  d’or  répandus  sous  les  corps  et  tout  autour,  — Coupe  d’or:  — 
Curieuse  boîte  en  or,  et  vases  d’or  dont  les  couvercles  sont  retenus  par  des  fils  d’or. — 
Vase  d’argent  et  manche  de  sceptre  en  or.  — Boîtes  en  plaques  de  cuivre,  dont  l’inté- 
rieur est  rempli  de  bois;  c’étaient  peut-être  des  oreillers  pour  les  morts. — Autres 
objets  trouvés  dans  le  troisième  tombeau,  — Poterie  façonnée  à la  main  et  très- 
ancienne  poterie  travaillée  au  tour 


CHAPITRE  VIII 

LE  QUATRIÈME  TOMBEAU  DE  L’AGROPOLE  DE  MYCÈNES 

Continuation  des  fouilles  dans  l’agora  aux  endroits  où  il  n’y  avait  pas  de  stèles  pour  diri- 
ger les  recherches.  — Découverte  d’un  autel  de  construction  cyclopéenne  ; cet  autel  se 
trouve  au-dessus  du  centre  du  grand  tombeau,  qui  est  le  quatrième.  — Ce  tombeau 
contient  les  corps  de  cinq  hommes  brûlés  à l’endroit  meme  où  ils  reposent,  chargés  de 
bijoux  et  recouverts  d’une  couche  d’argile  blanche.  — Objets  découverts.  — Chaudrons 
de  cuivre.  — Dans  un  de  ces  chaudrons,  cent  boutons  plaqués  d’or  ornés  d’intailles. 

— Ce  qu’IIomère  dit  des  chaudrons.  — Tète  de  vache  en  argent,  avec  des  cornes  d’or 
et  un  soleil  d’or  sur  le  front  : c’est  une  image  de  liera.  — Têtes  de  vaches  avec  des 
haches  entre  les  cornes.  — Épées  et  lances  en  bronze.  — Fourreaux  de  bois  dorés  et 
gardes  d’épées  ornées  de  clous  d’or.  — Trois  masques  d’or  couvrant  le  visage  des  morts. 
Quatrième  masque  représentant  une  tête  de  lion.  — Deux  anneaux  à cachet  et  bra- 
celet, avec  ornements.  — L’état  de  l’art  correspond  à celui  que  décrit  Homère.  — Cui- 
rasses d’or  sur  deux  des  corps.  — Couronne  d’or  près  de  la  tête  d’un  autre,  — Orne- 
ment d’or  des  jambières.  — Le  borax  servait  alors,  comme  aujourd’hui,  pour  souder 
l’or.  — Plusieurs  exemplaires  du  oiîtaç  à!J.9ty.'J7T£A>.ov,  et  autres  vases  d’or  et  d’argent. 

— Grande  coupe  d’or,  avec  des  colombes  sur  les  deux  anses;  elle  rappelle  la  coupe  de 
Nestor  dans  V Iliade.  — "Vases  en  terre  cuite,  à deux  anses,  modelés  à la  main,  pareils 
à ceux  de  Troie.  — Ornements  d’albàtre.  — Baudriers  d'or  (Te)va[xa)vsç).  — Autres  objets 
trouvés  dans  le  tombeau,  en  cristal,  ambre,  albâtre.  — Diadèmes  d’or,  dont  quelques- 
uns  semblent  faits  pour  des  enfants;  ceinture  d’enfant;  bandeau  ou  belle-Hélène,  et 
autres  ornements  d’or.  — Haches  d’armes  à deux  tranchants.  — Les  Grecs  en  faisaient 
un  symbole,  particulièrement  à Ténédos,  — Fourche  funéraire  en  cuivre.  — Couvercles 
de  vases  en  os.  — Vase  d’argent  et  de  plomb  ayant  la  forme  d’un  animal.  — Boutons 
de  bois,  plaqués  d’or,  avec  de  magnifiques  ornements.  — Dessins  et  exécution  de  ces 
ornements.  Centaines  de  fleurs  d’or,  de  boutons  unis  et  autres  ornements  d’or.  — 
Boutons  d’or  plus  grands,  magnifiquement  ornés.  — Feuilles  d’or  répandues  à pro- 
fusion sous  les  corps,  dessus  et  autour.  — Peigne  de  bois  à manche  d’or.  — Modèles 
de  tem[»les  en  or.  — Plusieurs  seiches  en  or.  — Pommeaux  pour  gardes  d’épées, 
magnifiquement  décorés.  — Pointes  de  flèches  en  obsidienne. — Dents  de  sanglier.  — 
Grands  vases  de  cuivre.  — Habitude  de  placer  des  vases  de  cette  nature  dans  les  to:n- 


TABLE  DES  MATIÈBES.  iSI 

beaux.  — Trépied  de  cuivre.  — Usages  divers  du  trépied  dans  Homère.  — Épées, 
lances  et  couteaux  de  bronze.  — Plusieurs  épées  avec  des  morceaux  de  leurs  fourreaux 
de  bois,  des  pommeaux  en  albâtre,  des  clous  d’or,  etc.  — Restes  de  fourreaux  en  toile. 

— Écailles  d’huîtres  et  huîtres  non  ouvertes.  — Poterie  brisée  indiquant  une  cou- 
tume funéraire  qui  existe  encore.  — Les  os  des  morts.  — Vases  d'albâtre.  — Poterie 
modelée  à la  main  et  très-ancienne  poterie  fabriquée  au  tour.  — Fragments  de  coupe 
d’une  forme  caractéristique,  tantôt  en  terre  cuite  et  tantôt  en  or.  — Autre  type  de 
coupes.  — Deux  pierres  à aiguiser.  — Une  poignée  d’un  travail  unique,  en  or,  avec 
incrustation  de  cristal  de  roche  : OotOixa  tolaQx'. : 291 


CHAPITRE  IX 

LE  CINQUIÈME  TOMBEAU  ; LES  FOUILLES  REPRISES  DANS  LE  PREMIER 

Ai»iès  de  longs  siècles,  il  y a de  nouveau  une  garnison  et  des  feux  de  bivouac  sur  l’acro- 
pole de  Mycènes.  — Exploration  du  cinquième  tombeau.  — Ses  stèles  funéraires.  — 
Description  du  tombeau.  — Il  ne  contient  qu’un  seul  eorps.  — Diadème  d’or  et  autres 
objets  trouvés  dans  ce  tombeau.  — Vases  de  terre  cuite  modelés  à la  main;  l’iin  d’eux 
est  orné  de  mamelles  de  femme,  comme  les  vases  préhistoriques  de  Santorin  et  de 
Troie.  — Poterie  faite  au  tour.  — Achèvement  des  fouilles  du  premier  tombeau.  — 

Sa  position  et  sa  construction.  — Il  contient  trois  corps;  celui  du  milieu  a été  dérangé 
et  dépouillé  de  ses  ornements.  — Grande  taille  des  corps.  — Masque  d’or  et  état  du 
premier  des  cadavres.  — Merveilleuse  conservation  Ru  troisième.  — Son  lourd  masque 
d’or,  sa  face,  ses  dents.  — Description  du  corps.  — État  singulier  où  l’a  réduit  la 
compression.  — Cuirasse  d’or  et  feuilles  d’or  sur  le  front,  les  yeux  et  la  poitrine.  — 
Émotion  causée  par  cette  découverte.  — Mesures  prises  pour  conserver  et  enlever  ce 
corps.  — Son  baudrier,  son  épée  de  bronze  avec  ornement  de  cristal,  et  disques 
d’or  pour  le  fourreau;  tous  ces  objets  ont  été  faits  spécialement  pour  servir  d’orne- 
ments funéraires  et  non  pour  être  employés  aux  usages  ordinaires.  — Description  des 
cuirasses  d’or  de  ce  corps  et  du  premier.  — Épées  de  bronze  magnifiquement  ornées, 
et  autres  objets  trouvés  avec  le  troisième  corps.  — Feuilles  d’or  décorées  d’orne- 
ments, peigne  de  bois  et  épées  de  bronze  trouvés  avec  le  second  corps.  — Amas  consi- 
dérable de  débris  d’épées  de  bronze,  avec  des  couteaux  et  des  lances.  — Autres  armes, 
généralement  brisées.  — Perles  d’ambre  et  d’or,  et  différents  objets  d’or  et  d’argent. 

— Vase  d’albâtre.  — Admirables  plaques  d’or.  — Los  deux  masques  d’or  massif  de  la 
première  tombe.  — La  perfection  du  travail  dénote  une  école  d’artistes  en  possession 
d’une  longue  tradition.  — Plusieurs  grandes  coupes  d’or  et  d’argent.  — Objets  trouvés 
dans  ce  tombeau.  — Vase  d’argent,  plaqué  de  cuivre  sur  l'argent  et  d’or  sur  le  cuivre. 

— Coupe  à boire  en  albâtre.  — Plaques  d’or  on  forme  de  doubles  aigles,  etc.  — 
Fragments  de  vases  d’argent;  l’un  d’eux  a un  orifice  et  une  anse  en  or.  — Plaque  d’or 
richement  décorée,  qui  recouvre  un  cylindre  de  bois  carbonisé.  — Centaines  de  plaques 
de  boutons  en  or,  grandes  et  petites,  avec  des  ornements  variés.  — Nouveaux  types. 

— Plaques  d’or,  rubans  et  ornements  de  jambières.  — Tubes  et  boutons  en  os  ; à quoi 

ils  servaient  probablement.  — Plaque  d’ivoire  et  objet  curieux  en  porcelaine  égyp- 
tienne vernie.  — Poterie  faite  à la  main  et  au  tour.  — Sept  grands  vaisseaux  de 
cuivre,  chaudrons  et  cruches.  — Boîte  quadrangulaire  en  bois,  avec  des  reliefs  très- 
intéressants 371 

CHAPITRE  X 

RAPPORT  ENTRE  LES  CINQ  TOMBEAUX  ET  LA  MAISON  ROYALE  DES  PÉLOPIDES 
DATE  DE  L ’ A G O R A 

Discussion  sur  ce  point  ; les  cinq  tombeaux  sont-ils  les  mêmes  que  mentionne  Pausa- 
nias  comme  les  sépultures  d’Agamemuon  et  de  ses  comiiagnons'?  — Opinions  des 
savants  au  sujet  de  la  guerre  de  Troie.  — Les  anciens  sont  unanimes  à affirmer  qu’elle 
a réellement  eu  lieu.  — C’est  parce  que  l’auteur  avait  foi  dans  les  traditions  qu'il  a 
ÈNES  31 


482 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


été  amené  à découvrir  Troie  et  les  cinq  tombes  royales  de  Mycènes.  — La  civilisation 
était  plus  avancée  à Mycènes  qu’à  Troie.  — Dans  les  deux  cités,  la  poterie  est  très- 
primitive.  — L’écriture  alphabétique  était  connue  à Troie,  inconnue  à Mycènes.  — Les 
deux  civilisations,  malgré  leur  différence,  peuvent  avoir  été  contemporaines.  — La 
disposition  et  l’apparence  de  toutes  choses  dans  les  tombeaux  prouvent  que  certai- 
nement ceux  qui  reposent  ensemble  dans  le  même,  et  probablement  tous  ceux  qui 
reposent  dans  les  cinq,  sont  morts  en  même  temps.  — Vénération  traditionnelle  pour 
ces  tombeaux.  — On  élève  à plusieurs  reprises  des  monuments  sur  ces  sépultures.  — 

11  n’y  a pas  de  tombeaux  entre  les  deux  rangées  circulaires  de  dalles  obliques  qui 
formaient  à la  fois  la  clôture  et  les  bancs  de  l’agora.  — L’agora  fut  probablement 
construite  lorsque  Ton  renouvela  les  stèles  funéraires;  et  l’autel  fut  bâti  au-dessus  du 
quatrième  tombeau,  sous  l’influence  de  renlliousiasme  excité  par  les  chants  des  rha- 
psodes. — Ces  monuments  furent  ensevelis  dans  la  suite  des  siècles,  mais  le  souvenir 
de  remplacement  se  conservait  encore  par  la  tradition,  longtemps  après  la  destruction 
de  la  nouvelle  cité  de  Mycènes.  — Témoignage  de  Pausanias.  — L’énorme  richesse^ 
des  trésors  prouve  que  ce  sont  bien  là  des  sépultures  royales;  or  la  royauté,  à Mycènes, 
prit  fin  avec  l’invasion  dorienne.  — Cette  invasion  doit  être  antérieure  à la  date 
généralement  reçue  (1104  av.  J.-C.).  — Réponse  à une  objection.  — Honneurs  rendus 
aux  princes  tués,  même  par  leurs  meurtriers.  — Coutume  d’ensevelir  les  morts  avec 
leurs  trésors.  — Le  trésor  sépulcral  de  Palestrina.  — Le  tombeau  de  Nitocris  à Baby- 
lone.  — Pyrrhus  et  les  sépultures  royales  à Ægcæ.  — Le  tombeau  de  Corneto 417 

CHAPITRE  XI 

TRÉSOR  DU  TOMBEAU  SITUÉ  AU  SUD  DE  L’AGORA 

Découverte  et  description  d’un  autre  tombeau  situé  dans  l’acropole,  au  sud  de  l’agora. 

— La  maçonnerie  cyclopéenne  de  ses  parois  ressemble  à celle  des  cinq  autres  tom- 
beaux. — Bijoux  d’or  trouvés  dans  ce  tombeau.  — Gobelets  à deux  anses.  — Coupe 
d’or  sans  ornements  (çtàXri).  — Spirales  et  anneaux  en  fils  d’or  et  d’argent,  semblables 
à ceux  des  tombeaux  égyptiens.  — Bague  à cachet  couverte  d’intailies.  — Description 
complète  du  cachet.  — Les  objets  qui  protègent  les  figures  des  femmes  prouvent  que 
les  masques  n’étaient  pas  réservés  uniquement  pour  les  morts,  — Figure  destinée  à 
représenter  un  jMÜaclium.  — Six  autres  figures  grossières  qui  ressemblent  à des 
idoles  troyennes.  — Elles  rappellent  le  « casque  corinthien  » d’Athènè.  — Le  travail 
de  cet  anneau  fait  songer  à la  description  du  bouclier  d’Achille,  dans  Homère.  Opi- 
nion de  M.  Sayce.  — Bague  à cachet  plus  petite,  avec  quatre  palladia  et  trois  idoles 
de  Hèra.  — Un  beau  lion  en  or  massif.  — Coulants  d’or  provenant  d’un  collier.  — 

Os  d’animaux  trouvés  dans  cotte  tombe.  — Les  restes  humains  ont  été  probablement 
enlevés  quand  on  a construit  la  conduite  d’eau,  mais  le  petit  coin  où  étaient  enfouis 
les  bijoux  n’a  pas  été  pillé.  — Trois  curieuses  gemmes  lontoïdes  pour  colliers,  trou-, 
vées  : l’une  sur  l’emplacement  de  Phœniké,  les  deux  autres  près  de  l'ancien  Hèræon. 

— La  première  représente  des  figures  phéniciennes.  — Description  des  deux  autres. 

— Fondations  cyclopéennes  de  fancien  Hèræon  ; elles  sont  probablement  aussi 
anciennes  que  les  murs  de  Tirynthe  et  de  Mycènes.  — L’ancien  Hèræon  a été  détruit 
par  le  feu  en  423  avant  Jésus-Christ,  et  l’emplacement  en  a été  abandonné.  — 

Lettre  de  M.  Sayce.  — Lettre  de  M.  Burnouf.  — Télégramme  au  roi  de  Grèce,  et 
réponse  du  roi.  — Conclusion 433 


APPENDICE 


Analyse  des  métaux  de  Mycènes, 


46b 


FIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES 


TABLE  DES  GRAVURES 


Figures.  Pages. 

1.  Carte  do  l’Argolide 49 

2.  Vache  de  terre  cuite,  trouvée  à Tiryntlie 59 

3 à 7.  Vaches  de  terre  cuite,  trouvées  à Tirynthe 60 

8 à 11.  Idoles  de  terre  cuite,  trouvées  à Tirynthe 61 

12.  Figure  de  bronze,  trouvée  à Tirynthe 64 

13.  Vase  de  terre  cuite,  trouvée  à Tiryntlie 67 

14.  . Vase  de  terre  cuite,  trouvée  à Tirynthe  67 

15.  Fusaïole  en  pierre,  trouvée  à Mycènes 68 

16.  Ruines  du  pont  cyclopéen  à Mycènes 75 

17.  Murs  de  la  première  période 81 

18.  Murs  de  la  seconde  période 81 

19.  Murs  de  la  troisième  période 82 

-20.  Entrée  de  la  galerie  pratiquée  dans  les  murs  de  la  citadelle  de  Mycènes...  84 

21.  Porte  des  Lions 84 

22.  Plan  de  la  porte  des  Lions 88 

22  a.  Les  deux  montants  de  la  porte  des  Lions 89 

23.  Élévation  et  plan  de  la  poterne 89 

23  a.  Vase  de  terre  cuite.: 107 

24.  La  première  des  stèles  funéraires  des  tombeaux  de  Facropole 109 

25.  Vase  de  terre  cuite 119 

26.  Cruche  de  terre  cuite 120 

27.  Vase  de  terre  jaune  clair,  orné  de  lignes  noires  et  jaunes 121 

28.  Vase  de  terre  noire  et  jaune 122 

29.  Vase  de  terre  cuite;  bandes  jaunes  et  rougeâtres,  lignes  noires 122 

30  à 34.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 123 

35  à 37.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes  121 

38  à 44.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 125 

45  à 49.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 126 

50  à 54.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 127 

55  à 61.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 128 

62  à 67.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 129 

68  à 72.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 130 

73  à 78.  Fragments  de  vases  peints  de  Mycènes 131 

80.  Vase  peint,  fond  jaune,  lignes  noires,  boucliers  rougeâtres 132 

81.  Tète  humaine  sur  l’orifice  d’une  cruche 133 

82.  Tête  humaine  sur  un  fragment  de  poterie 133 


484  TABLE  DES  GRAVURES. 

Figures.  Pug-cs. 

83.  Coupe  de  terre  cuite 134 

84  â 89.  Fragments  de  poterie  peinte 135 

90  à 93.  Idoles  de  terre  cuite 136 

91  à 98.  Idoles  de  terre  cuite 137 

99  à 102.  Idoles  de  terre  cuite 138 

103  à 108.  Idoles  de  terre  cuite 139 

109  à 111.  Idoles  de  terre  cuite 140 

112.  Idole  de  terre  cuite 141 

113.  Figure  de  terre  cuite 141 

114  à 119.  Figures  d’animaux  en  terre  cuite 142 

120.  Objets  en  bronze,  en  plomb  et  en  fer 142 

121  à 125.  Couteaux  de  bronze 143 

126.  Pointes  de  flèche,  hachette  et  autres  objets  de  pierre C~  144 

127.  Fragment  d’une  lyre  en  os 145 

128.  129.  Extrémités  supérieure  et  inférieure  d’une  flûte 146 

130  à 136.  Peigne  et  aiguilles  d’ivoire 146 

137  à 139.  Ornements  en  terre  cuite 147 

140  Seconde  stèle  funéraire  des  tombeaux  de  l’acropole 149 

140  a.  Dessins  de  méandres  à lignes  droites  et  à lignes  courbes 151 

141  Troisième  stèle  funéraire  des  tombeaux  de  l’acropole 155 

142.  Quatrième  stèle  funéraire  des  tombeaux  de  l’acropole 160 

143.  Fragment  d’nne  stèle 161 

144.  Fragment  d’une  stèle  funéraire 162 

145.  Fragment  d’une  pierre  tombale 163 

146  à 148.  Fragments  de  pierres  tombales 164 

149  à 150  Fragments  de  stèles  funéraires 165 

151.  Fragment  d’une  colonne  quadrangulaire  de  porphyre  rouge 166 

152  à 154.  Fragment  de  frise 167 

155.  Poids  de  jaspe,  avec  un  trou  pour  le  suspendre 169 

156.  Fragment  d’un  vase  percé  de  trous 170 

157.  Fragment  d’un  vase  peint,  provenant  du  dromos  du  trésor,  près  de  la  porte 

des  Lions 173 

158.  Fragment  de  la  même  poterie  provenant  du  dromos 173 

159.  Idole  de  terre  cuite  à tête  de  vache,  ayant  formé  l’anse  d’un  vase 174 

160.  Idole  de  terre  cuite  à tête  de  vache 175 

161.  Idoles  à tête  de  vache  de  Hèra 176 

162.  Les  deux  faces  d’un  moule  de  granit  destiné  au  moulage  d’ornements  variés.  177 

163.  Quatre  faces  d’un  moule  en  basalte 178 

164  à 166.  Ornements  d’argile  vernie 178 

167  à 169.  Ornements  d’argile  vernie 179 

170  à 172.  Ornements  d’argile  vernie 180 

173.  Hache  en  bronze  à deux  tranchants 181 

174  à 181.  Gemmes  lentoïdes 182 

182  à 185.  Gemmes  lentoïdes  et  perle 182 

186  à 189.  Gemme  lentoïde,  cylindre  et  perles. . . 183 

190.  Disque  de  terre  cuite  avec  une  apparence  douteuse  d’inscription 184 

190  a.  Dessin  des  dalles  formant  le  double  cercle  parallèle  qui  entoure  l’agora...  187 

191.  Le  village  de  Charvati  avec  l’ancienne  carrière  de  Mycènes 189 

192  à 196.  Fragments  de  poterie  peinte  trouvée  aux  approches  du  trésor,  près  de  la 

porte  des  Lions 191 

197  à 201.  Fragments  de  poterie  peinte  trouvée  aux  approches  du  trésor,  près  de  la 

porte  des  Lions 192 

202  à 204.  Fragments  de  poterie  peinte  trouvée  aux  approches  du  trésor,  près  de  la 

porte  des  Lions 193 

205  à 209.  Perles  de  verre  et  de  spath-fluor 194 

210.  Seuil  de  la  porte  des  Lions 195 

210  a.  Banc  de  l’agora 198 


TABLE  DES  GDAVURES. 


48.3 


Figures. 

“211. 

“212. 

“213. 

“213  a,  b. 

“2  U. 

“211  a. 

215  à 216. 


“221. 

222. 

2“23. 

2“21  à 2“29. 
230. 

“231. 

232, 

“231. 

235. 

236, 

238. 

“239. 

210. 

211. 

212. 

2i3. 

211. 

215. 

216. 

217. 

218. 

219. 

250. 

251. 

252. 

253  à 255. 
256  à 260. 
261. 

262  à 263. 
261.  265. 
266. 

267,  268. 

269. 

270,  271. 

272. 

273. 

271  à 280. 
281. 

“282. 

283,  281. 
285. 

286  à 288. 
289  à 290. 
291. 

“292. 

“293. 


233. 

237. 


Poisson  de  bois 

Curieuse  idole 

Fragments  d’un  vase  peint  représentant  des  guerriers  armes 

Type  très-fréquent  de  poterie  mycénienne  peinte 

Autre  fragment  du  vase  de  la  figure  213 

Demi-colonne  cannelée  du  trésor  exploré  par  M™®  Schliemann 

Fragments  de  frises  en  marbre  blanc  et  en  marbre  bleu  trouvés  dans 

le  trésor,  près  de  la  porte  des  lions 

Bagues  de  bronze  et  fil  d’or  enroulé 

Épée  de  bronze 

Fragment  d’une  boîte  eu  ivoire 

Plan  de  stèles  trouvées  en  fouillant  le  premier  tombeau 

Objets  d’ivoire 

Pied  d’un  gobelet  noir  façonné  à la  main  

Croix  de  feuilles  de  laurier  en  or 

Fragment  d’un  vase  très-ancien  fait  au  tour 

Plan  des  pierres  sépulcrales  du  troisième  tombeau 

Objet  en  ivoire  sculpté 

Vases  de  terre  cuite,  modelés  à la  main 

Grand  poignard  de  bronze  composé  de  deux  lames  distinctes  soudées 

entre  elles 

Plaque  d’or 

Plaque  d’or  ; une  seiche.... 

Plaque  d’or  ; une  fleur 

Plaque  d’or 

Plaque  d’or  : un  papillon 

Plaque  d’or 

Plaque  d’or 

Plaque  d’or 

Plaque  d’or  : feuille 

Plaque  d’or  ; dessin  de  feuille 

Plaque  d’or  ; feuille 

Plaque  d’or  : feuille 

Plaque  d’or  : aster 

Plaque  d’or 

Coulants  en  or  perforés,  décorés  d’intailles 

Ornements  d’or 

Ornement  d’or  : griffon 

Ornements  d’or  : cœur  et  lion 

Ornement  d’or 

Ornement  d’or 

Ornements  d’or  : femmes  avec  colombes 

Ornement  d’or 

Deux  seiches  en  or 

Griffon  volant  en  or 

Ornement  d’or 

Ornements  d’or 

Magnifique  couronne  d’or  trouvée  sur  la  tète  d’un  des  personnages  du  troi- 
sième tombeau 

Diadème  d’or  trouvé  sur  la  tète  d’un  autre  personnage  du  troisième  tombeau. 

Diadèmes  d’or 

Groix  d’or 

Ornements  d’or. 

Croix  d’or 

Croix  d’or 

B oche  d’or 

Ornement  d’or 


Page-s. 

205 

205 

211 

215 

217 

218 

219 

220 
222 
229 

231 

232 
“^33 
2.36 
239 
“241 
241 
243 


244 

246 

2i6 

“217 

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248 
“248 

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249 
“250 

250 
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“251 
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“252 
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“259 
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“260 
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“261 
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“263 


“265 

266 

267 

268 

269 

270 
“271 

O-v) 


/t8G  TABLE  DES  (iBAVEBES. 

Figures.  Pages. 

!i94.  Croix  d’or 274 

295  à 300.  Ornements  d’or  pour  tenir  les  cheveux,  bracelets  et  ornements  pour  colliers.  275 

301  à 302.  Balances  en  or 276 

303  à 306.  Ornements  d’or  278 

307  à 308.  Objets  en  cristal  de  roche 279 

309  cà  310.  Sceptres  d’argent  plaqués  en  or  avec  poignées  en  cristal  de  roche 280 

311  à 315.  Coulants  d’agate  et  gemmes  lentoïdes  en  sardoine  et  en  améthyste 281 

316.  Roue  d’or] 282 

317,  318.  Coupe  et  boîte  d’or 284 

310.  Vase  d’or,  dont  le  couvercle  est  retenu  par  un  fil  d’or 286 

320  à 322.  Trois  objets  en  or 286 

323.  Boîte  formée  de  plaques  de  cuivre  et  remplie  de  bois 287 

324.  Vase  de  terre  cuite. ^ 288 

325.  Objet  en  albâtre 289 

326.  Masque  d’or  en  forme  de  tête  de  lion ] 291 

327.  Tête  de  vache  en  argent,  avec  cornes  d’or 296 

328.  Autre  vue  de  la  même  tête  de  vache 297 

329.  330.  Deux  têtes  de  vache  en  or  avec  des  doubles  haches 298 

331.  Masque  d’or,  trouvé  sur  la  face  d’un  des  morts  300 

332.  Masque  d’or 301 

333.  Deux  bagues  à cachet,  en  or 303 

334.  335.  Intailles  sur  les  bagues  à cachet 304 

336.  Bracelet  d’or 307 

337.  Magnifique  couronne  d’or  trouvée  près  de  la  tête  de  l’un  des  morts 309 

338.  Fémur  humain  portant  encore  un  ornement  d’or  pour  jambière 310 

339.  Coupe  d’or  à deux  anses 311 

340.  Coupe  d’or  à une  seule  anse 312 

341.  Flacon  d’or  pour  le  vin 312 

342.  Coupe  d’or 313 

343.  Coupe  d’or  massif,  sans  ornements 314 

344.  Coupe  d’or  massif,  à une  anse,  pesant  4 livres 315 

345.  Coupe  d’or  à une  anse 316 

346.  Coupe  d’or  avec  deux  colombes  sur  les  anses 317 

347.  Grande  coupe  d’or 320 

348.  Grande  coupe  d’argent,  richement  plaquée  d’or 321 

349.  Vase  de  terre  cuite,  fabriquée  à la  main 321 

350.  351.  Objets  de  porcelaine  égyptienne 322 

352.  Modèle  en  porcelaine  égyptienne  d’une  sorte  d’écharpe  nouée  avec  un  nœud 

coulant 323 

353.  Flacon  d’argent 325 

354.  Modèle  d’un  baudrier  d’or 326 

355.  Perles  d’ambre  pour  colliers. 327 

356.  Grand  vase  d’albâtre  â trois  anses 328 

357.  358.  Ceinture  et  belle  Hélène  en  or 330 

359  â 365.  Divers  ornements  d’or 332 

366.  Cylindre  d’or  richement  décoré,  provenant  de  la  poignée  d’un  sceptre  ou 

de  la  garde  d’une  épée 333 

367  â 370.  Ornements  d’or 335 

371  â 372.  Objets  en  cuivre. .. . 338 

373  â 375.  Deux  couvercles  de  jarres  en  os,  et  un  morceau  provenant  d’un  vase  d’albâtre.  339 

376.  Cerf  composé  d’un  alliage  d’argent  et  de  plomb 340 

377  â 381.  Boutons  d’os  recouverts  de  plaques  d’or 342 

382  â 386.  Boutons  d’os  recouverts  de  plaques  d’or 343 

387  â 401.  Plaques  d’or 345 

402  â 413.  Boutons  d’or 346 

414  â 422  a.  Boutons  d’or 347 

423.  Modèle  d’un  temple,  en  or 349 


TABLE  DES  GRAVLBES. 


487 


Figures. 

m. 

4:25,  4“26. 

427. 

428. 

429. 

430. 

431  à 434. 

435. 

436. 

437. 

438. 

439. 

440. 

441. 

442.  442  a. 

443.  444. 

445  a,  b,  c. 
446. 

447  à 449. 

450. 

451,  452. 

453. 

454. 

455. 

456. 

457. 

458. 

459. 

460. 

461. 

462. 

463  à 466. 

467. 

468,  469. 

470. 

471. 

472. 

473. 

474. 

475. 

476. 

477. 

478. 

479. 

480. 

481. 

482. 

483. 

484. 

485.  486. 
487  à 491. 
492  à 506. 
507  à 518. 
519. 

520  à 524. 


Pages. 

Seiche  eu  oi* 350 

Les  deu.\  moitiés  d’un  objet  en  forme  de  fusaïole,  formé  d’une  épaisse  plaque 
d’or 351 


Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garde  d’épée 

Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garde  d’épée 

Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garde  d’épée 

Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d'une  garde  d’épée 

Revêtement  en  or  pour  le  pommeau  d’une  garde  d’épée 

Pointes  de  flèche  en  obsidienne 

Grand  vase  de  cuivre 

Deux  grands  vases  de  cuivre  soudés  ensemble 

Grand  vase  de  cuivre  à trois  anses 

Grand  vase  de  cuivre  à deux  anses 

Trépied  de  cuivre 

Pointe  de  lance  en  bronze 

Petites  épées  de  bronze  à un  seul  tranchant 

Fragment  d’une  épée  de  bronze  à deux  tranchants.  Autre  arme,  probable- 
ment un  poignard 

Épée  de  bronze  à deux  tranchants,  et  pommeau  d’épée  en  albâtre 

Épée  de  bronze  à deux  tranchants 

Deux  épées  de  bronze  et  un  pommeau  d’épée  en  albâtre 

Mâchoire  humaine 

Cylindre  d’or  et  dragon  d’or  avec  incrustation  de  cristal  de  roche 

Coupe  d’or  richement  décorée 

Partie  supérieure  d’un  corps  trouvé  dans  le  premier  tombeau 

Baudrier  d’or  avec  un  fragment  d’épée  â deux  tranchants 

Petite  cruche  en  cristal  de  roche 

Objet  de  cristal  de  roche,  en  forme  d’entonnoir 

Cuirasse  en  or  massif,  décorée  de  dessins 

Petit  os,  avec  le  fragment  d’un  ruban  d’or  très-richement  décoré 

Deux  épées  de  bronzeiâ  garde  d’or;  boutons  d’or,  deux  plaques^M’or,  etc. 

Gland  d’or  pour  épée 

Revêtement  en  or,  pour  gardes  d’épées 

Hache  d’armes  et  épées  en  bronze 

Garde  d’épée,  plaquée  d’or  et  richement  décorée 

Objet  curieux  en  or.  Pinces  d’argent 

Plaque  d’or,  où  est  représenté  en  intaille  un  lion  chassant  un  cerf 

Plaque  d’or,  où  est  représenté  en  intaille  un  lion  saisissant  un  cerf 

Plaque  d’or,  avec  décoration  de  spirales  en  intaille 

Masque  d’or  massif  du  corps  placé  â l’extrémité  nord  du  premier  tombeau. 
Masque  d’or  massif  du  corps  placé  à l’extrémité  sud  du  cinquième  tombeau. 

Grande  coupe  d’or 

Grande  coupe  d’or 

Coupe  d’or 

Partie  supérieure  et  partie  inférieure  d’un  grand  vase  d’argent  

Grande  coupe  en  albâtre 

Doubles  angles  d’or 

Plaque  d’or  avec  dessin  au  repoussé 

Orifice  d’un  vase  d’or 

Anse  d’un  vase  en  or 

Cylindre  formé  d’une  plaque  d’or 

Boutons  d’or  avec  ornements 

Boutons  d’or  avec  ornements 

Boutons  d’or  avec  ornements 

Boutons  d’or  avec  ornements 

Ornement  d’or  pour  les  jambières 

Tubes  et  boutons  d’os 


351 

352 
3.52 

353 
353 
351 

356 

357 

358 
358 

360 

361 
361 


362 

363 
36  i 
365 
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374 
379 

381 

382 

382 

383 

38  i 

385 

386 

387 

388 

389 

39  J 
391 

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418 

371 

395 

396 

397 

398 

399 

m 

401 

402 
4 92 

403 

404 

405 
407 

409 

410 
410 


488  TABLE  DES  GRA  Y LUES. 


Figures.  Pages. 

525.  Morceaux  d’ivoire  ; peut-être  le  manche  d’un  poignard 411 

526.  Objet  en  porcelaine  égyptienne 412 

527.  Vase  de  terre  cuite,  fait  au  tour 414 

528.  Coupe  d’or  avec  des  anses  ornées  de  têtes  de  chien 433 

529.  Anneaux  d’or;  fd  d’or  en  spirale;  anneau  d’argent 436 

530.  Bague  à cachet,  tirée  du  tombeau  au  sud  de  l'agora 437 

531.  Seconde  bague  à cachet,  trouvée  dans  le  premier  tombeau 443 

532.  Lion  d’or 445 

533  à 538.  Coulants  d’or  d’un  collier 445 

539  à 541.  Trois  gemmes  lentoïdes  de  serpentine  et  d’agate,  ornées  d’intailles 446 

542.  Morceau  d’une  feuille  d’or  agentifère 468 

543.  Morceau  d’or  en  feuille 469 

544.  545.  Fragment  d’un  vase  d’argent ■ 470 

546.  Fragment  d’une  épée  de  bronze 472 

547  à 549.  Anse  do  vase  en  bronze 474 


PLANCHES 


I. 

II. 

III. 

IV. 

V. 

VI. 
VU. 


Acropole  de  Tirynthe 

Acropole  de  Mycènes,  côté  ouest 

Porte  des  Lions.  — Entrée  principale  de  l’acropole  de  Mycènes. 

Trésor  d’Atrée 

Trésor  près  de  la  porto  des  Lions 

Vue  des  tombeaux  royaux  et  du  cercle  de  l’Agora 

Acropole  de  Mycènes.  — Vue  panoramique  des  fouilles 


5o 

81 

85 

97 

Frontispice 

....  209 

....  225 


PLANS 


A. 

B. 

B B 

C. 

D. 

E. 

G. 


Acropole  de  Tirynthe. 

Acropole  de  Mycènes.  — Agora  circulaire  avec  les  cinq  tombeaux  royaux. 
Acropole  de  Mycènes  (profil). 

Plan  de  l’acropole  de  Mycènes  avec  les  fouilles  faites  par  M . Schliemann. 
Plan  de  l’ensemble  de  la  cité  de  Mycènes. 

Façade,  plan  et  profil  du  trésor  près  de  la  porte  des  Lions. 

Autel  funéraire  construit  sur  le  quatrième  tombeau. 

Acropole  de  Mycènes.  — Plan  et  coupe  du  tombeau  sud. 


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l'AHIS.  — 1 M r K I M K lU  K C.  .M  .Mi  TI.NET,  RUE  MIGNON.  2. 


ACHOI'OLE  de  TlItVM'IlE. 


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PLAN  B B. 


ACUOI'OI.E  de  Mveénes. 

iM-ofil  niDiilranl  ht  profoiKL'iir  dt's  rinq  lon\b(':uiN. 


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Citernes.  a',  h',  c',  d' . — Profil  des  tombeaux 

Trésors  en  dehors  de  la  [)orte  des  Lions,  (voyez  plan  filî). 


/'A.I.V  ('. 


HACllKTTK  a C“  1-.' 


Mycènks 


l Acropole  de  MYCENES 

AVKC  l.l''S  l'Ol  ll.I.KS 


SCHLI  EMANN 


l’iaii  ({o  I rnseiuMe 

LA  CITÉ  DE  MYCÈNES 

par  Va^tfws  Drosmos 

Lieutenant  du  Génie 


l'I.A-N  K 


PROFIL  PAR  A 15 


Façade,  plaa  et  profil  di  trésor  près  de  la  forte  des  lions. 


î 


!-Î.AX  SUIÎ  LE  SOL 


A U T i:  I.  U X E {\  A 1 1!  E C O X S T lî  T 


PLAN  V. 


COUPE  PAR  K. B. 

suRrAce:  du  sol  avant  les  fouilles 


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r sur.  LE  QUA'nUEMF.  ToMlîEAl. 


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